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Le temps que la lumière inonde ce palier

J'entre-ouvre à peine cette porte. Je l'entre-ouvre parce que j'ai peur d'y trouver quelque chose d'inhabituel. Elle est restée fermée bien trop longtemps à mon goût. Rien que cette entre-ouverture permet à l'air figé depuis mon départ, et jusqu'à alors, de s'échapper, de s'évader. Le froid est la première sensation qui me prend, rien que le froid. Puis vient l'ombre. Ces deux sorcières d'ombre et de froideur ont décidé de m'attendre, là, derrière cette porte à peine entre-ouverte. J'inspire profondément, paisiblement. L'odeur de la poussière suspendue qui vient ainsi prend la forme de leurs ricanements, étouffés derrière cette porte. Ces deux maudites sorcières qui s'infiltrent partout derrière ces portes que l'on ferme trop longtemps. Je les redoute fortement, amèrement.

Un effort supplémentaire, je l'ouvre suffisamment pour m'infiltrer dans cette entre- ouverture et embrasser immédiatement la première de ces deux sœurs, l'ombre. De toute façon, la seconde trouvera son chemin jusqu'à moi, jusqu'à mes os et mes sang d'ici peu, sans le moindre effort. La porte, de sa lourdeur et de sa torpeur, se referme d'elle-même, derrière moi. Autant affronter un ennemi dont on devine les contours, même si après tout, ce dernier a pour principal artifice de nous jeter dans l'invisible le plus profond. Me voilà sur cet obscur palier, faisant office d'entrée à ce qui est "un chez moi", encore que maintenant, il serait judicieux de considérer ce dernier comme laissé en proie aux rites de deux sorcières du temps et de la vie, la froideur et l'ombre.

Je m'appuis contre le mur jouxtant la porte, belle et bien refermée. J'inspire profondément, à nouveau la poussière transporte les ricanements de ces deux folles. Leurs rires sont bien justifiés, puisque je viens de me jeter dans les griffes d'une et l'autre en profite pour armer ses flèches qui m'atteindront sans la moindre déviation possible. Je tends le bras gauche et caresse lentement le mur. Je sais que la délivrance n'est pas très loin. La rugosité du mur et de la peinture, que ma mémoire n'a pas oubliée, m'indique qu'il n'est plus très loin, cet interrupteur salvateur. J'étends mon bras et décrit un arc de cercle. Rien ne vient dévier cette course.

Peu à peu, les griffes de la noireaute, accentuent leur étreinte. Une à une, les flèches de l'insidieuse me touchent. Je frémis, ma peau, en réaction pure de survie, se contracte puis se détend à plusieurs reprises. Mes gestes en deviennent plus lents et moins précis. Je sombre doucement à leur appel. "Oublie-toi, dans ces draps que nous t'offrons. Oublie- toi et vois que nous ne sommes pas si mauvaises".

Alors que je commence à basculer, ma main vient percuter l'interrupteur. Mes paupières vacillent, mes jambes flagellent. Ma main répond faiblement, mais suffisamment pour

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enclencher cette machinerie instantanée. Tout est figé dans le froid et l'ombre, la lumière répond à cet appel quasi-mécanique et doit s'immiscer comme un flash violent autour et au moins disperser une des deux sorcières. Mais plus rien n'apparaît correctement derrière ses portes trop longtemps fermées, autant les hommes, que la lumière qu'ils essayent d'apporter. Je vois le front de lumière s'avancer depuis le mur et épandre, laborieusement, son halo sur le parquet, puis sur les murs voisins. Je suis sur ce palier froid et sombre, luttant avec pour seule arme un interrupteur, contre deux sorcières ayant chacune un insidieux artifice, le froid et l'ombre. Le temps que la lumière inonde ce palier, je bascule, mes jambes se dérobent, mes yeux se ferment et la lumière, partiellement répandue, s'évanouit.

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Le bruit des ampoules

L'homme s'éveille. Comme tout éveil, il s'agit tout d'abord de se situer dans l'esprit, dans l'espace, puis dans le temps.

L'esprit, l'âme, peu importe ici le nom qu'on lui donnera, cet homme n'en a plus. A son éveil, celui-ci ou celle-ci, peu importe, laisse un vide béant, un vide comparable au souffle que l'on entend et que l'on ressent devant une grotte immense plongée dans le noir, qui effraie certains et incite d'autres à y plonger.

L'espace n'est pas beaucoup plus défini. Sur le dos, tout ce qui est atteignable par la vision est un immense espace bleu intense. Assis, il s'agit plutôt d'un espace vert animé, légèrement asynchrone, bordé par un nouveau bleu, teinté de vert, filant au loin. Debout, toujours les mêmes espaces bleu intense, vert animé et bleu teinté de vert filant au loin. Ces trois espaces s'unissent dans une ligne unique, aussi fine que le froissement des yeux de l'homme qui s'efforce de la distinguer.

L'homme suit cette série de positions, comme une évolution de vie dans l'espace indéfini qui l'entoure.

Le temps, lui, se propage dans cette grotte béante laissée par l'esprit et l'âme. Il y agite les souvenirs, les sentiments qui n'ont pas été arrachés avec le départ de cet esprit, de cette âme, les fait siffler, virevolter dans cette grotte immense et béante, claquer contre les parois, puis les fait s'évanouir. Chaque souvenir, chaque sentiment est un timbre d'une voix, d'un lieu, d'un instant, d'un monde passé, tous encore liés à cet homme qui s'éveille.

"La voie vers les portes de ce purgatoire se trouve devant moi" énonce l'homme dans sa première intention. "Maintenant

Cet homme a découvert le bruit des ampoules. Cet homme a goûté à tous les sentiments et le ressentiment de son espèce, a

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Ajuste Titres

les titres, leur origine _evocation d'un pass_e _evocation d'une sensation _evocation d'une vision

Au jardin de la confluence

Apparition spatiale, d_etachement temporel

Ces moutons volubiles et volatils dans l'immensit_e bleue de la mer

D_eplacement le long de la rivi_ere pour atteindre le bord de l'oc_ean et les moutons

Dans la naissance de ce quatuor

Regardant un groupe, un groupe de quatre qui se connaissent _a peine mais qui commence _a se d_ecouvrir

De l'importance psychologique dans l'utilisation de la cuill_ere ou de la fourchette

Le go^ut des choses port_ees par le m_etal

Des nuages et des volont_es

Retour au jardin de la conuence, regard port_e sur les masses l_eg_eres et blanches

La conservation des moments

Entr_ee dans la m_emoire, la biblioth_eque de l'esprit et sa d_egragation

L'arrachement

La perte des ^etres qui nous entourent avec le temps, quelque soit l'espace

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Les marches dans la montagne

Entr_ee dans l'imaginaire, un souvenir lointain lors d'un voyage, les marches dans la montagne

Mes madeleines de Proust

Suite de l'imaginaire, le pouvoir des sens sur la m_emoire et les images qu'on en a

O_u ^etre alors ?

Questionnement existentiel

Pourquoi ce temps est-il si long ?

L'attente

Un dimanche de janvier sur une plage

Retour aux moutons et positionnement temporel-spatial du souvenir

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Centres d'intérêt liés