Vous êtes sur la page 1sur 201

l VIINISTERE DE L'ENSEIGNElVIENT SUPERIEUR ET DE

LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

UNIVERSITE lVlOULOUD lVIAMMERI, TIZI-OUZOU

FACUL TE DE : LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES

DEPARTE l VlENT DE: LANGUE ET CULTURE AMAZIGHES

~ _ ;t

U

1

:

,

~i

U

~

~

~

f '" l

I l

l _ 1

!,

IS

'

1

1

'

!

!

- '

I l

,

1

1

I l

1:

'

f

!

- '

,

;

1

1

1 g
1
g

N IE M OIR E D E \ ' IAG ISTERE

S

P EC I A L ITE

: l angue

et

cu l ture

OP TION : l inguistique

Présenté paf ; .

:

,.~:

~::.:.

M.ACHQU~ } RaI!ldane

.::::,:;::.",- ~::(:: ··'·;;,.'<:,:::{0'··;·

:.;~;~ •.

Devant le jury d'examen

composé de :

a mazi gh es

\1 . KAHLOC C HE Rabah : pr o f e sseur:

\L K - \DDADOL'

\-L llle TlGZIRI Nora: Maître de Conférences:

C\f . \[TO : docteur:

\.d Akli : MACC

C YI.\lT O

:

:

Pr é s ident, Rapporteu r .

UM\[TO

:

Examinatrice.

\1 . Z . - \BOOT

Tahar : \IACC

: docteur;

F\ - LVITO :

Examinateur .

Il'

!

(

Soutenu

l ~_ ·

le

23 juin 2004

~

~ )

1

1

1

I l

!! !

,

~ I

il

Il

mi

Il

"

,

1 .,

.,

B

;:

~ I

i l

. ~]

]

]

J

I

N adya tamettut-i w, i mrni Amaya s.

I

b a b a d y emm a akked yess etm a .

l

y id ulan- iw: rawacult DI N AR

,

n

; ~

fil

ut

m

~

i ·'·
"

[1

,

.

,

,o.

" 1

1

j

:ij

~

.

:1

'J

'.

RE~lER CIE l \: lENTS

Je remercie en premie r lieu j1 . Mohand Akli HADDA D OU

qui m ' a beaucoup

aidé a vec s es co n sei l s et s e s o ri erna t i on s .

J e lie ns

aussi à reme r cie r v ive ment M . Mo han d Ou a ma r o L SSA L L ' vf po ur avoi r

bien accepté de mettre à ma disp os ition sa documentation et pour avoir manifesté une

disponibilité certaine t o utes l e s fois où je l ' ai sollici t é .

N OTATION

Le systèm e de n o tation ado pté est , à quelques détai l s prè s , c e l u i uti l isé d ans la no t a t ion

us u e l du ber b ère ; c'est-à-dire une not a tion de tendan c ~ phono logiqu e et g ramm a tic a le .

l

.1

:J

••

Consonne s

La b ial e s :

b ,f

Dentales :

d , t , 0

Si fflantes :

z , s , z

C huintantes :

j, c

Affr i q u ées :

g, 1, c, f

V élai r es:

g,k

Uv ulai res :

y, q , x

L ary ngal e s :

h

Phar y nga le s :

E , h

N asales :

m , n

Li quides :

l , r

Remar ques :

Voyelles

u

a

Semi-voyelles w , y .

la s pi r a nt is a tion n 'e st p as indi qu ée, s auf dans cert a ins ex e m p les o ù , pour l es b eso i ns de

1

.,

l

' exposé , nous l' avons noté e par un trait s ouscrit :

[12], [Q], [ g],

lkl, [ 1 ] .

l

es consonnes tendues, tradition n e ll eme n t n o t ées p ar des l ettres majuscule s , s ont ic i

rendues par l e redoubl ement de l a lettre co rr e s p o ndante .

les labio-vélarisées sont notées par « 0 }) en position d ' expo s ant .

le point sous la lettre note la pharyngalisation

: 0, r, s, t , z.

l a voyelle non phonologique ( voyelle zéro) est notée par « e ».

les accidents phonétiques aux jonctions monématiques (« assimilations » ) n e sont pas

notés .

dans le résumé en berbère «agzul » , la notation utilisée est conforme au x propositions

faites par CRB-INALCO e n j uin 1996 .

l !

ABREVIATIONS ET SIGNES

adj .

adjectif

e.xt.

par extension

i

nt .

intrans iti f

KB

kabyle

N.A . V .

nom d'action v erb a le

Pl.

pluriel

qqc

quelque chose

qqn

quelqu'un

Sing .

singulier

TM

tr .

tamazight (Maroc central)

trans i tif

< si g nifie vient de

> signifie aboutit à

I l

précède un ou des sens no table ment di fféren t (s) d u pre mier sens (d' un mê me mot )

o i nd i que qu ' u n le xème do nn é n 'est pas a tte s té dans le dia l e c te en q uesti o n .

i

j

f

Introduction Générale:

De nos jours, le berbère est une langue éclatée en plusieurs dialectes ,

eux-mêmes constitués de parler s locaux . Ces lïa lectes , tout comme les groupes

berbères , se répartissent sur un territoire très v aste .

 

f l

l'immens ité d u territoire et le s péripéties de l ' histo ire son t manifestement

-

.

.

.

:.

f ;

,J

les raisons principale s e t directes de la v ariati on li nguistique du berbère . En e f fet ,

l'histoire maghrébine, comme l'a écrit M . Mammeri (1988 : 28) « obéit à une espèce de

mouvement pendulaire qui la fait osciller entre des périodes d ' intégration relativement

poussée (où la réalité d'un Etat et d'une civi lisa tion tend à s 'imposer à l ' ensemble du

de

ses g roupes quelques fois minuscules et revenus au ressourcements anciens) » . Il faut

auss i signaler le fait que , depuis la plus haute Antiquité, le Maghreb avait connu

p l usieurs dominations étrangères. Au plan linguistique, ceci produit une situation qui se

caracté r i se par un affrontement et/ ou une coex istenc e de deu x ou plusieurs langues .

pays) et des périodes d ' éclatement (où le pays profond fait revivre l'éparpillement

N éanmo ins , la c a ractéristique const a nte de c ette s ituatio n e s t que le berbère , langu e

a u tochto n e , a é t é to ujours e n s itu a tio n d e l ang ue d o min ée.

Par c o nséquent , il est c lai r que les co nditi o ns objectiv e s de promo t io n du

l

j

be r bè r e et de sa standardi s at io n n 'é t a i e nt p r es q ue ja m ais ré u ni es. Tou t es les r a i so n s

s u s -citée s ont r endu le pr oce s sus de dialectalisation inév ita ble. C e p ro ce s su s s e t radui t

p ar u ne va r iation qui a ffe cte tous l e s ni v e a u x du s ys t è m e lin gui stique: la p h o nol o gie ,

l a s y nt a xe et l e lexique .

A t ra ve r s c e travail , nous n ou s p r o poson s de pr o c éder à u ne étu d e de

l exi col o gie comparée en t r e l e k abyle et l e tamazig ht (parlers du Ma roc ce ntral), deux dialectes appartenant à ce qui est communément désigné par « l e berbère n o rd » par opposition au «berbère sud» qui désigne presque exclusivement les parlers touaregs , et

aux « dialectes orientaux» qui désignent

Plusieurs critères sont proposés par différents chercheurs du domaine berbère dans le but de parvenir à une classification des différents dialectes (voir M . Ameur: 1990) , par conséquent, selon les critères retenus par les uns et par les autres , l'on obtient des classifications divergentes.

les dialectes de Libye , de Tunisie et d'Egypte.

4

Il est c l air que quand o n parle de « berbère nord » , le c l a s s i fi c a t io n es t d ' o r dre

g éographique bien que le s do nnées linguistiques (malgré l e ma nque d ' é tud es pour pouvoir l ' affirmer) pourraient corroborer une telle classification , c o mme e n t é mo ig n e

l ' expérience d ' intercompré hensio n r éa lisée p a r M. Taif i ( 1 994). Cette e x périence révèle que plusieurs éléments lingu i stiques rapprochent les dialectes du nord .

du litt o r a l de la

Mé diterra n ée d a ns s o n cent r e algérien . Le ta rn a zight e s t un diale cte p a rlé da n s to u t l e

M aroc central , se situa n t à mi-chemin e ntre de u x autres b l oc dialectau x : le r if ain au

nord et le chleuh au sud . Le choix du kabyle et du t a mazigh t e st déterm i n é pa r le f a it qu'i l s 'agit de deux g rand dialectes disposan t de t rès b o ns dictionn air e s , vé r itabl e s sou r ces lexicographiques dont ne sont pas dotés les autres dialectes du nord .

Le kabyle est un d i ale c t e parlé d a n s les m o nt ag n es

La démarche est c o mp a rativ e , c ' es t-à-dire que l'on décr i t et l'on co mp a r e

a ussi bien les structures formelles (ou le s ignif iant ) que l e co n ten u sé m an tiq ue ( ou le

s i g nifié ) de s unités lexic a l es des d e u x dialec t es . A p r opos de l' i mp o r tan c e du

« la com p a r a i son i n t e - ne re nd les plus

co mpar a t i sme, L . Ga l and ( 1 9 89 : 2 1 ) a éc r it que

grands ser v ices à qu i v eut déc ri r e l e be rbère ». Plu s l o in , le m ê m e aut e ur ( e n page 22) a

écr it qu e : « (

plu s so u ven t enco r e , elle l a co m plète p a r un e e x p l ica t i o n ». I l a égaie ment mi s l'accen t

s ur l e fa it qu e « L a c o mpar a iso n lexica l e donne s ou v en t d ' i ntér e s sa nt s a p erç u s s ur l e s

v aleurs esto m pées ou ef fa c ée s, qu e les mots ont po ss éd ée s» . ( idem : 3 4) .

) d a ns ce rt a in s ca s la comp a rai so n p er m e t de s i mplifie r l a de s crip t ion e t ,

De plus , nou s esp ér o n s que n o tr e t rav ail s er a d' u n ap po rt ( aussi mo de s t e

so it-il) a u process u s d ' am éna gement auquel s' att ell en t les s péc ial i stes et l e s pr a ticien s

de la langue berbè r e . Par a ill e ur s , il est a ujourd ' hu i a dmis (c'est m ê m e u n e évidence )

que la langue be r bè re est à l a fois un ie et v a riée, mais p o ur le m o m e n t , o n ne dispose

pas d 'é tude s précises et systématiques pour v o ir d e plus près en quoi co n s iste c e tt e

«u nité et diversité » de la l an gu e. C ' est pourquoi notre étude de l exicologie compa r ée s e

v eut une contribution au x approches de comparaison e t de dialec tologie q u i , du r este ,

constituent un préalable incontournable à t oute action d ' aména g ement l in g uistiqu e

serein à même de mettre un terme à un amateurisme qui semble p r é va lo i r à l 'é t a t actue l

des choses .

5

Bien que la démarche soit synchronique, il n'est pas toujours aisé de ne pas recourir à la diachronie dans une étude de lexicologie comparée du fait que ce qui est synchronique dans un dialecte peut relever de la diachronie dans l'autre. Ceci est vrai notamment quand nous tr a itons des diverses alt é: t rions dont font l'objet les racines lexicales des deux dialectes.

Aussi, la synchronie à elle seule ne peut pas non plus dégager le caractère

syn th é rnatique de certaine s unité le x icales co mpo s é e s e t / ou dér ivée s e n c e s ens que ces

mêmes unité fonctionnent e t sont ressent i es par les locuteurs comme étant des monèmes

simples et ce, en plus du fait qu'aussi bien la composition (synaptique mise à part) que

la dérivation dans sa partie expressive relèvent nettement de la diachronie .

Notre corpus est constitué essentiellement du Dictionnaire tamazight -

français (parlers du Maroc central) , 1991 de M. Taifi, du Dictionnaire kabyle - français ,

p a rl e r s des A t-Mangellat , 1982

s p o radiques réalisées dans d ' autres parlers kab y les entre a utre s: ce u x de l a v allée du

de lM .

Dallet , a ins i que de c e rtaines enquêtes

Séba ou (région d ' Irnzizou , commune de Fr é ha ) ,

d

' At - Yi rate n , de M aatkas e t d e P e t ite K a byl i e

d e B o ud j i ma (Ouaguenoun) ,

L e prem i er ch a pitre d e ce tr av a i l co nt ient de s généra lit é s r e l a t ives à l a

v

e

a r i ation l inguistique du berbère e t un b r e f aperçu s u r les r a i s o n s hi s to r iqu es et/ o u

x t r al i n g uistiques de cette v ariati o n .

Le d e u xième c h a p i t r e pré s e n te d'un e man ièr e générale la lexic o g r a p hie

be r b èr e , et l e s deu x di c tion naire s co n stitu a nt no t re c o rpu s d'une ma n ièr e pa rt i c u l ière.

No us y t rai te r o n s au ssi d es problèmes d e dé l i m ita t ion d e s racine s le x i c a l es e t , part a nt ,

j de leurs i mplication s au ni ve au lex icog r a phiq u e .

Le troisième chapitre est réservé aux racines communes et les diverses

1 altérations dont elles font l' objet : dans un premier temps , nous

e x poserons les

difficultés qu'il y a à savoir si certaines racines sont communes ou non - au kabyle et au

tamazight, et ce, afin de pouvoir donner le nombre de racines communes .

