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LE PARTAGE DU MONDE ENTRE LES ANIMAUX

Françoise Balibar et Thierry Hoquet Editions de Minuit | Critique
2009/8 - n° 747-748 pages 643 à 651

ISSN 0011-1600

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Balibar Françoise et Hoquet Thierry, « Le partage du monde entre les animaux », Critique, 2009/8 n° 747-748, p. 643-651.

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trois ans seulement après sa publication aux États-Unis. mais de façon différente : ceux-là ne cherchaient pas à définir l’animalité. à quelque degré de conscience (self-awareness) que ce soit ». se fondait sur l’argument utilitariste du bien-être animal. faisaient un usage typiquement anglo-saxon du mot « animal » : à la fois adjectif qualificatif et substantif. et à en tirer des conséquences. sur ce que doit être une « bonne vie ».13/06/2013 11h39.info . un livre qui allait faire date dans le monde anglo-saxon.Le partage du monde entre les animaux Il y a un peu plus de trente ans. dans leur titre.64. en 1975. The Case for Animal Rights (1983). Critique publiait un numéro spécial intitulé « L’animalité » (no 375-376. Manière de rappeler que les humains eux aussi sont des animaux.9 . L’un soutenait que.170. désir ». avait publié. © Editions de Minuit . philosophe australien. mémoire. à la question. L’un et l’autre. Les animaux. Ces deux livres n’ont pas connu en France le même retentissement que dans le monde anglophone. tandis que Regan proposait une version déontologique du droit des animaux. Numéro d’avant-garde.cairn. ayant « l’usage de concepts généraux » et le sens de l’« action intentionnelle et du futur.81. À Oxford. mais à mettre en cause le statut moral et juridique des animaux. l’« animal » n’était ni le thème de philosophie morale qu’il est devenu depuis. Peter Singer. « naturellement » inférieur à celui des êtres humains..13/06/2013 11h39. ni la « cause » aujourd’hui défendue par des mouvements politiques qui bénéficient dans l’opinion publique d’un consensus par défaut. Animal Liberation. l’autre. © Editions de Minuit Document téléchargé depuis www. dès le début des mêmes années 1970.81.info .ENSSIB .9 . Numéro avant-coureur. a droit à des droits.ENSSIB . les animaux sont capables de sensations et donc d’éprouver de la souffrance – laquelle doit être globalement minimisée . aussi longtemps du moins qu’ils ne commettent pas d’« excès ».64. Il est intéressant de noter que.cairn.. dans le sillage de Bentham. d’une Document téléchargé depuis www. suivi bientôt par un autre livre important. comme nous. désignant ainsi la catégorie d’individus répondant à cette qualification. en tant que tels. faisaient ainsi irruption dans le champ de la philosophie morale et politique. croyance. pratiques et éthiques. celui de Tom Regan. août-septembre 1978). le livre de Singer fait l’objet. car à l’époque. dans le numéro spécial de Critique de 1978. Inspiré par ce courant de pensée. dont on s’aperçoit aujourd’hui que ceux qui l’avaient conçu avaient su flairer l’air du temps.170. lui aussi. un petit groupe de jeunes philosophes s’intéressait. que tout être susceptible d’« émotion. Peter Singer.

