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MÉLANGES RENÉ BASSET

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Société Françaisk u'Imphimerie d'Angers, 4, rue Garnier, Angers

PUBLICATIONS

DE L'INSTITUT DES HAUTES-ÉTUDES MAROCAINES

TOME XI

MÉLANGES

RENE BASSET

ÉTUDES NORD-AFRICAINES ET ORIENTALES

publiées par

L'INSTITUT DES HAUTES-ÉTUDES MAROCAINES

TOME II

PARIS

ÉDITIONS ERNEST LEROUX

28, RUE BONAPARTE l(Vie)

1925

837/(21

LE NOM DE LA « PORTE » EN BERBÈRE

Le mot qui, dans la grande majorité des dialectes ber-

bères, désigne « la porte b^ se trouve sous les formes sui- vantes '^ :

Ouargla '

Mzab *

tawurt, iawert

tawurt

fiwira

pi. tiwira

pi.

1. Un autre mot est employé dans quelques dialectes qui, en

général, connaissent aussi tawurt : Ntifa : tiflut (Laoust, Étude

sur le dialecte berbère des Ntifa, Paris, Leroux, 1918, p. 65) ; Ida

ou Semlal ; tiflût, pi. tifëluin (Destaing, Étude sur la tactielhit du

Soûs, t. I^', Vocabulaire français-berbère, Paris, Leroux, 1920,

p. 226) ; Figuig : taflut, tafellut (René Basset, Notes de Lexi-

cographie berbère, troisième série : Dialecte des K'çours Oranais, Jour-

nal Asiatique, 1885, p. 61 du tirage à part) ; Ahaggar : taflut

(le P. de Foucauld, Dictionnaire abrégé Touareg-Français (dialecte

Afiaggar), Alger, Carbonel, tome I", 1918,

p. 220,

II][),

pi.

tiflûlln. Le même mot, chez les Ait Seghrouchen, tiflût, pi.

tifëluin désigne « la planche ». Cf. Laoust, Mots et Choses berbères,

Paris, Challamel, 1920, p. 4, n. 4. On trouve enfin dans cer-

tains dialectes le mot arabe : bab (Siwah, Sened

).

2. Nous avons nous résoudre à unifier la

transcription

des différentes formes : mais pour parer aux inconvénients qui

peuvent en résulter, nous avons donné chaque fois en note la

référence exacte et la

transcription de l'auteur. Les formes

données par Biarnay et M. Destaing, en particulier, témoignent

d'un minutieux souci de précision.

Ouargla

3. René Basset, Étude sur

la Zenatia du Mzab, de

et de l'oued Rir', Paris, Leroux, 1893, p. 237 : OUR, taouourt, pi.

tiouira. Biarnay, Étude sur le dialecte berbère de Ouargla, Paris,

Leroux, 1908, p. 240, 1. 26 : taououert.

4. René Basset, Zen. Mzab, Ouargla, O. Rir', id.

ANDRÉ BASSET

B. Snous ^

tuwùrt, tàwûrt

B. Iznacen»

tawûrt

B. Rached »

Idwurt

Ouarsenis *

tawurt

Haraoua *

tawurt

B.

Menacer*

Chenoua '

Djebel Nefousa'

hàwïirt, tawûrt

haurt

taurl

Ghat» tawurt, tawert, tawart, tahort

Bougie "

iuurt

pi. tiwùra tiwûra

pi. tiwùra

pi. tiiwura

pi. iuura

pi. tiwùra

pi. iiura

pi. hiura

pi. tuira

pi. ciur

1. Destalng, Dictionnaire Français-Berbère (dialecte des Beni-

Snous), Paris, Leroux, 1914, p. 284 : ^aip^ûr^, pi. f)ii{,r^ûra et £'/urfe

I, 1907,

p. 371, 1. 26 : {n)-tê^ûra ; t. II, 1911, p. 17, 1. 10 : i)à^^ûr^ ; 1. 15 :

sur le dialecte berbère des Béni Snous, Paris, Leroux, t.

^axmûr^ ; p. 252, 1. 15 :

e^i^^flrO.

