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UNIVERSITE PAUL CEZANNE - AIX-MARSEILLE III

INSTITUT D’ETUDES POLITIQUES

MEMOIRE
pour l’obtention du Diplôme

L’extrême-droite française face à la question israélienne (1967-2011)

Par Michaël Bloch

Mémoire réalisé sous la direction de François Dumasy

2010-2011

L’IEP n’entend donner aucune approbation ou improbation aux opinions émises dans ce mémoire. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.

Remerciements

A mon directeur de mémoire François Dumasy qui m’a guidé de ses conseils toujours pertinents tout au long de la réalisation de ce travail.

A Jeff Bellaiche, Sophian Aubin, Daniel Bar-David, Sylvie, Francis, Golda et Jessica Bloch qui ont pris le temps de relire ce mémoire pour m’aider à l’améliorer de leur regard extérieur. A Thomas, Eliel, Mathias, Mélanie, Laurine et Tom qui m’ont soutenu pendant toute l’écriture de ce mémoire.

Mots clés
o Antisémitisme o Antisionisme o Extrême-droite o France o Israël o Négationnisme o Proche-Orient o Sionisme

Résumé
Objets de débats, la question israélienne a été, depuis la naissance du sionisme, un facteur de divisions à l’extrême-droite. La réalisation du rêve de Théodore Herzl avec la création d’Israël en 1948 ainsi que les différentes guerres israélo-arabes ne feront qu’accentuer les controverses sur cet Etat dans ce courant politique. La guerre des Six Jours marqua d’ailleurs l’apogée du soutien de l’extrême-droite à Israël. L’Etat hébreu est alors vu comme un moyen de défense contre l’hégémonie bolchevique au Proche-Orient. Israël est aussi perçu, par certains, à l’extrême-droite, comme la solution au problème des juifs « inassimilables ». A partir de 1967, l’idéologie antisioniste, souvent associée au négationnisme et à l’anti-impérialisme se développe dans les milieux d’extrême-droite. Elle fut particulièrement efficace au moment de la guerre du Liban en 1982. L’avènement de Jean-Marie Le Pen comme leader d’une extrême-droite unifiée, ainsi que certaines des circonstances internationales et politiques expliquent les positions contradictoires du chef du FN sur la question israélienne. Les attentats du 11 septembre modifièrent, une nouvelle fois, les positions de l’extrême-droite sur la thématique israélienne. Le mouvement se divise en deux entre les occidentalistes, partisans du choc des civilisations et soutenant généralement Israël et les antimondialistes, adepte d’un discours antiaméricain et antisioniste.

Sigles :
-AFPS = Association France Palestine Solidarité -BDS= Boycott Désinvestissement Sanctions

-CRIF= Conseil Représentatif des Institutions Juives de France

-FLN= Front de Libération Nationale

-FN= Front National

-GRECE= Groupement de Recherche et d'Etudes pour la Civilisation Européenne

-GUD= Groupe Union Défense

-LDJ= Ligue de Défense Juive

-LICRA= Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme

-MNR= Mouvement National Républicain

-MPF= Mouvement Pour la France

-MRAP= Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples

-MRP= Mouvement Républicain Populaire

-OAS= Organisation Armée Secrète

-OPEP= Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole

-PCF= Parti Communiste Français

-PPF= Parti Populaire Français

-RFA= République Fédérale d’Allemagne

-RNP= Rassemblement National Populaire

-RPF= Rassemblement du Peuple Français

-SALT= Strategic Arms Limitation Talks. Négociations sur la limitation des armements stratégiques

-SFIO= Section Française de l'Internationale Ouvrière

SOMMAIRE Introduction……………………………………………………………….…8

Première partie Un soutien majoritaire de l’extrême droite à Israël (1967-1982)……………………………….…………….…….20
Section I- Une conversion de l’extrême-droite au « sionisme » en 1967 ?................................................................................................................21

Section II- Le lent reflux de la sympathie pro-israélienne à l’extrêmedroite de la fin des années 1960 jusqu’en 1982………………..…........42

Deuxième Partie Les contradictions de l’extrême-droite sur la question israélienne : (1982-2011)....................................53
Section I- Extrême droite : entre soutien à la cause palestinienne et volonté de rapprochement avec Israël (1982-2001)................................54

Section II- Les tergiversations de l’extrême-droite depuis le 11 septembre…………………………………………...………..………….........75

CONCLUSION………………………………………………………...98

Introduction
1) Tentative de définition de l’extrême-droite

La fin de la seconde guerre mondiale consacre l’avènement de trois grands partis sur le spectre politique français. La SFIO (gauche non communiste), le PCF (gauche communiste), et le MRP (démocratie chrétienne) reçoivent les dividendes de leur participation à la résistance. Aux élections du 2 juin 1946, le MRP obtient 28% des voix, le PCF 26% et la SFIO 21%1. Ces partis sont les grands gagnants politiques de la période post-occupation. La droite traditionnelle et la droite légitimiste2, ancêtre de l’extrêmedroite, sortent laminées du conflit, accusées d’avoir collaboré avec l’occupant nazi.

Les légitimistes, nostalgiques d’une société d’ordre, sont favorables à une sorte de contre révolution. Ils s’insurgent contre l’égalité juridique, la souveraineté de la Nation, la laïcité de l’état et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Un mouvement comme l’« Action Française » s’inscrit dans cette tradition légitimiste. Les légitimistes peuvent être considérés les précurseurs du phénomène de l’extrême-droite en France.

La version moderne de ce courant politique nait avec l’Action française en 1898 en pleine affaire Dreyfus. L’Action Française, fondé par C.Maurras, est d’abord un journal avant de devenir, en 1908, une ligue violemment antisémite3.

Les ligues d’extrême droite connaissent leur heure de gloire durant les années 1930 et en particulier le jour du 6 février 19344. Mais leur véritable apogée a lieu en juillet 1940 avec l’établissement du régime de Vichy5.

CHAPSAL (Jacques) : La vie politique en France de 1940 à 1958, Paris, PUF, 1996, p. 159. Au sens de René Rémond dans son fameux ouvrage Les droites en France, Paris, Aubier-Montaigne, 1982. Le légitimisme fait référence à ceux qui défendaient la légitimité des Bourbons face aux Orléanistes (partisans de la dynastie des Orléans) pour l’accession au royaume de France durant le XIXe siècle. 3 Maurras écrit dans L'Action française du 15 mai 1936 ces mots contre Léon Blum, nouveau Président du Conseil: «C'est en tant que juif qu'il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum. Ce dernier verbe paraîtra un peu fort de café : je me hâte d'ajouter qu'il ne faudra abattre physiquement Blum que le jour où sa politique nous aura amené la guerre impie qu'il rêve contre nos compagnons d'armes italiens. Ce jour-là, il est vrai, il ne faudra pas le manquer. »
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Ainsi, l’après-guerre est une période de vaches maigres pour la droite extrême. Une partie des partisans d’un régime fort contre une république corrompue (thème traditionnel de l’extrême-droite) se retrouve néanmoins dans la création du parti du général de Gaulle (le RPF). D’autres se reconnaîtront dans la « tonalité patriotique des thèmes6 » de la campagne de Pierre Poujade de 1956 auquel se rallient un certain nombre de « bourgeois7 » d’extrême droite.

Les Poujadistes triomphent aux élections législatives de 1956 avec près de 2.5 millions de voix, 12% des votants et 52 élus, bientôt réduits à 41 par le mécanisme des invalidations8. Après les élections de 1956, un certain Jean-Marie Le Pen fait ses premiers pas à l’Assemblée Nationale en tant que député poujadiste. Mais, le mouvement populiste, véritable représentant de l’extrême de la droite, semble bien plus républicain que certains partis des années 1930 que l’historien à Zeev Sternhell assimilait à une droite française fasciste9.

Pour appuyer son analyse, il affirmait que la droite qui apparaît au moment de l’affaire Dreyfus était révolutionnaire contrairement à la droite issue du XIXe siècle foncièrement conservatrice. Cette nouvelle droite se présente comme ouvertement anticapitaliste, antidémocratique et nationaliste. Elle se donne pour objectif de fonder un ordre nouveau anticapitaliste et anti collectiviste. Certains mouvements comme le Francisme ont bien tenté d’adapter le fascisme en France10. Mais cela a largement échoué.

Le jour du 6 février 1934, des anciens combattants et des partisans des ligues d’extrême droite se réunissent devant le Palais-Bourbon pour protester contre le régime républicain et la corruption du personnel politique. La manifestation dégénérera en émeute. La police riposte. Le bilan fut de 15 morts et plus de 300 blessés (Selon BRUNET (Jean-Paul) in Dictionnaire historique de la vie politique française au XXe siècle, p. 1122). Le lendemain de ces émeutes, le président du Conseil Edouard Daladier démissionne, remplacé par une coalition des droites, présidée par Gaston Doumerge. 5 Même si Vichy ne peut se résumer à une coalition des droites. Cf EPSTEIN (Simon) : Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la résistance, Paris Albin Michel, 2008 6 BORGNE (Dominique), Article sur Pierre Poujade dans Dictionnaire historique de la vie politique française au XXe siècle, Paris, PUF, 2003, p. 984. 7 Idem. 8 Idem. 9 Sur la question du fascisme en France, voir STERNELL (Zeev), La droite révolutionnaire (1885-1914). Les origines françaises du fascisme, Paris, Gallimard, « Folio Histoire », 1998. 10 Sous la direction de WINOCK (Michel), Histoire de l’extrême-droite en France, Paris, Seuil, 1994, p. 10.

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Comme le montre ce très bref aperçu de l’histoire de l’extrême-droite française depuis le XIXe siècle, il est difficile de livrer une définition précise et complète de ce mouvement politique puisque celui-ci a évolué au fil des changements de l’histoire et de ses enjeux. Ainsi, pour les droites, « l’ennemi cessera à la fin du 19ème siècle d’être le républicain(…) pour devenir le rouge11 » dans un contexte de guerre froide. Lors de la guerre d’Algérie, l’extrême droite se reconstruit en apportant son soutien à l’Algérie Française et aux pieds-noirs algériens.

Aujourd’hui l’extrême droite est incarnée par le Front National (FN), qui a opéré un rassemblement des « patriotes », selon l’expression de Jean Marie Le Pen, mais surtout des nationalistes, des nostalgiques du régime de Vichy, des souverainistes, des militants restants de l’anti 1789, des anciens fervents de l’Algérie Française12, ainsi que des monarchistes. Le FN est le fruit d’un rassemblement très hétéroclite et nous montre la difficulté d’une définition de ce qu’est l’extrême-droite.

Ce terme est d’ailleurs récusé par le leader du FN Jean Marie Le Pen : « L’extrême-droite, le mot est équivoque dans la mesure où il comporte le mot extrême. Nos adversaires confondent volontairement, et dans l’intention de tromper, une position géographique sur l’échiquier politique avec une position d’extrémisme politique. Or, notre philosophie, notre principe d’action et notre programme ne sont pas extrémistes et par conséquent nous occupons la place qui est libre13. »

Pour Jean Marie Le Pen, ce sont donc les autres forces politiques qui ont créé ce concept d’extrême droite. D’une certaine manière, le chercheur Pierre-André Tagguief va dans le sens du leader frontiste en affirmant que « l’extrême-droite n’est pas une expression catégorisante, elle a le sens qui lui donne, en chaque occurrence , son utilisateur, en relation avec une intention polémique (…) L’étiquette d’extrême droite s’applique à la quasi-totalité des phénomènes politiques et idéologiques qu’il est

SIRINELLI (Jean-François), article sur la « Droite » in Dictionnaire historique de la vie politique française au XXe siècle, op.cit., p.382. 12 WINOCK (Michel), Histoire de l’extrême-droite en France, op.cit., p. 12. 13 LE PEN (Jean-Marie) cité in APPARU (Jean-Pierre), La droite aujourd’hui, Paris, Albin Michel, 1978, p. 176.

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convenable, selon le système des valeurs partagé par les libéraux, les sociauxdémocrates et les communistes, de stigmatiser et de condamner14. ».

Pour autant, la définition de l’extrême droite ne peut se définir uniquement par la négative. Il y a des traits communs au phénomène de l’extrême droite. On peut relever la « demande d’autorité15 », le « goût de l’ordre16 », la dénonciation de complots, ou encore le « refus de l’autre 17», qui se traduit dans les faits par des paroles ou des attitudes racistes, xénophobes ou antisémites.

Durant la période que nous allons étudier et qui court de 1967 à nos jours, le FN a phagocyté le phénomène de l’extrême-droite, même si d’autres mouvements ont pu cohabiter avec ce parti, crée en 1972 et qui accumule les victoires électorales depuis le bon score aux municipales de Dreux en 198318 jusqu’à l’apogée du parti en 2002 avec la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles.

2) Bref historique de l’antisémitisme
Le leader du Front National Jean Marie Le Pen a toujours eu une attitude assez ambiguë sur la question de l’antisémitisme. Ainsi, en 1984 à l’émission l’Heure de vérité face au journaliste Jean-Louis Servan Schreiber, Jean Marie Le Pen se dit « non xénophobe19 » et déclare qu’il « considère les juifs20 comme des citoyens comme les autres21. »Néanmoins, sans mentionner la polémique sur le « point de détail » sur lequel

TAGUIEFF (Pierre-André), Sur la nouvelle droite, Paris, Descartes et Cie, 1994, p314. WINOCK (Michel), Histoire de l’extrême-droite en France, op.cit., p. 16. 16 Idem. 17 Idem. 18 Le 11 septembre 1983, le Parti socialiste perd la mairie de Dreux au profit d'une liste RPR-Front national. JeanPierre Stirbois, secrétaire général du Front national, devient maire adjoint. Au premier tour de cette élection partielle, la liste FN avait récolté 16,72 % des suffrages exprimés. 19 LE PEN (Jean-Marie), L’Heure de vérité (Antenne 2), 13 février 1984. Vidéo consulté sur www.ina.fr le 8 janvier 2011. URL : http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/I07015083/jean-louis-servan-schreiberquestionne-le-pen-sur-l-antisemitisme-et-l-accusation-de-torture-en-algerie.fr.html. 20 Selon le Larousse, un « juif » est membre de la communauté religieuse; un « Juif » est membre du peuple juif. 21 LE PEN (Jean-Marie), vidéo cité.
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nous reviendrons, force est de constater que Jean-Marie Le Pen a toujours laissé cours à une libre parole antisémite dans son parti22.

D’ailleurs, l’antisémitisme a toujours été un des facteurs de rassemblement des mouvements d’extrême droite. Michel Winock notait que « l’antisémitisme qui se fait entendre dans le mouvement [FN] nous rappelle sa fonction de ciment idéologique. Le Juif y est désigné comme l’Autre par excellence, l’étranger, le conquérant, le spoliateur, le capitalisme insatiable, le révolutionnaire au couteau entre les dents, le maître des médias, le manipulateur occulte de la classe politique, le nomade, l’aspirant au pouvoir mondial23. » Ces préjugés, qui ont cours au FN, s’appuient sur un antisémitisme qui prend naissance au XIXème siècle. Ce nouvel antisémitisme vient se superposer à un antijudaïsme chrétien qui tend à disparaitre. L’antijudaïsme chrétien était fondé sur le présupposé que les Juifs avaient une responsabilité collective dans l’assassinat du Christ (accusation de déicide) ainsi que sur des critères sociaux (les Juifs étaient perçus comme des usuriers). Or, ce nouvel antisémitisme repose lui sur une vision raciale présentant « les Juifs comme une race inférieure appelée à disparaitre selon les lois de la sélection naturelle24. » En France, c’est Edouard Drumont qui s’est fait le porte-parole de cette nouvelle idéologie de l’antisémitisme avec La France Juive « qui atteint vite la 150ème édition25. »

Dans cet ouvrage, Drumont professe un antisémitisme racial (il distingue aryen et sémite) mais également économique et social assimilant le juif à un exploiteur du peuple. C’est un antisémitisme révolutionnaire contre ces juifs supposés dominer le monde et le capitalisme.

A titre d’exemple, on pourrait citer la phrase d’André Figueiras dans le bulletin RLP hebdo du 30 juin 1983. « Au cours de l’histoire, deux peuples ont prétendu appartenir à une race supérieure : les Juifs et les Allemands. Pour les uns et les autres, l’affaire s’est mal terminée. » Jean-Marie Le Pen avait été questionné sur le caractère antisémite de cette phrase dans l’émission L’Heure de vérité de 1984. Il avait botté en touche en déclarant que c’était à M.Figueiras de répondre de ses écrits. 23 WINOCK (Michel), Histoire de l’extrême-droite en France, op.cit., p. 13. 24 HOCQ (Christian), article sur l’antisémitisme in Dictionnaire d’histoire politique du XXème siècle, Paris, Ellipses, 2005, p. 45. 25 Document fourni par Akadem , le campus numérique juif en annexe de la conférence L’antisémitisme d’extrême droite réalisé par Jean-Yves Camus. Voir en annexe.

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« Le Sémite est mercantile, cupide, intrigant, subtil, rusé; l'Aryen est enthousiaste, héroïque, chevaleresque, désintéressé, franc, confiant jusqu'à la naïveté26,» écrit Edouard Drumont dans la France Juive.

Cet antisémitisme littéraire « explose » d’une certaine manière avec l’Affaire Dreyfus. Cette affaire est l’occasion d’un déchainement antisémite comme le montre le récit du Petit Journal (journal antidreyfusard tiré à 800 000 exemplaires27) le 6 janvier 1895, jour de la dégradation du Capitaine Dreyfus dans la cour de l’Ecole Militaire à Paris. « Dans un coin de la cour sont groupés des officiers. Dreyfus en passant devant (…) s’écrie : "Allez dire à la France entière que je suis innocent ". Les cris de " Misérable ! Traitre ! Judas" entendre28. » lui répondent et les clameurs de la foule se font

Après la guerre, ces formes classiques d’antisémitisme tendent à s’effriter dans le discours politique ainsi que dans l’imaginaire collectif. L’écrivain Georges Bernanos constatait en 1944 dans une formule restée célèbre qu’« Hitler a déshonoré à jamais l’antisémitisme29. » Il est vrai que le préjugé antisémite est en forte baisse en France depuis la fin de la guerre.

En 1946, 37% des Français estimaient qu’ « un Français juif [était] aussi français qu'un autre Français.» Ils sont 92% en mai 2005 selon un sondage réalisé par la Sofres pour le compte de l'Association française des amis de l'université de Tel-Aviv30. En 1966, 50% des Français voudraient « éviter » d’avoir un président de la république juif. En mai 2005, ils étaient dorénavant 81% à ne pas s’en préoccuper31.

26 27

Texte issue de La France Juive. Ibid., p. 2. WINOCK (Michel), Histoire de l’extrême-droite en France, op.cit., p. 114. 28 « Le défilé du condamné », Le Petit Journal, 6 janvier 1895 (consulté sur gallica.bnf.fr le 8 janvier 2011). 29 LANGELLIER (Jean-Pierre), « La réussite au péril de l'identité », Le Monde, 06 juillet 1989. 30 THIOLAY (Boris), « Juif, et alors? », L’Express, 6 juin 2005. 31 Sondage TNS Sofres de mai 2005 lu sur desinfos.com. Dernière consultation le 10 janvier 2011. URL : http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=3372.

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3) L’antisionisme, une nouvelle forme d’antisémitisme ?
Il faut, néanmoins, noter qu’une nouvelle forme d’antisémitisme a fait son apparition au XXème siècle. « A la fin du XXè siècle, l’antisionisme y atteint parfois un tel degré de haine qu’il dérive dans l’antisémitisme32 » note Christian Hocq dans son Dictionnaire d’histoire politique du XXème siècle. Pour un des grands historiens français de l’antisémitisme Léon Poliakov, « cette agitation [antisémite] qui dure depuis trois millénaires (…) devint "antisioniste" au vingtième siècle33. »

L’antisionisme naît presque concomitamment avec l’apparition du sionisme. Ce mouvement politique apparu à la fin du XIXème siècle préconise l’établissement d’un foyer juif en Palestine pour y établir un Etat indépendant. Le mouvement sioniste, à ses débuts, suscite l’hostilité de nombreux juifs qui ne se reconnaissent pas dans un tel projet34. Après 1948, la majorité des juifs acceptèrent le fait sioniste.

La création d’Israël obligea à une réinterprétation du terme sionisme puisque celui-ci perd alors de sons sens originel. Les antisionistes prennent, ainsi, appui sur l’absence de définition claire du sionisme35 pour imposer leur propre définition. Le mot « sionisme » est devenu, pour certains, le synonyme d’un phénomène « colonial », voire « raciste ». Littéralement, être contre le sionisme, c’est donc s’opposer à ce mouvement perçu comme colonialiste. L’antisionisme peut aussi signifier une désapprobation

idéologique au principe d’un Etat Juif au Proche-Orient, en particulier sur un plan géopolitique. Il peut également s’agir d’une hostilité claire à l’existence d’Israël en tant qu’Etat, quitte à agir pour assurer sa destruction. Pour autant, si l’antisionisme provoque autant de controverses, c’est qu’il comporte également en son sein de nombreuses ambiguïtés. Les pro-israéliens ne comprennent pas qu’il soit nié à un seul peuple (le peuple juif) le droit de « disposer de
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HOCQ (Christian), article sur l’antisémitisme in Dictionnaire d’histoire politique du XXème siècle, op.cit., p. 46. POLIAKOV (Léon) dans un entretien avec Roger Pol-Droit, Le Monde, 15 mars 1994. 34 Cf Rabkin (Yakov) « L'opposition juive au sionisme », Revue internationale et stratégique 4/2004 (N°56), p. 1723. Dernière consultation le 15 janvier 2011. URL : www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2004-4page-17.htm. 35 En réalité, l’idéologie sioniste est plus large que la recherche d’une terre pour un peuple. Cf CHARBIT (Denis), Qu’est-ce que le sionisme, Paris, Albin Michel, 2007, p. 20

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lui-même » et de former un Etat. C’est pourquoi, les pro-israéliens voient dans l’antisionisme une forme d’antisémitisme. Les antisionistes affirment, pour leur part, critiquer uniquement la politique sioniste de l’Etat et ne comprennent pas les accusations d’antisémitisme.

En définitive, pour bien distinguer ces notions le chercheur Pierre-André Taguieff préfère parler d’antisionisme radical, c’est-à-dire le refus total de reconnaitre aux Juifs le droit à une nation, et de se constituer une patrie36. Il faut noter que l’antisionisme n’est pas une opinion interdite dans le pays. Une parole antisioniste ne peut être attaquée devant les tribunaux que si elle contribue à la haine raciale. C’est là toute l’ambivalence de cette notion d’antisionisme qui est une idée acceptable juridiquement mais qui n’est pas parfois dénuée de préjugés antisémites.

Ainsi, l’écrivain et ancien vice-président de Médecins sans frontières, JeanChristophe Rufin, notait dans un rapport sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme rendu au ministre de l'intérieur, Dominique de Villepin en 2004 que « l'antisionisme radical » faisait partie des formes subtiles d’antisémitisme. « Cet antisémitisme moderne est né au confluent des luttes anticoloniales, antimondialisation, antiracistes, tiersmondistes et écologistes (…) En légitimant la lutte armée des Palestiniens quelle qu'en soit la forme37», l'antisionisme radical, tend à « légitimer les actions commises en France même38 ».

L’antisionisme ne doit pas non plus être confondu avec une mise en accusation de la politique menée par gouvernement israélien. Les années 2000 ont été marquées par de nombreux procès pour antisémitisme contre des personnalités ayant tenu des propos très sévères contre cette politique. C’est le cas de « l’affaire Morin » du nom de ce philosophe qui avait coécrit une tribune dans Le Monde où il attaquait violemment « ce peuple élu [qui] agit comme la race supérieure.39 ». D’abord condamné en première instance en mai
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Cf, TAGUIEFF (Pierre-André), la Judéophobie des modernes, Paris, Odile Jacob, 2008, p. 10. ZAPPI (Sylvia), « L'écrivain Jean-Christophe Rufin classe l' "antisionisme radical " dans l'antisémitisme », Le Monde, 20 octobre 2004. 38 Idem. 39 Dans ce même article Edgar Morin et ses co-auteurs affirmaient que « les juifs d'Israël, descendants des victimes d'un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés,
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2005 par la cour d'appel de Versailles, l'éditeur du journal, les auteurs de l'article et le directeur de la publication ont été relaxés en juillet 2006 par la Cour de Cassation du chef d’accusation de diffamation raciale40.

La Cour de Cassation a estimé que les « propos poursuivis, isolés au sein d'un article critiquant la politique menée par le gouvernement d'Israël à l'égard des palestiniens, n'imputent aucun fait précis de nature à porter atteinte à l'honneur ou à la considération de la communauté juive dans son ensemble en raison de son appartenance à une nation ou à une religion, mais sont l'expression d'une opinion qui relève du seul débat d'idées41 »

Autrement dit, la Cour de Cassation a ainsi estimé que l’antisionisme perceptible dans cet article ne pouvait être assimilé à de l’antisémitisme à la différence de la Cour d’Appel de Versailles qui avait conclu que « contrairement à ce que soutiennent les intimés, ces passages ne contiennent pas la critique virulente de la politique israélienne, ne trouvent pas de justification dans le paradoxe invoqué de la mise en comparaison des comportements subis par les juifs et des comportements qui leur sont imputés42. »

Le débat entre antisémitisme, antisionisme et critique radicale de la politique d’Israël n’est pas réglée. Parfois cette critique légitime de la politique israélienne franchit les limites du raisonnable et du débat démocratique pour tomber dans la haine de l’autre. L’antisionisme est, en effet, parfois utilisé comme un paravent de l’antisémitisme. La haine des Juifs étant criminalisé en France, la meilleure manière de faire passer un message antisémite est de s’abriter derrière l’antisionisme. Le Parti Anti-sioniste de Yahia Ghouasmi, sur lequel nous reviendrons, soutenu par Dieudonné en offre un exemple caricatural43.

humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens. Les juifs qui furent victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les juifs victimes de l'inhumanité montrent une terrible inhumanité. Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, " bouc-émissarisent " Arafat et l'Autorité palestinienne, rendus responsables d'attentats qu'on les empêche d'empêcher. » in Le Monde du 4 juin 2002. 40 Crim. 12 juillet 2006, n° 05-17704 .Consulté sur legifrance.gouv.fr le 10 janvier 2011. 41 Idem. 42 Idem. 43 « Le sionisme, il divise le foyer, il divorce le foyer. A chaque divorce, moi je vous le dis, il y a un sioniste derrière. A chaque chose qui divise une nature humaine il y a derrière un sionisme» a déclaré Yahia Gouasmi, président du centre Zahra et de la Fédération des chiites de France le 24 avril 2009, cité sur partiantisioniste.com.

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4) L’extrême-droite en recherche d’une position face à la question israélienne
Ce mémoire s’attachera à analyser les positions de l’extrême-droite face à la question israélienne. Le terme de « question israélienne » n’est pas anodin. Il englobe la problématique du sionisme et de l’approbation ou non de la politique israélienne depuis 1967 par l’extrême-droite. Il ne s’agira pas ici de juger le bien-fondé ou non des actions de l’Etat d’Israël mais plutôt d’analyser les positions de l’extrême droite qui bascule entre soutien à Israël, dénonciation de la politique israélienne, voire parfois de l’antisionisme confinant à de l’antisémitisme.

De prime abord, le camp dans lequel se situerait l’extrême droite concernant la politique israélienne et le sionisme semble connu. Les intellectuels et les hommes politiques d’extrême-droite ne nourrissent pas une sympathie particulière envers les Juifs et partagent parfois même une hostilité claire. Israël serait pour eux l’occasion d’assouvir leur ressentiment à l’égard des Juifs. En réalité, les positions de l’extrême-droite concernant la question israélienne ont été bien plus complexes et montrent qu’il ne faut pas confondre les concepts de l’antisémitisme et d’antisionisme. Toutes les combinaisons sont possibles à l’extrême-droite. Il y a eu des « sionistes-antisémites », des « antisionistes-antisémites », des « sionistes non antisémites ». Ainsi, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, un individu pourra se montrer à la fois antisémite et pro-israélien. Nous tacherons d’expliquer cette contradiction apparente.

Pour analyser tous ces concepts, nous avons utilisé plusieurs sources tout au long de notre travail. Le rapport de l’extrême-droite française face à la question israélienne n’est pas un sujet qui fut particulièrement traité par la recherche universitaire. Par conséquent, la lecture des journaux d’extrême-droite (Minute, Rivarol, Présent, Défense de l’Occident, Lectures Françaises, Aspects de la France) aux moments clés du conflit israélo-arabe, nous a permis de mettre à jour les nuances idéologiques entre ces différentes publications et leurs différences de point de vue sur la question israélienne.

Dernière consultation le 11 janvier 2011. URL : «http://www.partiantisioniste.com/actualites/derriere-chaquedivorce-il-y-a-un-sionisme.html.

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D’autre part, la lecture ou l’écoute des chercheurs sur l’extrême-droite nous ont permis d’étoffer notre propos sur le plan analytique. Enfin, les discours des dirigeants d’extrêmedroite trouvés dans des livres ou des articles de journaux furent également disséqués.

Il faut noter qu’il n’y a pas eu une position linéaire de l’extrême-droite sur la question israélienne depuis 1967. Il s’agira, tout le long de ce mémoire, de comprendre les différents basculements idéologiques de l’extrême droite concernant la question israélienne. En essayant de répondre à cette question, nous nous pencherons sur les développements géopolitiques depuis le début des années 1960 : la décolonisation, la question pétrolière, la guerre froide, les attentats du 11 septembre, les guerres israéloarabes sont autant de facteurs explicatifs des positions de l’extrême droite.

