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luc ferry jean-luc nancy

jean-fran~oislyotard

étienne balibar philippe lacoue-labarthe

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reJouer le politique

travaux du centre de recherches philosophiques sur le politique

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éditions galilée 9, rue linné 75005 par~,

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Tuus

droits

de

Ircldllcliofl,

de

reproduction

et

d'adclptclÚon,

réJerllí:r Imllr 10m IJays y com!J!ú ¡'U. R. S. S.

'.c)

Édi tiaos Galilée, 1981 ISBN 2-7186-0223-6

Avertissement

En novembre 1980 s'est ouvert ¡¡ l'École Normale Supé­ n'eure de la roe d'Ulm, sous la responsabtfité de Phtfippe Lacoue-Labarthe et de Jean-Luc Nancy, le « Centre de recherches phtlosophiques sur le politique »*, Confu comme un lieu de libre investigation, le Centre entendait occuper une position marginale ou de « retrait JI par rapport aux places traditionnellement assignées dans le dialogue (accord ou conflit) entre phtfosophie et politique, Un bre/ liminaire en précúait tenjeu .'

. Comment (et peut-on), aujourd'hui, interroger ce qu 'ti jaut nommer par provúion I'esscnce du politique ?

Une te/le recherche,

dont la nécesst'té se passe

de commen­

taires, eX¡:lI,e sans doute la construction d'un nouvel objet et ne saurait se confondre ni avec un travat/ d'« études politiques »

ni avec une entreprise de « philosophie polt'tique », La philoso­

* Les Jéances 011t IJeu chaque troistl:me ¡undi du mois ¿¡ 17 heureJ.

Toule correspondance est a adresser:

Strasbourg.

6,

rue

Charles-Grad,

67000

9

phie elle-méme s 'y trouve, au premier chef, miJe en cause; ce

qui ne jJréJuppOJe pas pour autant qu 'on puiJJe lui JUbJtituer

I

un

ou

diJcourJ poJittl (JOáologique, économique, technologique) normattl (úhique, esthétique - ou « politique ¡¡).

Cette posittón de retraít (cet apparent « retour» a une « question d'essence JJ) n 'excluait cependant pas des inten­ úons «politiques JJ tout a fait détermin ées. Dans ce moment, en particulíer, oil le plus simple désespoir poltú­

que (la lassitude) ,

mais aussi la factlité ou le calcul, engen­

draient toutes les régressions imaginables et réduisaient a presque n'en le débat politique, il était nécessaire de prendre

quelque distance. Non pour se retrancher du politique ou le rejeter, mais pour en rejóuer au contraire, a nouveau frais, la question. Si la chance existait, méme tres mince, d'une intervention phtlosophique dans la politique (ou quant au

politique), elle était a ce pnx -

exorbitant, si I'on y songe.

On trouvera rassemblées dans ce volume les premieres tra­ ces de ce premier travatl**. Ce sont de simples pistes frayées ici et la, sans vén'table programme préalable - pour voir :

littéralement exploratoires. Ceux qui se sont de la sorte employés a ce premier défn'chage ne se retrouvent eux­ mémes ici rassemblés que pour en avoir identiquement senú, malgré tout ce qui les sépare, la nécessité " et pour avoir accepté, de I'existence d'un tel Centre, I'occasion de manifester une urgence. Entre-temps toutefois, la situation politique, comme on Jait, s 'est e/le-méme modifiée. Du reste la possibtlité maté­ n'elle nous en aurait été donnée (enregistrements, transcn'p­

ttóns, établissements de protocoles), on aurait pu voir au fil des discussions qui ont chaque fois suivi les exposés les effets

de cette modification.

que, dans sa nature et sa foncúon, le Centre serait désormais disqualifié. Mais pour indiquer simplement qu 'a I'avenir ti n 'est pas exclu que le travatl s 'y infléchisse, au moins dans sa

visée, et qu 'a une certaine relance, méme modeste, de I'his­ toire réponde, sans que n'en ne soit cédé de /'exigence cnÚ­ que, une autre fayon de rejóuer la politique.

Nous n 'en parlons pas ici pour dire

** A /'exception de /'exposé de Paul Thibaud (16 mars 1981) dont le texte ne nous eJt p"J parvenu ii temps.

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8 décembre 1980

philippe lacoue-labarthe jean-luc nancy

1

ouverture

Il s'agit donc aujourd'hui, nous dirons meme : il s'agit simplement aujourd'hui d'ouvrir ou d'installer ce Cemre pour lequel, faute de mieux, nous avons proposé cet inti­

tulé : Centre de recherches phtlosophiques sur le politique.

Ouvrir un Centre de recherches, pour toutes sones de rai­ sons qui sont (ou qui devraiem etre) évidentes, ce ne peut erre définir un programme. Un Centre, c'est d'abord un lieu, un es pace de travail - et un espace de travail collectif. Cela suppose donc bien qu' il Y ait un objet et une visée ; qu'un accord, aussi, puisse se faire, entre plusieurs, sur cet objet et cette visée (de meme que sur le type de travail ou la nature des recherches a mener) ; et par conséquent que soit déterminé, le plus c1airement possible, I'enjeu de I'entre­ prise. Mais en aucun cas cela ne peut supposer, de la pan de ceux qui proposent I'ouvenure ou la création d'un tel Cen­ tre, le tracé préalable d'un programme de travail. La respon­

11

sabilité d' un Cen tre ne saurai t octroyer un tel genre d'autorité. 11 s'agira donc aujourd'hui, pour nous, de simpltment délimiter un lieu. Ce qui reviendra en fai t a nous justifier d' avoir accepté,

< sur I'initiative de Jacques Derrida que nous tenons a remer­ cier ici, de prendre la responsabilité de ce Centre; ou, parce que cela revient au meme, a nous expliquer sur le titre que nous lui donnons et l' objet que nous proposons a la recherche.