2. Destaing, Dict. B. Snous, p. 284 : ^arp^ûr^, pi. Uui}ûra.

3. Ibid., p. 284 : ^âipi^urb, pi. Qûipiura.

4. René Basset, Étude sur la Zenatia de l'Ouarsenis et du Maghreb

central, Paris, Leroux, 1895, p. 105 et p. 158, OUR, tliaouourth,

pi. thououra.

5. René Basset, Ouars. Magh. centr., p. 158 : thaouourth, pi. thiououra.

.

B.

6. René Basset, Lexic. Berb., deuxième série :

le dialecte

des

Menacer, 1885, p. 80 :

thaouourtlx, pi. tliioura. Destaing,

Dict. B, Snous, p. 259, 1. 16 (ouvrir) : hâip^ûrb

7. Laoust, Étude sur le dialecte berbère du Chenoua comparé

avec ceux des Béni Menacer et des Béni Salah, Paris, Leroux, 1912, p. 149 : OUR, haourth, pi. hioura.

8. A. de Galassanti-Motylinski, Le Djebel Nefousa, Paris,, Leroux,

1898-1899, p. 145 : taourt, pi. touira.

9. Le P. de Foucauld, Dict. Touareg-Franç., t. I, p. 432, Oj,

tàouourt. René Basset, Lexic. Berb., première série, 1883, Dia-

lecte de

Ghat,

p. 47 : taouert. Nehlil, Étude sur le dialecte de

Ghat, Paris, Leroux, 1909, p. 192 : taouart, pi. tchiour. Stan-

hope Freeman, A grammatical sketch of Tamahug language,

Londres, 1862 : tahort.

10. René Basset, Loqmân Berbère, Paris, Leroux, 1890, p. 329 :

OUR, thouourth.

LE NOM DE LA <( PORTE » EN BERBERE

3

Matmatai

tawîrl

pi. tiwCira

B.

Salaha

laBdûrl

B.

Messaoud *

labbûrt

2ouaoua *

labburl

pi. tibura

Ghadamès *

taBBurt

pi. taBurua, laBurawin

Ahaggar®

Rif ; Ibeqqoien '

iàhort

taw"rt, lawCi°rt,

pi. tihùr

pi. tiuùtra

A. Ouriaghen * law"rt, UuuPrt, iagg"ri

Ikbdanen'

A. Touzin^"

taivû^rt, lawért

laBûrl

A. Temsaman" /au;«5/

Ait Seghrouchen ^^ tagg^urt

Ida ou Semlal "

taggml

pi.

liwiiira

pi. hwûra, tiggûra

pi. tiggùra

La racine semble bilitère : la deuxième consonne est

nette ; R apparaît partout ; seul, en Temsaman, au sin-

gulier, appuyante, elle s'est vocalisée ; la première ne

saurait non plus faire grande difficulté ; la présence, à la

1.

2.

3.

4.

Destaing, Dict. B. Snous, p. 284 : Qai^î^tr'), pi. fiîifûra.

Destaing, Ibid., p. 284 : dabbùr^.

Destaing, Ibid., p. 259, I. 15 : Oabbarb.

René Basset, Loqmdn Berbère, p. 329 : OU R, thabbourth, pi.

ihiboura.

5. A. de C.-Motylinski, Le dialecte berbère de R'edamès, Paris, Leroux, 1904, p. 148 : iaf'f'ourt, pi. iaf'ouroua et ief'ouraouin.

6. P. de Foucauld, Dict. Touareg-Franç. t. I, p. 432, Oj, tàhort,

p\, tihôr.

7. Biarnay, Étude sur les dialectes berbères du Rif, Paris, Leroux,

1917, p. 104: U R, ^auu'r%, pi. Hiuûîra; p. 159, 1. 11 : ^auûorb.

8. Biarnay, Ibid. : Oauu'rO, pi.

5) G R : ^agg"rO.

^iuûîra;

cuu°rO ; p.

14,

R,

9. Biarnay, Ibid., p. 104 : UR, eauflorô, ^auuêrO.

10. Biarnay, Id., p. 14 : R, 4)

11. Biarnay, Id., p. 104 : UR,

B R ôaôûrO.

2) OauûaO, pi. fiiuuira.

12. Destaing, Étude sur le dialecte berbère des Ait Seghrouchen,

Paris, Leroux, 1920, p. 160, § 281 d : taggturl pi. liggûra; p. 194,

^ 379 a : hwûra, pi. de lagg'urt.

