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La mouche du coche

out a commencé un peu comme dans les dessins animés, oil l'on voit des héros courir dans le vide avant

que, ( rattrapés , par la gravité,

lls se retrouvenl sous sa loi, c'est-à-dire en chute libre.

C'est ainsi qu'en juillet derniet la Loi et ses gardiens ont fait une irruption, pour le moins brutale, sur une

,,r cne sportive le dopage était comme suspendu dans le vide. Depuis, il ne s'est passé de mois sans qu'on dé-

roLrvre, dans le cyclisme et ailleurs, l'" étendue " d'une pratique que, depuis des décennie5, tout le monde ,'evertuait, san5 mal apparent, à croire inexistante.

Après la loi du silence est donc arrivée

celle de la ve,1u I le dopage

ne doit

plus passer; le dopage ne pas-

!i.r.r plus. Le but est noble; qui le critiquerait? Majs il reste à l'atteindre et c'est toute la question.

Elle tient, sur le fond, en une phrase : comment faire reconnaitre des limites à des êtres humains qui,

( haque jout sont littéralement. conditionnés ' à les dépasser? Tel est, au fond des choses, le dilemme, .edoutable, que nous expose dans ce numéro (p. I l2) Claire Carrier, médecin du sport et psychiatre à I'INSEP C'est, en effet, dans le cadre de la préparation physique et psychique à laquelle se soumet un sportif de haut niveau que le dopage peut en venir à êùe perçu, hors de

tout sentiment de faute, comme une conduite logique. ll est ce qui, dans une situation de crise - blessures,

difficultés relationnelles avec l'équipe technique, baisse de forme, fin de carrière, etc. - vient, de façon magique,

re5taurer la maîtrise perdue des risques inhérents à la performance. Ot comme nous l'explique Didier Primault,

(p. 128), de telles crises, la vie des sportifs en est remplie.

Au plan du volet préventif de la lutte antidopage, on va donc devoir prendre acte de cette réalité perver-

se : que la disponibilité

à la déviance est installee au cceur mème du sporr de haut niveau, en tant que

système

organisé de production de performances ( r). Faute de ceja, I'erplication des risques à terme pour la santé, si

graves soient-ils - et pour ne considérer que cet axe de i'information préventive

-,

aura 5ans doute l'effi€acité

d'un cautère sur une jambe de bois. On voit en effet assez mal comment on pou.rait, en raison, convaincre

du pire, à venir dans un futur toujours lointain, des gens qui, quotidiennement et avec l'approbation générale, sont positivement préparés à jouer avec l'angoisse de risques réels, et ceux-là, immédiats. Au demeurant, qui sera en mesure de les en convaincre? Tous ceux qui concoctent et gèrent leur savante préparation bioloqique et psychique?

Quant à l'autre axe de la prévention - le respect de l'éthique sportive -, il conviendra d'en donner la

charge à des rhétoriciens chevronnés. 5'agissant par exemple d'expliquer les marchés du CIO ou les compli- ments, olympiens mais pas seulemenl adres:és en son temps à M. Honnecker, dopeur en chef de la jeunesse est-allemande, cette compétence ne leur sera pas inutile. ll conviendrait aus5i, dans les faits, qu'ils n'appartien nent ni à la population dépendante des somnifères et autres anxiolytiques, ni à celle qui triche dans quelque

domaine que ce soit, ni entin - et juste pour l'ironie de l'anecdote à celle qui s'est régalée d'un film récent dans

lequel l'exception française s'identifie à la potion magique.

