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Studies in Religion/Sciences Religieuses

http://sir.sagepub.com/ La structure heptapartite du quatrime vangile


Marc Girard Studies in Religion/Sciences Religieuses 1976 5: 350 DOI: 10.1177/000842987500500403 The online version of this article can be found at: /content/5/4/350.citation

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>> Version of Record - Jan 1, 1976 What is This?

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MARC GIRARD

La structure

heptapartite du quatrième évangile

Chaque ex6g~te propose son propre plan du quatri6me evangile, signe evident que les proc6d6s de composition nous 6chappent. Les divisions th6matiques et les plans notionnels d6coivent. Ou bien on cherche, plus ou moins artificiellement, reconstituer la mosaique johannique dans son agencement initial, et on resout les difficult6s au pas a pas du texte, en recourant toutes sortes dexpedients, comme 1est, a notre avis, la th6orie des transpositions m6caniques.1 Ou bien on capitule, en pr6textant que 1auteur na probablement pas voulu sencarcaner dans quelque structure de composition que ce soit.2 Par contre, 1 application a Jn des m6thodes de 1 analyse structurelle montre, avec une evidence sans cesse croissante, que la plupart des unit6s litt6raires sont architectur6es dune faron inouie: inclusions, constructions sym6triques ou chiastiques, diptyques, triptyques ...3 Peut-on vraiment se r6soudre a considerer Jn comme lajuxtaposition plut6t d6sorganis6e dunit6s
litt6raires aussi savamment construites ? On a souvent sous-estim6 limportance de Iarri6re-plan v6t6rotestamentaire de la pens6ejohannique, se laissant plus volontiers fasciner par le miroir aux alouettes des pseudo-influences hell6nistiques, qumraniques, gnostiques ou autres. La reponse au probl6me de structure globale de Jn doit etre cherch6e pr6cis6ment dans cet ani6re-plan vetero-testamentaire. 11 sen faut de beaucoup que toutes les r6miniscences bibliques qui truffent le quatri6me 6vangile ressortent avec evidence. Qui na pas a sapprivoiser a cette expressionnalit6 plus volontiers allusive et cryptique quall6gative et explicite ? Or, le tout comme les parties d6coulent de la meme veine expressionnelle. Cest Ih notre hypoth6se de travail. H. Sahlin croit trouver un principe de composition de Jn dans ce quil appelle le Exodus-Schema;4 sans compter le caractre bien discutable de maints paralleles, nous ne saurions y voir un fil conducteur de composition litt6raire, dautant plusque certains chapitres de Jn 6chappent compl6tement a cette typologie, de 1aveu meme de 1auteur; louvrage a le m6rite de mettre en relief un reseau fondamental dinfluences theologiques, mais non pas une structure de composition. Cest uniquement dans le recit sacerdotal de la creation quon peut, a notre avis, trouver le veritable gabarit structurel du quatrime 6vangile. E. B. Allo avait dej a pressenti la chose en presentant la structure hepth6m6rique de la creation comme 1antitype de la premi6re semaine du minist~re de Jesus en Jn 1,192,11.5 En ralit, il y a plus : la structure de Gn 1,1-2,4a sous-tend la composition de 1evangile tout entier. M. E. Boismard en a eu clairement 1intuition, 6 dans un d6veloppement presque marginal de son commentaire du prologue

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Nous regrettons seulement le peu d6cho qua recu cette intuition dans les commentaires ult6rieurs. Approfondie et mieux 6tay6e, elle est susceptible dapporter quelque lumi6re aux toujours 6nigmatiques , questions johan-

