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La Naumachie

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La naumachie Par Pauline Ducret

Le mot naumachia vient du grec ναυμαχια qui désigne le combat naval. En latin, il est employé à partir du règne de Tibère pour parler du spectacle naval, là où les textes antérieurs utilisent des expressions comme proelium navalis ou pugna navalis (voire spectaculum preolii navalis). La naumachie est donc avant tout un spectacle reproduisant la guerre sur mer. Sommaire
   

I. Les premières naumachies et II. Les grandes naumachies III. L’intégration du spectacle Bibliographie

Mais avec son passage dans la langue latine, le mot naumachia sert aussi à désigner l’édifice où se déroulent ces combats. Comme si le spectacle et son lieu de représentation étaient indissociables, alors même que des naumachies ont pu avoir lieu dans des édifices de spectacle non spécifiques et que les grandes naumachies romaines, comme celle d’Auguste dans le Transtévère, ont pu accueillir des spectacles habituellement réservés à l’amphithéâtre. A cette confusion lexicale, encore présente en français, vient s’ajouter un deuxième point brouillant l’étude de la naumachie : nous n’avons pratiquement aucune trace archéologique de ces édifices de spectacle pourtant monumentaux et nous ne pouvons donc les connaître qu’à travers les sources écrites et quelques représentations iconographiques. Ces spectacles grandioses recréant en pleine ville un combat naval ont en effet beaucoup marqué les contemporains qui montrent dans certaines de leurs oeuvres toute leur admiration pour cette prouesse technique.

Fresque de Pompéi-naumachie de la maison des Vettii

-C. peut-être du fait des problèmes techniques et du coût que devaient représenter la transposition en milieu urbain d’un combat naval. de montrer le pouvoir de l’Empereur qui met en scène la mort de plusieurs milliers d’hommes [1]. Les premières naumachies et l’affirmation des figures des imperatores : César et Sextus Pompée. s’insérant parfaitement dans les munera impériaux. se présentant comme un nouvel Alexandre. J. J. sont directement liées au contexte de guerre civile et se veulent une preuve de la légitimité de ces imperatores. cette dernière se serait trouvée à l’emplacement de l’ancien « marais aux chèvres ». Les auteurs anciens [2] s’accordent en effet à dire que c’est César qui inventa le genre avec le spectacle naval donné lors de son quadruple triomphe en 46 av. et par la place qu’elle prend dans le munus romain.-C. J. et y mit aux prises deux flottes composées de bateaux de taille modeste mais aussi de birèmes. du Pont et de la Libye en 47 av.. connues se trouvent à Rome. de l’Egypte. Mais elle entre aussi dans les plans d’aménagement de Rome de César. et l’inviter à participer aux victoires du général. Plusieurs périodes se dégagent ainsi dans l’histoire de la naumachie. et de le présenter comme maître de la nature capable de dompter l’élément marin. à une « gladiature navale » au milieu du IIème siècle ap. commémorant sa victoire sur la flotte du légat d’Octave.).-C. J. La valeur symbolique du spectacle devait également ressortir du lieu choisi pour l’implantation de ce bassin : ce sont certainement les terrains confisqués à Pompée qui ont permis à César d’avoir un espace suffisant sur le Champ de Mars pour construire les deux édifices de spectacle que sont le stade en bois et la naumachie. là où. Romulus aurait disparu. celle de Jules César en 46 av.Il faut d’ailleurs noter que les seules naumachies. Les deux armées représentaient les flottes tyrienne et égyptienne. Cette naumachie est donc un symbole fort pour affirmer la légitimité de l’imperator en montrant au public un combat naval grandeur nature. de quadrirèmes . en 40 av. César célébrait sa victoire ex Aegypto et montrait la suprématie de l’Occident sur l’Orient. Il fit creuser pour l’occasion un grand bassin dans le Champ de Mars (probablement 12 hectares). lors de la célébration de son quadruple triomphe et celle de Sextus Pompée. (conquête des Gaules en 58-51 av. ce qui était déjà en soi un symbole fort : en faisant combattre les captifs qu’il ramenait de ses dernières campagnes. entouré de gradins de bois. selon la légende. J. trirèmes et même. Les premières naumachies dont nous ayons connaissance datent de l’époque tardo-républicaine et sont en lien direct avec les guerres civiles. si l’on en croit Suétone. marquées par des utilisations différentes du symbole qu’elle représente à la fois comme spectacle et comme édifice monumental s’inscrivant dans la trame urbaine de l’Urbs. si l’on en croit les textes. J. De là également le rapport étroit que l’on peut établir entre le spectacle de la naumachie et son éditeur : les premières éditions naumachiques que nous connaissions. J. en tant qu’édifices de spectacle. notamment du Champ de Mars . d’Actium. soit pas moins de 6000 hommes (4000 rameurs et 2000 soldats de marine) [3].-C. I. de célébrer la domination de Rome sur toute la Méditerranée.-C.-C. fils de Pompée le Grand. Anne Berlan-Bajard montre en effet que le spectacle naumachique passe de combat d’escadre qu’il était au milieu du Ier siècle av. fondatrice. De plus. Les naumachies suivantes entrent quant à elles dans le discours idéologique du principat : il s’agit à la fois de commémorer de grandes victoires comme celle.-C.