Nous nous demanderons également si la question israélienne ne cache pas des problématiques sous-jacentes que l’extrême-droite tente de résoudre par un soutien ou une opposition à la politique israélienne : l’immigration, l’anticommunisme, le terrorisme, la question nationale-identitaire, l’intégration des musulmans aux sociétés occidentales, le colonialisme sont autant de thèmes qui se rattachent à Israël mais qui ont aussi eu un impact en France.

En outre, nous nous demanderons si les positions de l’extrême droite n’ont pas été en adéquation avec la manière dont fut perçue Israël en France. Depuis 1967, l’Etat Juif est peu à peu devenu une ligne de partage dans le débat intellectuel français. « Il y a en France une exception israélienne. Sur Israël, tout le monde a un avis. Pas seulement les experts mais même des intellectuels et des journalistes qui ne sont pas spécialistes de cette question44» estime la journaliste Elisabeth Lévy.

L’extrême droite n’échappe pas à ces questionnements concernant la nature et la politique de l’Etat d’Israël depuis 1967. Ces débats se poursuivent jusqu’à une époque très récente. Ainsi, en janvier 2011, Marine Le Pen déclare au journal de la gauche israélienne Haaretz qu’elle a « le droit de critiquer la politique de l'Etat d'Israël, comme
LEVY (Elisabeth), conférence sur Les intellectuels français et Israël : De la discorde à la concorde. Université de Tel-Aviv, Israël, mai 2008 in akadem.org. Dernière consultation le 14 janvier 2011. URL : http://www.akadem.org/sommaire/themes/politique/10/2/module_4289.php.
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celle de tout Etat souverain, sans être taxé d'antisémitisme. Après tout, le Front national a toujours été pro-sioniste et a toujours défendu le droit à l'existence d'Israël45. »

Marine Le Pen l’affirme avec force. Le Front National a toujours été pro-sioniste. En vérité, la position du FN et à plus forte raison de l’extrême-droite concernant la question israélienne a été extrêmement ambivalente. Est-ce une question majeure ou une question sous-jacente de l’idéologie de l’extrême-droite? Israël est-il un facteur de cohésion ou de division à l’extrême droite ? Existe-t-il une cohérence dans les positions de l’extrême-droite depuis 1967 concernant Israël? Ce seront les problématiques auxquelles nous essayerons de répondre tout au long de ce mémoire. Nous débuterons notre analyse en 196746 pour plusieurs raisons. D’une part, 1967 marque l’apogée dans l’opinion française et à l’extrême-droite du soutien à la politique israélienne au moment de la guerre des Six Jours. En 1967, a lieu aussi la fameuse conférence du général de Gaulle47 qui est le symbole du retournement de la politique diplomatique française au Proche-Orient. Le milieu des années 1960 est une période de renouveau de l’extrême-droite avec la création du mouvement Occident en 1964. Bref, 1967 est une date charnière. La guerre d’Algérie a pris fin il y a cinq ans. L’extrêmedroite est en recomposition. En cette année 1967, la question israélienne passionne les leaders et éditorialistes de l’extrême-droite comme elle ne le cessera de le faire jusqu’à nos jours. Entre 1967 et 1982, l’extrême-droite fut majoritairement favorable à Israël. Depuis 1982, ce courant politique hésite sur l’attitude à adopter vis-à-vis de ce pays.

Dépêche AFP, « Pour Marine Le Pen, Israël n'a pas à lui donner de leçon sur le racisme », 07 janvier 2011. Après de nombreuses provocations du général Nasser et la fermeture du détroit de Tiran qui reliait Israël à la mer Rouge durant le courant du mois de mai 1967, l’Etat hébreu lance une attaque préventive le 5 juin 1967 contre l’Egypte et la Syrie, rejoint par la Jordanie et l’Irak. En 6 jours, l’armée israélienne s’empare du plateau du Golan, du Sinaï, de la Cisjordanie et de Gaza. 47 Document Akadem : La conférence de presse de novembre 1967 du général de Gaulle. Voir en annexe. De Gaulle se lance dans un long réquisitoire sur l’intervention israélienne de juin et y déclare dans une envolée restée célèbre : « Et certain même redoutait que les juifs, jusqu'alors dispersés, et qui étaient restés ce qu'ils avaient été de tout temps, c'est-à-dire un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur. »
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Première partie Un soutien majoritaire de l’extrême droite à Israël (1967-1982)

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Section I- Une conversion de l’extrême-droite au « sionisme » en 1967 ?
Pour bien appréhender les enjeux du soutien de l’extrême-droite à l’Etat d’Israël en 1967, il nous faudra revenir sur les racines de l’antisémitisme de l’extrême-droite ainsi que sur les relations entre sionisme et extrême-droite depuis le début du XXème siècle. Nous nous demanderons si le soutien majoritaire de l’extrême droite à Israël en 1967 est dans la continuité de la pensée d’extrême-droite qui préexistait à l’existence d’Israël.

A) Les positions de l’extrême droite concernant le « problème juif » avant la création d’Israël 1) Les racines de l’antisémitisme d’extrême-droite
D’une certaine manière l’extrême-droite française nait avec la Révolution Française de 1789. Face aux valeurs portées par la Révolution Française, un mouvement contre-révolutionnaire se crée dès les débuts de l’assemblée constituante en 179148. La contre révolution c’est « l’ensemble des idées et des agissements qui rejettent globalement les changements politiques et sociaux intervenus depuis le printemps 1789 et qui proposent une Restauration49. » C’est l’ancêtre de la droite légitimiste définie par René Rémond dans son fameux ouvrage Les droites en France.

Pour le chercheur spécialiste des extrêmes Jean-Yves Camus, cette droite contrerévolutionnaire n’est que très modérément antijuive. « Les grands théoriciens de cette contre-révolution : De Maistre, de Bonald, Rivarol sont des gens qui ont des préjugés de leur temps mais ils sont très peu antisémites50. » Ces doctrinaires sont, en particulier, sujets à des réflexes traditionnels liés à l’antijudaïsme chrétien c’est à dire l’accusation

Cf WINOCK (Michel), Histoire de l’extrême-droite en France, op.cit., p. 29. DUPUY (René), article sur la « Contre-Révolution » in Dictionnaire historique de la Révolution Française, Paris, PUF, 1989, p. 287. 50 CAMUS (Jean-Yves), conférence sur l’antisémitisme d’extrême droite, Centre communautaire, Paris, novembre 2005 in akadem.org. Dernière consultation le 15 janvier 2011. URL : http://www.akadem.org/sommaire/themes/politique/1/2/module_965.php.
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traditionnelle de déicide faisant des Juifs les responsables collectifs de la mort de Jésus Christ, considéré comme le messie.

Par ailleurs, un des grands facteurs de l’antijudaïsme chrétien est l’accusation de crime rituel. Le crime rituel est l’accusation selon laquelle les juifs assassineraient les enfants chrétiens pour l’accomplissement de leurs traditions, en particulier le soir de Pessah51.Il y a eu des centaines d’accusations de crimes rituels qui ont provoqué des pogroms contre les populations juives en France au cours des siècles. Cette accusation de crime rituel n’a pas complètement disparu puisqu’on retrouve dans les attaques antisionistes de certains auteurs d’extrême-droite des références sibyllines à ces accusations de crime rituel.

Le XIXème siècle voit, en revanche, apparaitre un phénomène nouveau qui est « l’antisémitisme. » En premier lieu, l’émancipation des Juifs de France décidé en 1791 par la Constituante permet aux juifs Français de sortir de leur « ghetto » où ils vivaient depuis des siècles (Alsace, Moselle, Bordeaux, Comtat Vénaissin) et permet leur intégration à la vie économique et intellectuelle de la France. Cette intégration ne se fait pas sans méfiance de la part des milieux traditionnalistes.

Mais, l’antisémitisme moderne arrive véritablement à maturité avec la révolution industrielle. « A ce moment-là, l’antisémitisme d’extrême droite apparait dans une nouvelle variantes conjuguant deux logiques. D’une part les vieux préjugés d’origine religieuse que véhicule l’église d’alors (le déicide attribué aux Juifs). D’autre part l’anticapitalisme52 » note le chercheur associé à l’IRIS Jean-Yves Camus.

L’essence du capitalisme est attribué aux Juifs parce que nombre de ces acteurs sont juifs et la pensée juive semble responsable de son avènement. « Il y a intrinsèquement dans le christianisme une méfiance vis-à-vis de l’argent. Par conséquent ceux qui le manipulaient était considérés comme mauvais. Cela a donné un stéréotype

Pessah est une fête juive qui célèbre la sortie du peuple d’Israël d’Egypte. L’accusation de crime rituel était particulièrement dirigée sur la fabrication des « matzot » (pain azyme) que les chrétiens accusaient d’être faites avec du sang chrétien. 52 CAMUS (Jean-Yves), conférence sur l’antisémitisme d’extrême droite. Conférence citée.

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assez classique (…) expliquant que chaque malheur du peuple serait la faute du capitaliste, du juif53. » En accusant les Juifs du malheur des classes les plus défavorisés, l’extrême-droite parvient à recruter au-delà des classes les plus avantagés et à attirer de nouveaux adeptes. Cette accusation économique trouve un écho très important dans le « best-seller » d’Edouard Drumont la France Juive où il vitupère contre « le Sémite », « mercantile et cupide54.» Drumont accuse également les Juifs de volonté de domination55.

Le grand déferlement antisémite en France a lieu durant l’Affaire Dreyfus. La haine antisémite s’exprime à Alger56 en 1898 provoquant la mort d’hommes et dans les campagnes françaises entrainant la destruction de « magasins, maisons et synagogues57. » Le capitaine Dreyfus, d’origine juive accusée d’avoir vendu les secrets militaires français à l’Allemagne est considéré comme un Judas58. C’est le symbole parfait de cette population juive considéré comme inassimilable. Les adversaires de Dreyfus se rangent du côté du nationalisme. Un nouveau slogan nationaliste fleurit durant ces années 1890, c’est « La France aux Français59 ! »

2) Le sionisme et l’extrême-droite avant la création d’Israël
C’est dans ce contexte que nait le sionisme en 1897. Le grand théoricien du sionisme, Théodore Herzl correspondant d’un journal autrichien à Paris assiste à la dégradation du Capitaine Dreyfus en 1895 et aux cris haineux de la foule contre ce « Judas. »

Idem. Document fourni par Akadem, le campus numérique juif en annexe de la conférence L’antisémitisme d’extrême droite réalisée par Jean-Yves Camus. 55 « On retrouve ce qui caractérise la conquête, tout un peuple travaillant pour un autre qui s'approprie, par un vaste système d'exploitation financière, le bénéfice du travail d'autrui. » in DRUMOND (Edouard), La France Juive, Paris, MARPON & FLAMMARION, 1886, p. 3 consulté sur uuurgh.net/DRUMfranjui/Drumont1.pdf. Dernière consultation le 17 janvier 2011. 56 Edouard Drumont est élu député à Alger en 1898 sur une liste antisémite. 57 BIRNBAUM (Pierre), Affaire Dreyfus, culture catholique et antisémitisme in Histoire de l’extrême-droite en France, op.cit., p. 110. 58 « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race » disait Maurice Barrès cité par RIOUX (JeanPierre) in Maurice Barrès : « ma soumission à mon innéité ». In: Mil neuf cent, N°11, 1993. Comment sont-ils devenus dreyfusards ou anti-dreyfusards?. pp. 101-106. Consulté le 12 janvier 2011 59 BIRNBAUM (Pierre), Affaire Dreyfus, culture catholique et antisémitisme in Histoire de l’extrême-droite en France, op.cit., p. 115.
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T.Herzl, choqué par ce déferlement haineux contre le juif Dreyfus dans la patrie des Droits de l’homme estime qu’il n’y a pas d’avenir pour les Juifs en Occident et préconise la création d’un Etat pour les Juifs. « Nous sommes un peuple, Un peuple-un. Partout nous avons loyalement tenté de nous fondre dans les communautés nationales(…). On ne nous le permet pas. C’est en vain que nous sommes des bons patriotes, voire même dans certains pays des patriotes exacerbés60 » analysait T.Herzl en 1897 dans l’Etat des Juifs.

Cet argument était plutôt destiné à convaincre les Juifs d’adhérer au sionisme. Pour convaincre les autres nations de soutenir le mouvement sioniste, T.Herzl utilisa un argument géopolitique particulièrement intéressant qui a une consonance dans les

arguments utilisés durant l’année 1967 par l’extrême-droite. T. Herzl affirme en effet que pour l’Europe, « nous formerions là-bas un élément du mur contre l’Asie ainsi que l’avant-poste de la civilisation contre la barbarie61. »

Le débat sur le

sionisme commence à avoir quelques répercussions sur les Dans un premier temps, le

penseurs d’extrême-droite au début du XXème siècle.

sionisme est avant tout analysé à l’extrême-droite comme une nouvelle idéologie crée par les Juifs dans le but de dominer le monde. « Le projet de l’Etat juif est perçu comme un échelon supplémentaire franchi par les Juifs dans leur volonté de domination mondiale » avance le chercheur Jean Yves Camus.

Cette idée de domination du monde s’inscrit dans la droite ligne des Protocoles des Sages de Sion62.Cette accusation de domination du monde à l’appui du sionisme est donc théorisée par certains auteurs antisémites. C’est le cas de Louis Ferdinand Céline qui s’écrie dans un le pamphlet antisémite Bagatelles pour un massacre publié en 1937 que « La Palestine n’est pas autre chose qu’un camp d’entrainement de commissaires juifs à l’Agriculture pour la prochaine révolution mondiale63. »
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HERZL (Théodore), L'Etat des Juifs, Paris, La Découverte, 2008, p. 20. Ibid., p. 44. 62 Les Protocoles des Sages de Sion est un faux document écrit par un antisémite russe pour le compte du Tsar à la fin du XIXème siècle. L’objectif de ce livre est de révéler les réunions secrètes d’un lobby juif dont le but serait de dominer le monde en utilisant les guerres, les révolutions, la modernisation industrielle et le capitalisme. 63 CELINE (Louis-Ferdinand), Bagatelles pour un massacre, Denoël, Paris, 1937, p 178 consulté sur quellehistoire.com. Dernière consultation le 13 janvier 2011. URL : http://www.quellehistoire.com/docu/bagatelles.pdf.

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On pourrait également citer d’autres auteurs issus de l’extrême droite de l’entredeux guerre qui se sont intéressés au sionisme tel Jacques Bainville. Jacques Bainville est un cas particulier. C’est un historien élu à l’académie française en 1935, proche de Maurras mais qui n’est pas antisémite64 . On retrouve, cependant, certains préjugés classiques issus de l’antijudaïsme chrétien dans son article intitulé « Les effets du sionisme » publié dans le journal d’extrême-droite l’Action Française du 20 décembre 1920.

Dans cet article J.Bainville tonne contre le sionisme accusé de « traiter en intrus les représentants des communautés chrétiennes65 .» Il s’attaque à Sir Herbert Samuel, le haut-commissaire britannique pour la Palestine qui est d’origine juive qui se comporterait comme un « chef plus religieux que politique66 », priant « le jour du sabbat, à la grande synagogue, acclamé par la population juive de Jérusalem67. »

Jacques Bainville s’oppose également à la politique britannique en Palestine regrettant l’abandon de la langue française et se demandant si le gouvernement britannique ne serait pas en train de « perdre la tête » en encourageant « des expériences [comme le sionisme] aussi dangereuses68. »

Un ensemble d’auteurs antisémites dont le plus fameux est Edouard Drumont soutiendront, néanmoins, par leurs écrits la volonté juive de se créer un Etat. Au nom d’un nationalisme intégral, ils préconisent la création d’un Etat Juif comme solution à la question juive. Pour ces auteurs, il s’agit de combattre le caractère « inassimilable » des Juifs en leur offrant un Etat, les empêchant ainsi de participer à l’entreprise d’affaiblissement de la France.

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GUENIFFEY (Patrice), « Jacques Bainville historien », préface à Jacques Bainville, Napoléon, Paris, Gallimard, collection « Tel », 2005, p. 21. 65 BAINVILLE (Jacques), Les effets du sionisme in L.’Action Française , 20 décembre 1920. Article consulté sur gallica.bnf.fr le 13 janvier 2011. 66 Idem. 67 Idem. 68 Idem.

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Le « pape de l’antisémitisme69 »Edouard Drumont est l’ « intellectuel70 » le plus connu ayant tenu cette position à une époque où le sionisme politique n’était d’ailleurs que balbutiant. En 1891, il rêve de « renvoyer (tous les Juifs) en Palestine71. » Après la parution du livre de Théodore Herzl en 1897, Edouard Drumont continue à porter beaucoup d’intérêt au projet sioniste. « A ce peuple qui est un peuple, le docteur Herzl veut redonner une Patrie ; et je ne vois pas d’inconvénient pourvu que cette patrie ne soit pas la mienne72» affirme Edouard Drumont.

Certains antisémites d’extrême-droite partagent, en fait, avec les sionistes cette idée que le peuple juif est un peuple et qu’il n’a pas sa place en diaspora. C’est cet argument principal qu’on retrouve dans les écrits d’Edouard Drumont et qui aura un large écho chez les penseurs d’extrême-droite dans les années 1960.

B) Le renouveau de l’extrême-droite dans les années 1960 et ses positions concernant la question israélienne 1) La réapparition du mouvement de l’extrême-droite dans les années 1960
Pour analyser les positions de l’extrême-droite en 1967, il s’agit de faire un léger détour historique sur le poids politique de ce mouvement en 1967.

La fin de la guerre laisse l’extrême-droite au rang des vaincus. Elle se réorganise avec extrêmement de difficultés puisque l’épuration frappe en particulier une frange de l’extrême droite d’avant-guerre. De nombreuses organisations sont dissoutes (PPF, RNP, le Parti franciste) La presse extrême-droite ne parait plus. Le premier journal à reparaitre est le journal monarchiste l’Action Française en 1947, rebaptisé Aspects de la France. Le journal d’extrême-droite Rivarol lui emboite le pas et est fondé en 1951.
WIEDER (Thomas), « Vie et mort du « pape » de l'antisémitisme », Le Monde, 9 mai 2008. Ce terme est volontairement anachronique puisque le terme intellectuel naît au moment de l’affaire Dreyfus et est utilisé par les Anti-Dreyfusards pour ridiculiser les Dreyfusards. 71 DRUMONT (Edouard), Le testament d’un antisémite, Paris, E Dentu, 1891 p. 45 cité dans CHARBIT (Denis), Les intellectuels français et Israël, Editions de l’éclat, Paris, 2009, p. 36. 72 DRUMONT (Edouard) , Le peuple juif, Paris, librairie antisémite, 1900 p. 37 et 43, in CHARBIT (Denis), Les intellectuels français et Israël, op.cit., p. 36.
70 69

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Petit à petit, l’extrême-droite se réorganise. L’extrême droite obtient des succès électoraux grâce au score très honorable de Pierre Poujade aux élections législatives de 195673. Mais, ce mouvement poujadiste qui s’apparentait plus à un national-populisme ne parvient pas à fédérer durablement l’extrême-droite et meurt avec l’apparition de la Vème république en 1958.

Le conflit algérien, qui perdure depuis la Toussaint rouge de 1954 est un terreau favorable pour l’extrême-droite. Ce mouvement souhaite le maintien d’une Algérie Française mais l’unité est difficile à réaliser entre les traditionalistes et les néo-fascistes. En 1958, l’élection du général De Gaulle à la présidence de la République suscite l’espoir de l’extrême-droite qu’il parviendra à préserver une Algérie Française.

En réalité, le général De Gaulle s’oriente à partir de l’année 1959 vers la solution de l’autonomie puis de l’auto-détermination. L’extrême-droite se sent trahie et une partie de ses membres se regroupent dans l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) qui lutte pour le maintien d’une Algérie Française par des moyens terroristes74.

A la suite de l’attentat manqué du Petit Clamart contre le général de Gaulle, l’opinion métropolitaine se détourne d’eux et « les éléments les plus activistes de l’extrême droite et de la droite nationaliste connaissent à nouveau la répression, l’exil ou la clandestinité75. »

La guerre d’Algérie se termine le 19 mars 1962 par la signature des Accords d’Evian entre le FLN et le gouvernement français. L’extrême-droite se réintègre lentement dans le paysage politique français. Elle présente un candidat (Jean-Louis Tixier-Vignancour) aux élections présidentielles de 1965 au suffrage universel direct. M

Le parti de Pierre Poujade obtient 11.6% des voix. Par exemple, les membres de l’OAS tenteront d’assassiner le président Charles de Gaulle, le 22 août 1962 à Clamart. Il s’en tirera miraculeusement. 75 LEVEQUE (Pierre), Histoire des forces politiques en France de 1940 à nos jours, Paris, Armand Collin, 1977, p. 450.
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Tixier-Vignancour, qui avait Jean Marie Le Pen pour directeur de campagne, obtient un peu plus de 5% des voix. C’est un relatif échec pour l’extrême-droite76.

2) Les positions de l’extrême-droite concernant Israël en 1967 a) Une extrême-droite largement favorable à Israël
Ainsi, l’extrême droite, toujours en pleine recomposition en cette année 1967, défend, tout de même, des positions très affirmées. La principale préoccupation de l’extrême-droite en 1967 est la guerre froide. Une grande partie de l’extrême-droite se veut foncièrement anticommuniste et partisan de l’ordre américain dans un contexte d’affrontement au Vietnam entre le nord soutenu par les Soviétiques et le sud appuyé par les Américains. Le mouvement Occident crée en 1964, dont le nom fait à lui tout seul office de slogan, était le mouvement d’extrême-droite symbole qui défendait l’Ouest contre l’Est marxiste.

C’est dans ce contexte qu’éclate le 5 juin 1967 la guerre des 6 Jours. Depuis le mois de mai 1967, le leader de l’Egypte Gamel Abdel Nasser s’était lancé dans une partie de poker menteur avec l’Etat hébreu. Nasser multipliait les provocations à l’encontre de son voisin israélien.

Le 16 mai, Nasser demande au secrétaire général de l’ONU, U Thant de retirer les Casques Bleus présent en Egypte depuis 1957 au titre de la mission d’interposition pour la paix77. Le 22 mai 1967, l’Égypte ferme le détroit de Tiran à toute la navigation israélienne et à tous les navires à destination d’Eilat. Israël est coupé de son unique voie d’approvisionnement avec l’Asie. Nasser multiplie également les déclarations belliqueuses78 à l’intention de l’Etat Juif.

« 60 % des Français qui se disaient d’extrême-droite ont finalement voté dès le premier tour pour de Gaulle et près de 15% d’entre eux pour Jean Lecanuet, l’ancien patron du MRP » in CHARPIER (Frédéric), Génération Occident, Paris, Seuil, 2005, p. 105. 77 Cf VAISSE (Maurice), Les relations internationales depuis 1945, Paris, Armand Collin, 2008, p. 115. 78 « Si nous sommes capable de rétablir la situation telle qu’elle existait avant 1956, Dieu nous aidera surement à rétablir la situation qui prévalait avant 1948 » déclare Nasser le 29 mai 1967 cité in BAR-ZVI (Michaël), FRANCK (Claude), Le Sionisme, Paris, L’inventaire, 2002, p. 121.

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Les raisons de cette attitude du Raïs égyptien sont controversées. Pour les chercheurs Henry Laurens et Vincent Cloarec, « Nasser opte pour une politique de pression afin d’amener Israël à la table des négociations79. »

L’historien israélien Elie Barnavi présente une tout autre explication à la posture de Nasser : « Le Rais voulait, par une série de coups de force politiques, mettre Israël à genoux, l’isoler, prouver à la face du monde qu’il était le vrai maitre dans la région, retrancher surtout l’Etat juif dans une position intolérable d’usure morale et économique80. »

Ces journées de mai provoquent, en tout cas, un mouvement de sympathie dans l’opinion publique occidentale et française en faveur d’Israël. L’Etat Juif semble81, en effet, menacé de destruction intégrale82. Dans la matinée du 5 juin 1967, Israël lance une attaque préventive contre ses ennemis Egyptiens et Syriens, bientôt rejoints par la Jordanie et par l’Irak. En six jours, l’Etat d’Israël s’empare de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï, et du Golan.

Comment ces journées de mai-juin seront-elles analysées par la presse et les hommes politiques d’extrême-droite ?

Incontestablement, la presse d’extrême-droite est largement favorable à Israël. C’est la constatation que fait Le Monde dans sa revue de presse le 4 juin 196783. L’historien Frédéric Charpier confirme à postériori cette observation du Monde : « Une grande partie de la presse nationale apporte son soutien à Israël : Aspects de la France, Rivarol, mais aussi l’hebdomadaire Minute, ou encore Valeurs actuelles». Nous
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CLOAREC (Vincent), LAURENS (Henry), Le Moyen-Orient au 20è siècle, Paris, Armand Collin, 2007, p. 134. BARNAVI (Elie), Une histoire moderne d’Israël, Paris, Flammarion, 1991, p. 227. 81 « Cette menace d’extermination de l’Etat Israël-même si elle est depuis une quinzaine d’années remise en cause par les historiens- est vécue comme telle en 1967 » explique l’historienne Laurence Coulon in L'opinion française face au conflit israélo-arabe (1947-1987) "Je t'aime, moi non plus", Centre de recherche français de Jérusalem, Israël, février 2007 in Akadem.org. Dernière consultation le 21 janvier 2011. URL : http://www.akadem.org/sommaire/themes/politique/8/2/module_2446.php. 82 « L’existence d’Israel est une erreur qu’il faut rectifier. Voici enfin l’occasion d’effacer la honte qui s’est abattue sur nous depuis 1948. Notre objectif est clair : rayer Israël de la carte » déclare par exemple le président irakien Aref le 28 mai 1967 in BAR-ZVI (Michaël), FRANCK (Claude), Le Sionisme, op.cit., p. 121. 83 « L’attitude de la presse de droite et d’extrême-droite est largement favorable à Israël » peut-on lire dans Le Monde du 4 juin 1967.

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analyserons les différents types d’arguments utilisés par la majorité des dirigeants et des penseurs d’extrême-droite pour justifier leur soutien à l’Etat d’Israël. C’est l’hebdomadaire Minute84, tiré à plus de 200 000 exemplaires, qui sonne la charge par un soutien marqué à Israël fortement imprégné d’un racisme anti-arabe. « De toutes manières, avec les Arabes, une seule politique est possible, c’est celle de la trique et du coup de pied au cul. Car ils ne comprennent et ne respectent que la force85. » Cet article de Minute est fortement marqué par le souvenir encore cuisant de la guerre d’Algérie. D’une certaine manière, une partie de l’extrême-droite soutient Israël en souvenir du FLN et d’une lutte pas si lointaine contre ces « terroristes » arabes.

Le chercheur Yvan Gastaud estime, pour sa part qu’« un racisme de type colonial incite les partisans de l’Algérie française à soutenir l’Etat hébreu. Comme le note Alfred Grosser dans un éditorial du Monde, la sympathie pour Israël est teintée d’hostilité envers les Arabes, forme détournée de vengeance de la décolonisation86. »C’est également le point de vue du fondateur d’Occident Pierre Sidos qui se considère comme « antisioniste », et explique le ralliement de l’extrême-droite à Israël par ce désir de vengeance : « Les Arabes nous ont mis dehors en Algérie, les juifs nous vengent87. »

Ce n’est pas la seule raison qui pousse les partisans de l’Algérie Française à soutenir Israël. Des liens plus personnels s’étaient liés en Algérie entre les Pieds-noirs et le mouvement « Algérie Française » qui a contribué à la bonne image d’Israël dans les milieux d’extrême-droite.

Ainsi, le spécialiste de l’extrême-droite Jean Yves Camus note qu’ « il y a à l’époque une image plutôt positive d’Israël dans tout une fraction de l’extrême droite qui sera encore plus forte après la guerre d’Algérie en raison des contacts qui se sont noués

Minute se définit comme favorable à l'Algérie française et « anti-gaulliste », lors de sa création en 1962. Le journal d’extrême droite tirait à plus de 200 000 exemplaires dans les années 1960 (cf LABBE (Yves-Marie), « Plus de 300 journaux expriment la pensée de l'extrême droite », Le Monde, 02 avril 1998). 85 Minute, 22 juin 1967, cité in « La Guerre des Six jours et la question du racisme en France », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 71 | 2005, mis en ligne le 13 mai 2006, Consulté le 01 novembre 2010. URL : http://cdlm.revues.org/index930.html. 86 Idem. 87 CHARPIER (Frédéric), Génération Occident, op.cit., p.145.