niques
A

GN 1,1-2,4a: GABARIT STRUCTUREL DU

QUATRITME TVANGILE

Les deux premiers mots de Jn 1,1, en arch8, renvoient explicitement au ber št de Gn 1,1. Tous les commentateurs en conviennent. Tous reconnaissent aussi le caract6re selectif de la composition johannique, ainsi que limportance de 1encadrement cultuel des evenements. On peut faire un pas de plus: examiner Ihypoth6se dun rapport structurel entre tout le recit P de la creation et Jn. A 1analyse, chaquejour de la protog6n6se semble correspondre, dans le quatri6me 6vangile, ~ une semaine de neogenese. Le prologue (Jn 1,1-18) nest-il pas tout simplement une re-lecture tr6s 61abor6e de Gn 1,1 ? Les deux textes, en tout cas, cherchent a remonter audelh du cr.7 Nous y reviendrons plus loin. Le premier jour de protog6n6se (Gn 1,2-5) correspond a la premi6re semaine du minist6re de Jesus (Jn 1,19-2,12). Pour faire le compte des sept jours, il faut d6crypter la p6ricope et synth6tiser les indications chronologiques de Jn 1,29.35.43; 2,1.8 Cest assez 6videmment une sch6matisation artificielle, un sommaire, surtout si 1on tient le chiffre de Jn 2,1 pour symbolique.9 Dans la relecture n6og6n6tique du premier jour, la ruah tournoyant au-dessus des eaux devient 1Esprit saint qui descend (Jn 1,32).10 Les eaux du tehom (comp. akk. Tiamat) correspondent aux eaux du Jourdain, th6atre dun bapteme imparfait et penitentiel (Jn 1,25-34), de meme quh 1eau des ablutions juives (2,6).&dquo; La separation entre la lumire diurne et le tohu-bohu t6n6breux correspond a la separation entre 16re (alliance) nouvelle et 1ere ancienne: la demarcation est nette entre Jean et Jesus (1,19-31), entre le bapteme den bas et le bapteme den haut (1,32-3), entre les eaux lustrales juives et le vin de la gloire pascale anticip6e (2,6-11).2 Les renvois a Gn 1,2-5 sont bien masqu6s. Et pourtant, cest une ligne de fond du quatri6me 6vangile dassocier Jesus au jour3 et lejudasme ferm sur lui-mme la nuit.14 Cest dans cette section-ci que le rapport structurel entre Gnl,l-2,4a et Jn est le moins obvie; nous tenterons plus loin den saisir la raison. Le deuxime jour de protognse (Gn 1,6-8) correspond ~ la semaine de la premi6re Paque (Jn 2,13-4,54). La section est fort possiblement encadr6e dans une inclusion s6mitique de type ub ba , dont 2,12 et 4,46-7 constitueraient les deux bornes;15 elle forme, de toute fagon, une unit6 littraire bien corsete par Ihebdoma.de sacr6e (2,13 comp. 4,45). La relecture neogen6tique de Gn 1,6-8 porte sur la separation des eaux inf6rieures et des eaux superieures; le couple ciel-terre sy retrouve aussi. A notre avis, la p6ricope porte 1empreinte assez nette dune construction sym6trique intentionnelle:

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a

2,13-22 2,23-5 3,1-5 3,6-8 3,12-13 3,22-30 3,31-2 3,33-4 4,7-15 4,20-4

b
c

Temple de Jerusalem vs Temple veritable (Corps ressuscite) Jesus sondant reins et coeurs (6nonc6)
.

de Jesus

d
e

f
e d c

naissance par en bas vs naissance par en haut mystere du don de IEsprit choses terrestres vs choses celestes bapteme de Jean vs bapteme de Jesus celui qui est de la terre vs celui qui vient du ciel incommensurabilit6 du don de 1Esprit eau stagnante du puits vs eau de source jaillissant ternelle

en

vie

b 4,16-19
a

Jesus sondant reins et coeurs (exemple) adoration dans les temples vs adoration veritable veri te

en

esprit et

L apogee de la parabole fi, ainsi que la dyade c c , expriment clairement la separation des eaux den bas (bapteme penitentiel, eaux intra-uterines, eau de puits) davec les eaux sup6rieures (bapteme nouveau, Esprit, eau vivante). Les couples a a et e e expriment bien, quant a eux, le dualisme ciel-terre (avec le firmament tendu entre eux, selon la representation cosmogonique de 1auteur P). Le probl~me pose par les portions de texte ext6rieures ~ la structure d6borde notre pr6sent objectif. Disons tout de meme que 3,13-21 d6tonne par rapport au d6but du chapitre et reflete une th6ologisation nettement para-dialogique, de 1 avis unanime des commentateurs. Quant a 4,43-54, cest le seul signe de la section, et sans lui, la seconde semaine du minist6re de Jesus serait la seule sterile en signes ! Le caract6re un peu postiche de ce recit par rapport a la structure ressort 6galement du raccordement r6dactionnel
2,1-11, dont nous avons ci-devant fait 6tat. Dans les strates anterieures, la sequence de 2,1-11 et 4,43-54 ne devait pas etre interrompue. Le troisieme jour de protog6n6se (Gn 1,9-13) consiste dans la separation de
avec

