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LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE

Jeff LE MAT

L E R ITE É COSSAIS A NCIEN ET A CCEPTE Jeff L E M AT

Le Rite Écossais Ancien et Accepté dit R.E.A.A. est très ancien. Au XVIe siècle, l’Occident est déchiré par des guerres de religion, l’Europe chrétienne est brisée par la réforme. On ne construit plus guère d’églises et de cathédrales et les Loges, dites opératives disparaissent peu à peu En Ecosse cependant, l’autorité royale s’efforça de porter remède à la crise du bâtiment. Attachés à leurs traditions, les maçons du pays s’étaient, faute de chantiers, repliés sur les villes et bourgs et s’étaient mis à tenir Loge dans les locaux urbains construits ou loués à cet effet. Les Loges devenaient permanentes et établissaient entre elles des rapports suivis. Le roi d’Ecosse nomma alors le Maître des travaux royaux, William Schaw, Surveillant Général de Maçons. C’est à peu près à ce moment que les Loges commencent à admettre en leur sein des notables « acceptés » étrangers au métier lui-même. À la création de la Maçonnerie spéculative, ces Loges tinrent à garder pour des raisons d’ordre traditionnel et politique, leurs identités et leurs particularités. À cette époque, il y avait donc des Loges de "Scotch Masons" (Maçons Écossais). On rencontre les premiers Maîtres Écossais à la Grande Loge en 1743 en France. Le rite a évolué par l’intervention du Chevalier de Ramsay et du comte de Grasse-Tilly. Son élaboration actuelle est certainement l’oeuvre des Frères Morin et Francken et il a pris la forme que nous lui connaissons le 24 juin 1801 à Charleston aux États-Unis. Ce rite contient 33 degrés symboliques.

L’ÉCOSSISME

Le passage de la Maçonnerie Opérative à la Franc-Maçonnerie spéculative c’est effectué sur

la base d’une mutation socioprofessionnelle par l’intégration de profanes extérieurs au métier

des bâtisseurs. La conversion du caractère sacré et traditionnel de l’art royal dans l’édification des lieux de cultes vers une maçonnerie opérativement fonctionnelle, à déterminer les francs- maçons du XVIe siècle à conserver synthétiquement l’esprit de la fraternité dans la Loge ainsi que l’appartenance à un groupe élitiste, dépositaire d’une tradition ancestrale. L’apport des philosophes, scientifiques et ésotéristes de la fin du XVIe, comme Élias Ashmole, rosicrucien et fondateur de la Royal Society, peut être considéré comme le début de la mutation de la Franc-maçonnerie. Cette transformation sera ensuite largement dynamisée par le siècle des lumières qui verra émergé un système de pensée plaçant l’individu au centre d’une réflexion humaniste, embryonnairement égalitaire et socialement progressiste. Cette émulsion philosophique entraînera l’adhésion de ses penseurs à ce que l’on pourrait qualifier de première association non religieuse ou corporative, la Franc-Maçonnerie en tant que « société de pensée ». Spéculativement, cette « nouvelle société » intègre dans son principe social novateur, la fraternité des trois états: Nobles côtoyant la bourgeoisie roturière, prêtres et réformés unis dans le principe divin de l’absolu universel. La loge jette les bases d’un bouleversement profond qui ébranlera progressivement le pouvoir de droit divin.

Le plus remarquable, c’est que ce bouleversement social de la vieille Europe se fera sur fond de déchirement politico-economico-religieux, car de Louis le XIVème à l’Empire, la Franc- maçonnerie jouera un rôle dont elle ne pouvait soupçonner l’importance dans l’établissement de nouvelles règles politiques. Par le jeu ambigu des alliances françaises à la maison des Stuart, écossais catholiques aux conciliations Anglicanes Orangistes avec la maison d’Angleterre, le royaume de France deviendra un formidable laboratoire pour la constitution des rituels maçonniques. En effet, dès son origine spéculative, la Franc-Maçonnerie s’unissant autour de son premier landmark, la croyance en Dieu comme Grand Architecte de l’Univers, ses acteurs perçoivent qu’au travers de son héritage opératif, le rituel est le seul garant d’un fonctionnement démocratique. S’ensuit alors, une recherche syncrétique visant à donner au cérémonial un caractère mystique, ésotérique dans son principe de la révélation des mystères antiques. Des gnostiques, en passant par la légende templière jusqu’à la révélation chrétienne rosicrucienne, les fondateurs établissent une nouvelle forme de sacralisation, une nouvelle relation avec l’esprit de l’Univers.

En ce qui nous concerne, la pensée du Chevalier de Ramsay et son discours illustre bien ce nouveau phénomène. D’autres acteurs y feront échos, en élaborant un rite de perfection fondé sur une structure pyramidale de 25 degrés. La clé de voûte du développement ritualiste repose sur un principe inhérent à toutes les sociétés maçonniques ayant perduré dans le temps, le principe des 3 grades formateurs de l’homme-maçon : apprenti, compagnon et maître. L’élément le plus important étant l’initiation d’entrée dans la Franc-Maçonnerie, qui ne diffère dans la pluralité des rites que par quelques variantes n’altérant pas l’esprit de ce qui va constituer le franc-maçon.

C’est donc tout naturellement, que l’idée d’un rite permettant à l’homme de franchir les étapes de la connaissance, a trouvé son expression dans ce qu’est devenu le Rite Ecossais Ancien et Accepté et ce en dépit de supposées influences politiquo-maçonniques en terre

américaine. Sa structure symbolique en 33 degrés englobant un syncrétisme mystico-religieux

a dès lors permis au chercheur de lumière de franchir les étapes constituant les différents fondements de la sagesse universelle.

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Certes, cette forme sacralisée de la recherche de la connaissance a pu apparaître progressivement par trop dogmatique, mais elle révèle que la Franc-maçonnerie porte en elle une quête de l’homme, qu’elle soit universelle ou non. Il n’est que de constater les différentes formes de perfection à multiple degré pour comprendre que le caractère de la recherche personnelle ne peut difficilement échapper au cadre de référence et à l’outil que constitue le rite.

Le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté est rempli de symboles statiques ou actifs dans leurs figurations ou dans leurs expressions. Ces symboles dans les degrés confondus, sont là pour permettre à l’homme qui cherche une vérité, de les utiliser par la forme pour en percevoir le fond, l’essence qui relie tous les hommes au-delà de la matérialité. Cette perception individuellement personnelle dépasse l’apparence d’une forme dogmatique car elle laisse à l’homme la liberté de choisir ce qui est spirituellement nécessaire et bon pour lui- même.

La tolérance qui est une des vertus suggérées par la Franc-Maçonnerie, doit inciter les hommes dans leurs quêtes à comprendre la multiplicité des symboles et des rites. Qu’il y ait une référence au Grand Architecte de l’Univers, un volume de la Loi Sacré ouvert à l’épître de St Jean, des colonnes porteuses de Sagesse, Force et Beauté, ces éléments ne sont que le contenant de ce qui va constituer progressivement le contenu des valeurs que le franc-maçon va développer avec lui-même et ses semblables, avec le monde sacré ou profane.

C’est pourquoi, je crois qu’un homme libre, pénétrant l’esprit de la Maçonnerie Universelle, trouvera toujours sa juste place au milieu des différences de Rites et des valeurs que l’on donne aux Symboles. C’est cette croyance, mes frères, que je souhaite librement partager avec vous.

JFLM

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DE LOPERATIF AU SPECULATIF: « Les membres associés et acceptés ».

