Vous êtes sur la page 1sur 23

Insistenze democratiche

intervista con Miguel Abensour, Jean-Luc Nancy e Jacques Rancière A cura di tany !relet, J"r#me Lèbre $ o%hie &ahnich
Qui pourrait aujourd’hui ne pas être démocrate ? La démocratie, c’est entendu, c’est le pouvoir du peuple. Mais quel pouvoir, et quel peuple ? Dans l’entretien qui suit, prolongeant leurs travaux respectifs, Miguel Abensour, Jean-Luc Nancy et Jacques Rancière proposent trois pensées singulières de la démocratie, qui se rejoignent en ceci : le peuple est le sujet d’une exigence d’égalité ; son pouvoir n’est pas celui de choisir des chefs, mais de rompre avec les hiérarchies instituées. La démocratie n’est pas un régime politique, mais une pratique jamais achevée. Trois invitations à la défendre comme telle. Vous êtes sur deux fronts : d’un côté, vous vous écartez de ceux qui se contentent de penser et de défendre une démocratie étatique. De l’autre côté, vous n’acceptez pas que l’on rejette la démocratie au nom de la lutte des classes ou de la critique de la domination. Pouvez vous nous expliciter cette position ! "a mani#re dont vous l’avez éla$orée, dans quel contexte intellectuel ! %acques &anci#re Ce double refus de la vulgate « démocratique » dominante et de la critique marxiste m’a été inspiré par mon travail sur l’histoire ouvrière. C’est dans les formes de lutte républicaine ouvrière des années 18 !"18#! que $’ai trouvé le mo%en de sortir des impasses de la critique marxiste des droits de l’homme et de la « démocratie formelle ». &e $eune 'arx disait ( les droits de l’homme sont en fait les droits des individus bourgeois. ) cela les combats ouvriers opposaient

une logique bien plus productive ( ces droits sont écrits* donc nous pouvons leur donner une forme d’existence concrète. +ue tous les ,ran-ais soient égaux devant la loi* ce n’est pas seulement le mensonge qui couvre l’exploitation capitaliste et le gouvernement oligarchique* c’est un fait dont nous pouvons démontrer par nous"m.mes les conséquences en transformant une querelle sur les tarifs en forme d’affirmation publique de notre égalité par la grève* par la manifestation publique* et m.me par la création d’ateliers o/ les ouvriers travaillent pour eux"m.mes. &a déclaration égalitaire abstraite des droits de l’homme se liait 0 des questions de « forme » dans les rapports entre ma1tres et ouvriers comme le droit de lire des $ournaux dans l’atelier et l’obligation faite aux ma1tres d’2ter leur chapeau en % entrant. &a forme n’est donc pas le contraire ou l’enveloppe du réel. &a lutte porte sur la question de savoir qui en ma1trise le $eu et ce qu’on peut en tirer. 3n sort alors du dualisme du réel et de l’apparence au profit d’un conflit entre deux manières de construire le réel. 4l me semble cependant que les fronts se sont déplacés. 4l n’% a plus guère de gens pour déclarer le néant des droits formels au nom d’une h%pothétique démocratie réelle. C’est maintenant d’un autre c2té que la démocratie se voit opposée 0 elle"m.me. 3n nous dit que le bon gouvernement démocratique est menacé par une société démocratique marquée par un individualisme consommateur effréné de marchandises et de droits. Cela a commencé dans les années 1567 avec les avertissements de la 8rilatérale 91: sur les dangers que la démocratie fait courir aux démocraties. Cela a été rela%é en ,rance par les discours 0 la 'arcel ;auchet faisant de l’engouement pour les droits de l’homme l’expression de l’individualisme narcissique. &0"dessus sont venus les républicains pour nous expliquer que l’enseignement du peuple était ruiné par l’affirmation du droit 0 la libre expression du $eune barbare* consommateur inculte. <u passage* les anal%ses de la société de consommation 0 la =audrillard* la critique du spectacle de >ebord* l’anal%se lacanienne du s%mbolique* etc.* ont été enr2lés pour parfaire le tableau de la démocratie comme règne de l’individu consommateur. &a

« @our la première fois dans l’histoire du monde* des hommes acquéraient la possibilité de décider eux"m. <ussi surprenant que cela puisse para1tre* le $eune 'arx a été pour moi une aide précieuse dans cette voie* car dans le manuscrit de 18# * La Critique du droit public de Hegel* il s’est posé la question de la vérité de la démocratie* sous le nom de la « vraie démocratie » qu’il identifie 0 la disparition de l’Atat politique.prégnance de ce discours 0 gauche est très forte ? d’autant plus qu’il est largement l’oeuvre de gauchistes reconvertis ? et son effet est peut". 3r* cette rupture révolutionnaire ? répétée plusieurs fois dans l’histoire ? préserve de confondre la démocratie avec ce qu’elle n’est pas* le gouvernement représentatif et l’Atat de droit. C’est donc reconna1tre que la première position se trompe sur la vérité de la démocratie et que la seconde omet de se poser cette question. Ca critique de Degel aide en effet 0 penser ceci ( la « vraie démocratie » est un agir politique* qui résiste 0 sa . @récisons qu’il n’% a pas eu une seule naissance de la démocratie* mais plusieurs naissances"renaissances* plusieurs ruptures avec le cours du monde. 'i(uel )$ensour &’h%pothèse que $e propose* celle de la démocratie insurgeante* résulte elle aussi d’une lutte sur ces deux fronts ( aucun des deux ne tient compte de l’exceptionnalité de la démocratie. @our prendre la mesure de cette exceptionnalité* il faut tou$ours revenir 0 la naissance grecque de la démocratie. 4ls évitent du m.tre pire que celui du vieux discours sur la démocratie réelle* dans la mesure o/ il nourrit un consentement nihiliste 0 l’ordre existant au nom de l’abrutissement général. Bous en sommes au point o/* pour ne pas occulter cette exceptionnalité* il nous faut qualifier la démocratie pour la soustraire aux appropriations idéologiques qui la banalisent et la désamorcent* ou pour ne pas la confondre avec ses formes dégénérescentes.me coup de s’interroger sur sa vérité.mes dans quel t%pe d’ordre ils voulaient vivre » dit Christian 'eier. >émocratie radicale* démocratie sauvage* démocratie insurgeante* autant de qualificatifs de nature 0 marquer cet écart.