la terre et des mers, et la creation des esp6ces vegetales. Selon 1 interpretation rabbinique, les eaux preexistantes apprennent ce jour-lh a ob6ir. 16 La relecture n6o-g6n6tique du troisi6me jour coincide avec une autre semaine festive (Jn 5-6). Deux 6pisodes illustrent le r6fr6nement du pouvoir des eaux par Jesus. Alors que la gu6rison des infirmes etait jusque la li6e au bouillonnement de 1eau de la piscine, Jesus fait fi du pouvoir de 1eau et gu6rit un malheureux par sa seule mmr (Jn 5, 1-9);17 le mot piscine (kolymbthra, 3x) se trouve dailleurs pr6cis6ment en Gn 1,10.8 Le second recit est encore plus frappant: Jesus marche sur la mer, signe de 1assujettissement d6finitif des forces chaotiques (Jn 6,16-21). Les eaux sont donc mises a leur place, subjuguees, comme au troisieme jour de creation. A 1apparition des herbes
semence et des fruits ~ graines correspondent respectivement le signe du pain dorge qui se multiplie (6,1-15)9 et 1allusion voil6e au fruit de la vigne nouvelle (6,53-6).2 Le rapport entre les oeuvres de la premi6re creation et celles de la nouvelle se laisse donc assez bien percevoir.

portant

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11 en va de meme du quatti6me jour (Gn 1,14-19): a 16pinglage des luminaires au firmament correspond Iauto-r6v6lation de Jesus comme lumi6re du monde. La Selbstprdikations-Formel, pr6par6e de fagon lointaine en Jn 7,3-4 (cf. v. 10), inclut s6mitiquement la section comprise entre 8,12 et9,5. Le signe (9,6-7) et son d6veloppement dialogique (9,8-41) viennent confirmer la revelation. La lumi6re est donn6e ~ un aveugle-n6: avec une habilet6 consomm6e, 16vang6liste nous fait passer presque insensiblement du plan den bas (vue sensorielle, lumire physique, gu6rison) au plan den haut (foi,

Jesus-Lumiere, conversion). A noter 1antithese jour-nuit (Gn 1,14-17; Jn 9,4; cf. 8,56), de meme que le lien explicite entre les astres et le calendrier liturgique en Gn 1,14. Or, pr6cis6ment, la kite des Tentes, qui sert de cadre a Jn 7-9, comportait des rites de lumi6re bien ddveloppds .21 Le cinquieme jour (Gn 1,20-5), Dieu cr6e les animaux, litt6ralement les vivants .22 La semaine de la Dedicace (Jn 10-11) nous apparait en 6troite et intentionnelle corr6lation avec ce cinquieme jour. En effet, il y a rupture entre

les mots-th6mes des chapitres 9 et 10: la terminologie de la lumire est abandonn6e au profit de celle de la vie.23 Cest Jesus maintenant qui donne, non seulement la nefeš hayya de Gn 1,20.21.24, mais une vie surabondante et 6ternelle (Jn 10,10.28): 16vang6liste choisit comme vivants-types,24 les brebis, m6taphore devenue classique depuis proph6tes et psalmistes pour suggerer la dimension collective et eccl6siologique (cf. Jn 21,16-17). Le signe (11,43-4) et la revelation solennelle quil authentifie (11,25-6) se situent exactement dans la meme ligne: le don de la vie a un mort prouve que Jesus est le veritable donneur de vie, le ressuscitant, et ce, par sa seule mmr .25 Lapex de la protog6n6se, au sixieme jour (Gn 1,26-31), trouve son pendant johannique dans la semaine de la troisi6me Paque: cest le point culminant de la n6og6n6se, Iapoth6ose de 1homme nouveau (Jn 11,55-19). Remarquons certaines analogies frappantes entre le texte du Targum palestinien de Gn 1,26-31 et la p6ricope correspondante de 16vangile. Dabord, le Tg ne lit pas creons 1homme , mais nbr br nš , le fils de 1homme , expression quon trouve quatre fois dans la section, en connexion avec les verbes glorifier (12,23; 13,31) et 6lever (12,34 bis).26 Lordre de dominer sur le cosmos (Gn 1,26), de remplir la terre et de la subjuguer (Gn 1,28), et le don du cosmos 1homme (Gn 1,29-30), sappliquent a Jesus, maintenant que son heure est venue (12,32; 13,3; 16,33). 27 Soulignons enfin la dualit des sexes en vue de la procr6ation (Gn 1,27-8). Cela nous refere a Jn 19,26-7, pour peu quon veuille percevoir en filigrane Iarri6re-plan v6t6ro-testamentaire et le sens theologique de la sc6ne, 28 laquelle du reste na pas de parall~le synoptique. Au moment de 1elevation de Jesus, Marie devient la mere des vivants,29 cest-adire la nouvelle Hawwa, selon 16tiologie 6tymologique du yahviste (Gn 3,20).3 Au moment o6 Jesus rend, ou mieux, lib6re 1Esprit (Jn 19,30), est cr66 le nouveau peuple des fils de Dieu; cest lapex de la neogenese: 1Esprit r6pandu sur toute chair correspond, dans la protogenese, a laniš emat hayyim qui fait de 1homme une nefeš hayyci (Gn 2,7). On aura sans doute note que