S’il s’avère que la séparation de la Maçonnerie opérative de la Maçonnerie spéculative s’est faite en Angleterre, et que c’est de cette séparation bien localisée qu’est venue l’élaboration et l’évolution autonome de la Franc-Maçonnerie spéculative encore subsistante, il semble difficile d’en préciser les raisons exactes. Néanmoins, c’est là un fait de hasard ou de circonstance, comme l’histoire en offre tant d’autres, qui trouve son essence dans le contexte social et corporatif de l’époque. C’est ce que l’on nommerait aujourd'hui, une mutation inhérente au contexte socioprofessionnel. Le caractère vaguement spéculatif ( devoirs et incitations morales faites aux compagnons ) aurait pu rester ce qu’il était et ce qu’il est encore aujourd’hui au travers de diverses Sociétés de Compagnonnage, s’il ne s’était passé un ensemble d’événements déterminant qui a infléchi les Guildes et Loges Anglaises à une transmutation vers des formes spéculatives. Pour celles- ci, ce fut l’adhésion et l’admission de membres « acceptés », c’est-à-dire de membres étrangers au métier. En fait les Loges, mais surtout les organismes latéraux et sociaux qui dépendaient d’elles ou qui y étaient liés ( caisses de solidarité, organismes de festivités, etc. ), avaient des activités extérieures au métier ( proprement dit ), qui exigeaient des rapports particuliers et fréquents avec des notables, non ouvriers, tant clercs que civils. Le maintien des privilèges acquis exigeait la protection de hauts personnages. Ce lien protecteur indispensable qui se maintiendra encore dans les corporations jusqu’au XVIIIe siècle, est une clé essentielle de cette transition. On commença vraisemblablement (du moins on en constate des exemples) par agréger à la Loge des architectes patentés, Rois, princes et évêques. Puis ce furent de grands notables, susceptibles d’intervenir favorablement dans l’obtention des grands chantiers de construction. On voit donc ici, le lien dynamique s'établir avec les maçons bâtisseurs. Ce serait oublier que d’autres corporations comme les joailliers et orfèvres participèrent à l’élaboration de cette nouvelle structure sociale. Bien que celles-ci n’utilisassent pas dans leur caractère spéculatif, la symbolique architecturale, ces Guildes entretenaient l’esprit de solidarité et de probité envers leurs membres et sous instruction, la transmission de secrets pour la qualité du travail. On qualifiait donc ces personnages de Maçons acceptés. Sans doute ceux-ci (tant par amitié que par curiosité) avaient-ils acquis des rudiments du vocabulaire professionnel et se pliaient- ils aux rites des Loges ! La première entrée certaine d’un membre accepté dans une Loge encore opérative, est celle de Sir John Boswell d’Auchinleek à la Loge d’Edimbourg, en Écosse en date du 8 juin 1600. Suivent, à une certaine distance, l’agrégation de Sir Robert Muray, à Newcastle, en 1641 et celle d’Elias Ashmole en 1646. Ashmole est un personnage influant dans cette période car il fut fondateur de la Royal society et éminent Rosicrucien. Michel de Ramsay, initiateur de l’écossisme, sera membre de cette institution scientifique. À partir de cette date, les agrégations de non-opératifs se succèdent très vite et en grand nombre : médecins, officiers et notables. La transmutation, qui ne s’est pas opérée brutalement, se fait progressivement, de 1600, où elle paraît commencer, à 1670, où elle paraît accomplie. On constate alors qu’il ne reste plus grand-chose des préoccupations opératives originelles dans les Loges d’Ecosse et d’Angleterre. Il est indubitable que c’est l’acceptation de membres étrangers au métier de Maçon bâtisseur qui a été déterminante dans la mutation faisant passer la Maçonnerie de l’opératif au spéculatif. Sans doute des notables professant des métiers complémentaires et latéraux à la Maçonnerie furent-ils les premiers « acceptés » : des clercs s’occupant de fondations religieuses nécessitant des bâtiments, en premier des hôpitaux ; des seigneurs, qui furent en ce temps-là de grands bâtisseurs ; des médecins, dont beaucoup étaient alors intéressés par des recherches philosophiques et chimiques.

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Pour quelles raisons le vocabulaire spécifiquement opératif fut-il maintenu ? La seule est qu’il se prêtait parfaitement à une transposition symbolique, et qu’il était encore à ce moment, perméable, facile et direct. Il était notoirement employé par les architectes et les physiciens- mécaniciens, qu’on peut tenir pour premiers adhérents « acceptés » dans les loges encore opératives. D’autre part, ce siècle connu une véritable effervescence scientifique. Bon nombre d’intellectuels et savants cherchaient dans de multiples directions croisant nécessairement la science alchimique. Sa diffusion laissa alors quantité d’ouvrages riches d’un langage symbolique dont les « mutus libers » furent la clé d’introduction à ce langage.

En 1688, le Maître des Maçons de Londres était un architecte de grand renom, Sir Christopher Wren, qui fut pendant 35 ans occupé par l’édification de l’église Saint-Paul de Londres. Il pouvait être considéré à juste titre comme un maçon opératif tout en faisant figure de spéculatif, puisque étant géomètre et astronome. Il entretint une correspondance sur la cycloïde avec Pascal, il fut professeur à Oxford et lui aussi, membre de la Royal Society. Il resta en fonction jusqu’en 1695. Il fut alors remplacé par Charles Lennox, duc de Richmond. Christopher Wren reprendra sa charge de Maître de Loge en 1702. En 1703, sa loge dite Loge de Saint-Paul affirma sa transformation en loge désormais spéculative par une décision, où il était dit :« Les privilèges de la Maçonnerie ne seront plus désormais réservés aux ouvriers constructeurs, mais, ainsi que cela se passait déjà, ils seront étendus aux personnes de tous états qui voudront y prendre part ». Les loges étaient devenues nombreuses. Les réunions y prenaient un tour amical ( d’autant plus facile que l’accession s’y faisait par parrainage ) et se terminaient souvent par des banquets. C'est pourquoi les loges avaient leurs tenues dans des auberges et tavernes (qui étaient aussi le lieu de réunion d’autres confréries) et portaient en général le nom de ces lieux.

La Maçonnerie spéculative n’a jamais renié ses origines. Mais elle a, par l’élaboration de légendes appropriées, tenté d’éloigner jusque dans la nuit des temps, l’instauration primitive de la Maçonnerie opérative. La Maçonnerie spéculative a cessé de construire des palais et des églises. Elle entend édifier la Cité humaine, un Monde symboliquement perfectible dont l’Homme vertueux sera à la fois l’ouvrier, l’usager et l’organisateur.

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LA CREATION DE LA FRANC-MAÇONNERIE FRANÇAISE :

Je ne saurais aborder l’introduction de la franc-maçonnerie en France sans rappeler le contexte politique de l’époque. Le 1er septembre 1715, Louis XIV meurt. La couronne revient à son arrière petit-fils, âgé de cinq ans, Louis XV. Après un véritable coup d'état, le duc d’Orléans en ayant fait casser par le Parlement le testament du feu roi, s’adjuge la régence qu’il gardera jusqu’en 1723. En 1715, la situation de la France n’est guère brillante car les dernières années de règne du Roi Soleil ont étés politiquement et économiquement catastrophiques. La France ne fait plus trembler l’Europe, elle est menacée de tous côtés. Dès 1713, Louis XIV a vainement tenté un renversement de sa politique, en démontrant aux divers royaumes d’Europe occidentale que leur hostilité envers la France les mettait en fait, à la merci des Anglais. Il a présenté le Royaume des Lys comme un médiateur et non comme un conquérant. Cette politique n’était qu’à peine amorcée à l’heure de sa mort. Le régent se heurte, dès sa prise de pouvoir, à de très graves difficultés intérieures : crise financière et ébranlement du pouvoir absolu. Étant exsangue, la France doit s’allier à une autre grande puissance pour redresser sa situation internationale. Gagné à la cour de Saint-James, le cardinal Dubois, ministre des affaires étrangères, impose l’alliance Anglaise. Dans le même temps, l’Angleterre est le pôle d’attraction des idées de liberté, d’abondance et de lutte contre un catholicisme désuet. Cette alliance fait le jeu du roi d’Angleterre, George II et de son ministre, Walpole, car elle affermit les droits contestés de la dynastie Hanovrienne. George II obtient de Dubois que les Stuarts soient chassés de France, alors que Louis XIV les avait installés à Saint-Germain-en-Laye et traités en souverains. Dès que Louis XV assume le pouvoir, il remplace Dubois qui vient de mourir par Fleury qui restera aux affaires étrangères jusqu’en 1743. Des problèmes coloniaux nous brouillent bientôt avec nos pseudo-alliés. L’inévitable rupture à lieu et Fleury se tourne alors vers les Stuarts, afin de faire pièce aux Orangistes : il joue alors une subtile politique de bascule entre les deux dynasties britanniques, en tirant partie de leurs divisions. Cette ici que la franc-maçonnerie va jouer un rôle important. Son implantation et son développement en France seront tolérées par le pouvoir Royal. Elle permettra à la France de conserver un lien avec les deux branches d’Angleterre afin de préserver ses intérêts politiques dans le redressement de sa position internationale. Revenons en Angleterre. Dès la création de la Grande Loge de Londres, la franc-maçonnerie se met à essaimer dans toute l'Angleterre. C’est semble-t-il, par le canal de l’Irlande et de l’Écosse que la Maçonnerie anglaise atteignit la France. Les noblesses irlandaises et Écossaises avaient un point d’attache déjà ancien avec la fleur de Lys : Depuis Louis XI elles servaient régulièrement le roi de France dans ses « régiments Irlandais ou Écossais ». C’est à de tels officiers qu’est due en 1726 la création de la première loge française: la Loge du Louis d’Argent, logée chez un grand traiteur sous cette enseigne, rue des Boucheries, à Saint- Germain-des-Prés. Elle est inscrite sur le tableau de toute Loge relevant de la Grande Loge d’Angleterre en 1732. La même année, des navigateurs anglais fondent une Loge anglaise à Bordeaux et en 1733 une Loge Franco-Anglaise se crée à Valenciennes. D’autres surgiront à Paris aux cours des années 1734 et 1735 dont celle de la rue de Bussy qui prendra une importance toute particulière. En résumé, les premières Loges Écossaises d’origines se formèrent dès 1688 autour des Stuarts réfugiés à Saint-Germain-en-Laye et dans les régiments du Roi de France. Il y aura donc en France une dualité: Les Loges Écossaises dites Jacobites d’un côté et de l’autre, les Loges Françaises qui ont pour mère la Loge du Louis d’Argent reconnu par la Grande Loge d’Angleterre.

