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Objectifs :
Au terme de cette unité , chacun de nous devra être en mesure : - d’analyser un conte avec des modèles théoriques. - d’appliquer cette analyse au traitement pédagogique des contes à des fins d’enseignement. - de retrouver les caractéristiques thématiques et linguistiques du conte. - D’aborder l’étude systématique des faits de langue dans le prolongement de la pratique textuelle.

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Texte. Le merle blanc Un roi assez vieux avait trois fils. Les deux aînés étaient méchants, emportés, brutaux même. Quant au cadet, il était doux mais assez simple d’esprit. Un certain jour, le roi les assembla tous trois et leur dit : - On m’a assuré qu’à cinquante lieues d’ici, il y a une bête merveilleuse qu’on nomme le merle blanc. Cette bête a le pouvoir de rajeunir celui qui peut la posséder. Me voilà avancé en âge : si donc quelqu’un pouvait m’apporter cette bête merveilleuse, je suis disposé à le récompenser par ma couronne. L’aîné prenant alors la parole , demanda à son père de le laisser aller à la recherche du merle blanc et déclara qu’il ne reviendrait point sans l’avoir trouvé. Le roi lui fit donner des armes, un bon cheval et de l’argent, le laissa partir. Après avoir marché bien longtemps, il arriva dans une grande et belle ville où régnait alors un roi débonnaire et ami du plaisir. Le prince, bien accueilli par les habitants qui le voyaient porteur d’un beau sac rempli d’or, ne tarda pas à être introduit au milieu de la cour dissipée du roi régnant. De sorte que, un an après son départ, il n’était pas encore de retour. Voyant cela, le second fils du roi partit à la recherche du fameux merle blanc, emportant comme son frère un beau cheval, des armes et de l’or. Il lui arriva les mêmes aventures qu’à son frère qu’il rencontra dépouillé de tout. Malgré cet exemple, il y mena une vie dissipée, oubliant complètement et son père et la couronne promise à celui qui pourrait

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ramener le grand merle blanc. De sorte qu’un an après son départ, le roi n’en avait encore reçu aucune nouvelle. Alors le cadet dit à son père : - Sire, si vous le permettez, j’irai, moi aussi, à la recherche de la bête merveilleuse, et, dieu aidant, j’espère vous revenir avant trois mois. Faitesmoi donner un peu d’argent. Je n’ai pas besoin d’armes et de cheval pour faire ce voyage. C’est à ma bonne étoile que je remets le soin de mon succès. Après quelques difficultés, le roi laissa partir son dernier fils. Cinq jour après avoir quitté le palais de son père, le prince traversait une forêt lorsqu’il entendit crier une bête. Courir dans cette direction et arriver auprès d’un renard pris au piège fut pour lui l’affaire d’un instant . Emu de pitié, le jeune prince débarrassa le renard qui le remercia en lui disant : - Ecoute, tu m’as sauvé la vie. Pour te récompenser de ton bon cœur , je me mets à ta disposition ; quand tu auras besoin de mon assistance, tu diras : « Renard, renard, passe monts et vallées. J’ai besoin de ton secours ». Je viendrai, et il n’est point de chose qui puisse me résister. Je sais que tu vas t’emparer du merle blanc. Il se trouve à deux lieues d’ici à cent pas de la tour de la ville. Il est dans une grotte gardée par deux dragons. Pour endormir ces bêtes, tu prendras seize pains de quatre livres et deux oies. Tu mettras tremper les pains dans l’eau – de – vie après, le merle blanc sera en ta possession. Cours, et surtout fis diligence. Un dernier conseil: ne rend service à personne avant que je t’ai vu. Adieu. Ayant ainsi parlé, le renard disparut dans la profondeur des bois. Resté seul, le prince continua sa route et arriva bientôt aux portes de la ville où sa mise simple ne le fît pas remarquer. Ayant entendu le bruit de la trompette dans une rue voisine, il s’y rendit et vit nombreuse populace entourant les officiers du roi qui annonçait l’exécution pour le lendemain matin de deux princes étrangers coupables de haute trahison. Le jeune homme ne douta pas que ce ne fusent ses deux frères. Il alla chercher les pains, les oies et l’eau- de – vie qui lui étaient nécessaires, et il partit pour rejoindre la grosse tour de la ville. Il y arriva, compta cent pas en allant droit devant lui et trouva effectivement la grotte du merle blanc. Un grande odeur de souffre le suffoqua, mais il s’approcha et jeta aux dragons les provisions qu’il avait apportées. Une heure après le

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lui dit le renard. Et le renard monta en l’air. parle. C’était un oiseau gigantesque dont les ailes brillaient comme le soleil. Le prince enfourcha ce nouveau coursier et se trouva bientôt au milieu de ses frères qu’il enleva au nez de leurs gardiens ébahis. traîna après lui le prince cramponné à sa queue. Ne t’avise pas de lâcher ma queue. le merle blanc se rapetissa tellement qu’il ne parut plus qu’un grand coq. 5 . car ce serait à recommencer. fatigué. As-tu vu. au fond du gouffre.Je voudrais d’abord que tu me fasses délivrer mes deux frères qui sont prisonniers du roi. A cet effet. . les deux princes ne songèrent. passe monts et vallées. je n’ai pas songé à la regarder en passant.Soit. Pendant que le cadet se penchait pour mieux voir.Maintenant que te voilà guéri . Alors.fameux merle blanc était en sa possession. aussitôt libres. Malgré le bon service que venait de leur rendre le cadet. lâcha le renard et retomba tout meurtri. venez la voir. qu’à s’emparer de la bête merveilleuse. et en léchant les plaies que lui avait faites sa chute au fond du souterrain. j’ai besoin de ton secours. il songea au renard qu’il avait sauvé et se mit à crier : . . Lorsqu’il revint à lui. . Le renard allait atteindre le bord du gouffre lorsque le prince. je suis à tes ordres. dit l’un.Que veux-tu de moi ? demanda l’oiseau . il te reste à sortir du trou. Monte sur mon cou et je t’y conduirai. tu vas te tenir à ma queue et je te remonterai. Le renard revient trouver le jeune prince. Et les trois frères de s’approcher du gouffre.Renard. Tiens – toi bien. la belle carrière d’or qui se trouve là ? Non. Ce disant. . le guérit complètement. je monte. il fut poussé par ses deux frères et tomba au fond de la mine. le ranima et lui fit recommencer l’ascension du souterrain. Ces mots étaient à peine prononcés que déjà le renard était auprès de lui.

n°11/12) 6 . Puis il prit la couronne et la donna au jeune prince. Avant d’y arriver. tous deux étaient dans la salle du roi à qui ils racontèrent les supercheries des deux princes. le jeune prince s’en alla rejoindre le château de son père. Dès que le jeune prince fut entré dans la salle où se trouvait le merle blanc.Cette fois. le prince arriva en terre ferme. le roi fit dresser deux bûchers dans la cour du palais. grâce au fameux merle blanc. se teignit le visage et vint demander au roi son père . Après avoir remercié le renard des services qu’il lui avait rendus. y fit lier ses deux fils aînés et les fit brûler vifs. ce qu’il fit. de lui donner la garde du merle blanc que ses frères avaient rapporté comme leur conquête. et que c’était pour se venger que le merle blanc disait que ce n’était pas eux qui l’avaient pris. il vit l’oiseau s’abaisser et lui commander de monter sur son cou. Conte anonyme (extrait de Pratiques. Les deux princes avaient dit à leur père que c’était eux-mêmes qui avaient pris la bête. Il apprit alors que le merle blanc avait déclaré au roi qu’il ne le rajeunit pas si on ne lui amenait pas celui qui l’avait conquis sur les deux dragons. qui ne le reconnut pas sous ses habits d’emprunt. Un instant après. Il fut accepté. Une seconde après. il se vêtit d’un habit de garçon de ferme. le vieux roi était redevenu jeune. Outré de colère.

Dans le conte intervient le merveilleux. Ils s’écartent de leurs habitudes de la critique littéraire. Ed. des objets magiques. a. critiques .… » Manuel « la plume et les mots ». et loin d’être unique. L’analyse immanente. L’analyse structurale remonte aux années 1920. 1970 Todorov et Kristéva. L’analyse structurale du conte. p :282.1. C’est de là que viendra la dénomination : « les formalistes russes. Le merveilleux est défini comme suit : « le merveilleux est ce qui . Il veulent rendre compte de la fabrication des œuvres et d’une façon générale de l’art comme procédé. (linguistes . la seconde la méthode comparative.1 L’objet de leurs recherches porte sur le texte poétique ou folklorique. de bonheur et de beauté. Le conte est un récit assez court d’aventures imaginaires destinées à distraire. La première s’appelle l’analyse immanente. n’est pas réel mais apparaît comme inexplicable(échappe à une explication rationnelle) et le plus souvent source de réussite . 2. On distingue deux époques : 1920 Propp. L’étude du conte est l’œuvre des formalistes russes. Cette loi admettra beaucoup de souplesse. » Les travaux de Saussure2 sur la langue les réconfortent car il définit la langue comme un système combinatoire autonome et les formalistes définissent le texte comme une forme autonome. Deux voies vont s’ouvrir sur cette base linguistique. Définition. Dans l’analyse immanente on remplace le pourquoi par le comment et on s’intéresse dorénavant aux lois qui président à l’organisation textuelle.Bordas. elle englobe un certain nombre de techniques suivant la description des œuvres. Ferdinand de Saussure : linguiste français 7 . dans un récit. Leurs méthodes ne s’intéressent pas à l’écrivain mais elles mettent l’œuvre au centre de leurs préoccupations. Le conte est un récit car c’est une histoire qui raconte des événements qui se déroulent successivement. folkloristes). 1 2 Linguistes russes. C’est l’intervention des bonnes fées.

Elle peut avoir des fonctions différentes selon le système où elles sont insérées. Ces deux opérations sont un quadrillage du texte mettant en relief les éléments constitutifs à décrire et ceci varie suivant la configuration du texte. D’une manière générale. syntaxiques. sémantiques En fait il s’agit d’isoler dans l’abstrait des éléments qui correspondent à l’analyse linguistique. chapitres. paragraphes. 3 4 Greimas : linguiste Système :une organisation des éléments et des relations des signes . La méthode comparative. La méthode comparative vise le texte comme différence. Elle met en corrélation des éléments isolés. un texte peut être analysé en fonction de sa relation différentielle par rapport à d’autres textes. Coupe verticale Les formalistes tentent de découper les mots en unités sémantiques les plus réduites. Ex : le roi est malade. 8 . Coupe horizontale La coupe horizontale se fait en découpage mais cela ne suffit pas. Cette recherche des plus petites unités de sens permet une cohérence sémantique en opposition ou en complémentarité. b. Ces plans ou strates sont phoniques.- Elle vise le découpage du texte et la détermination des éléments constitutifs. 2 motifs Le héros est mort Chaque unité thématique ou motif ne peut s’étudier seule. les formalistes visent le découpage en unités thématiques les plus petites qu’on appelle les motifs. Elle isole les éléments de l’œuvre considérés comme déroulement dans le temps ou comme extension dans l’espace : phrases.(ces unités sont indécomposables). ce que Greimas3 appelle les sèmes. la valeur du signe est déterminée par sa relation au système4 et aux autres signes . La première consiste à découper des plans ou strates. IL s’agit là d’une coupe verticale. La deuxième opération effectue une coupe horizontale. En linguistique structurale. morphologiques. Le découpage du texte comporte deux opérations complémentaires et simultanées.

cit pp. D’une part. 115. Dans chaque conte . deuxièmement son pittoresque haut en couleurs. 5 Vladimir Propp. mais ces actions qui correspondent aux motifs devront être isolées en tenant compte de deux préoccupations : 1. dans le deuxième. dans le premier on raconte l’histoire d’une fille qui reçoit de l’argent de son père et achète un miroir magique. on peut isoler le même motif : le don d’argent. un héros vient d’accomplir un exploit et pour cela il reçoit une grosse somme d’argent. Ensuite.Le grand-père donne un cheval à Sousenko. il faudra déterminer la signification de telle ou telle action par rapport au déroulement global de l’intrigue.Le roi donne un aigle à un brave. Op. 1er conte : .Le cheval emporte Sousenko dans un autre royaume. Ce qui compte par exemple dans le conte c’est la faute. D’abord en faisant abstraction du personnage exécutant. par exemple. Soient deux contes : a.116 9 . deux contes que l’on pourrait découper comme suit : . la fuite. b. il souligne l’extraordinaire diversité du conte.L’aigle emporte le brave dans un autre royaume. Pour Propp les actions des personnages seront les parties fondamentales du conte . Partant de cette constatation il compare les différents contes entre eux afin de découvrir diverses péripéties de surface qu’il appelle les unités fonctionnelles qui pourraient être de multiples contes.Vladimir Propp5 étudie les contes populaires russes et il est frappé par le double aspect merveilleux des contes. 2ème conte : . l’interrogation… 2. troisièmement il étudie son uniformité qu’il appelle la monotonie du conte. Soient. l’interdiction. .

Un des membres de la famille s’éloigne de la maison. En comparant un certain nombre de contes Propp a dégagé des constantes qui lui ont permis de construire un schéma du conte. 4. 2. 8. Le héros réagit à l’épreuve imposée. 17. Paris . Le héros subit une épreuve préparatoire à la réception d’un auxiliaire magique. 18. en tenant compte du déroulement de l’intrigue.7 Voici les 31 fonctions dégagées par Propp. Situation initiale. Le méchant fait subir un méfait à un des membres de la famille. Le méchant tente de tromper sa victime. Le héros est amené près de l’objet de sa quête.Le héros accepte de réparer ce malheur. La victime se laisse tromper. 10 . L’interdiction est transgressée. P 31. 6 Auxiliaire : personnage qui aide le héros. Le méchant reçoit des renseignements sur sa victime. 1970. 9. 13. 16. terme qu’il explicite comme suit : « Par fonction. 1. du Seuil . Le héros et le méchant combattent. Le héros se fait signifier une interdiction. L’auxiliaire magique est donné au héros. 19.Dans chaque conte. 11. Le héros prend la route du retour. Le méchant essaie d’obtenir des renseignements. 12. 20.Le méfait ou le manque est réparé. 0. Ces constituants communs sont des fonctions. Edit. 10. Plusieurs auxiliaires peuvent assumer la fonction d’adjuvant dans l’analyse de Greimas. 15. 7. ou il manque quelque chose à l’un des membres de la famille. Le héros reçoit une marque. 3. 3. 6. 7 Morphologie des contes. 14. Le méchant est vaincu. nous entendons l’action d’un personnage définie du point de vue de sa signification dans le déroulement de l’intrigue ». on peut isoler comme unité : la réception d’un auxiliaire6 dans le premier et dans le deuxième il y a le don d’une récompense. Le méfait ou le manque est divulgué : on fait appel au héros. Le héros quitte sa maison. selon lui invariant. La morphologie du conte selon Propp. Ces unités perçues dans la signification du récit sont appelées par Propp des fonctions. 5.