Ce spectacle est l’unique naumachie maritime attestée par les sources écrites. Le général occupe alors la Grande Grèce et entend se servir de sa position pour attaquer les côtes italiennes et les troupes des triumvirs.-C. la représentation naumachique est alors mise en place avec particulièrement de soin. Les grandes naumachies impériales : l’affirmation du pouvoir du Prince sous Auguste et Claude. Gerald Cariou propose même que ces deux naumachies (ainsi que plusieurs autres sous l’Empire) aient revêtu un caractère d’imprécation : en mettant en scène l’ennemi. l’imperator demande aux dieux de lui donner la victoire.-C. comme le souligne Anne Berlan-Bajard.-C. par Auguste. A la fois élément fondateur de l’idéologie du principat (notamment avec la célébration de la victoire d’Actium) et exaltation du pouvoir impérial. J. J. Ce sont d’ailleurs les Res Gestae écrites par l’Empereur (ou en son nom) qui représentent la meilleure source quant à la naumachie donnée en 2 av. qu’il soit romain ou oriental. mais aussi de saper le moral de l’adversaire (même si les 10 kilomètres qui séparent à cet endroit la Sicile de l’Italie nous laissent penser que la visibilité du spectacle devait être limitée pour les troupes ennemies). et entrer parfaitement dans la propagande mise en place par chaque camp pour montrer sa puissance et en quelque sorte diviniser son général. Nous n’avons donc aucune trace de ces installations. Dans le bouquet final des munera donnés pour l’occasion. Mais cette naumachie devait avoir une autre portée symbolique : Sextus Pompée se montrait par là le digne héritier de son père qui. si importante durant les guerres civiles. Il s’agissait donc non seulement d’humilier les prisonniers et. La naissance du spectacle naval semble donc concorder avec l’apparition des grandes figures que sont les imperatores. Le prétexte de cette édition est la dédicace du temple de Mars Ultor élevé sur le tout nouveau forum. en débarrassant les côtes méditerranéennes des pirates. peut-être pour des raisons d’insalubrité liée à la stagnation de l’eau dans cette ancienne zone de marais. Auguste fait combattre 9.000 hommes dans un bassin de 19 hectares . Il faut cependant imaginer qu’un espace délimité par une enceinte de bateaux empêchait toute fuite aux prisonniers.et de toute la région nord (la valorisation de ces quartiers devait d’ailleurs passer par le détournement du Tibre qui aurait relié l’actuel Vatican au Champ de Mars). s’était imposé en « fils de Neptune » capable de dompter les divinités marines. Avec les naumachies d’Auguste et de Claude. C’est lors de la célébration de sa victoire contre le légat d’Octave qu’il met aux prises « de petits bateaux de bois et d’autres de cuir. J. En outre il prouve ainsi la domination qu’il exerce sur la Méditerranée Occidentale. II. A en croire Dion Cassius. L’édifice de spectacle a pourtant disparu rapidement : le bassin aurait été comblé dès 43 av. par moquerie à l’égard de Salvidienus Rufus » [4]. le choix du lieu aurait été conditionné par le fait que l’armée adverse pouvait voir le spectacle.. les vaincus. La naumachie que donne Sextus Pompée en 40 av. Un paragraphe entier est dédié à la description de l’aménagement du lieu de spectacle et à son déroulement [5]. dans le détroit de Messine (entre l’Italie et la Sicile) semble être une réponse directe à ce premier spectacle naval. le spectacle naval semble atteindre son point d’orgue au début de l’Empire. à travers eux.