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entre une fraction de la droite qui refuse de céder l’Algérie et la population pied-noire juive de l’Algérie. Une partie de la communauté juive en Algérie soutenait le projet "Algérie française"88. » Le meilleur exemple de ce lien très fort entre les pieds noirs et l’extrême droite favorable à Israël est Jacques Soustelle. Jacques Soustelle est une figure politique particulière puisque c’est un gaulliste de la première heure. Il rallie Londres dès 1940 et se met à la disposition des Forces Françaises Libres. En 1955, il est envoyé en Algérie en tant que gouverneur général. D’abord honni par les ultras de l’Algérie Française, il deviendra un porte-parole très influent de ce mouvement durant la 4ème république. Jacques Soustelle devient ministre de De Gaulle en 1958 mais déçu des orientations du Général concernant l’Algérie Française, il ralliera l’OAS. Ce qui lui vaudra d’être poursuivi pour atteinte à la sécurité de l’Etat et de partir en exil. Ce personnage atypique sera un très grand soutien d’Israël en France. Il n’hésite pas à revendiquer le qualificatif de sioniste en 1964: « Il est parfaitement exact que, depuis des années, j’ai exprimé sans équivoque mon admiration et mon soutien à l’État d'Israël et mon adhésion de non-Juif à la cause du sionisme89. ». Il est même l’un des fondateurs de l'Alliance France-Israël, organisation dont il prendra la présidence. Dans son soutien à Israël, Jacques Soustelle ne se contente pas uniquement de paroles. A la tête du département de l’énergie atomique au gouvernement durant l’année 1959-1960, il accroit la coopération nucléaire avec Israël malgré l’hostilité de certains membres du gouvernement. « Lorsque j’étais ministre de l’énergie atomique, (…) j’ai entrepris tout ce qui était en mon pouvoir pour aider Israël90 » déclara-t-il plus tard. Par ailleurs, si l’extrême-droite soutient Israël, c’est parce que ce pays est vu comme la tête de pont de l’occident en Orient dans un contexte de guerre froide. C’est par anticommunisme que beaucoup de leaders d’extrême-droite vont se s’opposer aux Arabes et se rapprocher d’Israël. Ces arguments sont, par exemple repris par Pierre Pujo,

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CAMUS (Jean-Yves), conférence sur l’antisémitisme d’extrême droite. Conférence citée. SOUSTELLE (Jacques), Sur une route nouvelle Éditions du Fuseau, Paris, éditeur, 1964, p13 90 BAR-ZOHAR (Michael), Shimon Peres et l'histoire secrète d'Israël, Paris, Odile Jacob, 2008, p182

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éditorialiste à Aspect de la France l’« hebdomadaire d’Action Française » qui revendique un tirage de 25 000 exemplaires. Le 8 juin 1967 Pierre Pujo91 écrit un article intitulé « Les responsabilités de l’occident au Moyen-Orient » où il expose ses vues sur la crise dans la région. P.Pujo affirme que la France ne peut être « indifférente92 » à la crise puisque « Israël est attaqué par le monde arabe coalisé avec l’appui de l’URSS93. » L’éditorialiste contredit « l’affirmation de De Gaulle selon laquelle la France au Moyen-Orient, n’est pas engagé avec aucun pays, elle a garanti à Israël la liberté de navigation dans le golfe d’Akaba94. » Une victoire des Etats Arabes inquiète le journaliste qui estime qu’ « une défaite d’Israël se traduirait par une agressivité arabe accrue et une poussée de l’URSS en Méditerranée orientale95. »

Pour autant Pierre Pujo se veut un soutien rationnel d’Israël. Il ironise contre le journaliste Jean-Jacques Servan Schreiber qui voudrait « que la France s’engageât pour Israël "sans réfléchir". » P.Pujo ne renie pas ses engagements antisémites, bien au contraire. Il affirme qu’il n’a aucune haine envers les Israéliens parce que « notre antisémitisme n’a jamais visé que l’influence des juifs installés dans notre pays et non assimilés ; il (l’antisémitisme) a dénoncé les agissements d’une communauté allogène, aux ramifications internationales, qui, sous nos républiques, a joué un rôle funeste96. » Ainsi, pour mieux appuyer son plaidoyer, Pujo n’hésite pas à utiliser des préjugés antisémites classiques selon laquelle bon nombre de Juifs ne seraient pas français et seraient, en réalité, inféodés au capitalisme mondial ou à la révolution bolchevique.

C’est presque qu’à regret que Pierre Pujo soutient l’Etat d’Israël en ce mois de juin 1967. Il le fait nettement pour des raisons stratégiques : « les intérêts des puissances occidentales sont défendus par les Etats-Unis. Ils seraient inconcevable que, d’une façon

Pierre Pujo (1929-2007) est un journaliste monarchiste, fils de Maurice Pujo (cofondateur de la Revue d'Action française aux côtés de Charles Maurras en 1899). 92 PUJO (Pierre), « Les responsabilités de l’occident au Moyen-Orient », Aspects de la France, 8 juin 1967. 93 Idem. 94 Idem. 95 Idem. 96 Idem.

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ou d’une autre, nous servions les visées de l’URSS97» conclut le journaliste monarchiste. L’ancien collaborateur et journaliste François Brignaud tient la même position dans Minute décrivant Israël « comme le dernier bastion de l’Occident au Moyen-Orient98. »

Ils sont nombreux, les anciens collaborateurs de 1940 à soutenir l’Etat d’Israël en 1967 principalement par anticommunisme. Le collaborationniste Lucien Rebatet, ancien journaliste à Je suis Partout prône un antisémite sans nuances entre les années 1930 et 1940 avant de se découvrir une fibre pro-israélienne en 1967. Editorialiste à Je suis Partout, L.Rebatet se félicite en 1938 que « l’antisémitisme constitue une second nature chez les Germains99. » La même année, il « salue les lois de Nuremberg et se félicite, à l’occasion d’un voyage en Europe Centrale où il assiste à un pogrom, que les anti-Juifs puissent opérer à leur guise à Vienne depuis son rattachement au Reich100. »

Lucien Rebatet n’hésite pas le 28 juillet 1944 alors que la France est sur le point d’être libérée à assurer le national-socialisme de sa fidélité dans un de ses derniers articles paru dans Je Suis Partout. Dans ce « testament journalistique », Rebatet défend le nazisme d’une manière très poussée : « J’admire Hitler. Nous admirons Hitler, et nous avons pour cela de très sérieuses raisons101 » écrit-il dans un plaidoyer long de 12 feuillets. A la libération, Lucien Rebatet sera condamné à mort puis gracié en 1947 par le président Auriol102.

En 1967, L. Rebatet soutient la guerre israélienne contre les Etats Arabes s’étonnant lui-même de son tout nouveau soutien à la cause sioniste : « La cause d’Israël est là-bas celle de tous les occidentaux. On m’eut bien étonné si l’on m’eut prophétisé en 1939 que je ferais un jour des vœux pour la victoire d’une armée sioniste. Mais, c’est la solution que je trouve raisonnable aujourd’hui103. »

Idem. CHARPIER (Frédéric), Génération Occident, op.cit., p. 144. 99 REBATET (Lucien), « Les Juifs et l’Allemagne » in « Les Juifs », Je Suis Partout, 15 avril 1938. 100 BELOT (Robert). Critique fasciste de la raison réactionnaire : Lucien Rebatet contre Charles Maurras. In: Mil neuf cent, N°9, 1991. Les pensées réactionnaires. pp. 49-67. 101 REBATET (Lucien), « Fidélité au national-socialisme », Je Suis Partout, 28 juillet 1944. 102 IFRI (Pascal-Alain), Les deux étendards de Lucien Rebatet: dossier d'un chef-d'œuvre maudit, Paris, L'Age d'Homme, 2001, p. 26. 103 REBATET (Lucien), Rivarol, 8 juin 1967, cité in Denis Charbit, Les intellectuels français et Israël, op.cit., p 38.
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Citons également le cas de Pierre Drieu La Rochelle. Cet écrivain français est un fervent partisan de la collaboration avec l’Allemagne. Drieu La Rochelle critiquera même Vichy parce qu’à ses yeux ce régime ne collaborerait pas assez avec l’Allemagne, regrettant que la collaboration d’Etat ne débouche pas sur le collaborationnisme104. C’est le même Drieu qui la Rochelle qui affirmera dans son dernier ouvrage paru en 1945: « Je meurs antisémite (respectueux des juifs sionistes)…J’aime les races d’ailleurs chez elles ; j’aurais aimé sincèrement les Juifs chez eux. Cela ferait un beau peuple105 .»

Jean-Louis Tixier-Vignancourt est lui aussi un ancien collaborateur. Il a tenu le poste clé de responsable des services de la radiodiffusion et du cinéma, puis après le 13 décembre 1940 de Secrétaire général à l’information106. A partir de mai 1941, TixierVignancour s’éloigne de Vichy. Après la seconde guerre mondiale, Jean-Louis TixierVignancour sera l’avocat de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline accusé de collaboration107. Grand pourfendeur de la politique gaulliste en Algérie, M.Tixier-Vignancour est aussi un partisan de la cause sioniste à Paris revendiquant le droit pour les Israéliens à un Etat et à des frontières sûres. « La création d’Israël est véritablement le retour d’un peuple dispersé…Rien de plus normal108 » affirme en 1969 l’ancien candidat à la présidentielle de 1965.

Jean-Louis Tixier-Vignancour est également convaincu du caractère pacifiste de l’Etat d’Israël uniquement perturbé par les agressions des Etats Arabes: « jamais l’Etat juif n’aurait manifesté le moindre acte, le moindre sentiment d’impérialisme si, entre 1948 et 1968, aucun coup de feu n’avait été tiré sur ses frontières109. » M. TixierVignancour en est convaincu. Israël est dans une situation de « légitime défense110 » en

DAMBRE (Marc), Dieu la Rochelle: écrivain et intellectuel , Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1995, p. 45. 105 (LA ROCHELLE) Pierre Drieu, Journal 1939-1945, Paris, Gallimard, 1992, p 84 et 385. 106 « Biographies des députés de la IVe République » in assemblee-nationale.fr. 107 Céline sera condamnée, pour collaboration, à une année d'emprisonnement et à l'indignité nationale avant d’être amnistié en 1951. 108 WAJSMAN P ; TEISSEDRE R. F, Nos politiciens face au conflit israélo-arabe, Paris, Fayard, 1969, p. 63. 109 Ibid., pp 63-64. 110 Ibid., p. 64.

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raison de sa position géographique111. Cette idée d’un déséquilibre stratégique de l’Etat Juif par rapport à ses voisins arabes est relativement répandue en 1967 à l’extrêmedroite.

Le journaliste André Nicolas adopte le même point de vue dans l’hebdomadaire monarchiste Aspects de la France du 8 juin 1967 considérant que la « maitrise de l’air est capitale pour un pays, qui étendu sur plus de 800 km de longueur, n’a que 20 kilomètres de largeur à la latitude de Tel-Aviv, entre la Méditerranée et la frontière jordanienne112. »

Ce large rassemblement de l’extrême-droite autour d’Israël entraine des rapprochements parfois étonnants sur le spectre politique français. Ainsi, le 31 mai 1967, 30 000 personnes113, juives et non-juives, défilent à proximité de l’ambassade d’Israël à Paris en signe de soutien à l’Etat Juif. Jean-Louis Tixier-Vignancour est présent à cette manifestation tenant à montrer sa solidarité avec l’Etat hébreu. Alexandre Sanguinetti un des dirigeants du parti gaulliste de l’époque et grand héros de la résistance a également fait le déplacement. Ces deux personnages s’étaient affrontés deux ans plus tôt à l’élection présidentielle de 1965. Pour expliquer ce rapprochement étonnant, le chercheur Jean-Yves Camus avance que « beaucoup se retrouvent dans le soutien à Israël contre un monde arabe considéré comme tête de pont de l’union soviétique114. »

Cet argument a beaucoup joué dans le rapprochement de l’extrême-droite vers Israël mais une autre raison moins avancée serait qu’un certain nombre de personnalités d’extrême-droite serait devenu « sioniste » par antisémitisme. Le cas de Xavier Vallat est dans l’espèce assez symptomatique. C’est par antisémitisme qu’il tombe d’accord avec l’idéologie sioniste des origines qui estime que les juifs sont inassimilables et doivent vivre dans un Etat qui leur est propre.

« La situation géographique de ses frontières lui donne la plaine alors que ses ennemis tiennent les hauteurs » affirme M. Tixier-Vignancour in WAJSMAN P ; TEISSEDRE R. F, Nos politiciens face au conflit israélo-arabe, op.cit, p64 112 NICOLAS (André), « Les palabres n’ont pu arrêter la guerre », Aspects de la France, 8 juin 1967 113 COULON (Laurence), « Comment être juif et français ? », Archives Juives 2/2006 (Vol. 39), p. 110-121. URL : www.cairn.info/revue-archives-juives-2006-2-page-110.htm. 114 CAMUS (Jean-Yves), conférence sur l’antisémitisme d’extrême droite. Conférence citée.

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C’est le paradoxe que note l’historien Maxime Rodinson à propos d’un des fondateurs du sionisme politique Théodore Herzl : « Converti au nationalisme, il tombait d’accord avec les antisémites sur le diagnostic : les juifs européens formaient un élément étranger, en partie inassimilé et à la longue inassimilable. (…)Le remède était de quitter l’Europe, de posséder un territoire propre comme il était de règle pour les nations ordinaires115. »

Xavier Vallat est un personnage très particulier. L’homme politique a beaucoup étudié la « question juive » et en a tiré des conclusions antisémites. Il se fait connaitre en 1936 en lançant à la Chambre l’anathème resté célèbre contre le président du Conseil Léon Blum : « pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un juif. » Ce coup d’éclat lui permet d’obtenir la reconnaissance du « petit peuple antisémite116. »

Le 9 juillet 1940, Xavier Vallat vote le projet de résolution permettant la révision des lois constitutionnelles puis le 10, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Il est dans la foulée nommée secrétaire général aux anciens combattants par le gouvernement dirigé par le Maréchal Pétain avant d’être nommé commissaire général aux questions juives en mars 1941.

A la tête du commissariat, il alourdit la législation anti-juive, interdisant des nouvelles professions aux juifs et promulguant une loi qui autorise l'appropriation et la liquidation des biens juifs par le régime de Vichy. Ces actions de Xavier Vallat s’inscrivent dans la continuité de la pensée classique d’un certain antisémitisme à la française qui estime que les Juifs sont pour leur majorité non assimilés et inassimilables et qu’ils exercent une influence néfaste sur la France. Xavier Vallat espère par ses mesures purger la France du problème juif sans pour autant emprunter la voie allemande de l’extermination. En 1942, Xavier Vallat est remplacé par un antisémite plus fanatique

RODINSON (Maxime), Israël et le refus arabe 75 ans d’histoire, Paris, Seuil, 1968, p.13. JOLY (Laurent), Xavier Vallat : du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’Etat (1891-1972), Paris, Grasset, 2001, p. 158.
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Louis Darquier de Pellepoix qui poursuit la politique de collaboration avec le régime nazi.

Pour résoudre définitivement la question juive, Xavier Vallat préconisera lors de son procès pour collaboration en 1947 d’attribuer la nationalité juive à l’ensemble des juifs de la diaspora. « Je crois qu’il faut (…) un lieu qui soit une espèce de cité vaticane (…) qui permette d’attribuer la citoyenneté juive aux 9 ou 10 millions de juifs dispersés à travers le monde et qui ait son siège à Tel-Aviv ou à Haîffa [sic], peu importe, sans pour cela qu’on soit obligé de faire émigrer tous les juifs en Palestine117. »

Xavier Vallat se trouva ainsi paradoxalement en harmonie de pensée avec les sionistes alors que l’Etat d’Israël n’existe pas encore. Au sortir de la guerre des 6 Jours, Xavier Vallat poursuit ses réflexions sur le problème juif et publie dans Aspects de la France un point de vue sur la situation au Proche-Orient le 15 juin 1967 intitulé « Mes raisons d’être sioniste ». Xavier Vallat se lance dans cet article dans une longue

réflexion sur la question juive qui n’a cessé de l’obséder depuis la fin des années 1930.

Il s’appuie pour soutenir son propos sur un ouvrage de Bernard Lazare L’antisémitisme, son histoire et ses causes, publié en 1894 avant la période dreyfusarde de ce dernier. Dans ce livre, Bernard Lazare constate le caractère inassimilable des juifs orientaux qui se tiennent pour le « peuple choisi 118» et des juifs occidentaux qui ont gardé leur « orgueil national 119» et qui se pensent comme « une individualité supérieure, un être différent de ceux qui l’entourent120. » X.Vallat préconise pour lutter contre cet « Etat dans l’Etat121 » de restituer aux « membres de cette ethnie leur appartenance juridique à leur nation, la nation juive122. Dans le contexte de la guerre des 6 Jours, Xavier Vallat poussera son « sionisme » jusqu’à soutenir la « garantie internationale de ses frontières historiques, du Sinaï à l’Hermon, de Méditerranée au Jourdain123. »

Ibid., p. 42. LAZARE (Bernard), L’antisémitisme son histoire et ses causes cité par VALLAT (Xavier) in « Mes raisons d’être sioniste », Aspects de la France, 15 Juin 1967. 119 VALLAT (Xavier), « Mes raisons d’être sioniste », Aspects de la France, 15 Juin 1967. 120 Idem. 121 Idem. 122 Idem. 123 Idem.
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Autrement dit, X.Vallat souhaite qu’Israël obtienne le droit de conserver les territoires issus de la guerre « courageusement menée124 » de 1967 qui ne seront, pourtant, pas reconnus par les Nations Unis en vertu de la résolution 242 adopté le 22 novembre 1967 qui prévoit le retrait « israélien de(s)125 territoires occupés lors du récent conflit. »

Ce texte de Xavier Vallat eut un certain écho. L’hebdomadaire juif La presse nouvelle affirme que Vallat donne « le ton à une certaine presse126. » Il est vrai que les propos de Xavier Vallat révèlent les tendances d’une certaine presse antisémitisme à soutenir Israël sans se départir d’un antisémitisme à la française127. On pourrait ainsi se demander avec Pierre Birnbaum si l’antisémitisme ne mènerait-il pas inéluctablement au sionisme, « justifiant par la passion nationaliste l’honneur d’être juif …en Israël, preuve s’il en faut de la nécessité d’une vision culturaliste qui lie étroitement chaque nation à son propre code culturel unique128. »

b) De rares voix contre la politique menée par Israël en 1967
Le mouvement Occident est un des rares mouvements d’extrême-droite à prendre une position neutraliste en 1967. Certes, l’hebdomadaire du mouvement affirme, dans le même ordre de pensée que Xavier Vallat , que le sionisme est une bonne chose parce que résolvant la solution insoluble des juifs « inassimilables ». « Nous affirmons qu’Israël se doit d’exister et de vivre, car le sionisme est la seule issue du brulant problème des juifs antinationaux129. »

Idem. La version anglaise de la résolution a été sujette à contradiction en raison de sa formulation (« withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict ») laissant supposer à la partie israélienne et américaine que les forces armées israélienne ne devaient pas forcément se retirer de l’ensemble des territoires occupés en 1967. La version française parle de « retrait des territoires occupés. » 126 JOLY (Laurent), Xavier Vallat : du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’Etat (1891-1972), op.cit., p. 357. 127 On a cité les cas de Pierre Pujo, de François Brigneau, Lucien Rebatet. 128 BIRNBAUM (Pierre), « D’Un Etat l’autre » in Les intellectuels français et Israël, op.cit., p. 38 129 Occident-Université hebdo, 2 juin 1967.
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Dans le même tract, Occident s’attaque aux « juifs qui condamnent l’intervention américaine au Vietnam et supplient ces mêmes "criminels" de les aider130 .» Les personnalités visées ici sont les français juifs de gauche qui ont exprimé en 1967 un soutien clair à l’Etat d’Israël. Ils sont ainsi accusés de ne pas avoir une vision cohérente de la situation internationale aveuglée par leur soutien à l’Etat d’Israël. Occident

reproche à ces juifs de s’être déclaré favorables à l’intervention israélienne contre les Etats Arabes mais opposés à la politique française en Algérie ou à l’intervention américaine au Vietnam.

L’une des principales cibles d’Occident est l’ancien député socialiste Daniel Mayer, président de la Ligue des Droits de l’homme qui aurait déclaré en 1967 « j’ai honte d’être français mais je n’ai pas honte d’être juif131 ». Cette phrase fut mise en exergue en haut d’un tract distribué par Occident lors du déclenchement de la guerre israélo-arabe de 1967. Daniel Mayer fut un des principaux pourfendeurs de la politique française répressive menée en Algérie par le premier ministre socialiste Guy Mollet132 en 1956-1957. C’est pourquoi cette phrase sur sa « honte d’être français » lui est d’autant plus reprochée par Occident qui sous-entend que Daniel Mayer n’est pas un patriote parce que n’ayant pas soutenu la cause de l’Algérie française.

Occident va même plus loin en soutenant que Daniel Mayer n’est pas un français comme les autres133. « Pourquoi ces gens dont la patrie est apparemment Israël se proclament-ils français et ne bénéficient-ils pas du statut d’étranger en France134 » se demande Occident citant nommément Daniel Mayer, Pierre Mendès-France, l’homme politique socialiste Pierre Fuzier, le philosophe Jankélévitch, Debré et Kapplan(sic)135. La majorité des hommes cités sont plutôt proches de la gauche à l’exception de Michel Debré et de Jacob Kaplan qui ne s’occupe pas véritablement de politique.

Idem. La citation exacte de Daniel Mayer est « J’ai honte d’être français, puisque la politique officielle de la France, pour la seconde fois en moins de trente ans, signifie l’abandon, à l’heure du danger, d’un pays ami et allié. J’ai honte d’être homme puisque rien n’est fait par l’humanité contre la répétition du génocide. Pour répondre à l’avance à certains, j’ajoute que je n’ai pas honte d’être juif. » 132 Cf « Biographie de Daniel Mayer » in http://www.assembleenationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/mayer-daniel-29041909.asp. 133 Rappelons que Daniel Mayer s’engage dans la résistance dès 1940. 134 Tract d’Occident, juin 1967. 135 Faisant sans doute référence au grand rabbin de France Jacob Kaplan.
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Pour résoudre le problème de ces juifs accusés, à mots couverts de double allégeance, Occident préconise la survie de l’Etat d’Israël après cette guerre de 1967: « Israël doit vivre mais Israël doit aussi rapatrier cette intelligentzia sémite (et ses séïdes136) qui vient de montrer, une fois de plus, son inféodation à des intérêts contraires à ceux de l’Occident137. » Occident fait ici allusion au vieux préjugé antisémite de l’inféodation du judaïsme au bolchevisme.

Dans un autre tract, Occident renvoie les deux protagonistes dos à dos affirmant que les deux parties ne lui procurent aucune sympathie et qu’elles les laisseraient bien s’exterminer entre elles138.

Les positions du mouvement Occident, bien moins favorable à Israël que la majorité de l’extrême-droite, mécontenteront fortement certains militants d’Occident, qui comme Serge Volyner responsable du service d’ordre de l’organisation, opère un virage identitaire à la suite de la guerre des 6 Jours. En 1969, Serge Volyner sera l’un des membres refondateurs du Betar en France, une organisation anticommuniste, sioniste proche du Likoud et dont l’idéologue est Zeev Jabotinsky auteur du Mur d’Acier qui a créé ce mouvement en 1923 à Riga en Lettonie.

D’autres auteurs ne se départiront pas de leur antisionisme. Il s’agit de Maurice Bardèche qui anime la revue Défense de l'Occident139 ou encore de François Duprat qui vitupère dans Défense de l’Occident en juillet 1967 contre « l'exploitation des pseudo "Six millions de morts du national-socialisme » qui « a arraché à l'Allemagne fédérale un milliard de dollars depuis 1952140, » faisant référence aux réparations payés par la RFA à l’Etat d’Israël depuis 1952 pour les victimes juives du nazisme.

Séide signifie partisan. Occident-Université hebdo, 2 juin 1967. 138 Occident-Université n°3 cité in CHARPIER (Frédéric), Génération Occident, op.cit., p. 147. 139 Défense de l’Occident, animée par Maurice Bardèche, est « la plus importante revue de l’extrême-droite française de l’après-guerre » mais également « la plus efficace propagandiste de la négation du génocide nazi » (cf CAMUS (Jean-Yves) et MONZAT (René), Les droites nationales et radicales en France, Paris, PUF, 1992, pp4143). Cette revue nait en 1952, paraitra jusqu’en 1982. 140 L'agression Israëlienne-Revue Défense de l'Occident - juillet 1967- cité par IGOUNET (Valérie), Une histoire du négationnisme en France, Paris, Seuil, 2000, p. 130.
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François Duprat ne reconnait pas la réalité du génocide nazi contre les Juifs. Sa logique de pensée est typique d’un courant d’extrême-droite qui allie négationnisme, antisémitisme à peine dissimulé derrière un antisionisme d’une rare virulence. Nous y reviendrons.

L’extrême-droite française s’est ainsi ralliée massivement à Israël durant cette année 1967, soutenant l’armée israélienne dans son combat contre les Etats-Arabes. En effet l’hypothèse d’une destruction de l’Etat d’Israël était une hantise pour ces personnalités d’extrême-droite qui craignaient que l’URSS ne puisse étendre son influence en Méditerranée. La victoire israélienne est, par ailleurs vu, comme un moyen de prendre sa revanche sur le FLN soutenu par de nombreux Etats arabes. Enfin, c’est par antisémitisme que certains militants d’extrême droite vont se rallier à la cause israélienne. Il s’agit de soutenir l’existence d’un Etat juif durable pour ne plus avoir à gérer le problème des « juifs anti-nationaux ». Cette réflexion irrigue déjà la pensée de l’extrêmedroite dès le début du XXe siècle comme le montre les écrits de E.Drumont.

Notons que le soutien majoritaire à l’extrême-droite à Israël durant l’année 1967 est largement partagé par la population française. Un sondage de l’IFOP du 8-13 juin 1967 indique que pour 58% des français, leur sympathie vont à Israël contre seulement 2 % aux Etats arabes (27% à ni à l’un ni à l’autre, 13% sans opinion141). Ce soutien massif à Israël se retrouve à l’extrême-droite qui est ainsi parfaitement en phase avec l’opinion. Les positions majoritairement favorables à Israël à l’extrême-droite évolueront également avec l’opinion française.

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IFOP : sondage du 8-13 juin 1967 sur le conflit israélo-arabe. Voir document en annexe.

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Section II- Le lent reflux de la sympathie pro-israélienne à l’extrême droite de la fin des années 1960 jusqu’à 1982
La guerre des Six Jours fut un moment de soutien très marqué à Israël par l’extrême-droite française. En 1967, les antisionistes et les « anti-israéliens » sont minoritaires à l’extrême-droite. Ils vont prendre une place de plus en plus importante dans le mouvement en faveur d’un changement de circonstances au niveau international ainsi qu’en raison de l’apparition d’un mouvement négationniste à l’extrême-droite.

A) Le développement du phénomène de l’antisionisme à l’extrême-droite
L’antisionisme de l’extrême-droite se développe en parallèle au développement du mouvement négationniste. Le négationnisme est un mouvement « pseudo-scientifique » tendant à nier l’extermination de 6 millions de juifs durant la seconde guerre mondiale. Ce mouvement nait à l’extrême-droite en 1948 avec la parution de Nuremberg ou la terre promise de Maurice Bardèche. Ce livre fut tiré à 25.000 exemplaires avant d’être interdit à la vente en 1952142.

Comme l’explique l’historienne Valérie Igounet « La guerre des Six jours initie ce changement fondamental dans la rhétorique négationniste : la cause palestinienne devient la nouvelle cause à défendre. L'Etat d'Israël est paré des stigmates d'un État raciste. À ce moment, l'utilisation du discours négationniste revêt une autre ampleur, et par là même se dote d'une nouvelle signification : détruire l'État “impérialiste” sioniste143. »

L’historienne Valérie Igounet lie ainsi ce phénomène négationniste à cette volonté de lutter contre un Etat Juif au Proche-Orient. L’objectif des négationnistes antisionistes est de prouver qu’il n’y a pas eu de génocide juif afin de délégitimer l’existence de l’Etat d’Israël qui aurait été créé à titre de compensation après la Shoah. On retrouve cet argument particulièrement chez le journaliste d’extrême-droite François Duprat qui
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IGOUNET (Valérie), Histoire du négationnisme en France, op.cit., p. 130. Ibid., p. 131.

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soutient le mouvement national arabe tout en pratiquant un antisionisme assez violent : « en droit comme en fait, Israël, oiseau de proie au Moyen-Orient, est une construction artificielle, vaine et mensongère, qui disparaîtra tôt ou tard144 » écrit François Duprat en juillet 1967 dans Défense de l’occident.

Un des arguments classiques de l’extrême-droite antisioniste pour combattre Israël est de le nazifier. Ce ne sont pas les nazis qui auraient commis un génocide mais bien l’Etat d’Israël envers les Palestiniens. « Bâti [L’Etat Israélien] sur une injustice et sur un véritable génocide (car l'expulsion de tout un peuple de sa patrie est un génocide, au même titre que son extermination), Israël poursuit, grâce au soutien inconditionnel de la juiverie internationale, sa "Solution Finale" du problème arabe. Et, à la différence de la solution finale des SS du IIIe Reich, il est bien question là d'une liquidation globale du fait arabe au sein de l'Etat juif145. »

Il est paradoxal de noter que ce sont ces personnalités d’extrême-droite tels François Duprat qui nient l’existence d’un génocide envers le peuple juif mais qui réutilise cette notion de « génocide » sans arrêt, la plupart du temps sans raison objective. Le terme de génocide fut défini en 1948 par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. « Le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ciaprès commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux146. » F.Duprat réinvente la notion de génocide en affirmant que « l'expulsion de tout un peuple de sa patrie est un génocide147. » Ce qui inexact au titre de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Dans le même temps F.Duprat emploie le terme de « solution finale » dans une allusion à la politique nazie envers les Juifs durant la seconde guerre mondiale. Or, le renversement est total puisque ce sont ici les Juifs qui recherchent une « solution finale » au problème arabe. Les « supposés »
DUPRAT (François), « Les violations des accords d'armistice par Israël », Défense de l'Occident, numéro spécial « L'agression israélienne » juillet 1967, p. 28. 145 Idem. 146 « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide » approuvée par l'Assemblée générale des Nations-Unis dans sa résolution 260 du 9 décembre 1948 et entrée en vigueur le 12 janvier 1951 in www2.ohchr.org/french/law/genocide.htm. Dernière consultation le 1 février 2011. 147 DUPRAT (François), « Les violations des accords d'armistice par Israël », art.cit., p. 28
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victimes seraient alors devenus les bourreaux dans un retournement de l’histoire assez ironique. François Duprat ne se contente pas uniquement de paroles anti-israéliennes dans les journaux d’extrême-droite. Il crée également une organisation appelée Rassemblement pour la libération de la Palestine (RLP) situé sur la ligne violemment anti-israélienne du Fatah des années 1970. Néanmoins, le but de François Duprat est avant tout de limiter l’influence du sionisme à l’extrême-droite: « en fait, le RLP était uniquement destiné à lutter contre les tendances pro-sionistes délirantes de l’extrême droite. (…) Avec Maurice Bardèche, nous avons été les seuls à prendre une position nettement anti-Israël. Ce n’était pas courant à l’époque. Je suis heureux de voir que nous avons été suivis sur cette voie-là148 .»