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Cette filiation paraîtra pour certain un peu scabreuse mais essayons de dénouer cet écheveau. Si nous n’avons pas de certitudes patentes concernant la création de Loge en France dès 1688 dans l’entourage immédiat des Stuarts en exil, il s’avère que malgré le contexte de la réforme, le cloisonnement entre Orangistes et Stuartistes n’était pas aussi hermétique. En effet au regard du siècle des lumières, un ferment idéologique progressiste unissait bon nombre de personnes appartenant à la Gentlemen’s Society. Leurs différents résidaient dans la forme mais non sur le fond. En effet, la réforme impliqua une remise en question sur l’interprétation du divin faite par l’église de Rome. Remettre en cause l’ordre divin c’était à moyen terme s’attaquer au pouvoir qui y était rattaché. On apostropha d’abord L’église, la monarchie de droit divin suivrait. L’humanisme, l’universalité et la tolérance représentaient alors des valeurs alternatives propres à fédérer des hommes que le creuset maçonnique pouvait unir.

En 1735, la loge de l’hôtel de Bussy se compose en grande partie de Maçons français. Elle décide de se détacher de la tutelle parisienne du Louis d’Argent pour constituer La Grande Loge de France. Celle-ci accepte les Constitutions d’Anderson pour toute Loge créée ou à créer sous ses auspices.

Observons maintenant la composition des instances dirigeantes de cette Loge de l’hôtel de Bussy au regard d’un article parut dans un journal Anglais:

« On écrit de Paris que Sa Grâce le duc de Richmond et le Dr. Désaguliers, ex-grand maître de l’ancienne et honorable société des maçons libres et acceptés, munis à cet effet d’autorisation signée du Grand-Maître et scellée de son sceau ainsi que celui de l’Ordre, ont convoqué une loge à l’hôtel de Bussy.

Etaient présents: Son Excellence le comte de Waldegrave, ambassadeur de Sa Majesté auprès du roi de France, le Très Honorable président Montesquieu, le comte Derwenwater, le marquis de Lomuren, Lord Dursley, l’Honorable Mr.William Fritz-James, Messieurs Knigt, père et fils, ainsi que le docteur Wickmann et plusieurs personnages Français et Anglais. »

Nous voici donc en présence de personnages ayant supposément joué un rôle primordial dans l’avènement de la franc-maçonnerie Française.

Commençons par le duc de Richmond. Petit fils de Charles Lennox autre duc de Richmond, deuxième Grand-Maître de la Grande Loge de Londres. Ce deuxième du nom est le protecteur et l’initiateur de Michel de Ramsay, fondateur de l’Ecossisme.

Montesquieu, Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, est né en 1689. Il a donc 45 ans en 1734. Issu d’une grande famille de robe, il est président au parlement de Bordeaux. Il est connu et admiré de toute l’Europe intellectuelle et ses Lettres persanes ont été un best-seller dès 1721. Sa grande richesse lui permet de voyager par toute l’Europe. Il s’attarde en Angleterre où il noue de solides amitiés. Il y compare l’absolutisme de la monarchie française au libéralisme constitutionnel des Anglais. Il est en relation avec les esprits éclairés de l’époque et ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et leur décadence (1734) deviennent, en quelque sorte, le manifeste de tous ceux qui en France, sentent que la monarchie de droit divin craque de toutes parts. Il lance quelques-unes des idées essentielles d’une nouvelle société : La séparation des pouvoirs, la nécessité d’une

constitution refrénant l’arbitraire d’un seul homme, la tolérance religieuse et le respect de la dignité humaine. Montesquieu a été le précurseur des Encyclopédistes, des grands ancêtres de

la révolution

et

de la chartre des Nations Unies. Il est le premier en date des franc-maçons

français.

Charles Ratcliffe, comte de Derwenvater, Écossais meneur d’un soulèvement Jacobite, réfugié en France auprès de son cousin Jacques Stuart, il sera élu Grand-Maître de la naissante Grande Loge de France. Il sera exécuté lors de son retour en écosse en 1746.

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Je ferais l’impasse sur les autres personnages en faisant remarquer que sur la « matricule » de cette Loge figurait 4 nobles Stuartistes. Ce qui rend peut-être insolite la présence du comte de Waldegrave, ambassadeur de sa Majesté auprès du roi de France, qui tout en étant d’une lignée Jacobite servait fidèlement le Roi George II. Ce point est peut-être essentiel pour comprendre la réconciliation qui s’amorçait entre les deux factions pour instaurer une légitimité nécessaire à la grandeur de la Grande-Bretagne. Le choix de la France et de la franc-maçonnerie devait alors s’imposer comme un terrain politiquement neutre.

La conclusion est que les Maçons Français ne furent pas dupes de ses manoeuvres diplomatiques et politiques. Progressivement ils tinrent à prendre une distance avec la franc- maçonnerie Anglaise pour asseoir leur souveraineté et leur indépendance. Ce qui aboutira en 1758 à la proclamation officielle de l’indépendance de la Grande Loge de France à l’égard de la Grande Loge Mère de Londres.

Tirons maintenant quelques conclusions sur cette page d’histoire.

La Franc-Maçonnerie fut la première association, non religieuse ou corporative, la première « société de pensée » autorisée en France ( en effet, les devoirs compagnoniques avaient été dissous par arrêté du parlement et le Club de l’Entresol interdit en 1726).

Pourquoi cette autorisation ? Pour construire un pont discret entre Français et Anglais, pour établir une liaison diplomatique officieuse entre français et Stuartistes.

Quand la rupture fut décidée entre Saint-James et Versailles, la franc-maçonnerie fut interdite. Quand se rénovèrent les liens, la franc-maçonnerie fut tolérée.

Elle a donc, dès son introduction en France, joue un rôle diplomatique subtil, mais fort important.

Elle a rempli aussi un rôle politique, en recevant sur ses colonnes un penseur « audacieux », Montesquieu, précurseur des Encyclopédistes.

Elle a contribué à répandre les principes de la liberté de conscience, en servant de « table ronde », entre protestants et catholiques.

Elle a aidé à la fusion des classes sociales, en intéressant d’un côté des nobles à un symbolisme artisanal, ce qui était extraordinaire à une époque où l’on livrait au mépris tout ce qui touchait au travail manuel, aux « professions mécaniques ». D’un autre côté, la Franc- Maçonnerie a ouvert ses portes à une bourgeoisie roturière aspirant à la noblesse : il faut se souvenir que si le port de l’épée en loge obéissait au Rite, dans le monde profane seul les nobles portaient cet attribut.

Malgré de si hauts parrainages, la franc-maçonnerie aurait peut-être végété en France si n’était intervenu un très curieux personnage, promoteur de l'Ecossisme, André-Michel de Ramsay.

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L’ECOSSISME ET SES FONDATEURS : LE CHEVALIER DE RAMSAY - ESTIENNE MORIN ET LE COMTE DE GRASSE-TILLY.

L’Ecossisme, qui maintenant imprègne (avec quelques variantes, quelques réserves pudiques, et les réductions de certains excès) les principaux Ordres maçonniques, résulte d’une aventure singulière. 11 est issu des cogitations personnelles d’un homme assez extraordinaire qui avait un curieux esprit syncrétique. Le syncrétisme se rencontre fréquemment dans l’histoire des religions. Aucune n’en fut exempte. 11 consiste à tenter la fusion, en une doctrine unique, de plusieurs doctrines différentes. Mais si de telles synthèses sont constatées, elles se font le plus souvent lentement, par contacts, imprégnations latérales, par l’effort successif et continu de certains théologiens. Ici nous rencontrons cette anomalie : en moins de soixante ans, l’effort de deux personnages successifs aboutit au résultat. Ces deux personnages sont le premier, le Chevalier de Ramsay, l’inventeur, et le second, le Comte de Grasse-Tilly, l’instigateur.

LE CHEVALIER DE RAMSAY reste un personnage encore mystérieux pour bien des moments de sa vie, pour les relations qu'il entretint avec des gens très divers, pour l'importance réelle ou supposé qu'il eut. Car de sa naissance en 1686, à Ayr (Ecosse), à sa mort en 1743, à Saint- Germain-en-Laye, il ne cessa de voyager, de « voir » des personnages importants, de susciter des institutions. Il naît en Écosse dans une famille jacobite (stuartiste). Son père est calviniste et sa mère anglicane. À la fin de XVIIe siècle, en Écosse, les querelles religieuses avaient plus de férocité que jamais. Les diverses confessions chrétiennes s’entre-déchiraient en l’honneur du Dieu de bonté. On peut imaginer les crises de conscience de cet enfant studieux, renfermé, écartelé par des parents qui chacun, voulait le conduire à ce qu’ils estimaient être la Vérité et l’arracher ainsi à l’erreur, donc à la damnation, sublime punition de l’impie qui traumatisa plus d’un esprit de l’époque. Cette pathologie collective à certainement influencer Michel de Ramsay autant que les esprits de l’époque dans la recherche d’un équilibre, d’un syncrétisme ou d’une évasion intellectuelle.

Après de brillantes études à Glasgow puis à Édimbourg, notre chevalier voyage en Europe et s’arrête aux Pays-Bas. À cette époque, la république Batave était un havre de liberté religieuse et spirituelle. Il devient disciple de Pierre Poiret et d’Arndt qui appartiennent tous deux à la mouvance « Rosi-Crucienne » et qui enseignent un christianisme transcendant proche de la Théologia Germanica, s’inspirant des grands mystiques chrétiens.