de taille plus allongée et sans gradins. Mais contrairement au bassin de César sur le Champ de Mars. Il ne s’agit pas de faire directement référence à un combat entre romains. il entre également parfaitement dans l’idéologie du principat en rappelant la bataille fondatrice d’Actium. J. J.. la naumachie participant ainsi à la damnatio memoriae de son rival. et le système hydraulique mis en place. l’Aqua Alsietina. juste après la naumachie.aménagé pour l’occasion dans le Transtévère. atteste de cette prétention à la pérennité en permettant de transformer après les représentations le bassin naumachique en pièce d’eau monumentale avec un écoulement constant de l’eau qui empêche toute stagnation. Par exemple la construction de l’Aqua Alsietina. l’aménagement du bassin naumachique et du bois des Césars entre dans la valorisation du quartier transtibérin qui. symbole de la domination de l’Occident sur l’Orient.-C. Ce double emploi du bassin est plus évident encore à partir de 4 ap. Le choix même du lieu de la naumachie était significatif : de même que César avait fait creusé sa naumachie dans les jardins de Pompée. J. La naumachie et le nemus qui lui est attaché vont d’ailleurs marquer durablement l’urbanisation du Transtevere : on sait que Titus y donne encore une naumachie en 80 ap. jardin commémorant la mort des deux neveux et fils adoptifs d’Auguste (un temple leur est d’ailleurs dédié sur une île aménagée à l’intérieur de la naumachie). nombreux de ce côté du Tibre). profite au quartier même si son eau n’est pas potable et ne peut donc être distribuée dans les fontaines publiques (l’aqueduc alimente notamment les jardins. Maquette naumachie d’Auguste Maquette d’André Caron qui ne tient pas compte des dernières connaissances sur cet édifice. Auguste donna une chasse dans le Circus Maximus où furent tués 36 crocodiles. de même Auguste utilisa les terrains confisqués à Antoine.net Plus globalement. Athénienne et Perse. dont le nouvel aqueduc. d’autant plus que les fêtes inaugurales du temple de Mars Ultor avaient des relents anti-égyptiens : comme clôture des jeux. et Gerald Cariou estime . Si ce spectacle fait partie des célébrations inaugurales.-C. depuis la création de la regio XIV Transtiberim en 7 av. Voire le site d’André Caron : maquettes-historiques. ainsi que la victoire peut-être arrangée des Athéniens devaient rappeler aux contemporains la bataille de Salamine. mais le choix des nationalités des deux flottes. premier aqueduc indépendant du Transtévère.-C. Le parallèle devait être facilement fait entre Actium et Salamine. fait partie de l’Urbs. est l’élément majeur. Le bassin naumachique devient alors lieu de célébration de la gens d’Auguste. et de la plantation tout autour du nemus Caesarum. l’édifice construit par Auguste était fait pour durer : les Res Gestae insistent sur ses dimensions monumentales (536 mètres de long et 357 de large).

