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Boigne, Éléonore-Adèle d'Osmond (1781-1866 ; comtesse de). Récits d'une tante : mémoires de la comtesse
Boigne, Éléonore-Adèle d'Osmond (1781-1866 ; comtesse de). Récits d'une tante : mémoires de la comtesse

Boigne, Éléonore-Adèle d'Osmond (1781-1866 ; comtesse de). Récits d'une tante : mémoires de la comtesse de Boigne, née d'Osmond. 1921.

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MÉMOIRES

DF

LA

COMTESSEDE BOIGNE

v

CHARLES-ËUSTACHE-GABRIËL,

COMTE D'OSMON!)

MENIN DE MONSIEUR LE DAUPHIN FRÈRE DE LA COMTESSEDE BOIGNE

d'aprèsunportraitde T.Isabey

°

(CoUectiondcMademo!Se)ieOsmonded'Osmond))

RÉCITS

D'UNE TANTE

M Ë MOIRE S

DE

LA

COMTESSEDEBOIGNE NEED'OSMOND

PUBLIÉS

INTÉGRALEMENT

D'APRÈS

LE MANUSCRIT

ORIGINAL

v

MORT

DE MONSEIGNEUR

ADÉLAÏDE

(l8~).

FRAGMENTS

LE DUC D'ORLÉANS

(l832).

== CHUTE

DE LA MONARCHIE

CORRESPONDANCE

INÉDITE

MORT

D'ORLEANS

DE MADAME

(t848).

INDEX GÉNÉRAL ALPHABÉTIQUE

ÉMILE-PAUL

PARIS

FRÈRES,

ÉDITEURS

IOO.BUi!DUFAUB6nRa-SAt«T-BO!<OB<

t9a3

MORT DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS

l8/i2

D'anciennes

prophéties,

retrouvées

ou Inventées, par la crédu-

de monde

de parti et répétées

par l'esprit

lité, avaient

l'année

rable au parti légitimiste,

que les plus zélés s'en trouvaient

exploitées

réussi a cH'rayer beaucoup

sur

favo-

18~0. Le résultat devait être, assurait-on,

mais à travers

alarmés.

de tels dangers

Ils consentaient

à leurs concitoyens, tenaient volontiers

s'écartèrent

sais pourquoi

avaient fixé pour le lieu du cataclysme.

bien a les voir subir à leur patrie et

mais, pour

leur compte,

ils s'en

éloignés,

et nombre

d'entre

et surtout

étudié

de Paris que,

ces prophéties,

je

eux

ne

ils

de la France

car j'ai peu

Cependant, cette formidable année t8/io s'écoula fort

pacifiquement

et se montra très prospère.

Il n'en fut pas de même de l'année 18~2

elle a droit

Les accidents fatals, les inon-

à une sinistre illustration.

dations, les Incendies de villes entières, les tremblements de terre l'ont cruellement signalée.

A travers plus de traces

Imprévoyables

toutes ces calamités,

et dont

celle qui laissera

le

les conséquences

demeurent

est sans contredit

la mort de monsieur

le

2

duc d'Orléans.

de dire qu'il l'a profondément

que Aucune perte ne pouvait être plus considérable

la patrie que

tout a la fols si jeune et si plein d'expérience,

~~)fO/S

/)A' ~/<jU~

~7; RO/G~'B

Rendons

au bon sens du pays )a justice

sentie. La douleur publi-

pour

de la Couronne,

de ce fils

est durable

autant qu'elle a été vive.

celle de ccI'rIHanthétitIer

qui se montrait

chef de famille vis-a-vis

les écha-

si respectueux

de.ses frères et père

éclairé pour ses enfants.

La c)e)' de voûte a été violemment arrachée;

a la soutenir

faudages

C'est ce que t'avenir montrera;

nements rendus

dont on s'efforce

suuiront-IIs?

mais il est gros d'évé-

par la mort

de

bien plus alarmants

monsieur le duc d'Orléans.