30. 8 Faux héros : personnage qui tente la même quête que le héros mais . L’interdiction va avec la transgression. 5. Le héros accomplit cette tâche difficile.Un faux héros prétend être l’auteur de l’exploit. Le mandateur (qui envoie le héros en quête). mais leur ordre d’apparition est toujours rigoureusement identique. 22. Le héros est secouru. Pour Propp certaines fonctions sont employées par couples. Le conte ne peut être situé avec précision (pays ou ville) parce que la description le détruirait en l’enfermant dans la vérité. 28. L’auxiliaire magique (être vivant ou objet).21. 11 . 7. 24. Le faux héros. 29. Le héros est poursuivi. 31. 1. Selon Propp. Le héros se marie et/ou monte sur le trône. toutes les fonctions ne sont pas forcément présentes dans tous les contes. qui du fait de ses défauts ou de ses erreurs échoue. Le manque va avec le comblement du manque. le héros (héros-quêteur ou héros-victime).Le faux héros ou le méchant est puni. 4. 25. Dans un conte. Le héros reçoit une nouvelle apparence. 3. Le donateur (qui soumet le héros à des épreuves avant lui remettre un auxiliaire magique). a. La situation du conte. 23. Le déroulement de l’intrigue se déroule autour des personnages suivants : 1. 27. Le héros est reconnu. 5. Le faux héros 8est démasqué. Le départ va avec le retour. La lutte va avec la victoire. Le héros entre chez lui incognito.On propose au héros une tâche difficile. 2. on ne garde que les traits fonctionnels nécessaires à l’intrigue et au déroulement des événements. 2. 6. Le méchant. 4. 26. L’objet de la quête. Le méfait va avec la réparation du méfait. 3.

ou une possibilité. Il n’y a pas d’ambiance véritable.9 Claude Brémond10 a mis au point le premier modèle fonctionnel s’adapant non seulement à un ensemble de récits particuliers mais il vise le récit en général considéré comme histoire. « Ils vécurent heureux » peut être une situation finale ou nouvelle. On trouve toujours “il y avait une fois” et ce “il y avait une fois “ nous projette sans aucune précision dans les dates. l’échec. etc. 3.reine. C’est ce qui est effectivement passé.valetmarâtre. On ne souligne chez eux que leurs qualités ou leurs défauts. Le récit.prince. Ces personnages manquent d’épaisseur. Le temps dans le texte. Non actualisation de b. On peut dire que l’histoire se déroule au moyen âge : roi – seigneur – prince. Fonction n°2 Fonction n° 3 actualisation de la a. On a d’un côté les bons et de l’autre les mauvais.b. la possibilité. C’est ce que Todorov appelle histoire et narration. Et le sujet. c. 9 10 Récit : histoire + narration. Il y a une certaine fatalité qui pèse sur les personnages : on est bon ou mauvais de naissance. b. « il était une fois » ouvre sur une situation non sur une action. Brémond : linguiste 12 . pour Brémond. Les personnages sont réduits à des fonctions sociales (roi. Les personnages. Fonction n°1 a. est une suite d’événements transformant une situation donnée en une situation nouvelle. le succès La situation ouvrant sur posibilité. Il y a absence du prénom en général et fréquence du surnom. etc. L’analyse fonctionnelle du conte Les formalistes russes prolongeant les travaux de Propp parlent de fable. c’est à dire la façon dont le lecteur en a pris connaissance. Il met au point ce qu’il appellle la séquence .

Avant les événements Pendant les événements. Transformation Situation Initiale SI Evénement Modificateur. 13 . Greimas fournit en effet de l’histoire un modèle qui est en quelque sorte une schématisation généralisée du schéma de Propp. L’épreuve principale est celle qui lui permet d’obtenir l’objet de la quête. L’analyse du récit proposée par Greimas aboutit à un schéma plus simple qui devrait donc. Epreuve M Qualifiante E1 Epreuve Principale E2 Epreuve Glorifiante E3 Situation Finale. 4. en principe. pouvoir s’appliquer à un plus grand nombre de textes de tous genres. Ce modèle se retrouve aisément dans le conte du merle blanc. Le processus de transformation provocation action sanction Après les événements L’état initial L’état final Tous les schémas ne sont que des instruments . de nouveau stable. des moyens permettant d’appréhender les grandes articulations d’une intrigue .Paul Larivaille11 propose un autre modèle fonctionnel. L’épreuve glorifiante donne au héros l’occasion de vaincre le faux héros et consacre donc son titre de héros. Un événement modifie cet équilibre et oblige le héros à subir des épreuves qui l’amènent à la situation finale. 11 Larivaille : linguiste.L’analyse sémiotique de Greimas. SF La situation initiale est stable. Il retient les trois moments du récit tout en incluant le processus de transformation. L’épreuve qualifiante est celle par laquelle le héros se signale comme différent des autres personnages.

Application sur le conte « le merle blanc ». 3. cheval) et ceci avant L’épreuve qualifiante. Ce conte suit donc d’assez près le schéma proposé par Greimas. une épreuve. sa jeunesse. sauvetage du renard. c’est-à-dire une promesse du renard sous une formule magique. C’est pourquoi nous sommes invités à consulter d’autres spécialistes. 14 . Définit l’objet de la quête (le merle blanc). Mais tous nos contes ne peuvent s’aligner sur ce type d’analyse. Il reçoit des informa- 12 Epreuve qualifiante : épreuve qui permet au héros de se signaler comme différent des autres personnages. Départ du fils cadet Le cadet prend possession du merle blanc. Départ er 1 fils. (A2) épreuve qualifiante du second fils. épreuve. Evénement modificateur Transformation Epreuve qualifiante Epreuve principale Epreuve glorifiante Situation finale du Venir en aide 1. Le roi appelle ses trois fils. une non-réussite de de l’épreuve. 12 La première transformation (A1) est l’épreuve qualifiante Du 1er fils. Dans cette épreuve qualifiante. L’épreuve réussit (le cadet devient le héros et reçoit un adjuvant. Les deux aînés Reçoivent un adjuvant (or. Le 3ème refuse tout adjuvant. il y a un départ. roi Le cadet est Le reconnu par le rajeunit merle. au roi pour du qu’il retrouve 2.situation initiale Vieillesse du roi. Le contact est La situation initiale établi successivement avec chacun des fils. il y a un nonRetour. armes. Départ ème 2 fils. L’épreuve Qualifiante ville. une séduction de la ville. Il y a un manque (la jeunesse). Le héros virtuel cède aux plaisirs de la Donc il y a une disqualification du fils aîné. Les menteurs sont démasqués. (A3) épreuve qualifiante du fils cadet : départ.

15 . Situation initiale : Dans cette partie on définit les personnages et l’objet de la quête.tions sur la manière d’approcher le merle. A2. B2. Epreuve qualifiante du fils cadet. il est agressé par ses frères. L’épreuve glorifiante. le cadet arrive incognito dans le château. Epreuve qualifiante du 1er fils. L’épreuve principale13 Le cadet se déplace dans la ville vers la grotte où se trouve le merle. 13 14 Epreuve principale : épreuve qui permet au héros d’obtenir l’objet de sa quête. Il est secouru par la suite par le renard. Le cadet est Reconnu par le merle. Epreuve principale du fils cadet : il affronte les dragons et prend possession du merle blanc. Les dragons ne poursuivent pas le cadet mais plutôt les frères. Le cadet approche les dragons. A3. C1. Il est agressé par ses frères. prend possession du merle et sur la route. Ils sont punis par le feu alors que le cadet est couronné. 2. Transformations : A1. Il se heurte aux mensonges de ses frères. La situation Finale. B3. B1. Epreuve qualifiante du 2ème fils.14 Le cadet arrive incognito dans le château. L’analyse du conte nous permet de dégager la structure suivante : 1. Epreuve glorifiante : épreuve qui consacre le héros et éventuellement lui permet de confondre le faux héros. Le roi rajeunit et le manque est comblé. La supercherie des deux est démasquée.

Greimas : « Tout récit manifeste. 4. La supercherie est découverte et le cadet est couronné. les actants15 désignent les différents personnages vus sous l’angle de la grammaire narrative ». Le systèmesituation des stable personnages. Le roi rajeunit et le manque est comblé. de leurs rôles dans l’histoire relatée. 16 .types (actants) définis suivant leurs relations et les fonctions qu’ils jouent dans le récit.C2. quoique sous des formes très variées. on définit une typologie des personnages en fonction de leurs actions.Le système des personnages. 15 Actant = personnage. Situation finale. C3. Nous pouvons dire que la structure du conte est du type « bout à bout » Que nous pouvons schématiser comme suit : A1 A2 A3 B1 B2 B3 C1 C2 C3 Manque initial danger malheur désobéissance Secours 4. D’après les théoriciens de la littérature. une même configuration de personnages . 3. Plusieurs typologies des actants ont été proposées parmi lesquelles celle de Greimas. Il se heurte aux mensonges de ses frères.

Un héros est complexe lorsqu’il est constitué par plusieurs récits qui s’enchâssent l’un dans l’autre. Par exemple tel personnage qui sera dans le récit 1 le héros pourrait se trouver en position de destinateur dans le récit 2. Un rôle actanciel peut être assumé par une instance inanimée : la conscience du héros. Plusieurs personnages peuvent ensemble remplir le même rôle actanciel. 21 Opposant : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui font obstacle au sujet dans sa quête. 17 Objet : objet poursuivi par la quête. 20 Héros sujet : personnage qui va à la recherche de la quête. L’auxiliaire. C’est pourquoi le terme d’actant a été jugé plus adéquat. 19 Adjuvant : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui aident le sujet dans sa quête. Ce terme a été préféré à celui de personnage car il s’agit plutôt que de se livrer à une analyse psychologique des personnages de type traditionnel de recenser tous les intervenants d’un récit. 17 . Or ces intervenants ne relèvent pas toujours de l’humain. 18 Destinataire : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages à qui l’objet de la quête est destiné. Pour découvrir comment se répartissent les différents rôles actanciels d’un récit. le héros et l’adversaire sont des actants. Opposant : groupe de personnages. Destinateur16 Adjuvant19 Objet17 Héros sujet20 Destinateur18 Opposant21 Remarques : Un personnage peut jouer plusieurs rôles actanciels : destinateur et destinataire. on lui appliquera les questions suivantes : Qui (destinateur) manque de quoi (objet) ? Qui destinataire) obtient quoi (objet) ? Qui (héros) moyennant l’engagement dans une quête permet le passage du manque à l’obtention ? Qui (adjuvant) favorise la quête ? 16 Destinateur : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui poussent le héros à poursuivre l’objet de la quête.Greimas propose un modèle à six (6) actants.

rêve depuis longtemps de voler. pépiaient à travers la campagne. . Levant les yeux. 18 . comme la pie et comme la mésange. ô toi que l’on chérit et qui rends à chacun la monnaie de sa gentillesse.Grain – d’Aile pleurait. elle sentit sur ses joues une petite langue râpeuse et une petite patte soyeuse essuyer ses larmes. il est possible de dégager la matrice suivante : Destinateur Le roi objet le merle blanc destinataire le roi Adjuvant Le renard sujet Le fils cadet opposant les dragons Les deux frères (faux héros) Texte 2. fascinée par les oiseaux et les papillons. Elle était seule. elle se prit à pleurer. tout contre elle . sans trop se soucier d’elle. Tous les oiseaux volaient. le plus étonnant écureuil qui soit. Son pelage brillait comme le feu. Le narrateur raconte à une petite fille l’histoire de Grain – d’aile : c’est une enfant qui. Un beau jeudi que Grain – d’Aile était installée dans son sapin. car il faisait si clair que le soleil luimême semblait avoir des ailes. elle vit. sa queue était ébouriffante et ses yeux vifs parlaient plus vite qu’aucune bouche bavarde : « Veux-tu vraiment voler. GRAIN D’AILE.Qui (opposant) entrave la quête ? En étudiant le conte du merle blanc. voler comme les oiseaux. comme tu n’es jamais seule. pleurait… Soudain.

dans la cuisine où la famille était attablée. la tête entre ses ailes. dit l’écureuil. Hélas. ses ailes ne savaient pas étreindre ! Et quand il s’agit de manger. dit des mots très doux. par la fenêtre ouverte. Ses amis prenaient leur petit déjeuner de graines et de petits vers. t pour porter son cartable !… Et à l’école pour écrire !… Bien sûr. descendit au ras de l’herbe. Puis elle s’aperçut qu’elle mourait de faim et se demanda avec inquiétude si l’heure de l’école n’était pas passée. tu ne seras plus une vraie fille d’en bas. pour voir sa maison. mais surpris de son nouvel aspect. au coucher du soleil . sans même voir les étoiles. mais si tu le regrettes viens me trouver. qui avaient d’abord tant admiré ses ailes. au plus haut d’un gros chêne . à la sortie : tandis que les autres marchaient sur le chemin . C’était la première fois que Grain – d’Aile se réveillait en plein air et cela lui parut merveilleux. Tout le monde fut rassuré de la voir revenir. Ne le regretteras-tu pas ? » -« oh ! non ! non ! dit Grain – d’Aile ! » . l’écureuil. un vieux hibou très sérieux avait été chargé de veiller sur elle. Grain – d’Aile avait des ailes ! Folle de joie. Grain – d’Aile pensa au café au lait et aux tartines bourrées ! Mais qu’elle était sotte : en deux coups d’aile . très savants. Grain – d’Aile fut réveillée par le tapage joyeux de tous les oiseaux qui saluaient le soleil levant. et fonça. encore plus contentes qu’elle. entre ses paupières battantes. Grain – d’Aile sentit de longs chatouillements dans ses bras : ils se recouvraient d’un fin duvet blanc. il sera encore temps pour que tu redeviennes comme avant ». puis des plumes blanches apparurent. rebondit jusqu’au toit de sa maison et partit comme une flèche vers la forêt voisine. Elle monta très haut. demain.Bien. Ivre de vitesse. elle eut sa revanche. commencèrent à se moquer d’elle. il fallut lui donner la becquée comme à un bébé ! Ses frères . Grain – d’Aile passait au-dessus de leurs têtes.comme le rouge-gorge et comme le merle bleu ? Veux-tu avoir des ailes ? Mais tu n’auras plus de bras . Heureusement. Grain – d’Aile alla si loin que la nuit la surprit bientôt et qu’elle s’endormit. elle saluait ses amis en chantant et tous la suivaient. elle serait à la maison. montait jusqu’à ce qu’ils lui 19 . Alors. elle s’élança du sapin. Grain – d’Aile se précipita au cou de sa mère. partait à tire d’aile bien loin devant eux. D’arbre en arbre.

tous les petits garçons et toutes les petites filles pourront. la changer ? Comme c’est peu pratique. être à la fois sur la terre et au ciel. maintenant ?) se mit à réfléchir profondément. puis piquait sur le petit groupe un peu effrayé. Comment l’habiller. vola pour la première fois jusqu’au sapin . ceux qui marchent en regardant les cailloux du chemin. avoir des ailes et de bras. celle qui te fait les yeux confiants. 20 . des ailes quand il ne s’agit pas de voler ! Grain – d’Aile assise dans son petit fauteuil (à quoi lui servait les bras du fauteuil. ses mains agiles. de branche en branche. Paul Eluard *. et ceux qui regardent le ciel. comme font si souvent les grandes personnes. l’écureuil était fidèle au rendez-vous et il eut le bon goût de ne pas poser de questions – le visage de Grain – d’Aile disait assez ce qu’elle voulait – et de ne pas se tromper en disant : « je te l’avais dit ». la veille. qu’elle l’avait été . Je t’ai ce soir conté l’histoire que tu attends. la main dans la main. elle se retrouva dans sa chambre ? Pierre… Est-ce-que vraiment elle ne pourrait plus courir dans les prés avec lui. à chercher des champignons ou à cueillir des boutons d’or ? Puis Grain – d’Aile pensa à sa poupée qu’elle avait négligée. Grain – d’Aile. Comme ils étaient drôles . s’ils le désirent vraiment. en restant eux-mêmes. ainsi vus d’en haut. Grain – d’Aile vola. d’avoir des ailes. elle voulait redevenir une vraie petite fille. Elle comprenait l’avertissement de l’écureuil doré. tous les autres . Il n’y avait pas un instant à perdre : le dernier rayon du soleil glissait derrière l’horizon. Folle d’angoisse.paraissent comme des fourmis. Elle regrettait ses bras . ceux qui savent que les petites filles ne peuvent pas voler et ceux qui pensent qu’un jour. ceux qui sont légers et ceux qui le sont moins. car la terre . Grain – d’Aile descendit. avec les autres. tassés sur eux-mêmes . Gallimard. Lentement. un peu dégrisée. celle qui me fait le cœur meilleur. le nez en l’air ! Mais pourquoi le petit Pierre faisait-il semblant de ne pas s’intéresser à ses évolutions. songea Grain – d’Aile lorsque. De nouveau ses yeux étincelants prononcèrent les paroles magiques… Et voilà notre Grain – d’Aile aussi joyeuse de retrouver ses bras.