la naumachie. de Néron à Trajan. le premier. sont mis en place. Ce dispositif exceptionnel permettait à l’Empereur de se présenter comme le maître des mers après sa campagne bretonne où. des dispositifs importants. change de terrain de représentation et tendrait à se banaliser. Suétone raconte en effet que lors des jeux inaugurant son amphithéâtre de bois en 57 ap. la naumachie claudienne est la dernière célébration triomphalo-navale : avec sa participation à part entière au munus.. s’il n’y eut pas de véritable bataille navale. Une enceinte de radeaux ou un pont de bateaux délimite un espace fermé de plusieurs centaines d’hectares et interdit ainsi toute fuite aux condamnés à mort. fit représenter un spectacle naval dans une arène prévue pour accueillir des spectacles terrestres [7].que le bassin a dû être abandonné vers la fin du Ier siècle puis que la ville a gagné du terrain sur le nemus. venus de Rome mais aussi des régions alentours à en croire les sources. J. sans que sa trace soit perdue.-C. des chasses. notamment de sécurité. L’intégration du spectacle naumachique dans le munus. Pour Anne Berlan-Bajard. l’Empereur donna un munus complet avec des combats de gladiateurs.. permettant aux pilotes d’effectuer des manœuvres reproduisant les techniques de la marine romaine. Ce changement du lieu de la représentation correspond également à un changement de statut du spectacle naval : si jusqu’alors les éditions naumachiques étaient données en marge des grands munera. entre différents navires et non pas. les techniques de combat au corps à corps lors d’abordage. une reconstitution de bataille navale qui se veut la plus réaliste possible. le prétexte est une inauguration : celle d’un émissaire visant à drainer et assécher le lac. comme pour la naumachie augustéenne. très nombreux. ne peut permettre au public que d’avoir une vision très globale des manœuvres des navires. comme ce sera le cas plus tard. elles en font maintenant partie intégrante et représentent le plus souvent un moment fort du bouquet final des jeux. un . [6] 19.-C. peut-être même la bataille d’Actium. J. et la recherche d’un terrain d’action de plus en plus grand en est bien la preuve. Il reconnaît ainsi dans le tissu urbain actuel la persistance de la forme du jardin. La mise en scène permettait également de rappeler la naumachie d’Auguste (et celle de César). C’est Néron qui. Enfin de nombreux bateaux de la flotte romaine patrouillent en dehors de cette enceinte flottante pour dissuader les naumaques de la forcer et protéger les rives où se tiennent les spectateurs. J. Cet aménagement du lieu du spectacle. perd de son ampleur. Mais la plus grande reconstitution de bataille navale est la naumachie que donne Claude sur le lac Fucin (110 km à l’Est de Rome) en 51 ou 52 ap. à partir du milieu du Ier siècle ap. Des manipules et des escadrons des cohortes prétoriennes se tiennent derrière des parapets munis de catapultes et de balistes. et exprimait donc la continuité dynastique. On est là dans une démonstration militaire forte. ce qui lui permet d’atteindre des dimensions inégalées. la maîtrise des mers joua un rôle stratégique important.-C.000 naumaques dans cent vaisseaux longs (notamment trirèmes et quadrirèmes) combattent sur cette étendue d’eau naturelle profonde de 22 m et faisant près de 155 km². encore plus que la grande naumachie augustéenne. la représentation navale quitte les lieux spécifiquement faits pour elle (que ce soit les bassins naumachiques de Rome ou des lieux naturels aménagés pour l’occasion) pour gagner l’arène des nouveaux édifices de spectacle que sont les amphithéâtres. Là encore. Il s’agit bien alors de représenter un combat entre différentes flottes. ce qui lui permet de proposer un emplacement précis pour le complexe augustéen. Si le combat a lieu dans un milieu naturel. III. A partir de Néron.