En retraçant

mes souvenirs

sur ce cruel incident,

je

suivrai ma méthode accoutumée de raconter

<'M~ ce que y'c e/-o~

cadrer les faits les uns avec les autres, ni de les assimiler'

a ceux admis par l'opinion publique. La vérité est pleine de disparates il faudrait inventer.

ce que y'~t

en peine de faire

les éviter,

sans me mettre

et, pour

On peut toutefois,

l'époque

sans employer cette ressource,

très diversement de monsieur le duc d'Orléans,

parler

selon

les mois

ou l'on se place.

Les années,

presque, lui avaient singulièrement profité. Les, esprits

sont seuls susceptibles

de s'améliorer

,fort distingués

ainsi par

parce prince,

vais

parler,

l'expérience. Elle était fort utilement exploitée

et, lors de la funeste catastrophe il était véritablement accompli.

i8/)2, je me trouvais

dont je

a la cam-

Le mercredi i3 juillet

chez moi, entourée de quelques amis, lorsqu'on

.pagne, vint avertir que le. secrétaire du chancelier

Pasquier) demandait à me parler. Je prévis un malheur; de tristes précédents m'épouvantèrent.

(le baron,

me

Le bras

d'un assassin,

levé sur le Roi, se présenta

~07!r

DU DUC D'ORLE'ANS

3

d'abord

à mon esprit.

De sorte

que, lorsque le duc d'Orléans

mon-

sieur Lalande

avait fait une chute de voiture et s'était blessé, j'éprouvai

me dit que monsieur

une sorte de soulagement.

Il ne fut pas de longue durée.

Le billet que m'écrivait monsieur Pasquier ne laissait

avoir passé cinq heures près

pour réunir les per-

aucune espérance. Après

du prince, il l'avait quitté agonisant

sonnes et les registres nécessaires aux tristes formalités

allait être appelé remplir.

qu'H

nous fut confirmée.

Dans la soirée,Ja

mort

Je ne puis qualifier que de stupeur

dans mon petit

cercle.

On ne pensait

l'impression pro-

dans

duite

toute la France.

L'énormité de la perte se présentait confusément; t'éton-

nement ne permettait pas de l'apprécier toute entière.

Elle a été générale

pas; on était

accablé.

Je me rendis

a Paris.

Voici les détaHs recueillis,

soit

du chancelier, soit de h) Reine, de madame Adélaïde, ou d'autres témoins oculaires.

Monsieur le duc d'Oriéans devait partir,

le mercredi

i3 juillet,

pour une absence de' quelques semaines.

H

avait diné la veille à Neuilly et y était resté jusqu'à

heures à se promener

onze

avec la Reine dans lcs jardins. En

de lui, elle lui demanda

pas, répondit-H; jusqu'à l'heure

se séparant

ner à Neuilly le lendemain.

« Je ne pourrai qui me retiendront

du moins, jusqu'à celle de t'arrivée

s'il viendrait déjeu-

j'ai des audiences

de mon départ du Roi à Paris.

ou,

Je t'en prie, Chartres, presse un peu tes audiences

et tache de venir, ne fût-ce qu'un moment. En tout cas,

pas te dire adieu ce soir. Si tu ne viens pas,

demain le Roi a Paris; mais tu ne verras

ni Victoire,

et elles seront

fâchées que

je neveux

j'accompagnerai ni Clémentine,

tu partes

déjà retirées).

sans les embrasser.

» (Les princesses étaient

4

.VB~O/~BS OR ~.4D~t~/? DE BO/GjY/3

« Hé bien, chère majesté, de la Reine ont pris l'habitude

mer,

absolument, je viendrai demain matin. » Ces cruelles paroles résonnent éternellement

cœur de la pauvre mère, et c'est avec des gémissements qu'elle me les a répétées. Fidèle à ses engagements, monsieur le duc d'Orléans,

en hâtant

midi, se procura

demanda un équipage rapide. Malheureusement, mon-

c'est ainsi que les enfants

tout italienne

de la nom-

hé bien, chère majesté, ~M~MC <WM'le ~o~es

dans le

les affaires qui le devaient

occuper jusqu'à

une heure pour se rendre

à Neuilly, et

sieur de Cambis,

lorsque l'ordre y parvint.

