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L’ECHO MARDI 3 SEPTEMBRE 2013

Économie& Politique Monde

Bachar al-Assad: «Le risque d’une guerre régionale existe» © BELGa
Bachar al-Assad:
«Le risque
d’une guerre
régionale existe»
© BELGa

Le président syrien met en garde Paris contre les conséquences de frappes militaires occidentales contre son régime.

«Le Moyen-Orient est un baril de pou- dre, etle feu s’en approche aujourd’hui. Personne ne peut savoir ce qui se pas- sera (en cas de frappesmilitaires oc- cidentales). Tout le monde perdra le contrôle de la situation lorsque le baril de poudre explosera. Le chaos etl’extré- misme se répandront. Le risque d’une guerre régionale existe». Ce sont les déclarations du président syrien, Ba- char al-Assad, dans une rare inter- view, accordée au «Figaro». La France sera «l’ennemi» de la Syrie si elle participe à une interventionmi- litaire,met encore en garde le prési- dent syrien en soulignant qu’il y au- rait «des répercussions» sur les inté- rêts français. Interrogé sur la responsabilité de son armée dans l’attaque aux armes chimiques dans la banlieue de Da- mas, Bachar al-Assad retourne la question: «Quiconque accuse doit don- ner des preuves. Nous avons défié les États-Unis et la France d’avancer une seule preuve. MM.Obama et Hollande en ont été incapables», dit-il. Les services de renseignement français ont déclassifié une note pour prouver, selon eux, le rôle du régime de Bachar al-Assad dans ce massacre. L’imagerie française a d’abord montré que les zones tou- chées étaient tenues par les rebelles

et se situaient à la lisière de zones te- nues par le régime, a indiqué cette source. Les rebelles n’ont pas les moyens demener une telle attaque, «massive et coordonnée», qui a utilisé des ro- quettes «très vraisemblablement de fa- bricationindustrielle», a-t-on précisé. Enfin, le régime a bombardé la zone intensément, après l’attaque, avec une «volonté d’effacement des traces environnementales», a-t-on ajouté. «La France est déterminée à sanc- tionner l’usage d’armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad» par une «action ferme et proportionnée» qui «ne visera ni à renverser le régime, ni à libérer la Syrie», a précisé le Premier ministre françaisJean-Marc Ayrault,

«Tout le monde perdra le contrôle de la situation lorsque le baril de poudre explosera.»

plaidant à nouveau pour une «solu- tion politique» en Syrie. «Il n’est pas question pourla France d’agir seule», a encore déclaré Ayrault. Le président de la République, François Hollande, «continue son tra- vail de persuasion pour réunir dansles meilleurs délais une coalition», a-t-il poursuivi.

François Hollande isolé sur l’intervention en Syrie

spécialistes de la sphère militaire suite à l’attaque chimique», nous dit

plus isolé pour «punir» le régime tendent à prouver qu’il serait très ris- Nicolas Baygert, chercheur à l’UCL et

qué pour une France aux capacités chargé de cours à l’IHECS.

militaires limitées de frapper au cœur de la Syrie.

«Son attitude se base sur un mau- çois Hollande et de sa volonté de vais calcul.On est trèsloin dela ‘real po- moraliser la politique. «La volonté de litik’et plutôt dans une politique de ‘punir’est en relations internationales l’émotion. Il voulait faire figure de bon un terme inédit avec une posture qui élève et faire partie de ces pays volon- s’appuie sur la notion des ‘guerres taires pour aller punir Bachar al-Assad justes’», ajoute Baygert.

François Hollande est de plus en

Une posture qui en fâche beau- coup en France alors qu’une majo- rité de citoyens (64%) est opposée à une intervention militaire com- mune des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni (voir ci-contre). Même si elle était mandatée par l’ONU, une intervention militaire française ne récolterait pas la majo- rité dans l’opinion. Il n’en fallait donc pas plus pour créer un front

syrien. Son refus de passer par le parlement suscite un vif débat dans l’Hexagone.

BENJAMIN EVERAERT

Après le Mali et la victoire française, le cas d’une éventuelle intervention en Syrie pourrait s’avérer autrement plus difficile à gérer pour le prési- dent français. Adepte d’un discours musclé, François Hollande se re- trouve esseulé tant à l’international qu’à l’intérieur de ses frontières. À l’International, d’abord parce que le Premierministre britannique David Cameron a été mis en mino- rité aux Communes jeudi, alors qu’il demandait le feu vert pour une ac- tion «ciblée» contre le régime de Da- mas. Ensuite, et c’est d’autant plus contrariant, parce que Barack Obama joue la quête de légitimité en demandant l’avis du Congrès américain avant d’aller plus avant.