Venons-en au second volet I celui de la répression. Dans la loi appelée à être votée au cours des semaines

qui viennent, les médecins sont au cæur du dispositif. On peut d'emblée craindre qu'ils ne s'y sentent pas spon-

tanément

à l'aise. Les articles 3 bis et 3 ter les obligent, en effet - et au risque de sanctions disciplinaires -, à

rntormer des antennes médicales spécialisées sur tout fait évoquant une pratique de dopage chez leurs

patient5 sportifs. Outre qu'il 5'agit d'une première, car cette obligation n'est, encore à ce jour, assortie d'aucu- ne dérogation légale à la levée du secret médical, on voit assez mal avec quelle oreille ils seront à l'écoute de eurs malades : celle d'un médecin ou celle d'un supplétif? Et il est d'ailleurs possible que les patients, ne le voyant pas très bien eux-mêmes, raioutent à tous les risques avec lesquels ils jouent déià, celui d'éviter de \',rdresser à toute personne portant une plaque de cuivre sur son seuil. Au demeurant - et de façon annexe

l',rll,rire n'apparaît pas gagnée au plan technique : à l'indétectabilité,

pour l'instant patente, de nombreux pro-

ciblage physiologique. On peut

(lirl\.rctuels, s'ajoutera sans doute, pour ceux de demain, un " meilleur "

, (l,r[,nrent penser que le surdosage systématique des produits à l'ceuvre auiourd'hui, et dont les effets

( lrll(lrx'\ \ernblent spectaculaires, cède le pas à des pratiques beaucoup plus fines et aboutissant à brouiller (l.rv.ùrt,r(tr cncore les pistes. Le débat sur la nandrolone physiologique apparaît à cet égard précurseur.

làce .ru cortège de la responsabilité vertueuse, il était tentant,

dans cet édlto, de se donner le mauvais rôle :

J-p I

r elLri de la nrouche du coche. Puis5e la réalité de demain

lui brûler les ailes.

le sjsi;;iE.

Éditorial

Une ûeille histoire

PAR PATNKX LAURE

Médecin, chercheur à

la faculté de Nancy

Plusvih, pfts haut

plusfort.

Jusqdàquand ?

PAR ltAil,rRANçOtt BOURG

Directeur de la jeunesse et

des sports de la ville de f.ive

  • 1 la dopedu futur tA PAR DonoTHÉt aÉ otT BROWAEYS :T EMMANUEL MO}INIER

Les vertigineuses tllconnues

10

dudopaç

PAR

ESCAXDE

Professeur

'EAN.PAUI

et

chef du service

v

de dermatologie-vénérologie

à l'Hôpital Cochin-Tarnier, Paris

Soupçons

de poids

19

PAR IEAII.PIf,RRE DE MOIIDTNARD

Médecin du 5port

Biochimie

CommerTt

fonctirnne

lemusde

22

P R soPHtt (OtSltE

Gesmoléades

quidopent

30

PAR DoRorHÉr

BENOIT SROWAEYS

LesfaiE

au quotidien

&

PROPOS DE PATRICI( LAUiE RECUII-U5 PAR laAN-P|ERRE

lcrKovrct

Un labyrinthe

juridique

50

PAR CHARLES DUDOGNO

Responsable de la formation

continue au Centre de droit

et d'économie du sport

(CNRS - ERSo160), Limoges

ProduiÉ interdiB:

cornmerTt

estetablie

lalisb

U

PAR MAT'lII<E MASHAÂt

rr rJrIrjJ

Cmtrôles: desvesies

pourdeslanbrnes 66

fÂr taunt 5(HAt<HLt

tt/hladsoudoÉ? 74

PAR MA'THIAs RIMAI{I

Pourquoi?

Sons l'emprise

des sens

112

PAR CLAIRE CANNIEN

Médecin du sport, psychiatre,

INSEP, Paris

Dopés

et doileurs

La dope en driffies 80

PÂR'EAN,CHRISTOPIIE BREILI.Al

Chargé d'études au Centre

de droit et d'économie du sport

lCNRS - ERS0160), Limoges

læsextases

oly,mpiques

de l'ex-Stasi

88

PAR OLIVITN ANUNO

Amaêus:

en souffiance

degloire

9t+

PAR cHRtsropHt taBBÉ,

OI.IVIA R:CA'ENS

ET EMMANUEI MOXNIER

Dumsorties

denfance

102

PAR AIICI ROLIAND

Uneclé<ision

sans

pÉrÉtlent 120

PAn cHrtsropHr [aaBÉ

ET OLIVIA RTCAs:NS

t

Sport

etstrrÉfiant

PAR PATTICI( PINO

Les duretÉs

de la canière

sportive

128

PAR DIDIER PNIMAUI.T

Re5ponsablê administratif au Centre de droit et d'économie

du sport (CNRS - ERSo160i,

Limoges;