L’arène de l’amphithéâtre fut inondée pour l’occasion. ce qui permit. peut-être pour donner une sorte de venatio aquatique.. Ils auraient alors pu monter jusqu’au niveau du sol de l’arène en même temps que l’eau par une ouverture pratiquée dans le plancher. tout à l’heure. Il faut penser qu’en plus de ces bateaux longs. relié à l’Aqua Claudia.-C. juste sous la surface de l’eau. puis assemblés sur place.-C. Le système hydraulique mis en place. dans l’amphithéâtre flavien ont donc joué sur cet aspect. ont complètement intégré le spectacle naumachique dans le munus. fait d’un parement en brique recouvert d’un enduit hydraulique (opus signinum). ce qui est confirmé par la présence de quatre « collecteurs » et de grands canaux. à notre connaissance. de faire entrer deux bateaux longs (sûrement de type birème) dans l’édifice. Gerald Cariou pense donc que l’ensemble des sous-sols a été inondé. voire confondant les deux : on sait par exemple que Titus a fait évoluer des animaux terrestres dans l’eau prévue pour la naumachie.pyrrhique mais aussi une naumachie qui. il faut penser qu’ils étaient introduits démontés. allant de la construction de l’édifice jusqu’à la réorganisation des souterrains par Domitien et qui correspond donc aux éditions naumachiques. Nous connaissons bien mieux le système d’inondation de l’amphithéâtre flavien. En effet Titus en 80 ap. Pour cela. puis Domitien en 85 ou 86 ap. une chasse (avec des chevaux et des bœufs éduqués spécialement). Tu ne veux pas me croire ? Attends que Mars soit lassé de ce combat maritime : dans quelques instants. comme en témoignent ces vers de Martial [8] : « *…+ ne te laisse pas abuser par les navires de la Bellone navale et par des flots pareils à ceux des mers : ici tout à l’heure était la terre. devait constituer le bouquet final. C’est bien cet aspect qui a marqué les contemporains. la naumachie du bois des Césars (construite par Auguste) est réutilisée pour des spectacles particuliers constituant très certainement le bouquet final du munus. excepté le mur périmétral. L’inondation aurait alors atteint le niveau du plancher de l’arène et l’aurait recouvert. les sous-sols construits en dur n’existaient pas. tu diras : ‘ici. Il renouvela l’expérience lors des jeux de 64 av.-C. il aurait fait aménager une plateforme faisant le tour du bassin. faisant alterner les représentations aquatiques (dont la naumachie) et les combats terrestres.. pour l’inauguration du Colisée et des thermes tout proches. elle est accompagnée des jeux habituels (ou les accompagne). D’ailleurs la confusion entre spectacles aquatiques et terrestres se retrouve même dans l’édifice naumachique : toujours lors des cent jours de jeux donnés par Titus en 80 pour l’inauguration de l’amphithéâtre flavien. L’empereur y donne en effet une seconde naumachie couplée cette fois-ci avec des courses de chars. Quant à la mise en place de vaisseaux aussi gros que des trirèmes dans l’amphithéâtre. de spectacle extraordinaire. C’est d’ailleurs un moment de grande popularité de la naumachie qui. J. associée à une pézomachie. J. Durant la première phase. Des fouilles récentes ont en effet dégagé différentes phases d’aménagement des sous-sols du Colisée. Les deux naumachies données. de plus petites embarcations de type chaloupe participaient au combat. selon Gerald Cariou. était la mer’ ». Le bouquet final du bois des Césars montre bien que la naumachie entre parfaitement dans le munus puisque même quand elle se déroule dans un lieu spécialement conçu pour elle. J. juste avant le grand incendie durant lequel l’amphithéâtre de bois fut entièrement détruit.. est lui aussi très abouti : l’enjeu de l’introduction de la naumachie dans l’amphithéâtre est en effet de permettre la succession rapide des spectacles terrestres et maritimes. est devenue partie intégrante du munus : la représentation du combat naval devient alors un thème . des combats de gladiateurs et une pézomachie [9].