13. Destaing, Tachelhtt du Soûs,t. î, p. 226 itaggurt, pi. tiggûra.

4

ANDRÉ BASSEt

fois, de 5 et de g' témoigne suffisamment que ces deux

sons sont secondaires : d'ailleurs la forme zouaoua com-

porte b dans un dialecte g n'est que peu altéré : d'autre

part, l'évolution normale de ce son est de tendre à la

palatale, puis à la chuintante, et, terme extrême, à la

sifflante. Bref, nous sommes en présence de w maintenu

tel dans les dialectes faibles, devenu occlusif soit sous

forme de labiale, soit sous forme de gutturale dans les

dialectes forts : ce passage est d'autant plus naturel

que w, dans les notations particulièrement précises, est

géminé : sans doute s'agit-il d'une forme intensive qui

traduit le caractère habituel de la fonction : et cette

gémination a entraîné le passage à l'occlusive suivant un

usage noté depuis longtemps en berbère pour les formas

d'habitude du verbe.

Quelques cas particuliers s'observent : au Chenoua et au

Djebel Nefousa, la sonante consonne, après avoir absorbé la

voyelle suivante, entre a et r est devenue deuxième élément

de diphtongue ; à Bougie, en même position, mais entre u et

r, elle est devenue voj^elle ; chez les Ait Seghrouchen, g a

commencé l'évolution normale de ce son : dans le sens

palatal ; chez les B. Salah, en bordure du groupe kabyle,

à Ghadamès, et dans une tribu rifaine, les Ait Touzin b

est à l'état de spirante bilabiale. Enfin, à part, est la

forme ahaggar qui se caractérise par la perte de l'articu-

lation, laissant place à un simple souffle : c'est chose fré-

quente en ce dialecte : témoin ehe, « la mouche », en face de

izi, tehe, « le col », en face de tizi, ihadar, « l'aigle », en face

d'igider, et surtout ahar, « le lion » en face de war. Les voyelles ne sont pas moins claires : la première

est a, la seconde u, long, dans une partie, du moins, du

domaine berbère : Ibkdanen, B. Snous, B. Iznacen, B. Me-

nacer, B. Salah, B. Messaoud, Matmata ; dans d'autres

dialectes, par contre, il semble qu'il y ait une opposition

entre la brève du singulier et la longue du pluriel, en par- ticulier chez les Ait Seghrouchen, les Ida ou Semlal et en

LE NOM DE LA « PORTE » EN BERBERE

ahaggar

: quoi qu'il en soit, ce mot a un vocalisme au,

bien

parmi les modes de formation du nom verbal : tawurt

rentre pleinement dans le système berbère : il est à placer

à côté de taddurt, par exemple, nom verbal de edderK

Mais leur valeur morphologique n'a pas empêché les

voyelles de subir de profondes altérations phonétiques, dues à

l'action des consonnes voisines. Comme nous l'avons signalé

précédemment, au Chenoua et au Djebel Nefousa w a

absorbé la voyelle suivante, à Bougie elle a en outre coloré

connu en berbère et signalé par M. René Basset

la voyelle précédente. L'une des formes relevées chez

les Ait Ouriaghen tagg^rt montre la voyelle en cours de

disparition, r étant sur le point de la suppléer en fonction

vocalique. Chez les Ibeqqoien et les Ikbdanen r dégage à

la suite de u une voyelle furtive plus ouverte qui tend à

s'ouvrir davantage encore et à se substituer à u à mesure

que ce son est absorbé par w : ainsi trouvons-nous lawért

chez les Ikbdanen, tawert à Ouargla, enfin tawert et tawart

à Ghat. La dernière forme pourrait faire croire à un nom

verbal à double vocalisme a, très fréquent en berbère,

mais son caractère accidentel, à Ghat même, rend cette

hypothèse peu

Reste

vraisemblable.

Matmata laïvirl : le vocalisme a i se rencontre

aussi dans la formation des noms verbaux : tawurt et tawirt

pourraient donc être deux formes morphologiques diffé-

rentes, caractérisant peut-être deux groupes berbères.

Jusqu'à plus ample informé, nous voyons plutôt dans la

différence le résultat d'une action phonétique- : le phéno- mène u > i par dissimilation est connu : la forme est isolée

dans le dialecte même, le pluriel est en a : tiwûra;

enfin tiurdra des Ibeqqoien permet de saisir l'évolution en

cours d'accomplissement.