Secrétaire général de l'Union

des basketteu15 européens

[aryent

dusportsæctacle 136

PAR ARI{AUD ROUGER

Chargé d'études au Centre

de d.oit et d'économie du sport

(CNRS - ERSo150), Limoges

z

Avenir

Questions

autourdune loi 150

PAN'IAN.PIENff KARAQUILI-O

Profes5eur de droit à l'université

de Limogesj Directeur du Centre

de drort et d'économie dL, sport

(CNRS . ER50i 60), Limoges;

Membre du Tribunal ârbitral

du sport, Lausanne, Suisse

Une

harmonisation

difficile

152

PROPOS DT IEAN POCZOBUT, NECUEILLIS

PAR LAURT SCHAIC}ILI

Conseiller technique auprès de

Mâde-Ceorge Buffet, ministre de la

leunesse et des Sports

Les Éseaux defournisseurs

PAR RICHARD EUXY

Le Tour de France

  • 106 est-iltopdur? 14 PAX IEAX-PIENRE DT MONDÉ AND

Pour anêûer

la courcefolle 156

PAR TtAN-PAUt tSCAXDT

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Pour stinru er se5 caDac tes

plr,,,siq Lres, i'hornnre .r

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trad tionnelle. Tout auss spontanenrenl. on s'cst donc

tou nre vcrs dcs produits, sans ccssa plus nomllreLtx,

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el parcs de toutes les Verlus.

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pr€ndr. une rutr{

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corrtrr unt

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cyc l!t€ en 1890

UNE

VIEILLE HISTOIRE

les méfaits de I'altitude et à

gagner en force et en résistance.

Pour preuve ce témoignage :

Robert-Louis Stevenson a rap-

porté avoir !,u un Andin parcou-

rir près de ,1t10 km sans absor-

ber autre chose que des feui.lles

i se doper signifie

consommer des pro-

duits à des lins de per-

formance. il faut bien consta-

ter

que cette pratique

remonte à la nuit des

temps et s'obserye par-

tout. Il n'existe pas en ef-

tet. d'aire géographique

qui n'ait. depuis des

de coca.

En Afrique, on mâche des ra-

cines d'iboga. Elles stimulent.

donnent des forces pour la chas-

se. pour pâgayer et augmentent

la résistance au sommeil pen- dant les périodes de veille noc-

tume. Plus près de nous. les po-

pulations du TJrol. en Autriche.

usent et abusent de I'alsenic

pour lutter contre lâ fâtigue. se

donner bon teint. faciliter la res-

lustres. sélectionné

piration et même l'embonpoint

des plantes aux ver-

chez les maigrichons. Un stimu-

tus stimulantes.

lant apparemment si efficace

Ephédra ou gin-

qu'on s'en sert aussi pour les

seng en Asie.

chevaux et les mules !

coca. maté

ou gualana

LE' PNEMIERS PAS

en Amé-

Dans les premières décennies

rique du

du XIXe siècle, le dopage

Sud,

connaît un essor considérable

nolx

de

sous la double influence des

progrès de la médecine et de la

traissance du sport moderne. Dans le domaine médical, les travaux des chimistes ont per-

mis d'isolerdes glucosides et des

alcaloides comme la morphine,

l'éphédrine ou la slrychnine.

Ces substances pures sont beau-

coup plus faciles d'emploi que les décoctions. forme sous la-

quelle elles étaient .jusqu'alors

utilisées L€s doses, notamment. peuvent êtrc augnentées et mo- dulées à volonté.