son écuyer,

se trouvait

aux écuries

Une partie Saint-Omer,

des chevaux étaient

d'autres à Plombtères

envoyés au camp de

pour le service

de

madame la duchesse

monsieur

à Villiers. Monsieur de Cambis commanda d'atteler a une voiture

très légère deux jeunes bctes fort ardentes. Le postillon, un des meilleurs de l'écurie, représenta qu'elles n'étaient pas encore capables de faire le service de Monseigneur.

d'Orléans

et a Eu pour celui de

enfin étaient restés

le comte de Paris, d'autres

« C'est-à-dire

que tu n'es pas capable

de les con-

duire, reprit monsieur

lui ne fera pas de dtflicultés.

de Cambis. Qu'on appelle John;

»

Comme de raison,

les chevaux

furent

harnachés,

montés et conduits dans la cour des Tuileries.

Ajoutons, de désespoir amèrement

et que monsieur

en passant, que le postillon

est devenu fou

s'est plaint

de Cambis

que la Reine et madame

la duchesse d'Or-

léans eussent de la répugnance rieur.

a le voir dans leur inté-

En apercevant cette petite calèche, avancée au perron,

le prince

fut très contrarié.

H ne traversait

jamais

.'U0/7'

DU /t/C

D'0/A'S

5

Paris en voiture ouverte lorsqu'il

ordonna de la changer; se ravisa; cela perdrait en donner.

était en uniforme.'Il

sa montre,

puis, consultant

il

plus de temps qu'il ne pouvait

L'aide de camp de jour se trouvait

occupé;

devaient

suivre monsieur

le duc d'Orléans

ceux qui

son

dans

voyage n'étaient

seul dans cette voiture que le sort lui imposait. C'était une sorte de phaéton fort bas, a quatre

sans portières, un siège derrière,

rendus au palais. Il monta

à pincette,

roues,

avec

qu'un

pas encore

monté sur des ressorts

assez exigu pour n'admettre

enfant. Elle était uniquement

dans les allées des parcs.

destinée à la promenade

La fatalité voulut que, sortant de chexie

sellier pour

elle fût ce jour-la

a Paris,

quelques réparations,

monsieur le duc d'Orléans

léoer, que monsieur

le choisir

pour accompagner le malheureux prince.

que

eut demandé un équipage

pour

Tuileries

de Cambis se trouvât présent

et personne

aux

et le faire atteler

Dès la barrière cèrent a s'animer.

léans, qui avait dit d'aller

a la hauteur

Villiers, au lieu de celle en diagonale tement a Ncuilly.

de l'Étoile,

les chevaux commen-

le duc d'Or-

Arrivés la route de

On ignore si monsieur

vite, le remarquait.

de h) porte Maillot, ils prirent

qui conduit direc-

Il paraitrait

que le prince voulut alors donner

quel-

ques instructions au postillon, ou s'assurer par lui-même

de l'état de l'attelage;

frenier,

toujours est-il que le.petit pale-

le vit debout

dans

placé sur le siège derrière,

'cette voiture emportée.

Effravé lui-même,

l'enfant chercha a descendre

et,

lorsqu'il fut a terre, il aperçut monsieur le duc d'Orléans gisant sur le pavé. Un garde municipal, placé a la croisée des routes, avait vu passer la calèche et tomber le prince.

6

.V/~VO/~ËSDE j~t/J~t~B DE BOIGNE

Voila tout ce qu'on a su de certain sur la catastrophe.

Dans le premier

adresse

se fiant sur son

avait

moment,

on a cru que,

et son agUité,

monsieur le duc d'Orléans

voulu s'élancer

pour arrêter

les chevaux et s'était trouve

embarrassé

rons.

dans un manteau

et accroché

par ses épe-

Il a été constaté

qu'il n'avait ni manteau

ni éperons,

et, d'ailleurs,

il serait

tombé

en avant,

tandis

que la

fracture

parait plus probable

a prouvé que la chute s'était faite en arrière.

que, pendant

11

qu'il se tenait debout

sur cette voiture a ressorts bondissants,

servant comme

de tremplin, cahot l'aura

rait sauvé, et si, contre

seul, ce fatal accident se trouvait évité.

elle rencontra

quelque

lancé au loin. La moindre

son ordinaire,

obstacle

dont le

assistance

l'au-

il n'avait pas été

Le postillon, réussi à se rendre voyant la voiture

ignorant

de ce qui se passait,

avait

maitre des chevaux; il se retourna

vide, il revint sur ses pas. Il arrivait

et,

au moment

dans la cahute

cier.