6

,

j

Procédant par comparaison , nous recenserons les différentes altérations

( changements phonétiques , a ssim i lat i ons , chutes de radic ale s , affectent les racines respecti v es des deux dialectes.

m

étath è s es

) qui

Dans l e quatr i ème chapitre , l e plus i mportant , nous nous pencherons sur l a synthématique : dérivation et composition. Concernant la dérivation , nous comparerons , to ut d ' abord , l e nombr e de d ér ivés p roduits p a r q uelque s r ac i n e s co m mu n es ( s or te

d ' échantillon ). P a r la s uit e no us nous i nt ér es s e r on s a ux s c hèmes des diffé r ents dé riv és à

savoir le nom d'action v er b a le, le nom d ' agent, le nom d'instrument et l ' adje ctif afin d e voir si les mêmes schèmes s o nt usités dans les deu x dialectes e t , par la même , ceci nous permet t ra d e v ér i fier l a pr od uc t ivité et les lacun es dé r iv ati o nnelles a insi q ue l e m a i nt ien t ou la perte de la valeur de ces différents schèmes. La dérivat i on d e man i ère fait, également , l'objet de notre a ttention pour pouvoir comparer les procédures qui y s ont usitées. La composition es t aus si tra itée dan s c e c h a pitre .

Le c i nquième et dernie r c hap itr e tr aite de s s i g n ifia nts comm u n s e t iden t i qu e s

a u x d e u x dialecte s m ais a ya n t des s i g n if i és d i v e r ge nt s . U n e diverge r - r e q ui e st tantôt

to t a le , tantôt p a rt i e l le .

1

j

j l

l

t

E n fin , il va s an s d ir e q u ' e n d e rnier , une co n clu s io n gé n é ral e rappel lera de

m a n i èr e s y nth é tique l es p o i nt s im po r t a n ts de l ' ens embl e .

7

CHAPITRE 1

LE BERBERE, UNE LANGUE DIALECTALISEE

n

h

:

;

J

1. La berbéropbonie : morcellement géographique

La langue berbère se présente de nos jours sous forme de plus i eur s di a lectes éparpillés sur un vaste territo i re qui s'étend de l' oas i s de Siwa en É g y pte, à t'e s t , jusqu ' à l'océan Atlantique , à l ' ouest, et de la mer Méditerranée, au nord , jusqu 'a ux pays du Sahel (Mali , Niger) au sud. Le berbère est parlé actuellement dans une bonne dizaine de pays : Mauritanie , Maroc. Algérie , Tunisie , Lib y e , Ég y pte, Nige r , Ma l i

Cependant , l ' Algérie et le Ma r o c s ont de loin les d eux p rincipau x pay s où v i t le p l u s grand nombre de berb é ropho nes. Les principales r é gions berbérophones d ' Algérie s ont : la K a b yl ie, les Aurès , le Mzab et le pays touareg (Aheggar, Ajjer). Au Maroc , on d én o m br e tr ois zones dialectales: au nord le rifain , au centre (Moyen-Atlas et une partie du Haut-Atl a s ) le tamazight et au sud/sud ouest le chleuh .

La répartition des ber b é ropho nes s u r un territ o ir e a ussi vaste n ' e s t pas e t ne peut être homogène . Les groupe s berbères s ont d ' i nég a le importa nc e, allant d e p e t its

î lots ne d é passant pas quelq ues diza i n e s d e m i llier s d e locuteur s : O u a r g la- Ngo u ça ,

Ch enoua , S ud-Oran a is , l es g ro u pes tunis i ens

m i ll io n d'i ndi v idus : la K a bylie , les Au rès , et les g roupe s b erb è r es mar ocains .

T o utef ois, nous devon s s ig n aler j' i n exist ence , à j ' heure ac tuell e de rec en s e m e nt s

obj e c t iveme nt fia bl es (cf S .C haker , 1991 : 08 ) du f ait q ue le no mbr e d e b e r b érophone s constit u e un enje u p o l i ti q u e c onsidérable .

S . C h a k er (1 990 : 0 9) , s e basa n t su r le recen sem e n t de 19 86 , ava nc e le

po urcentag e minim um de 20 % ( do nt la major ité e s t ka b yl e) e n Alg é r ie e t un m i ni mum de 40 % au Ma r oc. Mais il es time que « ces chif fr e s s o n t des va leur s min ima l e s que l ' on

peut co n s idére r c omme ass urée s : on ne peu t exc lure que l e s po u rcen tages s oient

net teme n t plu s élevés et qu ' ils puis s e nt atteindr e re s pectivemen t 3 0 % (A l gé rie) et 5 0 %

à d' impor t an t s gro u pe s qui dé passent le

( Maroc)» .

Au plan géopolitique , les Berbères sont répartis dans des conte x tes à régimes politiques différents (république, monarchie) avec des insertion s régionales et/ou mondiales ainsi que des appartenances civilisationnelles di v erg e nt es : l es pays du Maghreb se définissent c omme a rabes alors que le N i ger et le Mali s 'int èg r e nt dans . la francophonie.

9

l

j

l

j

l

J

A l'exception de ces deux derniers pays où le berbère (dans sa variante

touareg) est reconnu en tant que l angue nat i on a le depu i s plus i eurs années et de l'Algérie où les cho s es connaissent une évolution nette en faveur du berbère par son i ntroduction

part i elle à l ' éco l e et sa re connaissance en tant qu e lan g ue n ationale p ar la co nstit ut i on

gérienne depuis 2002 , p a rtout ailleurs les Berbères sont dans une s ituation de groupes minor i taires et font face à un jacobinisme exclusiviste.

a

l

2. Variation linguistiq ue du b e rbère :

La l a ngue est avant t out un i nstrument de c ommunication , cette fonction

communicative fait d ' elle une i n s t itution socia l e . Toute év o l ut i on li n gu istique est l iée s ino n p rovoqu ée p a r l'év olution des besoins communicatifs. Ces derniers sont à leur tour un corollaire i mmédiat de

l 'évolution intellectuelle , s oc i o-économique et politique du group e s ocial qui ,

co n sta mmen t e ssa y e d ' adap t e r son i nstrument lin g u is tiqu e a u x exige nc es d' un ca dre

spatio- ternp o re l qu i n e c esse d ' évoluer . L ' extra-lingu i stique est, par conséquent ,

déte rmi n ant dan s t oute évo lu ti on lingu i stique d ' où le c a r a ctè re mobie d e la lang u e.

A . Martinet (19 80 :

172 ) écrit que la l ang u e chan ge à to u t i nstant et c e

c hangeme nt pe u t aff e cter t out système li n guisti que à p lusieurs niveaux. « T out pe u t

ch a n ge r d ans une l a n g u e : l a forme et la va leu r d es mo n èmes dans J ' énonc é c ' e st-à-dire

la mo r p h ologie et le l e xiq u e ; l' a gence m ent des monèmes d ans l'é n on c é, au t r e ment dit la syntaxe; la natur e et l e s co nd iti ons d ' emploi de s unités distin c tives c'e st - à -di r e l a

pho nologi e ( Idem : 173) . Le berbère à l ' in s tar de t o u te les lan g ues , e t c 'est un e é vi den ce , n 'a p as éch a ppé à c ett e règle in él u cta bl e d e c h a n ge m ents qui f ait de IUL en r aison de do n née s ex tral i n g u isti q ues to u jour s d é f avorable s, une l angue dialectalisée à l ' extrême .

L' e x pre ssion « unité e t d i v ers ité» est bie n a ppr opriée pour rendre compte de la réalité de l a langue b e rb è r e d e nos j ours, . pt e n dépit de la d i v e rsité q u i car a ctéris e tous les niveaux de la langue phonétique/phonologie , morpho-synta x e et , surtout , le

l exiqm~i le berbère maintien t une un ité profonde frappante au regard de s v ici s situdes

historiques qu'ont connus les différ ents groupes berbères . C'est cette «u n i té dans la

d iv ersit é » qui fait qu ' aujourd'hui d e grands berbérisants ne s ' accorden t pas sur l a

position à adopter quant à savoir si l ' on est face à une langue berbère dialectalisée ou à plusieurs langues berbères (cfS . Ch aker, 1 990: 93-97) .

10

Manifestement , la ligne de démarcation entre les tenants de l'unité et les tenants de la pluralité est de nature extralinguistique pour ne pas dire idéologique et/ou subjective bien que les données de la linguistique interne soient appelées à la rescousse pour étayer à postériori les position s de s uns et des autres. Opter pour l'un ou l'autre des deux termes de l ' alternative est d ' une extrême importance, et pour cause , il y va du devenir et de l'aménagement du berbère. Pour une

vision plus réaliste , nous pensons qu ' il serait préférable de rester f id è le à l a traditi o n berbérisante et sa concept io n un i t a ir e de la l a n g u e ber bèr e , h iér a rch i s é e à trois n iveaux tels que définis par S . Ch a ker (1991 ) :

l

l

J

- la langue berbère , une d a ns ces structures fondamentales qui se subd i v i sent e n ; -dialectes région a u x , corre s pondant aux a ires d'int e rcompr éhensi o n i mmédi a te, traditionnellement identifiés par une dénomination interne et qui sont p a r voie de

conséquence reconnus par la conscience collective (kabyle , chleuh , tamazight

.) .

E n f i n, au bas de la hiérarchie :

- les parlers locaux , qui recouvrent le s usages particu l ier s d ' un i tés p h on étiques,

l

ex i cales, p a rfois grammatic a le s , qu i n 'af fect e n t jamais l ' i n ter co rnp r é hensio n à

l

' int é rieur de l ' aire dialectale , m a is qui permette n t u ne i dentification g é o - lin g uis t i qu e

i

m médi ate des l ocuteurs.

Pour illustre r se s p r o po s , l e mêm e a u t e u r e x plo r e, dans un s u r vol r a p ide, les données d e la li n g uistiqu e et d e la so c i o l i n g ui stiqu e .

A u p l an pho nolo giq ue , m a l g r é l a v a r iat i o n phon étiq ue , il r e l è v e l'exis tence

:.:

d ' un sy s t èm e p hono logiq ue fo ndamenta l d u be rb èr e « q u i s ' or g a n i se a u to u r de q uelq ue s

/

gran d e s cor r 1at i o ns : l a t e nsio n , le m o de d e f r an c h iss e m e nt , la v o i x , l a pharynga lis atio n ,

l a na salité » (é tabli aussi p a r A . Ba sset,

1 9 4 6 ) .

Po urtant , qu el que s oi t l' intérêt d u syst è me ph o n ol ogi q u e f o n dame n ta l

( sou s-jac e nt a u sy stèmes sp éc ifi ques des dialecte s a ctue l s ) au n i ve au t h é ori qu e e t d a ns le travail de reconstruction et/ou pour la linguistique appliquée d a n s l e processus de standardisation-fixation de l'écrit notamment, il n ' en demeure pas moins que la variation phonétique (phonologique?) constitue l ' un des obstacles majeurs à

l'intercompréhension entre locuteurs appartenant au différentes variantes berbères. Pour ABoukous (1991 : 15-28) la dialectalisation du système phonologique b e rbère est due à quatre processus qui agissent dans le sens de la variation :

11

- La spirantisation : passage d'occlusives simples aux constrictives:

[b]

[dl

[g]

[k]

[t]

~

~

~

~

~

[ Jù exemple :

baba « père»

~

QaQa« père»

[QJ exemple:

adrar « montagne»

---*

adrar « montagne»

[ gJ exemple:

agraw « groupe» ~

agraw « groupe »

l kl exemple:

akai

« terre»

~

akal « terre»

[!] exemple : tafsut « printemps»

~

tafsu; « printemps»

- L'assibilation : occlusi v esdentales qui se réalisent comme sifilantes :

[t] ~ [s], [d] ~[z] Exemples:

tudit ~ suzis « beurre» parler du chleuh de l'Anti-Atlas ocidental . Ce processus se manifeste dans, au moins , un cas en kabyle : le thème de

l'aoriste intensif du verbe ecë « manger» est rendu, surtout chez les locuteurs jeunes,

par sen « manger habituellement» au lieu de tell (même sens)

- L e rhotacisme : La latérale se réalise vibrante à battement uniqu e [1] ~ [r]

E x e mple : iselman ~ iserman « poissons»

au m o i n s d a ns une u nité lex i c a le en kabyle , parlers de M a a tkas e t B o u d jim a : e l s ~ e r s

en

rifain . Ce proc e ssu s est observable

« s ' ha b ill er ».

.~

1 - L' affrication :

a - D ent a le . tendue oc c l u sive ~ a f fr i quée

[dd ] ~ [QG]

 

Exemp le:

d a dda

~

dagga « o n c l e ,

g rand f r ère » . A tte s t ée da n s l e s parle r s de

l

' An ti - Atlas .

b-Chuintante tendue ~ affriquée

[cc] ~ [CC], ex: ecc 4 ett « manger »La racine primitive KC I ( ek c « manger » ) e s t a ttest ée

en touareg.