Identification du conte. dans un récit. poète français né en 1895 . Son vrai nom était Eugène Grindel. rêve de voler 21 . Bordas. (Un beau jeudi) imaginaire (l’histoire est imaginaire) réellement (je t’ai ce soir …) merveilleux (l’humain transformé en oiseau) vocation du conte (distraire) Les trois premières lignes constituent le chapeau introductif qui explicite la situation de communication. mort en 1952.Ed. p. Jeudi (quand) . C’est l’intervention des bonnes fées. 32.Compréhension approfondie du texte. Définition du merveilleux : Le merveilleux est ce qui. des objets magiques. Manuel « la phrase et les mots ». Sapin (où) jardin secret. De la ligne 1 à la ligne 1.282.• Paul Eluard. de bonheur et de beauté. La formule finale est originale par rapport au stéréotype que nous connaissons. Compréhension globale. Le conte Récit (structure narrative) formule de début et de fin. n’est pas réel mais apparaît comme inexplicable (qui échappe à une explication rationnelle) et le plus souvent source de réussite. 3.

R.Situation initiale Présentation De la ligne 11 à 25 Intervention de l’écureuil. Moteur de l’action. sereine) De la ligne 78 à la fin. Evénements modificateurs De la ligne 25 à 35. Grain – d’Aile veut retrouver ses bras. Métamorphose. Grain – d’Aile est une petite fille fascinée par les oiseaux. Le système des personnages Trait de caractère. métamorphose de Grain – d’Aile. Grain – d’Aile retrouve ses bras. 22 . Les deux métamorphoses Situation finale (fille heureuse. Grain – d’Aile émerveillée Grain –d’Aile désenchantée (69) De la ligne70 à 77. Son enchantement et son regret.

des aspects de la condition humaine. Forme humaine donnée aux animaux : personnification. 5. Traits de Caractère.Dans les contes les personnages ne sont décrits avec précision pour ne pas toucher à l’universalité du texte. souvent d’origine populaire. ébouriffante Description valorisante. Savant perspicace délicatesse et Discrétion. qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature . L’écureuil. Décrire c’est rendre compte d’une réalité à quelqu’un qui ne la connaît pas. Traits physiques langue râpeuse patte soyeuse yeux pelage queue vifs brillant et bavards. Dans la description de l’écureuil on peut retrouver le champ sémantique du chat. Description valorisante pour l’écureuil qui ne gêne pas le caractère d’universalité du conte.22 Dans ce texte on relève un double discours : philosophique et poétique. L’écureuil. 23 . 22 Mythe : récit fabuleux. La parole extrait l’écureuil de son monde animal. Vers le mythe.

V. attendu sa pièce. attendu oiseau. Au bout de ce discours une sagesse est transmise : On veut voler tout en restant sur la terre. Lui donner la becquée comme à un bébé. Les éléments de la poésie : le choix du thème : enfance . V.23 Il ne s’agit plus de lire mais d’interpréter. 23 Polysémie : caractère d’un mot qui recouvre plusieurs sens. souvent dans ce texte l’effet poétique est obtenu par un effet de surprise : le lecteur attend quelque chose et c’est autre chose qui vient. Comme . Analyse des procédés rhétoriques. petits attendu.Le discours est caractérisé par sa double polysémie. c’est à dire entre le contenu et le contenant. 17 – 18. oiseaux . Gros comme des fourmis. L’itération : sonorités – rime – mots – structure répétée. Des ailes par la pensée (s’élever) L’intérêt du texte de Grain – d’Aile c’est de réaliser une sorte de coïncidence entre ce qui est dit et la manière de le dire. Cette performance est réalisée par l’écriture de l’auteur dont nous analyserons quelques éléments par la mise en évidence des procédés rhétoriques utilisés. Ivre de vitesse :l’effet de ce procédé c’est de réactualiser des images usées. Rythme – ordre des mots (inversion).ceux qui. Ex : la monnaie de sa gentillesse. Les clichés sont ainsi ravivés . rechargés de sens. Seule comme tu n’étais jamais seule. papillons. La notion d’écart. V. attendu toi. 24 .

extraordinaires (ensemble lexical du merveilleux) * La quête du héros. la plus productive est la comparaison. c’est à dire de créer un autre niveau de signification. En vous appuyant sur le conte de Grain – d’Aile essayez de compléter la grille suivante : * le héros *son (ses) ami(s) ceux qui vont l’aider. En définitive. ce qui se comprend aisément avec le sens général du texte : Une petite fille qui rêve de s’identifier à un oiseau. C’est le mythe d’Icare version moderne. tous ces procédés vont contribuer à charger le texte de sens second. L’écriture de ce conte aboutit à une seconde lecture : le lecteur quitte peu à peu l’histoire de Grain d’Aile relatée sous forme de conte pour déboucher sur une sorte de mythe. sa raison d’être est de transmettre un enseignement ». sa signification originale et profonde. « Si le conte amuse. 25 . enchante. * son (ses) ennemi(s) ceux qui vont s’opposer à lui *un (ou des) objet(s) ou paroles ou animaux magiques . * des épreuves pour le héros. passionne.Parmi les autres figures se style. Mise en corrélation du schéma actanciel et la structure narrative du conte.

un animal .. Le héros rencontre en chemin un ami.d’un animal d’un messager. etc. Une histoire merveilleuse ou même un récit peuvent s’organiser de la manière suivante. La situation initiale . 1.d’un vieux sage . Racontez comment il part à l’aventure.les personnages………………………………. ce qui lui manque pour être heureux : un objet précieux. 2. . etc. 2.un trésor. 26 .. Résolution ……………………………………………… ……………………………………………….une fée – un prince – un génie. Racontez comment le héros reçoit des conseils ou des renseignements de la part d’une fée . etc. … 3.d’un magicien . 5.les lieux……………………………………….En vous appuyant toujours sur le conte de Grain – d’Aile essayez de compléter le tableau suivant : Le héros …………………………………………. Choisissez et décrivez un personnage qui sera le héros de votre histoire et qui eut être : un roi – un animal – un petit garçon. le ou les adjuvants ………………………………………… ………………………………………… Comment se termine le conte ? ………………………………………… ………………………………………… ………………………………………… Ecrire des contes. 4.. . Imaginez ce qu’il désire.. On peut demander aux élèves : 1. Elément (s) modificateur(s) ……………………………………………… ……………………………………………… ……………… 3. 4.le but…………………………………………. Situation finale …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… Que veut-il ? ………………………………………… ………………………………………… Le ou les opposants ………………………………………… ………………………………………….

demande à être écouté. 11.) 8. Le premier contact avec l’histoire doit pouvoir préserver la saveur du langage parlé . savouré. exploitation. Racontez comment le héros affronte une seconde fois son ennemi . Racontez comment l’ami du héros l’aide. 12. etc. etc. ressenti. etc. 10. (à raconter librement). tout comme la poésie. 13. Décrivez ce lieu (une île – un château – une grotte. 7. Il faudrait donc qu’avant d’être pédagogue. Avant que soit entreprise . etc. compréhension. avec les élèves. Le héros parvient finalement au but de son voyage. Le héros est d’abord vaincu par son ennemi : il est blessé – il est exposé à un danger – il pourrait être laissé pour mort – il peut être trompé et vaincu. la vie du conte au moment où il se crée. L’ensemble du travail effectué en classe s’organise en trois moments : transmission. parmi lesquelles le maître fait un choix . etc. 27 . une démarche analytique et explicative. 9. réinvente le conte. Chacun de ces moments se subdivise en plusieurs activités . le conte .6. mais cette fois victorieusement et comment il s’empare de ce qu’il est venu chercher (cette séquence doit être inventée librement par les élèves ou le scripteur). C’est la fin de l’histoire . Çà peut être un géant – un nain – un savant fou – un monstre – sorcier. Imaginez les épreuves ou les obstacles que le héros doit surmonter en chemin : combat – duel – lutte – souffrance – maladie – formule magique – énigme. le maître se fasse conteur. Le problème pour le maître est alors de parvenir à « enchanter » la classe. le parle pour lui-même et pour les élèves. C’est là qu’habitent les adversaires du héros (imaginez-les). Le héros rentre chez lui mais il est poursuivi en chemin par les alliés de son ennemi : des frères – des sœurs – des animaux – des pièges.

1. . Exercices d’observation et d’analyse de la langue.Reconstitution de texte. ou questions avec réponses à choix multiples ou vérification de la compréhension par le dessin. le niveau de ses élèves et les objectifs poursuivis. 3. Exploitation.selon le contenu du conte étudié. Rédaction de phrases. Lecture par les élèves. Lecture par le maître. ou questions de compréhension globale. 28 . Récit par le maître ou le conteur ou à travers un enregistrement. Exercices lexicaux. Rédaction de schémas de contes ou de parties de contes. 2. Transmission. Compréhension.

Situation initiale Intervention de Elément modificateur 1 l’opposant Apparition d’un obstacle. Présence de l’état initial. Annonce de la quête. Nouvelle épreuve. Elément modificateur 2 (nouvelles difficultés avec le même opposant ou d’autres) Solution Situation finale 2 Ou situation initiale 3 Etc. essayez de compléter la grille suivante. Résultat. Pour vous assurer que vous êtes en mesure de comprendre le fonctionnement d’un conte.Grille de correction. 29 . Situation finale 1 Ou situation initiale 2 Une solution est trouvée Avec l’aide des amis. (Mise en évidence de la structure du 2ème conte) Titre du conte : La formule de départ. Situation finale Réussite ou échec.

Tarot des Mille et Un contes. 1981.CM – 6ème. Ed. Paris. B. 1977. Paulme. Casterman.Lire / Ecrire aux cycles 2 & 3 et en sixième. Essai sur la morphologie des contes africains. Dossier du CEPEC n° 44 . Le pouvoir des contes. Propp . Debyser. G. 1987. L’apprentissage de l’abstraction. V. Paris Retz. du seuil. 1976. Paris. Dossier du CEPEC n° 46 – Lire / Ecrire des histoires en CE. Gallimard . Paris. Morphologie des contes. Ed.Bibliographie. Ed.M. 30 . F. Jean. D. L’école. Barth . Paris.

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chacun de nous devra être en mesure : .de retrouver les caractéristiques thématiques et linguistiques du conte.D’aborder l’étude systématique des faits de langue dans le prolongement de la pratique textuelle.d’analyser un conte avec des modèles théoriques. . 2 . .d’appliquer cette analyse au traitement pédagogique des contes à des fins d’enseignement. .Objectifs : Au terme de cette unité .

Après avoir marché bien longtemps. Cette bête a le pouvoir de rajeunir celui qui peut la posséder. un an après son départ. dieu aidant. le roi laissa partir son dernier fils. il arriva dans une grande et belle ville où régnait alors un roi débonnaire et ami du plaisir. L’aîné prenant alors la parole . Faitesmoi donner un peu d’argent. ne tarda pas à être introduit au milieu de la cour dissipée du roi régnant. j’irai. Un certain jour.Sire. De sorte que.Texte. Les deux aînés étaient méchants. oubliant complètement et son père et la couronne promise à celui qui pourrait ramener le grand merle blanc. demanda à son père de le laisser aller à la recherche du merle blanc et déclara qu’il ne reviendrait point sans l’avoir trouvé. 3 . brutaux même. il n’était pas encore de retour. Alors le cadet dit à son père : . il était doux mais assez simple d’esprit. Le roi lui fit donner des armes. à la recherche de la bête merveilleuse. le second fils du roi partit à la recherche du fameux merle blanc. moi aussi. Voyant cela. Quant au cadet. Il lui arriva les mêmes aventures qu’à son frère qu’il rencontra dépouillé de tout. De sorte qu’un an après son départ. Malgré cet exemple. j’espère vous revenir avant trois mois. le roi n’en avait encore reçu aucune nouvelle. un bon cheval et de l’argent. des armes et de l’or. et. il y mena une vie dissipée. Le merle blanc Un roi assez vieux avait trois fils. il y a une bête merveilleuse qu’on nomme le merle blanc. C’est à ma bonne étoile que je remets le soin de mon succès. Me voilà avancé en âge : si donc quelqu’un pouvait m’apporter cette bête merveilleuse. emportés. je suis disposé à le récompenser par ma couronne.On m’a assuré qu’à cinquante lieues d’ici. Après quelques difficultés. Je n’ai pas besoin d’armes et de cheval pour faire ce voyage. le laissa partir. le roi les assembla tous trois et leur dit : . si vous le permettez. bien accueilli par les habitants qui le voyaient porteur d’un beau sac rempli d’or. Le prince. emportant comme son frère un beau cheval.

tu m’as sauvé la vie. 4 . C’était un oiseau gigantesque dont les ailes brillaient comme le soleil.de – vie qui lui étaient nécessaires. passe monts et vallées. mais il s’approcha et jeta aux dragons les provisions qu’il avait apportées. Il se trouve à deux lieues d’ici à cent pas de la tour de la ville. le prince continua sa route et arriva bientôt aux portes de la ville où sa mise simple ne le fît pas remarquer. tu prendras seize pains de quatre livres et deux oies. Monte sur mon cou et je t’y conduirai. il s’y rendit et vit nombreuse populace entourant les officiers du roi qui annonçait l’exécution pour le lendemain matin de deux princes étrangers coupables de haute trahison. et surtout fis diligence. Il alla chercher les pains. le jeune prince débarrassa le renard qui le remercia en lui disant : .Soit. Je viendrai. renard. Je sais que tu vas t’emparer du merle blanc. parle.Que veux-tu de moi ? demanda l’oiseau . Emu de pitié. . Tu mettras tremper les pains dans l’eau – de – vie après. Il est dans une grotte gardée par deux dragons. Adieu. Pour endormir ces bêtes. Ce disant. le renard disparut dans la profondeur des bois. je me mets à ta disposition . et il n’est point de chose qui puisse me résister.Je voudrais d’abord que tu me fasses délivrer mes deux frères qui sont prisonniers du roi. Ayant entendu le bruit de la trompette dans une rue voisine.Ecoute. le merle blanc se rapetissa tellement qu’il ne parut plus qu’un grand coq. . Le jeune homme ne douta pas que ce ne fusent ses deux frères. compta cent pas en allant droit devant lui et trouva effectivement la grotte du merle blanc. J’ai besoin de ton secours ». Un grande odeur de souffre le suffoqua. Cours. . Une heure après le fameux merle blanc était en sa possession. et il partit pour rejoindre la grosse tour de la ville. Ayant ainsi parlé. Il y arriva. Courir dans cette direction et arriver auprès d’un renard pris au piège fut pour lui l’affaire d’un instant . je suis à tes ordres. les oies et l’eau. Un dernier conseil: ne rend service à personne avant que je t’ai vu. Le prince enfourcha ce nouveau coursier et se trouva bientôt au milieu de ses frères qu’il enleva au nez de leurs gardiens ébahis. Resté seul. le prince traversait une forêt lorsqu’il entendit crier une bête. le merle blanc sera en ta possession. Pour te récompenser de ton bon cœur . quand tu auras besoin de mon assistance.Cinq jour après avoir quitté le palais de son père. tu diras : « Renard.