Donc : Centre de recherches philosophiques sur le politi­ que. Sous cet intitulé saos graod relief (et plutót meme assez anodin), nous envisageons en réalité deux choses: tout d'abord, cela va d'une certaine fa~on de soi, le questionne­ ment ou I'interrogation phtfosophique du politique. (Et le « philosophique », iei a bien entendu valeur d'exclusion :

e' est un « proprement philosophique ».) Mais oous envisa­ geons aussi, l10US eovisageons surtout l' interrogation du phi­ losophique lui-mérne quant au politiquc, ou plus exacte­ meO( sur le politiqueo Ce qui est tout différent, et demande en effet un certain nombre de justifications que nous alIaos essayer de produire. Mais au moins est-i1 néeessaire d' indi­ quer sans plus tarder que e'esl a cause de cette double visée que nous parlons d'ilHerrogcr I'enence du !JoliÚque (cela peut preter a confusion, nous le savons, mais toUt autre terme fait défaut) et que nous alloos meme jusqu'a penser

qu'une telle intcrragation rcpréscntc, aujourd'hui, UJle véri­ table urgence. Si l' on préfcre, et pour sacrifier le plus brieve­ mem possible a la réthorique de la déclaratiol1 ou de la pro­ clamatian d' in tentiol1 : poser, au jaurd' hu i, la questiol1 de t'essencedu politique, c'est la, nous semble-t-il, une tache enfin - ct décidément - nécessaire. Et toute notre ambi­

tion

serait,

ici,

de

la rendre

enfin

-

et

décidément

­

~possible.

.

II Ya done au dépan, poue nous, une double visée. Par la premiere, e'est-a-dire par celle qui s'ioserit le plus évidcrn­ ment dans I'intitulé de ce Centre, oous voudrions a b fOls

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circonserire un domaine (ou au moios préciser une attitude) et dissiper un premier malentendu possible. Rappoeter en effet le type de travail que nous envisageons ieí au questionnement ou a l' interrogation philosophique

(faire ce geste d' exclusion al' égard d' autres

jours assurément possibles et peut-etre dans (eetains cas sou­ haitables, du politique), cela ne signifie pas pour nouS un repli sur la position phtJosophique, si tant est qu'unf telle « position philosophique » soit encore aujourd' hui tenable

- sans plus. Cela ne signifie donc ni la revendication un

peu hautaine d' on ne sait quel privilege philosophique (ou

de la philosophie) ni, encore moins, la reconduction pure et

simple de la c1assique

losophie. Mais cela signifie avant tout que nous n'avons aucune prétention a la théorú politique, c' est-a-dire a tout ce qui pourrait se réclamer d'une « science politique » ou d' une « politologie ». C'est d' abord une question de compétence : nous ne sommes en rien des « spécialistes » de la chose politique ou des scienccs qui y ont trait, et rien ne nous autorise panicu­ licrement - en dehors d'un travail d'enseignement (philo­ sophique) mené en commun depuis quelques années (oous allons en reparler) -, rien, donc, ne nous autorise a nous

ave.nturer dans ce domaine. D'ailleurs, nous n'y ferioos pas tr01S paso Mais iI y a Ei aussi un choix délibéré : I'abord direet (c'est­ a-dire aussi bien, meme si la qualification est un peu rapide,

et

c'est pour cene raison tres simple que nous ne croyons plus, au fond, qu'un tel abord soit encore possible (ou tout au moios qu' il puisse erre encore décisif). S' il existe par exem· ple un concept du politique (que pour notre pan, d'ailleurs,

du polili­

que -, s'il pouvait se faire jour encore un nouveau concept

du politique, ou quelque chose qu'on présenterait aiosi, un tel concept, a nos yeux, proviendrait nécessairement du champ philosophique et, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons tres vite et qui sont au demeurant bien connues, d 'un champ philosophique lui-meme déterminé, c'est-a-dire ancien, passé, fermé.

approches, toU­

appropriation du poli tique par la phi­

I'abord empirique) du politique ne nous intéresse pas -

\ t nous distinguerions soigneusement de l' essence

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C' est dire aussi bien que ce « rappel » au philosophique de la question du politique - qui ne suppose, contraire­ mem aux apparences, aucune assurance quant a la phdoso­ phie - n' est pas un geste simplement critique et « néga­ tif ». La vigilance est assurément nécessaire, aujourd'hui sur­ tout, a I'égard des discours qui se prétendent indépendants du philosophique et qui prétendent, corrélativement, traiter le politique comme un domaine lui-meme autonome et séparé (ou, cela ne fajt pas une grande différence, rattaché et subordonné a tel auue domaine empirjque ou régional). La vigilance est done nécessaire al' égard de tour discours posi­ tif, e'est-a-dire a I'égard de tout discours formé d'une pré­ tention a saisir le fait social et politique sur le mode d'une simple positivité - que celle-c i soit assignée dans l' histoire ou dans le diseours lui-meme, dans la force ou dans le désir, dans le travail ou dans I'affen, etc. (tout en la matiere est possible, ou presque). Le projet d'une théorie ou d'une scienee du, politique, avec toUt son arriere-plan socio­ anthropologique (et par conséquent ses présupposés philoso­ phiques) exige plus que jamais sa critique, et la critique de ses fonetioos politiques. Maís la vígilanee, ieí, ne suffit pas ; et la simple critique serait probablement trop coune et ino­ pérante faee a la domination quasiment sans partage de l' anthropologie, C' est pourquoi notre insistance sur le philo­ sophique - au-dela de l' exigenee critique, qui est la moin­ dre des choses - voudrait marquer avant tout eeci : ce qui nous parait aujourd'hui nécessaire, et donc urgent, c'est de prendre en compte de fa~onrigoureuse ce que nous appelle­

• rons la co-appanenance essentielle (et non accidentelle ou simp!ement historique) du philosophique et du politique.