Il passe en France en 1707, où il est naturalisé français, devient le familier de grands seigneurs, particulièrement de Fénelon, archevêque de Cambrai, qui le convertit au catholicisme, et dont, après sa mort, il écrira une apologie et publiera des textes commentés. Mme Guyon l’amène au quiétisme. À la mort de celle-ci, il devient précepteur et se consacre à une Vie de Fénelon. Vers 1724, il devient agent diplomatique des Stuarts chassés de Grande-Bretagne. Quelques mois plus tard, Ramsay participe à Paris avec son ami le marquis d’Argenson à l’animation du Club de l’Entresol, société de pensée dans laquelle, à l’instar des clubs anglais, des gens de qualité se réunissent pour examiner les grands problèmes de l’heure. Le Régent en prend ombrage et le Club de l’Entresol est interdit. En 1727, il publie une imitation de Télémaque de Fénelon, le Voyage de Cyrus, qui devient un « best-sellers ».

En 1728, Michel de Ramsay est en Angleterre, ce qui n’est pas la moindre énigme de son existence mouvementée : comment, lui, Stuartiste et catholique, a-t-il pu y résider sans rencontrer les pires difficultés ? .Il est même admis dans deux compagnies scientifiques de la plus haute renommée : la Gentlemen’s Society et la Royal Society, cette dernière ayant été fondée, au précédent siècle comme nous l’avons déjà vu par Elias Ashmole et d’autres rose- croix. Pendant ce séjour Londonien, Ramsay fut aussi l’ami d’Anderson, fondateur de la Mother Lodge de 1717.

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En 1728 vient de paraître à Londres, sous la direction d’Ephraïm Chambers, the Cyclopédia or Universal Dictionary of Arts and Sciences, qui en tant qu’ouvrage majeur inspira peut-être Ramsay sur la dimension universelle de l’homme. Aussi, dès 1735 commence à circuler, sous le manteau, le Discours de Ramsay, qui deviendra en quelque sorte, la charte de la maçonnerie écossaise. En 1737, il fait la proposition d’une Maçonnerie hiérarchisée, outrepassant de beaucoup les projets antérieurs, qui s’en tenaient à trois ou cinq degrés au- dessus de la Maîtrise. Tout cela fut concrétisé par son Discours, qui était destiné à une assemblée générale et qui ne semble pas avoir jamais été prononcé, mais qui fut abondamment répandu dans les Loges.

S'il ne fut pas absolument le fondateur des Hauts Grades Maçonniques, Ramsay formula le premier les principes d'une hiérarchie, exaltant particulièrement « la foi des Croisés » mettant l'accent sur la continuité (supposée) de la Maçonnerie avec l'Ordre du Temple, aboli en 1307 en Occident par le pape Clément V et Philippe le Bel, et dont les Secrets, les Traditions auraient été conserves dans les Loges d'Ecosse. Les propositions de Ramsay ont une grande importance historique. C'est la première fois qu'on voit se manifester dans un esprit philosophique et, en même temps, dans une direction résolument politique, des propositions d’humanisme réellement universel.

Il est donc intéressant de donner quelques extraits du discours :

« Les grands législateurs politiques n'ont pu rendre leur établissement durable. Quelques sages que furent leurs lois, elles n'ont pu s’étendre dans tous les pays et dans tous les siècles. Comme elles n'avaient en vu que les victoires et les conquêtes, la violence militaire et l'adulation d'un peuple au-dessus d'un autre, elles n'ont pu devenir universelles. La Philanthropie n'était pas leur base

« Le monde entier n'est qu'une Grande République, dont chaque Nation est une famille, chaque particulier un Enfant.

Nous voulons réunir (dans la Maçonnerie) tous les hommes d'un esprit éclairé, non seulement

par l'amour des Beaux Arts ; mais plus encore par les grands principes de Vertu, de Science et de Religion, où l’intérêt de la confraternité devient celui du Genre Humain tout entier. Nos ancêtres, les Croisés venus de toutes les parties de la chrétienté dans la Terre Sainte,

voulurent réunir ainsi, dans une seule Confraternité, les Hommes de toutes les Nations

Il affirme ensuite que « les fameuses fêtes de Cérès à Eleusis, d'Isis en Egypte, de Minerve à Athènes, d'Uranie et de Diane, avaient bien des rapports avec les nôtres (celles des Maçons); on y célébrait des mystères où se trouvaient des vestiges de l'ancienne religion de Noé et des Patriarches ».

I1 fait donc la première proposition de l’adjonction de trois grades chevaleresques au-delà du grade de Maître :

1). Maître écossais. 2) Novice. 3) Chevalier du Temple. I1 y ajouta ultérieurement un quatrième grade :

4). Royal-Arch (en 1736). La Grande Loge de Londres refuse l'instauration de ces grades. Ramsay fera plus tard une autre proposition de sept grades supplémentaires. La Maçonnerie française fait la sourde oreille. Néanmoins, c'est de cette période que date l'introduction dans les Loges françaises de toutes les incitations templières et rosi-cruciennes. Ramsay trouve malgré tout beaucoup d'adeptes qui, dans les Loges particulières, créèrent, après sa mort, sept autres grades supérieurs, dont le dernier : Grand Elu ou Chevalier Kadosh constitua ultérieurement ce qu'est aujourd'hui le 30è degré.

»

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Ramsay meurt à Saint-Germain-en-Laye en 1743, ayant semé une plante qui va, plus tard, pousser très haut ses étranges rameaux. La Loge de Saint-Germain-en-Laye continue son action et pratique les sept hauts grades. Mais c'est un Maçon français qui va déterminer l’épanouissement ultérieur de l'Ecossisme.

LE COMTE ALEXANDRE DE GRASSE-TILLY, neveu de l'amiral, revint d’Amérique vers 1802.Il affirma (sans qu'une preuve ait jamais été apportée) qu'une patente lui avait été délivré par le Suprême Conseil d’Amérique qui l’autorisait à créer en France un Suprême Conseil, dit Suprême Conseil des Inspecteurs Généraux du Rite Écossais ancien et accepté (c'est-à-dire composé des Initiés au degré le plus haut, le 33e, dont nous donnerons plus loin la place chronologique). La patente n'a jamais été produite, et l'existence du Grand Commandeur américain qui l'aurait accordée reste encore problématique.

exergue un protagoniste important dans la création de

l’écossisme, ESTIENNE MORIN.

ESTIENNE MORIN, maçon français actif en France comme aux Antilles depuis les années 1740, fonda durant l’été 1745 une loge écossaise à Bordeaux puis, au cours des seize années suivantes, différentes loges en France et à Saint-Domingue. Morin possède une grande collection de rituels et reçoit à Paris en août 1761, une patente de Grand Inspecteur par les hauts maçons du Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident de la Grande et Souveraine loge de Saint-Jean de Jérusalem. C’est ce conseil qui élabora dès 1758, le Rite de perfection en vingt-cinq hauts grades et qui autorisa Morin à établir les Hauts Grades de par le monde. Cette patente est historiquement sujette à controverse car l’original reste à ce jour introuvable.

Morin quitta pour la dernière fois son pays natal au printemps 1762 avec l’intention de retourner aux îles. Le bateau sur lequel il avait quitté Bordeaux ayant été pris par les Anglais, Morin devait accomplir un long détour involontaire qui l’amena à séjourner à Londres et en Écosse, avant de parvenir au terme de son voyage, le 20 janvier 1763, à Saint-Domingue, puis se fixe à Kingston en Jamaïque. C’est là avec l’aide de son ami Henry Francken, qu’il développe à partir du rite de perfection, le Rite Ecossais de 33 degrés. Mais nous sommes en terre Anglaise, le Rite se développe alors dans les colonies anglaises d’Amérique qui deviendront plus tard les Etats-Unis. Franken, bien que hollandais, traduit aussi bien qu’il le peut les divers rites Français de Morin.

En 1767, Franken effectue un voyage en Amérique, à Albany, près de New York où il fonde une Loge de perfection sous le nom d’Ineffable. Il en délivre la patente par autorité de Morin qui en garantie la régularité. De cette fondation et avant son retour en Jamaïque, Franken nomme en 1768 à New York, Moses Michael Hayes comme député inspecteur. A la mort de Morin en 1771, Franken dirige seul le Rite, nomme des Députés-Inspecteurs et les dote d’un cahier comportant à la fois rituels, statuts et règlements, tous rédigés en anglais. En 1783, il investit David Small et lui remet un document, connu maintenant sous le nom de Manuscrit Franken de 1783. C’est certainement dans cette dynamique que fut créé le Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique de Charleston en 1801 et la naissance du Rite Ecossais Ancien et Accepté dont le Comte de Grasse fut le promoteur en France.

Vers 1802, le comte de Grasse installe la Loge mère de l'Ecossisme qui s'intitule « Mère Loge Ecossaise de France », à l'Orient de Paris.

En 1804, il instaure une Grande Loge Générale Ecossaise du Rite Ancien et Accepte. Le rite possède déjà d'autres Loges à Paris et en province (dont deux à Lyon). Le nombre des hauts dignitaires lui paraissant suffisant, il réunit tous les adeptes « au 33è degré » dans un Suprême Conseil.