Et les trois frères de s’approcher du gouffre. Et le renard monta en l’air. Ne t’avise pas de lâcher ma queue.Maintenant que te voilà guéri . Lorsqu’il revint à lui. se teignit le visage et vint demander au roi son père . le ranima et lui fit recommencer l’ascension du souterrain. fatigué. Il apprit alors que le merle blanc avait déclaré au roi qu’il ne le rajeunit pas si on ne lui amenait pas celui qui l’avait conquis sur les deux 5 . il fut poussé par ses deux frères et tomba au fond de la mine. le jeune prince s’en alla rejoindre le château de son père. et en léchant les plaies que lui avait faites sa chute au fond du souterrain. Pendant que le cadet se penchait pour mieux voir. il se vêtit d’un habit de garçon de ferme. les deux princes ne songèrent. Le renard allait atteindre le bord du gouffre lorsque le prince. . venez la voir. j’ai besoin de ton secours. il songea au renard qu’il avait sauvé et se mit à crier : . qu’à s’emparer de la bête merveilleuse. le prince arriva en terre ferme. Tiens – toi bien. dit l’un. au fond du gouffre. passe monts et vallées. Le renard revient trouver le jeune prince. As-tu vu. Alors. Il fut accepté. il te reste à sortir du trou. Cette fois. Avant d’y arriver. Ces mots étaient à peine prononcés que déjà le renard était auprès de lui.Malgré le bon service que venait de leur rendre le cadet. lâcha le renard et retomba tout meurtri.Renard. Après avoir remercié le renard des services qu’il lui avait rendus. le guérit complètement. je monte. de lui donner la garde du merle blanc que ses frères avaient rapporté comme leur conquête. qui ne le reconnut pas sous ses habits d’emprunt. lui dit le renard. tu vas te tenir à ma queue et je te remonterai. je n’ai pas songé à la regarder en passant. la belle carrière d’or qui se trouve là ? Non. aussitôt libres. car ce serait à recommencer. traîna après lui le prince cramponné à sa queue. A cet effet.

Les deux princes avaient dit à leur père que c’était eux-mêmes qui avaient pris la bête. Un instant après. n’est pas réel mais apparaît comme inexplicable(échappe à une explication rationnelle) et le plus souvent source de réussite . il vit l’oiseau s’abaisser et lui commander de monter sur son cou. Le merveilleux est défini comme suit : « le merveilleux est ce qui . des objets magiques. On distingue deux époques : 1920 Propp. n°11/12) 1. Le conte est un récit car c’est une histoire qui raconte des événements qui se déroulent successivement. y fit lier ses deux fils aînés et les fit brûler vifs. Ed. C’est l’intervention des bonnes fées. Le conte est un récit assez court d’aventures imaginaires destinées à distraire. ce qu’il fit. de bonheur et de beauté. le vieux roi était redevenu jeune. p :282. Outré de colère. Conte anonyme (extrait de Pratiques. 2. tous deux étaient dans la salle du roi à qui ils racontèrent les supercheries des deux princes. Dès que le jeune prince fut entré dans la salle où se trouvait le merle blanc.… » Manuel « la plume et les mots ».dragons. Définition. dans un récit. L’analyse structurale remonte aux années 1920. Une seconde après. critiques . Puis il prit la couronne et la donna au jeune prince.1 1970 1 Linguistes russes. grâce au fameux merle blanc.Bordas. 6 . L’analyse structurale du conte. (linguistes . folkloristes). et que c’était pour se venger que le merle blanc disait que ce n’était pas eux qui l’avaient pris. L’étude du conte est l’œuvre des formalistes russes. Todorov et Kristéva. le roi fit dresser deux bûchers dans la cour du palais. Dans le conte intervient le merveilleux.

L’objet de leurs recherches porte sur le texte poétique ou folklorique. Leurs méthodes ne s’intéressent pas à l’écrivain mais elles mettent l’œuvre au centre de leurs préoccupations. Ils s’écartent de leurs habitudes de la critique littéraire. Il veulent rendre compte de la fabrication des œuvres et d’une façon générale de l’art comme procédé. C’est de là que viendra la dénomination : « les formalistes russes. » Les travaux de Saussure2 sur la langue les réconfortent car il définit la langue comme un système combinatoire autonome et les formalistes définissent le texte comme une forme autonome. Deux voies vont s’ouvrir sur cette base linguistique. La première s’appelle l’analyse immanente, la seconde la méthode comparative. a. L’analyse immanente. Dans l’analyse immanente on remplace le pourquoi par le comment et on s’intéresse dorénavant aux lois qui président à l’organisation textuelle. Cette loi admettra beaucoup de souplesse, et loin d’être unique, elle englobe un certain nombre de techniques suivant la description des œuvres. - Elle vise le découpage du texte et la détermination des éléments constitutifs. - Elle met en corrélation des éléments isolés. Le découpage du texte comporte deux opérations complémentaires et simultanées. La première consiste à découper des plans ou strates. Ces plans ou strates sont phoniques, morphologiques, syntaxiques, sémantiques En fait il s’agit d’isoler dans l’abstrait des éléments qui correspondent à l’analyse linguistique. IL s’agit là d’une coupe verticale. La deuxième opération effectue une coupe horizontale. Elle isole les éléments de l’œuvre considérés comme déroulement dans le temps ou comme extension dans l’espace : phrases, paragraphes, chapitres. Ces deux opérations sont un quadrillage du texte mettant en relief les éléments constitutifs à décrire et ceci varie suivant la configuration du texte.

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Ferdinand de Saussure : linguiste français

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Coupe verticale Les formalistes tentent de découper les mots en unités sémantiques les plus réduites, ce que Greimas3 appelle les sèmes. Cette recherche des plus petites unités de sens permet une cohérence sémantique en opposition ou en complémentarité.

Coupe horizontale La coupe horizontale se fait en découpage mais cela ne suffit pas, les formalistes visent le découpage en unités thématiques les plus petites qu’on appelle les motifs.(ces unités sont indécomposables). Ex : le roi est malade.
2 motifs Le héros est mort

Chaque unité thématique ou motif ne peut s’étudier seule. Elle peut avoir des fonctions différentes selon le système où elles sont insérées. b. La méthode comparative. La méthode comparative vise le texte comme différence. En linguistique structurale, la valeur du signe est déterminée par sa relation au système4 et aux autres signes . D’une manière générale, un texte peut être analysé en fonction de sa relation différentielle par rapport à d’autres textes. Vladimir Propp5 étudie les contes populaires russes et il est frappé par le double aspect merveilleux des contes. D’une part, il souligne l’extraordinaire diversité du conte, deuxièmement son pittoresque haut en couleurs, troisièmement il étudie son uniformité qu’il appelle la monotonie du conte. Partant de cette constatation il compare les différents contes entre eux afin de découvrir diverses péripéties de surface qu’il appelle les unités fonctionnelles qui pourraient être de multiples contes. Soient, par exemple, deux contes que l’on pourrait découper comme suit :

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Greimas : linguiste Système :une organisation des éléments et des relations des signes . 5 Vladimir Propp. Op. cit pp. 115.116

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- Le roi donne un aigle à un brave. 1 conte : - L’aigle emporte le brave dans un autre royaume.
er

- Le grand-père donne un cheval à Sousenko. 2ème conte : - Le cheval emporte Sousenko dans un autre royaume.

Pour Propp les actions des personnages seront les parties fondamentales du conte ; mais ces actions qui correspondent aux motifs devront être isolées en tenant compte de deux préoccupations : 1. D’abord en faisant abstraction du personnage exécutant. Ce qui compte par exemple dans le conte c’est la faute, l’interdiction, la fuite, l’interrogation… 2. Ensuite, il faudra déterminer la signification de telle ou telle action par rapport au déroulement global de l’intrigue. Soient deux contes : a. dans le premier on raconte l’histoire d’une fille qui reçoit de l’argent de son père et achète un miroir magique. b. dans le deuxième, un héros vient d’accomplir un exploit et pour cela il reçoit une grosse somme d’argent.

Dans chaque conte , on peut isoler le même motif : le don d’argent. Dans chaque conte, en tenant compte du déroulement de l’intrigue, on peut isoler comme unité : la réception d’un auxiliaire6 dans le premier et dans le deuxième il y a le don d’une récompense. Ces unités perçues dans la signification du récit sont appelées par Propp des fonctions.

3. La morphologie du conte selon Propp.
En comparant un certain nombre de contes Propp a dégagé des constantes qui lui ont permis de construire un schéma du conte, selon lui invariant. Ces constituants communs sont des fonctions, terme
6

Auxiliaire : personnage qui aide le héros. Plusieurs auxiliaires peuvent assumer la fonction d’adjuvant dans l’analyse de Greimas.

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qu’il explicite comme suit : « Par fonction, nous entendons l’action d’un personnage définie du point de vue de sa signification dans le déroulement de l’intrigue ».7 Voici les 31 fonctions dégagées par Propp. 0. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Situation initiale. Un des membres de la famille s’éloigne de la maison. Le héros se fait signifier une interdiction. L’interdiction est transgressée. Le méchant essaie d’obtenir des renseignements. Le méchant reçoit des renseignements sur sa victime. Le méchant tente de tromper sa victime. La victime se laisse tromper. Le méchant fait subir un méfait à un des membres de la famille, ou il manque quelque chose à l’un des membres de la famille. 9. Le méfait ou le manque est divulgué : on fait appel au héros. 10.Le héros accepte de réparer ce malheur. 11. Le héros quitte sa maison. 12. Le héros subit une épreuve préparatoire à la réception d’un auxiliaire magique. 13. Le héros réagit à l’épreuve imposée. 14. L’auxiliaire magique est donné au héros. 15. Le héros est amené près de l’objet de sa quête. 16. Le héros et le méchant combattent. 17. Le héros reçoit une marque. 18. Le méchant est vaincu. 19.Le méfait ou le manque est réparé. 20. Le héros prend la route du retour. 21. Le héros est poursuivi. 22. Le héros est secouru. 23. Le héros entre chez lui incognito. 24.Un faux héros prétend être l’auteur de l’exploit. 25.On propose au héros une tâche difficile. 26. Le héros accomplit cette tâche difficile. 27. Le héros est reconnu. 28. Le faux héros 8est démasqué. 29. Le héros reçoit une nouvelle apparence. 30.Le faux héros ou le méchant est puni. 31. Le héros se marie et/ou monte sur le trône.

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Morphologie des contes. Paris . Edit. du Seuil , 1970. P 31. Faux héros : personnage qui tente la même quête que le héros mais , qui du fait de ses défauts ou de ses erreurs échoue.

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1. La situation du conte. On a d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Le faux héros. Il y a une certaine fatalité qui pèse sur les personnages : on est bon ou mauvais de naissance. 4. Le conte ne peut être situé avec précision (pays ou ville) parce que la description le détruirait en l’enfermant dans la vérité. le héros (héros-quêteur ou héros-victime). Le méfait va avec la réparation du méfait. Le déroulement de l’intrigue se déroule autour des personnages suivants : 1. 3. 5.prince. Le manque va avec le comblement du manque. etc. Les personnages. 3. mais leur ordre d’apparition est toujours rigoureusement identique. Dans un conte. c. 5. Le départ va avec le retour. Pour Propp certaines fonctions sont employées par couples. Le temps dans le texte. Il n’y a pas d’ambiance véritable. L’objet de la quête. b. 2. Ces personnages manquent d’épaisseur. 4. 2. Le mandateur (qui envoie le héros en quête). La lutte va avec la victoire. Il y a absence du prénom en général et fréquence du surnom. Les personnages sont réduits à des fonctions sociales (roi.valetmarâtre.reine. 6. On ne souligne chez eux que leurs qualités ou leurs défauts. on ne garde que les traits fonctionnels nécessaires à l’intrigue et au déroulement des événements. Le méchant. a. toutes les fonctions ne sont pas forcément présentes dans tous les contes. L’auxiliaire magique (être vivant ou objet). 7. 11 . L’interdiction va avec la transgression.Selon Propp. Le donateur (qui soumet le héros à des épreuves avant lui remettre un auxiliaire magique).

l’échec. 10 12 . est une suite d’événements transformant une situation donnée en une situation nouvelle. Il met au point ce qu’il appellle la séquence . des moyens permettant d’appréhender les grandes articulations d’une intrigue . pour Brémond. L’analyse fonctionnelle du conte Les formalistes russes prolongeant les travaux de Propp parlent de fable. b. Il retient les trois moments du récit tout en incluant le processus de transformation. Le processus de transformation provocation action sanction Après les événements L’état initial L’état final Tous les schémas ne sont que des instruments . C’est ce que Todorov appelle histoire et narration. la possibilité. Avant les événements Pendant les événements. C’est ce qui est effectivement passé. le succès La situation ouvrant sur posibilité. Fonction n°2 Fonction n° 3 actualisation de la a. Fonction n°1 a. 3. Et le sujet. 9 Récit : histoire + narration. Le récit.9 Claude Brémond10 a mis au point le premier modèle fonctionnel s’adapant non seulement à un ensemble de récits particuliers mais il vise le récit en général considéré comme histoire. ou une possibilité. c’est à dire la façon dont le lecteur en a pris connaissance. On peut dire que l’histoire se déroule au moyen âge : roi – seigneur – prince.On trouve toujours “il y avait une fois” et ce “il y avait une fois “ nous projette sans aucune précision dans les dates. Paul Larivaille11 propose un autre modèle fonctionnel. « il était une fois » ouvre sur une situation non sur une action. etc. Brémond : linguiste 11 Larivaille : linguiste. Non actualisation de b. « Ils vécurent heureux » peut être une situation finale ou nouvelle.

Les menteurs sont démasqués. au roi pour du qu’il retrouve 2. Ce modèle se retrouve aisément dans le conte du merle blanc situation initiale Vieillesse du roi. Un événement modifie cet équilibre et oblige le héros à subir des épreuves qui l’amènent à la situation finale. L’épreuve qualifiante est celle par laquelle le héros se signale comme différent des autres personnages. sa jeunesse. Départ ème 2 fils. L’épreuve glorifiante donne au héros l’occasion de vaincre le faux héros et consacre donc son titre de héros. de nouveau stable. Départ er 1 fils. Ce conte suit donc d’assez près le schéma proposé par Greimas. Evénement modificateur Transformation Epreuve qualifiante Epreuve principale Epreuve glorifiante Situation finale du Venir en aide 1. SF La situation initiale est stable. L’épreuve principale est celle qui lui permet d’obtenir l’objet de la quête. 3. roi Le cadet est Le reconnu par le rajeunit merle. en principe. Départ du fils cadet Le cadet prend possession du merle blanc. Epreuve M Qualifiante E1 Epreuve Principale E2 Epreuve Glorifiante E3 Situation Finale. Mais tous nos contes ne peuvent s’aligner sur ce type d’analyse. Greimas fournit en effet de l’histoire un modèle qui est en quelque sorte une schématisation généralisée du schéma de Propp.4. 13 . L’analyse du récit proposée par Greimas aboutit à un schéma plus simple qui devrait donc. pouvoir s’appliquer à un plus grand nombre de textes de tous genres. Transformation Situation Initiale SI Evénement Modificateur.L’analyse sémiotique de Greimas. C’est pourquoi nous sommes invités à consulter d’autres spécialistes.