Punir Assad

François Hollande, qui voulait punir rapidement le régime de Damas, se retrouve donc bien embêté. Surtout que les différentes déclarations des

Cette attitude se place dans le contexte de la présidence de Fran-

LA «DIPLOMATIE DU TOMAHAWK» A SES LIMITES

LA «DIPLOMATIE DU TOMAHAWK» A SES LIMITES Si elles ont finalement lieu, les frappes américaines (et

Si elles ont finalement lieu, les frappes américaines (et éven- tuellement françaises) contre la Syrie seront sans doute à classer parmi les raids aériens les plus annoncés de l’histoire. Ce qui, sous l’aspect strictement mili- taire, est une aberration. D’au- tant que Washington répète à l’envi qu’il s’agit de ne pas y aller trop fort pour éviter de modifier le cours des combats ou de faire chuter le régime. Comme le sys- tème de défense anti-aérien sy- rien est réputé pour être particu- lièrement coriace, beaucoup pa- rient sur l’emploi de missiles de croisière. Les «Tomahawk» of- frent en effet le double avantage

d’une très grande précision et de l’absence de risque sur le plan humain (pour l’agresseur…). Tou- tefois, les bombardements au moyen des seuls «cruise mis- siles» ont historiquement tou- jours donné des résultats très mitigés. En 1998, à la suite des attentats contre les ambassades US au Kenya et en Tanzanie, le président Clinton fit tirer des di- zaines de Tomahawk contre des camps d’al Qaïda en Afghanis- tan et contre une usine souda- naise suspectée de fabriquer des armes chimiques. Ce qui n’empêcha en rien un certain 11 septembre 2011… Les USa bom- bardèrent également l’Irak à

plusieurs reprises dans les an- nées nonante (Desert Strike, Desert Fox) en guise d’avertisse- ment à Saddam Hussein. Mais il faudra attendre l’invasion de 2003 pour que le régime de Sad- dam Hussein soit éliminé. Bref, ce n’est que lorsqu’ils sont em- ployés en complément d’autres frappes aériennes (guerres du Golfe de 1991 et de 2003, offen- sive contre la Serbie de 1999) que les missiles de croisière s’avèrent réellement efficaces. Sinon, ils ne sont guère plus per- tinents que la vieille politique de la canonnière menée longtemps par les puissances occidentales.

O.G.

commun de l’opposition face à la volonté guerrière de Hollande. Dans ce contexte, il est donc lo- gique, malgré les appels répétés de l’opposition, que François Hollande ne passe pas par un vote parlemen- taire pour ne pas donner de publi- cité à une contestation politique

LES FRANÇAIS OPPOSÉS À UNE INTERVENTION MILITAIRE EN SYRIE

QUESTION: Etes-vous favorable à une intervention d’une coalition militaire en Syrie composée notamment de la France, du Royaume Uni et des Etats-Unis contre les forces de Bachar Al-Assad ?

Tout à fait opposé Tout à fait favorable 30 8 % 34 2 26 Plutôt
Tout à fait
opposé
Tout à fait
favorable
30
8
%
34
2
26
Plutôt
Sans
Plutôt
opposé
opinion
favorable

Source: BVA

bien réelle en France. Un débat aura bien lieu ce mercredi à l’Assemblée, mais sans vote

Loin des promesses

«Ce qui est assezironique c’est que cette posture est à mille lieues de ses pro- messes de campagne où il défendait cette idée d’un président qui passe par le parlement, qui n’a pas cette vision monarchique de la cinquième répu- blique et qui respecte les forces poli- tiques de son pays. On est ici dans une monarchisation complète dela fonction de président et loin de ce qu’il disait dans sa fameuse anaphore ‘Moi prési- dent…’ On est dans une posture 100% sarkosyste de volontarisme», détaille le chercheur. Un choix qui attise le débat en France. Les députés de la Droite po- pulaire, l’aile droite de l’UMP, ont an- noncé dans un communiqué qu’ils refuseraient de participer au débat de mercredi sur la Syrie s’il n’était pas suivi d’un vote, pour ne pas cau- tionner une «mascarade». Ceux-ci reprochent au président son suivisme par rapport au prési- dent Obama. «Les seuls qui n’auront pas à se prononcer sur l’engagement des forces armées en Syrie seront donc les parlementaires français», décla- rent-ils.