Néanmoins,

l’histoire

met

en

11

L'Ordre français ancien, reconstitué par Roettier de Montaleau vers 1796, et qui s’était réuni à ce qui subsistait de la Grande Loge sous le nom de Grand Orient de France, transige avec le Suprême Conseil : le Grand Orient accepte la nouvelle hiérarchie ; Il aura autorité sur tous les ateliers du ler au 18e degré. Le Suprême Conseil exercera sa juridiction sur ceux du l9e au 33e degré.

Mais le Grand Orient ne se satisfait pas de cette division des pouvoirs. En 1805, il crée un Grand Directoire des Rites, auquel il confère le 33e degré. Le Suprême Conseil Ecossais proteste contre cette usurpation, dénonce le concordat qui le liait au Grand Orient, et, en 1805, rétablit la Grande Loge Générale Écossaise, qui accordera seule tous les degrés, du 1e au 33e, dans son obédience propre.

Si les deux obédiences ont eu ultérieurement divers rapprochements (et même accepté la double appartenance), en fait elles ne se sont jamais réunies. La dernière tentative (en 1946) ne fut qu'un échange de courtoisies fraternelles. Mais le Grand Orient, héritier des tendances qui proscrivaient les hauts grades, les décerne maintenant, pour sa part, a sa convenance. Il manifeste dans ses Loges la coexistence des deux Rites : l'un dit Rite français, est issu de l'ancienne Grande Loge de France, l’autre dit Rite écossais, est surtout développé dans les Loges aux plus hauts grades.

Voici donc la liste des Grades du Rite Ecossais:

LOGES BLEUES

1.Apprenti Maçon 2.Compagnon Maçon 3.Maître Maçon

LOGES DE PERFECTIONS (ATELIERS PHILOSOPHIQUES)

4.Maître Secret 5.Maître Parfait 6.Secrétaire Intime 7.Prévôt et Juge 8.Intendant des Bâtiments 9.Maître Élu des Neuf 10.Illustre Élu des Quinze 11.Sublime Chevalier Élu 12.Grand Maître Architecte 13.Chevalier de Royal Arch 14.Grand Élu de la Voûte Sacrée

CHAPITRES

15.Chevalier d'Orient ou de l'Épée 16.Prince de Jérusalem 17.Chevalier d'Orient et d'Occident 18.Souverain Prince Rose+Croix

AREOPAGES

19.Grand Pontife 20.Maître Ad Vitam 21.Patriarche Noachite 22.Prince du Liban 23.Chef du Tabernacle 24.Prince du Tabernacle 25.Chevalier du Serpent d'Airain 26.Prince de Mercy 27.Grand Commandeur du Temple 28.Chevalier du Soleil 29.Grand Écossais de Saint-André d'Écosse 30.Chevalier Kadosh

TRIBUNAUX

31.Grand Inspecteur Inquisiteur

CONSISTOIRES

32.Sublime Prince du Royal Secret

CONSEILS SUPREMES

33.Souverain Grand Inspecteur Général

LE SUPREME CONSEIL est une assemblée présidée par un Grand Commandeur. Il compte entre 9 et 33 membres choisis parmi ceux qui possèdent le 33° degré.

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LA LEGENDE TEMPLIERE

C'est le chevalier de Ramsay qui a, le premier, formulé cette légende avec précision. II apparaît toutefois qu'elle avait été esquisse antérieurement, et qu'elle circulait dans les Loges anglaises vers 1720.

On s'efforce aujourd'hui de lui donner une valeur historique. Disons pourtant qu'on n'a jamais apporté un texte probant, reconnu valable par les experts chartistes et antiquaires.

Selon les tenants de cette légende, les Templiers d'Europe occidentaux, traqués, emprisonnés et spoliés par le roi de France Philippe le bel, condamnés pour hérésie par le pape Clément V (1306), n'auraient pas tous péris. Une partie des chevaliers aurait pu s'échapper et reconstituer l'Ordre en divers pays dont les souverains n'auraient pas accepté la condamnation par le pape d'Avignon, manifestement prononcée sous la pression du roi de France.

Une partie d'entre eux aurait ete intégrée, en Espagne, à la Chevalerie de Calatrava. Une autre partie, en Allemagne, aurait ete reçue par les Chevaliers Teutoniques. D'autres auraient rejoint l'Écosse, ou les rois Robert et Édouard Bruce les auraient recueillis.

Ici se place une autre légende : celle selon laquelle les Templiers auraient ete auparavant maçons et architectes effectifs de leurs Commanderies et de maints grands châteaux de la féodalité, du XIIe au XIIIe siècle. Cela n'a jamais ete prouvé, mais prétendu tel par des sollicitations de textes tout à fait abusives.

La légende se poursuit : les Templiers réfugiés en Écosse auraient été reçus dans les organisations corporatives de la maçonnerie (opérative) aux titres d’ouvriers et de maîtres d’œuvre, et auraient prolongé leur existence au sein de la Franc-maçonnerie. Ce serait même une des raisons pour lesquelles la Maçonnerie écossaise devint naturellement spéculative ; son Secret ne serait autre chose que le « Secret des Templiers », rigoureusement conservé.

Il y a encore, tant à l’intérieur de la Maçonnerie qu’à l’extérieur, beaucoup d’ésotéristes qui tiennent cette légende pour de l’histoire vraie, et qui, par elle, expliquent toutes sortes de choses, dont, en particulier, l’existence de certains grades maçonniques, dit « grades de vengeance », dans lesquels les rois et les papes sont symboliquement voués à l’exécration.

Mais, d’autre part, cette pure légende a provoqué (et provoque encore) une abondante littérature « historique », qui incite à rechercher tous les « Secrets du Temple », et d'abord à fouiller tous les lieux dans lesquels les proscrits ont caché leurs trésors.

LE MYTHE ROSI-CRUCIEN.

Selon les exégètes (du XIXe siècle), une société secrète de savants, érudits, médecins, physiciens, chimistes, etc., se serait constituée en Europe au milieu du XVI siècle, auraient fleuri au XVIIe, et aurait disparu au XVIIIe, se fondant d'une manière naturelle (mais indiscernable en ses formes propres) à l'intérieur de la Maçonnerie. La seule certitude qu'on ait à cet égard, c'est que certains philosophes, écrivains ésotéristes et alchimistes, se sont affirmés « Rose-Croix », ou tout au moins « Rosi Cruciens ».

La seule chose positive, c'est l'existence, dans certains textes, dans les correspondances (écrites en latin) qu'ont échangé beaucoup de savants à travers l'Europe au XVIIe siècle, de certaines formules cursives (techniques, mathématiques, alchimiques), qui, encore mal déchiffrées, peuvent laisser supposer que ces personnes s'adonnaient aux recherches de physique, de physiologie et d'alchimie ; et que beaucoup d'érudits anglais, qui étaient francs- maçons, ont utilisé ces formes cursives et les ont intégrées au rituel maçonnique.

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La Rose-Croix, reconstituée sur ces conjonctures, était une Fraternité ; les membres se donnaient le nom de Frères, et se communiquaient « leurs secrets » soigneusement gardés pour tous autres.

Si les participants s’avouaient à l’extérieur Rosi-Cruciens, c'est-à-dire participant

personnellement à certaines recherches, ou ayant reçu certaines connaissances qui émanaient

du groupe, ils ne se prétendaient jamais Rose-croix. Le mot était réservé à désigner des

savants lointains, de la plus haute science, doués de pouvoirs exceptionnels, et qu’on ne nommait pas, tant par ignorance de leur nom propre que par celle de leur résidence.

De grands Maçons anglais, Élias Ashmole, Valentin Andrae, auraient été les introducteurs du

Rosi-Crucianisme dans les Loges, et y auraient développé des recherches d'hermétisme, d'astrologie, de physiologie, de magnétisme, etc., qui contenaient des idées d'un ésotérisme particulier et impliquaient une symbolique para-scientifique.

Une grande partie de cette symbolique fut reprise et commentée (dans un sens plus ou moins rigoureux, vis a vis des principes doctrinaux d'Anderson) par les propagateurs de l'Ecossisme.

Ils subsistent dans les grades inhérents à ce Rite, assez diffus dans l'ensemble, parfois curieusement précisés et commentés. Il est difficile d'en donner une explication cohérente : on

y sent trop facilement une accumulation de cogitations collectives et d'incitations

individuelles (dont certaines retenues, et dès lors « acceptées » : d'autres seulement

proposées)

Insistons sur ce point : ce qu'il y a de positif, c'est seulement ce que le chevalier de Ramsay, ses disciples et ses successeurs ont réussi à faire inscrire dans le rituel des Hauts Grades. Les Vénérables et Maîtres des hautes Loges y font rarement allusion, sinon pour inciter les Maîtres à poursuivre leurs travaux personnels, afin d'accéder à une meilleure connaissance symbolique de la Maçonnerie.

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LES SYMBOLES MAÇONNIQUES.

Les symboles maçonniques se réfèrent tous à des faits spirituels. Ils sont les supports d’événements, d’idées, de concepts abstraits, qui doivent évoquer immédiatement leurs significations aux adeptes, au point que le langage symbolique utilise leurs noms sans préciser autrement leur sens profond, dans la verbalisation en Loge. Ces symboles sont nombreux et variés. Si l’insolite de leur rencontre, de leur juxtaposition étonne de bon droit le profane, il n’en est pas de même pour les adeptes, rompus a cette phraséologie si particulière.