Il est secouru par la suite par le renard. Le cadet approche les dragons. c’est-à-dire une promesse du renard sous une formule magique. une séduction de la ville. La situation Finale. Ils sont punis par le feu alors que le cadet est couronné. L’épreuve réussit (le cadet devient le héros et reçoit un adjuvant. Définit l’objet de la quête (le merle blanc). Il reçoit des informations sur la manière d’approcher le merle. Il y a un manque (la jeunesse). Dans cette épreuve qualifiante. (A3) épreuve qualifiante du fils cadet : départ. cheval) et ceci avant L’épreuve qualifiante. prend possession du merle et sur la route. 14 . Le cadet est Reconnu par le merle. sauvetage du renard. il y a un nonRetour. épreuve. Epreuve principale : épreuve qui permet au héros d’obtenir l’objet de sa quête. L’épreuve principale13 Le cadet se déplace dans la ville vers la grotte où se trouve le merle. Epreuve qualifiante : épreuve qui permet au héros de se signaler comme différent des autres personnages. Le contact est La situation initiale établi successivement avec chacun des fils. il est agressé par ses frères. L’épreuve glorifiante. Il se heurte aux mensonges de ses frères. L’épreuve Qualifiante ville.14 Le cadet arrive incognito dans le château. Le roi appelle ses trois fils. une non-réussite de de l’épreuve. 14 Epreuve glorifiante : épreuve qui consacre le héros et éventuellement lui permet de confondre le faux héros. 12 La première transformation (A1) est l’épreuve qualifiante Du 1er fils. La supercherie des deux est démasquée. une épreuve. il y a un départ. Les deux aînés Reçoivent un adjuvant (or. (A2) épreuve qualifiante du second fils. 12 13 Le roi rajeunit et le manque est comblé. armes. Le héros virtuel cède aux plaisirs de la Donc il y a une disqualification du fils aîné. Le 3ème refuse tout adjuvant.Application sur le conte « le merle blanc ».

Situation initiale : Dans cette partie on définit les personnages et l’objet de la quête. Epreuve qualifiante du 2ème fils. Epreuve principale du fils cadet : il affronte les dragons et prend possession du merle blanc. C2. B3. A2. C3. le cadet arrive incognito dans le château. Il est agressé par ses frères. C1. La supercherie est découverte et le cadet est couronné. Les dragons ne poursuivent pas le cadet mais plutôt les frères. A3. B2.L’analyse du conte nous permet de dégager la structure suivante : 1. 3. B1. Epreuve qualifiante du fils cadet. Le roi rajeunit et le manque est comblé. Nous pouvons dire que la structure du conte est du type « bout à bout » Que nous pouvons schématiser comme suit : A1 A2 A3 B1 B2 B3 C1 C2 C3 15 . Il se heurte aux mensonges de ses frères. Situation finale. Transformations : A1. Epreuve qualifiante du 1er fils. 2.

on définit une typologie des personnages en fonction de leurs actions. 4. 20 Héros sujet : personnage qui va à la recherche de la quête. Plusieurs typologies des actants ont été proposées parmi lesquelles celle de Greimas. 16 . Destinateur : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui poussent le héros à poursuivre l’objet de la quête.Le système des personnages. Greimas : « Tout récit manifeste. Greimas propose un modèle à six (6) actants. les actants15 désignent les différents personnages vus sous l’angle de la grammaire narrative ». 17 Objet : objet poursuivi par la quête. 15 16 Actant = personnage. quoique sous des formes très variées. Destinateur16 Adjuvant19 Objet17 Héros sujet20 Destinateur18 Opposant21 Remarques : Un personnage peut jouer plusieurs rôles actanciels : destinateur et destinataire. D’après les théoriciens de la littérature. Le systèmesituation des stable personnages. 21 Opposant : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui font obstacle au sujet dans sa quête.Manque initial danger malheur désobéissance Secours 4. une même configuration de personnages . 18 Destinataire : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages à qui l’objet de la quête est destiné. de leurs rôles dans l’histoire relatée.types (actants) définis suivant leurs relations et les fonctions qu’ils jouent dans le récit. 19 Adjuvant : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui aident le sujet dans sa quête.

le héros et l’adversaire sont des actants. Or ces intervenants ne relèvent pas toujours de l’humain. Ce terme a été préféré à celui de personnage car il s’agit plutôt que de se livrer à une analyse psychologique des personnages de type traditionnel de recenser tous les intervenants d’un récit. L’auxiliaire. Un héros est complexe lorsqu’il est constitué par plusieurs récits qui s’enchâssent l’un dans l’autre. il est possible de dégager la matrice suivante : Destinateur Le roi objet le merle blanc destinataire le roi Adjuvant Le renard sujet Le fils cadet opposant les dragons Les deux frères (faux héros) Texte 2. Opposant : groupe de personnages. C’est pourquoi le terme d’actant a été jugé plus adéquat. Un rôle actanciel peut être assumé par une instance inanimée : la conscience du héros. Par exemple tel personnage qui sera dans le récit 1 le héros pourrait se trouver en position de destinateur dans le récit 2. on lui appliquera les questions suivantes : Qui (destinateur) manque de quoi (objet) ? Qui destinataire) obtient quoi (objet) ? Qui (héros) moyennant l’engagement dans une quête permet le passage du manque à l’obtention ? Qui (adjuvant) favorise la quête ? Qui (opposant) entrave la quête ? En étudiant le conte du merle blanc. Pour découvrir comment se répartissent les différents rôles actanciels d’un récit. 17 .Plusieurs personnages peuvent ensemble remplir le même rôle actanciel.

GRAIN D’AILE. dit l’écureuil. le plus étonnant écureuil qui soit. rêve depuis longtemps de voler. elle se prit à pleurer. elle s’élança du sapin. Levant les yeux. Ivre de vitesse. encore plus contentes qu’elle. . Grain – d’Aile sentit de longs chatouillements dans ses bras : ils se recouvraient d’un fin duvet blanc. tu ne seras plus une vraie fille d’en bas. pépiaient à travers la campagne. un vieux hibou très sérieux avait été chargé de veiller sur elle. car il faisait si clair que le soleil luimême semblait avoir des ailes. la tête entre ses ailes. sa queue était ébouriffante et ses yeux vifs parlaient plus vite qu’aucune bouche bavarde : « Veux-tu vraiment voler. l’écureuil. elle sentit sur ses joues une petite langue râpeuse et une petite patte soyeuse essuyer ses larmes. pleurait… Soudain. Son pelage brillait comme le feu. Tous les oiseaux volaient.Grain – d’Aile pleurait. ô toi que l’on chérit et qui rends à chacun la monnaie de sa gentillesse. dit des mots très doux. comme la pie et comme la mésange. très savants. fascinée par les oiseaux et les papillons. D’arbre en arbre. Ne le regretteras-tu pas ? » -« oh ! non ! non ! dit Grain – d’Aile ! » . elle vit. descendit au ras de l’herbe. entre ses paupières battantes. sans même voir les étoiles. Alors.Bien. Un beau jeudi que Grain – d’Aile était installée dans son sapin. Le narrateur raconte à une petite fille l’histoire de Grain – d’aile : c’est une enfant qui. Heureusement. comme le rouge-gorge et comme le merle bleu ? Veux-tu avoir des ailes ? Mais tu n’auras plus de bras . Grain – d’Aile fut réveillée par le tapage joyeux de tous les oiseaux qui saluaient le soleil levant. elle saluait ses amis en chantant et tous la suivaient. C’était la première fois que Grain – d’Aile se 18 . Grain – d’Aile avait des ailes ! Folle de joie. au coucher du soleil . mais si tu le regrettes viens me trouver. sans trop se soucier d’elle. Grain – d’Aile alla si loin que la nuit la surprit bientôt et qu’elle s’endormit. rebondit jusqu’au toit de sa maison et partit comme une flèche vers la forêt voisine. puis des plumes blanches apparurent. il sera encore temps pour que tu redeviennes comme avant ». demain. tout contre elle . Elle était seule. au plus haut d’un gros chêne . comme tu n’es jamais seule. voler comme les oiseaux.

qui avaient d’abord tant admiré ses ailes. elle voulait redevenir une vraie petite fille. montait jusqu’à ce qu’ils lui paraissent comme des fourmis. Grain – d’Aile pensa au café au lait et aux tartines bourrées ! Mais qu’elle était sotte : en deux coups d’aile . Elle comprenait l’avertissement de l’écureuil doré. à la sortie : tandis que les autres marchaient sur le chemin . Folle d’angoisse. il fallut lui donner la becquée comme à un bébé ! Ses frères . tassés sur eux-mêmes . des ailes quand il ne s’agit pas de voler ! Grain – d’Aile assise dans son petit fauteuil (à quoi lui servait les bras du fauteuil. De nouveau ses yeux étincelants prononcèrent les paroles magiques… Et voilà notre Grain – 19 . pour voir sa maison. Elle monta très haut. Grain – d’Aile passait au-dessus de leurs têtes. Grain – d’Aile vola. un peu dégrisée. elle eut sa revanche. Tout le monde fut rassuré de la voir revenir. commencèrent à se moquer d’elle. dans la cuisine où la famille était attablée. la main dans la main. t pour porter son cartable !… Et à l’école pour écrire !… Bien sûr. Grain – d’Aile se précipita au cou de sa mère. Elle regrettait ses bras . Ses amis prenaient leur petit déjeuner de graines et de petits vers.réveillait en plein air et cela lui parut merveilleux. maintenant ?) se mit à réfléchir profondément. ses ailes ne savaient pas étreindre ! Et quand il s’agit de manger. la changer ? Comme c’est peu pratique. ainsi vus d’en haut. le nez en l’air ! Mais pourquoi le petit Pierre faisait-il semblant de ne pas s’intéresser à ses évolutions. vola pour la première fois jusqu’au sapin . Il n’y avait pas un instant à perdre : le dernier rayon du soleil glissait derrière l’horizon. Comment l’habiller. par la fenêtre ouverte. Hélas. mais surpris de son nouvel aspect. l’écureuil était fidèle au rendez-vous et il eut le bon goût de ne pas poser de questions – le visage de Grain – d’Aile disait assez ce qu’elle voulait – et de ne pas se tromper en disant : « je te l’avais dit ». puis piquait sur le petit groupe un peu effrayé. partait à tire d’aile bien loin devant eux. comme font si souvent les grandes personnes. à chercher des champignons ou à cueillir des boutons d’or ? Puis Grain – d’Aile pensa à sa poupée qu’elle avait négligée. Puis elle s’aperçut qu’elle mourait de faim et se demanda avec inquiétude si l’heure de l’école n’était pas passée. et fonça. elle serait à la maison. elle se retrouva dans sa chambre ? Pierre… Est-ce-que vraiment elle ne pourrait plus courir dans les prés avec lui. Comme ils étaient drôles . songea Grain – d’Aile lorsque.

ceux qui marchent en regardant les cailloux du chemin. car la terre . Je t’ai ce soir conté l’histoire que tu attends. celle qui me fait le cœur meilleur. ceux qui savent que les petites filles ne peuvent pas voler et ceux qui pensent qu’un jour. mort en 1952. d’avoir des ailes. ceux qui sont légers et ceux qui le sont moins. Lentement. (Un beau jeudi) imaginaire (l’histoire est imaginaire) réellement (je t’ai ce soir …) merveilleux (l’humain transformé en oiseau) vocation du conte (distraire) 20 . celle qui te fait les yeux confiants. Grain – d’Aile descendit. Identification du conte. avec les autres. Compréhension globale. Gallimard. poète français né en 1895 . Paul Eluard *. et ceux qui regardent le ciel. être à la fois sur la terre et au ciel. • Paul Eluard.d’Aile aussi joyeuse de retrouver ses bras. Le conte Récit (structure narrative) formule de début et de fin. en restant eux-mêmes. avoir des ailes et de bras. Son vrai nom était Eugène Grindel. s’ils le désirent vraiment. Grain – d’Aile. ses mains agiles. qu’elle l’avait été . de branche en branche. 32. tous les petits garçons et toutes les petites filles pourront. la veille. tous les autres .

n’est pas réel mais apparaît comme inexplicable (qui échappe à une explication rationnelle) et le plus souvent source de réussite.Compréhension approfondie du texte. Manuel « la phrase et les mots ». Grain – d’Aile veut retrouver ses bras.Les trois premières lignes constituent le chapeau introductif qui explicite la situation de communication. Métamorphose. De la ligne 11 à 25 Intervention de l’écureuil. Situation initiale Présentation Sapin (où) jardin secret. R. dans un récit. rêve de voler (quoi) L’univers de l’enfance.Ed. Son enchantement et son regret. Bordas. de bonheur et de beauté. La formule finale est originale par rapport au stéréotype que nous connaissons. C’est l’intervention des bonnes fées. des objets magiques. métamorphose de Grain – d’Aile.282. Grain – d’Aile émerveillée Grain –d’Aile désenchantée (69) De la ligne70 à 77. Jeudi (quand) . De la ligne 1 à la ligne 1. Définition du merveilleux : Le merveilleux est ce qui. Les deux métamorphoses 21 . p. 3. Evénements modificateurs De la ligne 25 à 35.

Moteur de l’action. ébouriffante Description valorisante. 22 . Forme humaine donnée aux animaux : personnification. L’écureuil. Décrire c’est rendre compte d’une réalité à quelqu’un qui ne la connaît pas.Situation finale (fille heureuse. Savant perspicace délicatesse et Discrétion. L’écureuil. Le système des personnages Trait de caractère. La parole extrait l’écureuil de son monde animal. Grain – d’Aile est une petite fille fascinée par les oiseaux. sereine) De la ligne 78 à la fin. Traits de Caractère. Grain – d’Aile retrouve ses bras. Dans les contes les personnages ne sont décrits avec précision pour ne pas toucher à l’universalité du texte. Traits physiques langue râpeuse patte soyeuse yeux pelage queue vifs brillant et bavards.

17 – 18. Comme . Vers le mythe. 23 . Le discours est caractérisé par sa double polysémie. Cette performance est réalisée par l’écriture de l’auteur dont nous analyserons quelques éléments par la mise en évidence des procédés rhétoriques utilisés. La notion d’écart. Des ailes par la pensée (s’élever) L’intérêt du texte de Grain – d’Aile c’est de réaliser une sorte de coïncidence entre ce qui est dit et la manière de le dire. Rythme – ordre des mots (inversion). L’itération : sonorités – rime – mots – structure répétée. Dans la description de l’écureuil on peut retrouver le champ sémantique du chat. V. souvent dans ce texte l’effet poétique est obtenu par un effet de surprise : le lecteur attend quelque chose et c’est autre chose qui vient.ceux qui. Ex : la monnaie de sa gentillesse. 22 Mythe : récit fabuleux. oiseaux . 23 Polysémie : caractère d’un mot qui recouvre plusieurs sens. c’est à dire entre le contenu et le contenant.Description valorisante pour l’écureuil qui ne gêne pas le caractère d’universalité du conte. V. Les éléments de la poésie : le choix du thème : enfance . Au bout de ce discours une sagesse est transmise : On veut voler tout en restant sur la terre. des aspects de la condition humaine.22 Dans ce texte on relève un double discours : philosophique et poétique. V. qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature . 5.23 Il ne s’agit plus de lire mais d’interpréter. souvent d’origine populaire. Analyse des procédés rhétoriques. papillons.

petits attendu. ce qui se comprend aisément avec le sens général du texte : Une petite fille qui rêve de s’identifier à un oiseau. Les clichés sont ainsi ravivés . « Si le conte amuse. rechargés de sens. la plus productive est la comparaison. enchante. attendu toi. Seule comme tu n’étais jamais seule. Ivre de vitesse :l’effet de ce procédé c’est de réactualiser des images usées. attendu oiseau. passionne. En vous appuyant sur le conte de Grain – d’Aile essayez de compléter la grille suivante : * le héros *son (ses) ami(s) ceux qui vont l’aider. Gros comme des fourmis. Lui donner la becquée comme à un bébé. C’est le mythe d’Icare version moderne. L’écriture de ce conte aboutit à une seconde lecture : le lecteur quitte peu à peu l’histoire de Grain d’Aile relatée sous forme de conte pour déboucher sur une sorte de mythe. tous ces procédés vont contribuer à charger le texte de sens second. sa raison d’être est de transmettre un enseignement ». En définitive. sa signification originale et profonde.attendu sa pièce. * son (ses) ennemi(s) ceux qui vont s’opposer à lui *un (ou des) objet(s) ou paroles ou 24 . Parmi les autres figures se style. c’est à dire de créer un autre niveau de signification.

le but…………………………………………. Résolution ……………………………………………… ………………………………………………. 4...les lieux………………………………………. Mise en corrélation du schéma actanciel et la structure narrative du conte.. le ou les adjuvants ………………………………………… ………………………………………… Comment se termine le conte ? ………………………………………… ………………………………………… ………………………………………… Ecrire des contes.animaux magiques . * des épreuves pour le héros. Une histoire merveilleuse ou même un récit peuvent s’organiser de la manière suivante. Elément (s) modificateur(s) ……………………………………………… ……………………………………………… ……………… 3. 1.. On peut demander aux élèves : 25 .les personnages………………………………. 2. extraordinaires (ensemble lexical du merveilleux) * La quête du héros. La situation initiale . . . En vous appuyant toujours sur le conte de Grain – d’Aile essayez de compléter le tableau suivant : Le héros …………………………………………. Situation finale …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… Que veut-il ? ………………………………………… ………………………………………… Le ou les opposants ………………………………………… ………………………………………….