dont l’essentiel est consacré à décrire les mauvais traitements infligés aux animaux. pas seulement dans le monde anglo-saxon. l’argumentation de Singer est jugée « déprimante ». et par les militants de mouvements à caractère politique de plus en plus influents – et ce.170..13/06/2013 11h39.cairn. sans distinction d’espèce et par là même. à un niveau plus sémantique. avec ce titre. d’ordre éthique. et plus généralement à la suppression des ghettos et de toute forme d’enfermement. aujourd’hui. © Editions de Minuit . à demander quel sens peut avoir cette étonnante formulation.cairn. sous la rubrique « La victime ». que cette vision a été largement reprise à la fois par la philosophie.info . Chemin faisant. © Editions de Minuit (courte) recension. L’expression « animal liberation ». que la question importante ne soit plus celle de la différence (ou de la non-différence) entre deux règnes naturels (l’homme et l’animal) – autrement dit. Ce point d’interrogation ajouté vise aussi.. Elle en est venue ensuite à désigner d’autres mouvements visant à l’émancipation d’autres catégories opprimées : les femmes (MLF. Women’s Lib). il n’en va pas de même de celui de Regan.13/06/2013 11h39.644 CRITIQUE Document téléchargé depuis www. réformer Document téléchargé depuis www. laquelle apparaît ainsi comme une « nouvelle frontière ».info . face à face. repris de Peter Singer : « Libérer les animaux ? » Le point d’interrogation veut indiquer que ce qui a pu à un moment apparaître comme un simple slogan revendicatif a suscité chez les philosophes un questionnement fondamental.. ce serait donc « nous » libérer. les gays et lesbiennes.64. À cet égard. la littérature. l’explicitation de ce qui constitue le « propre de l’homme ». dans ces conditions. Force est de constater. les Noirs.. remettant en question des notions telles que celle de justice. Comme s’il fallait absolument rappeler que nous sommes des animaux et qu’il n’y a pas de sens à parler d’« eux » et de « nous ». exemplaire d’une certaine « naïveté typiquement américaine » – même si Singer est australien. ce « notre » entre guillemets signalant que le mot « animaux » doit être complété par la combinaison d’épithètes : « humains et/ou non humains ».9 . à l’origine.170. Libérer les animaux. trente ans après. un pas supplémentaire a été franchi avec la question des animaux et de leur « libération ».81. le mot libération est apparu comme un mot d’ordre exigeant une réforme de nos manières de penser adressé tout aussi bien aux opprimés qu’aux oppresseurs.64. non pas de l’animalité. et débouchant sur des interrogations d’ordre pratique intéressant tous les citoyens. dont la traduction existe sous forme de manuscrit.81. sur la question. On conçoit. mais attend toujours qu’un éditeur veuille bien s’y intéresser. renvoie aux différents Fronts de Libération Nationale des peuples colonisés : aux nombreux « FLN » du temps. Il nous a donc paru important de revenir. mais bien des animaux en tant que tels. Sur le fond.ENSSIB . Si le livre de Singer a fini par être publié en français en 1993.ENSSIB . faisant preuve d’« un excès de bonne volonté » : en d’autres termes.9 . La question est bien plutôt de savoir comment prendre en compte « notre » participation commune au monde.

Comment mettre fin à une domination que nous avons été accoutumés à penser comme naturelle ? Avec toutes les implications que cela suppose.info . C’est se mettre à réfléchir sur la place des animaux dans notre monde et sur le type de relation que « nous » entretenons avec « eux ». ni de recourir à l’animal pour mieux comprendre ce que nous sommes .13/06/2013 11h39. mais bien de réfléchir aux différentes places tenues par les animaux. L’homme et la grande faune : une zoographie historique. Quelles sont nos différentes manières d’aimer. si l’on peut.ENSSIB . de tuer les animaux – bref. sans jamais s’appliquer à eux.13/06/2013 11h39. Quelle serait alors la forme de nos campagnes. mot qui permet de ne pas avoir à considérer que l’homme est un animal. de vivre avec eux ? Il pourrait sembler que l’on doive en revenir pour cela à une analyse de l’animalité.LE PARTAGE DU MONDE. Se demander si l’on doit. ce n’est pas tant de légiférer sur « eux ».ENSSIB . poulets ? On trouvera d’intéressants éléments de réflexion à ce sujet dans la magnifique somme du géographe Xavier de Planhol.. © Editions de Minuit . vaches.info . devenue impossible ou plus dangereuse que la vie dans un zoo.64. sans veaux. peut-être ? Les rombières devraient-elles renoncer à leurs manteaux de fourrure. les animaux. le débat sur l’animal est éthique et politique : il concerne avant tout la sphère de nos actions. 