Essayons de débrouiller cette complexité apparente par un essai de classification de ces symboles, en même temps que la notation de leurs significations respectives. On prendra ainsi conscience de ce que la transformation, par degrés successifs, de la technique opérationnelle

originelle, en spiritualité agissante, par les moyens du symbolisme, est une opération qui obéit

à des lois morales, et implique une méthodologie rigoureuse, dans un Etat d’esprit donné. J’ai donc volontairement simplifié les références, les correspondances et les analogies.

Il est difficile de préciser en quoi consiste le Travail symbolique qui fait passer de l'objet réel

a la représentation, de la figure, a l'esprit. Ce passage doit devenir automatique et spontané.

Quelques exemples indiqueront la méthodologie de la transposition.

LES SYMBOLES ORDINAIRES :

SYMBOLES ANTIQUES :

Les nuées, le Soleil, la Lune.

SYMBOLES HERMETIQUES ET ALCHIMISTES :

Les quatre éléments : la Terre, l'Air, l'Eau et le Feu. Le Soufre, le Sel, le Mercure, l’Or, le Plomb, les Fleurs ouvertes.

Le Foyer, le Vase, les inscriptions sur la pierre taillée. Les symboles alchimiques, le Pélican dans son aire.

maçonnerie

opérative).

Le Niveau : Mise en œuvre correcte des connaissances, rigueur, justice.

La Règle : Origine de tout travail, précision dans l’exécution, présence effective de l'ouvrier au travail.

L Équerre : Vérification de toute action, rapport rigoureux des forces, incitation à achever le travail.

Le Ciseau : L'acte efficace (détermine à la fois par la force et la raison), la pénétration au sein des éléments, et, par extension, l'esprit en action.

Le Compas : La recherche, la mesure, la vérification, l'acte réfléchi et contrôlé.

Le Maillet : La force, la puissance, la volonté d'action et sa mise en œuvre, l'ouverture et la clôture des temps affectées à telle ou telle activité. La présence.

Le Cordeau : Le travail en commun, l’unité d'action, la fraternité exemplaire, la solidarité.

L'Échelle : La difficulté à vaincre, la montée vers la connaissance.

La

participation nécessaire.

Le Marteau de Taille : L'effort, la volonté de pénétrer l'inconnu.

toute acquisition, l’humilité, la

LES

SYMBOLES

D'ORIGINE

OUVRIERE

:

(la

plupart

transmis

par

la

Truelle

:

L'égale

répartition,

l'origine

active

de

15

Le Fil à Plomb (tenu en main) : La maîtrise de soi, le bon usage des facultés, la sérénité, la rectitude.

Le Tablier : La permanence du travail, sa nécessité, et l'honneur qui lui est dû.

La Perpendiculaire (ou chorobate, qui est un fil à plomb tendu entre deux L adossés) : La vérification, profondeur dans l'observation.

La Pierre brute : Le travail à faire, l'obligation première en tout travail, l'ignorance à vaincre.

La Pierre taillée : Le travail effectué, la plénitude, l'usage des facultés humaines. Toute chose acquise, vérifiée, exemplaire.

Mesure dans la recherche.humaines. Toute chose acquise, vérifiée, exemplaire. Rectitude dans lÊaction. Volonté dans lÊapplication.

Rectitude dans lÊaction.acquise, vérifiée, exemplaire. Mesure dans la recherche. Volonté dans lÊapplication. Discernement dans

Volonté dans lÊapplication.Mesure dans la recherche. Rectitude dans lÊaction. Discernement dans lÊinvestigation. Profondeur dans

Discernement dans lÊinvestigation.Rectitude dans lÊaction. Volonté dans lÊapplication. Profondeur dans lÊobservation. Mise en fl uvre correcte

Profondeur dans lÊobservation.dans lÊapplication. Discernement dans lÊinvestigation. Mise en fl uvre correcte des connaissances. Précision

Mise en fl uvre correcte des connaissances. uvre correcte des connaissances.

Précision dans lÊexécution.Mise en fl uvre correcte des connaissances. Pouvoir de la volonté. Certains de ces symboles offrent

Pouvoir de la volonté.correcte des connaissances. Précision dans lÊexécution. Certains de ces symboles offrent l’évidence d'

Certains de ces symboles offrent l’évidence d'emprunts des traditions antérieures ou latérales. Parfois, l’adaptation modifie un peu le sens originel de ces traditions. Le plus souvent, elles ont été transposées sans modification :

SYMBOLES JUDAÏQUES (OU BIBLIQUES) : La figure du Temple, les Degrés (escaliers), les Portes, Fenêtres, etc. Les Flammes, les Colonnes (B et J). Les Tombeaux, l'Arche, les Rameaux, le Chandelier à sept branches, et les autres Lumières, le Trépied

SYMBOLES CHRETIENS : Le Triangle, les Trois points, toutes les formes trinitaires, les Autels, les Pavés mosaïques, les Grenades ouvertes, la Croix, le Pélican, le Soleil rayonnant.

SYMBOLES RELIGIEUX DIVERS : L'Etoile flamboyante, les ombres, le décagone étoilé.

SYMBOLES CHEVALERESQUES : Les Epées, les Cordons, les Bijoux et sautoirs, les Mains entrelacées, les Croix pattées, les Bagues, l'Aigle, les formes héraldisées, les Couronnes.

SYMBOLES ASTRONOMIQUES OU SCIENTIFIQUES : La Sphère armillaire, les Etoiles, les Signes Gamma, Sigma, etc.; les Triangles, les Outils de mesure et de vérification.

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LE RITE : UNE POSSIBLE CONCLUSION.

Le rite apparaît d'abord comme un langage, mais un langage, qui se prolonge et se déploie dans une action. Il a pour fonction de nous faire pénétrer au-delà du monde empirique, au- delà du monde profane, de nous mettre en contact avec ce que l’on nomme le « numineux ». Cette expression vient du latin « numen » qui signifie « volonté » et plus précisément « volonté divine », « puissance agissante de la divinité ». Par le Rite, grâce au Rite, l'homme établit une relation avec ce qui le dépasse, avec le Cosmos, avec le Divin, avec le Sacré. « Il conduit un homme à se saisir dans un Ordre autant qu'à la Source d'une puissance capable d'autres liens et d'un autre Ordre ».

Le Rite maçonnique, semblable en cela à tout autre Rite, veut instaurer un autre Ordre, un autre espace, un autre temps, un espace et un temps sacrés. Dans sa spécificité Ecossaise Ancienne et Accepté, il le fait d'abord par l'invocation au « Grand Architecte de l'Univers », puis par l'invocation à la Sagesse qui doit présider à la construction de l'édifice, à la Force qui doit le réaliser, à la Beauté qui doit l'orner. Ainsi se marque et se manifeste le passage obligé du profane au Sacré, comme à la fin des Travaux, se marque, se manifeste le passage du sacré au profane. Il s'agit bien de créer, de réaliser, un espace et un temps radicalement différents de l'espace et du temps de notre vie quotidienne pour permettre à l'homme que nous sommes d'accéder à la communication symbolique avec le divin, avec le sacré, et grâce à cette communication, de permettre à son tour la communication et pourquoi pas, la communion elle-même des hommes entre eux.

Le rite maçonnique permet de créer la loge, de la consacrer, de la faire exister, non seulement comme lieu matériel, situé dans un espace et un temps donnés, mais comme lieu spirituel, comme lieu de communion et de fraternité, comme lieu de communion fraternelle. C’est certainement dans l’acte de la chaîne d’union que prend forme « l’Egrégore », cette entité collective issue de notre relation inconsciente avec le sacré. Il y a par le Rite, une volonté commune de transcender la forme du cérémonial pour libérer l’esprit dans « l’Unicité ».

Il permet ainsi à tout franc-maçon de mieux comprendre sa condition et de l'assumer. En ce sens le Rite maçonnique complète ce que le processus initiatique et le symbolisme maçonnique veulent exprimer et traduire. « Les Rites posent la transcendance du Sacré pour préparer la sacralisation de la condition humaine » écrit Cazeneuve, j’ajouterais pour essayer de la sauver, de la sauvegarder. En effet, peut-on sauver l'homme notre contemporain, sans

faire appel à ce qui le dépasse, sans faire appel au Sacré ? N'assistons-nous pas aujourd'hui à

et

une désacralisation de l'homme, à une sorte de profanation systématique ou insidieuse l'homme lui-même n'en est-il pas la victime ?

Je citerais à ce propos un ancien Grand-Maître de la Grande Loge de France: Si l’homme du XXe siècle veut se sauver du chaos matériel et spirituel qui le menace, il doit savoir retrouver le caractère sacré de son être, pour reconquérir son existence. Le Rite maçonnique est une invitation à cette reconnaissance et à cette reconquête de l’homme par lui-même et les Rituels en usage dans toutes les Loges sont la traduction de cette invitation, de cette incitation, à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

Je conclurais en disant que le Rite sous quelque forme qu’il puisse se présenter, qu’il soit sacralisé ou non, ne peut-être qu’un outil pour l’homme qui veut entreprendre le long et difficile chemin de la perfection et qui cherche la Connaissance. En substance, cette queste exotérique ou ésotérique qui pousse l’homme depuis l’origine de la pensée vers une conscience plus universelle, n’a qu’un seul point de départ efficace : « Connais-toi toi- même ».