Çà peut être un géant – un nain – un savant fou – un monstre – sorcier. … 3. etc.1. Décrivez ce lieu (une île – un château – une grotte. Racontez comment l’ami du héros l’aide. etc.d’un animal d’un messager.un trésor. 7. etc. mais cette fois victorieusement et comment il s’empare de ce qu’il est venu chercher (cette séquence doit être inventée librement par les élèves ou le scripteur). Imaginez ce qu’il désire. Racontez comment le héros affronte une seconde fois son ennemi .une fée – un prince – un génie.d’un magicien . etc. 12. C’est la fin de l’histoire . Racontez comment il part à l’aventure. ce qui lui manque pour être heureux : un objet précieux. 10. Le héros rentre chez lui mais il est poursuivi en chemin par les alliés de son ennemi : des frères – des sœurs – des animaux – des pièges. 4.) 8. etc. 13. 6. 11. 5. 26 . etc.d’un vieux sage . 9. C’est là qu’habitent les adversaires du héros (imaginez-les). Imaginez les épreuves ou les obstacles que le héros doit surmonter en chemin : combat – duel – lutte – souffrance – maladie – formule magique – énigme. etc. Le héros est d’abord vaincu par son ennemi : il est blessé – il est exposé à un danger – il pourrait être laissé pour mort – il peut être trompé et vaincu. Racontez comment le héros reçoit des conseils ou des renseignements de la part d’une fée . Le héros rencontre en chemin un ami.un animal . Choisissez et décrivez un personnage qui sera le héros de votre histoire et qui eut être : un roi – un animal – un petit garçon. 2. Le héros parvient finalement au but de son voyage. etc. (à raconter librement).

. Rédaction de schémas de contes ou de parties de contes. une démarche analytique et explicative. ou questions avec réponses à choix multiples ou vérification de la compréhension par le dessin. tout comme la poésie. Le premier contact avec l’histoire doit pouvoir préserver la saveur du langage parlé . compréhension. Exercices lexicaux. la vie du conte au moment où il se crée. avec les élèves.Reconstitution de texte. ressenti. savouré. Le problème pour le maître est alors de parvenir à « enchanter » la classe. le niveau de ses élèves et les objectifs poursuivis. le conte . le parle pour lui-même et pour les élèves. Exercices d’observation et d’analyse de la langue. demande à être écouté. réinvente le conte. exploitation. 3. Chacun de ces moments se subdivise en plusieurs activités . Compréhension. le maître se fasse conteur. Lecture par le maître. 1. Lecture par les élèves. Transmission. Rédaction de phrases. Il faudrait donc qu’avant d’être pédagogue. selon le contenu du conte étudié. Exploitation.Avant que soit entreprise . 27 . L’ensemble du travail effectué en classe s’organise en trois moments : transmission. ou questions de compréhension globale. parmi lesquelles le maître fait un choix . 2. Récit par le maître ou le conteur ou à travers un enregistrement.

Elément modificateur 2 (nouvelles difficultés avec le même opposant ou d’autres) Solution Situation finale 2 Ou situation initiale 3 Etc. Annonce de la quête. 28 . essayez de compléter la grille suivante. Résultat. (Mise en évidence de la structure du 2ème conte) Titre du conte : La formule de départ. Présence de l’état initial. Nouvelle épreuve.Grille de correction. Situation finale 1 Ou situation initiale 2 Une solution est trouvée Avec l’aide des amis. Situation finale Réussite ou échec. Situation initiale Intervention de Elément modificateur 1 l’opposant Apparition d’un obstacle. Pour vous assurer que vous êtes en mesure de comprendre le fonctionnement d’un conte.

Ed. B. 1981. Barth . L’école. Dossier du CEPEC n° 44 . L’apprentissage de l’abstraction. Ed. V. Morphologie des contes. F. Ed. Dossier du CEPEC n° 46 – Lire / Ecrire des histoires en CE. 1976. Paulme. Paris.Bibliographie. Paris. Paris. Paris. Le pouvoir des contes. 29 . Casterman.Lire / Ecrire aux cycles 2 & 3 et en sixième. 1987. Tarot des Mille et Un contes. 1977.M.CM – 6ème. Paris Retz. D. Jean. Debyser. Essai sur la morphologie des contes africains. Gallimard . G. du seuil. Propp .

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de retrouver les caractéristiques thématiques et linguistiques du conte.Objectifs : Au terme de cette unité . chacun de nous devra être en mesure : . 2 . . .d’analyser un conte avec des modèles théoriques. .D’aborder l’étude systématique des faits de langue dans le prolongement de la pratique textuelle.d’appliquer cette analyse au traitement pédagogique des contes à des fins d’enseignement.

De sorte que. le second fils du roi partit à la recherche du fameux merle blanc. oubliant complètement et son père et la couronne promise à celui qui pourrait ramener le grand merle blanc. Il lui arriva les mêmes aventures qu’à son frère qu’il rencontra dépouillé de tout. Après avoir marché bien longtemps. Quant au cadet. dieu aidant. si vous le permettez. je suis disposé à le récompenser par ma couronne. il y mena une vie dissipée. emportés. Le roi lui fit donner des armes. Après quelques difficultés. ne tarda pas à être introduit au milieu de la cour dissipée du roi régnant.Sire. le roi les assembla tous trois et leur dit : . C’est à ma bonne étoile que je remets le soin de mon succès. à la recherche de la bête merveilleuse. moi aussi. Malgré cet exemple. Les deux aînés étaient méchants. des armes et de l’or.On m’a assuré qu’à cinquante lieues d’ici. et. j’espère vous revenir avant trois mois. brutaux même. L’aîné prenant alors la parole . j’irai. De sorte qu’un an après son départ. Je n’ai pas besoin d’armes et de cheval pour faire ce voyage. 3 . Faitesmoi donner un peu d’argent. il était doux mais assez simple d’esprit. Un certain jour. Cette bête a le pouvoir de rajeunir celui qui peut la posséder. il arriva dans une grande et belle ville où régnait alors un roi débonnaire et ami du plaisir. Me voilà avancé en âge : si donc quelqu’un pouvait m’apporter cette bête merveilleuse. bien accueilli par les habitants qui le voyaient porteur d’un beau sac rempli d’or. le laissa partir. le roi n’en avait encore reçu aucune nouvelle. un bon cheval et de l’argent. Voyant cela.Texte. emportant comme son frère un beau cheval. le roi laissa partir son dernier fils. il y a une bête merveilleuse qu’on nomme le merle blanc. Le merle blanc Un roi assez vieux avait trois fils. demanda à son père de le laisser aller à la recherche du merle blanc et déclara qu’il ne reviendrait point sans l’avoir trouvé. Alors le cadet dit à son père : . un an après son départ. Le prince. il n’était pas encore de retour.

les oies et l’eau. Ayant entendu le bruit de la trompette dans une rue voisine. Une heure après le fameux merle blanc était en sa possession. Adieu. Pour te récompenser de ton bon cœur . et il n’est point de chose qui puisse me résister. le merle blanc se rapetissa tellement qu’il ne parut plus qu’un grand coq. Je viendrai. Un grande odeur de souffre le suffoqua. et surtout fis diligence.de – vie qui lui étaient nécessaires. parle. Il est dans une grotte gardée par deux dragons. Le prince enfourcha ce nouveau coursier et se trouva bientôt au milieu de ses frères qu’il enleva au nez de leurs gardiens ébahis. le prince traversait une forêt lorsqu’il entendit crier une bête. 4 . je suis à tes ordres. C’était un oiseau gigantesque dont les ailes brillaient comme le soleil. et il partit pour rejoindre la grosse tour de la ville. Je sais que tu vas t’emparer du merle blanc. . le prince continua sa route et arriva bientôt aux portes de la ville où sa mise simple ne le fît pas remarquer. J’ai besoin de ton secours ». . Emu de pitié. quand tu auras besoin de mon assistance. Courir dans cette direction et arriver auprès d’un renard pris au piège fut pour lui l’affaire d’un instant . le jeune prince débarrassa le renard qui le remercia en lui disant : . Ce disant. Ayant ainsi parlé.Que veux-tu de moi ? demanda l’oiseau . tu m’as sauvé la vie.Ecoute. tu prendras seize pains de quatre livres et deux oies. je me mets à ta disposition . Il y arriva. Tu mettras tremper les pains dans l’eau – de – vie après.Cinq jour après avoir quitté le palais de son père. renard. Le jeune homme ne douta pas que ce ne fusent ses deux frères. tu diras : « Renard. passe monts et vallées. Monte sur mon cou et je t’y conduirai. Resté seul.Soit. il s’y rendit et vit nombreuse populace entourant les officiers du roi qui annonçait l’exécution pour le lendemain matin de deux princes étrangers coupables de haute trahison. Il se trouve à deux lieues d’ici à cent pas de la tour de la ville.Je voudrais d’abord que tu me fasses délivrer mes deux frères qui sont prisonniers du roi. le renard disparut dans la profondeur des bois. le merle blanc sera en ta possession. Pour endormir ces bêtes. Un dernier conseil: ne rend service à personne avant que je t’ai vu. Il alla chercher les pains. mais il s’approcha et jeta aux dragons les provisions qu’il avait apportées. . Cours. compta cent pas en allant droit devant lui et trouva effectivement la grotte du merle blanc.

Pendant que le cadet se penchait pour mieux voir. traîna après lui le prince cramponné à sa queue. de lui donner la garde du merle blanc que ses frères avaient rapporté comme leur conquête. la belle carrière d’or qui se trouve là ? Non. le jeune prince s’en alla rejoindre le château de son père.Malgré le bon service que venait de leur rendre le cadet. Cette fois. lâcha le renard et retomba tout meurtri. qui ne le reconnut pas sous ses habits d’emprunt. As-tu vu. il fut poussé par ses deux frères et tomba au fond de la mine. se teignit le visage et vint demander au roi son père . qu’à s’emparer de la bête merveilleuse. Alors. Le renard revient trouver le jeune prince. passe monts et vallées. A cet effet. Le renard allait atteindre le bord du gouffre lorsque le prince. . Il apprit alors que le merle blanc avait déclaré au roi qu’il ne le rajeunit pas si on ne lui amenait pas celui qui l’avait conquis sur les deux 5 . lui dit le renard. Il fut accepté. Lorsqu’il revint à lui. Tiens – toi bien. car ce serait à recommencer. fatigué. j’ai besoin de ton secours. Et les trois frères de s’approcher du gouffre. il te reste à sortir du trou. Après avoir remercié le renard des services qu’il lui avait rendus. le ranima et lui fit recommencer l’ascension du souterrain. il se vêtit d’un habit de garçon de ferme. Ces mots étaient à peine prononcés que déjà le renard était auprès de lui. il songea au renard qu’il avait sauvé et se mit à crier : . et en léchant les plaies que lui avait faites sa chute au fond du souterrain. le prince arriva en terre ferme. je monte. le guérit complètement. Et le renard monta en l’air. les deux princes ne songèrent.Maintenant que te voilà guéri . venez la voir. tu vas te tenir à ma queue et je te remonterai. dit l’un. Ne t’avise pas de lâcher ma queue. je n’ai pas songé à la regarder en passant. au fond du gouffre.Renard. Avant d’y arriver. aussitôt libres.

… » Manuel « la plume et les mots ». le vieux roi était redevenu jeune. Le merveilleux est défini comme suit : « le merveilleux est ce qui . Conte anonyme (extrait de Pratiques. de bonheur et de beauté. Puis il prit la couronne et la donna au jeune prince. L’analyse structurale remonte aux années 1920. Todorov et Kristéva. Ed. dans un récit. Le conte est un récit car c’est une histoire qui raconte des événements qui se déroulent successivement. Le conte est un récit assez court d’aventures imaginaires destinées à distraire. n°11/12) 1. des objets magiques. L’analyse structurale du conte. (linguistes . Outré de colère. critiques . folkloristes). et que c’était pour se venger que le merle blanc disait que ce n’était pas eux qui l’avaient pris. C’est l’intervention des bonnes fées. Une seconde après. Dans le conte intervient le merveilleux. y fit lier ses deux fils aînés et les fit brûler vifs.Bordas. 2. ce qu’il fit. grâce au fameux merle blanc. 6 . Les deux princes avaient dit à leur père que c’était eux-mêmes qui avaient pris la bête. p :282. L’étude du conte est l’œuvre des formalistes russes.dragons. On distingue deux époques : 1920 Propp. le roi fit dresser deux bûchers dans la cour du palais. Définition. Un instant après. il vit l’oiseau s’abaisser et lui commander de monter sur son cou. tous deux étaient dans la salle du roi à qui ils racontèrent les supercheries des deux princes. n’est pas réel mais apparaît comme inexplicable(échappe à une explication rationnelle) et le plus souvent source de réussite . Dès que le jeune prince fut entré dans la salle où se trouvait le merle blanc.1 1970 1 Linguistes russes.

» Les travaux de Saussure2 sur la langue les réconfortent car il définit la langue comme un système combinatoire autonome et les formalistes définissent le texte comme une forme autonome. L’analyse immanente. chapitres. syntaxiques.Elle met en corrélation des éléments isolés. et loin d’être unique. morphologiques. sémantiques En fait il s’agit d’isoler dans l’abstrait des éléments qui correspondent à l’analyse linguistique. . C’est de là que viendra la dénomination : « les formalistes russes. Cette loi admettra beaucoup de souplesse. Leurs méthodes ne s’intéressent pas à l’écrivain mais elles mettent l’œuvre au centre de leurs préoccupations. La première s’appelle l’analyse immanente. La première consiste à découper des plans ou strates. elle englobe un certain nombre de techniques suivant la description des œuvres. La deuxième opération effectue une coupe horizontale. a. Ces plans ou strates sont phoniques. Dans l’analyse immanente on remplace le pourquoi par le comment et on s’intéresse dorénavant aux lois qui président à l’organisation textuelle. Deux voies vont s’ouvrir sur cette base linguistique. Ils s’écartent de leurs habitudes de la critique littéraire. Le découpage du texte comporte deux opérations complémentaires et simultanées. la seconde la méthode comparative. 2 Ferdinand de Saussure : linguiste français 7 . Elle isole les éléments de l’œuvre considérés comme déroulement dans le temps ou comme extension dans l’espace : phrases.L’objet de leurs recherches porte sur le texte poétique ou folklorique. IL s’agit là d’une coupe verticale. Il veulent rendre compte de la fabrication des œuvres et d’une façon générale de l’art comme procédé.Elle vise le découpage du texte et la détermination des éléments constitutifs. Ces deux opérations sont un quadrillage du texte mettant en relief les éléments constitutifs à décrire et ceci varie suivant la configuration du texte. . paragraphes.