En kabyle aussi, cette affrication est observable dans l'aoriste intensif de

keëëem « entrer

verbes trilitères ayant [c] comme deuxième radicale

+Aintensif ».

kcem ~

1 Cette même racine se maintiendrait , en kabyle , dans le nom tak e kkuct « mite »

12

~----~----------------------------------------------------------

1

1

c-Liquide latérale tendue ~ a ffriqu é e (en rifuin ) :

[U] ~ mG], ex : agellid ~ aje{J{Jid « roi»

d- V é laire - + a ffriquée

Exemple : arga z - + erqez « homme » en chaoui , en mozab i te

[g ] - + [ g] :

qui affectent le

syst è me phonolog i que b e r bère, o n c o mpre nd aisément q u ' i l s e rait dif ficile p o ur un

kabyle n'ayan t pa s fait de phonétique b e rb è re de savo ir qu e le l exème ur

locuteur

A tra v ers c e survol r a pid e des va r iations p h o né tique s

« cœur » dans l a bouche d ' un Ri f ain , co r r es pond

a u l e x ème u/ « cœu r » de s on di alec te.

en

accidents phonétiques qui se produisent aussi bien à l ' inté rieur d' un l e xè me q u 'e n t r e les consti tuants d'un é noncé, don c a u niv e au d e la chaî n e pa r lée . Voici un ex empl e:

L a racine ZDR q u i gén ère en ka b yle le verbe zder « imm e rger » conn a ît une

as s i mil a tion du [d l

verbe zzer au l ie u de z d e r . Cette même ra c i n e ex i ste da n s le d ialecte tam a z ight du

a le

On s ignalera par a i lleurs , le p hé nomèn e d ' assimilat i o n qur c o nsi st e

par le [z] dans de no mbr e u x pa r lers k a byles e t , de ce f a it, l ' on

M aroc cent r a l : izdir « descen d r e , aller en pente » . Sé m a ntique men t , il n ' y a pa s de

r upture mais la nuance n ' est p as négligeable . P ar co nt re on re lèv e l 'e xis s ï n c e e n

t a mazight du v e r b e z zer « épiler , dé plume r » qui , a u p oi n t d e v u e d u sign i fi an t , e st u n

homonyme du ver b e kab y le zzer a lté ré par l'a s si m ilation à s a voir z z e r < zd e r . En kaby l e

z ze r e t zder n e son t que deu x v aria ntes p o ss ibles d ' u n mêm e l e xè me, par c o n t re e n

t arnaz i g h t l 'o n à faire à d e u x l exè m es distincts , iss u s d e r a cin es t out a u s si dis tinc tes ZR pou r z z e r , et Z DR pour izdir. On e s t b ien f a ce à u n e paire m i n ima le:

- zJzJer 2 «é p iler »

- zJd!er « d éscendre » ; où l' oppo sit i on Id! - IzJ j ou e un r ôle p l ein emen t distincti f. De t e l s exemples ,

auxquels il faudra ajouter les a utres cas d ' alt é ration zle ~rac i n e s o us l ' ef fet des

ch a ngements phonétiques , de

reviendrons dans le détail plus loin ) constituent autant d ' éléments qu i ag is s ent dans l e

sens de la dialectalisation du b e rbère et, subséquemment , entraven t toute poss i bilité s d'intercompréhension entre locuteurs appartenant aux différents diale cte s be rbères .

( nou s y

chute de radic a les , de s mét a t h ès es

2 Le v erbe . reer existe aussi dans cert a ins parler s ka byle s av e c l e sens d e é piler .

1 3

l i

1

C est au . niveau de la syntaxe

que

les dialectes

berbères

actuels

présenteraient moins de ruptures par rapport au système primitif , bien que pour le moment , l ' on ne dispose pa s d ' études comparatives systématiques pour pouvoir se prononcer s an s ambiguïté . S.Chaker (1991) après aVOIr exposé les différents types de prédicats prédominants, conclut à l'unité fondamentale" même si tel type de prédicat prédominant dans tel di a lect e pe ut n ' être qu' à l ' état de trace -rn ais pas inexistant- d ans tel autre d ia lecte ( i l s ' agit surt out du prédicat non verbal à auxil iair e de pr é dicat i on

spécifique « d »). Au niveau lexical/la variation apparaît plus nettement, conséquence logique du f a i t que le le x ique est l a partie de l a langue l a moins sta ble, en c o nst a nt renouvellement parce que l i ée directement à la réalité extralinguistique et , ce faisant, est moins systématique que la phonologie et la syntaxe . A propos du lexique commun , S.Chak e r ( Idem) écrit qu e « les recoupements de vocabulaire entre le s principaux

d i alectes se s ituent aux en v irons de 60 %, sur la base d ' une liste lexic a l e test de 200

] i l est e xceptionnel qu'une unité lexic a le d ' u n diale cte donn é ne

s e t r o uve p as, s ous u ne fo rme o u sous une autre , ne serait ce qu 'à l'é tat de t ra c e , d a n s u n

t e rm e s é l émenta ires [

o u plusieurs di alect es » .

To utefoi s, i l ne s uff i t p a s qu ' une racin e soit c ommune pour q u e le signifié se

p r ésent e avec d e s s è m e s identiques d ans tous les di a lecte s o u q u ' u ne r a cine co mmu n e

gé n è r e le même

O n pe u t i llu st re r a vec d es ex e mpl e s :

\f TN est un e ra c ine commu n e a u k a by l e e t au tam a zight , m ais a u n iveau de

l a déri v ati o n , l a diff érenc e es t f l ag r an t e . En t a m a z ight ce t te rac ine donn e nais s a n c e a u x

d é r iv és suivants :

nombre d e d é r ivés f or m é s se lo n le m ê me s chème .

m ien « ferm e nt er , lever» ( base v e rb a l) ;

semten « faire lever , laisser lever (pâte)) ( dérivé actif-transitif ) ;

amtan« fait de lever» nom d'action verbale = (N.A . V) ; umtin « pain avec levain» ; anamtan « pain , galette levés ».

Par contre, en kabyle , nous ne rencontrons qu ' un seul nom i ssu de cette racine: tamtunt « galette avec levain ».

1 4

Autre racine commune , différente en matière de dérivation d'un dialecte à l'autre: NG , le kabyle est manifestement plus prolifique pour celle-ci:

i l

j

1

J

inig « voyageur » ,( base verbale) ;

inig « fait de voyager / voyage » ; (N.A . V ) ; iminig « voyageur » (nom d'agent masculin) ; timinigt « voyageuse » , (nom d'agent féminin). De cette même racine , les parlers d u Maroc c entral ne fo n t dé r i ve r que l e lexème i ni g i « vo y ageur , indi vi du qu i qu i tte so n p a y s pour une l ongue d ur ée ».

En outre , le lexème inigi « voyageur» présente

un signifi a nt porteur de

confusion pour un kabylophone qui di spose du même s ign i fi ant i ni g i d ans son d i a lecte mais avec l'acceptation . de «témoin », distinct de ce fait du nom d'agent iminig

« voyageur» (inéxistant en tamazight) qui dérive d'une racine totalement différente de

celle de laquelle dérive le lexème inig i « témo i n »( du kab y le) malgré l ' homo n y mie de s deu x racines. Ce t y pe de variation const i tu e un obst ac l e d iffi cile - s i n on i mp os s i b l e - à surm onter pour l a réussite de l 'i ntercompr é hension .

Il ya d ' autres ca s où la racin e est commu ne , le s s i g ni fi é s s on t plu s ou moin s

i

d e n t iq u es e t les sign i fia n ts e n p a rt ie d iffér e nts :

- a m sed d a « pan t hè r e,

cha t s a u v a ge » en tama z ight ( = T lv l )

-ta s e d d a « l io n n e» e n k a b yl e ( = KB ) On pe u t ci t e r auss i d e s cas où la di s tinct on t i ent à l 'u ne de s m odalité s

o bligatoires du nom , à s a vo ir le g enre :

-t am e d da « buse( oisea u d e p roie ) féminin en KB ;

-a m ed d a « b u s e ( o iseau

de pr o ie) m asc ulin en TM .

O u le nomb r e :

-imetman « salive» s ans singulier en kabylie, mais o ppo s e les d e u x nom b r e s e n tamazight , imetman « salive» au pluriel et imetmi « salive » au singulier .

Mieux encore , i l existe des signifiants semblables issus d ' u ne racm e commune avec des signifiés partiellement ou totalement différents :

tizi « col , passage , sommet/renommée/sort , fortune» TM .

{ tizi « col , passage/occasion , incidence, moment/passage difficile » KR

asagum « fontaine , source , po i nt d ' eau » TM { asag î em « cruche en terre à r apporter l'eau de la fontaine « K B »

-taddart « village » en kab y lie , mais = « maison » en cha o u i, a u M aro c

N éanmoins, e t no n obstan t les c as c ités ci-dessus q ui c onstit uen t a u t ant de

variations accentuant la dialectalisation , le nombre de racines communes , de lexèmes

communs ( sans par l er de la syntaxe et de la phonologie) serait t rès important s i b i en q u e

n ous préférons mainte nir n otre c on ception un i taire d e l a lan g ue ber b è re .j e . a r , c 'es t un e

évi de n ce au j ourd ' h ui q u e l a va r ia t i o n lin g uis t ique e s t une d on n é e o b j ec tive in h é r e nt e à

t oute réalité linguistiqu e . De plus , l ' intercompréhension est une donnée qu i n ' es t n i sp ontanée n i fi g ée .

A propos de l 'i ntercompréhension , S . Chaker ( 1991 : 1 39 ) é c rit

: . ' : « o n

sait depuis longtemps q u e l ' intercompréhension n ' est pas une d onnée en s o i , une

g r a ndeur di s c o nt inue : elle se c onstruit en f onction des éc h an g es co m m unicat ifs et de la con s cie n ce c ol le cti ve » .

Eu é g ard a u x s im i litudes diverses qui caractéri sent le s di alec tes ber bèr es en synchronie et à l'a bsence de fai s c eau x d'isoglosses pour p o s e r de s limit es nett e s aux caractéristiques spéc ifi qu e s à cha qu e v ar i ante berb èr e , on peu t dire que le s dialecte s

actuels sont is s u s d'un état de l an g ue ant é r ieureme nt « homogè n e ». M ais , quelles son t

d onc c es raisons historiques et ext r ali n gui st iques qui on t fait q u e le ber bèr e es t de no s

j

j our s une langue ext r êm e ment dia l ectalisée ?

3 . B re f aperçu sur les raison s historiques et/o u e x t r alin gu is t i q u es d e la di ve rsi fication d u berbè r e:

) se r ap p orte r à la fin du 2 è m e

m il l énair e pour tr ou ver un Maghreb lin guistique m ent homogène: l'ancêtre du berbèr e

a c t ue l (g éné ra leme n t dénomm é « Libyqu e ») d e va it être la seule langue représ en t ée ».

Ma i s c ette h omo g éné i t é - supposée - c onnut une d iversificatio n due à l'é t endu e du territ o ire mais aussi et surtout au d iver ses i n v asions q u' a v a it c onnues la Berbè rie.

Sel on S . C ha k e r, ( 1991 :

29 ) « il f aut (

R . Kab1ouche (1992 : 09) é c r it « l'immensité du terr i toir e c ou v ert par cett e

l an g ue la i sse , en effet , suppose r q u e celle-c i connaissait la var i atio n dialectale b i e n

avant l' avènement des Phéniciens » et voit dans cette diversité li ngu i stique qu i n e permet pas l' intercompréhension immédiate l'un des principaux mobiles de sa margina l isation millénaire .

1 6

Relativement aux retombées des invasions sur l'éparpil1ement de la langue

berbère ALaroui (cité par R.Kahlouche ,

1992:

08) écrit que « l ' implantation

des

Phéniciens au Maghreb et surtout l'invasion

des Romains , en de structurant

l' unité

politique , économique

tribalisation du pays e t atteint du même coup - son unité culturelle et surtout

et sociale

de la Berbérie

ont

très

fortement

accentuée la

linguistique ». En e f fet, l'unifica tion

d'un pou v oir centra l rest e un e ex cept ion

moins réussies mais fugace s

émergé trois grands per s o nnages en l ' occurrenc e

M as sinissa et Jugurtha

politique de l a Ber bé rie ,

à tr ave r s son hist o ir e , a utour

p l u s ou

(Av . lC) avaient

e t ce e n d é pit d e p l usi e u r s ten t at i ves

des II I et II siècles

aussi. Au cours

S y phax ( roi des M a saesy les) ,

à sa ma n i èr e,

essa y èren t

(ro i s des Massyles)

qui , ch acun

d ' unifier l a Berbérie

hégémoniques et expansionnistes des deux puissances régnant en Méditerr a née à savoir

autour de la royauté ,

mais c'ét a it compter

sans les i nterférences

Rome e t C a rth ag e qui av aient empêch é l ' é v olut i on de ce s r oya umes d ' ac céde r à p l u s de stabil i t é.

.,

1

j

1

J

J

1

Vo ul a nt l 'u n if icat i on de t o ute la Berbérie , Massinissa,

a llié d e R o me , s e he l J T T1 .à

l

hér o ïqu e

s apé s pa r l a t ris t e m e nt c é l è b r e e t t r agi que tr a h i so n de

ten d i t u n g uet - apen s et le l i v r a aux R om a ins.