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VADE-MECUM DES RITES MAÇONNIQUES

VADE-MECUM DES RITES MAÇONNIQUES 1. Les Grades Maçonniques. 2. Le Rite Écossais Ancien et Accepté. 3.

1. Les Grades Maçonniques.

2. Le Rite Écossais Ancien et Accepté.

3. Le Rite d'York (américain).

4. Le Rite Français.

5. Le Rite Émulation (anglais).

6. Le Rite Écossais Rectifié.

7. La "régularité" maçonnique.

1. Les Grades Maçonniques

La Franc-Maçonnerie, en tant qu'Ordre Initiatique, transmet son initiation en plusieurs fois. Elle considère que la Vérité s'acquiert par un enseignement graduel. Ainsi, l'initiation maçonnique est complètement achevée lorsque le Franc-Maçon atteint le troisième degré, celui de Maître Maçon. Qui dit enseignement graduel, dit "grades". Ce vocable militaire est sans doute issu des Loges militaires, fort nombreuses sous l'Ancien Régime et sous l'Empire. Le terme de "degré" me semble plus adapté. Ainsi, il y a 3 degrés dans la Franc-Maçonnerie universelle et traditionnelle. Ils sont:

1.Apprenti Franc-Maçon 2.Compagnon Franc-Maçon 3.Maître Franc-Maçon

Dans tous les rites, dans tous les pays, ces trois grades existent avec les mêmes mots et signes de

reconnaissance. C'est ce qui fait son universalité. Ces trois degrés sont la base de la Franc-Maçonnerie. Ils doivent être pratiqués au sein d'une même loge. Néanmoins, ceux ne sont pas les seuls degrés, dans la Maçonnerie. Chaque système de rite en a rajouté d'autres. Par exemple, le Rite Écossais Ancien et Accepté compte 33 degrés. Mais attention, les degrés qui vont du 4° au 33° sont appelés "hauts grades"; les obédiences traditionnelles ne s'en occupent pas. Cela n'est pas de leurs compétences.

D'autre organismes (Suprêmes Conseils, etc

Pour être membre de ces "hauts grades", il faut obligatoirement être membre d'une Loge dite "bleue". La Loge bleue est la Loge telle qu'on l'entend, c'est à dire celle qui pratique les 3 premiers degrés et qui appartient à une Grande Loge. Les "hauts grades" sont isolés des 3 premiers degrés. Ainsi, il existe des Loges spéciales qui pratiquent des degrés du 4° au 14°, d'autres du 15° au 18°, etc, selon une hiérarchie bien précise. On peut considérer les "hauts grades" comme un approfondissement de la Maîtrise. Le degré ultime reste le 3° degré. Les Anglais appellent le système des "hauts grades" la Side-Masonry : la Maçonnerie d'à côté. Mais vous ne verrez jamais une Loge maçonnique pratiquer un rite du 1° au 18° par exemple. Cette Loge ne pourrait être maçonnique car elle "briserait" l'initiation qui repose sur les 3 premiers degrés et la légende hiramique. L'initiation maçonnique n'est pas rapide en France. Un Maçon va rester entre 1 et 3 ans Apprenti puis il sera proposé pour passer Compagnon. Alors, il restera aussi entre 1 et 3 ans avant de passer Maître. Dans d'autres pays comme les USA, un profane (un non-Maçon) peut devenir Maître en 3 mois. C'est une pratique courante. Il n'existe théoriquement pas de "rythme" pour passer d'un degré à un autre, néanmoins, une bonne connaissance du rituel, des rites, du symbolisme du rite pratiqué et de la Franc- Maçonnerie me semble être un élément fondamental pour qui souhaite devenir Maître.

) les administrent.

18

2.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté

Le Rite Écossais Ancien et Accepté (dit REAA pour les intimes

entre 1733 et 1735 en Angleterre. À cette époque, il y avait des Loges de "Scotch Masons" (Maçons Écossais). On rencontre les premiers Maîtres Écossais à la Grande Loge en 1743 en France. Le rite à évolué. Il a pris la forme que nous lui connaissons le 24 Juin 1801 à Charleston aux États-Unis. Il compte 33 degrés dont voici la liste:

est très ancien; il aurait été créé

)

Loges Bleues 1.Apprenti Maçon 2.Compagnon Maçon 3.Maître Maçon Loges de Perfections 4.Maître Secret 5.Maître Parfait 6.Secrétaire Intime 7.Prévôt et Juge 8.Intendant des Bâtiments 9.Maître Élu des Neuf 10.Illustre Élu des Quinze 11.Sublime Chevalier Élu 12.Grand Maître Architecte 13.Chevalier de Royal Arch 14.Grand Élu de la Voûte Sacrée Chapitres 15.Chevalier d'Orient ou de l'Épée 16.Prince de Jérusalem 17.Chevalier d'Orient et d'Occident 18.Souverain Prince Rose+Croix

Aréopages 19.Grand Pontife 20.Maître Ad Vitam 21.Chevalier Prussien 22.Prince du Liban 23.Chef du Tabernacle 24.Prince du Tabernacle 25.Chevalier du Serpent d'Airain 26.Prince de Mercy 27.Grand Commandeur du Temple 28.Chevalier du Soleil 29.Grand Écossais de Saint-André d'Écosse 30.Chevalier Kadosh Tribunaux 31.Grand Inspecteur Inquisiteur Consistoires 32.Sublime Prince du Royal Secret Conseils Suprêmes 33.Souverain Grand Inspecteur Général

Le Suprême Conseil est une assemblée présidée par un Grand Commandeur. Il compte entre 9 et 33 membres choisis parmi ceux qui possèdent le 33° degré.

3. Le Rite d'York

Le Rite d'York est aussi appelé Rite Américain. Il désigne le rite pratiqué aux États Unis au delà du 3°degré. Il comporte 14 degrés qui sont:

Loges Bleues

Commanderies

1.Apprenti

11.Chevalier de la Croix Rouge

2.Compagnon

Camps

3.Maître Maçon Chapitres 4.Maître de la Marque 5.Passé Maître 6.Trés Excellent Maître 7.Maçon de l'Arche Royale Conseils 8.Maître Royal 9.Maître Select 10.Super Excellent Maître

12.Chevalier de Malte Grandes Commanderies 13.Chevalier du Temple Grands Camps 14.Chevalier de la Croix Rouge de Constantin

Il est fréquent que les membres du Rite d'York appartiennent également au hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté. Ainsi aux USA, un Maçon aura de droit d'être Chevalier du Temple au Rite d'York et Sublime Prince du Royal Secret (32°) au REAA.

19

4. Le Rite Français Traditionnel Le Rite Français Traditionnel possède 7 degrés. Il a été créé en 1786 par le Grand Chapitre Général. Il s'articule autour de la symbolique de la Rose+Croix. Il est pratiqué actuellement au Grand Orient de France. Attention cependant à ne pas le confondre avec le Rite Français moderne, dit aussi "Rite Français de Groussier", qui est une variante très modifiée des 3 premiers degrés de ce rite.

Loges Bleues

Second Ordre de Rose+Croix

1.Apprenti

5.Maître Écossais

2.Compagnon

Troisième Ordre de Rose+Croix

3.Maître

6.Chevalier Rose+Croix

Premier Ordre de Rose+Croix 4.Maître Élu

Rose+Croix 7.Souverain Prince Rose+Croix

5. Le Rite Émulation

Ce rite est celui qui est officiellement pratiqué par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Il n'y a pas de "hauts grades" souchés sur ce rite. Néanmoins, nombreux sont les Francs-Maçons de ce rite qui appartiennent à un chapitre de Royal Arche. Les deux "rites" se complètent harmonieusement et nombreux sont ceux qui croient que les degrés de l'Arche Royale sont les "hauts grades" du Rite Émulation. Nous avons donc décidé de vous présenter les deux.

Ainsi, le Rite Émulation ne concerne que les 3 premiers grades:

Le Rite de l'Arche Royale concerne:

Les Loges Bleues

Les Chapitres de l'Arche Royale

1.Apprenti

4.Maçon de la Marque

2.Compagnon

5.Passé Maître

3.Maître

6.Trés Excellent Maître 7.Sainte Arche Royale

6. Le Rite Écossais Rectifié

Le Rite Écossais Rectifié est une rite très inspiré de la chevalerie templière. Il est né en 1778 à Lyon en France. On trouve à son origine le rite Allemand dit de la "Stricte Observance Templière". Ce rite est surtout pratiqué en France par la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra. Il est également le rite "originel" de la Grande Loge Nationale Française, rite alors refusé par le Grand Orient de France.

Voici ses degrés:

Loges Bleues

Ordre Intérieur

1.Apprenti

5.Écuyer Novice

2.Compagnon

6.Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte

3.Maître Maçon

Degrés non pratiqués:

Quatrième degré symbolique:

7.Profès

4.Maître Écossais de Saint André

8.Grand Profès

Le Rite Écossais Rectifié est très chevaleresque. Il extrait de la Franc-Maçonnerie son essence Templière.