où l'on déposait

d'un marchand

son malheureux

de légumes, o

maître

semi-épi-r

Elle se composait d'une échoppe

sur la route, d'une

petite chambre carrelée,

son jour bouge,

cette même cour.

dans une cour

de fenêtre,

privé

sans aucun meuble, prenant

à fumier, ouvrant

et d'un troisième sur

une porte

par

C'est

dans la pièce

du milieu

étendit mon-

matelas, et c'est entouré de toutes

qu'on

sieur le duc d'Orléans

sur un méchant

il expirait,

la que, six heures après,

les grandeurs de l'Etat, dans cette misérable habitation.

La nouvelle

de la chute parvint

au palais de Neuilly

au moment où la Reine et madame Adélaïde, renonçant

à y voir arriver monsieur le duc d'Orléans, se disposaient

à accompagner

le Roi qui allait tenir aux Tuileries

un

jVOHF DU DUC D'OT~E~VS

conseil de ministres

son départ pour Saint-Omer.

où le prince

devait assister

-?

avant

Les équipages, toutefois, n'étant pas encore avancés,

1a Reine partit a pied, Immédiatement de madame Adélaïde.

suivie du lioi et

Quelque précipitée

que fut leur course,

les voitures

les atteignirent

avant la grille du parc. Tandis qu'ils y

montaient, un second gendarme apportait

qu'un médecin arrivait

près du prince.

le rapport Ce messager

parlalt d'une fracture à l'épaule

Le carrosse

royal ne tarda

l'échoppe.

Le Roi s'y précipita

pas a s'arrêter

le premier;

devant il revint

« .Ce n'est rien de grave, cria-t-il

il est déjà saigné,

aussitôt sur ses pas

à la Reine,

le sang est superbe.

deux

blessé. Madame Adélaïde dit a voix basse au Roi

il n'y a point de fracture;

» Pendant

ce peu de mots,

les

princesses entraient et examinaient

à leur tour le

« Mais Chartres est sans connaissance.

Sans

doute, répondit

le Roi tout haut. C'est tou-

jours l'eG'et d'une forte secousse. Lorsque je suis tombé

de cheval a Villers-Cotterets,

tu dois te le rappeler,

qu'au

je n'ai repris connaissance,

bout de sept

heures,

et

cela n'a rien été; j'étais bien le lendemain. J'ai vu Beau-

de même, après cette grande

chute en Ecosse.

))

jolais

Le Roi puisait quelque sécurité dansées

souvenirs de à sa sœur.

du

famille, et inspirait Quant à la Reine,

du matelas;

une sorte d'espérance

elle était tombée

à genoux au pied

pas la figure

ses yeux ne quittaient

prince. Elle n'Interrogeait

n'avoir pas eu un instant d'Illusion.

qu'elle

seule,

et m'a dit

Cependant,

la fracture

du crâne,'se

trouvant placée

derrière

la tête, les médecins,

qui arrivaient de moment

en moment, ne l'avalent

afnrmalcnt

pas d'abord constatée,

et ils

la moelle épinlère intacte,

car il n'y avait

8

.V~fO/VfBS

DB ~D~)~'

DE HOVCA'y?

pas paralysie des extrémités inférieures.

s'agitaient de mouvements convulsifs, et la respiration était haletante.

Les membres

A l'aide de gobelets, empruntés

au cabaret

voisin, et des ven-

d'un mauvais rasoir,

touses scarifiées.

heures d'angoisses,

Larespiration

on parvint a Improviser

De tous les remèdes

tentés durant

ces ce fut le seul qui sembla faire effet.

s'assouplit.

Monsieur le duc d'Orléans

se dressa sur son séant, en

ordonnant d'une voix assez forte, en allemand, d'ouvrir

Iq porte; puis il retomba, demandant, aussi en allemand, qu'on lui donnât de l'air

La langue, naturellement

chambre

dont il se servit

par l'habitude

alors,

très

s'explique à un valet

de

saxon qui ne l'avait pas quitté depuis l'a~c de

de la parler

sept ans.