A l’extrême-droite, le combat pro-arabe attire de nombreux militants au milieu des années 1970 (même si un soutien à la cause arabe ne signifie pas un soutien à la cause palestinienne). Dans leur ouvrage Les rats Maudits, publié en 1995, les auteurs

antisionistes Frédéric Chatillon, Thomas Lagane et Jack Marchal affirment qu’un certain nombre de militants nationaliste français partiront pour Beyrouth pour soutenir par les armes la population maronite du Liban. Fin 1976 il y a à peu près une centaine de volontaires français qui étaient partis se battre au Liban149.

L’extrême-droite antisioniste se veut également le pourfendeur intransigeant de la politique israélienne tombant très suivant dans le cliché antisémite. Israël est ainsi vu par ces antisionistes d’extrême-droite, comme au début du XXe siècle, comme un moyen de domination internationale. François Duprat note l’existence d’une internationale150 » au service de l’Etat d’Israël. « juiverie

Ce préjugé irrigue les arguments des militants d’extrême-droite qui comme Mme A. V du Val-d'Oise dans Rivarol du 13 juillet 1967 se lamente de la victoire israélienne au Proche-Orient. Cette sympathisante d’extrême-droite récuse l’argument développé par

LEBOURG (Nicolas), « L'invention d'une doxa néo-fasciste : le rôle de l'avant-garde nationalisterévolutionnaire. Idéologie négationniste, propagandes anti-américaine, anti-immigration, anti-juive », Domitia, Presses Universitaires de Perpignan, Perpignan, n°1, octobre 2001, pp.99-132. 149 CHATILLON (Frédéric), LAGANE (Thomas) et MARCHAL (Jack), Les Rats maudits. Histoire des étudiants nationalistes 1965-1995, Édition des Monts d'Arrée, 1995, pp 86-87. 150 DUPRAT (François), « Les violations des accords d'armistice par Israël », art.cit., p. 28.

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Rivarol durant le mois de mai-juin 1967 selon lequel Israël défendrait « la civilisation occidentale contre l'infiltration communiste dans le Proche et Moyen-Orient151. » Il parait inconcevable à cette dame que les Israéliens qui « sont avant tout, des Juifs152 » ne puisse défendre d’autre cause que « la juiverie internationale153 », c’est-à-dire le communisme et le capitalisme dans la phraséologie de l’extrême-droite.

En 1972, le FN est créé. Jean-Marie Le Pen est nommé président de ce nouveau parti mais il est contesté en interne en particulier par le journaliste de Minute François Brigneau et l’homme politique Alain Robert qui quitteront le parti après des désaccords en 1973154. François Duprat sera un des proches de Jean-Marie Le Pen. Il contribuera à accroitre l’influence de la mouvance antisioniste au FN jusqu’à sa mort dans des circonstances obscures155 en 1978. François Duprat influencera un auteur négationniste comme Robert Faurisson qui mêlera aussi son négationnisme à une dénonciation du sionisme.

Robert Faurisson est un maitre de conférences à l’université Lyon III. En 1979, il se fait connaitre en écrivant une lettre au Monde intitulée Le problème des chambres à gaz ou « La rumeur d'Auschwitz » où il nie la réalité des chambres à gaz156. Ces déclarations provoquent un tollé. Il est interdit de cours à l’université de Lyon. Pour expliquer l’invention de cette « mythologie » des chambres à gaz puis plus globalement du génocide, il affirme que cette « invention (de la Shoah) est d'origine essentiellement sioniste. Elle a eu des retombées politico-financières dont l'Etat d'Israël est le principal bénéficiaire. Jamais Hitler n'a donné l'ordre de tuer ne serait-ce qu'un seul homme en raison de sa race ou de sa religion157. »

On retrouve ainsi l’un des principaux thèmes des négationnistes selon lequel la Shoah aurait été inventé pour satisfaire la cupidité des Juifs ici symbolisée par l’Etat
151 152

Rivarol, « Nos lecteurs nous écrivent », 13 juillet 1967, p. 4. Idem. 153 Idem. 154 LEVEQUE (Pierre), Histoire des forces politiques en France de 1940 à nos jours, op.cit., pp 454-455. 155 WINOCK (Michel), « Les sources historiques du Front national », article repris dans La France politique : XIXeXXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1999, p. 282. 156 GREILSAMER (Laurent), « L'obstiné négateur du génocide », Le Monde, 19 septembre 1989. 157 Idem.

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d’Israël. Valérie Igounet parle, pour sa part, d’un triptyque : « antisionisme, antisémitisme et négationnisme 158» qui s'installe « durablement dans le discours extrémiste159 » après la guerre des 6 Jours.

B) Le positionnement de la presse d’extrême-droite durant la guerre de Kippour
La presse d’extrême-droite s’affirme comme bien moins israélophile à partir de 1967. Ce mouvement se poursuit au cours de la guerre de Kippour. Une des raisons principales que l’on pourrait évoquer pour expliquer le ralliement d’une partie de l’extrême-droite à la cause arabe est la peur de voir le monde arabe se retourner contre l’occident et couper ses approvisionnements en pétrole.

Cette crainte se retrouve dès 1967 dans la revue Défense de l’Occident de Maurice Bardèche. L’essayiste français Pierre Fontaine qui s’était spécialisé dans la géopolitique du pétrole160 perçoit dans Défense de l’Occident la création de l'Etat Juif comme « un véritable subterfuge en vue de la maîtrise du pétrole arabe161 .» Un avis que partagea l’un des précurseurs du négationnisme en France Paul Rassinier dans son dernier article « Une Troisième Guerre mondiale pour le pétrole ? », diffusé en 1967 dans Le Soleil162, une feuille antisioniste dirigée par Pierre Sidos.

En 1973, la question pétrolière a pris une ampleur bien plus grande pour les occidentaux et en particulier pour la France. Le gouvernement français a accru de manière notable ses importations de pétrole en raison de l’accélération de la croissance française portée par la consommation des ménages. En 1968, la France importait 77 millions de tonnes163 de pétrole. Cinq ans plus tard en 1973, c’est 136.5 millions de
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IGOUNET (Valérie), Histoire du négationnisme en France, op.cit., p131. Idem. 160 Citons FONTAINE (Pierre), Les Secrets Du Pétrole, Paris, Les Sept couleurs, 1963 ou FONTAINE (Pierre) La guerre froide du pétrole, Paris, Je sers, 1955. 161 IGOUNET (Valérie), « ‘Révisionnisme’ et négationnisme au sein de l'extrême droite française » in Négationnistes : les chiffonniers de l'histoire (ouvrage collectif), Paris, éd Syllepse/Golias, 1997. Consulté in phdn.org/negation/igounet97.html le 31 janvier 2010. 162 Idem. 163 Direction des Douanes ; Insee cité in DEBONNEUIL (Michèle). Quelques données sur le coût énergétique. In: Economie et statistique, N°115, Octobre 1979. Dossier horizon 1985. pp. 27-31. Consulté le 31 janvier 2011

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tonnes164 que la France achetait à l’extérieur de ses frontières. Sans compter que 72% de ces importations165 provenaient du Moyen-Orient en 1973, aggravant l’importance stratégique de cette région pour la France à la veille de ce nouveau conflit israélo-arabe. L’enjeu pétrolier fut bien compris par les pays arabes qui décidèrent les 16 et 17 octobre par le biais de l’OPEP d’entamer un embargo de pétrole vers certains pays occidentaux mais également le passage du prix du baril de pétrole de 2$ à 10$ le baril.

Cette question pétrolière irrigue la réflexion de l’extrême-droite au moment de la guerre de Kippour. « Est-ce bien malin pour la France d’avoir une politique étrangère qui ne prend pas résolument, définitivement, frontalement le parti des pays arabes ?166 » se demande une partie de la presse d’extrême-droite selon le chercheur Jean-Yves Camus.
C’est le cas du mensuel Lectures Françaises dirigé par le très antisioniste Henry

Coston qui tire à 20 000 exemplaires167 durant les années 1970168. L’une des grandes inquiétudes exprimées par le mensuel est le risque d’une guerre pour le pétrole, et ce même avant le début des hostilités d’octobre 1973. Ainsi, en septembre 1973, Henry Coston écrit un article sur cette «guerre du pétrole (qui) entre dans une phase décisive 169» exprimant ses craintes d’un risque de pénurie de pétrole. Henry Coston attaque également ce « lobby sioniste170 » qui pousserait à la guerre contre les Etats arabes.

Le début des hostilités entre les Etats Arabes et l’Etat Juif donne l’occasion à Lectures Françaises de remettre en question la pertinence d’un Etat Juif au ProcheOrient. Dans un article non signé titré : « Le 4ème épisode d’une guerre de cent ans171 »,

Idem. Idem. 166 CAMUS (Jean-Yves), conférence sur l’antisémitisme d’extrême droite. Conférence citée. 167 Ce tirage ne suffit pas à garantir la stabilité du magazine qui connait de graves difficultés financières comme le prouve cet entrefilet paru dans le numéro de mai 1973 de Lectures Françaises : « La vie de la revue est assurée, grâce (…) à ceux qui ont répondu présent à notre appel. (…) Les épreuves ont un avantage : elle permettent de voir qui sont vos amis.» 168 IGOUNET (Valérie), Histoire du négationnisme en France, op.cit., p29 169 COSTON (Henry), « La guerre du pétrole entre dans une phase décisive », Lectures Françaises, septembre 1973, pp13-15. 170 Idem. 171 Lectures Françaises, « Le 4ème épisode d’une guerre de centre ans », novembre 1973, pp1-3.
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Lectures Françaises s’oppose à l’idée de la création d’un Etat pour le peuple Juif estimant que la création de cet Etat a permis de favoriser la domination d’un lobby juif. C’est un argument qu’on retrouve souvent chez les penseurs d’extrême-droite antisionistes172 . Vingt-cinq ans après la création d’Israël, le débat n’est toujours pas clos et Lectures Françaises affirme que « L’Etat hébreu est le bastion d’un vaste empire économique et financier qui tend à dominer notre planète173 ». Lectures Françaises insiste sur cet aspect en notant que « l’établissement d’un Etat(…) qui deviendrait le centre le centre d’un vaste empire invisible dont les ramifications s’étendraient de New York à Londres en passant par les centre nerveux de l’occident, serait un grave danger pour l’indépendance des nations174. »

Plus étonnant, le journaliste monarchiste Pierre Pujo qui fut un des soutiens à la politique israélienne en 1967 au nom de la lutte contre le bolchevisme se transforme en contempteur de cette même politique en 1973. Dans un éditorial de l’hebdomadaire monarchiste Aspects de la France175 du 11 octobre 1973, P.Pujo écrit qu’ « Israël reste une création artificielle au Proche-Orient.(…) L’exclusivisme religieux qui le guide, sa volonté de s’approprier la ville sainte entre toutes de Jérusalem, les ramifications qu’ils entretient dans les communautés juives du monde entier, ses prétentions excessives et « dominatrices », en font un Etat (…) qui ne parvient pas à s’intégrer dans le concert des nations176 .»

Pour comprendre la nouvelle position de Pierre Pujo, il s’agit de ne pas faire abstraction du contexte international. Nous sommes dans une logique de détente entre les Etats-Unis et l’URSS dont le meilleur exemple est le traité de limitation des armements (SALT) signé à Moscou en 1972. Ainsi, Israël n’est plus un pion aussi important dans la lutte contre le bolchevisme puisque les tensions se sont apaisées entre les deux blocs.

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En 1967 François Duprat notait par exemple l’existence d’une « juiverie internationale » au service de l’Etat d’Israël. Infra p. 40. 173 Lectures Françaises, « Le 4ème épisode d’une guerre de centre ans », novembre 1973, pp1-3. 174 Idem. 175 L’hebdomadaire revendique un tirage de 25 000 exemplaires. 176 Aspects de la France, 11 octobre 1973 cité Lectures Françaises, novembre 1973, p 27.

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Depuis 1967, Israël contrôle les lieux saints à Jérusalem. Cet état de fait donne lieu à l’opposition du journaliste traditionnaliste Pierre Pujo qui y voit une manière de priver les chrétiens de leur droit sur la vieille ville de Jérusalem. Cette attaque fait écho à l’éditorial de Jacques Bainville de 1920 qui s’inquiétait de l’action du mouvement sioniste accusé de « traiter en intrus les représentants des communautés chrétiennes177 .»

Enfin Pierre Pujo reprend les arguments de l’extrême-droite antisioniste qui voit en l’Etat d’Israël un moyen crée par les Juifs pour assurer leur domination sur le monde. Il est également symptomatique de voir que les propos du général de Gaulle sur ce peuple juif « dominateur » a littéralement délié les langues à l’extrême-droite puisque le

journaliste Pierre Pujo y fait allusion dans son exposé ainsi que le mensuel Lectures Françaises qui objecte que « la situation serait probablement différente s’il ne s’agissait pas d’un ‘peuple dominateur et sur de lui-même’ (…), ni d’une contrée stratégique en pétrole178 .» Le mensuel Défense de l’Occident, qui s’est spécialisé depuis les années 1950 dans le « révisionnisme » du génocide juif179, est également un des grands contempteurs de la politique israélienne. Le fondateur du négationnisme Maurice Bardèche y écrit régulièrement. Dans le numéro de décembre 1973, Maurice Bardèche livre ses conclusions sur le récent conflit israélo-arabe attaquant la politique proche-orientale des Etats–Unis qu’il estime mauvaise parce que trop éloignée des positions arabes. Pour expliquer, ce positionnement stratégique Maurice Bardèche voit la main du « lobby juif 180» qui contrôlerait et dirigerait l’Amérique. Dans un deuxième article, publié dans le même numéro, le négationniste181 Pierre Hofstetter, traite lui aussi de la question du « lobby sioniste aux Etats-Unis182 ». La

BAINVILLE (Jacques), Les effets du sionisme, L.’Action Française, 20 décembre 1920 Lectures Françaises, « Le 4ème épisode d’une guerre de centre ans », art.cit. 179 Par exemple, le numéro d’octobre-novembre 1973 de Défense de l’Occident titre, dans un article non signé sur le « mensonge d’Auschwitz » affirmant qu’un témoin « a pu constater que les conditions de vie étaient normales [à Auschwitz], notamment quant à l’ordre et à la propreté. Les détenus étaient bien vêtus et faisaient bonne impression. » 180 BARDECHE (Maurice) « L’Amérique Juive », Défense de l’Occident, décembre 1973, pp3-6. 181 Pierre Hofstetter a écrit l’introduction du livre négationniste de Paul Rassinier traduit en anglais Debunking the genocide myth: a study of the Nazi concentration camps and the alleged extermination of European Jewry, Los Angeles, Noontide Press, 1978.
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nomination du nouveau secrétaire d’Etat Henry Kissinger lui inspire des commentaires sur son origine juive supposée et sur ses prétendues accointances avec le Kremlin183. Kissinger est aussi présenté comme « sioniste zélé184 ». Enfin, Israël est analysé comme un Etat ne vivant que grâce à l’appui du « lobby juif mondial » et dont la survie au Proche-Orient est une faute. Ainsi, pour Pierre Hofstetter, Israël est un « Etat artificiel, dépourvu de toute consistance historique,(…) ne vivant que du soutien de la juiverie mondiale(…), belliciste et d’un racisme primaire, [Israël] n’est (…), nullement un " foyer de civilisation occidentale " au Proche-Orient (…) mais un énorme furoncle pestilentiel qui empoisonne déjà tout le bassin méditerranéen185 ». Pour comprendre ces admonestations contre Israël, au-delà de la dimension antisémite sous-jacente des accusations contre la « juiverie mondiale », il s’agit de comprendre qu’Israël est vu par Défense de l’Occident comme la face renversée du communisme au Proche-Orient. Autrement dit, Israël ferait le jeu du bolchevisme en dépit de son alliance avec l’Occident comme lorsque les Juifs capitalistes étaient accusés dans les années 1930 de faire le jeu du bolchevisme. C’est ce qu’exprime Pierre Hofstetter quand il écrit que « l’anticommunisme et le sionisme sont antinomiques186. » Cette peur d’un Israël, en réalité, agent du bolchevisme est très présente dans Défense de l’Occident et on retrouve également cette préoccupation dans la revue Lectures Françaises.
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A l’hebdomadaire Minute la question pétrolière est également au centre des débats en 1973. Néanmoins, pour le magazine, cette crise pétrolière est analysée comme relevant de la responsabilité des Etats-Arabes. Ainsi dans le numéro du 10 au 16 octobre 1973, un article non signé, titré « Ils vont finir par nous le couper187 » accable les Etats Arabes qui ne se contentent pas des gages d’amitié de la France : « les bonnes relations que nous entretenons avec eux [les Etats Arabes] et notre attitude plus que réticente à l’égard

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HOFSTETTER (Pierre), « Le lobby sioniste aux Etats-Unis », Défense de l’Occident, décembre 1973, pp7-11. Idem. 184 Idem. 185 Idem. 186 Idem. 187 Minute fait, bien entendu, allusion au pétrole.

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d’Israël ne sont toutefois pas des gages suffisants de notre sécurité dans le domaine pétrolier188. »

Dans les numéros suivant, les attaques contre le « chantage » opéré par les Etats Arabes se fait plus violent. A l’illustration d’une photo de deux hommes habillés en costume traditionnel arabe, encadré par une Rolls Royce, Minute commente : « un petit chantage, (…) il faut bien ça aux rois du pétrole pour s’offrir des Rolls Royce en or massif et des gardes équipés de mitraillettes en plaque189 ». Dans le numéro du 7 au 13 novembre, Minute titrera même sur le « honteux Munich » devant « les Arabes » qu’ « on accepte sans réagir ». Le journal insistera en page intérieures sur la non efficacité ainsi que sur la lâcheté de la politique pro-arabe de la France, prenant des accents « blumiens190 » : « ce Munich pétrolier ne nous vaudra même pas le lâche soulagement de remplir nos réservoirs d’essence et nos citernes de fuel191 » affirme l’hebdomadaire.

La politique pro-arabe menée par le Général de Gaulle et ses successeurs est violemment remise en cause. « Au terme de l’aventure gaullienne, il leur reste la honte d’avoir abandonné, pour l’ombre d’un plat de lentilles, la valeureuse jeunesse d’Israël qui se bat et meurt aux Thermopyles de l’occident192 » écrit René Saive dans le numéro du 24 au 30 octobre 1973.

Moins lyrique, l’hebdomadaire Rivarol tiré à 30 000 exemplaires dans les années 1970 utilise également le conflit israélo-arabe pour attaquer la politique du président Pompidou. Les attaques de Rivarol portent particulièrement sur la phrase du ministre des Affaires étrangères français Michel Jobert qui s’était demandé si « remettre les pieds chez soi constituent forcément une agression imprévue193 ». C’est l’occasion pour Rivarol, non pas de défendre Israël puisque le journal se demande dans un édito du 18 octobre 1973 si

Minute, 10-16 octobre 1973. Minute, 24-30 octobre 1973. 190 Dans une formule restée célèbre à propos des accords de Munich, Léon Blum écrit une tribune dans Le Populaire en octobre 1938 où il estime que : « la guerre est probablement écartée. Mais [...] je n'en puis éprouver de joie et me sens partagé entre un sentiment de lâche soulagement et de honte » 191 Minute, 7 au 13 novembre 1973. 192 SAIVE (René), « La France à la merci des Arabes », Minute, 24-30 octobre 1973. 193 Lectures Françaises, « Partis et journaux », novembre 1973, pp 27-32.
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la création d’Israël n’a pas été une erreur mais de mener la lutte contre l’incompétence du gouvernement de G.Pompidon : « Cela dit(…), le confident numéro 1 de M. Pompidou [M. Jobert] a cru pouvoir expédier en 15 mots –favorable à 100% aux arabes- un problème dont la complexité dramatique éclate aux yeux des moins avertis194 » écrit Rivarol dans son éditorial du 11 octobre 1973.

Il s’agit, également pour Rivarol de combattre la politique gaulliste de la France jugé non cohérente. Rivarol affirme que « La France s’interdit de jouer un rôle d’arbitre en confondant ‘politique arabe’ et ‘politique pro-arabe’. On ne saurait être juge et partie195 ». L’hebdomadaire raille le manque de capacité du président de la République en citant cette sentence cruelle d’un diplomate : « M. Georges Pompidou a mis au Proche-Orient ses pas dans ceux du général de Gaulle, mais il a chaussé de plus gros sabots196. »

Cette politique gaulliste serait également responsable de l’absence de réponse européenne à la crise proche-orientale selon l’hebdomadaire Rivarol. Or le journal souhaiterait, en opposition à la vision gaullienne, « une Europe, politiquement, diplomatiquement, militairement unie, en liaison étroite, franche et permanente avec les Etats-Unis d’Amérique197. »

La guerre des Six Jours marque peut-être l’apogée du soutien de l’extrême-droite à Israël. Pour autant, l’apparition du discours négationniste et antisioniste, les déclarations du général de Gaulle en novembre 1967 sur ce peuple « sûr de lui-même et dominateur », le changement des conditions géopolitiques sont autant de facteurs qui permettent une évolution des positions de l’extrême-droite sur la question israélienne. Presque unanimement favorable à Israël en 1967, l’extrême-droite se divisera lors de la guerre de Kippour même si les journaux d’extrême-droite à plus forts tirages continueront de soutenir l’Etat d’Israël.

Editorial de Rivarol, « La 4eme guerre israélo-arabe, et la paix du monde, une épreuve pour la détente. », 11 octobre 1973. 195 Rivarol, 11 octobre 1973. 196 Editorial de Rivarol, 18 octobre 1973. 197 Rivarol, 1er novembre 1973.

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Partie 2 Les contradictions de l’extrême-droite sur la question israélienne (1982-2011)

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Section I- Extrême-droite : entre soutien à la cause palestinienne et volonté de rapprochement avec Israël (1982-2001)
A) Une majorité de journaux d’extrême-droite se détourne d’Israël au moment de la guerre du Liban (1982) 1) Diabolisation d’Israël, glorification des chrétiens du Liban
La cinquième guerre israélo-arabe éclate le 6 juin 1982 avec l’invasion par Israël du territoire libanais en réaction à la tentative d’assassinat contre l’ambassadeur israélien à Londres mené par le groupe palestinien Abou Nidal. En lançant cette opération, Israël devient une des principaux acteurs de la guerre civile extrêmement violente entre différentes factions ethniques libanaises qui a débuté en 1975.

De la guerre israélo-libanaise de 1982, l’opinion internationale ne retiendra pratiquement que l’événement des massacres de Sabra et Chatila perpétrés par les milices chrétiennes de Bachir Gémayel (après son assassinat le 14 septembre 1982) les 16 et 17 septembre 1982 sous l’œil passif des forces israéliennes. Cet événement meurtrier sera l’occasion d’un déferlement anti-israélien sans précédent dans la presse française traditionnelle ainsi que dans la presse d’extrême-droite. Israël est littéralement nazifié. A titre d’exemple, le journal Libération publie dans son édition du 20 septembre 1982, un édito de Gérard Dupuy intitulé « Le sang chaud de sang-froid ». L’auteur se lance à plusieurs reprises dans des analogies entre ce massacre de Sabra et Chatila et les crimes nazis. A la date où le journaliste écrit, il était encore difficile de savoir qui avait perpétré le crime, le reporter émet alors l’hypothèse que les Israéliens n’ont pas participé directement à la tuerie mais qu’ils en sont tout de même coupables: « la participation directe de l'armée israélienne semble exclue (de même, la Wehrmacht s'est rendue coupable de peu de crimes de guerre ; les nazis disposaient pour cela de "spécialistes ", miliciens ou SS)198. »

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DUPUY(Gérard), « Le sang chaud de sang-froid », Libération, 20 septembre 1982

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Le journaliste poursuit son analogie en nazisme et la politique de l’Etat d’Israël. « On assiste, au sortir du grand génocide nazi, à une perversion majeure de l'éthique juive. (…) Les Israéliens diront "On ne voulait pas, on ne savait pas". Mais croit-on que le populo allemand, pas plus hitlérien que le voisin, a reconnu de gaieté de cœur l'existence de Dachau ou d'Auschwitz199 ? » Cet article de Libération est symbolique d’une attitude de la presse française envers Israël en 1982200. A l’extrême-droite, une partie des commentaires de la presse n’hésite également pas à utiliser cette analogie avec le nazisme tandis qu’une autre partie défendra les actions de l’Etat Israël même après les massacres de Sabra et Chatila Le quotidien Présent, proche des catholiques traditionalistes201, naît le 5 janvier 1982. Il est composé de 4 feuilles journalières et se diffuse uniquement par abonnement dans ses premières années. Il est très difficile d’estimer le tirage de cette feuille d’extrêmedroite mais Présent est considéré comme un des trois principaux journaux de ce courant politique avec Rivarol et Minute202.

Ce quotidien adopte une politique assez particulière durant la guerre du Liban prenant position en faveur des Phalanges Chrétiennes de Bachir Gemayel tout en condamnant avec virulence l’action israélienne qui était pourtant l’allié203 de cette milice chrétienne. Certains de ses journalistes, tels que l’ancien chroniqueur de Minute et cofondateur du Front National François Brigneau se distingueront en 1982 par une opposition à la politique israélienne sur fond d’analogie entre le régime nazi et le gouvernement israélien. Ce journaliste s’était pourtant fait remarquer en 1967 par un soutien à l’Etat hébreu par anticommunisme.

Idem. BOURDON (Jérôme), Le récit impossible : le conflit israélo-palestinien et les médias, Paris, De Boeck/INA Editions, 2009, p. 100. 201 MESTRE (Abel), MONNOT (Caroline) « Marine Le Pen: pourquoi “Rivarol”, “Minute” et “Présent” font défection », Droites extrêmes, 16 octobre 2010. Dernière consultation le 4 février 2011. URL : http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2010/10/16/marine-le-pen-pourquoi-rivarol-minute-et-present-fontdefection/. 202 Article sur « le Front National » in france-politique.fr/nationalisme.htm, site crée par Laurent de Boissieu, journaliste politique à La Croix. Dernière consultation le 5 février 2011. 203 « Portrait de Bachir Gemayel » in Soir 3, 23 août 1982. Consulté sur ina.fr le 7 février 2011. URL : http://www.ina.fr/politique/partis-politiques/video/CAC87015628/portrait-gemayel.fr.html
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Ainsi, l’analogie entre le nazisme et le sionisme devient un des marqueurs du discours dans une partie de la presse d’extrême-droite. D’une part, cette comparaison permet à l’extrême-droite de banaliser le nazisme et le génocide juif qui perd alors de son unicité. D’autre part, en accusant les anciennes victimes de devenir les bourreaux, il s’agit pour cette partie de l’extrême-droite de se déculpabiliser du rôle joué par un certain nombre de ses membres dans la collaboration ou le collaborationnisme entre 1940 et 1944 en France. La révélation des massacres de Sabra et Chatila semble imposer presque instinctivement cette thématique de la victime devenue bourreau dans une partie de la presse d’extrême-droite, sans compter que cette comparaison est également présente chez des journaux réputés sérieux comme Libération204, tendant ainsi à la légitimer.

Dans l’éditorial du 22 septembre 1982, quelques jours après la découverte des massacres de Sabra et Chatila, François Brigneau note ainsi qu’« aujourd’hui des millions et des millions d’êtres se posent cette question terrible pour Israël : alors les victimes peuvent aussi être les bourreaux205 ? ».Tentant d’expliquer comment Israël a pu, par son action, dilapider le capital de sympathie issue de la seconde guerre mondiale, F.Brigneau assure que ce sont « certains ressorts profonds de sa race206 » qui lui ont fait « gaspiller un capital colossal207 .» Le journaliste ne développe pas sur ces « ressorts profonds » qui auraient été réanimés par ces massacres de Sabra et Chatila. Pour autant, le message antisémite est destiné à être compris de ses lecteurs par ces subreptices allusions sans toutefois insister trop lourdement pour ne pas risquer d’être attaqué en justice pour incitation à la haine raciale.

Le mensuel Défense de l’Occident, repère du mouvement antisionisme et négationniste utilise également la même rhétorique que Présent. L’analyse de Maurice Bardèche, fondateur du journal et du mouvement négationniste en France, est très intéressante puisque tout en opérant une comparaison entre l’armée israélienne et l’action des nazis dans les camps de concentration, l’auteur se livre à un exposé négationniste en

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Infra p. 50. Editorial de François Brigneau, Présent, 22 septembre 1982, p.1. 206 Idem. 207 Idem.

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faisant des nazis les complices du crime de génocide contre les Juifs et non les exécutants. Maurice Bardèche avance ainsi que « l’armée juive qui a toléré pendant 30 heures l’égorgement méthodique des femmes, des enfants et des vieillards que ses projecteurs éclairaient, que faisait-elle d’autre que les gardiens des camps allemands quand ils ignoraient, du haut de leurs miradors ou au fond de leurs bâtiments administratifs, les meurtres et les atrocités des "kapos " qu’ils avaient choisi parmi les internés208 ? »

A partir de cette analogie, Maurice Bardèche en conclut que « les Israéliens se sont conduits, en cette occurrence comme ils reprochent de l’avoir fait à ceux qu’ils appellent les bourreaux de leur peuple209. » Ainsi, si les Israéliens sont les nouveaux nazis, les Juifs ne peuvent plus se prévaloir d’une soi-disant prévalence morale qu’ils auraient par rapport aux autres peuples. C’est également dans ce sens qu’il faut analyser ces analogies entre Israéliens et nazis qui pullulent au moment de Sabra et Chatila.