' opp os i t i o n

de S y phax s o ute n u

par C a rtha ge .

a ch arné e

Les ha u t s fait d' a rm e co n tr e l a d om in a t io n

e t l a r ési s t an c e r o m ai n e f ur e nt

de J u g u r tha

da ns u ne g u e rr e

Boc c hu s ( r o i d e s M a ur e s) q u i lu i

P

a r

ai l l e u r s.

pl us ieu r s

r a i s o ns inh é rente s

le t riba li sme

à l'o r g a ni sat i on

m ê me

d e s l a

à

e n

r

no n - r ég ul a t io n de s p r ob l è m es

mal la stabili t é d e

p a r tie par l e fa it q u e « l a no ti o n d ' Ét a t même a uteur est allé même jusqu 'à

peu valorisant:

o ya u me s

b e r b èr e s ,

e nt r e a utr e s:

( avec de s a l l u re s d ' i r r éd e n t isme ),

v a i e nt é t é d e s é lé ment s q ui metta i e nt

( 1 99 6 : 26 ) e xpliqu e

de s ucce ssio n

a

U n e in s ta b i l i t é que G .C a m p s

ces r o y a u me s.

(che z les Be rb ères)

n 'est p a s en c o r e a cqu i s e » . L e

i ntitulé le deuxième chapitr e d e son livre p ar ce titr e

« des royaumes sans État de Massinissa à la Ka héna ».

Au plan culturel et linguistique, vraisemblablement

ces royaumes n ' éta i ent

pas de grands promoteurs de la langue et de la culture berbère s; au contrair e , il s éta ient

de véritables foyers des cultures allogènes dominantes: punique , l atine et hellénique .

17

A ce sujet G.Camps (1996 : 20) écrit « la langue écrite officielle des

royaumes , les légendes de monnaies, l'onomastique des citadin s, depuis Volubilis (Maroc) " jusqu ' en Tripolitaine, toutes ces données culturelles administrent la preuve que pour les Libyens, c'est- à -dire essentiellement les Numide' ) et les Maures , la « civ i lisation » ne pouvait ê tr e que punique et l ' assimilation fut telle que cette culture se maintient plus de trois siècles après la destruction de Carthage » .

Toutefoi s , une exception nota ble, la dé d icace bilingue ( pu ni qu e-libyque ) rédigée par les habitants de Thugga en l ' honneur de Massinissa est une attestati on d'un usage, pour ainsi dire, semi- of ficiel du berbère .

D 'a ucuns, vont mê me ju s q u'à

dire qu e l'alphabe t

liby co- b e rb è re e s t

d ' origine phénicienne. Ils en veulent pour preuve l'étyrilologie même du nom berbère

de cette

hy poth è se qu e réf ut e R .Ka hlouche (1992 : 69 - *) qui dit que « l es contacts e ntre les Égy ptien s e t les L y biens du fa it du voisinage, ont été tels que tout porte à croire que ce s de rn i er s à l'O u est c omm e les Ph é niciens à l'Est, ont fait le saut qu a lit a tif qui a fait

pass er le s signes gra phique s de la représentation des idées à cell e de s so n s d u lan g a ge ».

E n o utr e , la dis posit i o n des deu x sy stèmes g r a phiques est d iv er ge nt e : hori z ont a le pour

é criture Tifinay ( FNfIFNQ) qui signifierait alors les « phéniciennes » . Une

le pun i que v ertica l e po ur le li b y q ue.

Ce à quoi no u s devo n s ajo u ter

qu e seuls quelq u e s lettre s so n t id enti qu es

e nt r e l es de u x a l ph a b ets. Par v o ie d e con sé quenc e, l' h y po thèse la p l us plausibl e e st que

l e libyque e s t un syst è me gra p hi qu e au to c ht one b i en q u 'il a it sub i l'in f l uence de l'écrit ure pun i qu e e t ait ét é r e vivifié au con t a c t de la civi l is a t i on ca r th agin oise .

Durant la d omination romain ~ à partir de 146 avant 1 .C , la langue berb è r e

l

J

1

c onnut une ma rg i n al is a t ion pa r allè lem e nt à l'expansio n dans les centres urb a in s d e l a culture latine et du Ch r is ti a ni sme à tel l e e n seigne qu 'une pa rt ie impo r tante de la

l i ttérature latine et religieuse fut l ' œuvre de l'élite urbaine a frica i ne , d'orig in e

i ncontestablement berbère : Saint-Augustin , Apulée, Arnobe , Saint-Cyprie n

encore , il y eut même un christianisme hérétique très populaire, semble- t -i l , c onnu s o u s

le nom de donatisme, Donat , un Berbère , en est le fondateur .

Mieu x

1 8

Pendant les dominations vandale et byzanti ne nous assi sto n s à un

certain renouveau des traditions berbères . Deux conquérants au sujet desquels - G.Camps

( 1987 : 130 ) écrit c ec i : «, ces passants rap i dement emportés

laiss èrent rien ou presquerien en Afriqueê Au . plan po l itique, t oujours s e lon l e m ê me

par le v ent de l' histoire , ne

i

l

]

l

l

auteur (1996: 28) , «: dès le IV siècle était apparue une certaine confusion entre les

d e s

f

o n cti o ns administrat iv es r o maines et l es ch e fferies b erbères »

à l'i nt é rieu r

a nc i ennes pro v i n ces rom a ine s . Cheff eries qui ne po u vaient sig n ifier une orga n i s ation

pol i tique à même de je te r l es bases d ' un É tat s t a b l e et p ére nne dés lo r s qu ' e l les étai en t

d'es s en c e tnbale .

Les A rabes a rr ivè re nt e n Afriqu e du N ord vers 647 , ép o qu e dur an t laq u e lle

l a Berb è rie c onna i ssait . une période f a ite de d és ordre sur f ond de querelles

théologiques qui divisèrent a lors les Berbères évangélisés dans un context e c aractéris é

p

ar l ' a b sen c e d' un État autochtone unificateur, ce qu i du re s t e n'es t pas n ou veau .

Se l on G . Camp s (1 987 : 135 ) « l es con qu éra nt s ara b es p eu n o m breux , m ais

v

ai l l a n ts, ne vont pas trou ver en face d ' eux un É tat pr ê t à rés i ste r à un e i n vasion , m a i s

des opposan t s succ e ssi fs ».

l

K a h é na (695 - 702 ) .

L ' isl a mi s ation s' acco m pagna n écessa irement d e l a p r opagatio n de la l a n g u e

a r ab e qu i fit ses pre m ier s pas, na tur elleme n t , da ns les m i lieu x cit adin s o ù elle remplaça

à

Cep e ndant, les B er b è r es avaient bel et bien r ési st é

' in v asi o n a rab e. Un e résistan c e qu ' a v a i e nt menée Koceila d ' abord ( 683 - 686 ) p u is ~ : :

le latin , t o u t co m me l ' I s lam re m plaç a le C hristianisme. Mais , il s embl e qu e

l'is l a mis a tion é t a it p lu s avan cée que l'a r abisa tion .

Le vé ritable pr oc ess us d ' arabis a t i on n e va ê tre am o rcé qu ' a vec l 'a rri vée des

Hil a lie n ve r s 10 50. L e u r

en m ajor i té ), va ac célér er l' a ra bisati on d es po pul atio ns r u ra l es . C'es t , prob ableme n t , à ce

moment l à qu e v a déb u t e r l a rupture du conti nu um lin g ui stiqu e b e rb ère . S . C h ake r

( 1998 : 3 ) écrit « le s dia lecte s berbères actue l s é v oluen t d e mani è r e sépar é e et

co n stituent des comm u naut és socioli ng uistiques dist in ctes depuis près de d i x siè c les » .

mo d e de vie, semb labl e à celu i de s n om a des be rb ères (zénétes

La s i tuation d e l angue marginalisée du berbère , n e s'a m é l i o rera pa s à

l 'époque des empires et d es roya umes berbéro-musulma ns de s prem i e rs s iècle s de

l'islamis a tion et du Moyen-Age . La langue de l' administration , de la vie int e llectuelle et

r

elig i euse é tait l'arabe, lan g u e sacr a l i sée , jouissant du presti ge de l ' écri t, ell e était la

l

a ngue officielle au dépend du berbère qui , lui, est s a ns tradition é cr i te, div e r si fi é , et

confiné à l'usage oral avec tout ce que cela implique comme déperdition .

19

Selon

S.Chaker (1991 : 34) les sources arabes font état de l'usage oral -

prédominant- du berbère , y compris dans les cours royales , sous les Rostornides , les Almoravides et Almohades , dynasties portées par des Berbères. Ces mêmes sources vont jusqu ' à parler de traités juridiques ; théologiques et .de tr a di . eti ons du Coran en berbère . Plus que cela , les choses furent mêrrie poussées très loin sous le règne des

Berghaouata de la Tamesna au Maroc (742 - 1148): l'affirmation du particularisme linguistique berbère et le rejet de la langue arabe firent même partie des fondement s d e

c e roy aum e hérétiqu e par le fai t q u e Sa iih , c h ef m i l i t air e et pr oph ète r é d igea u n no u veau Coran dans sa langue maternelle le berbère. Les Bergouata remplaçaient dans la pri è re

.

.

l e nom d 'A l l ah par celui d e Yakouc h (nom berbère de Dieu ). Ce nom subs i s te jus qu ' à no s jours d a ns le Mza b . Voir ( G . Ca m ps, 1987 : 1 88) et (K. N ait-Zerr a d , 1998).

Néanmoins, quels que soient les actes en faveur du berbère durant les rè g nes

1

J

j

j

J

;

l

J

d es roya umes berb è re s mu s u l m a ns du Mo y en- Ag e , force est de reco n naît r e q u ' il n'e n

est p a s resté gr a nd c hose à l a postérité. Toutes les tentatives d e promotio n du b er b è r e écho u èren t . C ' est du r a nt cette pé riod e qu e de nombreu s e s t rib us b erb è r es se cherchaient

d es o r igi ne s " rabes ju g ée s p l u s n o bles . Dan s leur rapp o rt à la lang ue arabe « bien que leurs d y na s tie s f u ss ent

d 'o rigine b e rbère, Haf s i d es, A bdalwa d i d es et Mé r inide s a i n si que la plup a r t d es é m i r s

d ' A ndalou s ie, a pparten a ient à des r oya u mes o ù triomph a it la cu ltur e a r a b o - mu s ulma n e « ( G . Camp s, 1996 : 3 4) .

I nutil e de t r o p di s serter sur la s itua t io n du berb è re sous les Tu r c s e t d ura nt la

colo ni sati o n f r ançai se d u fa i t que ces de u x É tat s allogè n e s n' a vaie nt fa i t qu e r e c o nduire

l a marginali s ation du berbèr e . Toutefo is , on do i t soulign e r l ' importance

eu la

coloni sation français e p ar rappo r t à la présenc e t u rque . Si avec cette dern i ère, aux plans

l i nguistique et culturel , c e fut la c ontinuité d ' une s ituation qu i prév a lait depuis l es

premiers siècles d ' is l amisation et d'arabisation , il n'en est pa s de m ê me s ous la domin a tion française . Non pas que le s tatut du berbère a it connu un e a m é l i o r ati o n o u

que la France - même si elle avait tenté d ' utiliser la spécificité berbère comme facteur politique - ait eu une quel c onque v o l onté de promou v o i r la lan g u e ber b ère et enc o r e moins d ' œuvrer dans le sens de son enseignement généralisé.

de l' impact qu ' av ait

2 0

S.Chaker (1991 : 11-12) dit que les seules décisions concrètes que l'on peut attnbuer à la:France dans ce domaine sont :

la création d'une chaire de berbère à l'université d'Alger; l'instauration d'une prime pour les instituteurs titulaires d'un brevet de kabyle; la création d'une chaîne de radio-diffusion kabyle . D'aucuns) ont été jusqu'à parler d'une certaine « politique berbère de la France». Ce qui , évidemment , n'a aucun fondement . Voir Chaker (1990 : 61-66) .

A l'indépendance , les États maghrébins, l'Algérie comme le Maroc, peuvent

s ' entendre au moins sur une chose : l ' exclusion du b e rbère. L es deux États ont op té

pour l'unicisme linguistique outrancier dans leurs tex tes offic i els, seu l l'arab e est l a langue officielle de l'État, faisant abstraction totale de la réalité des pratiques linguistiques qui , elles, révèlent des pays plurilingues : le français, l'arabe dialectal et les dialectes berbères. A présent , les Berbéropho n es semblent e n g ager leurs ult i mes e t détermin a ntes batailles pour l e devenir de leur lan g u e, d e leur cult ur e e t de leur id e n tit é.

I l ex iste des s i g nes forts qui pr é s a gen td u n av e n i r mo i ns s ombre p o ur l a

"1

J la n g ue berbère au Maghreb. Est-ce la fin de la « m a lédiction » ?

Au term e d e c e s ur v ol t r ès r apid e de l' h is toir e d e la langue be r bère , il e n

1

i

r esso r t q u ' en r a i s on d e s i n v a sion s s ucc e ss i ve s, le Mag hr eb , e t ce depui s l'Antiquit é , a

c on n u d e s o s ci llat i o ns entre de s pé r io d es d' u n ific a t ion a u tour d 'un État central e t de s

pé riod e s d ' é cl a teme nt tr ibal . Ce f ais a n t , l es B er bèr es n ' ava i e nt p as p u se d ot e r d ' un Éta t qui aur ai t é té le l ie u où s e s erait f a it s en t ir le be so i n d' un e u n if ica tio n ling u i s tiqu e e t o ù

u n e tr aditio n d e normalisat io n li n gu i st i q ue aur ait été im p u lsé e.

f ait

qu ' a c c e ntue r la va ri at i on l inguis tiqu e e xistante d epuis l 'A n t i quité , (l a va ri a t ion qui car a c térise l e syst è me g r a phiqu e L i by qu e : l ' o ri en tal , l ' o c c i denta l , le tif in a gh (appelé

A

u con t rai r e.

les diver s e s fluctu a tions

de l' hi st o ire

n ' a v aient

aussi les écritures s ah a ri e nn es) est une preuve que la dialectali s ati o n rem o nte à t r è s loin .