Quant à la naumachie de Gadara. Que l’on parle. On sait également qu’elle disposait de gradins en dur contrairement aux autres naumachies dont les gradins. à partir du règne de Néron des amphithéâtres de province sont équipés de bassins permettant la mise en scène de navires.iconographique largement exploité. dont nous ne savons quasiment rien. Il n’est toutefois pas simple de différencier un simple bassin servant à réceptionner les eaux pluviales. en suivant Anne Berlan-Bajard. celui de Vérone avec un bassin de 36. paradoxalement.10x1. naumachie et pézomachie. Jean-Claude Golvin ne retient. Nous avons peu de documentation sur la naumachie vaticane et les spectacles qui y ont été donnés alors que. elle témoigne de ce que des spectacles de ce genre ont pu être donnés en milieu naturel par des cités de province. la diffusion de la naumachie n’est pas seulement due à la hausse de sa fréquence mais aussi à son expatriation : si tous les spectacles (à l’exception de celui de Sextus Pompée) ont jusqu’ici eu lieu à Rome ou à proximité. en bois. ce qui nous permet d’avoir une idée de sa forme. ne laissent pas de doute quant à son utilisation .13 mètres de longueur pour 8. et un vrai bassin pouvant servir à l’édition de spectacles aquatiques. notamment à Pompéi avec des fresques appartenant pour la plupart au IVème style et datées entre le règne de Néron et celui de Titus. sans attirer assez l’attention pour que nous en ayons des traces. les dimensions réduites de cet édifice naumachique (elle ferait entre 300 et 435 mètres de long pour 140 mètres de large) corrobore l’idée que . sur la dizaine d’arènes parfois considérées comme adaptées à ces spectacles. et une série de monnaies en bronze émise entre 160 et 161 ap. que deux exemples sûrs de bassins aménagés pour les naumachies (de tailles toutefois très réduites) : l’amphithéâtre de Mérida (Espagne) avec un bassin central dont les dimensions (5. En effet.-C. Cependant. des pièces de service souterraines. J. J.-C. de « banalisation » de la naumachie à partir du milieu du Ier siècle ou que l’on défende le prestige de ce genre de spectacle qui n’a lieu sur cette période que tous les dix ans (contre une moyenne de cinquante ans jusqu’à Néron) et qui appartient systématiquement au bouquet final du munus comme le fait remarquer Gerald Cariou. inaugurée en 109 ap. il est clair que cette période a marqué une évolution forte dans ce spectacle et dans sa représentation et a brouillé la distinction entre spectacle aquatique. dans le quartier du Vatican. témoigne de la prise en compte dans l’agencement de l’édifice des nouvelles contraintes du spectacle. D’un autre côté. la présence d’opus signinum sur les parois. par la cité syrienne de Gadara atteste une édition naumachique en milieu naturel (sûrement sur un lac ou un fleuve de la région). L’édifice est donc conçu pour que les spectateurs aient une vue plus précise des combats. c’est le seul édifice dont nous ayons des traces archéologiques. et le système hydraulique associant un aqueduc pour l’alimentation et des égouts d’évacuation. loin de remettre en cause l’évolution du spectacle naumachique et sa perte d’autonomie. d’après Jean-Claude Golvin la mieux adaptée à la vue humaine et à sa perception des plusieurs combats se déroulant en même temps. La construction par l’Empereur Trajan de la dernière grande naumachie romaine. beaucoup plus allongée (et donc étroite) que les naumachies précédentes ce qui la rapproche des cirques et a parfois entraîné des confusions. voire des actions individuelles des naumachiarii. Il a même été partiellement fouillé au XVIIIème siècle [10]. n’étaient pas faits pour rester en place en dehors des éditions de spectacles.77 de largeur relié également à un aqueduc et à des égouts.00x7. le rétrécissement du bassin rapproche le spectateur du lieu où se déroulent les combats tandis que la forme allongée est.20m).

