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Lettre à mon addiction L’ALCOOL : un meilleur ami qui vous veut du mal.

Ca m’a pris du temps de me décider de t’écrire. Aujourd’hui je ressens la force et le courage de te dire tes quatre vérités. Tu as cru pendant des années que tu m’aurais à l’usure. Ayant déjà conquis mon âme et mes pensées tu croyais que je serais ton esclave jusqu'à la fin de mes jours, complètement asservi a ta cause et que tout mon temps te serait dévoué. Mais ma Puissance Supérieure en a décidé autrement. Tu es si perspicace dans le choix de tes victimes. Dans mon cas tu as été impitoyable. Tu m’as berné à 13 ans bien que j’avais toutes les raisons de ne pas te croire, ayant vu mon père se débattre dans tes griffes durant des années. Tu savais que j’étais curieux, mais naïf et que je ne verrais aucun mal à t’essayer. Et la culpabilité qui s’en est suivi …d’une part, mon père qui s’en était miraculeusement sorti d’une tentative de suicide et d’autre part moi qui flirtait avec toi croyant naïvement que mon père était faible ou que c’était le jugement de Dieu par rapport a ses écarts. Ta conquête était totale quand j’avais 16 ans. Tu avais mis sur ma route, des amis, qui comme moi ne trouvaient aucun mal à te fréquenter. C’était mes meilleurs amis, on partageait la même passion pour toi. On se dédiait à ta cause, on utilisait notre temps à te glorifier. On se croyait les plus intelligents de la planète. Les autres étaient cons. On était des hommes nous, des vrais. La voie était toute tracée. Tu t’arrangeais à me faire rencontrer des adultes paumés qui sous ton emprise, s’étaient engagés à faire du prosélytisme afin d’agrandir la fraternité des morts-vivants. Je me souviens même d’un notable complètement inféodé, qui lors d’un toast pour un mariage avait proclamé fièrement que « tu étais la lumière du monde ». Je l’avais cru sur parole car il paraissait si sûr de lui. Je n’avais pas encore découvert ton jeu qui consistait à amplifier mes peurs. Tu excellais dans cet art. Sous ton emprise, je m’inventais toutes sortes d’appréhensions qui grossissaient démesurément pour devenir des peurs atroces. La, tu t’empressais d’intervenir. Tu me forçais à croire que tu étais l’ami sincère qui m’aiderait à évacuer ces peurs. Je croyais en toi et à tel point que je m’abandonnais complètement à toi, te laissant la voie libre pour ton œuvre de destruction. Tu devenais ainsi mon Dieu, mon père, mon ange gardien, mon meilleur ami, ma solution à tous les problèmes de l’existence. C’était plus que de l’amour ; c’était de l’abandon total. Ceux qui tentaient de me raisonner malgré cet enfermement, me semblaient être des faux amis qui jalousaient notre entente si parfaite ; Que pouvaient ils pour moi ? Pourraient-ils me donner tant de réconfort, eux qui avaient tant contribué à me rendre malheureux ? Ils étaient tous des hypocrites qui ne comprenaient pas que je n’étais pas comme ceux qui se suffisent de leurs petites vies. Qui pouvait comprendre que la vie m’était si pénible et que toi seul

Ce jour là. Tu avais tout planifié jusque dans les moindres détails. mais qu’il ne fallait en aucun cas remettre en question notre lien sacré. bravant une température en dessous de zéro. Cette nuit j’avais marché pendant des heures. notre relation s’est rétablie et comme il me restait un fond de vodka dans mon sac je me suis empressé de le boire à la fois pour me donner courage et aussi pour fêter le héros qui avait su déjouer la mort. Et puis je me rends compte que c’aurait été impossible pour moi tant j’étais enchainé à toi. Existe-t-il une plus grande foi en quelque chose que mon allégeance à ton égard ? Des fois je me dis que si à cette époque. C’était à l’occasion d’une . Je me souviens que tu m’avais convaincu de m’acheter de la vodka qui me donnerait le punch de réaliser une visite mémorable des lieux. Des fois tu me conseillais de changer de boisson ou de lieu ou de me méfier de certaines personnes qui me mettaient trop de pression. Quand il m’arrivait de dépasser la dose tu me disais que ce n’était pas grave. je m’étais détaché de toi pour une longue période de 7 ans. Par la suite je me suis retrouvé derrière une église allongé sur un monticule de gazon qui entourait une grande croix. Souviens-toi. un de tes disciples s’était présenté en personne pieuse (du moins c’est ce que j’avais cru). J’en avais acheté une bouteille et j’avais volé une deuxième. Je m’étais cru libéré de ton joug à tel point que je prenais des libertés avec d’autres types de dépendances. que tu n’y étais pour rien dans cette tragédie.pouvais me comprendre et m’aider ? Ils voulaient nous séparer. Tu me montrais Pierre ou Paul qui eux géraient bien leur lien avec toi. Au petit matin. Je t’obéissais aveuglément. Tu te réjouissais. D’ailleurs dès que je suis sorti de l’hôpital. sachant pertinemment que bientôt je serais de retour dans tes bras. Puis ce fut le blackout ! Je me suis réveillé à l’hôpital ne sachant qui m’y avait transporté. en Allemagne où je pourrais librement m’adonner à ma passion pour toi. Tu m’avais subtilement fait comprendre que cela arrive. un soir tu m’as convaincu d’aller de l’autre côté de la frontière. J’avais pris d’autres habitudes et j’avais d’autres alliés et amis qui voulaient se défaire de ton amitié encombrant. Tu savais que l’heure était venue pour moi de te revenir. ni dans quel état j’étais. Avec leur soutien et beaucoup d’efforts. je me serais peut-être épargné toute cette déchéance que j’ai connue. même trop à ton gout et maintenant je sais que tu ne lâches pas prise si facilement sur tes proies. Personne ne pouvait briser ces chaines ! Tu t’évertuais à me prouver que tu n’y étais pour rien dans mes déboires et que c’était malhonnête de ma part de remettre en question nos liens pour peu qu’il m’arrivait d’en douter. Je t’avais juré fidélité jusqu'à la mort. qu’il y a des jours comme ca où les choses ne vont pas bien. Toi à mes côtés. j’avais pu ouvrir les yeux et voir la réalité. un automobiliste généreux m’avait conduit à Stuttgart. Tu es toujours aux aguets et ne t’avoues jamais vaincu. Mon passage au CDS m’a quelque peu distancé de toi. je n’avais pas peur de la mort. J’étais heureux. La seule chose que j’ai comprise : j’avais échappé de peu à la mort avec une pneumonie aigue. mais ca jamais. Ils m’avaient convaincu que je pouvais vivre sans toi et que je serais plus heureux.