~ C' est, autrement dit, de prendre en compte le politique

inver­

semento Cette implication réciproque du philosophique et du i poli tique (le poli tique n' est pas plus extérieur ou antérieur au philosophique que le philosophique, en général, n'est indépendant du politique), cene implication réciproque ne réfere pas seulement pour nous, meme sur le mode de 1'« hislOrialiré », aI'origine grccque ­ soir d'un raccourci a la poiis sophistique et ason répondam, I'anlhropos iogd:oJ.

comme

une

détermination

philosophique

-

et

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"1t C' est er:t réalité notre situation ou notre état : nous voulons .•

dire,

1'« envoi » grec qui définit I'age moderne, l'effectuation et l' installation du philosophique comme le politique, la géné­ ralisation (la mondialisation) du philosophique comme le,

politique - et par la meme le regne absolu ou la « domina-, tion total e » du politique. Telle est d' ailleurs la raison pour~ laquelle, en parlant du politique, nous entendons bien né pas désigner la politiqueo L'interrogation sur le politique ou sur I'essenee du politique, c'est au contraire ce qui doír pour nous faire retour jusqu' au présupposé politique lui~meme de la philosophie (ou si I'on préfere : de la métaphysique), c' esd.-dire jusqu' a une détermination politique de

dans

I'apres-eoup

mimétique

ou

mémorial

de

l' essence.

Mais cene détermination ne fait pas une position

politique

; c' est la position meme du politique, de la polis

grecque a ce qui s' est déployé dans l' age moderne comme la qualification du politique par le sujet (et du sujet par le poli­

tique). Ce qui nous reste a penser, autrement dit, ce n'est pas une nouvelle institution (ou instruction) de la politique par la pensée, mais c'est I'institution politique de la pensée dite occidentale.

D' ou notre seconde visée par laquelle nous n' envisageons ~

pas

(ou la critique philosophique des théories politiques), mais l' interrogation du philosophique lui-meme quant au politi­

seulement l' interrogation philosophique du politique

que ou sur le politique, c' est-a-dire en somme l' interroga­ tion du philosophique comme le politique.

Ce qui suppose au moins ceci -

a savoir :

1) que soit reconnu un cenain accomplissement du politi­ que ou, pour user d'un autre lexique, qu' on prenne acte (mais ni par résignation ni par dépit) de la c/óture du politi­ que. Ce que nous désignons par la n'est pas sans rappon avec ce que Heidegger, a sa maniere (et dans les limites que lui ont malgré tout imposé sa propre histoire et I'histoire de l'Allemagne), a tenté de penser sous la question de la tech­ nique l. Pour nous, compte tenu de la différence des contex~

l. Le texte le plus clair a cet égard est saos doute « Dépassemem de la

métaphysiquc ~ daos Essais el conférences, plus particulieremem les the­

ses XIX a XXVIII (p. 100 el suiv. de l' éditioo Gallimard).

lS

.4

tes et d'une autre histoire (au sens restreint), compte tenu aussi de nos itinéraires politiques respectifs et de nos choix particuliers, q ui ne sont ni sem blables ni assimilables ¡, c' est le fait que, sans doute en un sens ou Sartre ne pouvait pas entendre sa propre formule, «le marxisme est l'horizon indépassable de notre temps ». Dans notre traduction : le socialisme (au sens du « socialisme réel ») est la figure ache­ vée, achevanre, de l'imposition philosophique - jusques et

y compris dans ce qui, pour I'un de nous au moins, a pu

représenter l'espoir d'une critique et d'une radicalisation révolutionnaires du marxisme institué. JI faudrait ici une grande patience théorique (de longues analyses pour une démonsteation qui ne va pas de soi), et surtout beaucoup de rigueur politiqueo Mais il nous semble tout aussi indispensable de reconnaitre, aujourd'hui, que s'acheve (ne cesse de s'achever) le grand discours« éc!airé »,

progressiste, de l' eschatologie la'ique ou profane, c' est-a-dire le discours de, l' appcopriation ou de la réapprapriation de ['homme dans son humanité, le discours de l'effectuation du genre humain - bref, le discours de la révolution. Ce qui n'autorise en aucune maniere, a nos yeux, le contee­ discours tragico-mystique, celui qui se réclame d'un au-dela toujours trap simple de I'humain ou bien de telle ou telle ancienne teanscendance, ce!ui qui s'obstine dans le déni de

la

finitude et de la reconnaissance elle-meme « teagique » de

la

fin du tragique (puisque depuis 1806 a peu pres, il paralt

que la tragédie c' est justement la poli tiq ue). Qudles que

et tout porte a

croire heureusement qu'il y en a ici ou la, mais plutat la, du reste, qu'ici -, une certaine histoire, qui est peut-etre bien I'Histoire, estfinie. Daos l'époque OU s'aecomplit a ee point

soient encore les possibilités de révolte -

le politique qu'il exclur tout autre domaine de référence (et

te! est, nous sembie-r-il, le phénomene tota/itaire lui­

meme), nous ne pouvons plus décemmenr nous poser la question de savoir que!le théorie serait encore ameme de

2. Pllisqu' on nous l' a demandé .- el qu' en faire myslere serail frivole -, i'ilinfraire ue ¡'UIl O,-L. N,) (,SI passé par Es/m't el la CFDT, l'aurre (PIJ, L-L.) s'esllonglemps rt'lCOllvé sur les posilions de 50cialisrne ou Bar­

bane el, pour une pan, de l' In ternationale sÜuatton1liste,

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pcomettre une solution politique a I'inhumanité (qui n'en finit pas; elle), parce que nous savons désormais ce que pro· met le désir d'une transparence sociale, l'utopie de l'homo­ généisation du prétendu « corps social », l' espérance atta­ chée a la gestion ou a la direction éc!airée. Mais eela suppose encore, par voie de conséquence :