La chaleur était excessive les médecins demandèrent

qu'on s'écartât

dans la porte.

glissée dans son cœur et lui était la force du désespoir;

car, pour la seule fois, dans cet all'rcux désastre,

sentit défalHir et tomba anéantie contre cette porte.

du lit du prince. un

La Reine se recula s'était

elle se

peu d'espérance

Le chancelier

la soutint dans ses bras plus d'un quart

les médecins avaient

dfheure.

repris leur physionomie sinistre.

Au bout de ce temps,

Le Roi seul hasardait

de temps à autre des remarques

favorables qui se perdaient

dans le silence général.

La

Reine était retombée

a genoux, et la désolation

régnait

grabat ou planait la mort.

en plein autour de ce sinistre

Elle s'approchait évidemment; le Roi lui-même l'avait

enfin compris. Madame la princesse

chesse de Nemours, tardivement averties de l'accident, étalent venues ajouter leurs larmes a celles qui coulaient

Clémentine

et madame

la du-

~0/!r

DU DUC D'0/tA'S

9

déjà, et, moins maîtresses d'elles-mêmes, avaient peine à retenir leurs sanglots.

Le prince de Joinville,

le duc d'Aumale,

le duc de

Montpensler se joignirent successivement à leur famille

éplorée. La Reine invoquait

a haute voix la miséricorde

de

Dieu sur son bicn-almé, sur son premier-né.

un instant

avouer la puissance de son Créateur, adorer sa grandeur

et toucher sa clémence.

réclamait,

Elle

lui

pour

du moins,

de connaissance

Monsieur

le, duc d'Orléans ne possédait

pas les sen-

timents religieux que sa tendresse

désirés. C'était le seul chagrin mais, dans ce moment suprême,

amer que son âme si pieuse pût ressentir.

maternelle lui aurait

qu'il lui eut jamais causé; ce chagrin était le plus

Le.curédoNeuI~y,

appelé en hâte,

avait administré

le prince

de connaissance.

mais la Reine avait vainement, épié une lueur

Depuis plus d'une heure,

un silence funèbre régnait

dans le réduit où il ne restait que la famille, le curé et

deux médecins

formidable,

se pressaient

qui ne tentaient

cri

plus rien

lorsqu'un

poussé par la Reine, avertit les groupes qui

autour de la

maison que l'événement trop

prévu venait de s'accomplir.

Elle

avait vu pencher

cette jeune

tête

elle s'était

rapprochée le dernier souffle avait eiffeuré son visage,

et ses entrailles

gémissement dont toutes les personnes présentes con- serveront uîi Incuacable souvenir.

maternelles

y avaient répondu

par ce

Il attira dans la chambre

mortuaire

les personnages

marquants

qui se tenaient

dans la petite boutique

don-

nant sur la route au

les paupières de son fils et l'embrassait. La Reine colta ses lèvres sur ce front décoloré,

moment ou le Roi lui-même fermait

puis.

10

.VA~O/~B.S

DE .V~VJ~~E

DE BOIGNE

relevant

Dieu, dit-elle d'une voix forte, mon Dieu, pardonnez-tui scsfautes.H »

Les jeunes princesses Madame Adélaïde les retint:

les yeux au ciel et levant tes mains

se précipitaient

« Mon

le lit.

vers

« Mes enfants, leur dit-elle

en montrant

douleur;

le Roi et la Reine,

il faut de l'équité

dans

dans

la

la bouche, d'une personne qui perdait en monsieur le duc

d'Orléans

plus chères espérances et qui ne se consolera jamais d'un si cruel événement.

atl'ections, de ses

laissez passer la leur. » Belles paroles

l'objet de ses plus tendres

Roi chercha éloigner

duire dans

chaise, elle dit résolument

Chartres;

Le

la pièce voisine,

je veux l'emmener

]a Reine. Elle se laissa con- sur une

puis, s'asseyant

« Je ne partirai avec moi. »

pas sans

Les princesses malheureux

et déposé

encore si rayonnant de splendeur et d'espérances. Je ne saurais dire comment des secours aussi pénibJcs

et leurs

frères

avaient

les

rejoint leur exemple

naguère

avoir imité

parents, après

leur dernière

caresse

sur ce front

se trouvèrent

si promptement

a prévoir

mais, peu d'instants après,te corps, placé sur unccivière,

improvisés

recouvert

ic chemin de Neuilly.

d'un drap noir, et entouré de prêtres,

prenait

La Reine suivait Immédiatement,

appuyée sur le Roi.