pour fêter sa victoire sur la reine de Palmyre Zénobie. Bibliographie  Berlan-Bajard Anne. par César jusqu’à la dernière représentation bien attestée sous Trajan une évolution très nette : d’abord représentation grandeur nature de combats navals proche des démonstrations militaires et célébrant la puissance d’un imperator. parfois provinciaux. 1894. La persistance de cette construction durant l’Antiquité et même jusqu’au Haut Moyen-Âge laisserait penser qu’elle a été utilisée tardivement (on retrouve sa trace jusque dans la toponymie du Vatican au XVème siècle). Les Spectacles aquatiques romains. . J. La naumachie. spectacle extraordinaire nécessitant des moyens considérables. tableau d’Ulpiano Checa. l’hypothèse que la fréquence d’utilisation de la dernière naumachie serait identique à la fréquence des munera (il n’y aurait plus alors de vraie distinction entre les différents types de spectacle) et que les spectacles navals auraient disparu en même temps que les combats de gladiateurs. Ce spectacle a pourtant dû jusqu’au bout garder son caractère exceptionnel de par la prouesse technique elle-même. mais dans la démonstration de techniques militaires et gladiatoriennes spécifiques (et donc exotiques) : Trajan aurait alors opéré la fusion entre le spectacle de gladiateurs et celui du combat naval commencée au milieu du Ier siècle. 360.l’intérêt du spectacle ne réside plus dans l’affrontement de deux flottes manoeuvrant comme en pleine mer et pouvant même s’éperonner. consistant à dompter le milieu marin pour le représenter en pleine zone urbaine. La naumachie. spécialement aménagés pour elle. Le dernier édifice qui lui est consacré et qui adopte une forme particulière répondant aux attentes nouvelles des spectateurs est un bon symbole de cette évolution vers une « gladiature navale ». Gérald Cariou va d’ailleurs jusqu’à émettre. CEFR.-C. 2006. elle est devenue à partir de Néron une partie intégrante du munus impérial et a donc revêtu un caractère plus technique la rapprochant des combats de gladiateurs. Un passage de l’Histoire Auguste raconte d’ailleurs que l’Empereur aurait donné une naumachie en 274 ap. avec beaucoup de réserves. Rome.-C. a donc connu depuis son « invention » en 46 av. J. Les changements opérés dans le spectacle se sont répercutés sur le lieu de déroulement de la naumachie : avec son intégration dans le munus elle gagne les amphithéâtres.

Coleman Kathleen M. La Naumachie. Christian Landes. 1990.    Pauline Ducret élève 1ère année. 27. Morituri te salutant ». Lattes. . 102. 28 et 29 mai 1987. 2. fonction et forme de l’amphithéâtre romain IN Claude Domergue.Gérald Cariou.Spectacula I:Gladiateur et amphithéâtres : actes du colloque tenu à Toulouse et à Lattes les 26. thèse de lettres. 55 . Caesar. Naumachies. 1988. devenu très célèbre. p. 43. Jean-Marie Pailler. Golvin Jean-Claude & Reddé Michel. 27. 28 et 29 mai 1987. 19 (traduction Anne Berlan-Bajard). Imago. Dion Cassius. 48. Presses Universitaires de Paris-Sorbonne. 23. [3] Appien. 2010 [1] Le salut.  Cariou Gérald. Imago. De Bellis Civilibus.. « morituri te salutant » qu’adressent à Claude les condamnés lors de la naumachie du lac Fucin témoigne de ce pouvoir de vie et de mort qu’ont les éditeurs de tels spectacles. IN Claude Domergue. Golvin Jean-Claude. Bordeaux. Spectacula I:Gladiateur et amphithéâtres : actes du colloque tenu à Toulouse et à Lattes les 26. Essai sur la théorisation de sa forme et de ses fonctions. 83 (1993). Suétone. Origine. « La Naumachie. 1990. [2] Plutarque. Morituri te salutant. Jean-Marie Pailler. jeux nautiques et amphithéâtre. Launching into History : Aquatic Displays in the Early Empire. 39 . [4] Dion Cassius. Divus Julius. Christian Landes. Journal of Roman Studies. L’Amphithéâtre romain. 2009 (avec de nombreuses illustrations qui donnent une idée de ce que pouvaient être ces spectacles que nous connaissons si peu).48-74. Lattes.

[8] Martial. l’a mis sous tes yeux » [10] Fouilles dirigées par Diego De Revillas en 1742-1743. Suétone. Annales.56 . 24. 12. Paris. Claude.12-14 . Epigrammes. Martial. 3-6 (traduction H.31 . Epigrammes.J. une eau riche en prodiges. [9] cf.60. 28 (même traduction) : « Tout ce que l’on peut voir au Cirque et dans l’Amphithéâtre. 23 [6] Tacite. Néron. 1969). Izaac.12.33. [7] Tacite. Dion Cassius.21. .[5] Res Gestae Divi Augusti. Annales. César.13. Suétone.

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