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Le Pélican - 1663 Lundi 14 Février 2011

SAINT-MARTIN A LA UNE

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Vendredi midi à la sortie du Collège

Concordia. Au collège du Mont des Accords, depuis l’attaque par un «commando» de jeunes gens d’un bus transportant des élèves et malgré les mesures volontaristes prises par la direction de l’établissement, la tension est toujours vive. Le Pélican était à la sortie des classes vendredi à midi.

V endredi matin,

11h50, devant

le collège du

Mont des Accords.

Le calme règne. Une adulte relais discute sur le trottoir avec des élèves désœuvrés. Ce n’est pas tout à fait un ha-

sard si elle est sortie quelques minutes avant que la cloche libératrice ne retentisse. Elle tente ainsi de désamorcer une situation tendue afin de prévenir un éventuel débor- dement. En effet, ce matin, une bagarre a eu lieu dans l’enceinte au moment de la récréation. Un attroupement s’est produit avec, comme point de fixation, une scène d’une violence stupéfiante, 5

à 6 élèves en frappaient un

autre mis à terre. A priori, une rivalité entre bandes de

quartiers, mais difficile d’en savoir plus tant les rapports d’affrontement, d’alliance et «autres cousinages » sont ici complexes. Les adultes ont réussi à s’interposer, mais, dans un cas comme celui- ci, on craint toujours que le combat ne reprenne à l’exté- rieur une fois les cours ter- minés. Les gendarmes ont été prévenus et on les voit effectuer un aller-retour le long de la rue à bord de leur camionnette. C’est Jean-Pa- trick Moras, principal de l’établissement, qui le leur

a demandé, au cas où. Il est

bientôt midi et lui aussi est sorti pour s’aviser de la si- tuation. Il n’hésite pas à in- terpeller un élève, juché sur un scooter, qu’il sait ne pas être allé en classe ce matin. En rechignant, l’adolescent s’éloigne de quelques mètres. Les portes sont à présents ouvertes et le flux d’élèves qui sort, surveillé par des adultes relais, se mêle à celui des classes qui arrivent de leur

relais, se mêle à celui des classes qui arrivent de leur La sortie du collège, un
relais, se mêle à celui des classes qui arrivent de leur La sortie du collège, un

La sortie du collège, un moment de tension et d’agitation à proximité de la route toujours très fréquentée.

cours d’éducation physique. Le trottoir fourmille à pré- sent de polos bleus, la «tenue correcte exigée» des élèves. Un «uniforme» dont on per- çoit ici l’utilité : il permet d’occulter les signes trop os- tentatoires de reconnaissance entre bandes et, par consé- quent, d’apaiser les tensions.

son absence. Soudain, sans raison apparente, une masse compacte d’élèves se forme et se déplace avec nervosité de quelques dizaines de mètres

le long du trottoir. Un fight – c’est le mot que les ado- lescents emploient – semble s’engager. Finalement, là non plus sans que l’on sache

Une atmosphère électrique

Comme devant toutes les écoles au monde, il règne une certaine agitation. Mais

ici, le très grand nombres d’élèves (4500 fréquentent

la zone), l’encombrement de la rue par les schoolbus stationnés en attente sur l’étroite chaussée, la densité de la circulation à cette heure de sortie des bureaux et les quelques jeunes pilotes en herbe qui multiplient les al- lers-retours provocants aux guidons de leurs deux-roues contribuent à électriser l’at- mosphère. Aujourd’hui, au milieu de cette cohue, la po-

lice territoriale brille

par

très bien pourquoi, la ten- sion finit par retomber et le groupe se désagrège. Petit à petit, les élèves se disper- sent et les bus partent après avoir embarqué leurs jeunes passagers. Une enseignante nous raconte qu’il arrive que des incidents éclatent quand ils ont déjà roulé quelques centaines de mètres et qu’ils s’arrêtent au stop du stade Vanterpool ou à cause d’un embouteillage. C’est le mo- ment que choisissent certains élèves pour descendre du bus et répondre aux provocations d’autres jeunes qui les hèlent depuis le trottoir. Il est près de 12h30, le calme est enfin revenu rue de Spring. C’était une sortie des classes (ordi- naire?) au collège du Mont des Accords

PH.B

La point sur la situation dans l’établissement

Il y a quelques jours, exaspéré par la multiplication des incivilités dans son établissement, le principal du collège Jean-Patrick Moras a tapé du poing sur la table et convoqué la totalité des élèves et leurs parents pour un rappel à la loi du règlement inté- rieur (Pélican du 7 février). Vendredi, il nous a dres- sé un «bilan» mitigé de ces deux journées de ren- contres. D’une part, il se félicite de l’impact auprès des parents puisque «90 à 100%» d’entre eux se sont présentés. Bien que conscients du problème, certains lui ont cependant confié ne plus être en mesure d’influer sur le comportement de leurs en- fants qui leur échappe. A ce propos, le responsable de l’établissement rappelle que, comme le lui im- pose le très récent décret gouvernemental, il doit signaler au rectorat les élèves dont les absences répétées ne sont pas justifiées, avec à la clé le risque de suspension des allocations familiales aux parents. Il a fait son premier signalement dans ce sens cette semaine, mais il est sceptique sur l’ef- ficacité d’une telle mesure, qui, selon lui, ne fera qu’entériner un constat d’échec. Sur le comporte- ment des élèves, M. Moras est en revanche plus amer, la violence n’ayant pas cessé cette semaine. Au contraire, à l’issue de la première journée de réunion, une élève en a sévèrement meurtri une

autre au visage. Déjà impliquée dans la diffusion de

messages incitant à la violence sur les sites de «ré- seaux sociaux» (sic) – messages qui ont participé à l’envenimement de la situation – une plainte avait été déposée contre elle, ainsi que l’une de ses condisciples, une première dans la carrière de M. Moras. Mais au fond, comment s’étonner de ces accès de violence dans un établissement de 800

1200 élèves ! Du côté des

enseignants, ceux rencontrés vendredi matin nous ont confié être en train de rassembler les lettres de doléances des professeurs de l’établissement qui seront remises à la Collectivité et en préfecture. Quant aux mesures annoncées en urgence par le vice-président Louis Jeffry mardi dernier (interdic- tion des regroupements d’élèves devant l’établis- sement, sens unique de circulation rue de Spring, adhésion obligatoire des parents à une association de parents d’élèves, etc.), elles n’ont convaincu personne ici. Et si les professeurs n’ont pas voulu, pour le moment, nous dévoiler la teneur exacte de leurs revendications, la rencontre prévue mercredi avec les responsables et les élus de la Collectivité s’annonce d’ores et déjà houleuse. Cette fois, les promesses risquent en effet de ne plus suffire

places qui accueille