Egypte:

répression accrue contre les «Frères»

Les nouveaux dirigeants accentuent encore leur emprise sur le pouvoir et leur répression à l’encontre des Frères musulmans, le mouvement islamiste du président déchuMoha- med Morsi. La justice égyptienne a recommandé lundi la dissolution des Frèresmusulmans en tant qu’or- ganisation non-gouvernementale. Elle a aussi ordonné la fermeture d’une télévision islamiste. Di- manche, les nouvelles autorités ont annoncé le renvoi devant la justice de l’ex-président Mohamed Morsi pour répondre d’accusations d’inci- tation au meurtre. Le gouvernement intérimaire a également désigné une nouvelleAs- semblée constituante, où ne siège presqu’aucun islamiste, pour réviser la Loi fondamentale adoptée l’an passé par un parlement dominé par les Frères musulmans. Le mouve- ment islamiste a été décapité par la répression. Son numéro un, Moha- med Badie, a été victime d’une crise cardiaque en prison, selon le journal gouvernemental Al Ahram.

Un débat sans passion laisse Angela Merkel en grande favorite des élections allemandes

L’unique débat télévisé qui a op- posé, dimanche soir, Angela Mer- kel et Peer Steinbrück a été à l’image de la campagne électo- rale en vue des législatives du 22 septembre: terne et morose.

FRÉDÉRIC THERIN

à MUNICH

En dehors de quelques coups d’œil rapides et de brefs échanges directs, les deux principaux candidats à la Chancellerie fédérale se sont contentés de jouer pendant 90 mi- nutes leur partition respective. La cheffe du parti chrétien-démocrate (CDU) a enfilé son costume de «Mutti» de la nation, dans son tail- leur tout noir égayé par un collier aux couleurs du drapeau national qui possède déjà son compte… twit- ter. Répétant sans cesse les mêmes débuts de phrase quand son rival ou un des quatre journalistes osaient lui couper la parole, on aurait dit «une grand-mère lors d’une discussion au coin du feu» qui tente de calmer l’ardeur de ses petits-enfants,

s’amuse l’hebdomadaire Spiegel. Son ancienministre des Finances lors de la grande coalition (2005- 2009) a, lui, cherché àmultiplier les piques sur les «sujets qui fâchent»:

hausse de la pauvreté, transition énergétique «désastreuse», scandale des écoutes des services secrets amé- ricains, salaireminimum généralisé et non pas négocié par branche comme le souhaite sa concurrente, mise en place d’un plan Marshall pour la Grèce ressemblant à celui

49% d’avis positifs pour Steinbrück, contre 44% pour Merkel.

dont a bénéficié l’Allemagne après la Seconde guerre mondiale… Le can- didat du parti social-démocrate (SPD) a répété ses gammes sans commettre de fausse note, une ga-

répété ses gammes sans commettre de fausse note, une ga- Un collier aux couleurs de l'Allemagne

Un collier aux couleurs de l'Allemagne porté par la chancelière An- gela Merkel a son compte twitter après avoir suscité de nom- breuses réactions sur les réseaux sociaux. © aFP

geure pour cet habitué des «couacs». La chancelière a répondu aux at- taques en se lançant des fleurs. Elle a ainsi jugé que son secondmandat avec les Libéraux du FDP pouvait af-

ficher un bilan «relativement sensa- tionnel». Estimant «avoir démontré que nous étions capables» de diriger un pays qui reste «unmoteur de crois- sance» et une «ancre de stabilité», l’an-

cienne physicienne a affirmé que son «travail n’était pas encore ter- miné». Les électeurs n’ont visible- ment pas tous été séduits par son ar- gumentaire.

Pas de vainqueur

Même si les sondages ne donnent pas de clair vainqueur pour ce débat, il semble que «l’outsider» dont le parti accusait encore… seize points de retard dans un sondage publié hier dans les colonnes de «Bild an Sonntag» ait été un brin plus convaincant. Une enquête de la chaîne télévisée publique ARD lui donnait ainsi 49% d’avis positifs contre 44% pourAngelaMerkel. 52% des électeurs indécis ont également préféré la prestation de l’ancien étu- diant en économie et en sciences so- ciales de l’université de Kiel contre à peine 36% pour la cheffe du gouver- nement.Mais à peine 10% de ces son- dés ont affirmé que ce débat pouvait influencer leur choix final pour les législatives. Voilà qui ne devrait pas arranger les affaires de Peer Stein- brück…