~ 2) Que nous distinguions le philosophique, ici, du dis­

afonder l' essence a instituer ou pro­

cours métaphysique en général, consaeré de la politique (ou l' essence politique) et

grammer une exisrence q ui en soit le eorrélat. C' est

aujourd' hui une « banalité de

la philosophie le geste de la fondation politique qui l' ordonne ou q u' elle ordon ne. Mais eette dénonciation tourne court tour d' abord si elle ne distingue pas avec plus de soin deux gestes sans doure tres différents (ordonner n' est pas etre ordonné), et ensuite en tanr qu'elle reste une ([iti­ que elle-meme politique (e' est-a-dire e1le-meme philosophi­ que) de la philosophie, au lieu de se mettre en peine d' inter­ coger l'essenee philosophique du politiqueo Pour qui décide en revanehe de répondre a eette exigenee - c' est-a-dire aussi bien de reconnaltre l'urgenee donr nous avons parlé -, la philosophie se teouve impliquée d'emblée comme une prati. que destituanre de sa propre autorité : non simplemenr de son évenruel pouvoir soeial ou palitique, mais de l' aurorité du théorique ou du philosophique eomme te! (quel que soit le mode dont on détermine une telle pratique : eritique, retour au fondement, réappropriation pensante et gauehis­ sementl Verwindung, pas-en-arriere, déconstruetion, etc.). C'est bien enrendu de cela meme qu'il s'agit pour nous. Mais ee qu'il ya de grave aujourd'hui, peut-etre, et d'abord paree que ~a laisse le ehamp libre a la répétition a peine tea­ vestie de vieilles ehoses ou au « n' importe quoi » de préten­ dues nouveautés, e'est que nulle part jusqu'a présent, mal­ gré tout, il n'y a eu d'interrogation du politique qui soit rigoureusement, absolumenr a la hauteur de ces gestes de destitution. Tout s' est passé comme si la philosophie se des­ tituant n'avait pas osé toueher au politique ou comme si le poli tique - sous quelque forme que ee soit - n'avait pas eessé de l'intimider. Tout s'est passé, autrement dit, comme si une part d' elle-meme (si ee n' est son essenee meme) était

base» que de dénoneer dans

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restée pratiquement interdite a la philosophie se destituant

(et quand p n'a pas été le cas, c'est la destitution, réguliere­

abandonnée ou compromise - je

pense a Heidegger), Et comme si, pour finir, le politique

était resté, paradoxalement, la táche aveugle du philosophique o

ment qui s' est trouvée

C'est cette double cxigence - reconnaissance de la clo(j ture du politique et pratique destituante de la philosophie a l' égard d' elle·meme et de sa propre autorité - qui nous entraine a penser en termes de re·trait du politique, Le mot est a prendre ici dans ce qui fait au moins son dou­ ble sens : se retirer du politique comme du« bien connu » et de l' évidence (de l' évidence aveuglante) de la politique. du « tout est politique » par quoi l' on peut qualifier notre enfermement dans la clórure du politique ; mais aussi re­ tracer le politique, le re-marquer - en faire surgir la ques­

tion nouvelle, qui est la question, pour nous, de son essenceo Ce qui ne ~auraitconstituer - nous nous hatons de le dire pour couper court a toute méprise -, ce qui n'annonce en

aucune maniere un repli dan s 1'« apolitisme »0 Le re-trait au

sens ou nous l' entendons est assurément nécessaire pour ren­ dre possible une interrogation qui renonce a s' en tenir aux

eatégories ordinairement comprises sous le politique, et pro­ bablement, aplus ou moins long terme, a ce dernier eoncept lui-meme. Une telle interrogation, qui est tout autre chose qu'un proees ou une exécution sommaire du politique, se

remonter a la

doit certainement

la plus

archa'ique du politique et d'explorer I'essence de I'essence

politiquement assignée, c' est-a-dire de mettre

en cause le

de

constitution

concept et la valeur de l' archa'ique en général : origine et primitivité, autorité, principe, ete. C' est, si l' on veut, le pn'nczpiat en général qui doit ctre soumis a la question et a des questions, Mais a des questions telles qu' elles devraient a nos yeux déconcerter tout autant la politique du Prince que le principe du poli tique , C' est dire aussi bien que le geste du

re-trait est lui-meme un geste politÍque - par ou sans doute il s'agit d'excéder que!que chose du politique, mais absolu­ ment pas sur le mode d 'une « sonie hors du politique ». Le re-trait n'est surtout pas la sonie qui, elle, sous l'une que!­

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conque de ses formes (éthique, esthétique. religieuse, cte.), équivaut toujours en fait a confirmer la domination et le principiat du politiqueo Il s' agit pour nous au contraire de ce qu'il n'y a pas si longtemps on aurait appelé un « engage­ ment » - ce qui fait bien autre chose qu'un gage donné a l'une ou I'autre politique,

Cela dit, il serait vain de dissimuIer que cette esquisse de délimitation suppose bien de notre pan Ull llavail déji¡ engagé - et engagé, ce n'est sans doute pas un hasard, dans notre enseignemento Pour que notre position, ici, soit défi­

il est nécessaire d' en toucher

nie le plus clairement possibIe, quelques motso

JI

Il nous a sem blé, en effet, souhai tabIe de retracer brieve­ ment devant vous le chemin qui a été le n6tre dans cette question du politiqueo Tout d'abord, et comme pour corri­ ger, s'ille faut, certains dfets éventuels de la premiere partie de cet exposé, parce que nous n' avons pas de représentation

