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Du Sujet en Linguistique Kristeva

Du Sujet en Linguistique Kristeva

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Julia Kristeva

Du sujet en linguistique
In: Langages, 6e année, n°24, 1971. pp. 107-126.

Citer ce document / Cite this document : Kristeva Julia. Du sujet en linguistique . In: Langages, 6e année, n°24, 1971. pp. 107-126. doi : 10.3406/lgge.1971.2609 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lgge_0458-726X_1971_num_6_24_2609

JULIA KRISTEVA C.N.R.S.

DU SUJET EN LINGUISTIQUE

« Quel est l'objet, à la fois intégral et concret de la linguistique? » (F. de Saussure (1960), 23.) « ... Il y a quelque chose dans le statut de l'objet de la science, qui ne nous paraît pas élucidé depuis que la science est née. » (Lacan, 1966, 863.) La question inaugurale de Saussure visant à cerner la linguistique en définissant son objet, semble céder aujourd'hui devant des approches où la rigueur formelle prétend réduire sinon évincer l'angoisse saussurienne de s'assurer un terrain « intégral et concret » pour l'exercice du formalisme. Nous allons essayer de démontrer, dans ce qui suit que : (1) Si la suspen sion de Y objet est.de règle dans une théorie logique, elle ne saurait l'être dans une théorie scientifique « factuelle » (physique, psychologique, etc., mais, aussi et davantage encore, linguistique); (2) Chez Saussure comme chez Chomsky, la position de cet objet est logiquement antérieure à la théorie Tx et T2 (au sens de p. 7) et se définit par une certaine théorie implicite du sujet parlant; (3) Si la cohérence des théories linguistiques comme : ensembles d'une ; classe dénommée « la linguistique » se présente comme due à un objet « intégral et. concret », elle est en réalité produite par la posture spécifique d'un sujet qui à la fois s'y produit et en expose la théorie.. De sorte qu'une épistémologie soucieuse de la production des concepts en linguistique pourrait transformer la question saussurienne ainsi.: quel est le sujet, à la fois intégral et concret de la linguistique? Nous appellerons dispositif épistémologique ce rapport du « sujet » de la théorie à son « objet », en posant qu'il détermine en dernière instance la compactification-décompactification des Tx et des T2 au sens emprunté à Desanti. Plus précisément, en ce qui concerne la linguistique, la topologie du sujet (le dispositif épistémologique) est l'économie de la théorie comme un « ensemble d'articulations ». ■ I. — L'acception sémantique, de 1' « intension ». pragmatique et épistémologique .

Le terme d'intension semble être la traduction par Sir William Hamilt on' du terme de compréhension qu'emploie la Logique de > Port-Royal

notamment le statut qui y incombe au « contenu ». 1837). pour une tentative de formalisation topologique des formations de l'inconscient « Scilicet ».q' q' = F Le(sujet. p) qui semble nécessaire pour l'articulation d'une théorie . Or. mais fera nécessairement recours à une théorie topologique du sujet. il correspond chez Bolzano à Inhalt (Bolzano. Nous. Ainsi. F est la fonction qui relie « le locuteur natif » au « prédicat ». cf. dans ce qui suit nous ne faisons que suggérer certains recours topologiques sans en donner la formalisation qui. Il est employé en épistémologie par M. des extensions et des formes. locuteur p'). q peut être considéré comme une construction intensionnelle au sens où sa vérité ne dépend pas uniquement de la vérité de l'énoncé subordonné à p. la valeur « pragmatique » (gardons pour l'instant ce terme) nous paraît être non négligeable en épistémologie. F désignant la relation « pragmatique » « penser ». On comprend que l'épistémologie d'une science « factuelle » ne sau rait écarter F pour se contenter de la solution étroitement sémantique de l'intension. C'est ce dernier aspect qui nous intéressera ici (cf.. ou « référentiellement opaque » (Quine).-. et — qui plus est — concerne les sciences dites factuelles. scientifique «factuelle» (au sens de T2. s'approche de Sinn chez Frege (Frege. F est un ensemble de la classe des fonctions « ne préservant pas la vérité ». et étudie l'intension comme un objet purement sémantique (au sens de Carnap). p). ou « oblique » (Frege). plus loin : il est indispensable d'analyser cette opacité. 659 sq. D'une autre façon. ici le « linguiste » : q = F (sujet. s'avère fort complexe). L'épistémologie se servira aussi de la logique modale et de la « pragmatique » pour préciser la fonction F (sujet. II. si nous avons deux énoncés : p = Le langage est donné dans la conscience des sujets parlants. et devrait s'adjoindre à son traitement « sémantique ». elle est dite « pragmatique ». aux objets sui generis distingués des referents. 7) à ses « contenus ». q = Le linguiste pense que p.Bunge écarte l'emploi du terme « intensional » au sens de pragmatique (impliquant « doute ». L'argument majeur pour cet emploi est que seule la logique peut opé rer avec des « formes pures » tandis que la construction scientifique enchaîne des contenus. aussi bien que son sens de modal. c'està-dire aux énoncés de la théorie. mais dans une théorie métascientifique.). « savoir » et « affi rmation » et donnant lieu à la logique intensionnelle (Whitehead and Russ ell. « croyance ». Pourtant . et .' 19) en y . ou cette oblicité de la fonction F (sujet. L'analyse dont il s'agit ne saurait se tenir à la pragmatique et à la logique modale. p) et d'en préciser la spécificité pour les diverses sciences « factuelles » et particulièr ement pour la linguistique où l'on peut supposer que F possède des caracté ristiques introuvables ailleurs et d'une importance capitale pour les résultats de la théorie. 1971) dans un sens sen siblement différent. 1662 (1965 : 59).natif (= le linguiste) pense que p'. l'épistémologie husserlienne. 1901 (1961) : t. mais que nous mettrons en parallèle avec ce qui précède. 1942). c'est-à-dire non pas dans une théorie réglée par la notion de vérité.. 1970 : 169 sq. Bunge (Bunge. accordait une place impor tante au «contenu intentionnel» (Husserl. . irons. 1892).108 (Arnauld et Nicole. 1927 : 72 sq. mais aussi du sujet. et correspond à l'énigmatique et « évi dente » « intuition » des générativistes. p. « syntaxique ». La même réflexion s'applique aux deux énoncés suivants : p' = Phrase -> SN + SV. . et se retrouve jusqu'à la formalisation de Carnap comme L-content (Carnap. se servant de la théorie des filtres. on le sait.

p). Toute la linguistique moderne obéit aux fondements saussuriens et par conséquent poursuit la veine phénoménologique. « l'unité de la signification et l'unité de l'objet ». nous dégagerons l'économie du sujet dans la métalangue comme indice du champ de la théorie. Infrastruc ture de l'intension. mais ne se construit ni comme « classiquement logique » (préservant la vérité). Notre démonstration suivra le fil suivant : nous allons rappeler quelques propositions qui. où p représente les énoncés-prédicats dans la théorie. et partagent ses positions quant à l'objet (signe) et à la méthode (systématique) de la connaissance. seront écartés de notre inté rêtles formalismes qui spécifient les T2 en Tt. la façon « énigmatique » par laquelle un « vécu » à « contenu réel » peut avoir un « contenu idéal ». héritent des courants scien tifiques et théoriques ayant préparé l'avènement phénoménologique. . aussi bien qu'elle relève de la topologie du sujet scientifique propre à la construc tion saussurienne du Cours dans sa version connue. soit rejetée comme extériorité de l'enchaînement systémat ique. c'est-à-dire dans les conditions réelles de leur fonctionn ement et de leur développement. Un tel traitement découle du fait qu'on posera une théorie comme un espace hétérogène dont font partie l'économie de son sujet aussi bien que la base économico-sociale où se déploie sa pratique (ce deuxième aspect ne fait pas l'objet de cet article). notre . des vécus d'expression ». mais les analyser.d'une < théorie ne signifie pas élucider ses évidences comme telles. il n'est pas sûr que ce geste doive se faire par une revendication de la métaphysique — corrélat de la phénoménologie. les dis soudre. 1' « objet ». Mais elle exige un remaniement du dispositif théorique lui-même qui poserait 1' « intension » au-dedans de la théorie en la liant au lieu de son sujet. Dans la mesure où la brèche freudienne ouverte dans le sujet cartésien permet que s'y dessinent diverses topologies articulant sa position à celle de l'objet dans les discours. ni de l'évidence pure de la phénoménologie. les formulations explicites de Saussure. exposées dans le Cours. comme fondement de la procédure théorique « formelle ». donc comme métaphysique. de la théorie. Chercher les conditions réelles i de la production . Évidemment. Contemporaines de la phénoménologie husserlienne. 7) du langage. ni comme « intensionnelle ». notre réflexion débouche sur un domaine plus large et autr ement articulé. mais saisit les sciences dans leur procès. Dans une telle acception. le terme « intension » peut être abandonné : partie de lui. Elle traverse 1' « inten sion» aussi bien que la modalité parce qu'elle en déplie le sujet. p. les topologies prennent la place de 1' «intension ». fonctionnent comme pré dicats des théories T2 (cf. et en essayant d'en tracer non pas le « contenu » mais le topos. se maintient dans le procès de la signiflance (n'implique pas des referents).109 voyant le « sens idéal de l'intention objective . Car la démarche qui s'impose ici nous semble ne pas relever de la « philosophie première d'Aristote » cherchant les pré suppositions d'ordre métaphysique qui fondent la connaissance. S'il est important aujourd'hui de reprendre ce noyau fondamental de toute théorie scientifique. La relation F (sujet. démontrer l'engendrement dialectique de ce qui se présente comme «évidence». un tel remaniement est impliqué par une épistémologie qu'on pourrait dire matérialiste et dialectique au sens de Cavaillès : elle n'est pas une théorie phénoménologique de la connaissance. elle demande une topologie pour que s'y représente le dispositif épistémologique où le sujet-producteur se noue aux prédicats de la théorie pour délimiter le « contenu » ou comme dit Saussure. La solution de 1' « énigme » est soit recherchée par une voie somme toute psychologique. chez Saussure et chez Chomsky.