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d6bord6 le recit sacerdotal de la creation. En fait, nefeš f1:ayy est, 1avons indique, mot-thme de Gn 1,20-5, et les deux r6cits ont toujours ete tenus pour compl6mentaires,31 de sorte que personne dans le judaisme ne songeait diffrencierhdm zakar fi neqeb (lhomme male et femelle) de 1,27, de h dm et de la išš (noms communs) ou deAdam32 et Hawwa (noms propres) des chapitres subs6quents, ni ~ faire des deux r6cits des traditions independantes. Pour Jean, la structure hepth6m6rique devient un cadre de composition; quant a habiller le squelette, 16vang6liste nen est 6videmment pas a une source pres. La septi6me et dernire semaine (Jn 20)33 correspond au repos du septi6me jour de protog6n~se (Gn 2,2-3). Avec 1616vation de Jesus sur la croix, panta teteleistai (Jn 19,28 formant inclusion avec 19,30):34 cela correspond manifestement au waye kll (furent compl6t6s) de Gn 2,1 r6p6t6 lui aussi une deuxieme fois, a la forme active, en 2,2 (wayekal ). En 2,2-3 il est question trois fois du sabbat (litt.: septieme jour),35 chiffre 6voquant selon toute probabilite le troisi6me pr6cepte du d6calogue. Or remarquons lint6ressante contrepartie johannique : toutes les scenes du chapitre 20 se passent un dimanche (litt.: le premier jour de la semaine), a huit jours dintervalle, et, comme dans la Genese, avec triple mention (Jn 20,1.19.26). Signe que desormais, depuis qua sonn6 1 heure de la n6og6n~se, le culte dominical sest d6finitivement substitu6 au sabbat et aux fetes juives qui formaient le cadre johannique du minist6re pr6-pascal de Jesus. Enfin, la formule conclusive de Jn 20,30-1 correspond peut-etre intentionnellement Gn 2,4a. Ce dernier demi-verset forme clairement inclusion avec 1,1 pour synth6tiser toute 1oeuvre de protog6n6se. On trouve pareille inclusion, th6matique plus que verbale en 1occurrence, entre Jn 1,1.18 et 20,28.30: affirmation sans ambages de la divinite de Jesus. Dautre part, Gn 2,4a (TM comme Tg pal) emploie le terme twld(w)t (g6n6rations) du ciel et de la terre . Or cest justement un trait du quatrime 6vangile que de faire remonter 1origine ou g6n6alogie de Jesus, pas seulement jusqua Abraham (Mt) ou Adam (Lc), mais jusquit ho Theos, Dieu mme (Jn 1,1.18). Telle est donc la synth6se du message johannique: la nouvelle creation, supplantant 1ancienne sans la d6truire, est inaugur6e par la venue dans la chair et la passionglorification de Jesus, mmr dyy.
nous avons comme nous
...

DISCUSSION DE LHYPOTHESE DE TRAVAIL

Des que hasard devient loi, ce nest plus hasard. Devant une telle convergence dindices lappui de notre hypoth6se, il nous apparait impossible que lintentionalit6 dun auteur quelconque ne soit pas impliqu6e. 11 nous reste cependant plusieurs points a eclaircir encore ... Certaines correspondances ne sont pas evidentes. Cest le cas, par exemple, entre le premier jour et la premi6re semaine, comme nous lavons signal6 plus haut. Malgr6 1explication que nous avons donn6e et qui garde toute sa