« systématique » de cette question aoffrir, et parce que l' évi­

dence massive, aveuglante de la question

ou de l' instance

« poli tique » au sein de la philosophie a sans doute pour corollaire, aujourd'hui, a la mesure meme de son pouvoir aveuglant, la nature contingente, aléatoire, voire erratique

ou fragmentaire des procédures qui permettent de I'aborder (ce qui, précisons-le au passage, ne signifie pas du tout pour nous que le politique lui-méme se réduise désormais, comme on le dit ici ou la, a une dispersion aléatoire de purs

)o Ensuite - seconde raison -, cette

effets de

espece de « récit » ou de« rapport » nous a paru eonstituer le

le moins faux de nous situer dans l' ouverture de ce

Centre de recherches, c' est-a-dire de situer notre particula­ rité dans l' espace ouvert dont nous entendons prendre la res­

ponsabilité sans pour autant confisquer le domaine,

moyen

19

Notre travail sur le politiq ue a pris place jusqu' ici ­ depuis cinq ans - pour sa plus grande pan, comme nous I'avons déja dit, dans I'enseignement. Ce qui signifie d'abord que dans ce domaine, jusqu'ici, I'exposition écrite et publiée restait encore, pour nous, d'une cenaine maniere

hors de prise. D'une pan, il est évident que plus qu'un aurre, le travail public sur le politique doit compter avec ses effets d'intervention politique - avec la politique. D'autre

pan,

assez longtemps avant de pouvoir seulement nous dégager un peu de l' évidence aveuglante du politique (dont dépen­ daient en outre certaines au moins des maximes habituelles de prudence en matiere politique, et pour simplifier, la maxime de ne pas risquer, par des malentendus, de nuire a

la gauche. Mais aujourd'hui en tout cas, et s'jJ faut poser le probleme dans ces termes, le risque serait plutat de contri­ buer par le silence a l' extinction de toute « gauche »). Nous avons abordé la question du politique de maniere arbirraire : je veux dire, sans qu'elle vienne prendre place dans une logique déterminée et explicite de nos travaux

antérieurs. Nous n' étions pas des

phie poli tique », et norre abord a été, d'une cenaine maniere, pratique et poli tique avant d'etre « philosophi­ que ». - Ce qui, soit dit en passant, ne nous a pas empe­ ché et ne nous empeche pas de considérer qu' entre des tra­ vaux consacrés, par exemple, aux rapportS de la philosophie, et de la linérature, ou au statut et a la Darstellung du dis­ cours philosophique, et une interrogation sur le politique il existe des rapports beaucoup plus étroits, fondamentaux et déterminants que ne veut l' entendre un certain esprit de I'époque.

tout s' est passé comme s' il nous avait fallu tatonner

spécialistes de « philoso­

enquete s'est adressée au marxisme, a la

question politique chez Marx et dans les premieres traditions

marxistes. C'était, de norre pan, a peine un choix, c'était plutót de I'ordre de I'évidence. - Evidence aussi, jusqu'a

un cenair~ ¡.>oint,

ce que d'aurres avaicnt alors déja enregistré, et qui depuis n'a cessé d'etre souligné : asavoir, ce que Claude Lefort, par exemple, a pu appcler la « lacune du politique » dan s le

que de rerrouver ainsi pour notre compte

Norre premiere

20

marxisme. Mais dans cene « lacune » nous retrouvions aussi bien la présence évidente, de la problématique meme du polit~que: nous la retrouvions sous la forme de la nétation de I'Etat séparéau profit d'une « imprégnation par I'Etat de toutes les spheres non politiques », selon les termes de Marx pour caractériser la démocratie authentique, dans sa Critique

de la phzJosophie de I'État de Hegel,

Au-dela de Marx lui-meme, il nous semblait que toutes les problématiques marxistes, quelles qu'elles aient été et quelqu'analyse qu'elles aient adoptée quant a I'histoire et

aux déplacements de la pensée de Marx, étaient tributaires de cene lacune et de cene présence - de cette présence, en somme, dans la lacune et grace a elle -, soÍt qu'elles en aient simplement recueilli I'héritage, soÍt qu'elles aient ren­ contré la nécessÍté de poser a cet héritage la question supplé­ mentaire, excédante, d'une spéeificité du politique, Dans des contextes théoriques et pratiques aussi différents que ceux du conseillisme, du gramseisme, de l' althussérisme ou du maoi:sme - par exemple - c' est bien la forme générale d'une telle question qui est venue a s'imposer. Non seule­ ment comme la question d'une forme politique transitoire nécessaire au passage de la révolution (ainsi que Marx en avait soulevé le probleme apres la commune, et ainsi que ce probleme semblait s' éterniser ou s' enliser dans la pratique des pays socialistes), mais plus radicalement comme la queso tion de mot singulier qu'on trouve dans la Critique du pro­ gramme de Gotha, lorsque Marx évoque ou invoque le « Staatswesen futur de la société communiste », l' erre étati­

qui

serait celui du communisme, ou encore l' espece d' Etat qui

sera le sien : un mor qui ne fournit pas le concept, mais qui

que, le mode d' etre ou d' essence étatique qui sera~ou

ouvre un pur probleme,

Iimiter I'Etat séparé, la forme-Etat séparée, a I'Etat bour­ geois, ou bie9, et systématiquement (si le Staatswesen dési­ gne un etre-Etat-non-séparé), le probleme des implications d'une pensée de I'immanence totale, ou de I'immanentisa­ tion totale d u politiq ue dans le social. Ce repérage, bien entendu, ne saurait passer pour une lec­ ture de Marx. II ne faisait qu'y engager. Cependant, le carac­ tere massif - trop massif - du probleme posé nous a

le prob~eme de la respon~abilité de

21

dérournés d 'une lecrure direcre. Il devenait, pour nous, nécessaire de prendre aussi les repeces d'un re tour spécifi­ que, non marxiste, précisémenr, mais pas antimarxiste pour autant, de la question du politiqueo Nous nous sommes alors adressés simultanément a Bataille et a Heidegger.