C'est en la situant dans « la conscience des sujets par lants » (Godel. C'est en envisageant la langue comme un « produit social ». « Rien ne peut être abstrait dans la langue si l'on déclare concret tout ce qui est présent à la conscience du sujet parlant » (Godel. II. 68) qu'il en fait un objet concret. 66). 1970 : 15001506). « institu tion sémiologique » (Godel. — Saussure : la barre et le déplacement. 1970) où s'agence le système : tel semble être le fondement de la linguistique saussurienne. partant. le projet saussurien rappelle celui de Husserl mettant en parallèle l'analyse grammaticale et l'analyse de la signification : pour fonder la scientificité de la linguistique. une logique entendue au sens large de sémio-logie. « En: grammaire. > Doctrine stoïcienne. langue « objet » et langue « instrument ». Jusqu'ici la conception saussurienne de la linguistique ne se distingue pas d'une logique : V « objet » langage est mis en face de la métalangue qui y. nous soulignons). ! . et probablement de toute science « humaine » positive qui ait pu s'esquisser à la même époque : Doroszewski (1933) signale la dette saussurienne vis-à-vis de Durkheim et à son « hyperspiritualité ». reprise exacte du signe stoïcien et de son corrélat du côté du sujet. de la « linguistique statique ». Intégral veut dire contraignant : «hors de tout choix » (Godel. la métalangue du sujet scientifique est le modèle qui recoupe le domaine de la linguistique (Kristeva. la « conscience de la langue » en tant qu'elle concrétise le signe.. la méthode est -de considérer comme réel ce ! que la conscience de la langue ratifie » (Godel. véri fiant. La partie pour le tout. représente la véritable «intension» de la métalangue saussurienne et. la seconde pouvant rendre compte de la première par un procédé paradoxal : en la concevant comme un ensemble dont elle n'est qu'une partie et en recouvrant pourtant cet ensemble. Le signe qui assure cette ■• intégralité sera par conséquent considéré comme déjà donné. '• Remarquons le caractère ambigu de cette définition : « Le concret. En ce point. produit du contrat social. La conscience du sujet parlant scelle cette intégralité en devenant le critère de sa vériflabilité. 1957 : 77) que Saussure en fait l'objet intégral de la linguistique. le sage stoïcien qui boucle le temps dans le moment présent (Goldschmidt. Saussure a besoin de former son objet à l'instar de celui de la logique qui fournit les normes de la scientif icité. c'està-dire ce qui est significatif à un degré quelconque et qui se traduit par une différenciation d'unités » (ibid. 74). classant. 1) La loi : le signe." 84). Aussi peut-on dire que l'objet sémio-logique de la linguistique est le résultat des mêmes préoccupations épistémologiques de normativité logique qui président aux fondements de la sociologie. 50). c'est ce qui est ressenti. pour conclure que Saussure « s'appuie essentiellement sur une conception philosophique étrangère au fond à la linguistique » et que la démarche saussurienne est une « curieuse tentative entreprise par un linguiste de génie. représentant de sa loi : «le moyen de production du signe est indifférent» (Godel. Kristeva. pour concilier les doctrines opposées de Durkheim et de Tarde ». 1969. comme si le langage était scindé en deux. imposant un système tout en y permettant des variations. projette ses propres structures. Porte d'entrée de la linguistique dans la sociologie et la psychologie.110 conclusion suggérera la nécessité d'une « articulation plurielle » de la li nguistique. légiférant.

» (Godel. 2) Le caractère inconscient : les deux axes.« objet langage » ce qui « le distingue de tout autre acte psychologique ou en outre logique ». plus loin. sémio-logique et psycho-logique. Ainsi la théorie saussurienne entame son décollement de 1' «évidence» logique. le sujetparlant se coupe en deux pour s'agripper à son versant « meta. ce geste fondateur étant accompli. via Sechehaye . D'abord. mais (ce qui a une autre portée) avec la grammaire elle-même » (Godel. aux aphasies. il sera nécessaire de ci rconscrire le « fait linguistique » en <t lui-même » : d'extraire de l'ensemble sémio-logique. Ne pourrait-on pas parler de catégories plutôt que d'unités? Non.) — mise en garde qu'on oubliera facilement de nos jours. Avant de préciser comment s'a ccomplit chez Saussure cette proximité du procès qui le mène au cœur d'un non-savoir dans les Anagrammes. De plus en plus près du procès. et en s'y rattachant pourtant parce que la théorie. et. Recul qui est en fait un ? déplacement de * la barre métalangue /langue ■ « objet ». « loi » et essayer ainsi de théoriser (d'expliquer par un enchaînement sys tématique) l'autre — le procès. mais à jamais dissocié de lui. Et pourtant le surplombe. le signifié. Mais la grammaire ne peut pas se substituer à la linguistique (ibid.. Les travaux de Wundt. en deçà de lui. déplace sa frontière au fur et à mesure qu'il creuse dans 1'. 52). la loi. et que nous avons appelé ailleurs « géno-texte » pour le distinguer aussi bien de la «langue-objet» que du « signifiant » psychanalytique. Saussure s'intéresse aux localisations de Broca. « lesquelles sont du plus haut intérêt pour régir non seulement des rapports de la psychologie avec (le langage?). mais en se portant de plus en plus près de ce procès où la langue fonctionne avec le corps. jusqu'à reculer de plus en plus vers les spécificités de l'acte du langage différentes des enchaînements évidents de la métalangue. soulignons que la scission même du domaine du langage n'est jamais mise en doute dans la procédure linguistique : la métalangue se maintient fermement comme doublure de son «objet». « norme ». « Car la seule idée suf fisante serait de poser le fait grammatical en lui-même et dans ce qui le distingue de tout autre acte psychologique ou en outre logique » (Godel. le voit en face. Procès '. La linguistique recoupe la logique en quelques points seu lement que représente la grammaire générale : celle-ci « comprend total ement les points où la linguistique touche de près à la logique : catégorie comme substantif.dont < la métalangue et son sujet ne sont que des parties prenantes. 68). etc. vers 1' « évidence » grammaticale. 182). verbe. matérialité du sémiologique — qui devient le fil conducteur d'après lequel la métalangue repère les particularités du procès qui la conditionne à condi tion d'être dominé.» fait partie du même « autre » comme par une application injective. les catégories logiques seront jugées inadé quates pour la théorie linguistique. le signifiant. et remplacées par la conception du caractère discret du signifiant qui se morcelle en unités de a lui-même » : « les parties du discours (catégories logiques ou linguistiques?).Ill Pourtant. sans que jamais cette barre soit levée. loin de préconiser un abandon de la science. car le caractère linéaire de la matière phonique oblige d'abord à découper celle-ci pour avoir des unit és» (Godel. etc. l'enchaîne. l'engage dans un système construit. Recul qui. guidera en cachette la théorie vers des relations signifiantes invisibles à partir d'un autre point de vue. 52).». car elle conditionne la posture de la connais sance linguistique et préserve son sujet sous l'abri de la normativité logique. Ensuite la psychologie. le « meta. C'est le signifiant — empreinte phonique et réseau d'agencements. le réfèrent. la norme. critiquée et refusée. l'ensemble propre à la linguistique.