En outre , l'immensité du territoir e et, partant , l a dissémination des groupes berbères sur des environnements géographiques et physiques fort différents e t , corrélativement, des systèmes économiques sensiblement différents , sont autant de facteurs qui génèrent et provoquent la diversificatio n linguistique .

21

De plus, la rupture du continuum linguistique et, subséquemment , l'absence de tout contact entre les groupes berbères font du berbère une langue dialectalisée à l'extrême . Une dialectalisation qui constitue un obstacle majeur à son aménagement et à sa reconnaissance politico-juridique et ce, dans un contexte politico-idéologique où la normalisation centralisée et le prestige de l'écrit font l'objet de culte et de sacralisation

Wl

absolus.

,

3

~

l

l

1

1

1

22

1

1 1

CHAPI TR E II

LE DALLET, LE T A I FI ET LA L EXIC OGRAPHI E BERBERE

1 . Présentation succincte de la lexicographie berbère

Avant d ' aborder l a présentation des sources lexicographiques qui constituent

notre corpus à savoir: l e Dictionnàire kabyle - français de J-M Dallet et l e Dictionnair e . tamazight - français de M .Taifi , il nous semble qu ' il ne serait pas inutile de citer les

travaux lexicographiques précédents ayant trait aux deux dialectes et faire une

présentation succincte de la lexicographie berbère en général .

pa r u n

,

D'une faç on gé né r a le , la lex i c o gr a ph i e be r bèr e

s

e car a c tér ise

déséquilibre flagrant: o n a d ' un coté des dialectes, à l'instar du kabyle et du touareg ,

qui disposent de plus ieurs dictionnaires , cert e s d ' inégale v aleur , ains i qu e de p l us ieur s

glossaires e t de l'aut r e côté d es di a lectes dont le lexique n ' est pas , ou n ' est qu e

partiellement , connu. L e chaoui et le rifain par e x emple ne sont accessibles qu ' à tra v er s

des instruments très an c i ens. Pire encore , certains dialectes ne disposent que de

g lossaire s f ig ur a nts d an s des g r a mmaire s et des recueils de te x tes (Égy pte, T un isie ,

) même le c hle uh n ' est pas n a nti relativement au kabyle et a u t o uar eg , b i e n

que l ' o u vrag e de E .D e s t a i n g : é t u d e s ur la tachelhit d u so us , L V o c a b ul a i r e f r an çais-

Maurit a n i e

b

e rb è re , p a ris , Ler c . ; x, 19 20 , 3 00 p , rest e s e lo n A . Bonfou r

( 1 995 : 23 0 9 ) « l 'o ut ill e

p

lus co mp le t et le pl u s fiab l e p o ur l e d ialec t e c hleuh » . O n app r end éga lem e nt q u ' un e

l

J

édi t io n i n v e r se, berbè re - f r a nça i s, est p r é p a rée pa r H . S t room er d e Leyde .

Da n s sa p r é s e nta t io n de s di c tio nn a ir e s b er b è re s , AB o unfo ur ( 1995 : 2 3 0 3 )

repa r t i t l a l exic ogra phie b e rbè re en t r o i s é t a p e s :

L a le xicog ra phie utilit a i r e:

El l e e st née dan s la pé r i ode pré - co l o niale ( a u x en vi r o n s

de 1820) . Il s ' a g i t

d ' œ u v r es d'ama t eurs des t i n é es p l u s à l ' ad m i n is trati o n

a u x vo y a g e u r s. Le bu t r e cher ch é é t a it d e m i e u x co nn aîtr e le s p opul ati o n s ( n ot a mme nt )

kabyles a t ra v er s l a l an g u e pour pouvoir les soumettre a u colonialisme .

à p a rt i r de ( 1 83 0 ) à l'armé e et

24

~~--------------------------------------------------------

1

1

1-

~

Les principales caractéristiques de la lexicographie de cette période sont :

le kabyle est le dialecte de base; la dialectalisation n'est pas prise en compte au point que V. De Paradis (1844) amalgame le kabyle et le chleuh ; Dictionnaires bilingues , voire trilingues ; Les articles sont réduits à la traduction de lexèmes . français (langue nomenclature) ; - Tr a nscription non fiable.

I- La lexicographie dialectale (1918-1950) :

I

g

[1
III

q -1

Cette période a vu naître un dictionnaire (Ch.de Foucauld : Dictionnaire touareg - franç a is , dialecte d e l'Aheggar , Paris, imprimerie Nation a le, 1951-52,2058 p. ) et d'autres recherches lexicographiques (E. Laoust, Mots et choses berbères, 1920) . C'est une période qui est nettement meilleure que la précédente , elle se caractérise par :

- UI\ int é r êt qui est centré sur le lexique d'un dia lecte s éparément des autres;

- une transcr i ption très précise;

- une struc t ur e morphophonologique mieux étudié e:

_ une meilleur e s tructuration de l'article : définitio n du l e x ème e t d es dé ri v és ;

_u n c la ssem ent par r a cine (Fo ucauld : 195 1) .

L a le x ic og ra phiqu e s c i e nt i fiqu e :

Cen e p é r i o de es t pos t -c o loniale , les d ictio n na ir e s ré p o nd ent a u x no n n es de

l a le xic og r aphi e s c i en tifi q u e e t n e s on t p ubl iés q u ' u n e fo i s l e s ind é p e nd a n c es a c q ui se s.

d e J . M. Dallet ( 1 9 82 ) p o ur l e k abyle.

d e Delheuret 198-+) p o u r l e Mzab et le dicti on na ir e co n sacr é a u d i a l e cte de O u a r gl a

C e tt e s c ie n t i fi ci te e st i n c a rn ée p a r l es d ict i o n n air e s

(

19 8 7 ) , e nfi n quel qu es a n né e s pl u s tar d celu i d e M . T a i f i ( 19 91 ) pou r l e tamaz i gh t

(

M aroc c e nt r a l ) . P o ur l e s c a r a cté r i s t i que s

de l a lexicog rap hi e

de ce tte p éri ode

 

}

.

,

cf ABoun f our . 1 995 : 23 0 3 -23 1 ( ) .

2. Dictionnaires, Lexiques et Glossaires kabyles (selon la date de parution ) :

-1844 : Venture de Paradis (Jean-Michel de)

Grammair e e t Dictionnaire abrég é s de fa langue b e rb è r e , socié té de

géographique , Paris, imprimerie Royale, 1844.

- 1844 : Brosselard ch . et Sidi Ahmed Ben El Hadjali, Iman de Bougie.

Dictionnaire Français - berbères, Paris, imprimerie Royale 1844, 656 p.

25

- 1873 : Creusat J-B .

Essai de dictionnaire français-kabyle ,

- 1878 : Oli v ier p.

Alger, Jourdan, 1873,374 p.

Dictionnaire français - k a byle :

- 1901 : Le P . G. Huyghe

Le puy , 1878 , 3 16 P

Dictionnaire français - kabyle , M a lines (Belgique) , 1907 , 371 P

- 1907: Le P.G . Huyghe

Dictionnaire Chaou i a , A rabe , K aby le etfrançais , A l g er, Jourdane, 1907 , 371 P

- 1931 : Boulifa S.A.

Méthode de langue k a by le cour s de deuxième année texte Zouaoua , suivi d ' un glossaire , pp. 367-5 4 0 A lger 191 3 .

- 1933 : Vocabulaire français - Kabyle: à l' usage de~ élèves de l'école départementale des infirmières de l ' hôpital franco-musulman , établi par la commission d ' étude s de Fhôpit a l.

Rédacteur - Ra pp orteur: M. Oc t av e De Pont. Pr éfec t ur e de la Seine : Bo r deaux, D e l m a s , etc. 1933 , pp , 16 6 .

1

- 1 9 41-1942 : Chantreau x G e rm aine :

L e riss age s ur m é t i e r

de

( Kaby l ie ). R e vue Afri ca in e.

194 2 , p p . 331

- 1 953 : Dallet J. M . :

h aut e li sse à Ai t Hichem

et d an s l e Haut- Se baou

1941 . T . LXXXV , P . 78-1 1 6 et Lexique , T . L X XX ,

L e ve rbe K aby l e: Le x iqu e par t iel du par ler d e s At Mangellat ( bilingue . kabyle -

,

~1

r

fr a n çai s ). Fort N at i o n a J ( Alg é r ie). F.D. B . , 1 953, p . 489

- 1958 : P ic a rd A nd ré :

Te X T e berbère s

d a n s

le p a r le r

d es lrj en

(K ab y l ie

- Al gé rie

) - To m e 1 .

GLOSSAIRE - T o rn e Il ( b iling u e , k a b y l e, f r anç a is ) . A lger , 195 8, pp . 3 19 à 670 .

- 196 0 : Si Ahmed Moh am m a d e l H ocin e et Pl a ult Mi c he l :

N ot i o ns de kabyl e (grammai r e,

exe rcic e s , t ex tes dialo gué s ) : A i t I raten ,

accompagnées d'un L ex ique fran ç ais-kabyle ,

pp . 97 à 138 , Lyon , 1 960 .

- Sans date : V ocabulair e fra n ç a is -k a b y l e:

à l ' usage du corps médica l e t para mé d i c al

édité par la Direction Générale de l' action sociale au Gouvernement Général. Gouvernement Générale d e l ' Algéri e p . 13 2

26

- 1982: Dallet lM : Dictionnaire kabyle - français, parler des AT MANGELLAT

( A lgér i e ) SELAF , Paris, 1982 .

- 1985 : Dallet J.M : Dictionnaire français - Kabyle , parler des A t- M an ge llat (Algé rie ) ,

SEL AF , Paris , 1985. (complément du kabyle-frança is ) .

3. Dictionnairesdu tamazight (Maroc central) :

- 1 9 0 7 : Ci d K a ou i . S : D i ctionna i r e f ran çais - tachelb ' it et français - tamazir ' t , P a r i s ,

L e r o ux , 19 0 7 , 2 48p.

- 1937 : Mercier . H : Vocabulaire et textes berbères dans le dialecte des Ait- Iz deg,

R a b a t , Céré , 1937 , 512 p .

1991 : Ta i fi . M: D ic tionnair e tama zig ht= fra nçais ( P a rler s du Ma roc c entr a l ) , Paris

l ' HAR M A TT AN Awal , 1991 , XXII - 879 p .

4 . Aperçu sommaire sur le dictionnaire de J.M. Dallet :

Ce dict ionn a i re se p résen te comme su i t :

• R é sumé s , P . V11

• Ta b le des mat iè res , P . IX

• P r éface : P a r M . le pr ofess eur S alem Ch a ker , P . XI.

• C arte s : - Les A t - Man g ellat et leur e n vir onneme nt , P . X I V

• S ch é m a de répa r tition des c e n tre s habit és de la tri b u des A t- M an ge l l at.

r x v .

• I ntr od u ct i o n pa r M a d elei n e A l l a in , Jaqu e L a nfr y , Pie t er R e es in k :

1- L'auteur et so n œ u v r e , P . XVI

J_ Le s d icti onn a ires et g lo ss a ire s ou le xi q u es a n ter ieure s , p XVII

J - Le

.:J.- Le c on t en u e l l e plan , P . XXI

5- Jus t i f i catio n d e l a c l ass i ficati o n par raci n es , P . )G"'{l

6 - La cl ass ifi c ati on d es ra cin e s , P . X XI

7 - La classi fi cat i on de s a rtic l es , P . X XIV

dic t ionnaire d 'un pa rler kabyle : lim i t e s , P. XV II

8- L'o r ga ni sat i o n d'un a rtic l e , P . X X V

f

9 - T r an s cription , P . X XVI

1 0- Liste d es lettres , v o ye lles et consonnes , P . X XX II

,

1 1- Le dictionn ai re , PP. 1 à 1015 .

12- Anne xes.

t

. ,~

_ 1

-

ilI [ J

et la plus sûre du

berbère . De s

articles très riches, avec bea uc oup d ' exe mp les t r a du i ts (parfois sel o n le mot à mo t

quand cela est nécessaire) . T o ute une liste d ' abréviations

permet de donner plusieurs indications d'ordre grammatical (genre , état) morphologique

(variation) , sémantique (péj o ratif , familier

souvent indiqués en se référant au touareg (Ch . De Foucauld,1951-1 9 52) , au Chlenh

sont

domaine kabyle . C ' est un véritable s aut qualitatif

Actuellement, c ' est la meilleure source lexicographique

de la lexicographie

est insérée dans l 'a t icle et

des rapprochements

)

En outre,

(E . Destaing 1920) , sporad i que m e nt

Qua nd un empru nt e s t i d e nt if ie e n t a nt q ue t e l , l ' ind i ca tion de la lan g ue so urce est

au x d ial ec te s d e O uargla et à c el u i de G h a dames.

1 fournie (arabe dialectal ou cl a s s ique, latin, espagnol

) .

En somme c ' e st un dictionnaire digne des dictionnaires des langues à vieille

, tradition lexicographique .