Le vocalisme du pluriel est i—u—a ; dans certains dia-

1. René Basset, Études sur les dialectes berbères, Paris, Leroux,

1894, p. 158 D a.

b

ANDRE BASSET

lectes, il est i i a ; dans d'autres ii ii a : dans ce dernier cas, il y a eu assimilation régressive ; dans le précédent,

assimilation progressive : i de deuxième syllabe là il apparaît, semble en effet le résultat d'une action phoné-

tique car nulle part ni à Ouargla, ni au Mzab, ni au Djebel Nefousa, ni chez les Ait Temsaman, il ne répond à un i

de deuxième syllabe au singulier, relevé uniquement,

comme nous venons de le voir, chez les Matmata.

*

*

Très répandu dans les dialectes berbères, le nlot tawurt

y paraît isolé : aussi a-t-on pensé à un emprunt, au latin

porta. Cette hypothèse, déjà ancienne, a été écartée par

M. René Bassets II existe d'autres mots berbères que l'on

fait venir de termes latins à labiale sourde : tifirest, « le

poirier » (lat. pirus), tafaska, nom souvent donné à la

Grande Fête, et par extension à toute fête (lat. pascha),

« avril » (lat. aprilis). L'histoire des

et ebrir» ibrlr^ brll,

deux derniers est encore mal connue et nous devons,

avant tout, faire cas du premier. Néanmoins tifirest et

tafaska s'accordent pour présenter un / berbère en face

d'un p latin : le p de porta, en même position, à l'intervo-

calique, aurait subi le même traitement. Tifirest en outre

recouvre exactement le mot latin, en particulier pour les

consonnes : on n'en saurait dire autant de tawurt.

Il faut écarter également une étymologie berbère

celle-là proposée par Biarnay " et admise par

qui ferait de tawurt un dérivé de ar a ouvrir

M. Laoust^

». W R et R

ne sont pas en effet dans un rapport de dérivation connu

en berbère : ce sont deux racines distinctes, au sens abso-

lument différent.

1. René Basset, Lexic. Berb., première série, 1883, Dialecte du

Rif,

p. 20.

2. Biarnay, Rif, p. 14. 3. Laoust, Mots et Choses berb., p. 4, n. 4,

LE NOM DE LA « PORTE » E\ BERBERE

/

Mais il existe quelques mots très rares et c'est

pourquoi ils ont échappé, qui sont incontestablement apparentés à tawurt. En Touareg, tahort doit assurément être rapproché de la série des formes suivantes^ :

eher, boucher [une ouverture, une chose ouverte] ; être

bouché, se boucher ; par ext. boucher [au moyen d'un

couvercle], couvrir, fermer [un objet quelconque, boîte,

caisse, marmite, puits, etc., ayant un couvercle].

zeher, faire boucher.

e/i/idr, boucher habituellement.

zâhâr, faire habituellement boucher.

éhîr, fait de boucheri

azher, fait de faire boucher.

iéhirt, difficulté de respiration (eher ounfas : boucher la

respiration.)

tehîret, mucosités de l'œil.

ahir, source d'un débit extrêmement faible, alimentée

par une ou plusieurs veines d'eau imperceptibles. asher, bouchon, couvercle.

iashert, diminutif du précédent; signifie aussi : petit disque au milieu duquel est attachée la tige de la datte

et qui, de l'autre côté, adhère à la datte et lui forme

comme un couvercle.

tassert, même sens.

Tahort qui, comme le décrit avec tant de précision le

Père de Foucauld est « la pièce mobile qui sert à fermer une

ouverture faite pour entrer et sortir » est, à n'en pas douter, le substantif verbal de eher.

Ce verbe se rencontre ailleurs : à Ghadamès :

eber, fermer ;

eUer tadBurl en day ^ : ferme la porte de la maison.

1., Le P. de Foucauld, Dzcf. Touareg-Franç., t. I, p. 428, 0\ eher.