me* su$et d’une histoire capable de conduire 0 l’accomplissement de cet « homme ». 3r elle ne peut le faire que si elle essaie de reprendre le fond de ce problème ( que veut dire « démocratie » J C’est ce qui me sollicite le plus. Ce mot qui semble appartenir 0 la classe des t%pes de régimes politiques a pris en fait avec l’Kge moderne une tout autre ampleur et s’est mis aussi 0 cacher* malgré lui* une pol%sémie. « Demos »* c’est « peuple »* et nous savons l0 aussi quelles pol%sémies peuvent se $ouer ? mais pour les . En notant cependant un déplacement ( la venue 0 soi de la démocratie ne s’accomplirait pas tant dans un procès de disparition de l’Atat qu’elle ne se constituerait dans une lutte contre l’Atat. 4l s’ensuit un clivage de l’idée de révolution entre la tradition $acobine qui vise 0 s’emparer de l’Atat et la tradition communaliste qui travaille 0 briser la forme"Atat* pour lui substituer une communauté politique non"étatique* par exemple dans la république des conseils. Cette résistance 0 l’aliénation étatique permet l’extension de ce qui est en $eu dans la sphère politique ? une expérience d’universalité* la non"domination* la constitution d’un espace public égalitaire ? 0 l’ensemble de la vie du peuple. Ie me demande seulement si nous pourrons* 0 terme* éviter de telles tentatives* si la « démocratie étatique » ne se ressaisit pas d’une manière ou d’une autre.transfiguration en une forme organisatrice* intégratrice* unificatrice* la forme"Atat. « >émocratie » c’est aussi le nom de l’avènement de l’homme « émancipé »* autonome* ma1tre du monde et de lui"m. %ean "uc *anc+ @our suivre les termes de votre question* $e dirais plut2t que $e suis suspendu entre ces deux « fronts » ( d’un c2té $e vois mal comment éviter la démocratie « étatique » dont les faiblesses Fen particulier du c2té de la représentation et de la domination des supposés « experts »G sont difficiles 0 réduire* mais de l’autre c2té $e sais bien quels risques énormes s’attacheraient 0 des régimes qui voudraient se saisir avec d’autres instruments des questions aiguHs de la $ustice sociale et de la domination techno"économique. En outre* il existe* me semble"t"il* une continuité souterraine entre le 'arx de 18# et celui de 1861* l’auteur de l’Adressesur la Commune.

ar vous ne cédez pas l.tre politique n’a rien 0 voir avec une race* pas davantage avec une . &e peuple est l’instituant d’une cité égalitaire* con-ue en privilégiant un centre commun* l’égalité* la s%métrie et la réversibilité.tre interrogé* inquiété* traquéN Et tou$ours récusé quand il est prononcé par un ou quelques"uns qui n’en font que parade. Et qui doit donc faire avec ce défi considérable ( n’avoir ni tutelle* ni garant* ni recours de son propre « .mes* sans recours tutélaires* sans dieux ni surhommes.'odernes* « homme »* c’est d’abord « tous les hommes ». « Bous » ne peut sans doute $amais . 'ais il peut et doit .. Et avec cela* ce sont les hommes Fet avec eux la natureG entièrement livrés 0 eux" m. 'i(uel )$ensour Ci l’on part de la réforme de Clisthène* le peuple est un su$et politique qui se constitue par arrachement aux appartenances familiales* tribales et qui se pose par transfert dans un espace et dans un temps devenus politiques. ce mot. @euple qui se divise* qui peut se mettre en exclusion ou en conflit avec soi* bien sMr* mais qui exige la possibilité d’un « nous » ( que quelque part un « nous » soit déclaré* et pas seulement un « ils ». donner au mot peuple.tre"peuple »* si $e peux le dire ainsi. Votre conception de la démocratie sem$le impliquer une vision tr#s précise du sens . >e cet arrachement 0 la naturalité pour constituer le peuple* il s’ensuit que ce dernier en tant qu’. &a démocratie est d’abord isonomie. dessus.tre donné ? sinon dans une fiction religieuse. 4l faut donc penser d’abord cette ambiguLté ( la démocratie politique n’a pas 0 porter un programme de réalisation de l’homme Fexpression qui précisément n’a pas de sens* et dont il faut penser cette absence de sensG. Peuple souverain même ! %ean "uc *anc+ « @euple souverain »* c’est bien toute l’affaire ( « peuple »* comme $e l’ai dit tout 0 l’heure* c’est « tous »* non pas tous indistinctement mais tous comme singuliers entre lesquels seulement se passe ce qu’on peut nommer la vie* simplement* ou le sens. vous tenez . Et « souverain »* oui ( au"dessus de quoi il n’% a rien.

@euple souverain J 4ci encore des distinctions sont nécessaires. 'ais si l’on pr.me. Celon Bicole &oraux le mot kratos est « encombrant » et la question de la démocratie devient délicate* car « avoir le kratos* c’est avoir le dessus ».te de la .tre un bien meilleur gardien de la liberté que les .me. 'ichelet encore pense le peuple comme ne coLncidant $amais avec lui" m. Couverain le peuple l’est quant 0 son institution. 4l % a l0 une difficulté.rands* la partie de ceux qui n’ont part 0 rien et qui au nom de ce tort se posent comme le tout J 3r* si l’on entend le peuple dans ce second sens* il faut observer que le terme de démocratie* qui par son nom m.tre an" archique ? peut"elle s’accommoder de la possession d’un kratos d’une partie de la société sur une autre J En quoi l’existence de ce kratospeut" elle aller de pair avec une logique de la non"domination J Cuffit"il de dire que cette situation indique une tension constitutive et insurmontable de la démocratie J Cuffit"il d’invoquer le fait ma$oritaire J Ci l’on peut accepter l’idée de tension* il est de loin plus satisfaisant de se tourner vers 'achiavel* qui prenant acte de la division de toute cité humaine % reconna1t la source m.ethnie* ni avec un groupe communautaire.me reconna1t 0 la partie d’en bas un kratossur la partie des .me de la liberté et de surcro1t accorde au peuple d’.rands. 4l est soit au"dessous de lui"m. +ue décrit 'ichelet 0 propos de la f.te . 4l ne re-oit sa loi* sa liberté et son agir d’aucune instance extérieure ni d’aucune transcendance* il ne les re-oit que de lui"m.rands* pose problème.édération* sinon l’accès 0 une étrange vita nuova* une expérience d’humanité J « &es vieilles murailles s’abaissentN les hommes se voient alors* se reconnaissent semblablesN » +uelle est l’identité de ce nouveau su$et politique J Certes pas une identité substantielle* mais une identité paradoxale* une identité non identique.me* soit au"dessus de lui"m. Comment la démocratie qui est égalitaire ? qui institue une logique de la non"domination et de ce fait tend 0 . Ce peuple faut"il le définir comme l’ensemble des cito%ens* un ensemble sinon indivisé tout au moins tendant 0 l’indivision* ou bien comme une partie* celle des gens d’en bas contre les .me.