a deux groupes de textes ayanr accom­

pagné - en des sens divers du terme - la montée et l' ins­ tallation du nazisme. De celle double lecture - qui fut elle aussi exploratoire et reste pour nous largemenr a reprendre : nous le ferons pro­ chainement --, nous pouvions rctenir, dans un premier temps et tres schématiquement, eeei :

1) d'une part, que ce que nous abordions en tant que dis­ cours spécifiquement tenu sur le politique et en lui (discours

qui comportaienr aussi des actes d'inrervenrion politique : le Discours de rectorat ou Contre-Attaque) s' ordonnait en réa­ lité a un registre fondamental qu' on pourrait désigner comme « outre-politique », ou plus exactemenr comme le registre d'une limite, d'un bord extreme (et pour cela meme décisif) du politique. Ainsi en particulier des deux poles

Cest-a-dire eette fois

constitués par des concepts (ou par les problemes pie d'une pan, de la JOuverainetéde l'autre.

) dupeu­

en tanr que lieu d'une individualité

propre, distincte de l' État autanr que de la société civile, lieu d'une « mission » ou d'une « destination » (d'une Bestim­ mung) elte meme dépendanre d 'une problématique géné­ rale de I'Etre comme destin, ou comme etre-destiné).

- La « souveraineté» - en tant qu'opposé non­ dialenique de la maltrise ou de la domination, et cependant principe si I'on peut dire« non principiel » du pouvoir poli­ tique comme tel, aussi bien que de sa subversion. De I'une et de l'autre maniere - cenes bien différen­ tes - s' Jmposait en somme la question d'un « sujet » pro­ pre ou plutat d'un outre-sujet du politique, excédant la sub­ jeetiviré ahsoJue qu' effecrue I'État hégélien. Nous étlons ainsi contraint d' envisager deux !t'mites, qui ne sont pas celles entre lesquelles le politique se tiendrait (ou

se serait tenu) : ce sonr les limites sur lesquelles il s' édifie _ :;1 1 mais aussi bien en refoulant ou en occultant completement

-

Le «

peuple » -

:. l'

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leur nature de limites, et en occultant, du coup, les ques­ tions excessives qu' elles impliquent. Ces questions, il nous sem blait que les condamnations morales (et / ou politiques) jetées sur le fascisme et sur le stalinisme ne servaient qu'a les occulter 2) d'autre part, eet exces du politique meme nous sem­

et ehez Bataille et ehez

Heidegger (de fa~ons, la encore, bien différentes ; chez Hei­

degger, cene fermeture engageait directement la responsabi­

lité de sa compromission politique de 1933 ; mais chez Bataille elle engageait aussi, quoique bien moins lourde, la responsabilité par exemple de l' éloge du Plan Marshall) :

fermeture ou réappropriation qui se produit dans l' exaete mesure ou, malgré tout, un scheme de la subjectivité per­ siste a gouverner l' analyse des limites elles-mémes. Les ques:-:

tions ouvertes sous les mots de « peuples » ou de «souverai- ., neté » se referment lorsque le peuple ou la souveraineté sont réimputés, réassignés comme sujets (e'est-a-dire peut-erre toujours en définitive comme volontéS) : la voeation (et le Führer) d'un peuple, la vocation (et la sacralisation) de

l'

blait se refermer, se réapproprier -

artiste.

;

- Il ne s' agissait pas la de conclusions, mais de questions, d'obstacles et d'avertissements reneontrés en ehemin.

Nous avons eonsidéré que cela impliquait, une deuxieme fois, l'impossibilité d'aborder de /ront le probIeme du poli­ tique, si derriere son évidenee se dissimulait eneore l' évi­ dence du sujet, ou I'évidenee d'une arehi-propriété toujours reconduite derriere les figures de la désappropriation absolue

q u' étaient censés eonstituer au~si bien le prolétariat que l~ . souveraineté. La question de l'Etat, ou la question générale du pouvoir nous apparaissait ne pas pouvoir étre prise pour elle-meme sans passer par la question du sujeto Ce qui sign!':l fiait aussi que la question du pouvoir nous semblait ne pas constituer par elle-meme la premiere question du politiqueo Mais cela ne voulait pas dire pour autant qu' a nos yeux la question du pouvoir perdait toure pertinence propre et que, ainsi qu'on le pense a certains endroits depuis quelques années, l' idée de pouvoir recouvrirait un type d' effets indis­ sociables du diseours, par exemple, ou de l'inconscient ­

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effers eux-memes multiples, diversement loealisés et disper­ sés ou stratifiés en des configurations mobiles. La combina­ toire ou l' aléatoire des miero-pouvoirs dissout l' effeetivité

pounant bien réelle (et done dissout~en reve. o.) des grands pouvoirs, qu'ils soient de classe, d'Etat, de monopole, ou ,. des trois a la foiso Or l' enjeu n' a jamais été pour nous d' éear­ ter ou de sublimer ni la lutte des classes, ni les luttes politi­ ques : ce sont des données de I'époque de la domination du politique et de la teehnique, ou de la domination de l'éco­ nomie politiqueo Mais I'enjeu pourrait etre de ne plus asser­ vir ces lurtes, dans leur finalité, a eerre domination. Et par eonséquent a la domination arehé-téléologique du Sujer. Or I'évidenee politique du Sujet tient a laprésupposi­ !ion absolue du rapport des « sujets »0 Seulement eette pré­ supposition permet d'ordonner une téléologie politique, et surtout d' ordonner le politique eomme telos. C' est par l' idéal ou par l' idée de la polis, plus que par tour autre, que l'époque moderne - le romantisme, bien sur, et tout I'idéalisme, y compris l'idéalisme soeialiste - s'est réamar­

et a la finalité greeques de l' Oeeident, e' est-a­

dire a voulu se réassurer comme sujet de son histoire, et comme histoire du sujer.