« née en lui sous l'impulsion de la classification des associations psychiques des psychologues . véritable objet de la linguistique : « L'objet du problème grammatical. La thèse de Wundt (Wundt. p). « primaires » — similarité et contiguïté. 1904 : 134).science linguistique conçue. ce qui est présent à la conscience du sujet parlant » (Godel. Cette visée. n'a rien à voir avec le concept freudien. Saussure a dû les retrouver chez Kruszewski. bouclant le cercle du savoir et se posant comme son centre mais en dehors : totalité et zéro. vers la linguistique. > Or. mais jamais sujet psycho logique plein. leurs connexions phoniques et « leur contenu dans l'ordre temporel et dans l'état présent. et d'accentuer la contradiction au sein du procès P généra teur du langage: «l'éternel antagonisme entre une force progressive conditionnéeparles associations par similarité. ni pur symbolique. ni pur imaginaire. on le sait. « non créatrice » : « l'activité de classement » (Godel. Car le terme « inconscient » chez Saussure. suspendu (dans 1' « i nconscience » saussurienne). que je me suis aperçu qu'en énumérant ces forces. d'une évolution de la théorie dans le temps. donc. 1908 : 18). en effet. comme magnétiquement. le sujet forclos de la théorie . semble être ici ce « je » forclos (dans la métalangue). si ce n'est le caractère inconscient des forces de la langue. suis conscient de cet inconscient. dans la lignée phénoménologique. nous l'avons vu plus haut. « je ». ont dû être d'un recours non négligeable ici. ou — comme nous le croyons — d'un dispositif constitutif de la linguistique même? Le fonctionnement linguistique est inconscient. 51). anglais. elle est « inconsciente » et opère par processus que Freud appellera . elle est donnée dans la conscience du sujet. ce faisant. privilégié et omniprésent. psychologique) et constituant le ■.112 au moins (Sechehaye. on sub it s plutôt qu'on n'entrevoit déjà cette autre scène comme dehors agissant sur le sujet (parlant. scindé (entre les deux). et une force conservatrice conditionnée par les associations par contiguïté » (Kruszewski. « je » exclusif et totali sant. d'autre part elle échappe à sa volonté. est constituée par des Ausdrucksbewegungen où l'on distingue Triebbewungen et willkûrliche Bewegungen. Ces deux derniers axes fondamentaux. ou si l'on aime mieux. et qui écrit : « Je ne sais ce qui m'entraîne aussi. La « langue » sera ainsi pour Saussure une « activité inconsciente ». logique et systématisante. mais le langage lui-même comme organisme linguistique. d'envisager la créati vité de la langue comme une capacité de produire des mots par similarité et par contiguïté. 1967). mais désigne «extra-conscient» et /ou « extra-subjectif ». 1965 : 9). La charnière de ce raisonnement. sujet de la métalangue. dans l'agencement -. mais qui là-bas. seul linguiste euro péen auquel il rend hommage (Godel. d'où la langue découle. c'est l'homme parlant en tant qu'il subit les lois de son langage » (Sechehaye. dans la double approche de la langue : d'une part. < Jakobson. 1900) que la fonction primordiale. voir une « autre scène ». » La doctrine des deux axes linguistiques. Ne pouvant donc pas y. Mais en même temps Saussure pose que la langue-objet concret de la linguistique est «tout. dans le va-et-vient entre Saussure-KruszewskiBaudouin ravit à la psychologie de Wundt son terrain et lui substitue un domaine du langage (nous verrons plus tard lequel) comme seul terrain possible pour la. le mène à centrer son attention sur les mots (en négligeant évidemment la > syntaxe) . semble se retrouver . ce n'est plus l'homme parlant agissant sur le langage. . la langue est donnée à la conscience des sujets (ou à 1' « intuition »). 58). 1908). logique. cerne une scène signifiante que Freud nommera « incons cient ». du signifiant. classification violemment défendue par Troickij » (R. ni anonymat facile. vous (il s'agit de Baudouin de Courtenay) ajoutiez toujours le terme inconscient (Baudouin de Courtenay. c'est seulement à présent. qui nous donne 1' « intension » linguistique F (sujet. 84). S'agit-il d'un paradoxe de Saussure..

comme jamais avant. Parallèlement. la signification est une « valeur » dont le système est une des sources : « mais le signifié n'est que le résumé de la valeur linguistique supposant le jeu des termes entre eux » (Godel. la théorie saussurienne ne l'aperçoit pas. est valeur. LANGAGES N° 24 8 . c'est-à-dire le système. En dernière instance. 237). Il restera pourtant cette . 1970) en sont la preuve.113 construit la notion de langue comme un système monolithique et y met un sujet. L'attention de la théorie se portera sur les deux dernières contraintes pour la formation de la valeur : le système. 2. suspendu comme projection substitutive de sa propre forclusion. Entre l'économie du signifiant et le système. la relation signifiant /signifié et la « valeur » qui s'y condense. restent subconscientes. la théorie négligera la syntaxe. de sorte que le vers excède la ligne. les Anagrammes) et une autre où le sujet est forclos (le système). Dans les textes poétiques analysés dans les Anagrammes le signifiant produit une valeur surajoutée à la valeur du signifié linéaire explicite. une « image acoustique » ouvre vers plusieurs « concepts ». la « flèche » du schéma précédent se multiplie. Voici le dispositif par lequel la théorie saussurienne bute sur l'inconscient et enchaîne un signifiant dont elle ne se doute pas qu'il est d'un sujet (l'axe Destinateur-Destinataire étant pourtant posé). 238). Entre une région du langage où le sujet n'est pas encore (cf. Forclusion du sujet dans la métalangue assurant la position scient ifique-logique. Relevons deux symptômes de cette avancée et de cet aveuglement qui fondent la théorie linguistique : 1. c'est-à-dire tout signifié. sinon il n'y aurait pas de langage » (Godel. et parce que celle-ci relève du sujet. formulation d'enchaînements logiques non soutenus d'aucun sujet car le sujet n'est que le sujet forclos de la métalangue. la seconde posera et négligera dans le même temps la linguistique de la « parole ». fortement appuyée sur la logique et le système. le mouvement de production du sens — de la valeur — part du signifiant pour retrouver le signifié : « la flèche marque la signification comme contrepartie de l'image auditive » (Godel. nous dirons. Au bord de la théorie de l'inconscient car ayant dégagé des processus qui s'y jouent (contiguïté. Se flèche qui traverse le trait f — et que la théorie saussurienne est la preîsa mière à scruter : les allusions à l'ellipse (propre à tout mot dans le sens où tout mot. puisque ce réseau se résout (mais quand? comment?) en valeur de symbole : « le langage est un compromis — le dernier compromis — qu'accepte l'esprit avec cer tains symboles. 1964. spécification du domaine du langage comme domaine du signifiant dont la logique n'est qu'un sous-ensemble qui pourtant le pense. et la « langue » cernée par le signe apparaît être un « compromis » sur le fond d'un réseau générateur. il y a la région de la parole où le sujet exécute le système en passant par l'économie du signifiant : « Les formes génératives sont seulement pensées. Le trait qui sépare le signifiant du signifié. elle réduira le langage sans sujet à un pur classement et lui enlèvera toute productivité. similarité). c'est la « force sociale » — le contrat social — qui « sanctionne » la valeur (Godel. La première de ces positions mènera Saussure à scruter. 45). est soumis à une économie que consacre le terme de valeur . 238). loin de rester intact. tandis que « l'ellipse n'est autre chose que le surplus de valeur » (Godel. la « parole » semble être un troisième terme que la théorie pose mais en même temps néglige. 50)) et les Anagrammes (Starobinski. le social. concept image auditive D'abord.