&e peuple* c’est le demos opposé 0 l’ethnos ? c’est"0"dire au peuple comme organisme collectif. %acques &anci#re Ie résiste de fait 0 la proposition de remplacer le terme par un autre comme* par exemple* « multitudes ». En cela il s’oppose 0 toutes les conceptions identitaires* % compris celle qui veut fonder la politique sur la reconnaissance de la multiplicité des identités. Cela implique un rapport très particulier 0 la souveraineté.attention 0 la distinction laboétienne entre le tous uns ? expérience de la séparation liante sous le signe de l’entre"connaissance* de l’amitié donc de la pluralité ? et le tous Un* souvent résultat d’une renonciation volontaire 0 la liberté* sous « le charme du nom d’On »* la question de la souveraineté se complique étrangement. C’est dire aussi que « peuple » est un su$et politique dans la mesure m.me de souveraineté. 'ais la politique pour moi commence quand son su$et se sépare de toute collectivité formée par un processus économique et social. C’est surtout le collectif de ceux qui sont en plus par rapport 0 toutes les consistances sociales. &e pouvoir du peuple est le pouvoir de ceux qui ne sont rien* c’est"0"dire qui n’appartiennent 0 aucun groupe a%ant les qualités qui le prédestinent au gouvernement. ) première vue* celui"ci est plus moderne et il n’est pas comme « peuple » compromis avec des idéologies criminelles.tre collectif. « 'ultitudes » définit la coLncidence d’une sub$ectivation politique avec un mode d’.me o/ c’est un su$et litigieux* o/ la politique tou$ours oppose un peuple 0 un autre. 'ais $ustement « peuple » a pour moi l’avantage d’. En effet si l’on veut maintenir la pluralité du tous uns* l0 o/ il % a 0 la fois appartenance 0 une totalité ouverte* d%namique et maintien de la singularité des uns* on ne peut que prendre ses distances avec l’idée de souveraineté et % résister dans la mesure o/ celle"ci instaure le règne de l’On et ruine du m. Ie me situe donc complètement 0 l’écart de ceux pour qui la souveraineté du peuple . &a souveraineté du peuple est celle du collectif de ceux qui n’ont aucun titre 0 gouverner.me coup le désordre fraternel* le désordre en tant que refus de la s%nthèse* donc de la totalisation étatique. Ci la souveraineté du peuple a un sens* c’est de mettre 0 mal le concept m.tre un su$et polémique.

toute esp#ce de t5éolo(ie politique 4 et 0 ne peut être su$sumée sous aucune instance ordonnatrice 4 2%. 3utre une institution politique conflictuelle du social* elle est une action* une modalité de l’agir politique* spécifique en ce que l’irruption du demossur la scène publique* dans l’opposition aux . en arrêter la lo(ique 2domination. +ue faisait"il . 6lle interrompt 0 la lo(ique polici#re de la distri$ution des places 4 2%. 8elle est la démocratie insurgeante. défaire la forme 1tat. 4l s’agit non pas de l’action d’un moment* mais d’une action continuée s’inscrivant dans le temps* tou$ours pr. )$ensour3 / elle 0 coupe court . &e peuple envahit alors la Convention avec un double mot d’ordre : Du ain et la Constitution de !"#$. médiation. totalisation.est l’héritière de la souveraineté des rois qui était elle"m. ".rands* lutte pour un état de non"domination dans la cité. l’oeuvre ! 'i(uel )$ensour Effectivement la démocratie n’est pas un régime politique. &anci#re3. "a démocratie n’est pas un ré(ime politique / elle est un 0 a(ir qui dans sa manifestation même travaille . Pouvez vous préciser le sens et le contenu de l’émancipation .te 0 rebondir en raison des obstacles rencontrés. *anc+3. >’un processus complexe qui s’invente en permanence pour mieux persévérer dans son . En associant ces deux motifs le peuple revendiquait le droit 0 l’insurrection que lui reconnaissait la Constitution de 165 . >ans cette perspective* les dernières insurrections de l’an 444* de . >e ce point de vue* de 1685 0 1655* le peuple a dM* 0 plusieurs reprises* faire irruption sur la scène révolutionnaire pour proclamer sa vocation 0 agir 0 la fois contre l’Atat d’<ncien Pégime et ses survivances* et contre le nouvel Atat.erminal Favril 1657G et surtout de @rairial Fmai 1657G sont remarquables.me une délégation de la souveraineté divine* complètement 0 l’écart* plus globalement* du discours théologico"politique. inté(ration3 pour lui su$stituer la sienne propre 4 2'. .tre et défaire les contre"mouvements qui menacent de l’anéantir et de faire retour 0 un état de domination.