2004. ce n’est pas proposer (comme font semblant de le croire des détracteurs caricaturaux). humains. le cuir mais aussi la soie 1 ? Finalement. d’utiliser.170. les animaux. C’est du moins ce à quoi nous a accoutumés la tradition philosophique française qui d’Aristote à Heidegger cherche à définir « le propre de l’homme ». de nous rapporter au monde dans ce « vivre ensemble ». Paris. autant que juridique. et sa qualification de « bête ». de les rendre à la vie « sauvage ».170. Document téléchargé depuis www. l’animalité (évidemment opposée à l’humanité). cochons.81. Or ce dont il s’agit aujourd’hui. la viande.. L’animal se trouve ainsi coincé entre son abstraction.9 . Faut-il cesser toute forme d’exploitation animale : abolir les élevages en batterie bien sûr. si l’on veut libérer les animaux. « Les animaux sentent-ils ? Souffrent-ils ? » sont des questions préalables à la définition de leurs « droits ». ne serait-ce que pour éviter d’y avoir recours.81. interdire les expérimentations animales en laboratoire. Document téléchargé depuis www. de nos comportements. Paradoxe d’un mouvement qui efface la frontière avec l’animal pour mieux la réaffirmer dans la distinction de deux sphères.cairn. © Editions de Minuit notre manière à nous. Fayard. il ne s’agit pas non plus d’entrer dans la tête de l’animal (phénoménologie du vivre animal).64. d’étudier. Eux et non l’animal abstrait : car il ne s’agit pas ici d’interroger la différence de l’homme et de l’animal (« la bête est sans raison ») . à nous humains. Le Paysage animal. sur nos pratiques et nos usages.9 . 645 * 1. que sur « nous ». les bourgeois à leurs fauteuils en cuir et les familles au gigot du dimanche ? Finis...cairn.

pour commencer. qui prenne en compte la nécessité qui nous est imposée de partager le monde avec les autres animaux ? Il a bien voulu préciser comment il se situe dans le mouvement général de « la cause animale » et des « droits des animaux ».13/06/2013 11h39.81. demandé à Peter Singer de revenir sur les circonstances dans lesquelles il a écrit son livre Animal Liberation et sur l’évolution des débats au cours des trente-cinq années qui nous séparent de sa publication : comment fonder une politique pour nous.64. il nous a paru souhaitable. force est de reconnaître que c’est bien de « domestication » qu’il s’agit – autrement dit. va jusqu’à suggérer que notre responsabilité morale devrait nous amener à supprimer les animaux domestiques : cette position est analysée et.info . sans forcément nous en apercevoir. par Kari Weil. chenils. domus. famille. boucheries. favorable à toute mesure concrète allant dans le sens souhaité et ne cherchant pas à définir et prescrire des « devoirs ». vécue par les personnages du roman éponyme de J. prescriptions qui non seulement risqueraient de ne pas être suivies mais qui. Kari Weil construit une réflexion sur l’idée de shame (terme malaisément traduisible et que l’on rend.9 . La sphère du domestique est également celle du privé et donc le Document téléchargé depuis www.info . Gary Francione. Coetzee. par exemple : devenir végétarien.170.cairn.170. mais qui peut facilement dégénérer en violence pure et simple. Car de fait.. d’une relation que l’on peut qualifier au mieux d’inégalitaire. Avant de décrire la postérité des travaux de Singer et Regan.81. fictions enfantines. dans une certaine mesure aussi. de plus. Comment entendre cette appellation ? Que cela plaise ou non. faute de mieux. abattoirs. d’entreprendre une brève enquête sur les lieux mêmes où se noue concrètement la relation entre l’homme et l’animal : laboratoires.646 CRITIQUE Document téléchargé depuis www. Passé aujourd’hui à d’autres recherches – qui ne sont pas sans rapport avec la libération des animaux : l’éradication de la pauvreté dans le monde – il est sur cette question resté fidèle à la visée politique qui fut toujours la sienne. qui rencontre l’expérience de la disgrâce. plutôt que ce qu’il considère comme des querelles de chapelles théoriques. humains.9 . lui semblent relever d’une idéologie de la pureté morale.ENSSIB .64. alcôves.ENSSIB .cairn. zoos. et conforme à l’idée « singerienne » que la « libération » des animaux concerne tout autant les hommes que les autres espèces animales. © Editions de Minuit . professeur de droit aux États-Unis. compliquée avec élégance. voire même adhérer au « véganisme » (proscrivant toute consommation de produits d’origine animale). prônant un pragmatisme unitaire en vue d’une efficacité politique immédiate. fermes industrielles ou traditionnelles. Le « partage du monde » commence à la maison. voire en torture physique ou morale. avant de dessiner un panorama nécessairement incomplet des positions en présence aujourd’hui. par « honte »). © Editions de Minuit Nous avons.13/06/2013 11h39. nous vivons en permanence avec les animaux. salon de l’Agriculture. avec les animaux que l’on dit domestiques.. M. urgences hospitalières.