Un pas supplémentaire est franchi avec Berthelot : la syn-

thèse des produits à partlr d'élé- ments organiques simples. Dès lors s'ouvre une longue pédode

- elle s'étendra jusqu'en 1960

les apprentis sorciers vont

pouvoir s'en donner à cæurjoie

pour créer de nouveaux dopants

dont, de surcroît, le mode d'ac-

tion ne sera plus réduit

à un

simple effet stimulant. L'empi-

risme règne en maître. Toute substance donl on suppose

qu'elle améliore les perfor-

mances physiques est immédia-

tement testée comme dopant.

Et le choix est vaste !

cola.

khat

ou laclne

d'iboga en

Afrique. man-

dragore. noix vo-

nique. café en Euro-

pe. l'éYentail est riche

et très lârgement utilisé.

Dans les Andes Ie re-

cours quotidien à la coca

est de règle. Vingt-cinq à

trente grammes de feuilles mâ-

chées par jour (environ un demi gramme de cocalne) senent à lutter contre la fatigue, la faim,

Ë

É

3

VIN DES ATHLÈTES

ET AMPHÉTAMINES

Commençons par les dérivés

d'anciens produits : opium. gin- seng, coca, éphédra. Parmi les

dérivés de l'opium. l'héroiïe est

en vogue dans les courses de

chevaux au XIX" siècle. tandis

que la morphine fait fureur en

boxe el dans les disciplines d'en- durance. On la crédite d'ailleurs

du premier

mort par dopage

: le

cycliste gallois Arthur Linton,

âgé de 29 ans, deux mois après

le Bordeaux-Paris 1896. Les

Russes testent le ginseng lon de

counes de lond et lui prêtent un

gain de 53 secondes

sur un 3 000

mètres. En France. dès 1863,

Angelo Mariani fait fortune

. avec un vin stimulant à base de

I

feuilles de coca Iraiches : le vin

t Mariani. Il le présente à un

concours sous le nom de < vin

des athlètes > et remporte la mé-

daille d'or! Quant à la cocaine, les militaires bavarois I'utilisent.

dès 1883. pour

diminuer la fa-

tigue lors des

 

longues marches

Le

journaliste

Albert

Londres en

décrit l'usage au moment du

Tour de France de 1924 : les

coureurs I'utilisent alors volon-

i/tiers

sous forme de pommade

i/ dont ils enduisent Ie fond de

lf leur cuissard. La cocaÏne pé-

'

nètre progresslvement par vore

cutanée et permet d'améliorer

les conditions de course.

L éphédra, elle. sert de sup-

port à la synthèse de la benzé- drine en 1931. C'est la première

des amphétamines. Ces sub- stances diminuent la sensalion

de fatigue, coupent la faim.

poussent à I'action. favorisent

l'éveil voire la volonté et la

confiance en soi. Les amphéta-

mines font probablement leur

entrée sur la scène du dopage

aux Jeux olyrnpiques de Berlin,

en 1936. On lit dals un rapport de la Société des Nations, paru en 1939. qu'elles améliorent de

.

  • I 30'/" la capacité de travail d'un

  • I sujet somrolent et fatigué. Mais le même râpport émet des ré- serves sur leur efficacité chez les athlètes. Les amphétamines vont pourtant être les stars des produits dopants pendant plu- sieurs décennies : leur vente

llibre en France jusqu'en 1955,

leur pdx très abordable et une réputation d'efficacité absolue

selon les usagers sont autant de

facteun qui expliquent I'univer- salité de leur consommation

sportive. Pendant la Seconde

Gueûe mondiale, les amphéta- mines ont d'ailleun été utilisées par toutes les lorces en présen- ce. Par exemple, le Ministry of Supply en a distribué plus de 72

millions de comprimés aux pi-

lotes de la Royal Air Force

entle 1940 et 1943. Au Japon, le

personnel des usines d'arme-

ment a été gavé d'Hiporon et de

Philopan pour augmenter la

production. A la fin du conflit, les amphé-

tamines diffusent très rapide-

ment à l'ensemble de la société.