Pourtant on peut lire certaines remarques. maintes fois relevé. du paradigme. et 4) une allusion au sujet (la parole) qui se dissout faute de concept. Du coup. dans l'ordre : 1. se remplissant d'eux. il a pour « objet » ce qui reste en dehors des bords du « trou » que sa forclusion opère dans le signifiant. différente de l'économie (du signifiant) et du classement (propre à la langue). 1908. quand on dit « sujet » pour la parole on pense à l'individu. Saussure semble suggérer que c'est dans la phrase qu'apparaît la marque du sujet. $ — reconnu comme clivé par le signifiant. non à la langue. — D' «abord». C'est là qu'une créativité autre. 1926). s'approprie en même temps toutes les autres : dans sa forclusion. 3. mais qu'il se fait dans le signifiant pour le révéler en deux temps conjoints. par un recou vrement du « trou » par la chaîne qu'il avait déclenchée en son extérieur. ■ 3) Langue. le « sujet » n'étant pas. et produit une lacune dans la théorie :1a syntaxe absente. la phrase appartient à la parole. comme un « certain degré de combinaison entre eux » : « Dans la syntaxe la frontière entre la langue et la parole s'estompe » (Godel.de Saussure comme des pré-notions qui pointent vers une conception de la syntaxe soutenue par le su/ei-concept manquant mais se profilant comme « frontière » entre l'universel et l'individuel. le « trou » (non borné) la creuse pour que s'y perde le sujet plein et se déclenche la série infinie des S. 57). les divers rapports du « je » au langage (on pense au moment psychotique).. « toute phrase est un syntagme. C'est donc une condition de la linguistique que son sujet soit forclos et multiplié. métalangue. Et qu'il fasse de sa multiplication des « objets » pour sa forclusion. et le « trou » subsume les voisinages qu'il avait révélés. C'est dire que ce « trou » n'est pas un abîme. la coupe signifiant/signifié se ressoude. Les sujets de ces opérations sont. le S forclos. 3) une économie signifiante qu'il échoue à expliquer (les Anagrammes) et donc à intégrer dans la théorie. il nous semble impor tant de rappeler un autre moins remarqué : la division qu'il opère dans le procès P générateur du langage en instituant : 1) une métalangue. Autant de parties dans l'ensemble qu'on pourrait dire être celui de P et dont l'ensemble des parties constitue le dispositif épistémologique de la théorie. 82). Or. S suspendu. qui évidemment précipite le projet scientifique dans l'indéterminisme et. étant une partie. 2. la syntaxe n'est pas non plus : la phrase se réduit au syntagme.114 seule la forme engendrée est exécutée par la parole » (Godel. 90). Le sujet de la métalangue.). 2) un objet-système (la langue) qui se construit comme une métalangue. se voit immédiatement éliminé. etc. Mais puisque le concept de sujet semble -avoir disparu du champ théorique (est-ce un calque de la situation du sujet forclos dans la métal angue?). et qu'il « connaît » au sens qu' « il » (mais ce n'est plus le même) peut s'y placer en quittant évidemment sa position de sujet forclos. « Ensuite ». des systèmes.. A côté de l'apport. de Saussure à la fondation de la linguistique (invention du syntagme. En même temps. devenant ainsi compact : meta- . la frontière de la parole et de la langue est un degré de combinaison » (Godel. se déploie grâce au sujet. 4. surgissant sur la barre qui sépare le signifiant du signifié. une inconnue X à la place du S cartésien. Il est frappant que les seules préoccupations syntaxiques dans ces débuts de la linguistique soient celles des théoriciens intrigués par la psychologie (Sechehaye. il énonce des rapports au procès du langage qui ne sont pas ceux de la forclusion. procès de la signiflance. S forclos. pour que le système soit sauf. Ainsi. et qu'il ramène aussitôt au lieu de sa forclusion. de la linguistique statique. de « langue »/« parole ». donc des structures subjectives dans le langage.

au mécanisme du refoulement). Co. Quand il s'agit de linguis tique. et qu' « il ne saurait ici s'inclure lui-même dans l'Œdipe. ce dédoublement produit un espace topologique qui s'adjoint une série infinie de points (S'. Il est Loi par lui-même. . 1969 : 3). S". le sujet de la linguis tiqueforme un « objet ». il peut échouer à trouver le système s'il ne possède pas le dispositif épistémologique suggéré ci-dessus et qui donne à cet infini 00 la place d'un point rassemblant et/ou rejetant la métalangue. L'immense bloc des Anagrammes de Saussure. 1966 : 870). comme l'écrit Lacan. et qu'aussi entre le commencement et la fin d'une phrase. un « prédicat » du système qui. Dialectisation du refoulement. Savoir conditionné par ce dont le savoir ne veut rien savoir — le lieu de la linguistique est celui où se rencontrent le refoulement le plus fort et la lucidité la plus "momentanée et la plus perçante. S".115 langue systématique. retrait de l'inconscient dans le symbolique : ils ne lancent pas. topologique P (on pense. . un « je » mobile pratiquant dans une opération risquée le réseau signifiant et occupant librement les divers sommets des structures signi fiantes.) convergeant versoo. car elle existe à condition que s'effectue — par son désir du signifiant — la traversée des structures signifiantes. lorsqu'il essaie de s'adjoindre 00. Un anti-Œdipe qui aurait été toujours aveugle et par moments voyant. Et en même temps. A la fois raturé par la loi. cela est augmenté pour moi du fait que toute théorie claire plus elle est claire est inexprimable en linguistique. Lieu d'une loi qui connaît sa condition comme intenable car cette condition c'est l'inconscient même : « l'inconscient est la condition de la linguistique » (Lacan. double et — pour cela — pluriel. l'Autre (celui des Anagrammes par. à la forclusion où le signifiant rentre dans le signifié pour s'énoncer en système. des effets de langage. on est cinq ou six fois tenté de refaire » (Starobinski. et que cette rédaction me procure un supplice inimaginable. le sujet en linguistique subit une double condition : sujet sous la loi. ne veut rien savoir de la percée. « rien ne dit que (le) destin (du savant) s'inscrit dans le mythe d'Œdipe ». puisqu'il est dedans? Saussure semble avoir éprouvé la difficulté de ce dedans/dehors : « car il y a aussi des fantômes créés par les linguistes » (Godel. sauf à le mettre en cause » (Lacan. comme chez le poète. Comment séparer la « réalité-linguistique » de ce qu'en pense le sujetlinguiste. et lui donnant appui par le désir qui le noue au signifiant. tout à fait disproportionné avec l'importance du travail. base de l'espace.00 à la base Go de l'espace topologique. au contraire. pesant d'un poids écrasant sur le Cours qu'ils contestent. d'ailleurs. il revient de . Or. 1971 : 62). à une place où il n'y a plus de sujet car cette place est prise par un système se soutenant de rien que de la loi du Maître. qui semble pointer vers une des limites de la connaissance que le sujet atteint en s'attaquant à la matière signifiante qui le fait. le cas du sujet de la linguistique provoque davantage ce doute. « absolument incompréhensible si je n'étais obligé de vous avouer que j'ai une horreur maladive de la plume. i sujet cristallisant dans « le trésor du signifiant » (Lacan) et plus généralement dans le procès générateur du langage. est la preuve la plus frappante de cette contradiction. maître puisque se faisant fort de ramener les structures mobiles et plurielles du sujet dans le Procès générateur. il est négation de cette loi. etc. Mais. de ce qu'il en sait. par un retournement qui accentue la contradiction de cet espace. 68). père et mère mais aussi ni l'un ni l'autre. où convergent les séries de S. parce que je mets en fait qu'il n'existe pas un seul terme quelconque dans cette science qui ait jamais reposé sur une idée claire. L'un et l'autre. de cette percée de l'inconscient. exemple). Si.