il est frappant de constater combien il diffère.. lieu de mise à mort industrielle portant sur des millions d’individus sans cesse renouvelés.13/06/2013 11h39. dès lors qu’on la transpose des lieux (abattoirs. parce qu’elles ne peuvent être tenues légalement responsables de leurs actes .9 . Et dans le calcul de « ce prix ». De l’interaction sexuelle à l’exploitation.LE PARTAGE DU MONDE.ENSSIB . La question se pose toutefois de savoir si une comparaison de ces lieux de la souffrance animale aux camps de la mort nazis a un sens. Certains ont sauté ce pas – tel Isaac Bashevis Singer. parce qu’elles ne sont pas capables de donner leur consentement. 647 Document téléchargé depuis www. le second lieu commun à l’homme et à l’animal est l’abattoir. selon que le mâle humain occupe ou non la position « active » et « dominante » qui est censée lui être naturelle. La zoophilie – qu’on entende par là l’amour qui lie les animaux domestiques et leurs « maîtres ». où l’analogie entre les abattoirs et les camps d’extermination est placée dans la bouche d’un personnage. quand bien même elles sembleraient le donner.64. Thierry Hoquet analyse la manière dont la zoophilie est perçue à la fois par l’opinion et par le législateur. sans qu’il soit possible de savoir ce que pense l’auteur.. Depuis quelques années.170. par contagion. La mise à mort ne laisse pas inchangés ceux qui l’accomplissent : il n’est pas rare que les bêtes. bien qu’« insensibilisées »..ENSSIB .. M.cairn. la perception de l’abattoir. Cary Wolfe.info . qui parle d’un « éternel Treblinka ». s’étend à l’extérieur du lieu de travail.170. La comparaison est périlleuse : elle peut même devenir indécente. Elle s’est intéressée tout autant aux hommes qu’aux bêtes. L’anthropologue Catherine Rémy a voulu voir par ellemême ce qu’il en est de ce lieu mythique à bien des égards. Que la comparaison soit délicate à manier.. il n’y a souvent qu’un pas : l’extension du régime de la domination. Ce serait ici le lieu de reprendre. philosophe réfléchissant au statut des droits. Après le trouble du monde domestique. la phrase que Voltaire plaçait dans la bouche du Nègre de Surinam : « C’est à ce prix que vous mangez de la viande. il est interdit d’avoir des relations sexuelles avec elles.64. © Editions de Minuit . le traitement juridique de la question suggère que les bêtes ont le même statut que les enfants : on ne doit pas les juger. revient sur cette comparaison à travers les travaux des philosophes italiens Gior- Document téléchargé depuis www. camps) aux êtres qui s’y trouvent ou s’y sont trouvés.81. ou l’activité sexuelle entre individus d’espèces différentes – constitue une forme radicale de destruction de l’anthropocentrisme ou du « spécisme ». il conviendrait d’inclure l’effet produit sur ceux qui gagnent leur vie à ce prix. Toutefois. ».cairn.9 .13/06/2013 11h39. se rebellent. s’est compliquée du fait que les images d’animaux ainsi maltraités et abattus à la chaîne n’ont pas manqué de faire surgir d’autres mémoires.81. en l’adaptant. c’est ce que montre un autre livre de J.. Coetzee. expression dont Charles Patterson a fait le titre d’un livre. © Editions de Minuit lieu où les relations entre l’homme et l’animal peuvent se faire plus intimes. Eliszabeth Costello. forçant les tueurs à entrer dans un combat à mort dont la violence.info . Quant au statut moral accordé à « l’amour par-delà la barrière des espèces ».