La polis présuppose le rapport - le rappon logikos, ou le logos eomme rappon - que pounant elle inaugure -, et

e' est

losophiq ue o Rien d'étonnant, des lors, a voir aussi la question du rap­

pon comme tel surgir de toutes les manieres dans la philoso­

phie, des que le poli tique y fait

ce qui s'esr sans doute produit des que Hegel a pensé l'ache­ vement du politique, et dans le politique. Politeuein, Hegel traduisait ce verbe par « mener la vie universelle dans la cité» : conduire les rappoftS eomme la vie du seul Sujer. o. Des lors, er comme en retour, que ce soit sous la figure des « scienees humaines » ou sous des figures philosophiques, les queslions d' autrui, de l' alter ego, des « formes de la sympa­ thie », de I'agonisrique, des sourees de la morale et de la reli­ gion, de l' erre camme erre-avee, etc., proliferent dans la pensée de la fin du XIX' et de la premiere moitié du xx' siecle.

peut-erre, elle est le fondement phi­

rée a l' origine

en

quoi,

énigme, laeune ou limite­

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Surgissait par eonséquent pour nous la néeessité de reprendre cette question du rapport, la question du « lien social» en tant que non présupposé, et pourtant en tant qu'impossible a déduire ou a dériver d'une premiere subjeetivité. Nous avons alors voulu aborder eette question dans le ehamp le plus écarté, en apparenee au moins, et de I'habitus. philosophique et de l' investissement politique : eelui de Ia\. '

psyehanalyse. 11 ne s'agissait pas du tout, pour nous, d'un énoncé­ programme du genre « politique et psyehanalyse »0 11 s'agis­

sait d' interroger a la fois

la socialité, de l'altérité, du rapport comme tel, qui agitent

la

de reconstmetion, pourtant, ou de réaffirmation, ehez le

les multiples et puissants modfs de

spécifieité du « sujet » freudien - et par ailleurs l' espece

meme Freud, du zoon politikon.

De ce travail (dont nous avons publié une panie, et dont une aurre partie sera bientat publiée)J, nous avons cm pou­ voir retirer ceei : bien que, sur un premier registre du dis­ eours de Freud, ou eneore dans la vulgate psychanalytique qui s'est inJtallée aujourd'hui, I'inconseient soit stmeturé . eomme un Etat (ou comme une dietature), bien que le Nar­ eisse, somme toute, soit totalitaire, un autre registre du me me discours (et qui va peut-erre, mais c'est une autre question, jusqu'a entamer la propriété meme et I'autarcie de la psychanalyse) eorrespond au contraire a de multiples

ébranlements ou fissurations de cette normadvité politique et subjectaleo Et de fait, pour une pensée qui exclut en pri~\ eipe et au prineipe la position d'une autosuffisance et d'une

autoeratie, la question du

Comme question, e'est-a-dire dans I'impossibilité de pré­

supposer la solution du rappon, que ce soit dans un sujet ou dans une communauté. La quesrion du rappon esr la ques­

tion du passage a la communauré, mais aussi bien

sage au sujet. Et cette question surgit chez Freud de toures, sones de manieres, qui vont de la problématique de la socii\ \

rappon

ne

peut

que

surgir.

du pas­

3. ef. La panique pollt¡que in Confron/atlons, 2, « l'État cellulaire »

(Aubier), et Le peuple jU¡! ne reve /yas in La psychanalyse es/-elle une hú­

!oire juive ? (le Seuil, 1981).

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lité originaire jusqu 'a celles de la bisexualité, de l' identifiea­ 1tion, ou de la préhistoire de I'CEdipe. "'. Nous nous contenterons aujourd 'hui de souligner ceci : si

et fait, du coup,

l'autre en un examen de ce que j'appellerais la pré­

Mais ee

sont, pour I'essentiel, des travaux en cours, et ee n'est pas le

le « lien social» fait question véritable -

question-limite - pour Freud, e' est que le rapport donné e est en revanche le lieu de dire que ees travaux nous

(nous voulons dire : le rappon tel que, malgré tout, Freud se le donne, tel qu'ille présuppose, lui aussi, comme toute la philosophie), ce rappon d' un sujet avee la subjectivité elle­ me me dans la figure d'un pere, implique, dans I'origine ou en guise d'origine, la naissance (ou le don, précisément) de

ce rapport. Et une pareiJle naissance implique le retrait de ee qui n'est ni sujet, ni objet, ni figure, et que J'on peut, par

provision

l'organicité, ni celle d'une harmonie ou d'une communion,

inscription éthique du rappon, a panir de Kant.

lieu d'en parlero

ramenent au poli tique , en nous ramenant a la question d'une disjonction ou d'une disruption plus essentielle au politique que le politique meme, et qui du reste nous sem­

ble faire l'enjeu, a des titres divers, de plus d'une interroga­ tion contemporaine. Un enjeu que, pour aujourd'hui, nous

résumerions

aiosi : le transcendantal de la polis n' est pas':

et par simplifieation, nommer « la mere ». ni celle d'une répartition des fonetions et des différences.

Derriere la politique (s'il faut I'identifier au Pere), « la mere» : on imagine aisément a quelle Schwiirmerei cela

Mais eela n'y donne lieu sans doute que

peut donner lieu

pour une interprétation déja elle-meme soumise politique.

