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‘Séance du 24 novembre 2003, Lecture du 16 décembre 2003, N° 420926 M. Eugene RWAMUGYO ‘AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS LA COMMISSION DES RECOURS DES REFUGIES (1 section) Vu le recours n° 420926, enregistré te 18 mats 2002 au secrétariat de la Commission des recours des rétu senté ‘par M. Eugene RWAMUCYO demevrant i cE edit recours tendant & ce que la Commission annule la décision du directeur de fOffice francais de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 12 septembre 2002 refusant de lui reconnaltre la qualité de réfugié, par les moyens suivants Aprés ses études en Europe de 1982 & 1992, notamment eri ex-Union soviétique of il s'est marié en 1986 avec une compatriote, il est rentré dans son pays d'origine, obtenant dembiée une chaire & Université nationale du Rwanda dans le campus de Butare et devenant médecin-chef du Centre universitaire de santé publique ( CNSP ); entre 1992 et juilet 1994, date de son ex, il a effectué plusieurs travaux et produit une cassette vidéo dans lesquels il dénongait les massacres du Front patriotique rwandais ( FPR ), parti actuellement au pouvoir, dans Jes régions quit occupait ov attaquatt, y compris dans sa région natale ; son fim a par ailleurs servi de document de propagande & Office national de la population ( ONAPO ) qui (a diffusé a toutes les ambassades rwandaises en Europe et en Amérique pour discréditer et décrédibiliser les actions du FPR ; dés la prise de Kigali par le FPR en jullet 1994, il a ful son pays d'origine, d'abord en direction de Goma en République democratique du Congo, puis vers d'autres directions, devenant par la méme accasion membre de la coordination régionale Est-ouest du Rassemblement pour le retour des réfugiés et la démocratie au Rwanda ( ROR ):;ilest ainsi devenu un des « missi dominici » du RDR auprés des gouvemements et des représentants diplomatiques en Afrique de Ouest et de Est; en cette qualité, il a recu par telephone des menaces de mort qui se sont intensifiées en avril 1999; # appartient a rinteligentsia hutu du Nord, objet de tous les fantasmes du nouveau pouvoir et est issu d'une famille de militants politiques décimés par les massacres du FPR a partir de 1995; son pare fut un des fondateurs du parti MOR Parmehutu ; ses craintes de persécution sont d'autant plus justifiées que, faisant partie une mission de réconciliation pour un retour pacifique des réfugiés dirigée par Teveque de Ruhengeri, mission qui devait se rendre & Kigali pour discuter avec les autorités, ils ont été stoppés & Ruhengeri en septembre 1994 par les soldats et offciels du nouveau pouvoir: sis ont été reconduits vers Goma aprés avoir été menacés, cest sur intervention expresse de deux autres éveques présents sur les lieux; cet évéque de Ruhengeri a fini par étre tué par les soldats du FPR lors du rapatriement foroé ; un autre évéque de ses connaissances a été emprisonné; il craint de subir le mérme sort en ‘cas de retour dans son pays dorigine ; dun autre cdté, il conteste application & son encontre de la clause d exclusion prévue par la Convention de Genéve car elle met en évidence la collusion existant entre les autorités rwandaises actuelles et les organismes interationaux de protection des réfugiés, ‘notamment le HCR, étant entendu qu'll est un opposant éminent et déterminé au régime du FPR, qui a deja vainement essayé de Ienrbler ; Vu la décision attaquée ; Vu, enregistré comme ci-dessus le ter juillet 2003 le dossier de la demande d'admission au statut de réfugié présentée par lintéressé au directeur de !O.F.P.RA. ; nt 420926 Vu, enregistrées comme ci-dessus le 1% jullet 2003, les observations présentées par le directeur de FOFPRA et tendant au rejet du recours au motif qu'eu égard @ existence d'un falsceau ‘indices signficatifs et concordants démontrant implication de M. RWAMUCYO dans le génocide twandais de 1994, 'Office a des raisons sérieuses de penser que lintéressé pris part, en toute connaissance de cause, @ organisation des massacres, voire directement aux tueries dans la préfecture de Butare ; ‘Vu les autres piéces produites et jointes au dossier ; \Vu la convention de Geneve du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et le protocole de New York du 31 janvier 1967 relatif au statut des réfugiés ; Vu la loi n” 52-983 du 25 juilet 1952 modifiée relative au droit 'asile ; Vu le décret n* 53-377 du 2 mal 1953 modifié relatif 4 POtfice frangais de protection des réfugiés et apatrides et a la Commission des recours ; Vu avis d'audience adressé au directeur de 'OFPRA ; Aprés avoir entendu a la séance publique du 24 novembre 2003 M. Kissangoula, rapporteur de Yaffare, les observations de Maltre Boulin, consell du requérant, et les explications de ce dernier assisté de M. Rwirangira, interpréte assermenté ; Apres en avoir délibérs ; Considérant qu'en vertu du paragraphe A, 2° de tarticie 1" de la convention de Geneve du 28 juillet 1951 et du protocole signé & New York le 31 janvier 1967, doit étre considérée comme réfugiée toute personne qui, craignant avec raison d'étre persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalite, de son appartenance @ un certain groupe social ou de ses opinions poitiques, s& trouve hors du pays dont elle a la nationalite et qui ne peut, ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; Considérant qu'aux termes du paragraphe F dudit article 1° «les dispositions de cette convention ne seront pas applicables aux personnes dont on aura des raisons sérieuses de penser :quelles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou crime contze thurmanité, au sens des instruments intemnationaux élaborés pour prévoir des dispositions relatives a ces crimes » ; {Quen vertu des