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La Régularité Maçonnique

Qu'est ce que la "régularité" maçonnique ? En voici un aperçu d'après le Masonic Information Series, Maçonnerie Régulière et Clandestine :

Frères, vous êtes avisés de ne pas visiter de Loges clandestines ni d'accueillir en Loge des Maçons clandestins; si vous avez un doute, parlez en à votre Vénérable Maître. Comme nouveau Maître Maçon, nous n'oublierons jamais cette injonction de notre Vénérable Maître. Comme Maître Maçon, nous pourrions définir les différences entre les Maçons réguliers et clandestins. Voici pour commencer les sanctions maçonniques qui sont définies dans l'article XVI des constitutions maçonniques de la Grande Loge AF&AM:

Section 20. Aucun Maître Maçon ne doit entretenir de relations maçonniques avec une Loge clandestine ou illégale ni communiquer maçonniquement avec un Maçon clandestin. Section 21. Tous les Maçons de la juridiction peuvent être réprimandés, suspendus ou exclus pour toute violation des Anciens Landmarks, des Constitutions, Règlements, Édits, Ordonnances et des Règlements Généraux de la Grande Loge et des autres Lois Maçonniques.

Qu'est ce qu'un Maçon clandestin ?

Un membre d'une soi-disant organisation maçonnique qui n'entretient pas de relations avec la Franc- Maçonnerie. Un exemple est un membre d'une des nombreuses Triades chinoises, des Carbonari etc Une autre description simple pourrait être un membre d'une organisation maçonnique qui ne possède pas nos trois degrés, ni en particulier l'exaltation de la personnalité d'Hiram. Les Maçons réguliers ne devraient jamais considérer ces membres comme Frères.(Haffner, Regularity of Origin, p. 119). Dans

la terminologie maçonnique, "clandestin" est un vieux terme qui a été retiré de notre rituel de tradition orale. Ce rituel a été standardisé lors de l'union des deux Grandes Loges Anglaises des "Ancients" et des "Moderns" en 1813.(Henderson, Masonic World Guide, p. 35) D'après RW Christopher Haffner, Passé Député Grand Maître pour Hong Kong et l'Extrême Orient, Grande Loge Unie d'Angleterre, Passé Maître de la première Loge de recherches, Quatuor Coronati Lodge No. 2076, Londres et auteur de Regularity of Origin, nous trouvons le passage suivant: La Grande Loge Unie d'Angleterre ne semble pas tenir compte des différences; elle reconnaît une Grande Loge dans sa totalité ou pas du

tout

(Haffner,

Regularity, p. 8)

Qu'est ce que la Reconnaissance ?

Lorsqu'une Grande Loge en reconnaît une autre, elle reconnaît sa régularité maçonnique, son autorité

et son intégrité territoriale. Une telle reconnaissance, dans la mesure oú elle est effectuée, doit être mutuelle. Quand une telle reconnaissance est finalement accordée par une Grande Loge plus ancienne (c'est généralement une jeune Grande Loge qui demande à être reconnue), les deux Grandes Loges se disent être "en amitié" ou en "relations fraternelles". Le processus durant lequel une Grande Loge en reconnaît une autre est quelquefois précédé d'une reconnaissance de ses différences (dans les rituels,

l'organisation

si le besoin s'en fait sentir. La méthode la plus usitée pour conférer la régularité à une

Grande Loge non reconnue consiste à soumettre sa candidature au suffrage d'autres Grandes Loges déjà reconnues.(Henderson, op cit. p. 15)

)

Comment une Grande Loge devient-elle régulière ?

Chaque Grande Loge se considère légitimement comme régulière. C'est une condition nécessaire à sa survie, même si cette croyance que chaque Grande Loge possède n'est pas toujours étendue aux autres. Chaque Grande Loge a définie ses propres critères de reconnaissance. Ces critères sont les mêmes pour toutes les Grandes Loges régulières qui se reconnaissent entre elles. La Grande Loge Unie d'Angleterre a adopté les critères suivants de reconnaissance d'une Grande Loge le 4 Septembre 1929 (Haffner, op cit., p. 3).

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Critères de base pour la reconnaissance d'une Grande Loge. :

I. Régularité des origines; i.e. Chaque Grande Loge doit avoir été dûment et régulièrement constituée par une Grande Loge reconnue ou par au moins trois Loges régulières.

II. La croyance au G.A.D.L.U. et en sa révélation doivent être une caractéristique essentielle pour ses membres.

III. Tous les Initiés doivent prendre leurs obligations sur le Volume de la Loi Sacrée ouvert et bien en vue, qui signifie que la révélation contraint la conscience de l'individu qui est initié.

IV. Tous les membres de la Grande Loge et de ses Loges doivent être composées exclusivement d'hommes et aucune Grande Loge ne doit entretenir des relation maçonniques avec des Loges mixtes ou des organisations acceptant les femmes.

V. La Grande Loge doit être souveraine sur toutes les Loges de sa juridiction. i.e. Elle doit être responsable, indépendante et autonome dans son gouvernement. Elle doit avoir une autorité incontestée sur les travaux des degrés symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître Franc-Maçon)

de sa juridiction. Elle ne doit en aucun cas être divisée ou partager son autorité avec un Suprême Conseil ou toute autre puissance demandant quelque contrôle ou supervision de ces degrés.

VI. Les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie nommément le Volume de la Loi Sacrée, l'Équerre et le Compas doivent toujours être exhibées lorsque la Grande Loge ou ses Loges travaillent, le principal étant le Volume de la Loi Sacrée.

VII. Toute discussion touchant la Politique ou la Religion sont strictement interdites en Loge.

VIII. Les Principes des Anciens Landmarks, coutumes et usages du Travail en Loge doivent être

strictement observés.

C'est sur ces principes de base qu'une Grande Loge détermine la régularité d'une autre Grande Loge. Les Grandes Loges qui suivent ces principes peuvent être certaines d'être reconnues comme régulières, les autres ne seront pas reconnues comme telles. En fait, l'histoire maçonnique nous a donné un exemple:

Comment et pourquoi la Grande Loge Unie d'Angleterre a cessé de reconnaître le Grand Orient de France comme Grande Loge régulière ?

Chaque Loge régulière doit posséder la Bible, l'Équerre et le Compas.

Durant le mois de Mars 1874, la Grande Loge Unie d'Angleterre a adoptée trois résolutions condamnant le Grand Orient de France:

1ère Résolution : Que cette Grande Loge constate avec un profond regret que le chemin emprunté par le Grand Orient de France en supprimant de ses constitutions la croyance au G.A.D.L.U. est opposé aux traditions, pratiques et habitudes de tous les Francs-Maçons.

2ème Résolution : Que cette Grande Loge est toujours soucieuse de recevoir dans un esprit fraternel les Frères des Grandes Loges voisines qui sont en accord avec les Anciens Landmarks de l'Ordre, dont la croyance au G.A.D.L.U. est le premier et le plus important des Landmarks, et qui ne peuvent

reconnaître comme réguliers les Frères qui ont été initiés dans des Loges qui ignorent ou rejettent cette

croyance.

3ème Résolution : Que compte tenu des résolutions précédentes, les Vénérables Maîtres de toutes les Loges de la Grande Loge Unie d'Angleterre ne doivent pas admettre de Frères Étrangers comme visiteurs sans que :

1) il ait montré un certificat prouvant qu'il a été initié conformément aux anciens Rites et aux Cérémonies dans une Loge professant la Croyance au G.A.D.L.U. et, 2) il déclare lui-même reconnaître cette croyance comme un Landmark essentiel de l'Ordre.

RW Christopher Haffner, Passé Député Grand Maître, Grande Loge Unie d'Angleterre a remarqué dans un ouvrage maçonnique intitulé Freemasonry In Shanghai and Northern China par les Frères Grafton et Ivy qu'une interprétation des résolutions précédentes pouvait être évidente qu'aucun Frère

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montrant un certificat du Grand Orient datant d'après 1878 ne peut être admis dans une Loge travaillant sous la Constitution Anglaise sans qu'il n'ait déclaré sa fidélité aux anciens Rites et anciennes Cérémonies tels qu'ils sont pratiqués selon cette Constitution.(Ibid. p. 9).

À cause de cette décision critique et décisive adoptée par les membres du Grand Orient de France en 1877, leur prétention à être des membres réguliers de la Fraternité Maçonnique Universelle était irrémédiablement perdue. Peu après sa rupture d'avec la Grande Loge Unie d'Angleterre, la plupart des Grandes Loges régulières suivirent l'exemple anglais. Prés de 84 ans plus tard, en 1972, la Grande Loge Unie d'Angleterre a reconnu le Grand Orient d'Italie comme s'être conformé aux principes de reconnaissance de toutes les Grandes Loges régulières du monde.

Il convient de constater l'influence de la Grande Loge Unie d'Angleterre dans l'attribution de la reconnaissance d'une Grande Loge. Néanmoins, il existe des Grandes Loges parfaitement régulières de par le monde et qui ne sont pas reconnues pour autant

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parfaitement régulières de par le monde et qui ne sont pas reconnues pour autant J ∴

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