Cep endant ,

comme le s ign a lent ,

du reste , les rédacteurs

de

~ l'introduction, aussi monumental soit-il, l e Dallet a bien ses limites spatio-ternporelles :

J it

Les matériaux proviennent d ' un seul et unique parler kabyle à savoir celui des

At- Mangellat, autrement dit ,

s ynchronie ciblée par le Dal let n ' e x cède

un dictionnaire pan-kabyle

reste à faire . De plus , la

pa s 40 ans puisque le travail d e collecte à

débuté durant les années 40 a v ec

comme ba s e l e v erb e kabyle de J. M . Dallet ( 1 95 3 )

ju s qu ' à la date de public a t ion ( 1 9 8 3) De ce fait , aucun néologisme

eu x qui s ont inté g ré s e t utili s é s co ur a mment

so n t excl u s du co r p u s

n ' est retenu mêm e

« merci », azu l

A u s s i , q uelqu es m o t s

c

« s alu t » , till e li « libert é , a m e dya: « p oè te », ta y r i « amour »

t o m b é s e n dés u ét u d e

hési t en t s ur . o u n e co n n a i ss e n t pas, le sens ( s i g n a l é d a n s l 'i n tr oduct io n )

e n k ab y le ( e x : tan e mmi rt

).

q uand l es inform at e ur s

/ i nform a t ri ce s

. ,

1

.~

L e c la sseme nt s e fait s ur l a b a s e de l a r ac i n e , ce qui e s t j u s ti f i é par rap po r t

a

la s tructu r atio n

de p roblè me s mét h o d ologiqu es po ur le s quel s d es eff ort s re s t e nt à fai r e (v oir i c i même)

du lexique b erb è re ma is c ela ne v a pas sa n s s o u le v e r un certa in no m b r e

La t r anscr i p t i on

u ti lisee

est d 'un e

r e marqu able

c l a rt é

et d ' u n e

g r an d e

précisio n , co n j ugu é e s à u ne p r é s entation forme l l e et t y p o gr a ph i qu e de s p lu s r igo u reu ses

Le s y s tème de not a tion

la ti ne du berbère ( très l a rge me nt adopté par les usagers) : à tendance phonolo g ique . A signaler, toutefois, la notation des occlusives simples, différenciées de leurs

correspondantes

outre , les accidents phonétiques produits par des assimilations dans la chaîne parlée sont notés phonétiquement mais un trait inférieur sert à séparer les deux éléments assimilés, exemple : aman l_lebber « eau d e mer », pour aman n lebher phonétiquement realisé :

aman Ilebher.

est identique a celui fix é p a r le s b er bér isa nt s

po u r la n o t a ti on

spirantes par un point au dessus de la lettre [0] , [êl ], [g] , [R] , [il En

28

n

:

j

Li

n

: .j

;

l

Nous remarquons

aussi l 'i nstabilité qui caractérise

sa

exercé es par les autr e s é léme n ts de la phr ase s ur le

le [el , voy ell e zéro ;

n

m ot d ans l e que l i l est insér é ;

« il a e nl evé, i l a ô té »

ap

à l'o ral. I l f aut auss i s i gnal e r q u e l ' affriqué [ g] est notée par [J] .

o tat i on est su j ette a lL'{fluctu a t i ons

l e [e] se ma i ntient dans le v erbe ut i lisé s eul , e x : y ekJ œs

personnel a ffixe du verbe

tel que cela s e r éalise

m a i s d i s p a r a ît dé s que l e pronom

par a ît , y ekk es - i tt

« il l 'a ôtée» e s t écrit ye kk s -itt

« i l l'a ô tée »

5. Pré s entation sommair e du dictionna i r e de M . Taifi :

Le dictionnaire tam azight-français (1991 ) de M. T ai f i est consa cré au

dialecte tamazight

t ache l hit (chleuh )a u Sud . · L e ta mazigh t es t c ompo s é d e q uator ze parlers, générale me nt

scindés en deux groupes

géographique et non pas à base d'isoglosses. La mat i ère du dictionnaire provient de neufs parler s;

selon : l eur rép a rtition

(parlers du Maroc central) situé entre tarifit (rifa i n) au Nord e t la

(parlers du nord et ceux de sud)

sept , a pp a rt e nant au x

pa rlers du no r d (Ay t - A yya ch e, A y t-Ndhir , Ayt-Myill , Ay t- Sa dden , Ayt - Segh r o uch en ,

I

z ya n , et Z e mmours ,) et deu x , a u x parlers du sud ( Ayt-Izde g., Ay t - Had iddo u ). Né anmo i ns , e n plus des dépouillements de lexiques et g l os sai re s a nt é rieur es,

ce dict io nn ai re est l e f rui t d'enquête s lexicologiques mené es e ssentie lle men t à b ase du

p a rler d es Ayt - Myi l l . L a synch ron ie du T a ifi e st post é r ieure

le t ravai l d'enquête

ta m a z ight - fra n çais , sans i nde x ni compléme n t i n verse f rançais-t a m azight

la c on s ul ta t ion. La c l assifica t ion , l 'a pp a r eil de s i gles et de s i gnes ain s i que la

struct ur ati o n des article s sont quasi-identiq u es

non moin s i mpor ta nte q u e l e T a if i e nglob e neuf p arlers et , ce faisant , c o mporte l a

m ention d es v a r ia t i ons ph o n ét iq u e s , morpholo gi qu es et s éma n t iq ue s q u i c a ra c t é rise n t une un ité le x icale donnée .

So n t indiq ué es s ys tématiquem en t les rac ines c o mmun e s au ka byle (Da llet) et

a c elle du Dallet , puisque

est b i lin gue , qu i facili te ra it

lexicolo g ique

a dé b uté

e n 1983 . Le dictionn ai r e

à ce u x du Dallet

ave c cette différen c e

a u tam azi g ht d ' u ne pa r t e t d ' a u tre part ce l les c ommu nes

au t a m a z igh t

et à l ' a rab e (d e

n

ombreu ses r a cine s ont aussi communes a u ka b yl e , a u tamazig h t e t à l ' arabe ). To utefois

d

a ns le rapprochement fa i t a v ec l e k a byle nous remarquons que

nombreus e s s ont les

racines communes que M. Taifi ne signale pas (voir plus loin) . Les articles du Taifi sont

d'une richesse incontestables , d'une lecture agréable, ils contiennent de n ombreuse s

locutions , vers de poés i es , proverbes et ethnographique très intéressante .

en somme une i nformation

29

l

)

Le Taifi s ' ouvre s ur une préf a ce du linguiste berbérisant L ion e l Galand , Suit

un e introduc ti on t rès dé t a i llé e qui fou rn i t le maximum d i nform a rion s préc i euses p our qu i conque vo udr ai t co n s ult er le dic t io nn aire, en voici le co ntenu e :

1-

Ai re lin g uistiqu e d u tamaz ight , P - I

2-

Parlers é tud i és, P - II

3-

Enquête lexicolo g ique P- I I

4-

Comparaison ( k ab y le et a r abe ) P- I I I

5 - L a t r a du ct ion P - I V

6 - Méthode et conten u ( classification par racine, la racine: forme et sens ;

reconstitution de rac ine , altération de la . racine . ) P- IV à XIV

7 - Classification des r a cines et organisation des articles sous une même r acine

P-XIV

8- Transcription ph onét ique P- XVI

9 - List es des lettr es, ab r éviations e t sig nes XX

1 0 - A pr ès la no menclatu r e l e x i c a le v iennen t les anne x es (la co nju g ais o n , un

t a b lea u d es pr o nom s et une liste de prénoms masculins et fém i nins ) .

]

1

l

}

La nomenc l a tu r e l e x icale commen ce en p a g e 1 par la lettr e A e t f init i la

p age 870 q u i se ter m i n e p a r la racine L:ZR. To u t au lo n g de s pa g e s, s ont i nsér é s ,

s pora d iq u eme nt , des dess i n s qu i é c la i re nt les termes tec h n i que s .

L e systèm e de n otation adop t é est dan s Se s o ption s fond a m e n t ale s ( notation de l a

t

e nsion p ar u ne co n son ne d o uble , le poi nt so u s c r i t p our l ' emph ase , la seg mentation d e la

c

h aîn e

) ide ntiq u e a u syst ème de no tat ion us u e lle du b e rb è r e , s a u f qu e cert ain es

c

o ns on ne s sont no té s diff ére mm en t :

]

1

J

J

1

l

Le Cc]est not er [ s ], le [y] pa r [g], le [ x ] par lli] le [j] pa r [z] , les af f r i q uée s

v

CC], [ g] son t res p ecti v ement notées p a r [ t s ] et [dz ] . On vo it que le systè me d e nota tion t;St:à tendance phonolog i qu e , laquelle tendance appara î t nettement dans le traitement des assimilationsdans la chaîne (car le s

assimilations a l'intérieur d ' un lexème sont maintenues avec l'indication de l eur s

provenance par le signe < qui précède la forme originelle rétablissant ainsi le lexème dans sa forme canonique. La marque A i ndique la fusion phonétique .

30

6. Classement par racine: nécessite lexicologique et problèmes pratiques:

ri

U

l

l

.J 1

l

1

1

,

1

Le mot berbère est l' assemblage d'une racine con s onantique e t d'u n s chème . La rac i ne peut être constituée d ' une ou de plusieur s c o ns o nne s . L e s ch è me, quant à lui.

c o mport e des v oyeiles et des consonnes qui s o nt de s m o rphèmes d e d ér i v a tio n , i l

constitue de ce fuit « un c a dre formel dans lequel s ' encastre la racine , il comp o rte des case s vides destinés a être o ccupées p a r les éléme nt s c o n s o n a nt iq u e s de l a rac ine» ( M.Taifi 1 991 : I V). le s ra cin es du fa it de leur in v enta ire i l l imité r e lève du l ex ique ,

alors que les schèmes en nombre limité ont une valeur grammaticale et classent ainsi le mot formé dans une catégorie s y ntaxique. Une racine lexicale peut donner naissance à un ou à plusieurs mots. Les différents mots (ou lexèmes) qui ont en commun les mêmes radicales forment une famille lexicale.

Exemples de racines qui ne donnent qu'un seul mot:

KB

: MN ( M ? ) - ) - aman « eau»

GFR - ) -

ag effur « pluie ».

Exem pl e de ra c i n e qu i f ou r nit p l u s i eu rs déri v é s .

« l e fait

d ' h a bit e r », t a nezduyt « h ab it ati o n » , a m ezda r / t a mz d a y t « ha bita nt e e) ». e n co r e q u e

cette r a c i n e r e cèle d e s t r ous le xi ca u x ; l a fo rm e ac t i ve - t r an s itive s ezde r « hé ber ger »

( n o n atte s t ée ) et la f o r me récipr oq u e m yezda g « h a bi ter l'u n chez l 'a u tre » a t tes t é e en

kaby le m ais la c u n ai r e e n tamaz i g h t . e n tou t cas n e fig u a nt pas dan s l e dictio nn a i r e d e

M . T a ifi .

Les r édac t eu r s de l 'i ntr o duction du Da llet, t out a u tant q u e M . T a ifi, d a n s

KB : zor -)- z d ey « ha biter » ttwazda y

« ê tr e ha biter », a zda v

l' introdu ction à so n dic t i onnai r e , pr é cis ent le u r conc e pt i o n d e la racin e qu i. s elon e u x . ne saurai t êtr e c on s id é r ée c o mme une simple relat io n fo r melle e n t re le s m ot s ay ant le même noyau consonantiqu e sans aucune référence a l ' aspect sémantique , to u t comme ils rejettent la tentation qui ferait exagérer les destructurations sémantiques au point d'octroyer une racine à chaque sens identifié , ce qui conduirait au dégroupement homonymique des polysèmes . Les deux termes de l'alternative produiraient des distorsions aussi injustifiables qu ' insensées . Ainsi, si la première position était adopté e on aurait eu des regroupements sous une même racine-entrée de lex èmes qu i manifestement n'ont rien avoir au plan sémantique .

31

 

A titre d'exem ple ,

o n r atta cherai t

a l a s eu l r a c ine L S t ous le s l exème s

 

suivants :

 

els « s'habiller », al es « répéter,

se répéter », ales « homme (en to ua re g) » ,

d

e s « langue

(org ane ) », ili s « toison » , Iles « tendre un mouton » , t i lla s

«

ténèbres » , tulla s « j eune s f illes »

 

En revanche ,

po s er a utant

de

racme s

qu ' il y a de nuances

s émantique s

 

rev i endr ai t a disloquer t o u te s le s racines pol ysém iques (s achant qu e c'es t plutôt la

monosémie qui est une exception) et, partant, augmenter considérablement le nombre de

racines ; par

exemple la racine r donnera i .

plusieurs entrées qui correspondent

aux

différents sens que la polysémie a produits :

 
 

-

ay«

acheter » , ay « épouser » , ar « prendre racine », ay« prendre »

ar awal

 

« obéir », etc . Par conséquent ,

u n e r acme

pou r

qu ' elle

soit considérée

comm e étant

 

commune

a une famille l ex i ca le , doit assurer

une double relation :

C

ependant , i l es t évide nt qu 'a u pl a n sémantique la tâche est d ' autant

form e et sens . plus rude qu e l' o n

l

ne dis p ose p as de crit è r e s f i a b le s qu i permettr ai en t

de délim i ter la p a ren te sé m a ntiqu e

e ntre les u n i t és lex i c a les a y ant en c omm u n un no ya u consonantiqu e t r ès polysémiq u e .