Pour nous, cette espeee de pointe aigue de la question du rappon (qui a du rc:ste bien d'autres formes) a signifié en fait ceci : il y avajt done, en un autre sens ou plutót sur un autre plan que eelui sur leque! nous nous sommes tenus tout a I'heure, un probleme de retrait par rappon a et dans J'instal­ lation du politique, daos J'éreetion du politique. Un pro­ bleme du retrait, c'est-a-dire le probJeme d'une négativité non dialeetique, le probleme d'un avenement (de l' identité et du rapport) par soustraction (du « sujet ») ; ou encore le probleme de ee qui fait le rappon comme rapport, dans la mesure oil le rappon a pour nature (si jamais il a une

nature

oil le rapport (peut-on meme dire le rapport

division, de J' ineision, de la non-totalité qu' il « est ».

au

) le retrait réeiproque de ses

termes, dans la mesure ?) est fait de la

Ce n'est pas ave e Freud que nous avons poursuivi I'explo­

Mais il n'est pas non plus I'anarchie. II est J'an-archie de l' archie elle-meme (a supposer que « ~a » puisse encore etre; visé dans le lexique du « transcendantal » ; mais c' est aussi bien pour ne pas entrer trop vite dans des discussions déter­ minées de ce type que nous avons simplement - si nous -

pouvons dire

le titre d'une question de « l'essence» du politique). Du moins pouvoos-nous dire, avec ces formules sommai­ res, que pour notre part la question du retrait (de 1'« essenee », done du « retrait ») du politique nous parais­ sait relever d'une problématique générale de I'entame, de la trace (de la trace sans propriété) telle que l'avait élaborée

Derrida. Et que, du meme coup, la question du politique nous paraissait relaneer a nouveaux frais, et a partir d'autres lieux, cette problématique elle-meme, la désinstallant du

champ « textue!»

raire

e est pourquoi la derniere étape fut pour nous, cet été, un colloque oil, sous le titre « Les fins de I'homme », nous avons essayé de proposer non pas une élaboration - ce n' est pas la fonction d'un colloque - mais, disons une ponctua· tion de eet état des q uestions a partir du travail de Derrida.

mis l'ensemble du travail du Centre sous

(en

un sens souvent réduit au

« litté­

») qu' on lui attribuait.

ration de lTI J e question. La psychanalyse, sur cette limite, Et e' est pourquoi a présent nous parait souhaitable un

reconduit :lU philosophique. Daos notre travail le plus nouve! espace de travail, ce « Centre de recherches », qui

réeenr, la question du rappon et du retrait se reformule, pour J'un en une inrerrogation, chez Heidegger, du retrait du politique dans la problématique de I'a:uvre d'an, pour .

devrait s' efforcer de fonctionner « a partir» de plusieurs types de travaux et de problématiques.

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" ¡

Nous n' ouvrons pas eet espaee ala poursuite de notre ou

19 janvier 1981

" de nos trajets. Ces trajets, nous les poursuivrons de notre coté, bien entendu, et nous les ferons intervenir, périodi­ quement, iei, parmi d'autres. Mais nous ouvrons eet espaee a un ensemble problématique, e' est-a-dire a un ensemble de problématiques et a un ensemble comme telproblématique, ¡ muitiple, hétérogene, malléable, sans limites absolues et san s exclusives. - Une telle situation ne va pas de soi, elle devra peu a peu, e'est évident, etre réfléehie, travaillée, questionnée pour e1le-meme. Mais la premiere étape doit consister a laisser se dégager, dans le travail et la confrontation, le seheme de ees ques­ tions, et par eonséquent le seheme de I'identité singuliere qui pourrait devenir eelle d'un te! " Centre de recherches philosophiques sur le politique ». Nous refusons que son

départ soit assujetti a une figure philosophique ou (et) poli­

tique, puisq ue e' est

telle,

nous

la figure philosophico-politique eomme

ou

la

figure

du

philosophieo-politique

que

entendons soumettre a notre interrogation.

. Une seule ehose, pour le moment, donne sa limite a cet

)" espaee : e' est la détermination de poser pour elle-meme la question du politique, e'est-a-dire ala fois de ne pas lui pré­ supposer une réponse, et de la prendre comme question d'" essenee» - ou comme question d'un « retrait» de I'essenee. Ce qui exc1ut les attitudes de sortie hors du politi­ que. La sonie, ou la liquidation du politique, nous l'avons déja marqué toUt a I'heure - qu'elle prenne forme éthique, juridique, soeiologique, esthétique ou re1igieuse -, est tou­

de confirmer sa domination. Ce sehéma est

jours en passe

déja vieux,

mais iI opere toujours

luc ferry

de la critique de l'historicisme a la question du droit*

(sur la querelle des Anciens et des Modernes)

Argument

JI s 'agirail d'inlerroger, au·de/ii de la eonslalallon du mouvemenl auquel on assisle aujourd'hui, souvenl ¿¡ /'exléneur meme de la ph¡Jo­ soph/e, d'un relour vers le droit, ou d'un relour du droit en tant que moment du politique (el les articles de C. Lefort et P. Thibaud) , les conditions de possibilités ph¡Josophiques d'une adhésion au discours des Droits de /'Homme. Avant que ce diseours n 'aeheve en effet de devenir - ou, selon le poinl de vue adoplé, de redevmir - une sim­ ple /déologie ou une mode parmi d'autres, /1 nous semb/e urgenl d'essayer de dégager les présupposés et les implicallons théoriques

* Le texte qu' on va lire est la simple re-rranscription de la communica· tion prononcée au Centre en janvier 1981. De la les imperfections proprcs a un style oral, et la discrétion délibérée d'un appareil scientifique que j'on aurait du sans doute enrichir si l'on avait voulu réécrire anificie!le· ment ce texte. Pour un plus ample développement de la problématique ici simplement esquissée, nous nous permettons de renvoyer le lecteur au dossier, consacré au theme « Oroit et Morale », a paraltre dans un pro­ chain numéro de la revue Espril. réalisé avec Alain Renaut a )'issue d'un

séminaire organisé dans le cadre du Cenlre d'éludes el de reeherehes sur Kant et Fiehle.

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