&e sens ne descend plus du ciel ni n’% remonte. &a politique entièrement dissociée et de la religion et de l’assomption d’un « destin de nation Fou peuple* ou patrieG » ne peut pas* ne doit pas prendre en charge « le sens ».sinon lutter pour reprendre le pouvoir lui appartenant en tant que souverain* 0 savoir le pouvoir constituant J >ans cet événement* on per-oit bien les caractères de la démocratie insurgeante ( une opposition brutale entre le peuple et les . @eut". 4l n’est que de lire le manifeste L’%nsurrection du peuple pour obtenir du pain et reconquérir ses droitspour voir appara1tre le contraste entre le lien et l’ordre ( « &es cito%ens et les cito%ennes de toutes les sections indistinctement partiront de tout point dans un désordre fraternelN afin que le gouvernement astucieux et perfide ne puisse plus emmuseler le peuple comme 0 son ordinaire* et le faire conduire comme un troupeau par des chefs qui lui sont vendus et qui nous trompent.tre d’ailleurs ne l’a"t"il $amais fait. » 8el est le désordre &raternelcontre le pouvoir pastoral des chefs. C’est pourtant ce que la confusion autour de .rands du $our* la création d’une situation de double pouvoir* le pouvoir populaire des sans"culottes parisiens d’un c2té* le pouvoir étatique de l’autre* avec le pro$et de substituer l’un 0 l’autre. C’est"0"dire d’une remise en $eu intégrale de ce que veut dire un « monde » entendu comme un espace de circulation de sens. 8elle est l’émancipation an"archique qu’apporte cette forme de démocratie.cher que ce qui fait lien entre les cito%ens ne dégénère* une fois de plus* en ordre contraignant* vertical. @lus profondément* on voit poindre le principe qui anime l’4nsurrection ( la recherche d’un lien politique vif* intense* non hiérarchique. %ean "uc *anc+ &a « démocratie » est* d’une manière en partie indépendante du registre politique Findépendante* par exemple* de ce qui faisait l’exigence du 8iers"Atat ou de ce qui exige la séparation des pouvoirsG un autre nom de la « mort de >ieu ». &e sens est entre nous* et il ne s’achève pas* ne se conclut pas. &a lutte vise 0 préserver la puissance d’agir du peuple et 0 emp. 4l est « nous »* nos vies et nos morts* nos mots et nos fa-ons* nos oeuvres* nos sentiments. C’est fini. 'ais on a pu se représenter qu’il le faisait.

te* le sport* la pensée* que sais"$e J &a politique doit se concevoir comme ce qui garantit l’accès 0 toutes ces sphères* mais ne prétend pas les innerver. Cela peut commencer avec ces neuf honn. C’est le mouvement par lequel ceux et celles qui étaient localisés dans le monde privé s’affirment capables d’un regard* d’une parole et d’une pensée publics. Cela commence aussi quand des ouvriers en conflit avec leurs emplo%eurs* dans le @aris des années 18 !* .tes travailleurs évoqués par E. &e sens se prend en charge autrement ( dans l’art* dans le savoir* dans l’amour* dans la f. 4l a déterminé mon écart par rapport 0 une certaine vision arendtienne* opposant l’excellence de l’exercice politique et la liberté aux formes d’empiètement de la nécessité sociale. &a démarcation des r2les et des sphères est très délicate* sans aucun doute. @. 'ais toute l’histoire des représentations modernes de la politique* 0 travers tout le spectre qui va des « totalitarismes » aux « socialismes » a tendu 0 montrer qu’on n’avait rien de plus pressé que d’attendre « la politique » comme la prise en charge de tout le sens. 8out* sans doute* passe par elle* mais rien ne s’% arr. 3n sait quel r2le les penseurs de droite lui ont fait $ouer cheQ nous pour stigmatiser les mouvements sociaux. 8hompson* qui un soir de mars 165R se réunissent dans une taverne londonienne et % fondent une société au nombre de membres illimités pour affirmer le droit de tous 0 élire les membres du @arlement.« démocratie »* et aussi de « république » et de « communisme » a pu faire croire. &’émancipation est la réfutation en acte de ce partage a priori des formes de vie.me infiniment. Cette différence"l0* cette différence interne 0 « nous »* les hommes* nous devons la penser* l’agir. %acques &anci#re >isons d’abord que le concept essentiel pour moi est celui d’émancipation. I’ai essa%é de repenser les notions de politique et de démocratie 0 partir de lui* mais c’est d’abord ce concept qui a été décisif pour moi* parce qu’il supposait une remise en cause de certaines oppositions qui délimitent habituellement le lieu de la politique Fle politique contre le social ou le privé contre le publicG. Elle l’est m.te ni ne s’% laisse assumer.

font de leur grève non plus un mo%en de pression d’un groupe d’individus sur un individu particulier mais une action publique des ouvriers en tant que tels* ou quand Posa @arSs* 0 'ontgomer% en 1577* convertit un acte privé ? s’asseoir 0 une place libre ? en une manifestation publique ? supprimer pour son propre compte la répartition des sièges en fonction de la couleur de la peau. Dans quelle mesure est ce un ox+more de parler d’institution démocratique ! %ean "uc *anc+ 4l n’% a pas d’ox%more lorsqu’on entend « démocratie » au sens de forme ou de régime politique ( fMt"ce une forme en perpétuelle transformation* il lui faut ses pauses* ses repères. En fait* l’institution peut aussi . 'ais aucune institution ne peut . %acques &anci#re &’ox%more* pour moi au moins 0 l’origine* c’est . &e coeur de l’émancipation* c’est de se déclarer capable de ce dont une certaine distribution des places vous dénie la capacité* de s’en déclarer capable comme représentant quelconque de tous ceux dont la capacité est semblablement déniée.tre posée comme un temple o/ serait 0 $amais recueilli le vrai principe de la démocratie.me Fconseil constitutionnel* conseils* commissions ou « autorités » en charge du respect de l’égalité et de la $ustice dans tel ou tel secteur ? par exemple audiovisuel* 4nternetG. &’émancipation fonde une idée de l’universel politique non plus comme l’application de la loi commune aux individus mais comme processus de désidentification* c’est"0"dire de sortie par effraction d’un certain statut sensible* d’une certaine place dans l’ordre du visible et du dicible* dans la distribution des lieux et des temps.tre le meilleur garant contre l’arbitraire et contre tous les droits d’exception. C’est 0 partir de cette désidentification que $’ai repensé la démocratie comme le pouvoir des sans"part* c’est"0"dire de ceux qui ne représentent aucun groupe* fonction ou compétence particuliers. 4l % a* de plus* des institutions qui sont très spécifiquement démocratiques ( celles qui posent des contr2les ou des freins internes au s%stème lui"m.