Il faut noter qu’en réalité, cette comparaison entre l’action des nazis et des Israéliens ne naît pas au moment de Sabra et Chatila. C’est la propagande soviétique qui utilise la première ce procédé au moment du procès Eichmann en 1961210 avant d’être récupéré par l’extrême gauche puis légitimé, d’une certaine manière par l’ONU qui adopte la résolution 3379 (elle sera abrogée le 16 décembre 1991) présentant le « sionisme comme une forme de racisme et de discrimination raciale ». Née à l’extrêmegauche, cette comparaison passe à l’extrême-droite à la fin des années 1960 grâce à la construction idéologique d’un Maurice Bardèche ou d’un François Duprat qui lie « l'antisionisme, légitimé par l'anti-impérialisme et l'antiracisme211. » Avant même les massacres de Sabra et Chatila, le quotidien Présent ne se prive pas pour utiliser ce dispositif stylistique212.

BARDECHE (Maurice), « Notes sur Beyrouth, Oradour, Auschwitz », Défense de l’Occident, septembre-octobre 1982, pp54-55. 209 Idem. 210 LEBOURG (Nicolas), « Israël-Palestine : Jérusalem n'est pas Nuremberg », Rue89.com, 16 février 2009. Dernière consultation le 8 février 2011. URL : http://www.rue89.com/2009/02/16/israel-palestine-jerusalem-n-estpas-nuremberg. 211 Idem. 212 Un article de Francis Bergeron dans Présent daté du 19-20 juillet 1982 est titré « La solution (finale) de Begin. »

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Le point commun à toutes les feuilles d’extrême-droite est le soutien à la communauté maronite chrétienne du Liban. La mort de Bachir Gemayel est vécue comme une tragédie par l’ensemble des titres d’extrême-droite, en dépit de leurs divergences très profondes sur la question israélienne. Le 16 septembre, Présent rend hommage, non sans lyrisme, au président élu décédé : « Nous français qui étions sensible au courage et à la clairvoyance, au patriotisme de cet homme, mais qui ne subirons pas directement les conséquences de sa mort, nous garderons au cœur une blessure ouverte. Tu es mort à 34 ans, crucifié parmi ton peuple crucifié. Béchir Gemayel : présent213 » écrit le journaliste d’extrême-droite Francis Bergeron qui s’était engagé en 1976 au côté des Phalanges Libanaises214.

Sans tomber dans un anachronisme dommageable, notons tout de même que le journal Présent a une vision des Phalangistes relativement naïve et indulgente. Ainsi, le 16 septembre le journaliste Yves Brunaud soutient que « les Phalangistes ne sauraient être animés d’aucun désirs de vengeance215 » après l’assassinat de leur chef Bachir Gemayel. Sans aller jusqu’à prévoir les massacres de Sabra et Chatila, les antécédents de cette milice216 aurait dû conduire le journaliste d’extrême-droite à bien plus de prudence. A croire que pour le journal catholique traditionnaliste, une organisation catholique ne peut, ontologiquement, pas faire le mal. Le plus grand tirage de la presse d’extrême-droite217 Minute analyse, pour sa part, l’assassinat de Bachir Gemayel comme faisant intégralement partie de la stratégie de Moscou qui aurait pris l’habitude d’éliminer tous les leaders qui contrarieraient les plans du Kremlin218.

Présent, 16 septembre 1982. PONS (Grégory), Les Rats noirs, Éditions Jean-Claude Simoën, 1978, p. 133. 215 BRUNAUD Yves, « Béchir Gemayel : l’homme qui menaçait la guerre au Liban », Présent, 16 septembre 1982 . 216 En 1976, les Phalanges Libanaises avec l’appui d’autres milices chrétiennes massacrent 1500 personnes en majorité des Palestiniens dans le quartier de Karantina à Beyrouth. 217 Minute tira de 1962 à 1981 à 200 000 exemplaires par semaine. 218 « Béchir Gemayel a été supprimé par ceux-là mêmes qui ont fait tuer Sadate et tirer sur le pape. Chaque fois qu’une grande figure infléchit le cours des événements dans une dimension inquiétant aux yeux de Moscou, elle risque la liquidation physique » écrit l’écrivain franco-uruguayen anti-communiste PASEYRO (Ricardo) in Minute, « Moscou derrière les tueurs de Béchir Gemayel », 18-24 septembre 1982.
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2) Une différente vision de l’anticommunisme parmi les journaux d’extrême-droite
Ces saillies anti-communistes sont communes à tous les journaux d’extrême-droite en cette période de guerre froide. Pour autant, le combat contre le communisme ne se conçoit pas de la même manière pour Minute ou pour Défense de l’Occident. Minute conçoit Israël comme un rempart contre le bolchevisme, comme le journal l’avait déjà formulé en 1967. Dans le numéro du 14 au 20 août 1982, qui suit l’attentat de la Rue des Rosiers219 qui avait été attribué sans jamais être confirmé au groupe terroriste Abou Nidal proche du Fatah, Minute réaffirme son soutien à la cause israélienne au Liban qui se battrait pour l’ensemble du « monde libre ». Jean-Claude Goudeau, directeur de la rédaction certifie qu’« en allant, extirper au cœur du bouclier de chair humaine innocente dont l’OLP s’est bardée à Beyrouth, cette gangrène terroriste qui empoisonne le monde libre. Tsahal se bat pour l’occident tout entier. Une rude besogne, un sale travail parfois, mais les chirurgiens ont aussi les mains tâchés de sang220. » Minute se targue également d’être le seul grand organe de presse à soutenir « inconditionnellement221 » l’action de l’Etat d’Israël au Liban.

Ce numéro du 14-20 août 1982 est exemplaire dans le sens où Minute cherche à se délier de l’action d’antisémitisme après une récente condamnation du tribunal, pour mieux la rejeter sur l’extrême-gauche222. Ainsi, le journal voit derrière l’attentat de la Rue des Rosiers la main de Moscou qui opérerait par le biais des fédayins Palestiniens : « au Liban, ce ne sont pas les Palestiniens que l’armée d’Israël combat(…), c’est l’organisation mise en place par Moscou pour former, armer, entrainer les commandos qui ensanglantent l’Europe223. »

Avec précaution et sans se départir d’une phraséologie anti-juive, l’hebdomadaire Rivarol soutient également l’action d’Israël au Liban principalement par

Le 9 août 1982, un commando entre dans le restaurant de Jo Goldenberg dans le quartier juif du Marais à Paris et ouvre le feu provoquant la mort de six personnes. Les commanditaires de l’attentat n’ont jamais été retrouvés. 220 GOUDEAU (Jean-Claude), « Minute et l’antisémitisme », Minute, 14-20 août 1982. 221 Idem. 222 Minute dans le numéro du 14-20 août 1982 titré « Qui sont vraiment les anti-juifs en France ? » 223 GOUDEAU (Jean-Claude), « Minute et l’antisémitisme », art.cit.

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anticommunisme, et ce même après la révélation des massacres de Sabra et Chatila : « Que le peuple "dominateur et sûr de lui" ait besoin de bonnes leçons, c’est évident. Mais tout impardonnables et odieux que sont les crimes perpétrés sous la responsabilité de Tsahal(…), c’est encore une armée du monde libre qui se trouve ainsi souillée et frappée du sceau d’infamie alors que la glorieuse armée rouge (…) reste immaculée224. »

En revanche, pour Défense de l’Occident, l’anticommunisme ne se conçoit qu’en opposition au sionisme et à Israël arguant que l’Etat hébreu « depuis trente ans, fait à merveille le jeu de Moscou225. ». Rappelons que l’Etat Juif est pourtant un allié proche des Etats-Unis depuis les années 1960 et a des relations assez tendues avec l’URSS qui a soutenu militairement et politiquement les Etats-Arabes en 1967 et 1973. Or, ce mensuel d’extrême-droite ne se fie pas à cette réalité perçue comme artificielle : « la vérité est que, par-delà l’écume trompeuse et les bruits de foule, cheminent des constantes (…) rapprochant sans cesse et partout dans une lutte monstrueuse contre l’Occident, la Ploutocratie, le Bolchevisme et le Sionisme226 ». Le rapprochement entre ces 3 concepts est intéressant renvoyant au préjugé anti-juif qui a fleuri durant l’entre-deux guerres qui fait des Juifs à la fois les promoteurs du capitalisme et de l’idéologie communiste.

Le discours nazifiant l’Etat d’Israël n’opère que dans une partie de l’extrêmedroite. Minute, en particulier, persiste à soutenir l’Etat hébreu même après les révélations sur les massacres de Sabra et Chatila. L’argumentaire de Minute s’appuie en particulier sur l’idée que les Palestiniens ont également commis des massacres de masse mais qu’ils auraient été bien moins couverts par les médias (que l’extrême–droite suppose contrôlés par l’extrême gauche) : « je n’ai pas le souvenir d’avoir lu des titres énormes lorsque les Palestiniens ont passé Damour et 1200 chrétiens au fil de l’épée, au début de 1976. (…) Dans la presse internationale, le Palestinien vaut exactement 100 chrétiens227 » clame un journaliste de Minute sous le pseudo de Scrutator.

GALIC (Camille-Marie), « le Vietnam d’Israël et les milices de Paris », Rivarol, 8 octobre 1982. MORANDINI (Gilles), « Israël rempart de l’occident contre le communisme ? » Défense de l’Occident, novembre 1982 (dernier numéro), p 28-33. 226 Idem. 227 SCRUTATOR, « Holocauste va-t-il changer de camp ? », Minute, Du 25 septembre au 1er octobre 1982, p. 14.
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Rivarol est plus prudent. Dans un article non signé intitulé « Cadavre exquis », le journal se dit « indigné, horrifié, épouvanté, bouleversé par la tragédie des camps palestiniens228» mais refuse de s’empêcher de comparer ce massacre à d’autres monstruosités. Pour appuyer son propos, Rivarol cite la croisade des Albigeois, les paysans abandonnés par Luther, la saint Barthélémy, les atrocités de la guerre de Vendée ou encore les nombreux massacres qui se sont déroulés au Liban depuis 1975229. Pour expliquer cette perte de mesure des autres journaux, Rivarol croit déceler « un certain tri dans les massacres230 » auquel se livrerait la presse231, ravivant comme Minute la théorie du complot contre ces médias perçus comme étant pro-communiste.

Si Rivarol condamne la disproportion des critiques opérées par les médias contre Israël suite aux massacres de Sabra et Chatila, l’hebdomadaire n’est plus le soutien fidèle à Israël comme il a pu l’être en 1967 ou en 1973. Israël est maintenu vu comme un handicap pour l’Occident : « L’Etat d’Israël ne veut pas d’un Etat palestinien. En agissant comme il le fait, il compromet son avenir et il entrainera tôt ou tard les nations occidentales dans un conflit généralisé232 » affirme l’ancien militant d’Ordre Nouveau233 Daniel Louis Burdeyron dans Rivarol, le 8 juillet 1982 soit près d’un mois après l’entrée de l’armée israélienne au Liban. Rivarol reproche également à Israël de mettre en danger les nombreuses communautés chrétiennes de Palestine et de favoriser les positions de l’URSS en Méditerranée en ne reconnaissant pas les droits des Palestiniens à une patrie234. C’est un retournement complet de la position de Rivarol qui pensait durant les guerres précédentes Israël comme l’atout maitre de l’Occident contre le communisme. Or, L’Etat Juif est maintenant vu comme un handicap dans la lutte contre l’URSS.

« Cadavres exquis », Rivarol, 24 septembre 1982 Rivarol mentionne le massacre de Damour opéré par les milices palestiniennes en 1976 et la liquidation de 110 musulmans par les Phalangistes en 1975. 230 Editorial de Rivarol, « un certain tri dans les massacres », 24 septembre 1982. 231 « Nous serions tous aussi capables que nos chers confrères de confectionner des brochettes de formule destinées à soulever de colère le chaland ou à le faire pleurer d’émotions. » écrit Rivarol le 24 septembre 1982 232 BURDEYRON (Daniel-Louis), « Tribune libre : à l’attention de ‘XXX’ », Rivarol, 8 juillet 1982 233 Ordre nouveau est un groupuscule d’extrême-droite, issu d’une scission avec Occident, qui fut actif entre 1969 et 1973. 234 « Le Proche et le Moyen-Orient sont déjà difficilement vivables pour les arabes musulmans et chrétiens-nombre de Palestiniens sont catholiques ou orthodoxes- le reste du monde sera embrasé pour le plus grand profit de l’URSS si nous n’imposons pas à Israël la reconnaissance des droits du peuple palestinien à une patrie » affirme DanielLouis Burdeyron in Rivarol, « Tribune libre : à l’attention de ‘XXX’ », 8 juillet 1982
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De Défense de l’Occident, à Minute en passant par Rivarol ou Présent, ces journaux ne voient le conflit israélo-arabe que derrière le prisme de la guerre froide et du combat contre le bolchevisme honni. Pour autant, ces feuilles d’extrême-droite ne conçoivent pas la lutte contre l’URSS de la même manière. Certaines sont des soutiens acharnés d’Israël comme Minute. D’autres s’en sont détournés à l’instar de Rivarol235 tandis que Présent et Défense de l’Occident critiquent assez violement Israël, en utilisant parfois des procédés antisémites. Jean-Marie Le Pen a également donné son avis sur le conflit au Liban. Il l’a fait dans une tribune donnée au journal Présent le 24 septembre 1982. Pour résumer la position du leader frontiste, il s’agit d’un conflit qui ne concerne pas la France, critiquant en cela le fait que le président socialiste François Mitterrand ait décidé d’envoyer des forces françaises au Liban. Jean-Marie Le Pen a peur que la guerre entre Israël et le Liban dégénère en une guerre mondiale, pour un motif qu’il considère comme insignifiant, comme la seconde guerre mondiale qui avait commencé à cause du contentieux de Danzig. On le voit Jean-Marie Le Pen ne soutient dans ce conflit, ni Israël, ni les milices Palestiniennes. Au cours des années 1980, il va cependant tenter d’opérer un rapprochement avec l’Etat Juif sans toutefois y parvenir. La question israélienne sera également utilisée comme un moyen de fédérer ses troupes en questionnant la fidélité des Juifs à Israël et à la France.

B) L’utilisation de la question israélienne par Jean-Marie Le Pen dans les années 1980
1) L’échec du rapprochement entre le FN et l’Etat d’Israël

En 1972, Jean-Marie Le Pen est un des fondateurs du FN dont il deviendra le premier président. Celui-ci a unifié les différentes factions de l’extrême-droite pour créer
Ce qui ne manque pas de créer parfois quelques frustrations parmi les lecteurs. Cf « Nos lecteurs nous écrivent », Rivarol, 1er juillet 1982 : « Votre [Rivarol] haine pour ce petit peuple d’Israël dont on ferait bien de prendre exemple ne serais-ce que pour son courage ne vous honore pas. Et, comme je suis régulièrement écœuré de lire vos écrits, tendancieux à son sujet, je m’interroge sur l’opportunité (…) de me réabonner ou pas à votre journal. »
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ce parti qui reste néanmoins extrêmement hétéroclite. Un des facteurs principaux de division reste la question israélienne.

Intimement, Jean-Marie Le Pen se considérerait plutôt comme pro-israélien. « Il aime Israël236 » notait en 1987 le quotidien Le Monde citant le député FN Pierre Sergent. J-M Le Pen, lui-même, aime à rappeler qu’il a participé à la campagne de Suez au côté des Britanniques…et des Israéliens237 en 1956. Quels furent les positions de Jean-Marie Le Pen concernant la question israélienne dans les années 1980 ?

Dans un premier temps, J-M Le Pen a essayé de se rapprocher de la communauté juive ainsi que de l’Etat d’Israël. C’était la période qui précédait la polémique sur le « détail ». En 1984, à l’Heure de Vérité, Jean-Marie Le Pen est sommé par le présentateur Jean-Jacques Servan Schreiber de s’expliquer sur les déclarations antisémites de ces partisans. Il s’en tirera en certifiant qu’il « considère les Juifs comme des citoyens comme les autres, mais pas comme des citoyens supérieurement protégés(…). Si l’antisémitisme consiste à persécuter les Juifs en raison de leur religion ou de leur race, je ne suis certainement pas antisémite238 » affirme le leader frontiste. Habilement, le chef du Front National énonce lui-même sa définition de l’antisémitisme, en tant que persécutions raciale ou religieuse. Or, celle-ci peut ainsi être aisément rejetée par un Jean-Marie Le Pen qui n’a jamais commis d’actes à caractères antisémites comme peuvent en commettre des skinheads néo-nazis. Pour assurer les journalistes de son absence d’antisémitisme, Jean-Marie Le Pen avait aussi l’habitude de citer la revue Tribune Juive qui lui a attribué un satisfecit sur la question de l’antisémitisme en février 1984. « S’il s’agit d’antisémitisme, disons tout de go que nous n’avons pas connaissance de propos antisémites qu’on puisse attribuer au chef du FN.(…) A l’égard d’Israël, M. Le Pen tient un langage plutôt flatteur, si bien que nous ne saurions non plus le taxer de la variante antisioniste239. »

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GREILSAMER (Laurent), SCHNEIDERMANN (Daniel), « Le jeu de pistes », Le Monde, 17 décembre 1987 PRIMOR (Adar), « Le Pen ultimate », Haaretz, 22 avril 2002 238 LE PEN (Jean-Marie), L’Heure de vérité (Antenne 2), 13 février 1984. Vidéo consulté sur www.ina.fr le 8 janvier 2011. URL : http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/I07015083/jean-louis-servanschreiber-questionne-le-pen-sur-l-antisemitisme-et-l-accusation-de-torture-en-algerie.fr.html. 239 ROLLAT (Alain), Les hommes de l’extrême-droite, Paris, Calmann-Lévy, 1985, p. 127.

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Ainsi, Jean-Marie Le Pen est perçu par une partie de la communauté juive, durant ces années 1980, plutôt comme un ami des Juifs et d’Israël que comme un adversaire. Jean-Marie Le Pen tentera de tirer parti de la situation en menant des démarches pour visiter l’Etat hébreu. C’est une histoire peu connue, celle des tentatives qu’a mené Le Pen pour visiter Israël. En 1986, un homme d’affaire juif américain Jacques Torczyner, proche de la droite américaine, souhaite entamer le rapprochement entre la communauté juive et Jean-Marie Le Pen en le conviant en Israël au nom d’un ennemi commun : les Arabes. Le raisonnement explicité par le journaliste Olivier Guland est le suivant : « Le Pen est l’ennemi des Maghrébins, donc des Arabes, par conséquent des Palestiniens et de leur clique emmenée par Yasser Arafat et sa petite bande de terroristes sans foi ni loi240 .»

Le Pen est enchanté de cette initiative parce qu’elle pourrait lui permettre de visiter Israel, ce dont il souhaite ardemment. « Sir Alfred Sherman [un conseiller de Margareth Thatcher] m’avait recommandé de prendre langue avec les Juifs américains. La démarche de ce militant sioniste tombait à pic !241 » expliqua à postériori Jean-Marie Le Pen en octobre 1997. Il fut convenu que le chef du FN rencontre d’abord les dignitaires de la communauté américaine avant d’envisager un séjour en Israël.

En juin 1987, le leader frontiste réalise sa conférence à New York devant la « plupart des caciques du judaïsme américain242.» L’ambassadeur d’Israël aux EtatsUnis Benyamin Netanyahou aurait même été présent lors de ce diner conférence. Lors de cette rencontre Jean-Marie Le Pen insista sur son soutien indéfectible à Israël, « rempart du monde libre243» et affirma que la communauté juive américaine devait être à « l’avantgarde du combat antiterroriste244. »

Au FN, cette rencontre provoque des remous. De nombreux dignitaires du FN refusent absolument tout rapprochement avec l’Etat Juif. C’est le cas d’un des proches de J-M Le Pen, Jean-Pierre Stirbois ou encore de Charles de Chambrun, pro-palestinien qui
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GULAND (Olivier), Le Pen, Megret et Les Juifs, Paris, La Découverte Enquêtes, 2000, p. 148. LE PEN (Jean-Marie) cité in Ibid., p. 149. 242 Ibid., p. 151. 243 Ibid., p. 152. 244 Idem.

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a assuré la traduction de la rencontre new yorkaise à contrecœur245. A l’initiative de ces deux personnages, la rencontre fuite dans la presse. Le président du Crif Théo Klein246, est hors de lui.

Durant ces années 1980, Jean-Marie Le Pen supporte de manière appuyé la politique de l’Etat d’Israel par anticommunisme mais également parce qu’il espère que ce soutien lui permettra de se rapprocher de la communauté juive dont il surestime l’influence et la puissance247 électorale.

En 1987, c’est deux élus du FN qui entament, avec la complicité de Jean-Marie Le Pen, un voyage en Israël. Il s’agit de Pierre Descaves, conseiller régional de Picardie, et du député FN Francois Bachelot. Ils y rencontrent Eliahou Ben Elissar (Likoud), président de la commission des Affaires Etrangères de la Knesset et de nombreux autres députés248. Le CRIF prévenu du voyage de ces deux élus frontistes est littéralement furieux contre le gouvernement israélien et bataille pour empêcher la venue d’autres personnalités d’extrême-droite en Israël. Ainsi, c’est avec regret que Jean-Marie Le Pen décide de tirer « une croix sur ce pays [Israël]249 », « Les Israéliens sont de bonne volonté mais les Juifs de France nous mettrons toujours des bâtons dans les roues250 » estime Jean-Marie Le Pen.

Pierre Descaves fait la même analyse rétrospective rappelant le poids du groupe FN à l’Assemblée Nationale en 1986 (35 députés) et affirmant que « c’était l’occasion rêvée pour normaliser enfin nos relations avec Israël, lequel était partant. Les Juifs de France ont tout fait capoter. Ils ont rangé définitivement Le Pen dans le camp adverse. » Si Pierre Descaves soutient Israël c’est aussi parce qu’il projette sur ce pays des défauts transformés en qualités largement fantasmées. Ainsi P.Descaves « souhaite que la France

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Idem. Considéré comme étant plutôt proche de la gauche française. 247 Ibid., p. 153. 248 Ibid., p. 155. 249 Ibid., p. 156. 250 Idem.

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puisse disposer de la même liberté qu’Israël sur le plan du nationalisme, de la défense de sa population et de ses frontières251. »

Le rapprochement entre le FN et Israël semble pourtant avoir fait long feu en août 2001 comme le regrette Minute dans un numéro spécial sur le « Lobby juif ». L’hebdomadaire, qui a beaucoup perdu de son influence depuis les années 1960252, revient sur les relations entre les Juifs de France et le FN et se demande pourquoi les Juifs de France ne « votent-ils pas tous pour Le Pen253 » rappelant que le « journal s’est fait le défenseur inconditionnel des soldats israéliens254 .» Minute évoque dans la suite du papier l’épisode souvent oublié de la réception de J-M Le Pen par la communauté juive américaine en 1987, ainsi que la célèbre citation de Tribune Juive sur l’absence de propos antisémites de Jean-Marie Le Pen255 datant pourtant de…1984. Minute conclut en affirmant que c’est un « certain lobby256 » qui empêche un rapprochement entre le FN et les Juifs de France notant que « plus aucun militant national ne serait prêt à mourir pour Jérusalem. En revanche, ceux qui arboreraient le keffieh rouge et blanc ne sont pas rares257. »

2) La question de la double allégeance
La question israélienne, au-delà de son aspect géopolitique, est analysée à l’extrême-droite comme une manière pour les Juifs de France de pratiquer une politique de double allégeance. S’appuyant sur les préjugés antisémites classiques assimilant le juif

Ibid., p158. « Minute a atteint 200 000 exemplaires dans les années 60, mais a chuté depuis. Actuellement[en 1998], l' "hebdomadaire politiquement incorrect ", ainsi que le proclame son sous-titre, tire à 50 000 exemplaires ; sa vente moyenne en kiosque s'établissait à 22 000 exemplaires en 1997, pour un nombre d'abonnés du même ordre. » Cf LABBE (Yves- Marie), « Plus de 300 journaux expriment la pensée de l'extrême droite », Le Monde, 02 avril 1998. 253 Minute, « L’extrême-droite et les Juifs. Mais pourquoi ne votent-ils pas tous pour Le Pen ? », 8 août 2001, pp 1213. 254 Idem. 255 Or, depuis le satisfecit accordé par Tribune Juive sur cette question, Jean-Marie Le Pen s’est signalé par un certain nombre de déclarations ambiguës sur la question juive en particulier en 1987 quand il affirma que « les chambres à gaz ne sont qu’un détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale » ou en 1997 quand le président du FN assure que Jacques Chirac est « l'otage » d'organisations juives, qu'il se serait engagé devant elles à ne jamais s'allier avec le Front national, qu'il en aurait reçu en contrepartie des sommes d'argent. 256 Minute, « L’extrême-droite et les Juifs. Mais pourquoi ne votent-ils pas tous pour Le Pen ? », art.cit. 257 Idem.
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à un Judas, à un traitre, la question israélienne est perçue comme une nouvelle manière pour les Juifs de France de trahir la nation française pour leur « race » juive.

Cette question fut posée ouvertement dans le hors-série de Minute sur le « Lobby juif » d’août 2001. Dans un article intitulé « Le lobby parle au lobby », l’auteur anonyme se demande s’il est possible d’être « citoyen d’un pays (la France) par confort matériel (douceur de vivre et sécurité) et agent d’un autre pays (Israël) pour lequel on éprouve un attachement irrationnel. (…) La vraie question étant le sionisme : comment peut-on être un juif sioniste et rester vivre en France258 ? »

De manière tout à fait classique dans la phraséologie d’extrême-droite, Minute distingue les Juifs, des Français. Les Juifs de France seraient des citoyens qui ne resteraient dans le pays que par commodité et non parce qu’ils aiment ce pays ou parce que c’est leur patrie. Les Juifs de France sont caractérisés comme des « agents259 » d’Israël, c’est-à-dire de l’étranger. Un « Agent » est une « personne chargée des affaires et des intérêts d’un individu, d’un groupe ou d’un pays pour le compte desquels elle agit260 ». Le sous-entendu de Minute est clair. Les Juifs ne vivraient en France que pour satisfaire leur véritable patrie : Israël. Il serait ainsi impossible de soutenir l’existence d’Israël et d’être « loyal261 » à la France.

Ce thème de la double allégeance, bien qu’assez ancien à l’extrême-droite fut remis sur le devant de la scène par Jean-Marie Le Pen dans un débat face à Lionel Stoléru secrétaire d'Etat au Plan du gouvernement Rocard sur la cinq en décembre 1989. Après avoir vitupéré contre le « parti de l’étranger262 », M. Le Pen s’attaque à la personnalité de M.Stoléru lui demandant à plusieurs reprises s’il détient la double nationalité. « Je suis Français263 », lui répond le secrétaire d'Etat. « J'aime mieux ça

Minute, « Le lobby parle au lobby », 8 août 2001, p. 17. Idem. 260 « Agent », Le Nouveau Petit Robert de la langue française. Paris, 2006, p. 47. 261 Mot prononcé par Jean-Marie Le Pen lors de son altercation avec Lionel Stoléru en décembre 1989 sur la 5. 262 Débat entre J-M Le Pen et Lionel Stoléru, Le journal de 12h30 (présenté par Jean-Claue Bourret), La Cinq, 5 décembre 1989. Consulté sur www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/I06338722/question-lepen-a-stoleru-sur-sa-nationalite.fr.html le 20 février 2011 263 Idem.
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parce que j'aurais été un peu gêné si j'avais su que vous aviez une autre nationalité. Vous êtes un ministre français. On a le droit de savoir qui vous êtes264. » Pour les spectateurs qui n’auraient pas compris le sous-entendu de J-M Le Pen, Le journaliste Jean-Claude Bourret responsable du débat insiste. « M. Stoléru, vous êtes juif ? Car M. Le Pen fait sans doute allusion au fait que vous auriez la nationalité française et israélienne265 ? » Par ces allusions, Jean-Marie Le Pen opère dans la logique de l’extrême-droite, cherchant à décrédibiliser les propos de son adversaire en procédant à des attaques personnelles. Il s’agit également pour le leader frontiste de ressouder son électorat comme l’explique l’historien Mathias Bernard « En isolant le Front national, ces provocations ont un autre effet : elles radicalisent les électeurs et les sympathisants de ce parti, en les ancrant à l’extrême droite266. »

En outre, les provocations de Jean-Marie Le Pen empêchent le parti de s’allier avec la droite classique. En effet, J.M Le Pen estime que la stratégie de « respectabilité » a échoué, ne lui ouvrant pas les portes du pouvoir. Il s’agit, alors, à partir de la polémique sur le « point de détail » en 1987 de radicaliser son discours. Le Pen juge également « qu’une position en marge du système politique correspond à la fois à la culture minoritaire de ses militants et au réflexe protestataire d’une fraction importante de l’électorat267 .»

Enfin, ces insinuations pratiquées par le leader frontiste permettent à Jean-Marie Le Pen de se présenter comme un dissident de l’establishment politico-médiatique qui n’hésite pas à dire « tout haut ce que les autres pensent tout bas »268. Ces saillies médiatiques lui assurent une visibilité pour ses idées et son parti .Mathias Bernard note ainsi que « Jean-Marie Le Pen a pu se servir de propos polémiques pour attirer

Idem. Idem. 266 BERNARD (Mathias), « Le Pen, un provocateur en politique (1984-2002) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 1/2007 (no 93), p. 37-45. URL : www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2007-1-page-37.htm. 267 Idem. 268 Slogan cité par BIRENBAUM (Guy), Le Front national en politique, Paris, Balland, 1992, p. 64.
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l’attention sur lui, à des moments généralement importants de la vie politique. » C’est sans aucun doute par ce biais qu’il faut analyser les propos sur « la double nationalité » supposée de Lionel Stoléru.

