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Frank Paul Bowman Gisèle Séginger, Le Mysticisme dans la Tentation de Saint Antoine In: Romantisme,

Gisèle Séginger, Le Mysticisme dans la Tentation de Saint Antoine

In: Romantisme, 1987, n°55. pp. 126-127.

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Bowman Frank Paul. Gisèle Séginger, Le Mysticisme dans la Tentation de Saint Antoine. In: Romantisme, 1987, n°55. pp. 126-

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1987, n°55. pp. 126- 127. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048-8593_1987_num_17_55_4874

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fondements d'une nouvelle compréhension du sujet sur les ruines d'un individualisme et d'un rationalisme largement responsab lesde la crise contemporaine, et contrain draitle romantisme de 1830, dont le propos idéaliste de fuite hors de l'histoire ne corre spond plus à la crise des années 1850, à se dépasser dans une sorte de régénérescence aux sources de l'imaginaire et du réalisme. Car les deux termes ne s'opposent pas, nous dit Gabrielle Malandain, qui se souvient peut-être de la forte remarque que Jean Cassou formulait jadis à propos de Picasso et s'appuie en tout cas expressément sur l'éloge que la fin de Lorely rend au peintre Rembrandt. Nerval, nouveau Rembrandt ? — dans son éclatante ambition comme dans sa modestie même, le parallèle qu'ins taurele texte est émouvant : il transfigure la solitude et l'incompréhension auxquelles Nerval lui-même dut faire face à la fin de sa vie au flamboiement intérieur d'un artiste exemplaire. L'interprétation lave et rafraîchit le regard, surtout si l'on accepte les termes de la présentation de Lorely, selon lesquels « des esprits de la force de Rembrandt sont de ceux qui, comme les dieux, épurent l'air où ils ont passé ». D'une grande prudence et d'une grande sûreté méthodologiques, l'enquête de G. Malandain repose sur une intime connais sancedes textes, depuis la production jour nalistique jusqu'aux ouvrages de la maturité, dans lesquelles, assure-t-elle, l'œuvre a accompli sa propre révolution intérieure, sans négliger la production dra matique dans laquelle Nerval plaça tant d'espérances déçues. La dialectique nerva- lienne y apparaît à la fois dans son ambition — échapper au dogmatisme qui entrave la pensée, l'imagination et le cœur, découvrir dans l'autre comme en soi-même la part d'étrange, de mystère et de rêve qui permet à l'homme de s'appréhender avec justesse, au plus près de sa réalité effective — et dans sa souple cohérence, puisque le poète, « prê tre du passé et prophète de l'avenir » (p. 23, note), ne puise dans la tradition que ce qui authentifie la relation de l'individu à la communauté, sans jamais renoncer au mouvement qui caractérise la vie. Cette conquête du sujet, qui passe par la libéra tionprogressive par rapport à la contrainte que représente les genres littéraires en place, nous vaut des pages très fines sur le trait ement nervalien du récit de voyage ou des genres épistolaires et dramatiques. On appréciera dans cet ouvrage, qui tire sa sûreté d'une méthode d'inspiration analytique et linguistique, la justesse d'un ton à la fois sobre et mesuré, adéquat à la démarche de l'inspiration nervalienne qu'elle

Commentaires et notes critiques

aide à appréhender. Sans jamais peser, il manifeste une rare maîtrise de l'érudition nervalienne. Et le lecteur voit s'ouvrir de plus larges perspectives encore, lorsque G. Malandain l'entraîne (à la suite de Nerval lui-même que son destin personnel a peut- être rendu plus sensible qu'aucun autre à ces problèmes), dans une réflexion fonda mentale sur le statut et la crise de l'imagi naireau XIXe siècle.

Stéphane Michaud

Gisèle Séginger, Le Mysticisme dans « La Tentation de saint Antoine». La Relation

sujet-objet.n° 5, Minard,« Archives1984.

Gustave Flaubert »,

La Tentation de saint Antoine reste la moins étudiée des grandes œuvres de Flau bert, et pourtant celle à laquelle il consacra le plus de temps, d'énergie, peut-être d'importance. L'étude de G. Séginger est brève et parfois trop dense ; elle évoque de manière alléchante les liens du texte avec les théories d'alors sur l'hallucination, avec certains concepts freudiens, avec les « cri ses » de Flaubert, etc. ; on aurait voulu un traitement plus développé. Cela n'empêche que son étude ajoute considérablement à notre compréhension du texte et de son importance dans le discours du XIXe siècle sur les rapports du moi à la religion. On peut donc se permettre quelques petites cri

tiques

Leroyer de Chantepie, et faut-il prendre tout à fait à la lettre ce que Flaubert écrit à cette demoiselle confite en religiosité? «Creuzer» pour l'adaptation qu'en fit Guigniaut, de qui les thèses et une grande partie de la documentation ne sont pas de Creuzer. D'ailleurs, G. Séginger montre avec raison que Flaubert ne partage point les thèses de Creuzer ; il se rapproche pour tantde celles que Guigniaut exprima ouver tement ailleurs. Enfin, comme presque tout

le monde, elle parle des « trois versions » de la Tentation. Il vaudrait mieux ne parler que de deux, malgré les publications en 1856-57 dans YArtiste, en se rappelant que le texte de « 1856» publié par Louis Ber

trand

comme le fait celui de « 1849 » pour NAF 23664; espérons qu'une édition satisfai santeverra bientôt le jour. (G. Séginger cite d'après l'édition «Intégrale»; celle, fort riche, de Claudine Gothot-Mersch est parue sans doute après l'achèvement de son travail.) Peu importe du reste car G. Ségin gerne cite jamais « 1856 » ; par contre, elle relève, et c'est un des côtés les plus riches