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valeur, il reste que Iantith6se lumi~re-t6n6bres se trouve cinq fois dans tout 16vangile (Jn 1,5; 3,19; 8,12; 12,35.36), et 1antithese jour-nuit, deux fois (9,4; 11,9-10). Nous nen trouvons pourtant aucun emploi Ih ou, selon notre hypoth6se, elle devrait figurer. Nous donnons a cela trois raisons. Premi6rement, le style cryptique, que Jean affectionne tout particuli6rement et qui est courant a son epoque, empeche le lecteur de rep6rer dun coup doeil tous les proc6d6s litt6raires employes; comme 1auteur sattend de la part du lecteur a un minimum deffort, il ne lui livre pas dembl6e tous ses secrets. Cela pourrait expliquer pourquoi Jean ne veut pas trahir sa structure des la premi~re bouch6e. Deuxi6mement, 1architecte de la structure a sept semaines avait en mains des mat6riaux devangile ant6rieurs ~ lui, parmi lesquels, pour la semaine inaugurale, il s6lectionne les primeurs: linvestiture proph6tique de Jesus, cest-h-dire le point de depart (1,32-3); le tout premier t6moignage (1,19.32.34); les tous premiers disciples (1,35-51); la toute premi~re revelation solennelle en termes de amen amen lego hymin (1,51);36 et le tout premier signe (2,1-11). Notons que dans chaque cas 16vang6liste sen tient a un seul sp6cimen. Or, dans la premi~re semaine, se trouve d6jh, en substance, la synth6se de tout le contenu de 1evangile: temoignages, dialogues et interpellations, revelations, signes; et d6jh le mystere pascal est annonc6 (1,29.33; 2,1.11), de meme que le role de la nouvelle Hawwd (2,1-5 comp. 19,25-7). Cela explique un peu pourquoi le couple lumi6re-t6n6bres oujour-nuit se trouve un peu partout dans 16vangile: la premi6re semaine est deja la synth6se des sept, comme la premi6re b6atitude ou le plus grand commandement r6sume et inclut les autres. Avec la premi6re manifestation de Jesus se 16ve un jour nouveau, la nuit du judaisme est c1ipse: cest peut-tre pourquoi la premi6re et la septi~me semaines johanniques sont les seules a navoir point de fete juive pour cadre ... Mais cela nexplique toujours pas de faron satisfaisante pourquoi on ne trouve pas dindice explicite, en Jn 1,19-2,12, dune relecture n6og6n6tique de Gn 1,3-5. Dans la logique de la structuration litt6raire, on devrait trouver 16quivalent non seulement th6ologique mais verbal. On ly trouve, en v6rit6, 16g6rement hors cadre. Lid6e sous-jacente au premier jour et a la premi6re semaine est, pour 1auteur, tellement structurante et omni-inclusive quil la d6veloppe en prologue. Cest le m6rite de Peter Borgen davoir propos6 16tude structurelle la plus s6duisante et la plus concluante sur le prologue: selon une m6thode bien connue dans le judaisme, Jn l,1-5 ne serait quune relecture targoumique de Gn 1, 1-5, de forme abc; et
Jn 1,6-18, une elaboration de forme cba base sur les mimes mots-thmes; la composition du prologue tout entier serait donc intentionnellement chiastique.37 Cela admis, on comprend que Iantith6se lumi6re-t6n~bres ne scande pas chaque recit de la semaine inaugurale, puisquelle chapeaute si lgamment tout le d6but de 16vangile. Un deuxi6me probl6me vient de la mention dune fte ind6termin6e en 5,1. Dapr6s notre hypoth6se, les chapitres 5 et 6 forment la troisi6me semaine,

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Paque pour cadre. Par ailleurs, on note commun6ment le caract6re peu sequentiel des 6v6nements aux chapitres 4-7. Essayons dy voir clair. Si la fte de 5,1.9 nest que le sabbat precedant la semaine pascale, pas de probl6me. Si, dans les strates johanniques antrieures, les matriaux de Jn 5 et Jn 7 formaient une suite logique, le d6tachement post6rieur du chapitre 5 doit avoir un sens; or notre proposition est propre a lucider le pourquoi de ce d6placement: voyant le rapport de 5,1-15 et 6,16-21 avec loeuvre de s6paration du troisieme jour et le rapport de 6,1-15.22-58 avec loeuvre de creation du meme jour, le concepteur des semaines a tout simplement about6 les 616ments pertinents, quitte ~ supprimer la d6termination de la fete, devenue structurellement genante.38 Dans tous les autres cas, le cadre cultuel est soigneusement pr6cis6 Pourquoi en serait-il autrement en loccurrence, sinon pour des raisons de logique r6dactionnelle ? Tout cela nous am6ne a une question de fond: qui est 1architecte de la structure a sept semaines ? Une 6tude stratigraphique du quatri6me 6vangile simpose. Nous regrettons que R. E. Brown, apr6s 1expos6 de sa th6orie, 39 nen tienne plus gu6re compte dans le reste de son commentaire. M. E. Boismard travaille actuellement cette question.4 11 distingue quatre couches
ayant la
...