C) Les divisions autour de la guerre du golfe : la question israélienne en arrière-plan 1) Le renouveau idéologique du FN grâce à l’influence de la « Nouvelle Droite »
Les multiples provocations de Jean-Marie Le Pen engendrent des remous au FN. La stratégie du président frontiste d’opérer un cordon sanitaire avec la droite traditionnelle est aussi mal perçue par une partie des cadres du Front National ainsi que le nouveau corpus idéologique basé sur un antiaméricanisme naissant au Front. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les désaccords au FN autour de la guerre du Golfe.

La crise éclate durant le mois d’Août 1990 avec l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein. La situation tendue dans le Golfe Persique a des répercussions en France puisque le président de la République François Mitterrand envisage d’envoyer des soldats dans la région. Jean-Marie Le Pen ne souhaite pas cette solution et propose son propre plan pour sortir de la crise. Le président du FN suggère « de neutraliser le Koweït269», de lui octroyer un « statut d'Etat libre associé à l'Irak270 » et « d'annuler les dettes de l'Irak envers le Koweït271. » Autrement dit, M. Le Pen propose d’entériner le coup de force du président irakien Saddam Hussein. Ce soutien de Jean Marie Le Pen à l’Irak fut un facteur d’étonnement à l’extrêmedroite. Le leader du FN y était, en effet, considéré comme « atlantiste et proisraélien272. » Il est difficile de comprendre l’attitude du président du FN qui était

BIFFAUD (Olivier), « Le plan de paix du Front national, M. Le Pen propose d'entériner l'annexion du Koweït par l'Irak », Le Monde, 24 août 1990. 270 Idem. 271 Idem. 272 BEAU (Nicolas), Paris, capitale arabe, Paris, Seuil, 1995, p. 190.

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pourtant un grand admirateur du président R.Reegan dans les années 1980. Pour le journaliste Nicolas Beau, « le leader du FN agit souvent par improvisations successives. Chacun peut s’approprier la paternité de ces retournements273. » Le reporter Nicolas Beau présume, néanmoins que l’influence de deux membres des instances dirigeantes du Front, Jean-Claude Martinez et le commandant Jacques Dore, ont contribué à faire basculer Le Pen dans le soutien à l’Irak de Saddam Hussein. Il s’agit également de ne pas oublier l’influence du GRECE, cette « Nouvelle Droite » animée par Alain de Benoist qui se caractérise par son antimarxisme et son anti-américanisme274. Or « beaucoup de sympathisants de la Nouvelle droite275 » ont rejoint le FN après « les succès électoraux du FN276 » depuis la fin des années 1980.

L’ancien conseiller en communication de Jean-Marie Le Pen de 1984 à 1994, Lorrain de Saint-Affrique277 insiste également sur l’influence de la « Nouvelle Droite » dans le tournant idéologique du FN: « Après le dépit amoureux de 1987[l’échec de la rencontre entre Jean-Marie Le Pen et les organisations juives américaines ainsi que le refus d’Israël de permettre la visite du leader frontiste], le président du FN était prêt à avaler tout cru le discours traditionnel de la Nouvelle Droite sur le mondialisme, jugé globalement responsable des maux dont souffrait la France. La chute du Mur de Berlin et la fin du communisme soviétique, il est vrai, imposaient un aggiornamento278. »

La chute du mur de Berlin impose, en effet, un nouveau discours à l’extrêmedroite, qui sera désormais inspiré des théories du GRECE. Jean-Marie Le Pen se convertit à cette idéologie basée sur une critique du modèle capitaliste américain après l’avoir pendant des années soutenu. Pour le FN « la polarité du monde ne se fait désormais plus entre capitalisme et communisme mais entre l’hégémonie de l’ "impérialisme américain"

Ibid., p. 191. DURANTON-CRABOL (Anne-Marie), La « nouvelle droite » entre printemps et automne (1968-1986). In: Vingtième Siècle. Revue d'histoire. N°17, janvier-mars 1988. pp. 39-50 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1988_num_17_1_1957 Consulté le 08 février 2011 275 BEAU (Nicolas), Paris, capitale arabe, op.cit., p. 191. 276 Idem. 277 Lorrain de Saint-Affrique fut exclu du FN par Bruno Mégret en 1994. Il publie en 1998 Dans l'ombre de Le Pen, un ouvrage critique sur le leader du Front. 278 GULAND (Olivier), Le Pen, Megret et Les Juifs, op.cit., p. 148.
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et la défense des identités nationales279» estime Sylvain Crépon, chercheur spécialiste du nationalisme et rattaché à l’université Paris X. Or, le FN a choisi son camp, se trouvant du côté de la défense de la nation française contre le mondialisme qui menacerait l’identité française.

Ce tournant idéologique de grande importance est, au début, peu suivi par les sympathisants qui ne comprennent pas ce tournant anti-américain. Or, cette nouvelle vision du monde permettra au FN de conquérir un nouvel électoral ouvrier conquis par ces critiques contre la mondialisation libérale280.

2) La nouvelle stratégie de Jean-Marie Le Pen convainc-t-elle les militants et les journaux d’extrême-droite ?
Pour autant, les thèses pro-arabes et anti-américaines ne font pas l’unanimité au Front. Les positions de Jean-Marie Le Pen perçues comme trop compréhensive à l'égard de l'Irak de Saddam Hussein provoquèrent la démission de M. Jules Monnerot du bureau politique en août 1990. Le sociologue, membre du FN avait affirmé que « seules les démonstrations de force, ou, si elles ne suffisent pas, des épreuves de force lèveront la menace irakienne281 » dans un article du quotidien d’extrême-droite Présent.

M. Pierre Sergent, conseiller régional du Languedoc-Roussillon et conseiller municipal de Perpignan a également fait part de ses réserves concernant la stratégie du FN sur la crise irakienne dans une interview au Monde du 4 septembre 1990. Il réaffirme ses sentiments pro-israéliens, déplorant que « le FN n'ait pas de meilleures relations avec

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CREPON (Sylvain), « Le Tournant anti-capitaliste du Front National. Retour sur un renouveau idéologique des années 1990 » in tempspresents.wordpress.com. Article paru le 25 avril 2010. Dernière consultation le 10 février 2011. Le site Fragment du Temps Présent est un blog tenu par plusieurs chercheurs traitant principalement de l’extrême-droite. 280 « Dans un contexte politique qui voit son électorat s’accroître chez les populations défavorisées, devenant notamment le premier parti chez les ouvriers (…)le Fn [dans le courant des années 1990] critique de plus en plus fermement la dérégulation internationale des marchés, où le brassage des hommes et des biens dont elle est le vecteur, tout en menaçant l’économie du pays, affaiblirait l’homogénéité du corps national » écrit l’universitaire Sylvain Crépon sur le blog Fragment du Temps Présent le 25 avril 2010. Art.cit. 281 « Membre du bureau politique M. Monnerot démissionne », Le Monde, 28 août 1990.

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Israël. Nous n'avons aucune raison d'avoir de mauvaises relations avec ce pays282. » Pierre Sergent regrette également les nombreuses phrases polémiques du chef du parti relevant qu’ « une petite phrase ne forme pas forcément une grande politique283. »

Enfin, M. Sergent se montre favorable à un rapprochement avec la droite de gouvernement, « Je suis toujours partisan d'un désenclavement du Front. Je souffre beaucoup de la mise en ghetto de notre mouvement. C'est ce qui me dérange chez mes camarades. J'aimerais qu'il y ait des passerelles et que nous puissions parler avec des hommes de bonne volonté à droite284. »

Il n’est pas innocent que cette question d’alliance entre le FN et la droite classique afflue sous couvert de la crise irakienne. Jean-Marie Le Pen agit comme si cette crise internationale devait lui permettre de se marginaliser à nouveau pour empêcher tout rapprochement avec la droite traditionnelle. Il est d’ailleurs paradoxal que la position du Front National n’est absolument pas populaire autant chez les sympathisants frontistes que dans l’ensemble de la population.

Par exemple, un sondage de la SOFRES publié dans le Figaro du 30 août 1990 montrait que les électeurs du Front National étaient 56% (en hausse de 17 points par rapport à la semaine précédente) à approuver la politique de M. Mitterrand285. Depuis le début de la crise M. Le Pen a pris l’habitude de fustiger Georges Bush, mais 82 % de ses électeurs apprécient l’action du président des Etats-Unis, et ce pourcentage est le plus élevé de tous les électorats. M. Le Pen refuse également toute action militaire de Washington, mais 75 % de ses électeurs approuveraient « les Etats-Unis s'ils décidaient de lancer une opération militaire contre l'Irak. » Une grande majorité des électeurs frontistes (64%) souhaiteraient également une participation de la France à ce conflit286.

BIFFAUD (Olivier), « Les divergences au Front national," Il était bon que nous mobilisions des forces ", nous déclare M. Pierre Sergent », Le Monde, 4 septembre 1990. 283 BIFFAUD (Olivier), « Au Front national M. Sergent persiste à se démarquer des positions de M. Le Pen », Le Monde, 1er septembre 1990. 284 BIFFAUD (Olivier), « Les divergences au Front national," Il était bon que nous mobilisions des forces ", nous déclare M. Pierre Sergent », art.cit. 285 BIFFAUD (Olivier), « Au Front national M. Sergent persiste à se démarquer des positions de M. Le Pen », art.cit. 286 Cf BIFFAUD (Olivier), « La position du Front national. Les électeurs de M. Le Pen sont partagés », Le Monde, 26 août 1990.

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Pour autant, le courant favorable à l’Irak de Saddam Hussein et noninterventionniste prend de l’ampleur du côté des publications proche du FN. A Minute-la France287, le Président-directeur général de la publication et membre du comité central du Front national Serge Martinez n’est guère favorable à l’intervention française en Irak. Il affirme dans son éditorial, que « cette guerre n'est pas la nôtre288 » estimant qu’« il est extravagant qu'un pouvoir qui interdit à sa police de restaurer l'ordre français dans les banlieues envoie son armée imposer l'ordre américain dans le désert289. »

L’idéologie anti-libérale et anti-américaine qui prend de l’importance au FN contribue à affaiblir la position des partisans d’Israël dans le parti. L’Etat hébreu, en tant qu’allié principal des Etats-Unis au Moyen-Orient, est ainsi vilipendé. François Brigneau qui écrit maintenant dans l’hebdomadaire National Hebdo290, proche du FN291 soutient qu’ « en vérité Israël a voulu cette guerre, en espérant qu'elle entraînerait la destruction de l'Irak de Saddam Hussein292. » L’éditorialiste poursuit fustigeant l’attitude jugée belliciste de l’Etat d’Israël: « Ce n'est pas Tel-Aviv qui hésiterait à s'en servir [de l’arme atomique], on peut en être assuré, comme on peut être assuré de son impunité totale. Les armes sales sont celles qui sont dirigées contre l'Etat sioniste. Les siennes sont toujours propres. Ce sont celles de Dieu. C'est un postulat293. » François Brigneau ironise à la fin de son propos sur les armes « sionistes » qui seraient toujours propres parce qu’étant celle de Dieu. Il s’agit pour l’éditorialiste de déconstruire la notion de peuple élu qui est analysé comme étant une anomalie294.

Selon le journaliste du Monde Yves Marie Labbe, les ventes de Minute-La France s’élevaient à 45 800 exemplaires en 1990. Cf LABBE (Yves Marie), « Le Front national vingt ans après, le petit monde de la presse "amie " », Le Monde, 9 février 1992. 288 MARTINEZ (Serge), « Nouvel ordre mondial : l'arme du mensonge », Minute-La France cité in BIFFAUD (Olivier), « Dans la presse d'extrême droite, les fleurs pour les soldats, les orties pour Israël », Le Monde, 30 janvier 1991. 289 Idem. 290 L’Hebdomadaire National Hebdo se vendait en moyenne à 19 400 exemplaires par semaine en 1990. Cf LABBE (Yves Marie), « Le Front national vingt ans après, le petit monde de la presse ‘amie’ », art.cit. 291 National Hebdo est considéré comme l’hebdomadaire officieux du FN. 292 BRIGNEAU (François) cité in BIFFAUD (Olivier), « Dans la presse d'extrême droite, les fleurs pour les soldats, les orties pour Israël », art.cit. 293 Idem. 294 « Ils seraient le peuple phare, le peuple élu, en quelque sorte le peuple Dieu des autres peuples, s'ils obéissaient à sa Loi. Pouvait-on imaginer plus formidable caution? Ils étaient les témoins oculaires et auriculaires du miracle qui faisait d'eux le peuple-messie » écrit François Brigneau in Avant de prendre congé : Réponses à Anne Le Pape (deuxième partie), juin 1998, p. 5.

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Le quotidien Présent295, dirigé par Pierre Durand, membre du bureau politique du Front, soutient également les positions de l’Irak de Saddam Hussein tout en menant la charge contre la politique israélienne dans la région. Durant les premiers jours de l’opération Tempête du Désert, Israël est visé par le lancement d’une série de Scuds296 irakiens principalement sur les zones urbaines de Tel-Aviv et de Haïfa297, cherchant par ces tirs à provoquer une réaction unilatérale de l’Etat Juif, sans toutefois y parvenir. Pour autant, le quotidien Présent persiste à dénoncer « l'arrogance israélienne » à la « une » de l’édition datée du 21 et 22 janvier. « Comme si cela ne suffisait pas, il faut encore qu'Israël (...) s'en prenne à la France et nous rende responsable du lancer de quelques missiles irakiens sur ce pays298 » écrit le journal d’extrême-droite. Le soutien de Jean-Marie Le Pen à l’intervention de Saddam Hussein contre le Koweït ainsi que le refus de toute intervention internationale menée par les Etats-Unis contre l’Irak marque un aggiornimiento de grande ampleur pour le Front National, qui a été, pendant longtemps, très proche idéologiquement des théories libérales venus des Etats-Unis. La chute du mur de Berlin oblige le parti à reconsidérer ses sources idéologiques. Le FN bascule dans un discours anti-mondialisation et anti-américain pour défendre l’identité française qui serait menacé par ce phénomène. Or, le discours du FN prend également une tournure anti-israélienne du fait de l’alliance entre les Etats-Unis et Israël. Les attentats du 11 Septembre changeront bousculeront à nouveau le cours des relations entre l’extrême-droite et Israël.

En 1990, Présent vendait en kiosque 7 000 exemplaires. Le quotidien affirmait également fidéliser 15 000 abonnés. Cf LABBE (Yves Marie), « Le Front national vingt ans après, le petit monde de la presse "amie " », art.cit. 296 « 1991: Iraqi Scud missiles hit Israel », 18 janvier 1991, in bbc.co.uk. Dernière consultation 13 février 2011. URL : http://news.bbc.co.uk/onthisday/hi/dates/stories/january/18/newsid_4588000/4588486.stm. 297 « Figure 6. Where Scuds landed in or near Israel », in global security.org. Dernière consultation 13 février 2011 http://www.globalsecurity.org/wmd/library/news/iraq/2000/scud_info/fig6.htm. 298 Le quotidien Présent cité in BIFFAUD (Olivier), « Dans la presse d'extrême droite, les fleurs pour les soldats, les orties pour Israël », art.cit.

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Section II- Les tergiversations de l’extrême-droite depuis le 11 septembre
A) La tentation de l’alliance avec Israël contre l’islam
Selon le politologue Bruno Etienne « L'islamisme est [...] l’utilisation politique de l’islam par les acteurs d’une protestation antimoderne perçue comme portant atteinte à leur identité à la fois nationale et religieuse299.» Or, certains groupes d’extrême-droite ne font pas la distinction entre la doctrine islamique et islamiste et ont tendance ainsi à combattre uniquement la religion musulmane.

1) Divergences entre le FN et le MNR après le 11 septembre
Les attentats du 11 Septembre 2001 sont un choc pour les pays occidentaux. La brusque réapparition de la question du terrorisme islamiste provoque des

questionnements dans tous les partis, et en particulier à l’extrême-droite. Deux camps s’opposent dans ce courant politique. Il y a ceux qui décident que la question de l’islam est dorénavant la question la plus importante et qu’il s’agit de tout faire pour combattre ce fléau, quitte à s’allier avec Israël. D’autre part, Il y a ceux qui sont favorable à ce discours anti-mondialisation qui s’est développé durant les années 1990 à l’extrêmedroite et qui persisteront dans le discours anti-impérialiste et anti-israélien.

Depuis 1998, il existe à présent deux partis d’extrême-droite. Bruno Mégret a fait scission avec le mouvement de Jean-Marie Le Pen et a créé le MNR (Mouvement National Républicain). Au-delà des questions d’ego300 qui ont joué dans cette division de l’extrême-droite, les questions d’alliance et de politique internationale n’étaient pas étrangères à cette division. Dans un argumentaire « confidentiel » à destination des « mégrétistes », révélé par Le Monde en décembre 1998, on pouvait lire la déception des partisans du Mégret face à un « retour au « groupuscularisme ». La fermeture et

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ETIENNE (Bruno), « L'islamisme comme idéologie et comme force politique », Cités 2/2003 (n° 14), p. 45-55. Dernière consultation le 17 février 2011. URL : www.cairn.info/revue-cites-2003-2-page-45.htm. 300 SOUDAIS (Michel), « 1998 : exit Bruno Mégret », Le Monde, 28 avril 2002.

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l'enfermement du Front national dans la stratégie « jusqu'au-boutiste » de Maréchal témoignent de l'absence d'une stratégie d'expansion et d'influence301. » Les mégrétistes critiquaient également dans ce même document « les prises de position en faveur des extrémistes islamistes (Iran) [qui] marquent la « talibanisation » du Front national302. » C’est ainsi que les attentats du 11 Septembre provoqueront des réactions divergentes entre le MNR et le FN. Déjà très méfiant à l’égard de l’islam, les attentats du 11 Septembre confirment les craintes contre cette religion qui s’expriment au MNR depuis 1999. Dans un communiqué diffusé après les attentats, le parti dénonce la «montée de l'islamisme et le développement de l'islam qui en est le terreau303. »Pour appuyer ces propos, le MNR prend l’exemple des « événements dramatiques de Béziers [le 2 septembre 2001 un déséquilibré Safir Bghioua, ouvre le feu sur une patrouille de police, le commissariat puis assassine le chef de cabinet du maire de la ville, en se réclamant « d’Allah »304], avant ceux catastrophiques de New York, montrent que la menace islamique est globale et prend toutes les formes depuis les actions de guérilla jusqu'à l'acte de guerre305 ». Les attentats du 11 septembre sont particulièrement analysés à l’extrême-droite sous un prisme franco-français. Ces tragiques événements montreraient le risque de laisser se développer l’islam en France306. Ces attentats poussent également un certain nombre de membres du MNR à soutenir Israël : « Dans les débats [au MNR] s’exprime des gens qui prennent assez clairement le parti d’Israël en disant que désormais le jeu au Moyen-Orient est très clair, il y a désormais l’islamisme radical et ces alliés et de l’autre côté l’Occident démocratique et ses alliés. Il faut donc soutenir Israël. C’est tellement clair que cela déchaîne une série de départs à l’intérieur du MNR [de personnes] qui ne

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« Le Pen vu par les « mégrétistes », Le Monde, 12 décembre 1998. Idem. 303 CHOMBEAU (Christiane), « L'extrême droite entre dénonciation de l’ "impérialisme" et peur de l'" islamisme"», Le Monde, 16 septembre 2001. 304 BENGUIGUI (Richard), « A Béziers, les policiers tentent de cerner la personnalité de Safir Bghioua », Le Monde, 7 septembre 2001. 305 CHOMBEAU (Christiane), « L'extrême droite entre dénonciation de l'"impérialisme" et peur de l'"islamisme" », art.cit. 306 « Il est temps de prendre conscience du danger qu'il y a à laisser la France être progressivement prise en otage par l'islam. Car ce serait à terme la livrer aux islamistes. (…) Il faut cesser d'aider l'islam à s'installer sur notre sol, arrêter la prolifération des mosquées » écrit le MNR dans un communiqué diffusé après les attentats du 11 septembre, cité in Ibid.

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veulent pas être associés de près ou de loin à la défense d’Israël et des Etats-Unis307 » explique le spécialiste de l’extrême-droite Jean-Yves Camus. Bruno Mégret et ses alliés font sienne la théorie du choc des civilisations308 et se place du côté de la civilisation occidentale contre un monde arabo-musulman jugé dangereux. Au FN, les attentats du 11 septembre sont analysés d’une tout autre manière. Le chef du parti Jean-Marie Le Pen se montre très critique envers la politique américaine et relativement compréhensif avec l’islamisme. Il déclare au Monde le 12 septembre 2001 qu’« on ne peut pas mener une politique de puissance qui soit insolente et parfois criminelle sans s'attirer des haines inexpiables309 ». Sans aucune compassion pour les 3000 victimes, J-M Le Pen se montre plutôt satisfait que la première puissance mondiale ait reçu une leçon de politique étrangère « Il me semble que les victimes de ces attentats sont les victimes propitiatoires de la politique américaine dans le monde. (…) L'immunité américaine, qui était quand même la trame de la politique étrangère des Etats-Unis depuis deux cents ans, est terminée310 .» Pour bien comprendre cette position, il s’agit de la remettre dans son contexte. Depuis la guerre du Golfe, le FN s’est converti à l’antiaméricanisme et prône une idéologie anti-libérale. Les attaques contre l’hégémonie et l’arrogance américaine paraissent, de ce point de vue, assez logique. En outre, malgré le bilan tragique de ces attentats, le sentiment antiaméricain reste très fort en France et persiste même après les attentats du 11 septembre311. J-M Le Pen cherche peut-être ainsi à profiter de ces événements pour attirer des nouveaux militants sensibles à ce discours anti-américain. D’autre part, Jean-Marie Le Pen était englué dans une lutte fratricide avec Bruno Mégret dont un des points de rupture était le soutien d’une partie des cadres du FN aux

307 CAMUS (Jean-Yves), conférence sur l’antisémitisme d’extrême droite. Conférence citée. 308 En 1996, le livre de Samuel Huntington Le choc des Civilisation parait aux Etats-Unis. L’auteur soutient la thèse que depuis la chute de la Guerre Froide, le monde est confronté à une structure organisationnelle du monde basée sur les civilisations et la culture, dans lequel la base religieuse tient une place centrale. 309 CHOMBEAU (Christiane), « L'extrême droite entre dénonciation de l' "impérialisme " et peur de l' " islamisme ", art.cit. 310 Idem. 311 « [Le]Nous sommes tous américains » qui fut lancé, au lendemain des attentats, par l'éditorial du Monde, puis par plusieurs dirigeants politiques, a ainsi suscité bon nombre d'oppositions qui s'expriment clairement sur les sites des journaux ou dans les forums des associations antimondialisation. (…) Sans doute le sentiment antiaméricain, qui reste vivace en France, n'est-il pas étranger à ces manifestations » écrit la journaliste Raphaelle Bacqué in Le Monde, « Droite et gauche refusent un engagement sans condition derrière les Etats-Unis », 18 septembre 2001.

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fondamentalistes iraniens. En réaffirmant ses positions contre la politique américaine, il s’agit de ressouder le parti autour de sa personne. De manière assez contradictoire, Jean-Marie Le Pen va prendre le pli totalement inverse dans une interview au quotidien de gauche israélien Haaretz publié au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle d’avril 2002 qui vit le président du FN se qualifier pour le second tour des élections. Cette interview extrêmement longue et détaillée est symptomatique des ambiguïtés de Jean-Marie Le Pen sur Israël et la question juive. Le leader du Front National parvient dans la même interview à contester toute existence d’une tradition de l’antisémitisme en France312, à nier que les membres du Front National sont antisémites313, à faire allusion à l’action d’un lobby juif314 sur la décision prise par Jacques Chirac de reconnaitre la responsabilité de la France dans le génocide juif, tout en soutenant de manière très marquée l’action du Premier ministre israélien Ariel Sharon, pourtant extrêmement critiquée par toutes les chancelleries européennes et la majorité des journaux français. Il n’est pas anodin que l’ancien sous-lieutenant Jean-Marie Le Pen soutienne l’action de l’ex ministre de la défense Ariel Sharon. Il semble y avoir entre les deux hommes une confraternité de militaires. Jean-Marie Le Pen s’identifie au général israélien qui doit subir l’hypocrisie des « âmes bien pensantes » de gauche comme J-M Le Pen a pu le subir en Algérie : « Nous avions été appelé pour combattre le terrorisme du FN. Mais l’intelligentsia en France critiqua nos actions. Il est très facile de critiquer assis dans un fauteuil dans son salon. Je comprends l’Etat d’Israël, qui cherche à défendre ses citoyens315 » avance le leader frontiste.

« Je n’ai aucune idée de ce qu’est l’antisémitisme classique. Je ne suis pas familier avec ce terme. (…) Il n’y a pas eu d’antisémitisme en France. Un incident isolé peut toujours arriver(…). Dans les années récentes-avant l’Intifada- il y avait uniquement 3 ou 4 incidents antisémites chaque année » estime Jean-Marie Le Pen cité in PRIMOR (Adar), « Le Pen ultimate », art.cit. 313 « Il n’y a aucune raison de nous coller le label antisémite. Absolument aucune. Je ne connais personne au Front National qui a commis, même l’acte le plus mineur contre une personne juive ou une propriété juive. » avance JeanMarie Le Pen cité in Ibid. 314 « Je suis sûr qu’il [Jacques Chirac] a fait cette déclaration pour des raisons électoralistes. C’était un signe voyant fait pour gagner la sympathie de certains cercles(…). Dans le cas présent, les cercles juifs » juge J-M Le Pen in Ibid. 315 Idem.

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L’année 2002 fut une année de très forte tension au Proche-Orient. Elle a été l’année la plus meurtrière pour les Israéliens depuis le début de la 1ère intifada en 1987 puisqu’elle a fait 420 morts316 dans le pays, la majorité tuée dans des attentats. Au mois de mars 2002, dans ce contexte d’attentats-représailles, Le Premier ministre Ariel Sharon lance l’opération « Mur de protection » qui vise à occuper à nouveau les villes de Cisjordanie pour traquer les « terroristes317 » palestiniens. Cette opération est attaquée assez durement dans la presse. J-M Le Pen est un des rares hommes politiques français à défendre la politique d’intervention militaire de grande ampleur initiée par le général Sharon dans les Territoires Palestiniens : « C’est la politique qu’il a déclaré vouloir poursuivre. Il ne trahit pas les engagements qu’il a pris. "Je ferais la guerre" et il fait la guerre avec tous les risques que cela comporte. L’Histoire montrera s’il avait tort ou raison318. »

2) Peut-on parler de rapprochement entre la communauté juive et l’extrêmedroite ?
Ces déclarations pro-Sharon et de soutien à la politique israélienne contre un monde musulman perçu comme menaçant319, dans une interprétation de la théorie du choc des Civilisations de Samuel Huntington, peuvent être considérées comme une stratégie menée par Jean-Marie Le Pen pour attirer le vote de la communauté juive dans cet entre-deux tours des élections. J-M Le Pen a pu être d’autant plus tenté de suivre cette stratégie politique qu’il affirme ne pas croire, dans cette interview à Haaretz, à un « vote arabe320. » La communauté juive est, en effet, extrêmement préoccupée durant ce printemps 2002 par la situation au Proche-Orient et par la recrudescence des actes antisémites.
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« Israël - Palestine : vingt années sanglante », La Dernière Heure, 23 novembre 2009 in http://www.dhnet.be/infos/monde/article/290004/israel-palestine-vingt-annees-sanglantes.html. Dernière consultation le 17 février 2011. 317 Si on se place du point de vue israélien. 318 LE PEN (Jean-Marie) cité in PRIMOR (Adar), « Le Pen ultimate », art.cit. 319 Dans la même interview, J-M Le Pen déclare également à propos d’Israël « Même s’ils sont supportés par l’Occident, Les Israéliens sont juste quelques millions contre un milliards de musulmans. Heureusement, il n’y aura jamais d’unité Islamique. Ils sont tous très différents les uns des autres et hostiles entre eux. Dieu merci » 320 « Je ne crois pas qu’il existe en France un ‘vote arabe’. Les habitants des banlieues qui sont responsables des violents incidents ne participent pas aux élections. estime J-M Le Pen in PRIMOR (Adar), « Le Pen ultimate », art.cit.

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Ainsi, une manifestation, à l’appel du CRIF « contre le terrorisme et l'antisémitisme, avec Israël pour la paix et la sécurité » attire 100 000 personnes321 (on considère généralement qu’il y aurait environ 300 000 juifs français dans la région parisienne) à Paris le 7 avril 2002. Cette manifestation avait été organisée par le CRIF en particulier en réaction à des actes antisémites commis la semaine précédente contre la synagogue de la Duchère à Lyon et contre la synagogue Or Aviv de Marseille322. En montrant qu’il soutient Israël dans sa lutte contre le terrorisme et en tentant de faire oublier ces anciennes déclarations ambigües sur la question juive, Jean-Marie Le Pen espère trouver de nouveaux renforts électoraux dans la communauté juive dont certains membres radicaux ont pu être attirés par ce discours. C’est le cas de Sonia Arrouas qui témoigne dans un article d’Haaretz du 23 avril 2002 de son soutien au leader frontiste: « Le Pen est opposé aux Arabes, et est, par conséquent, bon pour les Juifs (…). Beaucoup de Juifs soutiennent Le Pen mais ils sont effrayés de l’avouer en public. Je n’ai pas peur d’exprimer mes opinions (…). Le Pen est pro-israélien. Il pense que c’est le seul Etat occidental dans un Orient arabe et c’est pourquoi la sécurité d’Israël et son existence lui importe323» Au nom de ce combat commun d’Israël et de l’Occident contre l’islamisme, Philippe de Villiers va lui aussi essayer de se rapprocher des membres les plus radicaux de la communauté juive lors de la campagne présidentielle suivante de 2007. Cette idée d’un rapprochement entre la communauté juive chemine à l’extrême droite depuis les attentats du 11 septembre, essayant de convaincre la communauté juive que l’ennemi des Juifs de France se trouve dorénavant du côté de l’islam radical et plus vraiment du côté de la droite nationale.