'i(uel )$ensour &’expression d’« Atat démocratique » constitue effectivement un ox%more.me de la politique ou ? si l’on veut ? son artifice. Ce serait comme si l’une se déplo%ait tou$ours dans une effervescence instantanée tandis que l’autre demeurait en proie 0 un statisme marmoréen. Bos institutions portent la trace de ce paradoxe.me de la machine étatique tend continuellement 0 effacer cette trace et 0 vider ces formes de toute substance.l’idée de démocratie représentative. Et c’est pour cela que la démocratie doit tou$ours se séparer de la forme étatique 0 laquelle on cherche 0 la ramener. Elle doit avoir ses organes propres distincts des organes de la représentation et du pouvoir étatique. One première réplique s’impose ( une relation est possible entre démocratie insurgeante et institution* dès lors que la constitution reconna1t au peuple le droit 0 l’insurrection* comme ce fut exceptionnellement le cas dans la constitution de 165 . C’est tardivement que la représentation est devenue « représentation du peuple » dans cette figure de compromis que nous connaissons. . &a règle démocratique originaire* c’est le tirage au sort. &a monarchie féodale puis la monarchie bourgeoise se sont entourées d’hommes qui « représentaient » des puissances sociales Fla noblesse* le clergé* la propriétéG. 3n peut les dire démocratiques si l’on veut signaler par l0 l’obligation o/ elles sont d’inscrire le pouvoir de n’importe qui et de lui construire des formes d’effectivité minimales. 4l n’est d’ailleurs que d’inverser le su$et et le prédicat pour mieux mesurer le caractère problématique d’une telle association T une démocratie étatique* une démocratie étatisée* est"ce concevable J 'ais ce qui vaut pour l’institution Atat vaut"il pour toute institution J &a représentation des rapports entre la démocratie et l’institution sous le seul signe de l’antagonisme serait outrageusement simplificatrice. &a notion d’institution démocratique désigne* elle* le paradoxe m. &a démocratie* c’est la forme de pouvoir légitime qui porte en elle la réfutation de toute légitimité de l’exercice du pouvoir. 'ais le fonctionnement m. &a logique de la représentation* elle* est clairement oligarchique.

C’est en ce sens que l’institution* « s%stème d’anticipation » dit . One complexité du m. @renons Caint"Iust dans les %nstitutions républicaines. &’institution matrice plut2t que cadre contient une dimension imaginaire d’anticipation* qui possède une puissance incitative de nature 0 engendrer des moeurs qui vont dans la direction de l’émancipation qu’elle annonce.'ais cela ne suffit pas.tre alors constituée par un tissu institutionnel'sorte d’assise première qui se distingue aussi bien de « la machine 0 gouvernement » que des lois. 4l oppose les institutions et les lois* la prééminence étant accordée aux institutions et la méfiance réservée aux lois soup-onnées d’. <ussi peut"elle pour sauvegarder l’agir politique du peuple se tourner vers des institutions qui* au moment de leur création* ont eu pour finalité de favoriser l’exercice de cet agir. Ces institutions qui ont pour finalité de lier les cito%ens et les cito%ennes par des rapports généreux'doivent porter en elles comme un principe de la Pépublique* comme son anticipation sous forme de totalité d%namique. Petenons de Caint"Iust qu’il a su mettre en lumière une spécificité de l’institution. Encore faut"il remarquer que le rapport de cette démocratie 0 l’effervescence n’est pas l’instantanéité. &a démocratie insurgeante peut donc mettre en oeuvre une circulation entre le présent de l’événement et le passé* dans la mesure o/ s’% rencontrent des institutions émancipatrices qui sont autant de promesses de liberté. 4l n’% a donc pas d’antagonisme s%stématique entre la démocratie insurgeante et les institutions pour autant que celles"ci travaillent 0 cet état de non"domination. C’est pourquoi >eleuQe opposait dans ces termes l’institution 0 la loi ( « Celle"ci est une limitation des actions* celle"l0 un modèle positif d’action.illes >eleuQe* s’oppose 0 la loi* en ce qu’elle porte en elle un appel d’une liberté 0 d’autres libertés. <insi lors des événements de @rairial* l’insurrection prit appui sur les sections parisiennes* et les députés montagnards qui la soutinrent firent voter le 1er @rairial* dans la Convention envahie* la permanence des sections. Botons que la Pépublique doit .me ordre se révèle* si l’on prend le problème du c2té de l’institution.tre oppressives. » >ernier .

Ci comme l’affirment certains théoriciens* l’institution est la catégorie du mouvement* elle peut alors s’acclimater sans peine 0 la temporalité démocratique.aun% FLe hilosophe plébéienG* par le regard du parqueteur qui oublie le travail des bras et transforme le lieu du travail en espace d’exercice d’un regard esthétique désintéressé* et cela continue cheQ lui par l’élaboration d’une contre"économie domestique permettant d’échapper aux contraintes ph%siques et intellectuelles de la domination. la résistance et . il nous sem$le que l’émancipation est tantôt c5ez vous un mouvement continué.tre résistance au changement se transforme en tremplin permettant de par sa stabilité relative une mise en oeuvre de l’invention. I’ai en tout cas insisté pour ma part sur le fait que l’émancipation était proprement une conversion du corps et de la pensée qui commen-ait par une légère subversion des attitudes ordinaires.me la création d’une certaine continuité* en rupture avec la logique de la reproduction* d’une spirale qui se construit en s’écartant de son cercle. 'ais ce caractère équivaut d’autant moins 0 un immobilisme que dans la dimension durable peut se percevoir une durée créatrice* innovatrice au sens bergsonien. s+ncopé. Cela commence* cheQ . Ce qui est discontinu* ce sont les émergences collectives du pouvoir des . Cela commence* cheQ Iacotot FLe (a)tre ignorantG par l’attention de l’illettré pour étudier* mot 0 mot* le rapport entre la prière qu’il sait par coeur et le texte qu’on lui montre sur le papier. &’émancipation est en elle"m. 3r* le caractère d’anticipation de l’institution travaille de l’intérieur pour ainsi dire la durabilité de telle sorte que cette dimension durable au lieu d’. la conflictualité. %acques &anci#re Ie ne suis pas sMr qu’il faille opposer les deux.point ( existe"t"il une incompatibilité entre l’insurgeance et l’institution au niveau de la temporalité J Celon 'erleau"@ont%* l’institution dote l’expérience d’une dimension durable. tantôt un effort discontinu. 7uelles formes ce 0 mouvement 4 prend il ! 8i vous êtes d’accord pour donner une place centrale .