Les soldats, qui en avaient

connu les avantages dans les combats, trouvent logique d'en

poursuivre la consommation au

cours de leurs activités civiles,

qu'elles soient sportives ou pro- fessionnelles Aussi les rerouve-

t-on dans tous les sports. Cer-

tains en perfectionnent même

la prise, comme ces cyclistes qui

.ûiÉ.!r une seriûgue auto-in-

É,rÊÈ pour s'administrer le

rEh

datrs le bras ou la cuisse

rroir besoin de descendre

c -

rÉlo. Iæs accidents liés aux

rçtÉtanines deviennent tou-

ti:r

de plus en plus nombreux,

rw:ame celui de Jean Maléjac

Fdant le Tour de France 1955.

-: parfois mortels, comme le

: siballeur Jean-L.ouis Quadri,

;r:

meurt à l'âge de 18 ans en

:S8 ou le cycliste danois Knud

Enemark Jensen, lors des Jeux

ollmpiques de Rome en 1960,

àuché à l'âge de 21 ans pendant l'épreuve des 100 kilomètres sur

route. De plus, aucun travail

scientifique ne prouve leur effi-

cacité dans I'amélioratior des

performances spoftives. Par

exernple en 1959, une étude compare deux groupes d'ath-

lètes du Springfield College et observe que ceux qui ont reçu

des amphétamines augmentent leun performances en enduran-

ce de 88 % alors que ceux qui

ont reçu un placebo, c'est-à-dire une substance sans effet. I'ac-

qoissent de 132o/o I Et

rc-

vanche, la meme année, une

comparaison similaire chez

des nageurs, des coureu$ et des lanceurs de poids conclut

que les amphétamines amé-

liorenl les p€rformances Ces

résultats, parmi d'autres, sou- lignent bien la perplexité de la communâuté médicale fâce à

ces produits

LE DOPAGE

"PHYSIOLOGIQUE"

Pendant que les médecins

s'interrogent, les sportifs

continuent à détoumer les

médicaments de leurs indica- tions thérapeutiques au profit

du dopage. Depuis le début

du siècle, grâce aux progrès

de la pharmacologie, la palet-

te des substances dopântes

s'est élargie : strychnine, arse- nig camphre, nicotine, bémé-

gride. digitaline, trinitrine. iode. etc. Tout cela a été

consomné dans la plus gral- de inconscience,,. Lâ strych- nine. par exemple, souyent mélangée à de I'alcool et à de la cocain€. a fait son etrtrée

olympique âu marathon des

Jeux de 1904. A chaque dé-

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UN COUP DE FOUÊT VEGETAL

Nombre de stimulant5 sont, à

l'origine, des extrait5 de

5i

Îàillance. Ie vainqueur. Thomas

Hicks. est " remonté

" par son

entraîneur à coup de brandy et

d'injections de strychnine.

Quant à l'arsenic. Îrès apprécié

à la fin du XtXe siècle,

les spor-

tifs y recouraient sous forme de

Iiqueur de Fowler. Cefiains en

absorbaient un plein flacon par jour. alors que la dose thérapeu-

lique se limitait à quelques

gouttes Léther, utilisé en méde-

cine dès 1860. a été. un peu plus

tard. très prisé des cyclistes. Ils

l'absorbaient sous forme ds

sucre imbibé d'un mélange en

quantités égales d'éther et d'al-

cool à 90". Certains même n'hé-

sitaient pas à se I'injecter à rai- son d'un gramme deux à trois

fois par jour. De quoi réveiller un mort. De quoi aussi alerter

un public qui juge cette pratique

nettement déraisonnable.