Madame Adélaïde, les jeunes princesses, les princes, les

dames, tes ministres, tes notabilités

dans ces heures d'anxiété, avaient pénétré dans le carré formé par la troupe devant la misérable cabane où s'accom-

plissait le funeste événement, se pressaient à leur suite.

de tout genre qui,

La foule encombrait la route

elle accompagna reli-

gieusement jusqu'à l'entrée du parc. La Reine avait elle-même donné l'ordre

de préparer

un lit dans la chapelle pour ~ce/'

67«7~e.

~0/!7'

DU DUC 7J'0/!7,t;YS

) )1

Comment le Roi et elle ont eu la force de supporter

cette lugubre procession,

c'est ce que je ne me charge

pas d'expliquer. Elle s'accomplit sans que personne y eut succombé. Une fols le corps déposé dans la chapelle, la Reine se

laissa conduire

chez elle et, la, ses larmes,

ses sanglots,

ses cris redoubleront

genoux etrestalt prosternée sur le parquet, la face contre terre.

d'Intensité.

Elle s'était

jetée

à

Cependant, la pensée de madame la duchesse d'Orléans lui rendit la volonté. La famille réunie s'occupait de cette

infortunée.

santé, elle ne succombât répétait à chaque instant:

en mourra. ))

On craignait

que, dans son faible état de à un si rude coup. La Reine

« Hélène en mourra.

Hélène

On décida que la princesse Clémentine et la duchesse

lui amortir

iraient

de Nemours

l'affreuse nouvelle à laquelle du docteur

Latour, accompagné parer. La présence des princesses firmer.

Leur départ accompli, ce qui lui restait à perdre, tion des traits du Roi

abattu, accablé, écrasé.

a sa rencontre

pour monsieur de Chabaud-

Chomel,

devait la pré-

suffirait à la lui con-.

un regard sur

la Reine, jetant

fut effrayée de la décomposi-

elle s'aperçut a quel point il était

Faisant

alors appel à cette force d'amë qui neTaban-

donne jamais, quand l'affection ou le devoir la réclame,

ce fut elle

qui soutint le courage du Roi. Pendant

trois

jours,

elle ne le quitta pas un Instant,

lui inspirant

une

force surnaturelle qu'elle puisait d'en haut.

Le Roi était entré

dans

la chapelle

Immédiatement

après le départ

Inanimésdc

de ses filles, avait découvert

les restes

ce fils si digne de son amour et l'avait cou-

vert de larmes

et de caresses.

Madame Adélaïde était

12

~f~~O~<7;)/D/t~BDBBO~CA'~

venue l'arracher a cette triste contemplation,

tissant que la Reine le cherchait. C'est a son retour près d'elle que l'excessive altération de la figure du Roi frappa cette mère désolée et lui montra qu'il lui restait encore des malheurs à redouter.

en l'aver-

Telle était la situation

lorsque je me rendis le lende-

main matinaNeuiHy. La route se trouvait couverte d'une

longue file de voitures spontané.

et de gens à pied,

tous en deuil

Les grIHes extérieures étaient fermées, et la consigne

si strictement gardée qu'on ne pouvait pénétrer,

mêmc

dans les cours )e

la Reine un mot que j'écrivis

m'envoya son valet de chambre de confiance,

réussis cependant à faire parvenir

a

dans la loge du suisse. Elle

le vieux

Lapointe. Elle était avec le Roi et ne voyait

Majesté m'a chargé de vous dire, madame la comtesse,

que vous

qu'elle était la plus malheureuse

monde. M

« Sa

personne:

ne pourriez

jamais 1a plaindre

trop, parce

femme qu'il y eut au

J'appris

de lui les détaits que je viens de donner

sur

ce qui se passait dans l'Intérieur.

de ce cri déchirant

Le premier, il me parla

et dont

jeté par t'amour maternel

plusieurs personnes depuis m'ont confirmé l'impression

si profondé.