2. Motylinski, R'edamès, p. 121, efer, ef'er taf'f'ourt en dadi.

8

ANDRÉ BASSET

A Ghat, il apparaît sous la forme factitive d'un intensif par redoublement^ :

sberber : boucher, couvrir, mettre un bouchon, un couvercla

En Zenaga, nous trouvons " :

iemmar, 3» p. s. m. aor., être fermé.

eèmir, l'^ forme, fermer, boucher. iemmar, 5^ forme.

imir, bouchage.

iemmar, fermeture.

Ces formes ont été rattachées à la racine ^». Mais il ne

semble pas, à observer les emprunts du zenaga à l'arabe,

avec ç- pour première radicale, que ce son disparaisse

jamais complètement : les mots précédents appartiennent au groupe qui nous occupe, et le passage de m; à m ne

saurait faire difficulté.

Les Matmata connaissent iâsivert, « bouchon en roseau »*

et les Ibeqqoien laswarî « bouchon »^ L'étymologie pro-

posée S R, iaéirl « chêne » à l'Ouarsenis^ doit être écartée,

car ta.<irt appartient à une racine à gutturale sourde à la

quelle ne saurait être phonétiquement rattaché laswarî.

taswert, iaswarl ne sont pas autre chose que des noms

verbaux de la forme factitive du verbe *wer, tout comme

asberber à Ghat', asher dans l'AhaggarS et haswarl au

Chenoua^.

1.

2.

Nehlil, Ghat, p. 135, boucher; p, 146, couvrir.

René Basset, Mission au Sénégal, t. I«', Paris, Leroux, 1909,

p. 241, MR.

3.

4.

5.

6.

René Basset, Ibid., p. 272, yf:

Destaing, Dict. B. Snous, p. 46 : boucher, ^âsx^er^, pi. 6isûnn.

Biarnay, Rif, p. 33 : S R, easuarO.

Biarnay, Ibid. : S R, 0asi>6, chêne. Laoust, Mots et Choses

berb., p. 466, arbre, e).

7.

8.

9.

Nehlil, Ghat, p. 135, boucher ; p. 146, couvrir.

Le P. de Foucauld, D/c/. Touareg-Franç., 1. 1, p. 428, Oj, eher.

Laoust, Chenoua, p. 149 : OUR, hasouourth, pi. hisouarin,

« couvercle ».

LE NOM PE LA « PORTE » EN BERBERE

*

*

^

*wer sortant de l'usage sauf en quelques dialectes du Sud,

eut donc une fortune bien différente de celle de tawuH qui

pourtant aurait le sauver de l'oubli en vertu de la

construction normale en berbère : eber tabburt notée à

Ghadamès^ C'est que, désignant un genre de fermeture

assez primitif, par simple application, tout au plus par

coincement, il dut subir de bonne heure la concurrence

redoutable pour lui des mots qui exprimaient des modes

plus perfectionnés. Et il dut la subir trop tôt pour pou-

voir se dégager de sa valeur concrète comme l'ont fait,

le cas échéant, ses héritiers.

Ceux-ci sont nombreux. Chez les Ntifa*, à Demnat,

s'il s'agit de caler une porte de l'intérieur au moyen d'une

perche ou d'une poutre, on emploie akel et sikel. A Ghat, enhes', sans doute d'origine arabe, à Ouargla* et au

Mzab* eqqes qui en est sans doute la forme d'habitude,

1. Cf. René Basset, Manuel de langue kabyle, Paris, Maison-

neuve, 1887, p. 53,

§ 59.

2. Laoust, Ntifa, p. 133 : sîkél, « caler une porte ».

Pour Demnat, cf. Saïd Boulifa, Textes berbères en dialecte de

l'Atlas Marocain, Paris, Leroux, 1909, p. 336, col. : akil, « être fermé, calé au moyen d'une perche », akkel, « fermer », f. factitive :

sikkel ; p. 184, 1. 34 :

tesikkel tiflout n immi n tegemmi s oumazal

« Elle ferma la porte de la maison au loquet » ; 1. 36 : mekda tak-

kel teflout

ts oumazal

« lorsque la porte fut fermée

»; p. 206, 1. 34 : isikel

« il ferma (la porte) au loquet » ; p. 213, 1. 12 : tesikkel

tiflout

mazal

« elle ferma la porte »; p. 257, 1. 22 : siklen tiflout s ou-

« ils allèrent fermer la porte au loquet ».