Progressivement

les dopants

se sont spécialisés. alors qu'on

usait essentiellement de leurs

vertus stimulantes. euphori-

santes ou anti-douleurs. En ef-

fet. le Ëisonneme[t qui condui-

sail à utiliser un produit s'est

âffiné : on tente alors d'exploiter

les dernières découvertes phy-

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UNE VICTOIBE PAS COMME LES AUTRES

En 1959, Andrs Gimeno (<i- contre) bat Michael Davies lo.t de la Coupe Davis qui oppose l'Espagne à la Grande-Eretaqne. ll reconnaîtra avoir bénéficié

pendant deux mois d'injections

de fortes dos€s de testostérone.

n\.logiques. Mais pas toujours

j<

tàçon idoine. Prenoûs

, ,-xemple de la digitaline. Son

-r:.age part du constat suivant :

:our bon athlète d'endurance a

ue fréquence cardiaque de re-

p,os très lente, jusqu'à 35-40 bat- lements par minute. Chez un sé-

dentaire. elle se situe plutôt

etrtre 60 et 80. D'oùr le raccourci hasardeux : pouls lent égate per-

lormance. Puisque la digitaline diminue la fréquence cardiaque

et de surcroît renforce et régu-

larise le cceur, Ies sportifs en dé-

duisent qu'il suffit d en consom-

mer pour exceller en endurance.

Tïès en vogue dans les années 50,

elle sera ensuite vite abandonnée en raison des nombreuses iûoxi-

cations qu'elle provoque. D'autres médicaments à visée

cardiovasculaire seront utilisés :

heptaminol. trinitrine. pentétra-

zol. nicéthamide. dans des disci- plines très diverses comme la na-

tation, le ski. le foorball. le

cyclisme, I'alpinisme. etc.

Quant au dopage hormonal,

les balbutiements en remontent à la fin du XIXe siècle. Depuis

longtemps. on pressentâit que

les testicules renfermaient la

substance de la force rnasculine.

En 1889. le physiologiste fran-

K

çais Edouard Brown-Séquard rapporté une expérience origi- nale devant la Société de biolo-

a

gie. Agé de 72 ans, il s'étair fait

plusieurs iqections sous-cuta- nées de mélanges de sang vei-

neux issu de testicules. de sper- me et d'extrâits acquell'( de tes-

ticules de chien ou de cochon d'Inde. Il avait immédiatement

ressenti un accroissement de sa vigueur. de ses capâcités intel-

lectuelles. de la qualité de son sommeil, etc. L'ère du dopage aux stéroides anabolisants ve- nait de s'ouwù. Les découvertes fondamen-

tales, elles. viendront ultérieu-

rement. En 1935, Emst Laqueur

isole I'hormone sxuelle mâle. la

testostérone. Quelque temps

plus tard. Leopold Ruzicka et

Adolf Butenand produisenl le

premier stéroide anatrolisant de

synthèse, la déhydroandrosté-

rone. Puis, dans la foulée,

iis syn-

thétisent la testostérole. Ces

travaux sont couronnés par le prix Nobel en 1939. Tiès rapide- ment. la communauté sportive détournent cs produits au pro- fit de la performance. Le rap-

port de la Société des Nations

de 1939, cité plus haut. présente

ainsi le cas des footballeurs bri-

tanniques de Wolverhampton

qui auraient obtenu des résul-

tats extraordinaies glâce à des

e)craits glandulahes administrés par leur entraîneur. En 1952. les

Américains soupçonnent cer-

tains athlètes soviétiques d'user

de stéroides anabolisants. Detlx

ans plus tard. au cours du cham- pionnat du monde d'haltérophi-

lie. un médecin russe vend la

mèche à son homologue améri-

cain John Ziegler : les Sovié-

tiques utilis€nt de la testostérone.