C’est ainsi que dans La *uit des prolétaires'$’ai essa%é de mettre en place tout le pa%sage de ce que « émancipation des ouvriers » pouvait vouloir dire 0 travers le destin d’un petit nombre de prolétaires* rencontrant sous diverses formes les contraintes de la domination et les promesses de l’utopie* et construisant 0 travers ces rencontres 0 la fois une forme différente de vie individuelle et une image de la collectivité ouvrière émancipée.me du possible.tre la puissance d’effraction et le ra%onnement de certains moments de pouvoir du peuple* les transformations qu’ils produisent dans le pa%sage du visible et du possible* les formes de mémoire qu’ils suscitent mais aussi la manière dont leur éclat se diffracte dans des perceptions et des attitudes nouvelles. Elles définissent des constructions alternatives du possible qui s’inscrivent dans une autre configuration de ce que nous tenons pour le présent.me ouverture révolutionnaire du possible. &’histoire de la démocratie ce peut . >e telles histoires ne définissent aucun encha1nement causal de circonstances et de conséquences.hommes émancipés. &es stratégies d’émancipation individuelle qu’ils élaborent ont été rendues possibles parce que les $ournées révolutionnaires ont brutalement modifié le pa%sage m.tre* en prenant les choses par l’autre bout* le devenir en boule de neige d’une modification singulière dans la vie d’un individu ou d’un groupe* la manière dont cette tra$ectoire singulière met au $our toutes les contraintes réelles et s%mboliques qui définissent une su$étion* toutes les virtualités de mondes différents qu’esquissent les transgressions de ces contraintes. Et ces inventions ont* de leur c2té* formé des hommes capables d’autres grandes affirmations collectives. Ce peut . C’est* ai"$e dit alors* l’histoire d’une génération* c’est"0"dire non pas une tranche d’Kge* mais une configuration* mi"effective mi"idéale* de tra$ectoires singulières marquées par une m. En prenant en compte des histoires singulières* on sort de l’homon%mie entre l’histoire comme processus d’évolution nécessaire et l’histoire comme récit s%nthétique des encha1nements de causes et d’effets. Iacotot a eu vingt ans en 1685 et . .aun% en 18 !.

aise !--!. 'ais l’histoire de la démocratie ? histoire complexe* chaotique ? doit prendre en compte aussi bien les grands événements que les événements mineurs* l’innombrable multiplicité des actes de résistance* de rébellion pendant des périodes dites « calmes » o/ l’ordre étatique para1t régner* alors qu’0 consulter les archives* c’est un état permanent « d’intranquillité » qui couve. 4l s’agit donc d’une communauté politique se faisant* orientée vers l’égalité et la non"domination. « Amancipation » est sans doute un autre grand mot qui sous"tend « démocratie » d’une autre pol%valence obscure.'i(uel )$ensour Ie pense également que* plut2t que de poser une alternative entre continuité et discontinuité* il est plus $uste de concevoir l’histoire de l’émancipation comme relevant des deux modèles 0 la fois* indissociablement continue par ses visées* discontinue par son mode de manifestation. Cette histoire est ponctuée par ce que Caint"Iust appelle magnifiquement des « prophéties de la liberté »* lesquelles laissent des traces dans l’histoire destinées 0 . Ie pense l’histoire de la liberté sous le signe de la discontinuité* avec des moments forts d’émergence entre de longues Qones grises.tre reprises et réactivées* sous d’autres noms* sous d’autres motifs. Ces moments sont l’invention de la démocratie grecque* la république romaine* les républiques italiennes du 'o%en"Uge* les grandes révolutions modernes. Amancipation de quoi* de qui J >es dieux et des t%rans* c’est chose entendue ( mais ils ne cessent de revenir W 4ls ont beaucoup d’avatars W +ui et quoi nous t%rannise et nous met dans l’idolKtrie ou la superstition J Amancipation de l’asservissement* de l’exploitation* de la souffrance morale et ph%sique J Bous savons nous asservir 0 des s%stèmes entiers* nous souffrons de notre propre exploitation de la . !"/# ( « Entre 1VV! et mai 1685* la société fran-aise a vécu sur le mode de l’intranquillité* selon des r%thmes inégaux* mais dans un frémissement quasi ininterrompu. » %ean "uc *anc+ @enser la démocratie sous les termes « mouvement » et « émancipation »* comme « mouvement d’émancipation »* ne va pas sans problème. C’est ainsi que Iean Bicolas peut écrire dans son beau livre* La +ébellion &ran.

tre névrosé ? mais pour la vie* l’existence* notre existence seule en tant que « sens ».rance* et par"del0 une certaine représentation de la lutte politique Fqui nous avait portés $usqu’0 l’indépendance de l’<lgérieG ouvrait ? non pas sur une perspective* mais $ustement ou bien sur le dédain* ou bien sur l’impossibilité de nouvelles « perspectives »* de nouveaux pro$ets* programmes* pro$ections d’avenir. 'ai V8 a déclaré une exigence du présent* contre le passé Fpas de testament* pour citer encore Char et <rendtG et aussi contre l’avenir Fpensé comme présent futur* pro$eté* pour citer >erridaG. +u’en est"il de « ici"maintenant » J +u’en est"il de « nous » et non de nos parents ni de nos enfants J +u’en est"il d’un sens qui ne soit pas tou$ours blasonné de ciel ou d’avenir J ) la limite* on pourrait m.omment situer.me dire que V8 se déclarait contre le « sens » ? un peu 0 la manière dont . Bous sommes sans ma1tres ni pères. 3n a oublié .reud écrit que s’interroger sur le sens de la vie* c’est dé$0 . . cet é(ard.nature et nous savons bien mal comment conduire la santé d’une population dont la plus grande partie est malade de faim et de manque de soins* tandis que l’autre est malade de trop de nourriture et de trop de soins. @eut". &es aspects pour moi dominants sont la remise en cause du déterminisme historique et l’affirmation de ce que « démocratie » peut signifier si on prend le mot au sérieux. 8elle est la vérité ( l’émancipation est un terme hérité du droit de l’esclavage* puis du droit de l’autorité paternelle. les événements de mai 9: ! %ean "uc *anc+ @récisément* mai V8 aura été le premier moment visible d’une mise en crise qui par"del0 un certain modèle social* encore particulièrement figé en .tre ne nous convient"il plus. 3r la « démocratie » a aussi* le sachant ou non* porté en elle une exigence de cette forme.tre plut2t d’inventer qu’il s’agit* de créerN . FExigence dont $’ose me demander si elle n’a pas été parfois mieux rencontrée dans d’autres époques ou culturesNG %acques &anci#re &es événements de V8 n’ont assurément pas une signification univoque. C’est peut".