J

Ce q u i a fait . dir e à M . T a if i ( 1 991 : VI ) « q u ' assign e r

des l i mi tes a u x affi ni té s

de se ns et s an s d o ut e l ' u n de s p roblèm es m éthodologiques

co n f ront é un l ex i c o g r a p he' » . P robl è m e , s omme toute , commun à to ut e en t re pri se lexi cogr aphiqu e da n s qu elqu e la n gu e que se soit ; en tém o i gnent le s d é marche s

quant au t ra ite men t

pa r f ois ra d icalement o pp o s é es d es lingu i stes et des lexi co g r aphes

u n i tai r e o u homonymiqu e de l a polysémie ( c f A . Lehma n n , F. M a rtin - Bert het ) OOO

les p l u s é p i neu x a u xque l s est

65-90) et (l P icochs , 1 990:

6 9 -86 ) ,

R e la tiv emen t a ux probl ème s d e d élimit ation

d

e la ra cm e

en be r bèr e ,

D . Cohen (1993 :

un peu trop hâtivement et imprudemment au domaine berbère, confirmant le caractère exclusivement consonantiqu e de la racine pour le sémitique mais que « ceci ne signifie

pas comme on le dit souvent un peu rapidement que les consonnes sont porteuses

161-17 5) n ote que la nature de la racine en sémitique a été transposée

de

sens lexicale et les voyelles du sens grammaticale»

voyelles peuvent avoir une fonction sur le plan sémantique ». Conséquemment , «la racine est une séquence

constituent la totalité des éléments communs a un ensemble dérivatif» (idem p , 162) .

et, du coup , il écrit que «les

ordonnée de phonèmes qUI

32

_

q

!

i

Afin d'éviter l'homonymie de nombreuses rac i nes , notamment les

monolitèreselJesbilitères, et, du coup, faciliter le classement des racines et la recherche

d'P'1 mot dans un dictionnaire , D . Cohen propose pour la représentation de la rac i ne de

tenir compte de :

- la corrélation de tension (tous les cas où elle n ' a pas pour foncti on de

caractériser l'aoriste intensif).

- le redoublement du radical : comment traiter sous une même racine-entrée

F R le ver bef ru « démêler , ré g ler

» le verbefer fer « s 'envoler, v oler » pa r exe mple ?

- le rôle des voyelles particulièrement dans les oppositions thématiques du

.verbe. Il relève qu'en plus des thèmes verbaux à voyelles alternantes : voyelle/voyelle

des thèmes verbaux à voyelles c onstante s qui ne subissent

ou voyel l e 1 zéro, il existe

aucune alternance .Exemple de voyelles alternantes :

- af (aoriste)l ufa (prétérit) « trouver »

- zer (aoriste) 1 z ra (prétérit) « voir, savoir »

1

J

l

1

J

·1

. 1

E x emple de v oyelles constantes :

- verbe fa « bailler »

- yli « tomber »

On voit donc , comme l'écrit D . Cohen (p .168 ), qu e « c e rt ain radic a u x

verb a u x o n t u n e voyelle de timb r e c ons t a nt e t d ' autr e d e timbr es in constant» to u tes ces

rema rque s a m è n e n t l ' a ute ur a d ir e q u e « si on t i e n t c o mp te de l a constance de l a

c o n s onne tendue ( C) d a n s l'ens emb l e dériv a tif de celle des c o n so nne s doubl ée s ( cc) , d e

cell e du t i m bre o u du lieu v o cali que , o n s' aper ç oit que tou tes l es ra cine s homonyme s

disti ngu ées p a r l e s e n s o nt d es co n stituants p h oni q ues con s tants distinc ts » .

Au regard d es po i n ts exposés ci de ssus, il appa r aît c l airemen t que la no tio n

de « racine » re t e nue d ans la lex i c o g raph ie be rbère e st lo i n d' ê tre u ne panacée po ur les

linguistes et l es le xi cograph e s. S i l e s p écia liste bute sur d es di f ficult és , q u 'en s er a -t-il du

lecteur-usager qui , lui, n'est p a s censé être diplômé en berbère pour pouvoir c onsulter un dictionnaire?

(elles-mêmes classées par ordre

alphabétique) n'est pas un choix arbitraire car il est évident, comme le note J . Cantineau

Le choix du classement par racine

(1950 :120) , que « le système des racines est un des deux principes selon lesquels est

organisé e classé, non pas seulement dans nos lexiques mais réellement dans la langue

tout le vocabulaire sémitique ».

-t

33

En revanche, pour le lecteur moyen il est claire que ce type de classement est loin de lui faciliter la tâche de consultation du dictionnaire, et ce, pour diverses raisons :

- la racine est une notion abstraite et les lexèmes ne sont pas que d e s racines

mais des mots qui combinent la rac i ne et la morphologie (au s ens de rè g les de formation

des mots) . Par conséquent, le l e cteur est condamné à avoir une compétence minimale en

r i' i

J lexicologie berbère.

J

- l'homonymie de plus ie urs racines - lui fera parcourir parfois plusieurs pages

et l i re, de ce f ai t , dif f ér ents

articl es pour pou voi r

rencontrer

L ' exemple

de la racine BR dans le Dallet en est une illustration :

le mot r echerc hé. pas moins de v ingt

articles qu i s'ouvrent

différentes sémantiquement

par ces mê mes

cons o nnes.

Il s' agit réellement

de racin e s

m a is formellement

identiques,

allant de la page 36 à la

page 40. 1

- l a non-not a t i o n

de cert a ines emphatiques,

bien qu' i ndiscutablement

phonologique n ' en n'est pas moins déroutante, ex : le lexème azrem « intestin »

l 'entrée ZRM s ans emphase ; ce q u i produit une c o nfusion avec azrem « serp e nt »j

est sou s

_ Le ratt a chem ent de q uelques mot s à de s r a cines, sans/ manifestement / qu 'ils

-1

! n'ai en t r i en de comm un au plan s é m antique ,

e s t le f rui t d ' un ch oix empirique

q u i ne

J

dépen d qu e de l ' intuit i on du lexic ographe (o u p e ut être d e son inatte ntion ?) c e q u i nou s

donne q u elq u es r approcheme n t s d ifficileme n t ac cept ab l e; e x em ple: dans le Taifi no u s

trouvo n s l e n o m a n ed l ib « a ssassi n , en n e m i»

« demander , s ol l ic it e r » .

1

sou s la r a cine e mpr u ntée

à l'arabe I)LB

- le redoubleme nt

q ui affecte certain e s r a c in e s , don nan t ai n si naissance a de s

J

l exè mes expressifs, n ' est p a s not é dans la racine - e n t r ée . O n voit mal comm ent ch er che r

u n m ot s ou s une bilitère d e s l o rs q u e dan s sa réalisa t ion effective il est un e qua dr ili t è re ,

J ex : le ve r beferfer « voler , s ' envoler » -p our de s consi d é r a t i on s

est c lassé s ous FR au lieu de F R FR .

é

)

sû r es,

tymolo giq u es,

pas toujours

on classe

1 certai ns lexèmes e n éludan t un e radicale qui n'app a r a ît vedette . Ainsi le verbe cetki « se plaindre , porter plainte

1 racine CKY au lieu de CKT parce qu'elle

pas au niveau d e la ra cine » , dans l e Dallet, est sous la

CKY en arabe ou

existe

sous forme de

encore parce que l'on a des dérivés nominaux en kabyle ou cette étymon réapparaît

:

1 ccikaya «plainte)}

et acekka y « plaignant ». En tout état de cause , les deux

de la même racine doivent figure r dan s le dictionn a ir e .

forme s

1

1

34

1

t

.

- de plus, c erta i ne s rac i nes constituent des entrées sans qu ' on pu i sse le

justifier en s y nchronie. Elles ne figurent d a ns aucun lex è me a ve c les c o n so nne s r e t e nues

d

ans la rac i ne-entrée: en kab y le le verbe mbad « procurer , ch e rcher à s ' informe r » e s t

li

ée a l a racine BI) . I l en est d e même du v erbe nnuf r u « a cc o uc h er » r atta c hé a l a r a cine

FR (bien que dans le Dallet il y ait un renvoi à la racine NFR ) , ca r même si

v raisemblablement le v erbe nnufru est un dérivé à

moins que la base de dérivat i on e s t s y nchroniquement lacun a ire e n k a b y le. Pi re enc o r e est le classement r é se r v é a ce même v er be nfa r a ( a v e c le même se n s d e « a ccoucher » da ns le Ta i fi) r attaché à la racine FR et se retr o u v e , du coup ,

il n 'e n demeure pas

préfixe n

dans le même article que le verb e f ru « payer ses dettes , r e mbourser , a cquitter , régl e r u n

différent , être terminé

dictionnaires d'étymologie? Les rédacteurs respectifs des deu x dicti o nnaires ont, pourtant , e x pressément affirmé le contraire.

». Doit-on compr e n d re par là que l 'on a af fair e à des

l

- A base de quel c ritère classe - t-on le lex è m e a m an « eau » so u s l ' entr ée

M au li eu de MN ? A -t- o n un e tr a c e du singulier sans « l a radica l e » N ?

]

1

1

1

i

- P r o blématique e st a ussi le traitement r é s ervé à l 'a r tic l e défini de l 'arabe

( c on t en u dans les e mprunt s) qui n ' en est p as un e n k ab y l e , t out co m me d ' ail l e u r s en

t am azi ght . En ef f et , le s emp r u nt s à l'arabe tout comm e les emp runt s a u f r a nçais q u i

n ' o nt pas ét é a d a ptés au m o u le fo r mel de s lexè m es berb è re s gardent ( p ou r l es p r e m ier s ) ou s e v oie n t a dj o indr e (p o ur le s deuxième s ) le « 1 » c o mme pr e m i è r e r ad i ca le d e la racine . E t il n ' e s t null ement que s t ion d'a r tic l e en be r bè r e . Sel on R . Kahl o uc h e

( 1 992 : 37 5) : « le be r bère ne connaissan t pas le « d éf ini» l a m a r que de c ette m o d a l i t é .

[ 1 J, bi en so u ve nt i nté g ré e av ec le s s ubst a ntifs a rab e s. se f i ge s u r le lexème e t f a it pa r tie

du radical » . Dés lo r s q u'il s 'a gi t d ' une radica l e

s o n ex t ir p ati o n de l a r a cine-ent rée, Il est vra i q u e lo r s qu ' i l est q u e s t i on d e raci ne s

v erb o-nominal e s ( c'est- à - d ir e qu i pr od u is ent des v erb es e t des nom s ) la s u p pr es sion du

« 1 » peut s e ju s t i fier en rai so n du f ait qu e ce ne sont pas tous le s mo t s i ss u s de la r a cin e

pu m o t i ver

l' on ne s ait p as ce qui a

qu

i le comp o rt ent ; ce so n t les nom s, gé n ér a lemen t , q ui on t le « 1 » co mme r ad i cale ,

A

t i tre exe m p le :

la

r aci ne HIM :

jhem « comprendre » (1 er forme verbale ) . sej hem « fa i re comprendre » ( forme f actitiv e ) .

Verbes

twafhem « être compris» (forme passive )

m sejham « s ' entendre, se comprendre mutu e llemen t »

( forme réciproque) .

3 5

Ces verbes et leur s noms d ' actions respectifs : afham , asefhem , af»?se f hem , amsejhem ne comportent pas le « 1 » et sont de ce fuit trilitères. Par contre les noms suivants: lefhama « la compréhension , l ' intelligence »

voient leur racine étoffée par l'apparition du

C'est là , sans doute , un des

points que la méthodologie en matière de lexicographie berbère doit trancher dans un

sens pratique. En revanche, la suppression du « 1 » est d'autant plus incompréhensive qu ' il s'agit de racines nominales, c ' est-à-dire qui ne produisent pas de verbes mais des noms

BZ ,

Ifahem « l'intelligent , le cultivé , l e sage »

« 1» et passent, ce faisant, de

trilitères aux quadrilitères.

seulement . Pourquoi doit-on chercher les lexèmes Ibaz lqaea « sol , terre» sous QI, lebd en « corp s » s o u s BDN

« faucon»

?

sous la racine

En guise de conclusion , nous croyons

que les obstacles sur lesquels bute la

15-26 ) mais la

confection des dictionnaires e n berbère

pratique l exicographique ga g nerait , (s i l'on ne veut pas continuer à produ i re des o utils

destinés

quelques points qui , anodin s d e prime abord , permettraient d'améliorer un tant s o i t peu

à un p ub l i c d e plus en plus large . Par voie de conséquence ,

n ivea u de la r a cine-entr ée :

sont ardus (cfM .

un large public)

Taifi, 1988:

à prendre

plu s à des spécialistes

qu'à

en considération

il f audr a a u

l

' a ccessibilit é

 

-

noter l e s redo n da n ces

d e radi cale s e t / o u l es re d o ub le ment s

de cer taine s

1

1

racines ( lexique s e x pr essif ),

 

~

.