262). reste étranger à la pièce. Car. à savoir « la conscience des sujets parlants ». 1965 (1971 : 18). et « parole pré-grammaticale » (Sechehaye. que le langage soit un drame où les mots figurent comme auteurs et où l'agencement gram matical reproduit les mouvements des personnages. ni un modèle de production de la parole. et va fonder sur lui la syntaxe. toute « unité » qu'elle désigne est déjà un «ensemble d'articulations ». se contente de régions. qui apparut aux pionniers. très sommairement. qu'il nomme « l'intuition linguistique du locuteur » (Chomsky. la problématique signifiant /signifié est écartée. 1897 : 254) et qu'il spécifiait ainsi dans cette période qui semble décrire la procédure même du linguiste : « S'il est vrai. dans le topos du sujet suggéré ci-dessus. dédoublé (« dédoublement de la personnalité humaine ». il se préoccupe de la créativité du langage au sens de mécanisme de product ion de phrases. non t pas à la façon d'Hamlet qui. quand nous sommes tout à la fois spectateur intéressé et auteur des événements. Lieu intenable que celui qui se profile dans l'ombre de la théorie saussurienne et que l'avancée de quelques linguistes seulement a pu atteindre. par la notion de « parole ». Cette intervention c'est ce que je propose d'appeler le côté subjectif du langage. la « performance » ne remplace pas l'ensemble de ce qui a pu être esquissé. à la justification interne et externe de la théorie. 1) L'échec de la « parole ». tout en en gardant le dispositif (et donc dans une certaine mesure les fondements et les risques). 1940) qui rappelle de loin le « signifiant » psychanalytique. » L'actualité linguistique découvrira un autre sujet différent de celui. mais comme nous faisons nous-mêmes en rêve. Si son modèle génératif n'est pas un modèle du locuteur et de l'auditeur. et par conséquent émerge sur une partie des traces mêmes où a échoué la « parole » saussurienne. la grammaire générale. nous n'aborderons que certains aspects de la théorie chomskienne qui ont trait au sujet parlant. prudemment. il faut au moins cor riger cette comparaison par une circonstance spéciale : l'imprésario inter vient fréquemment dans l'action pour y mêler ses réflexions et son sentiment personnel.116 Difficulté due évidemment à l'instabilité de la linguistique débutante mais peut-être propre à toute formulation linguistique puisque. comme on l'a prétendu quelquefois. et à l'intuition du locuteur. — Chomsky : le locuteur idéal. que Saussure classait parmi les disciplines . Celle-ci suppose au moins deux acceptions : « parole organisée » qui se rapproche de la « performance » et que Saussure a probablement eu en vue. 1962 : 923). il en garde le critère pour constituer l'objet de la linguistique. Dans l'optique de cet article. bien qu'interrompant s ses comédiens. Si Chomsky rejette la notion saussurienne de 'langue car elle n'est qu'« une suite amorphe de concepts » (Chomsky. III. faute de disposer de sujet En effet. la science de la langue se retire du vaste projet saussurien dont le Cours et les Anagrammes dessinent les butées et. écrit Bréal : 1897. La postérité saussurienne cultivera la sémantique et la phonologie : domaines privilégiés du sujet dédoublé que Bréal avait déjà entrevue comme pierre angulaire de toute sémantique (Bréal. Dans la théorie generative.

Le modèle perceptuel A est un mécanisme qui affecte une description structurale D à un énoncé U donné.). données à l'intuition du sujet. U est un spécimen de parole interprété par le méca nisme A comme une « performance » particulière de la représentation R qui a la description structurale D et qui appartient à la langue engendrée par G. Contrairement à certains objecteurs de Chomsky.. plus pré cisément. Le modèle d'apprentissage B est un dispositif qui construit une théorie G (c'est-à-dire une grammaire generative d'une certaine langue) comme son output. « la connaissance implicite du sujet parlant doit orienter leur convergence (des théories) » (ibid. fournit le critère d'adéquation ultime pour une description linguistique) » . nous ne pensons pas que ce recours nécessaire à 1' « intuition » soit de nature à poser la question de l'exclusion de la linguistique de la science. à la mémoire. et. « a) énoncé -> g] -> description structurale. les spécimens de parole). 1965 (1971 : 37). comme input. On peut envisager une grammaire particulière comme. une explication de l'énorme masse de données indubitables dont il dispose touchant l'intuition linguistique du sujet par lant (souvent lui-même) » (Chomsky. Pour évaluer une grammaire generative particulière. une tentative de spécifier l'information disponible en prin cipe (c'est-à-dire. doivent être spécifiées par la théorie linguistique. dans la mesure — et déterminer cette mesure pose des problèmes très par ticuliers — où cette compréhension est déterminée par la description struc turale que fournit la grammaire generative. . utilisant dans ce procès sa grammaire generative G intériorisée. 1962 : 923). etc. la question de sa topologie spécifique depuis laquelle il sélec tionne. à partir de données linguistiques primaires. encore moins poser l'alternative entre sciences de 1' « objectivité » et sciences de la « compréhension » (ibid. termes saussuriens. On peut considérer la théorie linguistique générale comme une tentative pour préciser le carac tèredu dispositif B. (Chomsky. Mais il pose la question du rapport du sujet de la métalangue au « langage » qu'il se donne comme « objet ». selon Chomsky. se voit réhabilitée pour faire apparaître un domaine négligé du langage :1a syntaxe. 1965 (1971 : 45) de sa vérité : « Pour le grammairien. ce modèle d'apprentissage utilise sa a faculté de langage » donnée. c'est-à-dire si elle décrit correctement l'intuition linguistique du locuteur (la « conscience des sujets parlants » de Saussure.. pour une part. cette grammaire generative G engendre une représentation phonétique R de U avec la description structurale D. qui. pour lui comme pour Sapir. et grâce à cette théorie. telle autre topologie reconnue comme essentielle pour fournir 1' « objet » de la théorie.) à A qui lui permet de comprendre un énoncé arbitraire. 1965 (1971 : 31). «les composants sémantique et phonétique n'ont qu'une fonction d'interprétation » (Chomsky. le problème est de construire une description et quand cela est possible. Pour accomplir cette tâche. compte non tenu des limitations qui tiennent à l'attention. En. donc innée. sa caractérisation innée de certains procédés heuristiques et de certaines contraintes prééta blies concernant la nature de la tâche à accomplir.117 logiques. . . C'est donc l'intuition qui sélectionne pour la théorie son objet (les « faits » linguistiques). nous nous demandons si l'information qu'elle nous donne sur une langue est correcte.). on construit une grammaire generative supposée donnée dans la « faculté du langage ». à partir de données linguistiques premières (par exemple. Il ne nous semble pas être non plus de nature simplement « terminologique ». b) données linguistiques primaires -> H -> grammaire generative. couvert du terme « intuition ». détermine les enchaînements du mécanisme B et en même temps sert de « preuve externe » (Chomsky. Rappelons les deux matrices de base qui.