GARCIA (Alexandre), SMOLAR (Piotr), « Des manifestations en France ont fait écho au conflit du ProcheOrient », Le Monde, 9 avril 2002. 322 THORAVAL (Armelle) VAUDOIT (Hervé), « Indignation après l'incendie d'une synagogue à Marseille », Libération, 2 avril 2002. 323 MELMAN (Yossi), « "Le Pen is good for us, " Jewish supporter says», Haaretz, 23 avril 2002.

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Le souverainiste Philippe de Villiers est un des acteurs de ce rapprochement. En février 2006, à la suite de la mort d’Ilan Halimi324, une manifestation est organisée en sa mémoire dans les rues de Paris. Philippe de Villiers ainsi qu’un contingent du FN se joindront au cortège mené par Sos-Racisme, la LICRA et le CRIF. Ils seront expulsés de la tête de la manifestation par les organisateurs même si le CRIF avait préalablement annoncé, au contraire des autres associations, qu’il ne souhaitait pas que le président du MPF soit exclu du défilé325. Le FN était, lui, représenté326 par Marie-Christine Arnautu, conseillère régionale amie de Marine Le Pen et le Secrétaire général du groupe FN à la région Ile-de-France Jean-Richard Sulzer, de confession israélite. Durant tout le cortège, les membres du FN étaient escortés par des militants de la Ligue de Défense Juive, une « organisation juive violente et extrémiste327 » selon le FBI. Interrogé par Le Monde, un militant de la LDJ défend le rapprochement entre ces partis politiques et la LDJ au nom d’un ennemi commun : « Ce n'est pas le FN ou Villiers qui sont antisémites, ce sont les mouvements gauchistes pro-palestiniens. Avec eux aujourd'hui on a les mêmes ennemis328. », En cette année pré-électorale, De Villiers poursuit son offensive de séduction de la communauté juive dans une interview à Israël magazine de mai 2006: « Beaucoup de gens de la communauté juive de France se retrouvent dans mon combat contre ce fléau de l'islamisation. (...) Les juifs de France sont les premiers touchés par ce phénomène, et ils savent qu'ils peuvent compter sur ma détermination pour les défendre329 », explique le président du MPF. Néanmoins, Philippe De Villiers n’obtiendra qu’une audience

Ilan Halimi est un jeune juif français qui a été enlevé « parce que les Juifs ont de l’argent » puis assassiné par le « gang des barbares » mené par Youssouf Fofana. Cette affaire datant de février 2006 a littéralement traumatisé la communauté juive. 325 Le CRIF rejetait la présence du FN mais pas celle du MPF, expliquant que seul le premier a été concerné par des condamnations en justice pour racisme ou antisémitisme. « Nous ne voulons pas faire d'exclusions qui ne seraient pas motivées par des raisons objectives » expliqua le président du CRIF Roger Cukierman in « Polémique autour de la manifestation contre le racisme et l'antisémitisme », Lemonde.fr, 25 février 2006. Dernière consultation le 18 février 2011. URL : http://lemonde.fr/societe/article/2006/02/25/polemique-autour-de-la-manifestation-dedimanche_745119_3224.html. 326 CHOMBEAU Christiane, « M. de Villiers a été expulsé de la tête du cortège, le FN est resté discret », Le Monde, 28 février 2006. 327 « Reports and Publications :Terrorism 2000-2001 », FBI, in http://www.fbi.gov/statsservices/publications/terror/. Dernière consultation le 18 février 2011. 328 CHOMBEAU (Christiane), « M. de Villiers a été expulsé de la tête du cortège, le FN est resté discret », art.cit. 329 CHOMBEAU (Christiane), « Philippe de Villiers tente de séduire l'électorat juif le plus à droite », Le Monde, 25 mai 2006.

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confidentielle lors de la présidentielle de 2007 réussissant difficilement à atteindre la barre des 2 % des voix pour seulement 818 407 suffrages. Cette stratégie de rapprochement avec la communauté juive fut, un temps, également envisagée dans le camp de Marine Le Pen. En 2005 elle s’inscrit au groupe de travail sur le Proche-Orient au sein du Parlement européen et souhaite, participer à ce titre à un prochain voyage en Israël. Elle envisage même de se rendre à Yad Vashem330. Pour aplanir les divergences avec le CRIF, elle demande un rendez-vous au président de l’organisation Roger Cukierman qui lui refuse « tant que le FN n'aura pas condamné formellement les propos antisémites de Jean-Marie Le Pen et de Bruno Gollnisch331. » Ce qu’elle s’est toujours refusé à faire de manière claire, assurant qu’elle n’a pas « la même vision332 » de cette période de l'Histoire que son père sans pour autant condamner ces propos. Le gouvernement israélien refusera finalement, comme il l’avait fait avec JeanMarie Le Pen de lui octroyer un visa provoquant une déception teintée d’ironie de Marine Le Pen : « J'ai pensé qu'Israël avait trop d'amis pour rejeter un député européen333. »

Si Marine Le Pen s’est vu refusé l’entrée en Israël, il n’en a pas été de même pour d’autres formations d’extrême-droite qui se sont rendus en visite dans l’Etat hébreu en décembre 2010. Ce rapprochement entre l’extrême droite européenne et Israël ne semble plus être un tabou pour la droite israélienne A la fin du mois de décembre 2010, le viceministre israélien du développement, Ayoub Kara, un druze israélien du parti Likoud334 a rencontré à Vienne Heinz-Christian Strache le dirigeant du FPÖ, l’ancien parti de de Jörg Haider en expliquant que selon ses recherches « le FPÖ est le seul parti en Autriche qui a soutenu Israël après le raid sur la flottille turque335. »

Le néerlandais Geert Wilders, héraut du combat contre l’islam au Pays-Bas et chef de file du Parti de la liberté (PVV), s’était également rendu en Israël le 4 décembre et

Yad Vashem est un mémorial situé à Jérusalem destiné à commémorer la Shoah. ROSSO (Romain) « Quand elle "approchait" les juifs », L’Express, 15 décembre 2010. 332 Idem. 333 Idem. 334 Le Likoud est le parti leader de la droite israélienne. 335 KARA (Ayoub) cité in CAMUS (Jean-Yves), « Contre l'islam, l'extrême droite européenne avec Israël », Rue 89, 23 décembre 2010. Dernière consultation le 16 février 2011. URL : http://www.rue89.com/2010/12/23/contrelislam-lextreme-droite-europeenne-avec-israel-182113.
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avait obtenu un entretien avec le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman du parti nationaliste Israel Beitenou. Le lendemain, une délégation de partis d’extrêmedroite qui comprenait, entre autre, des membres du Vlaams Belang flamand et du parti d’extrême-droite suédois se trouvaient également dans le pays. Au cours de ce voyage en Israël, ils ont rencontré le maire d’Ashkelon, Benny Vaknin appartenant à l’aile radicale nationaliste du Likoud. Ils se sont également rendus à la frontière entre Israël et Gaza. Ils ont aussi été reçus par le député Arié Eldad, du parti Union nationale, qui préconise le transfert en Jordanie de la population palestinienne. Ces membres des partis de l’extrême-droite européenne se focalisent (tout comme une partie de l’extrême-droite française) sur la question de l’islam dans une interprétation de la théorie du choc des civilisations, croyant qu’Israël est le dernier rempart de l’occident contre le monde musulman. « Israël vit et existe sur la ligne de front du conflit entre les civilisations. Le conflit israélo-arabe incarne le combat entre la civilisation occidentale et l'islam radical. Le combat entre ceux qui chérissent la liberté et ceux qui veulent soumettre le monde à la théocratie musulmane336 » a déclaré un député du Vlaams Belang. En outre, le soutien à Israël peut être comme le souligne le chercheur Jean-Yves Camus un moyen habile de se débarrasser pour ces partis des « oripeaux encombrants de l'antisémitisme337 .» C’est peut-être, dans ce contexte qu’il faut interpréter la relative bienveillance de Marine Le Pen envers Israël. Dans une interview donnée à Haaretz en janvier 2011, Marine Le Pen affirme que le « le Front national a toujours été favorable au sionisme et a toujours défendu le droit à l’existence d’Israël338. » Bien, que cette phrase soit, en elle-même, fausse339, elle montre la volonté de Marine Le Pen de s’affirmer comme un soutien de l’Etat d’Israël340 probablement pour attirer les électeurs juifs.

Idem. Idem. 338 PRIMOR (Adar), « The daughter as de-demonizer », Haaretz, 7 janvier 2011. 339 Cf la partie sur « le rapprochement entre les mouvements antisionistes et le FN » 340 Marine Le Pen se veut tout de même un soutien mesuré de la stratégie sécuritaire de l’Etat d’Israël puisque dans la même interview, celle-ci critique la « politique de développement des colonies » considérant qu’il s’agit d’une « erreur politique. »
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Ce parti pourrait s’avérer gagnant. Dans un éditorial du site israélien francophone Guysen, l’éditorialiste Marc Fehmson critique « ces Juifs qui aiment la Marine » assurant, sans pour autant donner de chiffres précis qu’on assiste à un phénomène « encore marginal, mais croissant, celui de l'électeur juif qui succomberait aux sirènes de la Marine… Le Pen341. » Ces Juifs français seraient attirés par le discours anti-islam de Marine Le Pen. Pour autant, le phénomène ne peut être vérifié puisqu’en France les statistiques ne comportent pas de critères ethniques. Notons néanmoins, que lors de la campagne électorale pour l’élection d’un nouveau président du FN, la candidate Marine Le Pen s’est faite vilipender par Rivarol dirigé par Jérome Bourdon, proche de Bruno Gollsnich, qui l’accusait d’être de «connivence avec la Ligue de défense juive342» et de vouloir s’allier avec la droite traditionnelle. La volonté de rapprochement du FN avec les membres les plus radicaux de la communauté juive n’est pas nouvelle. Jean-Marie Le Pen avait adopté la même tactique, pendant un temps, en 1987 en se rendant aux Etats-Unis pour rencontrer les caciques du judaïsme américain. Marine Le Pen fait preuve de la même volonté de normalisation343 de ses relations avec la communauté juive. C’est ainsi qu’elle a accepté une interview à Radio J (la plus importante station de la communauté juive) en mars 2011. Or, le tollé contre cette initiative a été tellement grand au sein des groupes représentatifs des Juifs français344 que la radio a été obligée d’annuler l’interview.

FEMSOHN (Marc), « Ces Juifs qui aiment la Marine », guysen.com, 21 janvier 2011. Dernière consultation le 18 février 2011. URL : http://www.guysen.com/article_Ces-Juifs-qui-aiment-la-Marine-br-Editorial-de-la-semaine-du-22-012011_14927.html 342 FORCARI (Christophe), « Front national : les canards à l’orage », Libération, 19 novembre 2010 343 Marine Le Pen a modelé son discours sur la Shoah, parlant des « camps » comme du « summum de la barbarie » dans une interview au Point de février 2011. Elle tient un discours relativement modéré sur Israël. Elle a également affirmé le 9 mars 2011 que « nos amis les juifs n'ont rien à craindre du Front national. » 344 « Sous la colère des Juifs de France, Radio J renonce à inviter Marine Le Pen », leparisien.fr, 9 mars 2011. Dernière consultation le 9 mars 2011. URL : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/sous-la-colere-desjuifs-de-france-radio-j-renonce-a-inviter-marine-le-pen-09-03-2011-1350752.php

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B) Le rapprochement entre les mouvements antisionistes et le FN 1) Dieudonné, acteur d’une alliance entre des éléments venus de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite contre le sionisme
Les attentats du 11 septembre ont largement recomposé la donne à l’extrêmedroite. Une partie du mouvement s’est rapproché des positions de la droite israélienne sur la plan idéologique, si bien que certains ont pu imaginer une alliance entre l’extrêmedroite européenne anti-islam et la fraction la plus à droite de la communauté juive en Israël et en diaspora. Pour le moment, malgré le voyage en décembre 2010 de députés d’extrême-droite en Israël, cela n’est encore qu’une hypothèse peu vraisemblable. Un autre rapprochement s’est néanmoins opéré, depuis le début des années 2000, entre des personnalités très différentes qui se retrouvent sur une détestation commune du sionisme et d’Israël.

L’humoriste Dieudonné a le parcours le plus atypique. Ancien contempteur du FN qu’il a combattu à Dreux aux élections législatives de 1997, il s’en est aujourd’hui rapproché très nettement. Engagé à gauche, Dieudonné se manifeste en 2002 par des propos tendancieux sur le « lobby juif » : « le lobby juif déteste les Noirs, vraiment ! Étant donné que le Noir, dans l'inconscient collectif, porte la souffrance, le lobby juif ne le supporte pas, parce que c'est leur business ! Maintenant, il suffit de relever sa manche pour montrer son numéro et avoir droit à la reconnaissance345. »

Cette déclaration n’aura pas un grand écho en 2002. Mais, elle sera reprochée à Dieudonné après décembre 2003 suite à son passage à « On ne peut pas plaire à tout le monde » où il déchaine la polémique en fustigeant l’axe « américano-sioniste346 » et en terminant son sketch par un salut nazi. Cette provocation de Dieudonné lui vaudra l’annulation d’un certain nombre de ces spectacles l’entrainant vers un processus de

« Moment ! Dieudonné ! » in blackmap.com. Dernière consultation le 20 février 2011. URL :http://web.archive.org/web/20021022134311/www.blackmap.com/contenus/art_culture/moment_dieudo.htm. 346 « Dieudonne fogiel complet » in http://www.dailymotion.com/video/xroz_dieudonne-fogiel-complet_shortfilms. Dernière consultation le 20 février 2011.

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radicalisation. En 2004, Il rencontre Alain Soral, un essayiste adhérent du PCF pendant les années 1990 qui s’est rapproché du FN à partir de 2002.

Alain Soral, depuis ses années communistes s’est fait le promoteur de thèses fustigeant le sionisme associé au capitalisme américain, inspiré en cela par les théories du GRECE. En 1993, il participe à l’appel « Vers un Front national », publié par le journal proche de l’extrême gauche l’Idiot International. Cet appel propose « une politique autoritaire de redressement du pays347 » rassemblant « les gens de l’esprit contre les gens des choses, la civilisation contre la marchandise - et la grandeur des nations contre la balkanisation du monde [...] sous les ordres de Wall Street, du sionisme international, de la bourse de Francfort et des nains de Tokyo348 ».

Dès 1993, Alain Soral se montre ainsi extrêmement critique face au sionisme. C’est ce qui va lui permettre de se rapprocher de Dieudonné malgré leurs désaccords passés349. Les deux hommes partagent la même conviction sur « le sionisme et le lobby juif350 » expliqua Alain Soral en janvier 2009. Ils participèrent ensemble à la liste euroPalestine, rassemblement hétéroclites de personnalités soutenant la cause palestinienne, qui a obtenu 1,63 % des voix en Ile-de-France aux élections européennes de 2004. Dans de nombreuses communes, la liste dépassa même la barre des 5% notamment à La Courneuve (7,19 %), Bobigny (6,73 %), Villepinte (6,47 %), Saint-Denis (5,57 %), Trappes (8,62 %) et à Mantes-la-Jolie (6 %)351. En parallèle de son rapprochement avec Alain Soral, Dieudonné poursuit ses clins d’œil à l’extrême-droite et au FN. Il donne des interviews à la presse d’extrême-droite et soutient Bruno Golnisch après son exclusion de l’université de Lyon-III à la suite de

« National-bolchevisme : de nouvelles convergences » Publié le 3 janvier 2007 (republication d’octobre 1993) in Reflex (site d’informations anti-fascistes). URL : http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article294. Dernière consultation le 21 février 2011. 348 Idem. 349 « A cette époque, dans l'un de mes livres, j'ai mis en cause Dieudonné sur son combat idéologique. Il a souhaité me rencontrer et les choses se sont bien passées » affirme Alain Soral in AHMED-CHAOUCH (Azzeddine), « Comment Dieudonné s'est rapproché de Le Pen », 8 janvier 2009, le Parisien. 350 AHMED-CHAOUCH (Azzeddine), « Comment Dieudonné s'est rapproché de Le Pen », art.cit. 351 Cf CAPELANI (François), « Les animateurs de la liste Euro-Palestine fêtent leur percée électorale en banlieue parisienne », Le Monde, 22 juin 2004.

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propos négationnistes en 2005. Dans une interview au mensuel Le Choc du Mois352 en 2006, il se prête même à une autocritique de ses engagements passés anti-frontistes: « A ce moment [la qualification de Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002], je commence à avoir un sérieux doute. Cette sorte de meute me parait suspecte, même si je fais partie des manifestants. Je défile, mais à reculons, en traînant des pieds. J’ai dans la bouche un arrière-goût de pisse persistant. J’hésite à aller voter pour quelqu’un que la gauche voulait mettre en prison trois jours avant. Mais il y a la pression familiale, un contexte professionnel, un endoctrinement puissant353. »

En 2006, les accointances idéologiques entre le FN et Dieudonné obtiennent un retentissement médiatique de grande ampleur avec la visite de « l’humoriste » à la fête du FN le 11 novembre 2006 et l’invitation honorée par Jean-Marie Le Pen d’assister à son spectacle au Zénith en décembre 2006. Les rencontres avec Marc Georges qui a rejoint le FN après la 1ère guerre du Golfe354 et avec Frédéric Chatillon, ancien du GUD355 seront deux autres moments clés dans le rapprochement idéologique entre Dieudonné et le FN. C’est grâce à l’entremise de Frédéric Chatillon que Dieudonné pourra se rendre accompagné d’Alain Soral en voyage au Liban et en Syrie en août 2006. Il y rencontre le général Michel Aoun, allié du Hezbollah356. Le dénominateur commun entre tous ces personnages est la conviction qu’il n’y a plus « ni droite ni gauche mais un "système" qui tourne autour des Etats-Unis et d'Israël auquel ils s'opposent357 ». Ce qui explique le rapprochement entre des personnalités venus de la gauche comme Alain Soral ou Dieudonné et des hommes profondément ancrés à l’extrême-droite comme Frédéric Chatillon.

Le Choc du Mois est journal proche de l’extrême-droite dont la publication avait été stoppée à la suite d’une interview de Robert Faurisson dans le magazine en 1993. Le titre reparait en mai 2006. Il est tiré à 60 000 exemplaires. 353 Dieudonné in Le Choc du Mois, mai 2006 cité in crif.org. Dernière consultation le 25 février 2011 URL : http://www.crif.org/?page=sheader/detail&aid=6956&artyd=10. 354 MESTRE (Abel), MONNOT (Caroline), « Les étranges amitiés de Dieudonné », Le Monde, 25 février 2009. 355 Groupuscule d’extrême-droite qui mène la chasse idéologique et physique aux « gauchistes » dans les universités. 356 Cet information a été donné sur le site « officieux » de Dieudonné, intitulé Les Ogres. Dernière consultation le 24 février 2011.URL : http://lesogres.info/article.php3?id_article=2415 357 MESTRE (Abel), MONNOT (Caroline), « Les étranges amitiés de Dieudonné », art.cit.

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Focalisée sur la question israélienne et très engagé politiquement Dieudonné décide, en 2008 de lancer le parti Antisioniste avec Alain Soral et Yahia Gouasmi, le chef du centre Zahra une organisation chiite proche du régime de Mahmoud Ahmadinejad. L’objectif de ce parti est « d’éradiquer toutes les formes de sionisme dans la nation », de « libérer l'Etat, le gouvernement et les médias de la mainmise sioniste » et de « redonner le pouvoir à la France et aux Français358 ». En employant le terme sioniste, il s’agit pour ce parti de ne pas de mettre en contradiction avec la loi mais le discours sur les médias et le gouvernement contrôlés par un groupe occulte est typique des théories du complot juif développé par l’extrême-droite. Dieudonné a, lui-même reconnu qu’il était ne pouvait utiliser le terme juif qu’il remplaçait par le mot sionisme: « Je ne prononce pas le mot juif. Après mes différents procès, j'ai compris qu'il pouvait y avoir interprétation sur ce mot alors que sur sioniste, il n'y a pas d'interprétation possible359». Le Parti Antisioniste obtiendra un score mitigé (1.30%) aux élections européennes de 2009 et inférieur à celui de la liste euro-palestine en 2004 en Ile-de-France (seule région ou le Parti Antisioniste a obtenu un financement assez important pour se présenter).

Affilié au centre Zahra, le Parti Antisioniste permet à Dieudonné de se rapprocher de Téhéran si bien qu’il y effectuera une visite en novembre 2009 en compagnie de Yahia Ghouasmi, l’un des colistiers de la liste Antisioniste avec Alain Soral aux européennes de 2009.

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THIOLAY (Boris), « Les amis très particuliers du centre Zahra », L’Express, 26 février 2009 CAEN (Marc), « Comment Dieudonné est devenu antisémite », Slate.fr, 7 mai 2009. Dernière consultation le 25 février 2011. URL : http://www.slate.fr/story/4903/comment-dieudonn%C3%A9-est-devenu-antis%C3%A9mitisme-fn-soral

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Alain Soral est aussi l’animateur du site et de l’association Egalité et Réconciliation dont le positionnement est très farouchement antisioniste au nom de la défense de l’identité française360. Il sera également, un temps, la plume de Jean-Marie Le Pen, entrainant, de facto, une radicalisation antisioniste du leader frontiste.

2) La stratégie antisioniste du FN
En février 2009, à l’occasion de l’anniversaire du 30ème anniversaire de la révolution islamique d’Iran, Jean-Marie Le Pen se rend au centre Zahra et donne une interview à une militante du centre, voilée, qui l’accueille par un « Salam Aleikoum ». Interrogé sur l’opération Plomb Durci menée de décembre 2008 à janvier 2009 par l’armée israélienne qui a provoqué la mort de 1400 palestiniens, J-M Le Pen montre sa solidarité avec le peuple du territoire gazaouï contrôlé par le Hamas : « On a écrasé ce petit pays [Gaza] qui était un véritable camp de concentration où les gens ne pouvaient n’y entrer ni sortir. Une armée moderne (…) traitait ce pays de manière parfaitement inhumaine361. » Une des particularités du discours antisioniste radical sur Israël est d’appliquer au conflit israélo-palestinien, une terminologie propre à la seconde guerre mondiale. L’idée est de prouver que les nouveaux nazis sont les Juifs et que les bourreaux sont devenus les victimes. Ce discours est assez ancien, il a été largement utilisé pendant la guerre du Liban. En parlant de « camp de concentration » pour parler de la situation de Gaza, J-M Le Pen s’inscrit dans cette même logique.

Le leader frontiste utilise aussi la théorie du complot, chère à l’extrême-droite. En octobre 2010, Jean-Marie Le Pen accuse362 le Mossad d’avoir orchestré la campagne de presse contre lui au moment de la polémique sur le « point de détail » réactivant l’idée d’un réseau international « sioniste ». : « Lundi (lendemain de ses déclarations363), il ne

MESTRE (Abel), MONNOT (Caroline), « Les étranges amitiés de Dieudonné », art.cit. Vidéo Centre Zahra, « la vérité du Président Le Pen: interview », mis en ligne le 11 février 2009. Vue 300 000 fois sur les sites d’hébergement de vidéo. Dernière consultation le 25 février 2011. URL : http://www.youtube.com/watch?v=yI7z9JsK4NE 362 Cf AHMED-CHAOUCH (Azzedine), Le Testament du diable - Les derniers secrets de Jean-Marie Le Pen, Paris Editions du Moment, 2010 363 Comme le relève l’AFP : « D'après les archives de l'AFP, les condamnations de ces propos ont commencé dès le lundi 14 septembre 1987 et se sont poursuivies les jours suivants. » cité in dépêche AFP, « Le Pen: Israël est à "l'origine" de la polémique sur le détail en 1987 », 6 octobre 2010.
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se passe rien, et après ça se déchaîne. Oui, je pense qu'Israël est à l'origine, oui je pense que c'est de là que ça vient. Oui absolument, et surtout l'orchestration mondiale prouve un réseau, et ça me paraissait hors de proportions. »

Mais le tournant anti-israélien de Jean-Marie Le Pen se situe peut-être en décembre 2003. Un an plus tôt, le leader frontiste avait donné l’interview à Haaretz précédemment cité où il défendait le très impopulaire Ariel Sharon dans l’opinion européenne. En décembre 2003 alors qu’il se trouve en tournée au Liban, la tonalité de Jean-Marie Le Pen est bien différente. Dans une entretien au quotidien panarabe basé à Londres, Al Hayat il dénonce « l’hégémonie américano-sioniste sur le monde, dont le peuple palestinien, victime d’un génocide, paie le prix à travers le silence des Etats-Unis, de l’Europe et du monde arabe. » Une fois encore, le champ-lexical lié à la seconde guerre mondiale est utilisé par Jean-Marie Le Pen. L’idée d’une hégémonie « américanosioniste » sur le monde est une notion souvent utilisée dans une partie de l’extrême-droite qui amalgame les actions d’Israël et des Etats-Unis. C’est ce que montre également le politologue Pierre-André Tagguieff qui parle de « jumelage idéologique » entre l’antiaméricanisme et l’antisionisme : « Tous ces fléaux sont imputables aux activités d'Israël (du "sionisme") ou des États-Unis, ou plus couramment des deux. Mais il ne faut pas tomber dans des excès polémiques : tous les antiaméricains ne sont pas antijuifs, tous les antijuifs ne sont pas antiaméricains364. »

J-M Le Pen est une personnalité contradictoire. Il est difficile de comprendre ces changements d’opinions. Peut-être a-t-il estimé qu’il était à présent plus intéressant, électoralement parlant, d’attaquer la politique israélienne pour recueillir les voix des français d’origine nord-africaine aux élections locales de 2004. Cela parait néanmoins peu probable puisque Le Pen, dans l’interview à Haaretz d’avril 2002, avait, lui-même, indiqué qu’il ne croyait pas qu’il existait « un vote arabe » en France. Peut-être, alors Jean-Marie Le Pen a-t-il été influencé par Alain Soral et d’autres proches antimondialistes et anti-américains comme Frédéric Chatillon.

KOSELLEK (Elisabeth), « Prêcheurs de Haine : entretien avec Pierre-André Taguieff », communautarisme.net, janvier 2005. Dernière consultation le 25 février 2011. URL : http://www.communautarisme.net/Precheurs-deHaine-entretien-avec-Pierre-Andre-Taguieff_a357.html?print=1&quot%3Btarget=_blank

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En tout cas, derrière le soutien ou non à Israël, le vrai clivage se trouve dans cette logique mondialiste que le héraut de la « Nouvelle Droite » Alain de Benoist commente dans le bimensuel Flash365. Le penseur de droite approuve la critique accentuée de Marine Le Pen « du libéralisme économique et du pouvoir de l’argent366 » mais pas ses remarques sur « l’islamisation ». A.De Benoist ne croit pas à la théorie du choc des civilisations qui selon lui ouvre « la porte aux alliances contre-nature que l’on voit se multiplier actuellement367, avec, pour conséquence que la droite et l’extrême droite islamophobes sont en train de devenir en Europe, une pièce du dispositif israélien368. »

Or, pour A. De Benoist, Marine Le Pen ne peut durablement tenir ces deux positions. Elle doit choisir entre combattre l’islamisme en étant « dans l’optique du “choc des civilisations369” » ou montrer qu’elle est prête à « contester frontalement un nouvel ordre mondial qui utilise (et encourage) l’éventualité de ce “choc” pour renforcer la puissance dominante des Etats-Unis et de ses alliés. Le vrai clivage est là370. » Marine Le Pen semble, pour le moment, se placer du côté de l’anti-mondialisme affirmant que « les Français sont prêts aujourd'hui à se donner au second tour de l'élection présidentielle un vrai choix (...) entre une candidate nationale [Marine Le Pen] et un candidat mondialiste371 [Dominique Strauss-Kahn]. » La nouvelle présidente du FN n’a pas encore véritablement trouvé sa voie. La campagne pour l’élection présidentielle de 2012 sera, en tout cas, un moment charnière de recomposition pour l’extrême-droite qui a eu beaucoup de mal à accepter cette candidate jugée trop moderniste et qui souhaite se rapprocher de la droite traditionnelle.

Ce magazine fut lancé en novembre 2008. Il se veut « altermondialiste », mais reste proche des thèmes d’extrême-droite. 366 MESTRE (Abel), MONNOT (Caroline), « Alain de Benoist en “soutien critique” à Marine Le Pen », Droites extrêmes, 26 janvier 2011 in http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2011/01/26/alain-de-benoist-en-soutien-critique-a-marine-le-pen/ . Dernière consultation le 25 février 2011. 367 Ces alliances ont largement été évoquées dans la partie précédente. 368 MESTRE (Abel), MONNOT (Caroline), « Alain de Benoist en “soutien critique” à Marine Le Pen », art.cit. 369 Idem. 370 Idem. 371 Dépêche AFP, « Le Pen affrontera DSK "avec plaisir" », 24 février 2011.

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C) La « fachosphère » est-elle antisioniste ?
La « Fachosphère » est un terme journalistique qui fut utilisé par des sites internet plutôt classés à gauche pour qualifier la présence sur Internet de sites et de blogs défendant les positions de l’extrême-droite. Nous utiliserons ce terme « fachosphère », qui bien que simplificateur, permet de montrer que la présence de l’extrême-droite sur la toile est un phénomène majeur. Nous n’avons pas la place dans ces pages pour être exhaustifs sur l’ensemble des sites ou des blogs rattachés à l’extrême-droite, nous n’étudierons que les exemples les plus significatifs de ce phénomène.