ENSSIB . © Editions de Minuit . est un autre de ces lieux de rencontre qu’il convient d’analyser. On ne saurait nier que l’idée d’un nouveau partage du monde entre animaux.info . écrit-il. il retrace l’histoire de la chasse à l’homme. 3.ENSSIB .cairn. C’est sur elle que se fonde la notion de parenté et d’unité du vivant.. « Le monde vivant comprend des bactéries et des baleines.. © Editions de Minuit gio Agamben et Roberto Esposito. La chasse.info . de la philosophie et de l’éthologie. Jacob.81. Odile Jacob.9 . L’un et l’autre se situent dans le cadre foucaldien de la biopolitique . comme le constate également Claude Lévi-Strauss : « Aujourd’hui encore. Paris. Dans le sillage de ses travaux récents sur les « corps vils ».170. qui ne se ferait pas au bénéfice d’une seule espèce. Y. Document téléchargé depuis www. dans l’ordre de la biologie. 2002. c’est moins une différence dans les constituants chimiques que dans l’organisation et la distribution de ces constituants ».81. p. lieu tout aussi ambigu que celui de la vie domestique. La « science » retrouve ce que le mythe avait pressenti. des organismes vivant dans les régions polaires à -20o C. tente de définir le statut politique actuel de ces pratiques. que sont l’élevage et l’abattage industriels. que l’imaginaire comte Zaroff n’est pas le seul à avoir pratiquée. d’un bout à l’autre de l’évolution. on dirait que nous restons confusément conscients de cette solidarité première [imaginée par les Amérindiens] entre toutes les formes de vie 3.13/06/2013 11h39. les braconniers sont abattus à vue.. I. La Vie. est à la fois motivée et justifiée par la théorie de l’évolution. celui du « most dangereous game ». ce sont les mêmes molécules qui ont servi. Son texte veut rappeler que la défense des animaux semble jouer parfois contre les droits de l’humain : au Zimbabwe. Grégoire Chamayou l’aborde par un détour inattendu. de leur éventuelle « libération ».64. » Encore faut-il prendre garde de ne pas transformer certains développements de la biologie en mythes modernes auxquels un enrobage numérique tient lieu de scientificité. enfin. écrit François Jacob 2. des virus et des éléphants. F. Université de tous les savoirs. Mais tous ces organismes présentent une remarquable unité de structures et de fonctions. Cité par Marie Gaille. Vol. Ce qui distingue un papillon d’un lion ou une poule d’une mouche.9 .170. 32.13/06/2013 11h39. en nous obligeant à voir que.64.648 CRITIQUE * Dans une seconde partie de ce numéro sont exposées diverses manières d’aborder la question des animaux. inédites du point de vue historique. Tel est le cas par exemple du 2. p. conservées dans leur nature chimique et simplement réarrangées.. « Qu’est-ce que la vie ? ». où les corps se mêlent violemment. Document téléchargé depuis www. Michaud (éd.). surpris de « découvrir à quel point les molécules sont conservées au cours de l’évolution ». partant d’une analyse renouvelée du lien entre racisme et nazisme.cairn. Esposito. 768 du présent numéro.