115. les formalistes visent le découpage en unités thématiques les plus petites qu’on appelle les motifs. un texte peut être analysé en fonction de sa relation différentielle par rapport à d’autres textes. La méthode comparative vise le texte comme différence. Elle peut avoir des fonctions différentes selon le système où elles sont insérées. Ex : le roi est malade. Partant de cette constatation il compare les différents contes entre eux afin de découvrir diverses péripéties de surface qu’il appelle les unités fonctionnelles qui pourraient être de multiples contes. il souligne l’extraordinaire diversité du conte. deux contes que l’on pourrait découper comme suit : 3 4 Greimas : linguiste Système :une organisation des éléments et des relations des signes . 2 motifs Le héros est mort Chaque unité thématique ou motif ne peut s’étudier seule. Coupe horizontale La coupe horizontale se fait en découpage mais cela ne suffit pas. cit pp. par exemple. Soient. 5 Vladimir Propp. b. la valeur du signe est déterminée par sa relation au système4 et aux autres signes . D’une manière générale.(ces unités sont indécomposables). Cette recherche des plus petites unités de sens permet une cohérence sémantique en opposition ou en complémentarité. ce que Greimas3 appelle les sèmes. Op.Coupe verticale Les formalistes tentent de découper les mots en unités sémantiques les plus réduites. La méthode comparative. Vladimir Propp5 étudie les contes populaires russes et il est frappé par le double aspect merveilleux des contes. troisièmement il étudie son uniformité qu’il appelle la monotonie du conte. deuxièmement son pittoresque haut en couleurs. D’une part.116 8 . En linguistique structurale.

on peut isoler comme unité : la réception d’un auxiliaire6 dans le premier et dans le deuxième il y a le don d’une récompense. Dans chaque conte. Ensuite. b. terme 6 Auxiliaire : personnage qui aide le héros.. La morphologie du conte selon Propp. l’interdiction.Le grand-père donne un cheval à Sousenko. En comparant un certain nombre de contes Propp a dégagé des constantes qui lui ont permis de construire un schéma du conte. Soient deux contes : a. 3. selon lui invariant. dans le deuxième. 9 . mais ces actions qui correspondent aux motifs devront être isolées en tenant compte de deux préoccupations : 1.L’aigle emporte le brave dans un autre royaume. er . un héros vient d’accomplir un exploit et pour cela il reçoit une grosse somme d’argent. dans le premier on raconte l’histoire d’une fille qui reçoit de l’argent de son père et achète un miroir magique. Plusieurs auxiliaires peuvent assumer la fonction d’adjuvant dans l’analyse de Greimas. la fuite.Le roi donne un aigle à un brave. il faudra déterminer la signification de telle ou telle action par rapport au déroulement global de l’intrigue.Le cheval emporte Sousenko dans un autre royaume. Ces constituants communs sont des fonctions. D’abord en faisant abstraction du personnage exécutant. 2ème conte : . 1 conte : . en tenant compte du déroulement de l’intrigue. Pour Propp les actions des personnages seront les parties fondamentales du conte . Dans chaque conte . on peut isoler le même motif : le don d’argent. Ce qui compte par exemple dans le conte c’est la faute. l’interrogation… 2. Ces unités perçues dans la signification du récit sont appelées par Propp des fonctions.

Le héros est amené près de l’objet de sa quête. 19. Le héros reçoit une nouvelle apparence. 20.Un faux héros prétend être l’auteur de l’exploit.qu’il explicite comme suit : « Par fonction. Le méchant essaie d’obtenir des renseignements. 6. 2. Le héros est secouru. Le méchant est vaincu. 30. nous entendons l’action d’un personnage définie du point de vue de sa signification dans le déroulement de l’intrigue ». 21. Le méfait ou le manque est divulgué : on fait appel au héros. La victime se laisse tromper. Le héros reçoit une marque. 7. P 31.Le héros accepte de réparer ce malheur. Le héros et le méchant combattent. 10 . Le héros accomplit cette tâche difficile. 25. Le héros se marie et/ou monte sur le trône. du Seuil . Le héros se fait signifier une interdiction. 24. 15. 1. 28. Le héros réagit à l’épreuve imposée. 22. Le héros prend la route du retour. 1970. 17. Un des membres de la famille s’éloigne de la maison.On propose au héros une tâche difficile. L’auxiliaire magique est donné au héros. Le faux héros 8est démasqué. Le héros quitte sa maison. 14. 10. Le héros est poursuivi. 26.7 Voici les 31 fonctions dégagées par Propp. Le méchant tente de tromper sa victime. Situation initiale. Edit. 7 8 Morphologie des contes. Le méchant reçoit des renseignements sur sa victime. Le héros subit une épreuve préparatoire à la réception d’un auxiliaire magique. 5. 29. qui du fait de ses défauts ou de ses erreurs échoue. 27. 31. 4. 9. L’interdiction est transgressée. ou il manque quelque chose à l’un des membres de la famille. 8. 18. 12. 3.Le méfait ou le manque est réparé. Faux héros : personnage qui tente la même quête que le héros mais . Le méchant fait subir un méfait à un des membres de la famille. Le héros entre chez lui incognito. 11. 16.Le faux héros ou le méchant est puni. Le héros est reconnu. 0. Paris . 23. 13.

Il n’y a pas d’ambiance véritable. Le méchant. le héros (héros-quêteur ou héros-victime). Dans un conte. Le faux héros. Il y a absence du prénom en général et fréquence du surnom. Les personnages. Le conte ne peut être situé avec précision (pays ou ville) parce que la description le détruirait en l’enfermant dans la vérité. 2. Le déroulement de l’intrigue se déroule autour des personnages suivants : 1. 11 .prince. Les personnages sont réduits à des fonctions sociales (roi. Il y a une certaine fatalité qui pèse sur les personnages : on est bon ou mauvais de naissance. On ne souligne chez eux que leurs qualités ou leurs défauts. c. Le donateur (qui soumet le héros à des épreuves avant lui remettre un auxiliaire magique). Ces personnages manquent d’épaisseur.reine.Selon Propp. b. 4. 2. L’interdiction va avec la transgression. La lutte va avec la victoire. a. La situation du conte. Le mandateur (qui envoie le héros en quête). 5. L’auxiliaire magique (être vivant ou objet). 3. L’objet de la quête.valetmarâtre. etc. 7. 4. Le départ va avec le retour. On a d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Pour Propp certaines fonctions sont employées par couples. Le manque va avec le comblement du manque. Le méfait va avec la réparation du méfait. mais leur ordre d’apparition est toujours rigoureusement identique. 3. 5. 6. Le temps dans le texte. on ne garde que les traits fonctionnels nécessaires à l’intrigue et au déroulement des événements. toutes les fonctions ne sont pas forcément présentes dans tous les contes. 1.

Le récit.9 Claude Brémond10 a mis au point le premier modèle fonctionnel s’adapant non seulement à un ensemble de récits particuliers mais il vise le récit en général considéré comme histoire. L’analyse fonctionnelle du conte Les formalistes russes prolongeant les travaux de Propp parlent de fable. 9 Récit : histoire + narration. Avant les événements Pendant les événements. C’est ce qui est effectivement passé. l’échec. Fonction n°2 Fonction n° 3 actualisation de la a. b. le succès La situation ouvrant sur posibilité. 10 12 . On peut dire que l’histoire se déroule au moyen âge : roi – seigneur – prince. etc. Non actualisation de b. « il était une fois » ouvre sur une situation non sur une action. « Ils vécurent heureux » peut être une situation finale ou nouvelle. c’est à dire la façon dont le lecteur en a pris connaissance. ou une possibilité. Il retient les trois moments du récit tout en incluant le processus de transformation. Fonction n°1 a. Paul Larivaille11 propose un autre modèle fonctionnel. Brémond : linguiste 11 Larivaille : linguiste. des moyens permettant d’appréhender les grandes articulations d’une intrigue . est une suite d’événements transformant une situation donnée en une situation nouvelle. C’est ce que Todorov appelle histoire et narration. la possibilité.On trouve toujours “il y avait une fois” et ce “il y avait une fois “ nous projette sans aucune précision dans les dates. Il met au point ce qu’il appellle la séquence . Le processus de transformation provocation action sanction Après les événements L’état initial L’état final Tous les schémas ne sont que des instruments . Et le sujet. pour Brémond. 3.

Départ ème 2 fils. Transformation Situation Initiale SI Evénement Modificateur.L’analyse sémiotique de Greimas. Les menteurs sont démasqués. L’épreuve principale est celle qui lui permet d’obtenir l’objet de la quête. au roi pour du qu’il retrouve 2. de nouveau stable.4. 3. L’épreuve qualifiante est celle par laquelle le héros se signale comme différent des autres personnages. L’analyse du récit proposée par Greimas aboutit à un schéma plus simple qui devrait donc. Ce modèle se retrouve aisément dans le conte du merle blanc situation initiale Vieillesse du roi. Un événement modifie cet équilibre et oblige le héros à subir des épreuves qui l’amènent à la situation finale. pouvoir s’appliquer à un plus grand nombre de textes de tous genres. C’est pourquoi nous sommes invités à consulter d’autres spécialistes. Ce conte suit donc d’assez près le schéma proposé par Greimas. sa jeunesse. en principe. 13 . SF La situation initiale est stable. Mais tous nos contes ne peuvent s’aligner sur ce type d’analyse. Greimas fournit en effet de l’histoire un modèle qui est en quelque sorte une schématisation généralisée du schéma de Propp. Evénement modificateur Transformation Epreuve qualifiante Epreuve principale Epreuve glorifiante Situation finale du Venir en aide 1. roi Le cadet est Le reconnu par le rajeunit merle. Epreuve M Qualifiante E1 Epreuve Principale E2 Epreuve Glorifiante E3 Situation Finale. L’épreuve glorifiante donne au héros l’occasion de vaincre le faux héros et consacre donc son titre de héros. Départ du fils cadet Le cadet prend possession du merle blanc. Départ er 1 fils.

Dans cette épreuve qualifiante. La situation Finale. Le héros virtuel cède aux plaisirs de la Donc il y a une disqualification du fils aîné. (A2) épreuve qualifiante du second fils. 14 . L’épreuve réussit (le cadet devient le héros et reçoit un adjuvant. Epreuve principale : épreuve qui permet au héros d’obtenir l’objet de sa quête. La supercherie des deux est démasquée. L’épreuve glorifiante. sauvetage du renard. 12 La première transformation (A1) est l’épreuve qualifiante Du 1er fils. Définit l’objet de la quête (le merle blanc). Il reçoit des informations sur la manière d’approcher le merle.14 Le cadet arrive incognito dans le château. une non-réussite de de l’épreuve. L’épreuve Qualifiante ville. il est agressé par ses frères. Il se heurte aux mensonges de ses frères.Application sur le conte « le merle blanc ». Epreuve qualifiante : épreuve qui permet au héros de se signaler comme différent des autres personnages. Le contact est La situation initiale établi successivement avec chacun des fils. épreuve. c’est-à-dire une promesse du renard sous une formule magique. une séduction de la ville. Il est secouru par la suite par le renard. il y a un nonRetour. Le cadet approche les dragons. il y a un départ. Le cadet est Reconnu par le merle. Le 3ème refuse tout adjuvant. Ils sont punis par le feu alors que le cadet est couronné. 14 Epreuve glorifiante : épreuve qui consacre le héros et éventuellement lui permet de confondre le faux héros. une épreuve. cheval) et ceci avant L’épreuve qualifiante. prend possession du merle et sur la route. Il y a un manque (la jeunesse). L’épreuve principale13 Le cadet se déplace dans la ville vers la grotte où se trouve le merle. Les deux aînés Reçoivent un adjuvant (or. Le roi appelle ses trois fils. (A3) épreuve qualifiante du fils cadet : départ. armes. 12 13 Le roi rajeunit et le manque est comblé.

Epreuve qualifiante du 1er fils. Situation finale. Situation initiale : Dans cette partie on définit les personnages et l’objet de la quête. 3. La supercherie est découverte et le cadet est couronné. Transformations : A1. B2. Epreuve qualifiante du fils cadet. A3.L’analyse du conte nous permet de dégager la structure suivante : 1. Les dragons ne poursuivent pas le cadet mais plutôt les frères. Epreuve qualifiante du 2ème fils. Le roi rajeunit et le manque est comblé. le cadet arrive incognito dans le château. B1. Nous pouvons dire que la structure du conte est du type « bout à bout » Que nous pouvons schématiser comme suit : A1 A2 A3 B1 B2 B3 C1 C2 C3 15 . Il est agressé par ses frères. C3. C1. Il se heurte aux mensonges de ses frères. A2. Epreuve principale du fils cadet : il affronte les dragons et prend possession du merle blanc. C2. B3. 2.

18 Destinataire : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages à qui l’objet de la quête est destiné. 15 16 Actant = personnage. une même configuration de personnages . les actants15 désignent les différents personnages vus sous l’angle de la grammaire narrative ». Greimas propose un modèle à six (6) actants. 20 Héros sujet : personnage qui va à la recherche de la quête. Destinateur : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui poussent le héros à poursuivre l’objet de la quête. 16 . quoique sous des formes très variées. 17 Objet : objet poursuivi par la quête. Greimas : « Tout récit manifeste. Destinateur16 Adjuvant19 Objet17 Héros sujet20 Destinateur18 Opposant21 Remarques : Un personnage peut jouer plusieurs rôles actanciels : destinateur et destinataire.Manque initial danger malheur désobéissance Secours 4. on définit une typologie des personnages en fonction de leurs actions. 19 Adjuvant : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui aident le sujet dans sa quête. 21 Opposant : figure abstraite recouvrant l’ensemble des personnages ou des concepts qui font obstacle au sujet dans sa quête. Le systèmesituation des stable personnages. de leurs rôles dans l’histoire relatée. D’après les théoriciens de la littérature.Le système des personnages. Plusieurs typologies des actants ont été proposées parmi lesquelles celle de Greimas.types (actants) définis suivant leurs relations et les fonctions qu’ils jouent dans le récit. 4.

on lui appliquera les questions suivantes : Qui (destinateur) manque de quoi (objet) ? Qui destinataire) obtient quoi (objet) ? Qui (héros) moyennant l’engagement dans une quête permet le passage du manque à l’obtention ? Qui (adjuvant) favorise la quête ? Qui (opposant) entrave la quête ? En étudiant le conte du merle blanc. L’auxiliaire. Un rôle actanciel peut être assumé par une instance inanimée : la conscience du héros. C’est pourquoi le terme d’actant a été jugé plus adéquat. Ce terme a été préféré à celui de personnage car il s’agit plutôt que de se livrer à une analyse psychologique des personnages de type traditionnel de recenser tous les intervenants d’un récit. il est possible de dégager la matrice suivante : Destinateur Le roi objet le merle blanc destinataire le roi Adjuvant Le renard sujet Le fils cadet opposant les dragons Les deux frères (faux héros) Texte 2. Par exemple tel personnage qui sera dans le récit 1 le héros pourrait se trouver en position de destinateur dans le récit 2. Opposant : groupe de personnages. Un héros est complexe lorsqu’il est constitué par plusieurs récits qui s’enchâssent l’un dans l’autre. Pour découvrir comment se répartissent les différents rôles actanciels d’un récit.Plusieurs personnages peuvent ensemble remplir le même rôle actanciel. le héros et l’adversaire sont des actants. 17 . Or ces intervenants ne relèvent pas toujours de l’humain.