Le plus important site internet rattaché à l’extrême-droite est le site Fdesouche. L’auteur du site se dit, lui-même, proche du FN372. Le site revendiquait 80 000373 visiteurs uniques par jour en juin 2010. En février 2009, Le Monde, s’appuyant sur une étude du MRAP, relevait que Fdesouche était plus fréquenté que les sites de l’UMP ou du PS374. Fdesouche se présente comme une sorte d’agrégateur de contenus de toute la presse sur les thèmes principaux de la sécurité, du communautarisme et de l’immigration. La question israélienne n’est, néanmoins pas négligé par le site qui a consacré pas moins de 80 articles relatifs à Israël et aux Juifs entre septembre 2010 et février 2011. Le site relaye particulièrement les combats menés par les militants pro-palestiniens de la campagne BDS qui préconise un boycottage des produits israéliens. Ainsi, le 13 février 2011, Fdesouche rapporte qu’à Lyon « les militants pro palestiniens se retrouvent "sur le trottoir"375 » ou qu’un avocat palestinien a remporté à Caen le 31 janvier 2011

« Ma sympathie va au FN. C’est notre vitrine la plus visible », estime l’auteur anonyme du site François de Souche dans l’émission de webradio « Derrière ta porte"/"Radio Bandera Nera, Paris » consacrée à F. Desouche le 4 mars 2008. 373 « Statistiques : record encore battu ! », fdesouche.com, 20 juin 2010. Dernière consultation le 1er mars 2011. URL : http://www.fdesouche.com/121550-statistiques-record-encore-battu. 374 MESTRE (Abel), MONNOT (Caroline), « Les « cyberactivistes » d'extrême droite ont fait d'Internet leur nouveau terrain de jeu », Le Monde, 10 mars 2010. 375 « Résistance Palestine organisait une conférence salle Rameau à Lyon sur la situation à Gaza. Elle aurait dû se tenir hier à partir de 18 heures, la ville ayant accepté dans un premier temps de louer la salle. Avant de retirer son accord lorsqu’elle a appris que devaient intervenir des responsables Hezbollah et du Hamas. » in « Lyon : les militants pro palestiniens se retrouvent « sur le trottoir » », Fdesouche.com, 13 février 2011. Dernière consultation le 1er mars 2010. URL : http://www.fdesouche.com/177406-lyon-les-militants-pro-palestiniens-se-retrouvent%C2%AB-sur-le-trottoir-%C2%BB.

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les « 22e "Plaidoiries pour les droits de l’homme". » Durant ces six mois, le site s’est également fait l’écho de la polémique concernant la suppression de la conférence à l’Ecole Normale Supérieure sur le boycott des produits israéliens auquel l’ancien résistant Stéphane Hessel devait participer. Le CRIF fut accusé d’avoir joué un rôle dans cette annulation donnant l’occasion à Fdesouche de dénoncer l’influence de cette organisation en rapportant un article du journal Le Monde du 26 janvier 2011 intitulé « Le CRIF : une légitimité symbolique. » Dans les commentaires sous l’article, on vilipende également l’action de cette organisation sans se départir d’une rhétorique antisémite : « Le nouveau directeur du Monde izrael machinchose (sic) [Eric Izsraelewicz] démarre fort et pour ceux qui nient encore le lobby-qui-n’existe-pas voilà un aveu très révélateur » écrit « Tyz ». « Neustrie », lui regrette que personne ne puisse résister au « lobby » en France contrairement aux Etats-Unis : « Les USA maintiennent en détention depuis 27 ans l’espion Jonathan Pollard pour haute trahison au profit d’Israël, en dépit des glapissements sionistes et des pleurnicheries du lobby. (…) Comme quoi les Américains conservent une marge d’indépendance que les Français ont totalement perdue. » La plupart des 28 commentaires regrettent en cœur cette trop grande influence des Juifs en France. La tactique de Fdesouche est assez particulière puisqu’elle consiste à prendre des faits d’actualité diffusés dans d’autres journaux pour créer, par cette sélection forcément subjective, un récit sur une France qui serait livrée aux gangs et aux délinquants d’origine étrangère. La plupart des autres sites de la « fachosphère » fonctionne eux à visage découvert, même si les commentaires des internautes de Fdesouche ne laissent pas de doute sur l’orientation idéologique du site. Le site novopress.info se présente, pour sa part, comme une « agence de presse indépendante » mais est, en réalité, l’émanation du courant des Identitaires. Le Bloc identitaire est un mouvement politique né en 2003 qui revendique 2000 adhérents376. Ce courant dit s’opposer au « capitalisme ultralibéral, par opposition au capitalisme

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Dépêche AFP, « Le mouvement d'extrême droite Bloc identitaire se lance dans les régionales », 17 octobre 2009.

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d’entrepreneurs – noble et enraciné377 », à « la politique expansionniste des États-Unis » et à « l’Islam (…) religion conquérante qui ne vise que la soumission des non-musulmans à la charia.»

Sur le site novopress.info, Israël n’est ainsi qu’un sujet traité parmi les autres. Entre septembre 2010 et février 2011, seulement 10 articles ont par exemple traité de la question israélienne. La majorité étant défavorable à l’Etat hébreu. Le site rapporte ainsi le 6 décembre 2010 qu’« Israël bloque l’entrée du personnel médical de Médecins Sans Frontières ou le 20 décembre qu’« Human right watch » accuse Israël d’étouffer la Cisjordanie ». Le site raille également les propos de l’auteur Umberto Eco du 24 février 2011 : « les critiques d’Israël sont racistes » avait-il alors affirmé. Le site commente en assurant qu’ « En Israël comme ailleurs, il n’existe pas de meilleure méthode pour faire taire les critiques que de les affubler de la dénomination infamante de " racistes378 ". » Sur voxnr.com379 qui se qualifie comme le site « des résistants au nouvel ordre mondial », les contributeurs utilisent Israël pour montrer leur désapprobation avec les autres courants « nationaux », en particulier le courant identitaire. Dans un article non signé, la rédaction de voxnr s’oppose ainsi à « la montée en puissance au sein de l’extrême droite française d’un courant multiforme : le national-sionisme. (…). C’est-àdire ceux qui voudraient nous engager dans des alliances improbables avec des lobbies qui n’ont eu de cesse, ces quarante dernières années, de nous lier les mains et de nous tirer dans le dos. C’est-à-dire aussi ceux qui voudraient nous voir prendre des voies comme la lutte contre l’islam au lieu de celle contre l’immigration, l’alignement sur l’Occident, le libéralisme économique, etc. qui sont sans issues pour le mouvement national mais qui seraient forts utiles pour la finance apatride et les lobbies380. »

« Mieux connaître les Identitaires : Foire aux Questions », bloc-identitaire.com. Dernière consultation le 1er mars 2011. URL : http://www.bloc-identitaire.com/courant-identitaire/faq. 378 Pour Umberto Eco, les critiques d’Israël sont racistes, novopress.info, 24 février 2011. Dernière consultation le 1er mars 2011. URL : http://fr.novopress.info/79126/pour-umberto-eco-les-critiques-d%E2%80%99israel-sontracistes/. 379 La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNDH) a qualifié, dans un rapport, voxnr comme étant « l’un des sites étudiés les plus structurés, riche en textes, et offrant des ressources militantes téléchargeables (tracts, affiches). » Cf L’Internet raciste en langue française, CNDH, 2004. Dernière consultation le 1er mars 2011. URL :http://www.cncdh.fr/IMG/pdf/Internet_raciste_en_langue_francaise.pdf. 380 « Le national-sionisme ou l’extrême droite de Sion », voxnr.com, 6 novembre 2010. Dernière consultation le 1er mars 2010. URL : http://www.voxnr.com/cc/d_antisionisme/EklApFluVuqwnXQaFQ.shtml

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Dans cet éditorial, l’auteur synthétise de manière assez claire les oppositions au sein de l’extrême-droite entre le courant « mondialiste » soutenant Israël et les États-Unis et le courant national-révolutionnaire qui accueille des militants venus parfois de l’extrême-gauche. En effet, voxnr se présente comme étant un site allant « au-delà de la droite et de la gauche381 » et ne s’intéressant qu’au « Peuple382. »

Voxnr met aussi à disposition gratuitement à ses visiteurs un certain nombre de documents liés à l’extrême-droite comme des textes de François Duprat. Un autre site appelé AAARGH383 s’est également spécialisé dans la transmission de textes d’extrêmedroite. Crée384 en 1996 par l’ancien chercheur au CNRS (révoqué en 2000 pour avoir tenu des propos négationnistes) Serge Thion et l’ancien militant d’extrême-gauche Pierre Guillaume, ce site fournit gratuitement la majorité des opus classiques de l’extrêmedroite qui ne sont plus disponible en librairie, en particulier les pamphlets de Céline comme Bagatelles pour un massacre ou l’Ecole des Cadavres. Le site permet également de se fournir largement385 dans le domaine de la littérature négationniste et antisioniste. On y trouve 10 ouvrages ou brochures de Robert Faurisson ou encore un des livres devenu un classique de l’antisionisme et du négationnisme intitulé Les Mythes fondateurs de la politique israélienne écrit par l’ancien militant communiste Roger Garaudy. Le site AAARGH ne fait pas mystère de son orientation antisioniste. Il affichait en page d’accueil en mars 2011 une photo montrant la marine israélienne opérant en mer. En légende, faisant allusion à l’épisode de la flottille de mai 2010 on pouvait lire ceci : « l’armée des lâches [Tsahal] attaque et massacre les humanitaires en haute mer. Ils étouffent Gaza. Brisons le Blocus. Boycott de l’entité sioniste génocidaire. »

Ces remarques antisionistes sont légions sur Internet, en particulier sur les sites d’hébergement de vidéos comme Youtube ou Dailymotion. A titre d’exemple, la vidéo de

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Dernière consultation le 1er mars 2010. URL : http://www.voxnr.com/services/presentation.shtml Idem. 383 AAARGH signifie Association des anciens amateurs de récits de guerre et d'holocauste 384 KARMASYN (Gilles), en collaboration avec PANCZER (Gérard) et FINGERHUT (Michel), Le Négationnisme sur Internet. Genèse, stratégies, antidotes, Revue d'histoire de la Shoah, no 170, sept-déc. 2000 385 AAARGH se targue de diffuser plus de 600 livres et 200 brochures.

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débat au journal de la Cinq de 1989 entre Jean-Marie Le Pen et Lionel Stoléru fut remise en ligne le 6 février 2009 et retitré « Jean-Marie Lepen, met à l'ammende (sic) le sioniste. » Cette vidéo a été consultée 182 000 fois386 sur le site Youtube. Incontestablement les militants d’extrême-droite et du FN sont très présents sur le net. Ils ont créé leurs sites mais ils sont également essaimés sur les sites de partage de vidéo ou sur les forums de discussion. Selon une étude datant de 2004de la société Datops, spécialisée dans la veille de l’information sur Internet : « Le Front National est le parti le plus visible sur les forums français de discussion sur Internet. C’est-à-dire que parmi tous les partis, son nom est le plus cité dans les messages des internautes387. »

Or, ce n’est pas un hasard si le parti est aussi présent sur le net puisque cette stratégie a été conçue à la tête du parti : « En préambule d'un "argumentaire" du FN (fiches thématiques toutes faites à destination des militants) sur le droit de la nationalité, on peut lire le paragraphe suivant : " Nous vous invitons vivement à diffuser nos argumentaires sur les forums en ligne de nos adversaires, de la presse écrite et audiovisuelle afin d'éclairer nos concitoyens sur quelques réalités politiques388". » Le cyber-militantisme est devenu pour l’extrême-droite un nouveau moyen assez prisé pour diffuser ses idées, d’autant plus que tout le monde peut ainsi accéder facilement à ses argumentaires, alors que l’extrême-droite s’est toujours plainte d’être ostracisée par les médias. Il est très difficile de chiffrer l’audience de ces sites ou de ces blogs qui défendent les idées d’extrême-droite mais le succès d’un site comme François de Souche montre bien qu’il y a une demande d’un espace pour exprimer ces idées d’extrême-droite. Sur la question israélienne, ces sites oscillent, en général, entre scepticisme sur la politique du gouvernement israélien et un antisionisme radical. Cette orientation est aussi le résultat du changement de position de la population française sur le conflit israélo-arabe. Largement favorable à Israël en 1967, la population Française a un avis plus nuancé sur la question en 2010. Un sondage réalisé la même année montrait que 45% de la population française estimait que les Palestiniens et les Israéliens étaient

A la date du 2 mars 2011. BRABANT (Justine), « L'extrême-droite investit internet », arretsurimages.net, 6 octobre 2008. Dernière consultation le 2 mars 2011. URL : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1251. 388 Idem.
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autant fautifs dans la non résolution du conflit israélo-palestinien. Les Français étaient tout de même quatre fois plus nombreux à considérer que ce sont « plutôt les Israéliens » (24%) que « les Palestiniens » (6%) qui en sont responsables389. A noter que les partisans du FN390 sont ceux qui s’intéressent le plus au conflit (12% de ne se prononcent pas, contre 25% dans la population totale) et sont les seuls, parmi l’ensemble du spectre politique français, à blâmer plus les Palestiniens que les Israéliens dans la non-résolution du conflit.

Sondage IFOP pour Association France Palestine Solidarité, « Les Français, Israël et la Palestine », 2 avril 2010. Dernière consultation le 2 mars 2011. URL : http://www.francepalestine.org/IMG/pdf/sondage_E166E4C5d01.pdf 390 L’IFOP précise que ces « effectifs sont inférieurs à 40 individus : ces résultats sont à interpréter avec prudence en raison de la faiblesse des effectifs »

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CONCLUSION
La question israélienne est un problème qui passionna les journaux et de nombreux hommes politiques d’extrême-droite depuis 1967. Il ne s’agit pas pour autant du point de friction central entre les différents courants de l’extrême-droite. L’extrêmedroite n’est ni anti-israélienne, ni pro-israélienne. Au fil des circonstances, ces membres ou ses journaux se rattachent à l’un ou à l’autre de ces courants mais on ne peut établir de filiation certaine entre ce mouvement politique et une position claire sur la question israélienne.

Si l’ancien leader du FN Jean-Marie Le Pen a oscillé entre différentes visions du conflit israélo-palestinien en fonction des circonstances politiques ou internationales, il faut néanmoins noter qu’il existe des solides courants pro ou anti-israéliens à l’extrêmedroite. L’exemple d’un journal comme Minute qui n’a cessé de soutenir l’Etat-hébreu pendant trente ans au nom de la lutte contre le bolchevisme est, de ce point de vue-là, symptomatique. Il est le porte-parole d’un courant occidentaliste pro-israélien qui connait son apogée en 1967. La grande majorité des journaux et des hommes politiques d’extrême-droite se rallient alors à Israël pour contrer les velléités soviétiques en Méditerranée.

Le mouvement antisioniste est également enraciné solidement à l’extrême-droite. Issu d’un assemblage entre le négationnisme et la haine d’Israël, il prend de l’ampleur au cours des années 1970-1980. Mais, il connut sa véritable heure de gloire après la chute du communisme en 1990-1991. En effet, l’extrême-droite française s’est construite, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, principalement par anticommunisme. Il paraissait donc difficile pour ce mouvement de combattre un allié objectif de l’influence soviétique au Proche-Orient. Certains journaux d’extrême-droite comme Défense de l’Occident l’ont tout de même fait, ne croyant pas qu’Israël puisse être un allié fiable de l’Ouest. La chute du mur obligea le FN, qui a su rassembler la majorité des groupuscules d’extrême-droite, à recomposer son corpus idéologique se tournant alors vers une opposition à la politique américaine et israélienne. Page 98

Les attentats du 11 septembre ont contraint, une nouvelle fois, l’extrême-droite à se recomposer. L’islamophobie prend de l’ampleur dans une frange importante du mouvement et crée des alliances inattendues. Israël est de nouveau courtisé à l’extrêmedroite parce que cet Etat permettrait de combattre efficacement le terrorisme musulman. C’est la renaissance du courant occidentaliste.

Celui-ci s’oppose au courant anti-mondialiste qui prend également de l’ampleur après le 11 septembre. La politique américaine, comme israélienne est vilipendée. Le « choc des civilisations », très populaire dans le camp occidentaliste, est nié. L’opposition à la mondialisation permet de faire l’unité de ce mouvement. Jean-Marie Le Pen se ralliera à la fin de son combat politique à ce courant opposé à la mondialisation.

L’élection de Marine Le Pen à la tête du FN en décembre 2010 marque un véritable tournant dans l’histoire de ce parti. Moderniste, souhaitant « dédiaboliser » l’image du FN, la nouvelle chef du parti ambitionne d’obtenir des responsabilités politiques391.

Marine Le Pen a donné une nouvelle inflexion à son parti. Jadis, méfiant avec la « Gueuse392 », le FN s’est tourné depuis l’avènement de Marine Le Pen vers un discours axé sur la défense de la république et de la laïcité face au « danger » musulman. Ce discours identitaire a des répercussions sur les conceptions internationales de Marine Le Pen qui a cherché ces derniers mois à se rapprocher d’Israël. On voit d’ailleurs l’émergence, au niveau de l’extrême-droite européenne, d’un courant anti-islamique et pro-israélien. Si le discours de Marine Le Pen semble se rapprocher de cette mouvance politique, elle tient également des positions très fermes sur les risques de la mondialisation qui la rapproche du courant national-révolutionnaire farouchement hostile à l’Amérique et au sionisme.

Interview de CREPON (Sylvain) par DEPRIECK (Matthieu), « Marine Le Pen veut le pouvoir », L’Express, 15 janvier 2011. Dernière consultation le 6 mars 2011. URL : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/marine-le-penveut-le-pouvoir_952582.html 392 La « Gueuse » est le terme employé par l’extrême-droite monarchiste pour désigner la République française.

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Marine Le Pen n’a donc pas véritablement choisi son orientation sur cette « question israélienne ». Les élections présidentielles qui auront lieu dans 13 mois seront peut-être l’occasion de clarifier ces positions en particulier si Dominique Strauss-Kahn se présente. Certains propos du directeur général du FMI clamant son attachement au sionisme393 datant de vingt ans sont en effet recyclés depuis plusieurs années par les sites internet d’extrême-droite défavorables à l’idéologie sioniste394. Marine Le Pen pourrait être tentée d’utiliser ces déclarations pour remettre en doute le patriotisme de Dominique Strauss-Kahn comme son père avait mis en doute celui de Lionel Stoléru par le biais de la thématique israélienne. Pour autant, si Marine Le Pen tente d’aller sur le terrain de la question juive et sioniste, elle court le risque de perdre les effets de son processus de « dédiabolisation ». La « question israélienne » pourrait donc être un des débats sousjacents de l’élection présidentielle de 2012, même si une élection présidentielle se gagne rarement sur des problématiques internationales. Pour autant, ces questionnements peuvent permettre de récolter des dividendes électoraux lorsqu’ils sont utilisés dans une logique franco-française.

Contrairement à Jean-Marie Le Pen, qui s’était distingué par des positions contradictoires mais à chaque fois tranchées sur la question israélienne, Marine Le Pen semble plus prudente quant à cette thématique. Les « tensions permanentes395 » entre partisans et opposants d’Israël dans le parti frontiste obligent Marine Le Pen à ne pas arbitrer cette question. C’est pourquoi le programme officiel du FN de 2011 ne traite même pas de la problématique du conflit israélo-palestinien396 alors qu’il s’agit pourtant d’un sujet dont se préoccupent particulièrement les journaux et les hommes politiques d’extrême-droite.

«Je considère que tout Juif dans la diaspora, et donc c'est vrai en France, doit partout où il le peut apporter son aide à Israël. C'est pour ça d'ailleurs qu'il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. (…)En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, au travers de l'ensemble de mes actions, j'essaie de faire en sorte que ma modeste pierre soit apportée à la construction de la terre d'Israël.» a affirmé Dominique Strauss Kahn dans la revue de géopolitique Passages en 1991, cité in BONNEFOUS (Bastien), « Peut-on élire un Président juif en France? », slate.fr, 23 février 2011. Dernière consultation le 6 mars 2011. URL : http://www.slate.fr/story/34331/elire-president-juif-dsk. 394 eva R-sistons, « Strauss-Kahn ? Une catastrophe pour la gauche, et pour la France ! », egaliteetreconciliation.fr, 31 août 2010. Dernière consultation le 6 mars 2011. URL : http://www.egaliteetreconciliation.fr/Strauss-Kahn-Unecatastrophe-pour-la-gauche-et-pour-la-France-3999.html 395 CAMUS (Jean-Yves), conférence sur l’antisémitisme d’extrême droite, conférence citée. 396 « Programme politique étrangère », frontnational.com. Dernière consultation le 6 mars 2011. URL : http://www.frontnational.com/?page_id=1149

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ANNEXES

Verbatim de la conférence du Général de Gaulle du 27 novembre 1967
Source :http://www.akadem.org/photos/contextuels/4284_3_conference_de_presse_de_g aulle.pdf

Journaliste 8 Mon général, la guerre ayant éclaté au Moyen-Orient il y a six mois, elle s'est terminée aussitôt ainsi que l'on sait. Que pensez-vous mon général de l'évolution de la situation dans ce secteur du monde depuis juin dernier ?

Journaliste 15 Pourquoi considérez-vous que l'Etat d'Israël est l'agresseur dans la Guerre des Six Jours alors que c'est le président Nasser qui a fermé le détroit de Tiran ?

Charles de Gaulle : «L’établissement, entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine et puis, après la Deuxième Guerre mondiale, l’établissement d’un État d’Israël, soulevait, à l’époque, un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Certains redoutaient même que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles.

Cependant, en dépit du flot tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils suscitaient dans certains pays et à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et

même de sympathie s’était accumulé en leur faveur, surtout, il faut bien le dire dans la chrétienté ; un capital qui était issu de l’immense souvenir du Testament, nourri par toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique malheur et que poétisait, chez nous, la légende du Juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subies pendant la Deuxième Guerre mondiale et grossi, depuis qu’ils avaient retrouvé une patrie, par leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi, indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande, que les Israéliens recevaient des milieux Juifs d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur État sur le territoire que leur avaient reconnu les Puissances, tout en désirant qu’ils parviennent, en usant d’un peu de modestie, à trouver avec leurs voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956 ; à la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître, en effet, un État d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir. Ensuite, l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments, donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté, pour l’agrandir, à utiliser toute occasion qui se présenterait.

C’est pourquoi, d’ailleurs, la Ve République s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noués avec cet État, et s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et, même, nous lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter, mais, en même temps, nous lui prodiguions des avis de modération, notamment à propos des litiges qui concernaient les eaux du Jourdain ou bien des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux camps. Enfin, nous nous refusions à donner officiellement notre aval à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient la même politique d’amitié, de coopération, qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être, aujourd’hui, une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous

ne laissions pas ignorer aux Arabes que, pour nous, l’État d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fût détruit.

De sorte que tout compris, on pouvait imaginer qu'un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement à ce qu'une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu'aucun drame nouveau ne vint à la déchirer.

Hélas ! Le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d'une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l'affaire d'Aqaba, fâcheusement créée par l'Egypte, allait offrir un prétexte à ceux qui rêvaient d'en découdre.

Pour éviter les hostilités, la France avait, dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances d'interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d'entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré qu'éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier l'action des armes. Et c'est ce qu'il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C'est ce que j'avais moimême, le 24 mai, déclaré à Monsieur Ebban, ministre des Affaires étrangères d'Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l'infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que, le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires.

Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d'autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d'augmenter dans le monde une tension déplorable et d'avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c'est à vous, devenus des conquérants, qu'on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n'a pas été entendue, Israël ayant attaqué s'est emparé en six jours de combat des objectifs qu'il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu'il a pris, l'occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s'il

manifeste contre lui la résistance qu'à son tour il qualifie de terrorisme, il est vrai que les deux belligérants observent pour le moment d'une manière plus ou moins précaire et irrégulière le cessez-le-feu prescrit par les Nations Unies mais, il est bien évident que le conflit n'est que suspendu et qu'il ne peut pas avoir de solution, sauf par la voie internationale. Mais un règlement dans cette voie, à moins que les Nations Unis ne déchirent, elles-mêmes, leur propre charte, un règlement doit avoir pour base l'évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute belligérance, et la reconnaissance de chacun des Etats en cause par tous les autres. Après quoi, par des décisions des Nations Unies avec la présence et la garantie de leurs forces, il serait probablement possible d'arrêter le tracé précis des frontières, les conditions de la vie et de la sécurité des deux côtés, le sort des réfugiés et des minorités et les modalités de la libre navigation pour tous dans le golfe d'Aqaba et dans le canal de Suez.

Pour qu'un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s'ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu'un tel règlement puisse être mis en oeuvre, il faut naturellement, il faudrait qu'il eut l'accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d'avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l'un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu'il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d'aujourd'hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu'il est. Et si l'Asie du Sud-Est voyait renaître la paix, l'Orient l'aurait bientôt retrouvé, à la faveur de la détente générale qui suivrait un pareil événement.»

Annexe 2 : Numéro spécial de Minute d’Août 2001 sur le « Lobby Juif »

Annexe 3 Sondage sur le racisme et l’antisémitisme en France (mai 2005)

Sondages conflit israélo-arabe juin 1967 (IFOP)
- Question : Dans le conflit entre Israël et les pays arabes, vers qui vont vos sympathies ? IFOP 8-13 JUIN 1967 100% A Israël 58 Aux pays arabes 2 Ni à l’un ni aux autres 27 Sans opinion 13 21-30 juin 1967 100% 56 2 28 14

Les Français face au conflit du Proche-Orient[sondage Ifop pour l’Afps, avril 2010]
Selon vous, qui porte la plus grande responsabilité dans la non-résolution du conflit israélopalestinien ?

Plutôt les Israéliens : 24% Plutôt les Palestiniens : 6% Autant les Israéliens que les Palestiniens : 45 % Ne se prononcent pas : 25% Enquête réalisée du 30 mars au 1er avril sur un échantillon de 1005 personnes, sélectionnées selon la méthode des quotas et interrogées en ligne.

TABLE DES MATIERES

Sigles Sommaire Introduction

5 7 8

1) Tentative de définition de l’extrême-droite ……………………………….....8 2) Bref historique de l’antisémitisme…………………………………………...11 3) L’antisionisme, une nouvelle forme d’antisémitisme ?...................................14 4) L’extrême-droite en recherche d’une position face à la question israélienne……………………………………………………………………...17

Première partie : Un soutien majoritaire de l’extrême droite à Israël (1967-1982)
Section I- Une conversion de l’extrême-droite au « sionisme » en 1967 ?.................................................................................................................21
A) Les positions de l’extrême droite concernant le « problème juif » avant la création d’Israël……………………………….………………………...……...21 1) Les racines de l’antisémitisme d’extrême-droite………………………….... 21 2) Le sionisme et l’extrême-droite avant la création d’Israël …………………23 20

B) Le renouveau de l’extrême-droite dans les années 1960 et ses positions concernant la question israélienne……………………………………………...26

1) La réapparition du mouvement de l’extrême-droite dans les années 1960...26 2) Les positions de l’extrême-droite concernant Israël en 1967………………28 a) Une extrême-droite largement favorable à Israël…………………………...28 b) De rares voix contre la politique menée par Israël en 1967………………...38

Section II- Le lent reflux de la sympathie pro-israélienne à l’extrême droite de la fin des années 1960 jusqu’en 1982…………………...42
A) Le développement du phénomène de l’antisionisme à l’extrême-droite ….42 B) Le positionnement de la presse d’extrême-droite durant la guerre de Kippour………………………………………………………………………...46

Deuxième partie Les contradictions de l’extrême-droite sur la question israélienne : (1982-2011)
53

Section I- Extrême droite : entre soutien à la cause palestinienne et volonté de rapprochement avec Israël (1982-2001)............................54

A) Une majorité de journaux d’extrême-droite se détourne d’Israël au moment de la guerre du Liban (1982) ……………………………………………………...54 1) Diabolisation d’Israël, glorification des chrétiens du Liban………………..54 2) Une différente vision de l’anticommunisme parmi les journaux d’extrêmedroite……………………………………………………………………………59

B) L’utilisation de la question israélienne par Jean-Marie Le Pen dans les années 1980…………………………………………………………………………….62
1) L’échec du rapprochement entre le FN et l’Etat d’Israël…………………. .62

2) La question de la double allégeance …………………………………..…....66

C) Les divisions autour de la guerre du golfe : la question israélienne en arrièreplan……………………………………………………………………………...69 1) Le renouveau idéologique du FN grâce à l’influence de la « Nouvelle Droite »………………………………………………………………………….69 2) La nouvelle stratégie de Jean-Marie Le Pen convainc-t-elle les militants et les journaux d’extrême-droite ?.................................................................................71

Section II- Les tergiversations de l’extrême-droite depuis le 11 septembre..........................................................................................................75
A) La tentation de l’alliance avec Israël contre l’islam ou l’islamisme…………75 1) Divergences entre le FN et le MNR après le 11 septembre…………………..75 2) Peut-on parler de rapprochement entre la communauté juive et l’extrêmedroite ?...................................................................................................................79

B) Le rapprochement entre les mouvements antisionistes et le FN …………….85 1) Dieudonné, acteur d’une alliance entre des éléments venus de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite contre le sionisme………………………………………..85 2) La stratégie antisioniste du FN…………………………… …………............89

C) La « fachosphère » est-elle antisioniste ?.........................................................92

CONCLUSION Bibliographie Annexes

98 101 117