: « de Chantepie » partout pour Mlle

reproduit fort mal NAF 23665,

Commentaires et notes critiques

de son travail, des différences fort import antes entre 1849 et 1874 : la refonte de plu sieurs tentatrices féminines en Ammonaria

et la reine de Saba, le fait que le lieu de la parole, multiple dans 1849, devient centré sur Antoine dans 1874, pour ne mentionner que deux exemples, mais qui sont essentiels. Il est impossible de parler des deux textes comme d'un seul ouvrage sauf si on suit, comme J. Bern Га fait, la démarche d'une lecture psychocritique à la Mauron. G. Séginger approfondit la manière dont s'opère dans la Tentation cet « éclatement du sujet » que Françoise Gaillard discerna chez Flaubert, partant de l'extension laïque et satirique que le texte donne à la « con naissance mystique » pour dresser enfin le tableau de la manière dont la « parole poéti queauthentique n'accède à sa finalité que dans sa mort et mesure ainsi son impossibil ité».Lecture très juste et perspicace; Antoine, dit-elle, ne se perd pas dans la matière, il veut être la matière, et cette matière n'est que pourriture, l'objet ne peut combler le sujet, qui se replie donc sur un narcissisme, seul lieu possible de la parole mais qui n'existe qu'au conditionnel. C'est là une lecture possible de 1874, où Flaubert va plus loin qu'ailleurs sans doute dans sa méditation sur moi, monde et langage; Bouvard et Pécuchet épuise peut-être davantage monde et langage, mais Flaubert est plus aux prises avec le problème du moi dans la Tentation. On ne doit pas pour autant négliger le contenu polémique du texte sur les problèmes de la religion comp

arée,

ce sujet des pages excellentes sur la « resym- bolisation désymbolisatrice » des divinités, la manière dont le texte prive l'histoire des religions de toute réalité au niveau ontolo gique,grâce en partie à la structure paratac- tique de leur présentation. Ajoutons seulement que, en 49 et encore en 74, les tex tes de Flaubert prennent leur place dans un débat d'une grande actualité et qu'il suivait avec attention. Il est curieux de constater que la thèse que G. Séginger dégage de la Tentation — en l'absence de Dieu, la con naissance est impossible — rejoint celle d'une certaine philosophie catholique d'alors (Bautain, Moigno, Gioberti), sans que pour autant Flaubert en tire les mêmes conclusions ! Je ne sais par contre si je peux partager la conclusion, qui voit dans le texte à la fois l'évocation et la mise en question de la poss ibilité « d'une nouvelle aurore de la poés ie ». On pourrait accuser G. Séginger de négliger dans sa lecture le rôle énorme du grotesque dans le texte — rôle qu'elle définit pourtant très bien comme « détotalisateur »

des mythes, etc. ; G. Séginger offre à

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et « déshistoricisant ». Flaubert y fait subir au discours de son époque à lui sur religion, philosophie, histoire, etc., un traitement sarcastique et nihiliste; c'est la contre partie du Merlin de Quinet. Si en fait créa tion et destruction y sont liées (p. 67), c'est afin de montrer que la destruction attend toute création de l'esprit humain. Il reste que cette étude est sans doute la lecture la plus riche que nous possédons jusqu'à aujourd'hui de ces deux textes-monstres, les Tentations de 49 et de 74.

Frank Paul Bowman

Mallarmé. Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Imprimerie nationale, grand in- quarto, sans pagination, 1987.

Les fervents de Mallarmé seront heureux de pouvoir posséder son dernier grand poème réédité — c'est essentiel — dans le format original qui seul lui donne sa dimension, à 500 exemplaires sur beau vélin d'Arches, en magnifiques caractères Didot, avec le soin qui est toujours celui des servi cestypographiques de l'Imprimerie natio nale. La présentation est même améliorée par rapport à l'édition de 1914, et à toutes les éditions courantes qui ont suivi : cha cune des doubles pages sur lesquelles se lit le poème est composée comme un ensemble

d'une seule page, sans qu'il y ait, de part et d'autre de la pliure centrale, ce blanc qui coupe la continuité des phrases et produit une césure visuelle au milieu du call igramme. Pas de présentation : il y aurait fallu des volumes, et trois au moins ont déjà

été écrits

d'innombrables articles. La préface de Mal larmé n'a pas été reproduite, ce qui peut sur prendre, mais, tout bien pesé, est préférable pour trois raisons. D'abord une partie de ce texte ne concerne que la version qu'avait publiée en 1897 la revue Cosmopolis, et qui constituait un sabotage éhonté. Ensuite, Mallarmé commençait par dire : « J'aimer aisqu'on ne lût pas cette Note, ou que par courue, même on l'oubliât. » Ironie certes, mais qui traduisait un tiraillement chez le poète. Il souhaitait répondre à la surprise du lecteur de Cosmopolis, mais il n'aurait peut-être pas maintenu sa préface pour l'édition séparée. D'un autre côté, il devait sentir vaguement que ses «explications» étaient peu valables. Car — et ce troisième point est le plus important — il faut dire que le texte contient des absurdités. Appeler le poème une partition, comme il le fait, modifie radicalement le sens du mot, et prête à confusion. Et surtout c'était une

sur

le

sujet,

sans compter