Dès son retour aux États-

Unis. Ziegler teste de faibles

quantités de ce produit sur lui-

même et sur trois haltérophiles Il constate un irnponant gain en I

volume musculaire et en force- I

En 1958. t'industrie pharmaceu-

|

tique crée le lameux Diana-

bol@. que Ziegler expérimente

en secret sur des athlètes. En-

thousiasmé par les résultats, il se

fait le chantre du recours aux

stéroïdes anabolisants chez les

sportifs. Quelques années plus

tard.les abus et les accidents en-

gendrés par ces hormones, lui

feront regretter publiquement

cette attitude. Mais ces regrets viendront trop tard : ils n'auront

aucune incidence sur la consom-

mation ...

Par exemple, lors de

la Coupe Davis 1959, pendant le match opposant I'Espagne et la

Grande-Bretagne. l'Espagnol

Andres Gimeno reconnaît avoir bénéficié pendant deux mois de

I'injection de fortes doses de tes- tostérone pratiquée par le mé- decin du Roval Tènuis Club de

Barcelone. En 1960. les anabo- lisants sont soupçomés d'être à

l'origine de l'amélioration si-

multanée des records mondiaux

masculins du lancer de disque.

de marteau et de poids. Leur fructueuse carrière ne fait que

conùnencer.

Elle prépare aussi I'arrivée

explosive d'autres produits de

s]'nthèse qui font les unes d'au-

jourd'hui : érlthopoiétine- hor-

mone de

croissance, perfluoro-

carboner etc. f

ergonomie, biomécanique, psychologie, dié1é-

tique, informatique) qui ont permis de stimuler les

conftontations. Aussi ces Jeux furent-ils d'un ni- veau exceptionnel avec une série de records du

monde en athlétisme notamment ; du saut en lon- gueur de Bob Beamon (8.90 rn. soit une progres-

siou de 55 cm) inégalé

pendant

23 anq au 400 m

de Lee Evans parcouru er 43,86 secondes. un temps qu'il faudra 20 ans pour améliorer, de I'ex-

ploit de Jim Hines, auteur d'un chronomètre de

9.95 secondes sur 100 m, qui demeurera 15 ans au

somrnet de la hiérarchig au triple saut : record du

monde battu à neuf reprises successives (17.03 m).

TEFFET

DE L'II{NOVATION TECHNOLOGIQUT

De tous les facteurs qui influent sur le niveau des performanceq cornmençons par les effets des nouveaux malériaux et matériels.

Le bois au piquet

Ên 1920, Fr.nk !o't, ave< rn€ pe'<hc en b.m'

bou, qul

l rernph<é dcpult peu

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Déronnôb borér, ll. €xlgent une protê<tlon

renforcéc du corpi

et f.vodscnt lcr correul'

pult.ântr, tel Albcrto Tombr.

Saut à la perche

. . .

Alvec les perches en bambou,

le record du monde passe de 3.61 m en 1896 à

4.77 m en 1942. soit une progression de 116 cm

en 46 ans. Avec les perches en acier suédois, la

  • 9 barre ne s'élève

que de 3 cm en 18 ans Grâce aux

perches en fibre de verre plus résistantes et plus légères. Sergueï Bubka et ses prédécesseurs ont

porté le record à 6,14 m, soit un gain de 134 cm

en 28 ans. Durant les trois premières années de

leur utilisation, de 1961 à 1963.I'évolution â été de

45 crn.

Sprlnt Malgré son talent, Carl Lewis n auait

...

pu battre en 1991 le record du monde du 100

mètres, en 9.86 secondes. sans ses chaussures à coussins d'aû qui comportaient trois semelles s),n-

thétiques amortissant les vibrations : à chaque

foulée. le pied du sprinter encaisse uo impact

équivalent à trois fois son poids. De plus, sous le talon, un coussin d'air absorbail les chocs et une

lame en fibres de carbone faisait otfrce de ressort.