Elle s’appuie ici sur les travaux de la biologiste Lynn Margulis portant sur le phénomène de symbiose.13/06/2013 11h39. Alain Prochiantz voit dans l’exploitation qui est faite de ce calcul dénué de sens un désir (ou une volonté) de brouiller et estomper les frontières. tel est l’objectif d’un des derniers livres de Martha Nussbaum dont rend compte Olivier Renaut. ne correspond à rien. n’hésite pas à étendre au règne végétal l’idée de « solidarité première entre toutes les formes de vie ». Haraway. biologiste et philosophe.info .info .9 . concept qu’elle partage avec Amartya Sen. pour plaider. Un chimpanzé n’est pas humain à 98. 649 Document téléchargé depuis www.23 % en fait) censé mesurer l’écart entre l’homme et le chimpanzé. féministe et auteur d’un Manifeste Cyborg.81.64. Du côté de la philosophie anglo-saxone. Florence Burgat s’efforce d’établir ce qui la distingue du règne végétal. qui peut éventuellement conduire à comparer des incommensurables – l’horreur des camps d’extermination et l’élevage industriel.ENSSIB . Plutôt que de chercher à mettre en évidence des caractéristiques qui différencient l’espèce sapiens des autres espèces au sein du règne animal. Il démontre que cette quantification de la « différence ».170.170. on ne sera pas étonné d’apprendre que l’essentiel de la postérité des travaux pionniers de Singer et Regan concerne les domaines. Toutes les mutations ne se valent pas du point de vue de l’évolution.9 . souvent intriqués. dont l’effet serait de contribuer à une hybridation de leurs deux espèces. à l’encontre de toute pensée essentialiste.. est au centre du dernier livre de Donna Haraway.64.LE PARTAGE DU MONDE. prône depuis longtemps une réinvention de la nature dont l’artificiel ne soit pas exclu.cairn. Le biologiste Alain Prochiantz établit le caractère trompeur et inexact de cette assertion présentée comme un résultat scientifique. © Editions de Minuit . L’idée d’hybridation. en faveur d’une « rencontre des espèces ». Partant d’une critique de la justice au sens de Rawls. Fonder en droit des notions politiques et analyser de façon aussi concrète que possible les manières de faire société entre animaux (humains et non humains). Florence Burgat. dont le principe repose justement sur l’équivalence supposée des divers pourcents.81. Ce qui rend inepte toute évaluation en termes de pourcentages.ENSSIB .77 %.. En France. Martha Nussbaum cherche à donner à la compassion un statut qui la sorte à la fois du règne de la charité et de son inutilité foncière. dont rend compte Vinciane Despret.. de l’éthique et du droit. Document téléchargé depuis www. dans la perspective des « capabilités ». qui ne prend en compte que les éléments mutationnels simples et ne s’intéresse pas à l’endroit où se produit la mutation (au type de séquence sur laquelle elle intervient). When Species Meet. empruntée à la biologie. Marie Gaille fait ici remarquer qu’un tel questionnement fait écho à la réflexion contemporaine sur la nature développée par certains anthropologues.cairn. particulièrement. © Editions de Minuit fameux 1 % génétique (1. cherchant à définir l’animal autrement que ne l’a fait la philosophie occidentale dans ce qu’elle appelle l’époque moderne. celles qu’elle entretient avec sa chienne. lors de relations amoureuses dont elle décrit un exemple.13/06/2013 11h39..