stipulations de la convention pour la prévention et a repression du crime de génocide Gu 9 décembre 1948, le génocide, quil soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, a le Caractere de crime contre Thumanité; - nP 420926 Considérant que, pour demander la reconnaissance de la qualité de réfugié, M. Eugene RWAMUCYO, qui est de nationalité rwandaise, soutiont qu’aprés ses études en Europe de 1982 & 4982, notamment en ex-Union soviétique of it s'est marié en 1986 avec une compatricte, il est rentré dans son pays d'origine, cbtenant d’embiée une chaire & Université nationale du Rwanda dans le campus de Butare et devenant médecin-chef du Centre universitaire de santé publique ( CNSP }; Quentre 1992 et juillet 1984, date de son exil, il a effectué plusieurs travaux et produit une cassette vidéo dans lesquels il dénongait les massacres du Front patriotique rwandais ( FPR ), parti actuellament au pouvoir, dans les régions qu'l occupait ou attaquait, y compris dans sa région natale ; que son fim a par ailleurs servi de document de propagande a Office national de la population (ONAPO ) qui ta diffusé a toutes les ambassades rwandaises en Europe et en Amérique pour discréditer et décrédibiliser les actions du FPR ; que dés la prise de Kigali par le FPR en juillet 1994, i a ful son pays dorigine, d'abord en direction de Goma en République démocratique du Congo, puis vers d'autres directions, devenant par la méme occasion membre de la coordination régionale Est ouest du Rassemblement pour le retour des réfugiés et la démocratie au Rwanda ( ROR ); quill est ainsi devenu un des « missi dominic! » du RDR auprés des gouvemements et des représentants diplomatiques en Afrique de Ouest et de Est; qu’en cette qualité, il a regu par teleohone des menaces de mort qui se sont intensifiées en avril 1999; quil appartient a intelligentsia hutu du Nord, objet de tous les fantasmes du nouveau pouvoir et qu'll est issu-d'une famille de militants politiques décimés par les massacres du FPR a partir de 1995; que son pére fut un des fondateurs du parti MDR Parmehutu ; que ses craintes de persécution sont d'autant plus justiiées que, falsant partie dune mission de réconciliation pour un retour pacifique des réfugiés dirigée par Tévéque de Ruhengeri, mission qui devait se rendre a Kigali pour discuter avec les autorités, ils ont été stoppés & Ruhengeri en septembre 1994 par les soldats et officiels du nouveau pouvoir: que sis ont été reconduits vers Goma aprés avoir é& menacés, c'est sur intervention expresse de deux autres eveques présents sur les lieux; que cet évéque de Ruhengeri a fini par étre tué par les soldats du FPR lors du rapatriement forcé; quun autre évéque de ses connaissances a été emprisonné ; qui craint de subir le méme sort en cas de retour dans son pays dorigine ; que d'un autre coté, application @ son encontre de la clause c’exclusion prévue par la Convention de Genéve sur les réfugiés met en évidence la collusion existant entre les autorités rwandaises actuelles et les corganismes intermationaux de protection des réfugiés, notamment le HCR, étant entendu quill est un ‘opposant éminent et déterminé au régime du FPR, qui a deja vainement essayé de Fenréler ; Considérant, toutefois; quil résulte de Finstruction que M. Eugene RWAMUCYO n’était pas seulement un universitaire et un médecin qui s'occupait au sein du CUSP des questions de médecine durgence, mais quil avait aussi de fortes convictions politiques qui ont pu le mener a participer directement au génocide de 1994 ; qu’ainsi en ex-Union soviétique od ila, entre autres, vécu de 1962 4 1992, il était un responsable étudiant incontesté qui fédérait aussi bien la communauté rwandaise que la communauté africaine ; que son pére était un des fondateurs du parti MOR Parmehutu ; quill est de notoriété qu’a Butaré, iia participé en 1994, a plusieurs réunions de planification du genocide wandais, dont l'une en compagnie du premier ministre de Tépoque ; quill était chargé, au sein du Centre universitaire de santé publique, de 'assainisserent ; quil avait élaboré a ce titre un document préconisant les mesures d'assainissement et chhygiéne permettant d'éviter les épidémies ou leur propagation dues a la concentration et a la putréfaction des cadavres dans les rues rwandaises en général et de Butaré en particulier; qu'il ne peut dés lors soutenir quill ignorait le génacide qui se Perpétrait & ce moment-la dans son pays d'ongine ; qu’é son départ force du Rwanda au moment de Farrivée au pouvoir du FPR, il est trés vite devenu un leader des réfugiés hutus, aussi bien au sein du ROR qu'au sein d'autres associations ; que sa responsabilité dans le génocide rwandais est tenue pour établie par les organisations internationales et notamment le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR ) qui 'a exclu du benefice du statut de réfugié en Cote d'ivoire oil avait fait une premiere demande le 24 janvier 1996 ; quil est décrt dans tous les documents consultés comme ayant activement participé @ Texécution du génocide dans sa préfecture de Butaré; que ses explications en séance selon lesquelles les accusations portées contre lui sont une machination du gouvernement rwandais actuel avec la complicité des organismes interationaux sont denuées de toute vraisemblance ot ne pouvent étre tenues pour sincéres ; qu'il suit de la que le requérant n'est pas fondé a soutenir que c'est & tort que, par la décision attaquée, le directeur de 'OFPRA a estimé Qui y a des raisons sérieuses de penser que lintéressé est personnellement coupable de complicité dans le génocide commis au Rwanda en 1994 et a exclu du bénéfice de la convention de Geneve en application de l'article 1%, F, a de ladite convention ; qu’ainsi, le recours ne peut étre accueil;