Sa figure était baignée de larmes

« Notre

pauvre Reine, me disait-1), ne se retèvcra jamais; c'était.

son favori. Elle aime bien tous ses enfants,

mais celui-là

tous les autres.

»))

par-dessus c'était un si /w! ~M/<

Ah

madame la comtesse,

Cet éioge naïf, dans la bouche d'un vieux valet qui,

comme il me le disait ensuite, lui avait appris ujouerata

toupie, ne me paraît pas indigne

d'être compté a ce bril-

!ant duc d'Orléans

cu tant de retentissement.

dont les talents et les séductions

ont.

~0/!r

DU DUC /)'On~E~~VS

i3

Au reste, pas un œil n'était sec autour de cette royale

demeure. Des gens en pleurs interrogeaient, répondait a travers les sanglots.

et on leur

L'intérêt n'y était pas exclusivement

concentré.

Il se

en partie sur la pauvre princesse,

de la plénitude

qui, à cette d'un bonheur

reportait

heure encore, jouissait

détruit pourtant

instant II lui serait arraché,

il sa pensée. Ses enfants avaient été mandés

d'Eu

a jamais. On calculait par avance à quel

et une vive pitié s'associait

les bains de mer;

du château

on les attendait

où ils prenaient

dans la journée.

Munie de ces tristes renseignements,

et ne pouvant a Chatenay.

le besoin

être d'aucune Très soutt'rante

utilité a la Reine, je retournai

dans ce moment,

je sentais

d'un peu de repos. Madame la duchesse d'Orléans était depuis

à Plombières

aller reprendre,

<c~e se trouvait

dix jours

où son mari l'avait. le 2~ de ce même

conduite. II devait l'yy

mois dont le terrible 0

marqué d'un si au'reux malheur.

Le télégraphe en communiqua la nouvelle à Nancy le

jeudi matin. Elle fut immédiatement

donnée à monsieur

le duc de Nemours.

et abruptement Abimé dans sa

celle de revoir

douleur,

une fois le corps Inanimé de son frère bien-aimé,

précipita

d'expédier un courrier à Plombières.

il n'eut qu'une pensée,

sur

la

route

encore

et se

de Paris,

en recommandant

Celui-ci étant arrivé pendant la promenade de madame

la duchesse d'Orléans,

quer une dépêche moins foudroyante que celle expédiée

de Nancy, et les gens de la princesse départ.

le préfet eut le temps de fabri-

de s'apprêter

au

Elle en donna l'ordre

dès en apprenant

que le télé-

graphe annonçait monsieur le duc d'Orléans Indisposé et

ne pouvant partir pour Saint-Omer

« Je serai grondée,

.~)/Of/S

D.E ~)~.)/A'

0~' A'0/CA~J

disalt-eile

ferai ma paix en lui assurant que l'inquiétude

en souriant

a demi, je m'y attends

mais je me serait

bien autrement pernicieuse

que la fatigue de la route. »

Elle navraltjc

cœur de tous ceux qui l'entouraient par

ses paroles.

Ils ne firent aucune objection

a son départ

précipité qui se trouva accompli presque instantanément.

Tant de célérité

et les figures

consternées, impossibles

'a dissimuler auraient peut-être l'éclairer

des douleurs

deviner. J1 faut en assommer les personnes

les subir.

si grandes

que le cœur se

mais il est

refuse

à les

destinées a

Madame la duchesse d'Orléans, quoique suffisamment

tourmentée

négliger

des souvenirs qu'elle voulait laisser a Plombières,

congé de chacun, avec sa grâce accoutumée, promettant

un prompt retour

et qui lui était si salutaire.

avec celui que, ne plus revoir.

ne l'était

pour partir,

point

assez pour

son métier de princesse

royale. Elle s'occupa

prit

dans un lieu où elle se plaisait autant

Elle s'engageait

à y revenir

tout le monde,

hormis elle, savait

hélas!

à peine

il

sembla

Cependant,

en route,

ses

que ne cher-

alarmes s'accroissaient.

chait à les combattre.

A la vérité, personne

Enfin, vers le milieu de la nuit, sa

voiture s'a