=ien plus que les modèles de la révolution marxiste* la propagation du mouvement en V8 rappelle les insurrections républicaines du xixe siècle ( une dé"légitimation massive du pouvoir étatique qui se transmet 0 toute la société* fait partout appara1tre l’arbitraire et l’inutilité des hiérarchies d’un c2té* les capacités d’invention des individus ordinaires de l’autre. 'i(uel )$ensour @our ma génération* mai V8 a fonctionné comme une catharsis par rapport aux années noires* sinistres de la guerre d’<lgérie* comme si nous pouvions enfin prendre quelque distance par rapport 0 la torture* « le cancer de la démocratie »* selon @ierre Xidal" Baquet. Ci celui"ci a remis en scène le scénario révolutionnaire* c’est hors de sa temporalité propre et sous le signe de l’écart entre avant"garde de droit Fle parti de la classe ouvrièreG et force motrice née de l’événement lui"m.me dans les termes du réformisme triomphant ( intégration de la classe ouvrière par la société de consommation* nouvelle génération étudiante dégagée des idéologies du passé* nouveau visage du capitalisme* r2le des cadres modernistes* etc. 3n n’a pas besoin d’autorité* on n’a pas besoin de hiérarchie* on peut parfaitement construire un monde sans cela ( c’est ce que tout le monde découvrait en m.le singulier contretemps que mai V8 a représenté dans le pa%sage fran-ais.rance comme aux Atats"Onis* en <llemagne ou au Iapon. Ce fut aussi la $oie de recouvrer une puissance d’agir de concert* en commun* de faire de nouveau l’expérience du « désordre fraternel »* $oie renforcée par une prise de parole généralisée T le plaisir d’entendre dénoncer sur la place publique « les crapules staliniennes ».me temps un peu partout. Cans doute le contexte global de la Pévolution culturelle chinoise et de la lutte anti"impérialiste a"t"il $oué dans les capacités de mobilisation de la $eunesse en . Ce fut une imposante grève ouvrière qui rappelait 0 ceux qui avaient tendance 0 .me. 8out cela a été bala%é en quelques $ours par la spirale d’un mouvement 0 l’origine très limité. &es alternatives commodes Fmouvement ouvrier de revendication versusaspirations libertaires de la $eunesseG ont recouvert cette expérimentation démocratique radicale. 'ais la société fran-aise 0 la veille de V8 se décrivait elle"m.

au sens o< vous les entendez ! 'i(uel )$ensour @artout o/ les agents sociaux* politiques décident de « prendre leurs affaires en main »* de lutter eux"m.me temps un puissant courant anti"bureaucratique qui naviguait entre la recherche d’une démocratie radicale et ce qui avait alors pour nom « l’autogestion ». One des le-ons de V8* vite oubliée* est de réaffirmer la nécessité d’une critique novatrice des partis politiques* dans le sillage de Cimone Yeil* celle de La Critique 0ociale* saluée par <ndré =reton dans le texte (ettre au ban les partis politiques1One autre est que la démocratie parlementaire est l’ennemie la plus redoutable de la vraie démocratie ( 0 preuve* les élections législatives décidées* le torrent démocratique est aussit2t rentré dans son lit et le mouvement a pris fin. + compris par rapport .l’oublier que notre société vivait sous l’emprise du capitalisme* que la question de sa suppression se posait 0 nous* que l’on ne pouvait en faire l’économie. >eux traditions révolutionnaires coexistaient* la $acobine ou plus exactement la $acobine"léniniste et la tradition communaliste T 0 c2té des organisations trotsSistes* maoLstes* le mouvement du RR mars. >ans cette perspective* il faudrait voir $usqu’0 quel point les comités d’action* 0 comparer en un sens aux clubs de la Pévolution de #8* ont réussi 0 instaurer une critique émancipatrice de la forme"parti.< vo+ez vous aujourd’5ui l’affirmation et l’expérience démocratiques.mes contre l’inacceptable* il % a de l’expérience démocratique pour autant que ces luttes échappent 0 l’emprise des directions bureaucratiques. la politique. 3n peut citer le mouvement des sans"papiers* les aides spontanées souvent associatives aux migrants* notamment 0 Calais* la lutte pour le logement* . Cela dit* mai V8 est un phénomène complexe et composite. Pour vous trois. En effet on a pu voir coexister un néobolchévisme* voire un néostalinisme* la domination des organisations bureaucratiques souvent affectées du culte du chef génial et omniscient ? et en m. tout n’est pas politique / cependant vous vous distin(uez dans votre mani#re de situer la démocratie. .

>e l’autre il % a le risque de perdre un sens politique global de la démocratie et une perception globale du renforcement et de la con$onction ? 0 un degré encore $amais atteint ? des pouvoirs oligarchiques. Ces deux formes comportent en m. >’une part dans le sens du refus des barrières qui séparent ceux qui sont d’ici et ceux qui sont d’ailleurs* donc dans la lutte contre les lois scélérates et toutes les formes de répression qui créent de fait des populations de seconde Qone.les amorces de désobéissance civile. Et $e crois nécessaire corrélativement de procéder 0 un réexamen de la tradition critique* de mettre au $our tout ce que nombre de formes de dénonciation critique du s%stème dominant empruntent en fait 0 la logique de ce s%stème. %acques &anci#re 4l me semble qu’on peut en distinguer au$ourd’hui les éléments* sous deux formes principales. %ean "uc *anc+ Cette distinction que $’affirme entre politique . >’autre part dans les tentatives multiples de faire vivre des associations* organes d’information* forums de discussion ou ateliers de création hors des modèles hiérarchiques et marchands. @ar rapport 0 cette expérience* deux tKches s’imposent. C’est pourquoi $e crois nécessaire de reformuler au$ourd’hui la radicalité démocratique du pouvoir de n’importe qui dans sa formulation théorique et dans ses conséquences pratiques.t 0 intégrer n’importe quoi* m.me la torture* critique de la colonisation de la vie quotidienne. &a démocratie doit recouvrer son caractère de rupture* d’interruption de la domination. 8rois directions ( critique de la représentation* critique de l’Atat de droit qui sous couvert de formalisme est pr. >’un c2té il % a le risque de transformer la « part des sans"part » en combat contre l’exclusion* de penser la lutte 0 partir d’un « autre » défini par ses privations plut2t qu’0 partir d’un « n’importe qui » défini par ses capacités. <u"del0 de l’opposition trop facile totalitarismeZdémocratie* faire l’anal%se critique des dégénérescences de la démocratie* leur dérive en oligarchies autoritaires. ) l’exemple de &ouis Ianover* dénoncer les phénomènes de feinte dissidence* avec d’autant plus de lucidité qu’un néobolchévisme est de retour.me temps leurs risques ou leurs limites.