litteraires. Notre structure de composition se situerait vraisemblablement au troisi6me stade, stade important de theologisation, de r6daction et de composition stylistique. Quoiquil en soit, nous nous bornons a quelques observations relatives a notre propos. 1 / Deux passages apparaissent nettement hors structure: 8,1-11, au reste inauthentique; et 21,1-25.4~ 2 / Le charpentier de 16vangile et celui du prologue sont probablement unus et idem : mime source dinspiration et memes proc6d6s targoumiques; nous sommes aussi port6 a croire que la savante disposition chiastique ou sym6trique de maintes p6ricopes est 1oeuvre du meme g6nie litt6raire, dailleurs principal artisan du quatri6me 6vangile dans son 6tat actuel. 3 / Les amples d6veloppements discursifs sharmonisent beaucoup moins bien avec la th6matique proton6og6n6tique que les narrations et les dialogues; cela laisse entendre que Iheptade structurelle tait deja en place au moment de lintercalation de tels developpements; le choix des r6cits tait alors bien arrete; apr6s coup, dans les dveloppements discursifs, le responsable de la troisi6me strate lui-meme r6cup~re un certain nombre de mat6fiaux pr6existants, les amplifie et les moule dans des structures recherch6es de composition stylistique: cest le cas tr6s net, pensons-nous, du long et composite discours dadieu (13,31-17,26), non moins que de 3,13-21, 5,19-47 ou 8,14-58, autant de passages assez marginaux par rapport a la structure heptapartite.
CONCLUSION

terme de notre 6tude, que notre proposition est plus quune s6duisante. Quoique ordinairement dissimul6, le chiffre sept est hypoth6se chez Jean,42 non moins quailleurs dans le Nouveau structurel dune fois plus

11 appert,

au

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Testament,43 dans IAncien et les 6crits rabbiniques.44 Voici comment nous qualifions nos conclusions. 1 / Les affinit6s th6matiques entre Gn 1,1-2,4a et Jn, non dans le detail mais dans leur globalit6, nous apparais sent certaines, de sorte que lordre nouveau inaugur6 par Jesus est intentionnellement decrit comme une nouvelle genese.45 2 / La structuration de lvangile en sept semaines correspondant aux sept jours de la premiere creation apparait comme une donn6e solidement probable. 3 / Probable aussi, lutilisation par Jean dun Targum arameen du recit cosmogonique sacerdotal.46 4 / La situation chronologique de la thche structurelle au troisi6me niveau de r6daction est une opinion serieuse. 5 / 11 en va de m~me pour la conclusion th6ologique d6ductible de la structure: si Jean a voulu presenter loeuvre de Jesus en 7 x 7 jours, et non en 7 jours, cest que, pour lui, la n6og6n6se (1acces au monde den haut) 1emporte infiniment sur la protog6n6se.
NOTES
1 2 3

Cf critique dans A. Feuillet Etudes johanniques (Paris 1962) 131-9.


T. O. B. Nouveau Testament (Paris 1973) 282. A titre dexemples, dans les dernières années: P. Borgen « Observations on the Targumic Character of the Prologue of John » NTS 16 (1970) 288-95; L. Dupont, C. Lash et G. LeBibl 54 (1973) 482-98; J. Irigoin « La vesque « Recherche sur la structure de Jn 20 » Zur composition rythmique du prologue de Jn» RB 78 (1971) 501-14; J. Kammerstàtter Struktur des Johannesevangeliums: Seine zentrierte Symmetrie als Träger des kerygmatischen Aktualismus Diss. Wien 1970; E. Malatesta « Literary Structure of John 17 » Bibl 52 » CBQ 34 (1971) 190-216; J. M. Reese « Literary Structure of Jn 13,31-14,31; (1972) 321-31; R. Schnackenburg Strukturanalyse von Joh 17 » (critique de Malatesta « La struttura chiastica di « BZ 17 (1973) 67-78; G. Segalla Literary Structure of John 17 ») Bib Or 12 (1970) 129-31; G. Segalla « La struttura circolare-chiasmatica di Giov 15,1-8» Giov 6,25-58 e il suo significato teologico » Bib Or 13 (1971) 191-8; C. H. Talbert Artistry and Theology: An Analysis of the Architecture of Jn 1,19-5,47 » CBQ 32 (1970) 341-66; A. Vanhoye « La composition de Jn 5,19-30 » Mél. B. Rigaux (Gembloux 1970) 259-79. H. Sahlin Zur Typologie des Johannesevangeliums (Uppsala 1950); voir en particulier 74-8, où il croit trouver le même schéma dans 2-Is et Ez 20-48. E. B. Allo Lévangile spirituel de Jean (Paris 1944) 75-6 M. E. Boismard Le prologue de saint Jean (Paris 1953) 136-8 Pour Gn 1,1 cf G. von Rad La Genèse (Genève 1968) 46. Cf Allo Lévangile spirituel de Jean 75-6. Toute la sémiographie johannique prépare la révélation du grand signe, la résurrection de Jésus, et y renvoie. Doù le symbolisme probablement pascal de lindication chronologique