3. Nehlil, Ghat, p. 160 : fermer avec une serrure, enkhes.

4. Biarnay, Ouargla, p. 333 : K'S, ek'k'es, a fermer une porte

à clef » ; ek'k'es taouert, « ferme

la porte » ; p. 295, 1. 36 : ik'k'es

taouourt s jaj, « il ferma la porte avec un

piquet » ; p. 302, 1. 34 :

ikkes (pour ik'k'es), fellas taouourt, « il ferma la porte sur lui ».

5. René Basset,

Zen. Mzab, Ouargla, Rir', p. 222 : K S, akkes,

« fermer une porte »; p. 135, 1. 24 : akkes

ta porte » ; p. 136, 1. 1 : kosen tiouira n

taouourt ennem, « ferme

temàint, « Us fermèrent

10

ANDRE BASSET

désignent la fermeture à clef. Toutefois à Ouargla eqqes apparaît aussi dans un cas l'on utilise un piquet.

Bien plus usité est rgel relevé chez les Ida ou Semlal», chez les NtifaS au Dadès% dans l'Ahaggar*, et sous les

formes rgel à. GhàtS r^er et rzer à Ouargla». Ce verbe exprime

les portes de la ville ». (La relation akkes kosen est inconnue dans

la conjugaison berbère ; ce verbe ne suit pas le type des verbes

commençant par a; a, o sont des couleurs vocaliques dues au

caractère indéniablement emphatique de la consonne. Il s'agit

donc bien du mot relevé à Ouargla et à Ghat.)

1. Destaing, Tachelhtt du Soûs, I, p. 126, fermer : « la porte est

fermée à clef », iaggurt tergel.

Pour le Tazerwalt, cf. Stumme, Handhuch des schilhischen

von Tazerwalt, Leipzig, Hinrichs, 1899, p. 131, 1. 21 : Ibab irgil,

« la porte est fermée ».

« (la porte

2. Laoust, Ntifa, p. 399,

1.

17, irgel fellas Ijama'

de) la mosquée se referma sur lui »; 1. 18, irgel fellas, « elle était

fermée sur lui » ; 1. 2Ô, hat irgel felU Ijama' « (la porte de) la mosquée

s'est refermée sur moi ».

Pour Demnat, cf. Saïd Boulifa, Textes Berbères, p. 149, 1. 15 :

Asint tasarout ii ouh'anou dag ellan irgazen, ergalent id fellasen

elles prennent la clef de la pièce dans laquelle se

trouvent les hommes et les y enferment »; p. 153, 1.7 : règlent

seg ougensou

«

tigoumma / irgazen cnsent ; aha efferent tisoura

f ouarar'en

n

our'alid, « elles enferment les hommes dans les maisons et prennent

les clefs qu'elles cachent dans les trous extérieurs de la muraille » ;

p. 207, 1. 14 : irgel ed tiflout, iger tasarout g tek'rabt ennes, « il

ferma la porte, mit la clef dans son sac » ; p. 209, 1.14: irgel ti-

flout Imâiçart, igg tasarout g' tak'rabt, « il ferma la porte du moulin,

mit la clef dans son sac »; p. 211, 1. 33 : aha irgel tiflout n ouh'anou,

« alors il ferma la porte de la chambre »; p. 212, 1. 35 : tergel fellas

tiflout, « elle ferme la porte sur lui ».

3. Biarnay, Six textes en dialecte berbère des Beraber de Dadès,

Journal Asiatique, X^ série, t. XIX, 1912, p. 364, 1. 6, irgo^el

imi n ir'rem, « il ferma la porte de la ville ».

4. P. de Foucauld,D/c/. Touareg-Franç.,t. II, p. 407, \\'\'0,er(jel,

« fermer (n'importe quoi, de n'importe quelle manière) ».

5.

Nehlil, Ghat, p. 160 : fermer, erdfel ; Freeman : irgel.

6. Biarnay,

Ouargla, p. 317, RZR. Cf.

rouer en

regard de

roucl

(p.

13, 13") ; azartil (At Ouaggin et

At

Brahim), azartil

(At Sissin) en regard de tagerlilt, a natte », des Ida ou Semlal.

LE NOM DE LA « PORTE » EN BERBERE

H-

également la fermeture à clef et il s'oppose avec ce sens

à sikel chez les Ntifa ; mais par ailleurs, il s'oppo