A titre de comparaison. Jesse Owens vainqueur

du 100 m aux Jeux de 1936 en 10.3 secondes.

avait

couru avec des chaussures en cuir. sans slarting-

blocks, se calant les pieds lors du départ en creu- sant un trou dans la piste en cendrée. Depuis le début des années 90.les matériaux composiles se

sont généralisés. Les quatre plus importants fa-

bricants (Nike, Adidas, Asics Mizuno) se li\.rent à

une véritable guerre commerciale et technolo-

gique. I-e modèle Zoon Super Fly de Nike com- prend des semelles en nylon. des pointes en car-

  • 4 bone et un talon en caoutchouc à picoti et, tout

  • 2r- en offrant un maximum de rigidité pour trans-

:

mettre les impulsions, ne pèse que 210 grammes Michael Johnson en était équipé en 1996 lors de

t2

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:

1E prodigieux record du monde du 200 m. Marie- ;-'s Pérec, double championne olympique à At-

;ata. sur 200 et 400 m. utilise le modèle MV

01 de

R:ebok : 155 grammes de libres de carbone re- --.1ur erts de pol''uréthane garantissant une résis-

:ance moindre

au vent et à l'air, d'où un gain d'un

Jentième de seconde.

\alation ...

En 1992. la firme Speedo a lancé.

après cinq ans de recherche. un nouveau maillot

pour les nageurs. Nommé ( Aquablade ). il est en polyuéthane et polyester et ses rainues à base

de résine hvdrophobe augmentent la pénétmtion dans I'eau plus encore que la peau. même rasée. Grâce à une telle tenue dont la texture est voisi- ne de la peau du dauphin- l'avantage a été évalué à 19 % de vitesse de pénétration supplémentaire

lors du plongeon et dans les virages. soit une

demi-seconde sur 200 m brasse par exernple-

Stt ...

Dès 1983. les piquets eo bois ont cédé la

place à des piquets en plastique articulés. Ce chan-

gement a transformé une discipline d'adresse en un sport de combat, les piquets étânt boxés et non plus esquivés- Avec une telle technique. la

conrse. plus dynamique et spectaculaire. exige une

protection reDlorcée des mains et de l'ensemble

du corps (pantalon. masque. mâillot) et favorise

les courews puissants tels que AlbenoTomba. En

1984. du matériel anti-vibations. permettant d'éli-

miner les sources de freinage dues aux aspérités

L'homme aux chaussures d'or

Aux rcur d'Atlanta, Mlch.el lohnron pulvérlre le

rc<ord du monde du 2(Xl rn

et ser <hauguret dé-

nylo., tôlont

légèrel,

fr.yeDt h <h?onlquê. Scmclles n

en <aout<hooç polnter en carbone :

eller trânimettent à mervellle lei lmpulrloni.

de la neige et de faciliter la tenue dans les courbes.

fut introduit. A partir de 1988. de nouvelles lignes

améliorèrent la glisse : semelles du ski en fibres Kevlar. fibres de ceramique plus résistantes au-y variatioDs de temFÉrature. Cyclirme Tiès instrumenté. ce spon a évolué

... parallèlement arlx innovations : 1880. roue arriè-

re propulsive avec transmission par chaîne: 1887.

pneumatique par Dunlop: 1905. dérailleur (inter-

dit jusqu'en 1936 sur le Tour car I'accessoire sub-

stitue la ruse à la force): 1979, vélo profilé et aé-

rodynamique; 1984. vélo Delta avec le guidon en

forme d'aile d'avion (Fignon). casque profilé avec

aileron à I'arrière (Moser). pédale automâtique (Hinault) ; 1985. roues lenriculaires légèrement

convexes (gain de puissance lié à I'aérodyramique

améliorée): 1986, appui lombaire sur la selle (di-

minution de dépense énergétique en soulageatt

la masse musculaire): 1989, guidon de triathlète

(aérodynamisme. LeMond a devancé Fignon de

8 secondes lors du Tour de France

grâce à ce gui-

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rouet lenti<ulaire5 ou à bàtonr, avant bras

posés sur le guidon

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(Chris Boârdma., au

vélodrome de Man(heste., bat le re(ord du

monde de I heure ave< 56,l75l km.)

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L'INVENTION

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