 

- noter l ' emp ha s e ,

·.:-i

- ne p as s upprim er l e « 1 » (ara b e) de s e mprunts en rec our a n t

à de s r env oi s

pour ne p a s sé pa r e r les nom s ( pour l e sq u el s l e « l » co n s titue un e r a dic ale ) d es verb es d e la même f am ill e le xic a l e , qu it t e à se confr o nter au p r oblème d'au g m en t at ion d u no mbr e

de rac i n es e t au pro b lème d e la tau t o l ogie ,

l a

rac ine - entr ée ( e n ta n t qu e n oya u consonantique ) ma i s pr endr e

su gg ère M . Tai : fi (1 988 : 26 ) la forme n u e du v er be qu a nd l a fa mill e le x ic a l e e s t

marquée (forme au

po ur entrée , comme l e

- é ve n t u el l e men t

n ot er

le s voy elles,

par con séq u ent ,

aban d onner

structurée autour d'un verbe , et la forme nominale primaire non

singulier 1 masculin) quand le reste des dérivées est issu d'un no~

- engager une réflexion sérieuse 5U( \èlassement de tous les lexèmes par ordre

alphabétique, pas très économique , certes, mais d'un avantage pratique plus qu'évident, quitte à séparer ce qui est uni dans la langue. La technique des renvois pourrait s'avérer très efficace dans ce c a s .

36

'"1

.

;

1

CHAPITRE III

R ACI NES C O M M U NES E T A LTER ATION S

n

i

d

1

-l

; s

:. ~

l

j

j

J

Une fois fournie la définition minimale que l ' on adopte de la r a cine nous

do nn e ron s en p r e m i er li eu le nombre et le pourcentage de r ac i ne s communes , a près quoi , nou s ab ord er on s le s altérat i ons d iv erses qui affectent l e s rac i nes : r é duction de racin e s p a r c hu te de radi c al es et assi mil atio n , changements phon é ti q u e s q u i rés ultent d u

c h a ngement du point d ' articulation etJou du mode de franc h issement , m é tathèse p a r

i nterversion de radicales et augmentation de racines par l ' adjonction de nouveaux fo rmants (dans la form at ion du lexique ex press if p r incipaleme n t ) . Traiter des diverses altérations de racines, c'est inévitablement aborder un phénomène qui relè ve de le diachronie quand la forme primitive d ' une racine e st

retrouvée g râ ce à la c om parai s on interdi a lectale , et ce, bien que cette c o mp a raison p o r te

s ur deu x s ynchronies en l ' o c c urrenc e c elle d u ka byle et celle d u tam azight . P ar co n tr e ,

la l i mit e en t r e la d iachronie e t la synch r o n ie devient moins nette dès que l'o n e st fa c e à des cas où la simple c o mpar a ison des mots d ' une même famille permet d e repére r un e

al t ération. C e t t e al t é r a t i on peut affecter , à un stade antérieur d e la la ngue , un ou

deu x dé r ivés sans qu'elle s'é tende forcément a u reste des d é r ivés d' un e même raci n e .

Par voie de conséq u e n ce , un phénom è ne linguistique , m a ni fes t eme n t produit de

l'his to i r e , est -' : é tec t é pa r u n e a pproche sy nchronique . S ' agit - i l d e l a sy nch r onie pour r epren dr e une formu le d e M . Taifi (1990 : 219)7

diac h ro n i e dan s l a

1 - L a raci n e : défin i t io n m i nim ale:

Les berbérisa nt s s'a c c o r d e n t s ur le fu i t q u e l e mot b erbère es t le ré s ultat d e l a

c om binai son d ' un e ra cine et d ' un schè m e . La pre miè r e est consonantique et appart ient

au l e x i q u e, a lor s que le deuxiè m e contie n t in différemment de s co n s on n es e t d e s

v o y el le s , c on s ti t u e un ca dre f orme l a vec d es v id es où s ' e ncast ren t le s co n sonne s de l a rac i ne p ou r c h a qu e fo r me dé rivée et a pp a rtie n t , de ce fait, à la g r a mmaire . U ne r ac i n e

est détermi n é e à base de deux cr itère s : la fo rme e t le s en s. Il ne s u f fit pas q ' un nombr e

dét erm iné de ra dic a le s dans un o r dr e const a nt soit repérable pour c o nclu re à l'e x istenc e

d ' un e r aci n e . On ne saurait parler de racine s i le sens ne vie n t pa s c onfirmer l'un ité

s émantiqu e en plu s de l' u nité formelle . Aussi, quand au plan formel , de nombreuses racine s son t homonymes, c'est le sens qui permet de démêler l' écheveau en distinguan t plu s ieurs racines différentes sémantiquement en dépit de leur aspect formel identique . Il lustrons p a r des exemples: si l'on ne s ' en tient qu'à l'aspect formel , on a ura une racine FS pour plusieurs lexèmes qui, sémantiquement , n'ont rien de commun :

3 8

afu s

« main »

f s i < f s e y « tondre , s e fondre . dénouer » et toutes les a utres

ér i v é e s . « h y èn e »

d

ifis

formes v erbale s

tafsut « printemps»

i fsu s « être léger » et d ' autres dérivées nominaux et verbaux .

f

su

« éclo r e, s ' ou v rir en parl a nt de s Heurs »

Il en résulte donc que le sens est i ndispensable dans la détermination d'une

r acine . S i la fo r me manifeste

exi s te nce, la d é limi t e par r a pp o r t a ux autr e s racine s. Po urtant , malgré l'app a re n t e

s impl i c ité a v ec laquell e nous présentons la racine , le problème de la délimitation et de

l'existenc e d ' une rac i ne , le sens , l ui , con : finne so n

 

la

dét e rmination de cette dernière et pour le moins très délicat (voir D.Cohen : 199 3

p

16 1 -1 75 e t i c i même ch a pitre I I ) .

:

\

1

j

L

a raci n e n ' existant p as en ta n t q ue t ell e mais e t a n t t o uj o urs a malg a mée a v e c le

s

c hè m e d a n s l e s formes de m o ts réal isé es p ar l es l o cute u rs , o n l 'o btient par un pr o céd é

de ré d u c ti o n q u i c o nsi s t e à l' effa c e m e n t de to ut é lém en t s (voy ell e s o u co n so nn es )

à

v ale ur gra m m at ica l e o u dé r i v ation n ell e . C e qu i pe rm et. par exe m ple, d 'o bt enir l a

r

aci ne : B O R à p a r ti r d e l a f o rm e uemyebda r en « ils s ' évo que n t m ut u ell eme n t » .

l

' i ndi ce de p e r s o n n e - n en f i n a le ( 3 L "!T I e person n e , m as culi n , plu r iel ) .

l

e pr é fixe d e dé r iv a ti on v e rb ale m y - v al e ur r é c i p r o qu e ).

l

e pr éfixe ti - de l ' ao r i s t e i n tensi f . la v oye l l e - a - du th è m e v e r ba l .

 

les vo ye l l e s zé r o n o n ph o n olo gi que [ e ]

 

l

es co ns onnes b , d , r , co n s t itutiv es de l a r a c ine B DR .

Vo ici , br i è v ement , présentée la racine lex i cale en berbère , mais c ' est là une sorte de présentation minimale exposée ici beaucoup plus pour son a spect pratique que

héorique dés lors qu ' il n ' est ni dans notre ambition , ni dans notre compétence, de nous engager dans un débat théorique qui, du reste , n ' intéresse pas directement notre étude ;

t

e plus, les dictionnaires de Dallet ~t de Taifi , corpus de notre étude , s e s ont limités à cette délimitation minimale .

d

 

39

 

1

!

2-Les racines communes: difficultés et variation:

Une racine est commune au kabyle et au tarnazight sans pour autant qu ' elle

donne naissance aux mêmes dérivés ou qu'elle ait des signifiés totalement identiques

d' un dialecte à l'autre . Pour peu que l'on relève un invariant sémantique porté par un

noyau consonantique, abstraction faite des multiples altérations (repérables ) dont peut

faire l ' objet ce noyau , l'on considère que la racine est commune. Une racine commune

peut présenter, d'un dialecte à un autre, une variation du signifié où une productivité

dérivationnelle divergente ou encore subir une altération phonétique dans un d i alecte

mais pas dans l'autre.

Exemples:

a - V ari ation du s ign if ié:

la r a cine

Zi\1R:

TM : azemmur« olivier sauvage»

KB : azemmur « olives, olivier greffé , une olive »

j

b - Variation du signifié et dérivation différente:

La rac ine ZL :

TM : u z z a l : « fer Il ferraillell coteau I l fusil »

K B : u z : a l : « f er Il sy mbole de dureté , de solidité Il forceps » .

De la m ê m e raci ne , le tamazight donne n aissance à de s dérivés

k abyle :

tu zzal t « coutea u , lame »

u ze l ( uzl e n ) « é peron ( p o u r piqu er un chev al ) » ,

tuzl in « cisea u x »

u zale n « gra n ds ci s e a u x »

a mzi l « f or g e r o n Il Maré ch al -

t amzilt « hiron dell e» ( p ar eup hém i sme).

ferrant »

c - Alté r at ion p ho né t iq ue

de la ra c in e:

-K R~

C R

• TM : aeer ( aker aussi attesté) « voler, dérober»

KB : ak''er :« voler, dérober»

.

- SKR~CR

TM : tiskert / ticcert«

ail , gousse d'ail »

KB : tieeert« petite ongle ,petite

griffe Il pointe Il ail » .

40

la cunai r es en

g ;

:

;.

; : ;;

Ce

qui

n ' est

qu ' une

v ariation

en

TM

( ti ske r l t i c ce r t)

c o nn aî t

un e

p é cialis a tio n sémant i que en KB , t i s kert y sig nif i e « petite po usse d'a rbr e, bo utur e

s

(n otamment d e figuier )» dans le s parlers de Grande K a b yl i e.

La même altération affecte l a racine SKW~ C :

• TM: isk liccl « corne Il sommet , cime » .

• K B : i cc 1 i c cew « come »

Dans

sa forme au pluriel. ce mot maintient l a var i ation et est polysémique

e n TM : a skiw enlacci w e n: « corne , sommet , cime , col de l ' ut é rus » . Or ces deux

formes, en kabyle, ne constituent p as un e v a riation pu is que la d i fférence formelle y est

employée et in v estie pour rendre une spécialisation sémant i que :

askiwen : « col de l' utérus »

a cciwen : « cornes »

Sy n c hron i que me n t ,

il s' agit de deux

raci n es distinc tes

en KB , sa u f à fai r e

de l a d i ac h r o n ie e t d e l ' é t y m ologie. Pou r t ant

les deu x l exè mes . Est - ce qu e

se ule v a ri a nt e du TM , cel l e q ui a subit l ' alt é ratio n .

askiwen l ac c iwen?

distincti on s é mantiq u e pu isqu ' il s 'a git d ' un s eul et u nique lexème.

il es t i ns ensé

de nie r le l ien exi st a nt e n tre

le lexè me k abyle a cci wen

qu ' en t a m az ight ,

« come» e st à r att acher à un e

acc i wen o u au x deu x v ariante s

p as de

On s ait

les d eu x lexèmes n e con n a i sse n t

E n tou t état de ca u s e n o u s av o n s co n si dér é les d eux ra c ines SK (SKW ) et

,

i

J

.·1

l

J

J

i

C / CW co mm u nes a u x d e u x diale c t es m algré un traitement s é m a n ti qu e div er g en t selon

que l ' o n est en KB ou e n T M .

l e re cour s a u sen s et s i l ' on se limita it à la fo rme de la racin e

à l a r a cin e

o n serait i nd ui t e n e r r eu r et o n distingu erait

Parfois , n ' était

ain s i d e s r a c i n e s co m mu n es:

k

a b yl e : MKTY

dan s mme kii « se s ouve n i r , se rappe l er »

cor re s pond

e n ta m a zigh t

à la

raci n e KTY, a v ec l e mê m e s en s.

L e [m]

d e l a racine KB n ' est ni un morph è me

d e

dérivation n i u n é l ément expre ss i v e , mai s bi en u ne r a dica l e à pa r t e n tière , du m o i ns en

syn c hronie;

f igure , e n plus de MKTY , la r ac ine KTY sans l e M . A ucun e donnée de

notre connaissance , ne permet de retenir KTY au lieu de MKTY comme racine-entrée.

d 'ai lleu rs c ' est avec é to nn em ent

q ue l' on dé c o u v r e

q u e d ans le Dallet

la synchronie , à

3-Nombre et pourcentage de racines communes :

Ii

Maintenant que nous avons pass é en revue les difficultés de délimitation de

la r a cine et autres obstacles à la reconnaissanc e des racines que se p a rtagent

dialectes , nous passerons au nombr e de racines commune s.

4 1

les deu x

Sur un total

de 5498 racines,

environ ,

que contient le Dictionnaire

tamazight - français, de M.Taifi nous en avons dénombré 2945 racines communes

( y

compris les emprunts )"

selon la première lettre de c l a s s if i c a ti o n d a n s le dictionnaire :

soit un pourcentage de 53 , 56 % . Elles se répartissent ainsi

Lettre

Racines communes

Racines non communes

TotaI des racines

A

04

0.0.

 

04

B

153

154

30.7

C

155

123

278

D

105

10.3

 

20.8

0

48

34

82

F

166

99

265

G

109

111

220.

H

37

51

88

I:i

104

3]7

42]

l

05

0.0.

 

0.5

J

&3

41

124

K

142

99

241

L

121

93

214

M

221

210.

 

431

N

1

191

151

342

1

1

Q

1

124

92

216

r

112

74

1 8 6

R

1

152

127