Ivre de vitesse.GRAIN D’AILE. rebondit jusqu’au toit de sa maison et partit comme une flèche vers la forêt voisine. le plus étonnant écureuil qui soit. sans même voir les étoiles. rêve depuis longtemps de voler. Un beau jeudi que Grain – d’Aile était installée dans son sapin. Tous les oiseaux volaient. comme la pie et comme la mésange. descendit au ras de l’herbe. fascinée par les oiseaux et les papillons. demain. voler comme les oiseaux. D’arbre en arbre. tout contre elle . Grain – d’Aile avait des ailes ! Folle de joie. pleurait… Soudain. l’écureuil. Le narrateur raconte à une petite fille l’histoire de Grain – d’aile : c’est une enfant qui.Bien. elle saluait ses amis en chantant et tous la suivaient. elle s’élança du sapin. la tête entre ses ailes. sans trop se soucier d’elle. très savants. Levant les yeux. dit des mots très doux. elle vit. . elle se prit à pleurer. tu ne seras plus une vraie fille d’en bas. puis des plumes blanches apparurent. Grain – d’Aile sentit de longs chatouillements dans ses bras : ils se recouvraient d’un fin duvet blanc. Alors. Ne le regretteras-tu pas ? » -« oh ! non ! non ! dit Grain – d’Aile ! » . comme le rouge-gorge et comme le merle bleu ? Veux-tu avoir des ailes ? Mais tu n’auras plus de bras . comme tu n’es jamais seule. ô toi que l’on chérit et qui rends à chacun la monnaie de sa gentillesse. sa queue était ébouriffante et ses yeux vifs parlaient plus vite qu’aucune bouche bavarde : « Veux-tu vraiment voler. C’était la première fois que Grain – d’Aile se 18 . pépiaient à travers la campagne. Elle était seule. Grain – d’Aile fut réveillée par le tapage joyeux de tous les oiseaux qui saluaient le soleil levant. encore plus contentes qu’elle.Grain – d’Aile pleurait. elle sentit sur ses joues une petite langue râpeuse et une petite patte soyeuse essuyer ses larmes. car il faisait si clair que le soleil luimême semblait avoir des ailes. au plus haut d’un gros chêne . Heureusement. Son pelage brillait comme le feu. entre ses paupières battantes. il sera encore temps pour que tu redeviennes comme avant ». dit l’écureuil. un vieux hibou très sérieux avait été chargé de veiller sur elle. Grain – d’Aile alla si loin que la nuit la surprit bientôt et qu’elle s’endormit. au coucher du soleil . mais si tu le regrettes viens me trouver.

la changer ? Comme c’est peu pratique. à la sortie : tandis que les autres marchaient sur le chemin . Comment l’habiller. elle se retrouva dans sa chambre ? Pierre… Est-ce-que vraiment elle ne pourrait plus courir dans les prés avec lui. il fallut lui donner la becquée comme à un bébé ! Ses frères . Grain – d’Aile passait au-dessus de leurs têtes. tassés sur eux-mêmes . De nouveau ses yeux étincelants prononcèrent les paroles magiques… Et voilà notre Grain – 19 . le nez en l’air ! Mais pourquoi le petit Pierre faisait-il semblant de ne pas s’intéresser à ses évolutions. des ailes quand il ne s’agit pas de voler ! Grain – d’Aile assise dans son petit fauteuil (à quoi lui servait les bras du fauteuil. vola pour la première fois jusqu’au sapin . maintenant ?) se mit à réfléchir profondément. elle serait à la maison. partait à tire d’aile bien loin devant eux. ainsi vus d’en haut. Puis elle s’aperçut qu’elle mourait de faim et se demanda avec inquiétude si l’heure de l’école n’était pas passée. Grain – d’Aile pensa au café au lait et aux tartines bourrées ! Mais qu’elle était sotte : en deux coups d’aile . ses ailes ne savaient pas étreindre ! Et quand il s’agit de manger. Elle regrettait ses bras . Grain – d’Aile se précipita au cou de sa mère. elle voulait redevenir une vraie petite fille. Elle comprenait l’avertissement de l’écureuil doré. Il n’y avait pas un instant à perdre : le dernier rayon du soleil glissait derrière l’horizon. montait jusqu’à ce qu’ils lui paraissent comme des fourmis.réveillait en plein air et cela lui parut merveilleux. la main dans la main. Ses amis prenaient leur petit déjeuner de graines et de petits vers. songea Grain – d’Aile lorsque. pour voir sa maison. dans la cuisine où la famille était attablée. elle eut sa revanche. à chercher des champignons ou à cueillir des boutons d’or ? Puis Grain – d’Aile pensa à sa poupée qu’elle avait négligée. t pour porter son cartable !… Et à l’école pour écrire !… Bien sûr. Grain – d’Aile vola. qui avaient d’abord tant admiré ses ailes. l’écureuil était fidèle au rendez-vous et il eut le bon goût de ne pas poser de questions – le visage de Grain – d’Aile disait assez ce qu’elle voulait – et de ne pas se tromper en disant : « je te l’avais dit ». Hélas. et fonça. puis piquait sur le petit groupe un peu effrayé. commencèrent à se moquer d’elle. par la fenêtre ouverte. Comme ils étaient drôles . Tout le monde fut rassuré de la voir revenir. mais surpris de son nouvel aspect. Elle monta très haut. un peu dégrisée. comme font si souvent les grandes personnes. Folle d’angoisse.

avec les autres. avoir des ailes et de bras. (Un beau jeudi) imaginaire (l’histoire est imaginaire) réellement (je t’ai ce soir …) merveilleux (l’humain transformé en oiseau) vocation du conte (distraire) 20 . tous les autres . celle qui me fait le cœur meilleur. ceux qui marchent en regardant les cailloux du chemin. Le conte Récit (structure narrative) formule de début et de fin.d’Aile aussi joyeuse de retrouver ses bras. celle qui te fait les yeux confiants. Son vrai nom était Eugène Grindel. tous les petits garçons et toutes les petites filles pourront. car la terre . poète français né en 1895 . en restant eux-mêmes. et ceux qui regardent le ciel. être à la fois sur la terre et au ciel. Paul Eluard *. Je t’ai ce soir conté l’histoire que tu attends. Identification du conte. d’avoir des ailes. s’ils le désirent vraiment. Grain – d’Aile. de branche en branche. ses mains agiles. Compréhension globale. mort en 1952. • Paul Eluard. Gallimard. la veille. ceux qui savent que les petites filles ne peuvent pas voler et ceux qui pensent qu’un jour. Grain – d’Aile descendit. Lentement. qu’elle l’avait été . ceux qui sont légers et ceux qui le sont moins. 32.

Situation initiale Présentation Sapin (où) jardin secret. Manuel « la phrase et les mots ». rêve de voler (quoi) L’univers de l’enfance. R. n’est pas réel mais apparaît comme inexplicable (qui échappe à une explication rationnelle) et le plus souvent source de réussite. de bonheur et de beauté. La formule finale est originale par rapport au stéréotype que nous connaissons. dans un récit. des objets magiques.Compréhension approfondie du texte.282. C’est l’intervention des bonnes fées. Evénements modificateurs De la ligne 25 à 35. Son enchantement et son regret. De la ligne 1 à la ligne 1. Les deux métamorphoses 21 . Grain – d’Aile veut retrouver ses bras. Métamorphose. 3. De la ligne 11 à 25 Intervention de l’écureuil.Les trois premières lignes constituent le chapeau introductif qui explicite la situation de communication. Bordas. Jeudi (quand) . Définition du merveilleux : Le merveilleux est ce qui.Ed. Grain – d’Aile émerveillée Grain –d’Aile désenchantée (69) De la ligne70 à 77. métamorphose de Grain – d’Aile. p.

Traits de Caractère. Le système des personnages Trait de caractère. Dans les contes les personnages ne sont décrits avec précision pour ne pas toucher à l’universalité du texte. Grain – d’Aile est une petite fille fascinée par les oiseaux. L’écureuil. sereine) De la ligne 78 à la fin. ébouriffante Description valorisante. L’écureuil. Moteur de l’action. Savant perspicace délicatesse et Discrétion. 22 . Forme humaine donnée aux animaux : personnification. La parole extrait l’écureuil de son monde animal. Grain – d’Aile retrouve ses bras. Traits physiques langue râpeuse patte soyeuse yeux pelage queue vifs brillant et bavards.Situation finale (fille heureuse. Décrire c’est rendre compte d’une réalité à quelqu’un qui ne la connaît pas.

souvent d’origine populaire. Ex : la monnaie de sa gentillesse. papillons. qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature . oiseaux .22 Dans ce texte on relève un double discours : philosophique et poétique. Vers le mythe.ceux qui. Les éléments de la poésie : le choix du thème : enfance .Description valorisante pour l’écureuil qui ne gêne pas le caractère d’universalité du conte. Le discours est caractérisé par sa double polysémie. 17 – 18. Rythme – ordre des mots (inversion). L’itération : sonorités – rime – mots – structure répétée. Analyse des procédés rhétoriques. Des ailes par la pensée (s’élever) L’intérêt du texte de Grain – d’Aile c’est de réaliser une sorte de coïncidence entre ce qui est dit et la manière de le dire. 5. Comme .23 Il ne s’agit plus de lire mais d’interpréter. des aspects de la condition humaine. Au bout de ce discours une sagesse est transmise : On veut voler tout en restant sur la terre. Dans la description de l’écureuil on peut retrouver le champ sémantique du chat. c’est à dire entre le contenu et le contenant. 22 Mythe : récit fabuleux. Cette performance est réalisée par l’écriture de l’auteur dont nous analyserons quelques éléments par la mise en évidence des procédés rhétoriques utilisés. souvent dans ce texte l’effet poétique est obtenu par un effet de surprise : le lecteur attend quelque chose et c’est autre chose qui vient. V. V. V. 23 Polysémie : caractère d’un mot qui recouvre plusieurs sens. 23 . La notion d’écart.

Ivre de vitesse :l’effet de ce procédé c’est de réactualiser des images usées. petits attendu. Gros comme des fourmis. rechargés de sens. Seule comme tu n’étais jamais seule. passionne. L’écriture de ce conte aboutit à une seconde lecture : le lecteur quitte peu à peu l’histoire de Grain d’Aile relatée sous forme de conte pour déboucher sur une sorte de mythe. * son (ses) ennemi(s) ceux qui vont s’opposer à lui *un (ou des) objet(s) ou paroles ou 24 . la plus productive est la comparaison. ce qui se comprend aisément avec le sens général du texte : Une petite fille qui rêve de s’identifier à un oiseau. En vous appuyant sur le conte de Grain – d’Aile essayez de compléter la grille suivante : * le héros *son (ses) ami(s) ceux qui vont l’aider. sa raison d’être est de transmettre un enseignement ». attendu toi. En définitive. attendu oiseau. enchante. c’est à dire de créer un autre niveau de signification. Parmi les autres figures se style. C’est le mythe d’Icare version moderne. sa signification originale et profonde.attendu sa pièce. tous ces procédés vont contribuer à charger le texte de sens second. Les clichés sont ainsi ravivés . « Si le conte amuse. Lui donner la becquée comme à un bébé.

. 4. 1.le but…………………………………………. Une histoire merveilleuse ou même un récit peuvent s’organiser de la manière suivante. le ou les adjuvants ………………………………………… ………………………………………… Comment se termine le conte ? ………………………………………… ………………………………………… ………………………………………… Ecrire des contes. Situation finale …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… …………………………………………………… Que veut-il ? ………………………………………… ………………………………………… Le ou les opposants ………………………………………… …………………………………………. * des épreuves pour le héros.les lieux……………………………………….les personnages……………………………….animaux magiques . On peut demander aux élèves : 25 . extraordinaires (ensemble lexical du merveilleux) * La quête du héros. . Mise en corrélation du schéma actanciel et la structure narrative du conte. Elément (s) modificateur(s) ……………………………………………… ……………………………………………… ……………… 3.. En vous appuyant toujours sur le conte de Grain – d’Aile essayez de compléter le tableau suivant : Le héros …………………………………………. Résolution ……………………………………………… ………………………………………………. 2. . La situation initiale ...

6. 10. Imaginez ce qu’il désire. 13. Imaginez les épreuves ou les obstacles que le héros doit surmonter en chemin : combat – duel – lutte – souffrance – maladie – formule magique – énigme.d’un animal d’un messager. etc. Choisissez et décrivez un personnage qui sera le héros de votre histoire et qui eut être : un roi – un animal – un petit garçon. 7. … 3. 12.un trésor.) 8. etc. (à raconter librement).d’un magicien . 5. etc.une fée – un prince – un génie. etc. Racontez comment il part à l’aventure.d’un vieux sage . 11. Racontez comment le héros reçoit des conseils ou des renseignements de la part d’une fée . 9. Décrivez ce lieu (une île – un château – une grotte. C’est la fin de l’histoire . Le héros est d’abord vaincu par son ennemi : il est blessé – il est exposé à un danger – il pourrait être laissé pour mort – il peut être trompé et vaincu. Le héros rentre chez lui mais il est poursuivi en chemin par les alliés de son ennemi : des frères – des sœurs – des animaux – des pièges. etc. 2. Le héros rencontre en chemin un ami. ce qui lui manque pour être heureux : un objet précieux.un animal . 4. etc.1. Racontez comment l’ami du héros l’aide. Racontez comment le héros affronte une seconde fois son ennemi . C’est là qu’habitent les adversaires du héros (imaginez-les). mais cette fois victorieusement et comment il s’empare de ce qu’il est venu chercher (cette séquence doit être inventée librement par les élèves ou le scripteur). Çà peut être un géant – un nain – un savant fou – un monstre – sorcier. 26 . Le héros parvient finalement au but de son voyage. etc. etc.

Le problème pour le maître est alors de parvenir à « enchanter » la classe. Compréhension. . Il faudrait donc qu’avant d’être pédagogue. compréhension. parmi lesquelles le maître fait un choix . ou questions de compréhension globale. Exploitation. demande à être écouté. Le premier contact avec l’histoire doit pouvoir préserver la saveur du langage parlé . le parle pour lui-même et pour les élèves. avec les élèves.Reconstitution de texte. 1. 27 . 3. exploitation. la vie du conte au moment où il se crée. ou questions avec réponses à choix multiples ou vérification de la compréhension par le dessin. Rédaction de schémas de contes ou de parties de contes.Avant que soit entreprise . Rédaction de phrases. Lecture par les élèves. Récit par le maître ou le conteur ou à travers un enregistrement. Exercices lexicaux. tout comme la poésie. Lecture par le maître. 2. savouré. le conte . le niveau de ses élèves et les objectifs poursuivis. Exercices d’observation et d’analyse de la langue. Transmission. réinvente le conte. ressenti. L’ensemble du travail effectué en classe s’organise en trois moments : transmission. le maître se fasse conteur. Chacun de ces moments se subdivise en plusieurs activités . une démarche analytique et explicative. selon le contenu du conte étudié.

Situation initiale Intervention de Elément modificateur 1 l’opposant Apparition d’un obstacle. (Mise en évidence de la structure du 2ème conte) Titre du conte : La formule de départ. Résultat. Nouvelle épreuve. Elément modificateur 2 (nouvelles difficultés avec le même opposant ou d’autres) Solution Situation finale 2 Ou situation initiale 3 Etc. Pour vous assurer que vous êtes en mesure de comprendre le fonctionnement d’un conte. 28 . Situation finale 1 Ou situation initiale 2 Une solution est trouvée Avec l’aide des amis. Annonce de la quête.Grille de correction. Présence de l’état initial. Situation finale Réussite ou échec. essayez de compléter la grille suivante.

D. 29 . Ed. Paris. Morphologie des contes. Paris. Essai sur la morphologie des contes africains. Le pouvoir des contes. V. Casterman. du seuil. Ed. Debyser. B. Paulme. Dossier du CEPEC n° 46 – Lire / Ecrire des histoires en CE. L’apprentissage de l’abstraction. G. Paris.CM – 6ème.Lire / Ecrire aux cycles 2 & 3 et en sixième. 1981. F. Jean.Bibliographie. 1977. Gallimard . 1987. Dossier du CEPEC n° 44 . L’école. Tarot des Mille et Un contes.M. Ed. Paris Retz. 1976. Propp . Paris. Barth .