elles ne livrent pas la même « portion » de langage. fût-ce celle de l'aide la plus samaritaine ». d'autre part. qu'ils soient externes ou internes ». dans la théorie récente de Chomsky. quand ils ont révoqué des instincts de destruction. que « l'utilisation normale du langage est novatrice ». le rapport établi entre. ci-dessus). la structure de surface (Kuroda. « cohérente et adéquate à la situation » (Chomsky. pour expliquer la relation évi dente de la libido narcissique à la fonction aliénante du je. Par ailleurs. voire de mort. 1968 (1969 : 43-99)). mais le sujet est déjà accompli comme déjà clivé. ni la psychologie ne nous donnent d'indication sur la manière de traiter ces problèmes » (ibid.118 2) Le « Je » spéculaire et le sujet de la syntaxe. inférieure de cette période. 1970) et de la possibilité de son innovation présuppose donc la position d'un tel « je » clivé et ayant de telles « latences sémantiques ». 1965 : 93-101. le plus profond sentiment des latences de la sémantique. Que ♦ Cf. Chomsky. p. c'est qu'elles en font un « objet » que le « trou » dans le signifiant du sujet de la métalangue s'adjoint et s'approprie pour s'en recouvrir. Mais elle éclaire aussi l'opposition dynamique qu'ils ont cher ché à définir. au jour de notre conception. où l'on observe une inhibition dans l'acquisition du langage coïncidant avec le « stade du miroir » et un redé clenchement de l'acquisition juste après ce stade dans lequel non seulement la latérisation du cerveau est irréversiblement effectuée (ibid. de cette libido à la libido sexuelle.. Mais le rapport entre le dedans de la forclusion et le procès de la signifiance (que nous avons marqué par o oo ») n'est pas celui que laissait supposer l'ensemble saussurien. ni que l'utilisation normale du langage « est aussi libre de tout contrôle par des stimuli décelables. à partir de cette constatation de Chomsky. 1968 (1969 : 263). La différence est à chercher. « d'une étendue potentiellement infinie ». nous semble-t-il. la structure « plus profonde » sémantique et la structure profonde. . L'acquisition de la syntaxe (C. aliéné. ni la biologie. il est moins sûr que « nous ne pouvons pas dire de façon claire et définitive en quoi cette * adéquation ' et cette ' cohérence ' consistent exactement ». d'une part. où l'on lit entre autre : « Le terme de narcissisme primaire par quoi la doctrine désigne l'investissement libidinal propre à ce moment. Particulièrement intéressante est ici la limite . la suppression (Rosenbaum). chez Chomsky que quelque et la « synonymiques conscience du que sujet soient par lant » chez Saussure et Sapir. et. du mécanisme syntaxique (que nous avons mentionnées plus haut). la répét ition. 376) — du « stade du miroir » à la « puberté ». l'application cyclique des règles (Chomsky. dédoublé dans et par son image et /ou son autre spéculaire (Lacan. 98). à l'agressivité qui s'en dégage dans toute relation à l'autre. On peut supposer que les règles universelles. 1967 : 168. héritée des cartésiens et de Humboldt. « abstraites ». » du lecteur par exemple.). La syntaxe consolide le clivage du sujet dans le signifiant (c'est peut-être une des raisons pour lesquelles elle a été longuement interprétée comme un « automatisme »). sont le relais entre ces « latences sémant iques ». « ni la physique. Un exemple qui nous semble infirmer ces affirmations : la grammaire generative montre que le mécanisme d'innovation (de créativité) du lan gage obéit à quelques séries universelles de règles parmi lesquelles la récursivité (à titre surdéterminant) et plus spécifiquement V'enchâssement. du temps des cartésiens comme aujourd'hui. et leur « neutralisation » dans l'usage normatif du langage *. 1' « intuition Il est frappant. La seule chose même qu'elles aient en commun. les Anagrammes y compris. on a pu constater que l'apprentissage du langage occupe la période de 2 à 13 ans (Lenneberg. révèle chez ses inventeurs. 28). S'il est vrai que.

La grammaire adjoint pour tant les règles de transformation en même temps que la récursivité. les fonctions de Co tendent vers O quand la variable X recule . à l'expérience linguistique » (Chomsky.) et dans des pratiques du langage « non normatives » (dirait Chomsky). toujours soumis à lui (subissant les règles de la « créativité » syntaxique). Il s'agit du sujet libre d'enchaînement à l'ordre matériel aussi bien qu'au « trésor du signifiant ». Mais la relation que nous avons posée entre formation du « je » spéculaire et formation à l'usage normatif du langage accorde à cette précondition la condition réelle où elle peut s'accomplir. 1966). elle relie la capacité syntaxique à telle posture du « je ». Jouant sur la barre signifiant/signifié. « transformées » par les contraintes particulières de sa langue. Les « deux axes » de Kruszewski — Saussure — Jakobson. permet tant de réaliser le principe d'innovation.119 ce soit là un domaine de recherche où le mécanisme de clôture-innovation syntaxique est à examiner en rapport avec la formation du « je » spéculaire et de son espace (destinataire. et laisse se détacher à côté d'elle d'autres « postures » et d'autres opérations signifiantes. le forclôt (s'évade de ses règles). et par conséquent tous les effets de sens qu'il produit. « répétition ». le sujet de la syntaxe est en effet le sujet a normal » des cartésiens (Chomsky. par la forclusion de l'instance matérielle que représente la forclusion de renonc iation (Kristeva. Ces deux paliers (grammaire : logique).. 263 sq. pour perfectionner ses topologies du sujet. 1971a : 122). quoique subissant les contraintes universelles-logiques. de la « folie » à la « poésie ». « suppression ». Cette restriction innée est. et donnent la forme définitive de son cl ivage dans le signifiant : comme tels. de type logique. c'est à cette sugges tion que nous voulons ici nous limiter. C'est un sujet qui est dans la pensée. l'ensemble des points X où F (X) dépasse n. Pourtant on peut penser aussi que le type d'opérations articulant la syntaxe se situe à un niveau différent de celui des « deux axes » et correspond en gros au « processus secondaire » de Freud. les axes de la « métaphore » et de la « métonymie ». 1967 : 243 sq. 1968 (1969 : 131)). le sujet est déjà assuré de son unicité : sa fuite vers le « point oo » dans la signifiance est stoppée. de sorte qu'on les retrouve dans le rêve (Freud. articulant les catégories du jugement et sont susceptibles d'être convertis en calcul des propositions (Bierwisch. On pense par exemple à un ensemble Co sur un espace usuel R3 où pour toute fonction F continue dans R3 et tout entier n > O. et. Les enchaîne ments qui président à sa créativité sont syntagmatiques. dans leur formulation abstraite. Ayant pourtant mis entre parenthèses les opérations sur ces deux axes-là. désir. objets. Un tel sujet — le sujet de la syntaxe — se constitue en effet « pour la métalangue » au xvne siècle. Ceci n'invalide peut-être pas l'hypo thèse que l'animal humain soit « un organisme ' pré-doté ' d'une restric tion sévère sur la forme de la grammaire. ils sont probablement plus archaïques dans le procès de mise-en-place du sujet. Ayant suspendu l'axe du signifiant. c'est-à-dire dans la cogitation logique. « applications cycliques ». ils sont à ajouter aux « deux axes » (métonymie/métaphore) pour compléter le topos où le « je » émerge du signifiant. pulsion). Car. se profilent dans ce domaine de la signifiance P que la « syntaxe » et son « je » n'épuisent pas. L' « intuition » livrant la langue comme une innovation syntaxique repose donc sur un des topos essentiels (mais méconnus par la linguistique structurale) du sujet dans le procès générateur. dans les opérations syntaxiques succédant au stade du miroir. la gram maire generative dégage des processus jusqu'à elle invisibles : la théorie analytique du sujet à son tour pourrait prêter oreille à ces « récursivité » « enchâssement ». 1966). au sens kantien du terme. soit borné. présentent donc des articulations du signifiant qui porte le sujet. Par ailleurs.une pré-condition.

Bouclant l'infinité du procès P. 1968 : 74). puisque la question du sujet de la science reste ouverte. 2. Katz et Fodor. 3. générateur du langage. parce qu'il forclôt le signifiant syntaxique aussi bien que le signifiant des processus primaires. Halliday (1964 : 988). Mallarmé le savait. si (3) est admissible dans cette épistémologie positiviste. écrivant : «une seule garantie : la syntaxe ». il ne l'est que comme postul at phénoménologique et reste inexplicité. porté par le « signi fiant syntaxique ». 1966 : 299). mais la suturant et par là même écartant le sujet de l'énonciation pour se poser en sujet de l'énoncé. Au contraire.120 vers T « autre scène ». sujet . Dans ce topos.). Lyons (1963 : 6-7)) qui détermine cette intuition-pierre L' « intuition » traverse de touche l'idéologie de la théorie et constitue linguistique. à rebours. solide. 3) La triple suture du sujet de la métalangue grammaticale-: trois fonctions de l'intuition. Nous avons vu que « l'intuition » désigne en grammaire generative : 1. il paie le prix de se perdre comme autre en s'y retrou vant comme objet (Lacan. le « mécanisme heuristique » utilisé pour la construction de la théorie transformationnelle : a On peut arriver à la gram maire par intuition » (Chomsky. L' « intension » F (sujet. Par conséquent. le sujet de la syntaxe constitue les bornes de l'ensemble signifiant S où il se produit. ce faisant. il a aussi l'avantage de ne pas se perdre comme sujet puisque précisément c'est dans la syntaxe qu'il s'ident ifie comme tel. sans fuite. dire que les processus syntaxiques sont donnés dans l'intuition du locuteur signifie qu'ils sont valables pour une certaine topo logie du sujet sur laquelle s'appuie le sujet de la métalangue : la théorie décrit donc cette topologie. 1964 : 17). le sujet y préserve sa position ponctuelle. Il ne s'agit pas de l'emploi du terme « intuition » en théorie générale des sciences empiriques (Wild. Si. On a remarqué que (1) et (2) ne peuvent pas être fondés méthodologiquement : d'ailleurs Chomsky luimême a souvent insisté sur le fait que l'intuition ■ du locuteur natif peut être « irrelevant » sinon fausse (Chomsky. le sujet placé en Co n'atteint pas ce « centre extérieur du langage » dont parle Lacan (1965 : 320) et où il se perd comme sujet. Bunge. les limi tations de l'appareil épistémologique lui-même. Cette impossibilité de justifier (1) et (2) dans les cadres de l'épistémologie positiviste est sans doute une des spécificités essentielles de la démonstration linguistique et souligne. Par ailleurs. c'est-à-dire celle qui est « relevant » pour la théorie (Coleman. 1' « évidence » utilisée pour tester la théorie. une détermination lieu de sadu suture. tandis que d'autres chercheurs proposent certains critères « pratiques » pour établir la « vraie » intuition. 1964). quoique Botha trouve certaines ressemblances entre celui-ci et son usage en grammaire genera tive (Botha. Cette position est analogue à celle du sujet de la métalangue : constitué par la brèche qu'ouvre en lui le signifiant (cf. 1955 : 59. 1965 : 166-167). Dixon (1963 : 17. On ne peut pas admettre que c'est l'endoctrinement culturel ou idéo logique (comme le soutiennent Bach (1964 : 184). les données primaires. 1964 : 56). et par là même se constitue lui-même. p) se résorbe dans cette topologie que recouvre le terme d' « intuition » pour lequel on ne saura trouver de justification méthodologique explicite en grammaire generative. 1938. 1' « aliénation » dans le stade du miroir). 1957 : 56 (1969). dans la finitude. 1965 : 525). situation que traduirait le groupe relationnel que la topologie désigne comme anneau (ibid.