Vg

16,5-6.16-33

«

«

4 5 6 7 8 9

en

2,1(cf v. 11).
«

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1 de Gn 1,2 se lit comme suit: wrwh drhmyn mn qdm yyy, un esprit damour de devant Yahvé » : cf A. Diez Macho, ed Neophyti 1 1 (Madrid 1968) 3. Doù le chiffre 6, symbole dimperfection. La connotation du mot heure (v. 4) chez Jn est généralement pascale. Seuls 6 emplois sur 26 nont assurément pas ce contenu sémique théologique. Cf Jn 9,4; 11,9-10, sans compter les nombreuses associations de Jésus avec la lumière, qui vont même jusquà lidentification métaphorique en style egô eimi. Citons, à titre dexemples, la connotation méta-cosmogonique de 1,5 et la connotation méta-factuelle de 3,2, caractéristiques de la tendance johannique à lampleur sémique maximale, ou encore le renversement de perspective en 9,40-1, où, paradoxalement, les

Déjà le Tg Neophyti

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véritables aveugles sont ceux qui pensent avoir la lumière. Jésus effectue un déplacement de Cana à Capharnaüm en 2,12; le fonctionnaire, en 6,46-7, se meut de Capharnaüm à Cana. Or lenchevêtrement des détails ditinéraire dans le contexte immédiat napparaît pas très naturel, pas plus en 2,12 quen 6,43-7. Indice de reworking rédactionnel pour fins de littérarisation. Cf, vg, H. Freedman et M. Simon, eds Midrash Rabbah I, v,3-6 (London 1939) 35-7. Dans le Targum palestinien de Gn 1,1-2,4a, cest la mmr dyy (Parole de Yahvé) qui agit. Cest même un leitmotiv: le terme apparaît 15 fois, voire 20 si lon tient compte des variantes et des gloses marginales, et mmrh (sa parole), 7 fois. Cf Macho, ed Neophyti 1 2-9. Ainsi la compris la LXX: mqwh lu miqewâ pour weh. Pour la possibilité dun jeu de mots e miq

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A Commentary on the I māqôm (v. ( sur eteh 9) w e v . miq 10), cf U. Cassuto Book of Genesis (Jerusalem 1961) 35. 19 Jean est le seul des évangélistes à situer la scène en contexte pascal (6,4) et à préciser la composition des pains (6,9: artous krithinous). Sans compter le parallélisme souvent noté du premier point avec 2 R 2,42, les deux points doriginalité johannique apparaissent liés lun à lautre: dans lIsraël ancien, les trois festivals (Azymes, Semaines, Tentes) célébraient successivement les prémices de la moisson dorge après lhiver, la fin de la récolte du blé, et la cueillette du raisin et de lhuile. Cf G. W. MacRae The Meaning and Evolution of the Feast of Tabernacles» CBQ 22 (1960) 251. 20 Nous tenons le discours de 6,35-58 pour un diptyque typiquement johannique, où la révélation du sens eucharistique se fait en deux bonds: dabord de façon énigmatique (manneParole : vv. 35-50), puis de façon claire (manne-signe: vv. 51-8). 21 MacRae The Meaning and Evolution of the Feast of Tabernacles» 273-4 ; K. Hruby« La
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fête des Tabernacles

au

Temple, à la synagogue et dans le Nouveau Testament


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LOrient

syrien 7 (1962) 168-9.173-4; C. W. F. Smith, Tabernacles in the Fourth Gospel and Mark » NTS 9 (1962-3) 132.141. MacRae mentionne le lien possible de la fête, à lorigine, avec le culte solaire cananéen; or Gn 1,14-19 semploie justement à bien démythiser soleil et
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lune. La racine hyw est employée 5 fois dans les six versets. ō (2x) ; blep En Jn 9: hora ō (9x); anablep ō (4x); ophthalmos (10x). En Jn 10, un seul emploi dophthalmos (v. 21), qui se réfère explicitement au miracle du ch. 9. En Jn 10, par contre: ōē (2x) z ē (4x);probaton (15x) autant de mots-thèmes quon ne trouve pas au chapitre ;psych