Quand je lui ai demandé s’il buvait. Je n’étais pas prêt à prendre les taureaux par les cornes. que je patiente à écouter les témoignages. c’était une invitation et une caution morale . c’était plutôt l’appréhension du regard des autres et la réalisation d’une descente aux enfers impitoyable. fils . Même si j’étais revenu à toi. J’avais renoué avec toi mais la joie n’y était plus. Tout n’était qu’apparence. Ma deuxième tentative chez AA fut différente. Les emplois que j’obtenais au fil du temps étaient de plus en plus pénibles et correspondaient de moins en moins à mes capacités. je n’étais pas prêt à me libérer de toi.fête de fin d’année à l’intention des amis de notre promotion au collège. tu jouais toujours sur mes points faibles : mon apitoiement et mes peurs qui ne m’avaient jamais complètement abandonné. du moins à ce que je croyais être capable de faire. Une première fois. une vie où j’aurais la force de me tenir loin de toi. Le pire moment c’est quand je me suis retrouvé dans une école à peindre le plafond d’une salle. De plus. spirituellement. Et puis. C’était ma dernière chance. qu’une autre vie était possible. que je suis revenu de loin. je me fiais a toi pour canaliser toutes ces colères accumulées contre tout et contre tous surtout contre Dieu. D’autres avant moi avaient pu le realiser et je commençais à croire que moi aussi je le pourrais. Je trouvais bizarre qu’un musulman avec une longue barbe se trimballe avec du whisky. je conclus que moi aussi je pouvais en prendre ! Et là. « In vino Veritas » était le commandement en lequel je croyais. tu n’étais jamais loin . Tu n’acceptais jamais que je m’épanouisse dans un travail. pour l’avoir vécu pendant de longs mois. Le type avec sa longue barbe était la première personne que j’ai vue. Ce n’était pas le travail en soi qui me rendait triste . la glissade a commencé et cela a duré 5 longues années. mon bilan professionnel était nul. je peux maintenant dire sans le moindre doute. qui m’a soutenu tout le long de ce parcours. que je continue d’assister aux réunions. Le comble c’est que je n’étais pas prêt à accepter que c’était toi le grand coupable. Avec le soutien d’une personne très chère. Alors pour l’alcoolique que j’ai toujours été. Tout un programme ! Mais c’était vital que je voie enfin la réalité et que je me dise que tu n’as jamais été un ami pour qu’enfin je te bannisse à jamais de ma vie. Je me rendais compte que je n’avais plus 20 ans. J’ai pu realiser que mon association avec toi ne m’a apporté que calamités . Encore fallait-il que je tienne le coup. c’était le vide total. frère. je n’existais plus. il m’a répondu qu’il en prenait de temps en temps. Tu me donnais la force de répandre mon venin contre tout ce qui semblait etre juste. D’ailleurs je ne restais jamais plus d’une année dans un même travail. socialement. que j’accepte de résoudre mes problèmes avec Dieu et avec les autres et surtout que je prenne mes distances de toi. qui selon moi était responsable de ma situation. mon association avec AA n’a duré qu’une année. père. que j’avais échoué lamentablement en tant qu’époux. je savais. tu me rendais la vie si difficile. Il avait posé devant lui une bouteille du meilleur whisky. Je pensais avoir encore besoin de toi . Il n’y avait que toi qui proclamais la vérité. Rien n’était juste selon moi ! Tout n’était qu’hypocrisie. Cependant.

Reste enfoui dans ta prison de verre. je ne te haïs point. je te méprise. Alors cher ennemi.et déboires et que les « meilleurs moments » que j’ai passés avec toi ne sont en rien comparables aux pires moments de ma sobriété. tes mensonges. Pour rien au monde je ne voudrais échanger cela contre tes fausses promesses. là ou tu ne risques pas de me faire de mal. Maintenant je vis heureux. reste dans la bouteille ! Loulou . qui me veut du bien. Reste à ta place. sous la protection d’un Etre qui m’aime.