). (2) étant en expansion actue llement comme « pilote » des « sciences humaines ». Par ailleurs. S'il est vrai que le sujet est soumis au signifiant. Car celle-ci : . comme son infrastructure. la syntaxe l'engage dans le métalangage. Inversement. > 1961 : 3-6. Il semble pourtant que l'intuition métalinguistique se distingue de l'introspection par 1' « ajout » des fragments idéologiques voire scientifiques (et. Prendre appui sur de telles constatations pour critiquer le « mentalisme » de la grammaire generative fondé sur 1' « introspection » (« La linguistique mentaliste n'est autre que la linguistique théorique qui prend la performance comme donnée (jointe à d'autres données : par exemple. on peut constater que les deux premières acceptions de l'intuition (cf. linguistique. Le ques tionnement du « mentalisme » s'impose pourtant à une : épistémologie préoccupée de la production dialectique d'une théorie. il apparaît que ceux-ci s'adjoignent à « l'intui tion » au sens (1). en le faisant « émerger » du procès de la signifiance. 1964 : 17). Weigl and Bierwisch. En supposant que le sujet dans une théorie linguistique (et non pas dans une interprétation naïve) « contrôle » ces ajouts puisqu'il les postule et enchaîne selon les fondements épistémologiques qu'il s'est donné. 1965 (1971 : 13)). dans la genèse du « sujet ». Katz et Fodor. ils se superposent à la saisie du sujet en tant qu'unité maîtrisant son discours. en l'opposant au mécanisme. l'interpelle déf initivement comme tel.121 parlant commune à tous les sujets idéologiques. nécessite la précision de son « dispositif épistémologique ». qui fait problème (Botha. 1964. sémant ique et phonétique n'ont pas la même valeur pour le sujet. 1970). ne saura éviter le problème «langue objet»/métalangue. cette dernière étant l'objet premier de . puisqu'elle les interpelle en tant que sujets à travers l'idéologie. On peut supposer donc différents topos du sujet présentant ses diverses « intui tions » (syntaxique. en ceci historiquement et sociologiquement révé lateurs) pour justifier l'intuition « introspective » dans laquelle le sujet de la métalangue se saisit comme sujet. Autrement dit. qui se donne pour objet sa propre forclusion. phonétique) et devant articuler une théorie linguistique complexe. et que la contrainte la plus générale est celle de la syntaxe. celles que four nitl'introspection) pour la détermination de la compétence. ci-dessus (1) et (2)) n'impliquent pas la même démarche du sujet parlant : on distingue l'intuition produisant la métalangue (« le commentaire») de l'intuition «introspection» (Hill.. qui. Précisons : Les statistiques semblent démontrer que les « locuteurs natifs » se reconnaissent plus aisément une « intuition commune » quant à la struc ture syntaxique d'une phrase que quant à son aspect a sémantique » ou « phonétique ». la recherche » (Chomsky. c'est-à-dire en tant que sujet forclos. Ce n'est pas non plus le fait que « l'intuition linguistique du locuteur natif » se retrouve être celle du linguiste. dans les « troubles du langage » (aphasie. débarrassée d'énonciation et de signi fiant. c'està-dire sa forclusion comme sujet de renonciation. On pourra penser que les « intuitions » syntaxique. peut-on a modéliser » le « mythe » ou « la poésie » à partir de 1' « intuition grammaticale » ou « structurale »? La topologie du sujet y est-elle la même? Cette triple suture de la grammaire generative démontre le topos spé cifique du sujet de la métalangue grammaticale mais aussi. et à plus forte raison d'une théorie linguistique. nous l'avons rappelé plus haut. Le fondement de la métalangue est un sujet forclos dont la syntaxe est le domaine de base et/ou de production fondamentale : . peut être en effet « oiseux » (ibid. C'est d'ailleurs elle. ainsi. sémantique. plus générale ment. (1) ayant un « objet ». schizophrénie) la perturbation de la syntaxe semble révéler les ébranlements les plus radi caux de l'unicité du sujet (Luria.. 1968 : 75).

quel qu'il soit. ainsi suturé. 1970).. . est borné. dus sans doute à des modifications des règles générales de trans formation et qui provoquent les ellipses. ici même Botha). 1968 (1969 : 35. le sujet de la métalangue s'autorise à éliminer ces topos complémentaires et à ne relever en eux que ce qui cor respond à la même forclusion : à ne relever donc qu'une « sémantique » ou une « phonologie » normatives livrant un objet « langage » qui n'est que la projection de cette forclusion.122 le sujet de la métalangue n'y ajoute qu'un -renforcement de la loi et un renforcement de la forclusion. la grammaire generative ne saura décrire. puisque fondamentalement. que certaines avancées de la sémiologie saussurienne laissaient prévoir. Telle semble être la situation du sujet en une linguistique dont Chomsky a le mérite d'expliciter le projet (décrire ou expliquer « l'essence » du langage. les « niveaux » linguistiques importants comme le « phonétique » et le « sémantique ». dans tel accident de la chaîne phonique (Fonagy. n'est évidemment pas donné dans 1' « intuition » opérant en grammaire generative. On voit comment. qui pose le sujet de renonciation dans l'enchaînement infini des S. cf. que peuvent représenter les modalités logiques. 1970). hyperbole. tout en restant conforme à sa clôture méthodologique. opposition. Fonagy. Faute de tenir compte des topologies différentes du sujet dans la signi fiance. Le trou que la métalangue ouvre dans le signifiant en en évacuant le sujet. sa percée comme sujet de renonciation. La question sémantique est encore plus complexe. jeu pulsionnel. Car le procès signifiant. Mais. sanction historico-sociale. la poésie ou la pratique analytique mettent à jour. « intelligence humaine normale ». Or. c'est un espace qui comprend ses frontières et produit une théorie se • compactiflant de l'adjonction de tout voisinage. répétition. l'est sûrement de la métalangue. elles relèvent d'une autre topologie du sujet dans le langage (« logique du signi fiant ». etc. et sans doute insoluble sans la prise en considération de ses topologies multiples. syllepse. Il en sort solidifié. le sujet de la théorie linguistique actuelle évite la fuite dans le procès générateur et dialectique qu'avait entrevue la recherche saussurienne. depuis sa forclusion métalinguistique que sa forclusion syntaxique à la fois conditionne et consolide. au topos du sujet dans la syntaxe s'ajoutent d'autres : la variation de ses désirs et de ses « latences sémantiques ». régression. si elle n'est pas le tout du procès de la signifiance. Il est évidemment possible de formuler des séries de règles concernant la composante phonologique en élargissant le domaine synchronique jusqu'à la diachronie. 114). Le sujet de la métalangue grammaticale se suture par ce qui entame sa forclusion : la syntaxe. Cette constatation a une double conséquence : pour la visée descriptive et pour la visée explicative de la théorie generative. mais aussi man quant un procès complexe qu'articulent plusieurs topos du sujet produi sant la complexité de la signifiance. 4) « Expliquer » le langage : la théorie topologique du sujet. des distorsions des processus syntaxiques euxmêmes. y compris son rapport à son corps et au destinataire. « miroir de l'esprit » dans ses aspects à la fois particuliers et universels » (Chomsky. pléonasme. C'est là une « neutralisation du signifiant » qui. et que le rêve.. Le critère de la vérité pour ce sujet de renonciation ne pourra apparaître que dans une autre « intuition » — dans une autre « topologie ». et en faisant intervenir le 1' « paradigme intuition »dans ne justifie le syntagme plus et : mais que alors la cohérence ce serait une méthodologique liste de règles de que la théorie rejette (cf.