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précédent. Le choix précise

tout simplement hayyat hāāres (2x) de Gn 1,24-5. Cf Tg Neophyti 1 de Gn 1,20-5: Macho, ed Neophyti 1 1, 5-7. Ibid7. Lexpression hyios tou anthrōpou se trouve 13x dans tout lévangile, presque toujours en liaison explicite avec le mystère pascal. La racine . du Tg de Gn 1,26, encore plus que lhébreu rdw, connote pouvoir royal (noter le šlt développement de lidée en Jn 18,33-19,22). De plus, adoptant la leçon au neutre, panta, nous interprétons 12,32 en un sens cosmique. Lidée de 13,3 est restreinte à lhumanité en

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A noter, Jn.

17,2 (comp. Mt 28,18). en contexte (Jn 19,23-37), la cadence des citations de lAT, vraiment étonnante chez
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croire être fils de Dieu, dans la théologie johannique. Le sens sémitique original du nom est peut-être lié au culte ophidien: cf Cassuto CommenLa Genèse 93-4. tary I, 170-1; von Rad, Cf Cassuto Commentary I, 84-94. Lauteur souligne le rôle fondamental du chiffre 7 dans le second récit de la création comme dans le premier. Ibid 166-7 Thématiquement, il faut probablement inclure 19,42: le repos de Jésus au sépulcre. Le parfait grec indique à la fois le début et la continuation dune action : tout commence et continue à être complété. Stylistiquement, on trouve trois lignes consécutives de sept mots chacune, se terminant par

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les mêmes mots le septième jour »: cf Cassuto Commentary I, 6. 25x chez Jn. Cf C. Berger Zur Geschichte der Einleitungsformel «Amen ich sage euch» ZNW 63 (1972) 45-75. Borgen Observations on the Targumic Character of the Prologue of John » Il est également possible que la fête ne soit quun artifice purement littéraire et rédactionnel pour légitimer le retour de Jésus à Jérusalem. R. E. Brown The Gospel According to John I (New York 1966) xxxiv-xxxix
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Ouvrage

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préparation
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Ce texte, à lencontre de 8,1-11, est de couleur johannique. Il est pour le moins étonnant quun hors-doeuvre similaire serve dépilogue à 1 Jn (5,14-21). A. Feuillet note dailleurs » létroite parenté de composition entre Jn et 1 Jn: cf Etude structurale de 1 Jn (H. Baltensweiler u. B. Reicke, Herausg. Neues Testament und Geschichte Fests. Cullmann

[Zürich 1972] 307-27).


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er il est question de deux disciples du Baptiste et le mot « disciple » est Par exemple, au ch. 1 deux en fois; 21,1-14 il est question de sept disciples de Jésus, et le mot disciple » employé est employé sept fois. Dans tout lévangile, le mot hygiēs, guéri, se trouve sept fois, toutes en rapport avec le signe de Bethesda. En 6,1-15 il est question de cinq pains et deux poissons, soit sept multiplicandes; or le mot pain » est employé cinq fois et le mot « poisson », deux. En 9 se trouve sept fois lexpression-clef « ouvrir les yeux » ... On croit, dans tout lévanPour limportance des septénaires dans Ap, cf E. B. gile, discerner sept signes-miracles Allo LApocalypse (Paris 1933).
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Vg Mt 1,1-17.
« The Heptad as an Element of Biblical and Rabbinic Style » JBL 62 (1943) 17-26. Or justement, dans Gn 1, on trouve nombre de trucs littéraires fondés sur le nombre 7: cf Cassuto Commentary I, 12-15. Sur les 18 emplois johanniques de gennaō, 1,13 et les huit emplois du ch. 3 connotent explicitement la néogénèse. Les cinq emplois du ch. 9 se trouvent en contexte assez clairement baptismal (comp. 9,34 à 7,23 et 13,10); 16,21 (bis) et 18,37, en contexte pascal, donc de re-création. Cf M. McNamara Targum and Testament (Shannon 1972) 142-8.

Cf P. Gordis

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