Bailly.. Coïncidence ou non. Voir J. dans un tout autre contexte et en un tout autre sens. 2004. l’œuvre de Jacques Derrida est une référence incontournable. les Document téléchargé depuis www.81. Nous remercions vivement JeanChristophe Bailly de nous avoir généreusement « donné » trois courts textes. etc.13/06/2013 11h39. Le texte le plus souvent cité est bien évidemment L’Animal que donc je suis. en France et aux États-Unis.info . et ce n’est certainement pas le fruit du hasard.ENSSIB . et plaide pour une ouverture aux travaux réalisés au Japon.ENSSIB . utilisé pour désigner « tout le règne animal à l’exception de l’homme ».170. © Editions de Minuit Mais que ce soit en France ou aux États-Unis.81. sur le thème de la contagion : « vache folle ». à L’Animal que donc je suis. grippe aviaire ou autre. qui l’ont aidé à formuler le concept de « communauté hybride ». L’entretien que nous a accordé le philosophe et éthologue Dominique Lestel permet de bien saisir comment ces deux lignées.170.13/06/2013 11h39. comme les animaux. Bayard. selon Dominique Lestel. Paris. lors d’une décade de Cerisy.9 . celle de Singer et celle de Derrida. C’est au cœur de ces communautés animales. 4. que nous place l’analyse de Frédéric Keck.64. éthologue américain peu connu en France. coll. Jean-Christophe Bailly n’a cessé de s’intéresser à « l’espèce d’existence » qui est celle des animaux – tout particulièrement dans un livre récemment paru. Le Pays des animots. À partir d’une expérience intime (être vu nu par sa chatte).info . opèrent dans le champ contemporain de la pensée de l’animal. Il dresse un panorama des positions actuelles. © Editions de Minuit . Document téléchargé depuis www.cairn. et publié en 2006 : il est aujourd’hui prolongé par la publication. extraits d’un volume illustré publié à 50 exemplaires. leurs relations. de La Bête et le Souverain. S’il a fallu tant de temps pour que la philosophie prenne conscience de la communauté de fait dans laquelle nous nous trouvons avec les animaux. « Les Petites conférences ». Or. lui aussi. que ce soit pour s’en inspirer ou pour la critiquer.cairn.9 .650 CRITIQUE 4. Le Versant animal. où la question du « propre de l’homme » est lettre morte.. pratiquement introuvable aujourd’hui. Il invente alors le vocable « animot » pour faire entendre le pluriel : les animaux et pas l’animal. il se trouve que l’« animot » a été « trouvé » quasi simultanément par Derrida et par l’écrivain Jean-Christophe Bailly. issu d’une conférence prononcée en 1997. force est de constater que sur la question du partage du monde entre animaux humains et non humains. entreprise par Marie-Louise Mallet. en se référant. et des circulations intercontinentales. Il évoque également les travaux de Paul Shepard. c’est. Derrida réfléchit sur cette « immense dénégation » que constitue le singulier général : l’animal. qui reprend les cours donnés à l’EHESS en 2001-2002. en tant que « jeu de mots » destiné à faire comprendre à des enfants que si les mots ont tous en commun d’être des mots. ils peuvent être caractérisés par leurs espèces.-C.64. en raison de l’importance accordée à la question du « propre de l’homme ». dont Patrick Talbot fait ici le compte rendu.

170. Document téléchargé depuis www.81. sans oublier. Enfin.. parmi d’autres. Il renouvelle par là le geste que Bruno Latour appelle « la pastorisation de la société ».cairn. Il s’agit du récit d’une conversation entre amis : un théologien bossu. © Editions de Minuit . et même les éthologues. c’est-à-dire l’inclusion des microbes comme nouveaux acteurs.64.9 ..13/06/2013 11h39.. Frédéric Keck propose de changer notre ontologie de manière à prendre en compte des ensembles d’entités qui circulent et interagissent. aujourd’hui en France. ni Jacques Brel ni une collégienne.. qui caresse son coude nu..13/06/2013 11h39.info ..9 . amenée là par un éthologue. 651 Françoise BALIBAR et Thierry HOQUET Document téléchargé depuis www. un IPR (Inspecteur Pédagogique Régional).info .170. parmi les philosophes.81. un lacanien joufflu. Pedro Cordoba nous livre une allégorie jubilatoire des interrogations que suscite la question des animaux. un nouvel humaniste. © Editions de Minuit hommes menacés (par les microbes ou les hommes) sont aujourd’hui « malades des animaux ».ENSSIB .ENSSIB . Et propose en même temps d’inverser ce paradigme : à l’ancienne guerre contre les microbes. un libérateur des animaux.64. un deleuzien.LE PARTAGE DU MONDE.cairn. il faut substituer l’observation des microbes « dans le réservoir animal ».