l'histoire politique (Wells. mais surtout à ce que la psychanalyse dans son développement lacanien en dit. Le critère pour la vériflabilité de cette théorie explicative ne sera pas seulement 1' « intuition » — calque . On dira donc que la mise en place de cette pluralité de S n'est pas un pluralisme philosophique (temps faible de la philosophie totalisante). c'est là une exigence matérialiste pour la conception de l'engendrement des systèmes signifiants. elle ne saurait le faire qu'en dépliant le lieu ponctuel du sujet cartésien (clivé. Saussure lui-même voulait égaler la géométrie. 1947). 2) Elle « rend compte » du procès d'élaboration d'une science en décri vant le fondement (non pas « en expliquant » au sens phénoménologique) de ce qui. Face à l'intérêt croissant pour la langue comme pratique (Searle. dans l'édifice scientifique. mais forclos) pour chercher les topologies qui le pro duisent dans la signifiance. Le recours épistémologique à une série de sujets S dont chacun est une configuration spécifique mais qui tous participent à une unité que garantit le concept même de sujet tel que le pose (consécutivement à la dialectique hégélienne mais surtout à la découverte freudienne) la théorie analytique de Jacques Lacan. 1968 (1969 : 129).123 En deuxième lieu et pour autant que la théorie linguistique garde un objectif explicatif. au sein d'une épistémologie matérialiste. 1969) mais surtout à la dialectisation psychana lytique du sujet. mais relève d'une conception matérialiste de la production d'une pratique signifiante spécifique : les sciences. Si elle veut être explicative et dans ce seul sens être une théorie. * Une théorie linguistique explicative a besoin donc d'un statut de la vérité qui s'apparente à celui de la psychanalyse (Lacan. se présente comme spécifique pour lui : l'articulation de systèmes. 1965 : 855 sq. le préjugé est ancien et solide : « l'acquisition de la ' connaissance commune ' — connaissance d'une langue par exemple — n'est pas diff érente de la construction théorique la plus abstraite » (Chomsky. l'astronomie. pour autant que le sont cette pratique précisément (les sciences) et sa théorie (l'épistémologie) dans le procès des pratiques historiques. Botha.) et ne peut se réduire ni à une preuve physico-biologique ni à la démarche des sciences dites naturelles. dans le développement historique actuel. nous semble répondre à deux exigences fondamentales : 1) Elle représente le principe de la contradiction hétérogène au sein même du projet méta-scientifique (théorique) : unité mais aussi non-clôture de son domaine. 1971 b). mais ce qu'une théorie des topologies du sujet dans le langage pose à partir de pratiques signifiantes complexes qui les réalisent (Kristeva. Leur mise à jour suppose donc une autre conception du sujet dans le langage comme procès dialectique. Ù s'agira de construire une linguistique descriptive en obéis sant aux règles de la cohérence théoriques (compactification/décompactification) et explicative parce qu'utilisant des topologies diverses (sutures et articulations) comme fondements des significations de langage. de la métalangue. Car on peut penser que. la place de cette pratique est délimitée : cette délimitation est la condition même de l'épistémologie . tout en précisant qu'il ne « force pas des solutions méthodol ogiques sur des problèmes linguistiques purs » (Botha. conception attentive aux tâtonnements saussuriens autour de la barre signifiant /signifié. elle ne saurait se contenter de donner la description la plus « explicite » de ce que l'intuition — saisie du sujet forclos par luimême — peut lui fournir. L'articulation de ces topologies-productrices constituerait la base explicative pour la description que la théorie propose à partir de l'intuition. de même qu'aux découvertes chomskiennes du mécanisme syntaxique. Pourtant. préconise une linguistique obéissante aux règles des « sciences empiriques ». L'intérêt de notre démarche n'est évidemment que circonscrit. 1968 : 49). la zoologie. quels qu'ils soient. la géologie.

1' « objet langage » qu'elle peut dégager apparaît comme un effet des articulations de différentes topologies. les sciences du sujet que tout lin guiste aujourd'hui est d'accord pour lui reconnaître : «. sans perdre sa spécificité. 1968 (1969 : 140). le texte comme « expérience des limites » (Sollers. On sait que le concept de «langue » a pu céder devant celui de « discours » (Buyssens. voire antinomiques. Qui plus est.. chacune sai sissant un topos du sujet dans le procès de la signiflance. C'est dire que. Ensuite.. un . non connexes. » (Botha. la coupure marxiste ayant ouvert ce temps nouveau : pour ce qui est du « langage ». Dans les deux cas.) avait aussi proposé qu'on ajoute à la grammaire d'une langue le composant rendant compte des « effets poé tiques ». ce postulat implique une approche compartimentaliste de la science en général. la linguistique tend à se construire comme un ensemble des articulations de sutures. mais en théorisant le procès du sujet dans le signifiant. une biologie. une théorie du sujet dans ses topos variables pourra donner un fondement solide aux aspects dits mentalistes des théories linguistiques : de ses justifications méthodologiquement injustifiables qui seront désormais un « dedans » de la théorie étendue. puisque déterminé par les articulations mêmes des topologies. il s'agit de viser la sémantique dans les joints du sujet au signifiant. C'est ainsi qu'elle avoue sa dette envers. 1971 b) pratiquent ce dont il s'agit. il faudrait lui adjoindre des composantes nouvelles. sans devenir une psychologie. 238 sq. En effet. On peut poser que pour une description et une explication sémant iquesatisfaisantes. 265-266) pour permettre d'introduire d'une part des relations modales. la « structure profonde » ne saura garder sa monovalence syntaxique. 1971 : a. selon lequel la linguistique comme branche de la science doit être complètement indépen dante. — La sémantique ouverte. capables de préciser l'économie du sujet dans le signifiant : Bierwisch (1965 : 56 sq. Enfin. il est présenté comme un dogme et ceux qui le proposent ne donnent pas de considérations sur les implications factuelles. la psychanalyse et. 1943. Pour qu'elle rende compte du fonctionnement sémantique du langage. un mécanisme S repérant les « condensat ions » et les « déplacements » dans le signifiant. une histoire.a deux aspects inacceptables. 1966 : 75 sq. IV. Benveniste. une telle théorie et la conception du langage qu'elle implique posent le problème sémantique comme ouvert par définition. « II faut noter que le postulat aprioriste. d'autre part le sujet de renonciation et l'antinomie langue-discours. d'autres participations du sujet au « réel » se font remarquer massivement depuis.. Le plus souvent... parallèlement. De tels compartimentalistes ont tendance à oublier que les fron tières entre les différentes branches de la science empirique sont souvent déterminées par des considérations accidentelles.124 rendue théoriquement possible par V « achèvement » hégélien quoique s'écartant de son projet. 1968 : 103). A supposer qu'on développe cette tendance. c'est un postulat non empirique. L'étude du langage devrait occuper une place centrale dans la psychologie générale » (Chomsky. il faudrait probablement ajouter à la structure profonde grammaticale et aux règles de sa transformation un mécanisme M rendant compte des opérations modales. un mécanisme 9 précisant (à l'aide des mécanismes précédents mais aussi d'observations psychanalyt iques) le topos du sujet parlant dans le procès générateur du discours. Pour en revenir à la théorie linguistique. et son impact sur.. D'abord.

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