3r la « démocratie » recouvre de son prestige « émancipateur » le fait que ses termes fondamentaux ? 0 savoir* liberté* égalité* fraternité et $ustice ? sont d’une portée métaph%sique considérable* mais sont aussi considérés comme des évidences ( liberté de chacun* limitée par celle d’autrui* égalité* fraternité ou solidarité de tous* par définition* et enfin $ustice pour chacun. Ci nous trouvons les $ustes démarcation et intrication de ces deux ordres Fla politique n’est pas tout mais doit pouvoir veiller sur tout* alors m.me le savoir dans son acte pur* s’accomplissent* éventuellement sans durer* ou en entrant dans une autre durée que celle des attentes* prévisions* etc.te un « individu »* une « personne »N En vérité nous avons engagé sans trop % regarder une ontologie de .démocratique et « démocratie » comme nom* disons"le* « fourre"tout »* $’essaie de la faire valoir pour l’ouverture d’un grand tournant anthropologique et* si $e peux dire* métaph%sique.tre* mais pas forcément.tre rien d’autre qu’une mutation entière de la « civilisation ».me ? un chant* un geste* un souffle* une oeuvre peut". &a sphère politique par laquelle tout doit transiter* mais o/ rien ne peut s’achever* permet l’accès 0 d’autres sphères qui sont celles o/ il % a* si $e peux dire* accomplissement dans le présent ( l’art* l’amour* la pensée* m. Comme si nous savions ce que sont « chacun » et « tous »* o/ commence et o/ s’arr.me que rien d’autre n’est tout* et c’est l0 qu’il faudrait encore beaucoup affiner* préciserG* nous progresserons peut". Cela n’ira pas sans toucher aussi l’ordre économique et l’ordre technoscientifique. Ce dont nous souffrons* c’est de perdre cela de vue en guettant une politique qui nous conduirait vers un accomplissement final. 8out le « sens » est ainsi ( le sens sensible* la sensation* la sensualité* le sentiment* la sensibilité* le sens d’une « idée » ou d’un mot* le sens d’une rencontre* cela s’accomplit. Cela s’accomplit infiniment dans sa finitude ou dans sa finition m.tre vers ce que peut nous vouloir cette « démocratie »* qui ne dit peut". Bous manquons corrélativement 0 comprendre comment ces touches parfois presque insensibles de sens peuvent faire circulation entre « nous ».

<insi liberté* égalité* etc. +uant 0 la $ustice* c’est au fond ce processus lui"m.meN En d’autres termes* c’est 0 tout ce choix profond de la civilisation que « démocratie » nous renvoie ( saurons"nous réintroduire autre chose que de la valeur interchangeable et auto"expansive* qu’il s’agisse d’argent* de précision* de vitesse ou d’individu J '( lire) 'iguel <bensour La Démocratie contre l’2tat' (arx et le moment machiavélien* @aris* Aditions du .élin* R!!# T Hannah Arendt contre la philosophie politique 3' @aris* Cens et 8onSa* R!!V. Cela fut nommé plus tard « capitalisme » et « technique ».me est devenu « la » valeur. &’« individu » abstrait n’est que l’image ? au fond très confuse ? de l’agent d’un tel processus ( la Fre"Gcapitalisation indéfinie aussi bien de la richesse que des savoir" faire. &’argent* les transistors* les matières plastiques ou les semi" conducteurs* les vitesses et les puissances sont libres* égales* solidaires entre elles. Bous ne l’avons pas vu parce qu’il a été produit en un temps o/ la civilisation procédait 0 un choix fondamental ( elle ne renvo%ait plus 0 des repères donnés Fla hiérarchie* l’allégeance* diverses figures de « communauté »G mais elle choisissait* inconsciemment* une référence de valeur qui était la valeur non donnée* et non incommensurable* mais 0 produire et commensurable ( la valeur de la richesse et de l’invention Fvitesse* puissance* précisionG ? les deux liées 0 leur insu ? en tant que capacités d’auto"expansion ou de production indéterminées.* ont été d’emblée les caractères d’un su$et de la valeur qui lui"m. Iean"&uc Banc% La Communauté désoeuvrée* Christian =ourgois* 155! T 4érité de la .l’individu* délié de tout et indivisible dans cette séparation ? 0 partir de quoi nous rendions nécessaire la question ( comment donc des individus peuvent"ils s’assembler J 'ais nous n’avons pas vu que l’« individu » est une présupposition fragile et peu consistante.

alilée* R!!8. 91: &a Commission 8rilatérale est une fondation privée qui regroupa* 0 partir de 156 * les puissants des mondes politique* industriel* financier et intellectuel de l’Europe de l’3uest* l’<mérique du Bord et l’<sie pacifique* et qui posa les cadres de la mondialisation économique actuelle. . Iacques Pancière La (ésentente' politique et philosophie* @aris* .alilée* 1557 T La *uit des prolétaires' archives du r5ve ouvrier* @aris* Dachette @luriel* R!!7 F1ère édition 1581G.démocratie* @aris* . Conformément 0 leur souhait* 'iguel <bensour* Iean"&uc Banc% et Iacques Pancière ont répondu par écrit et séparément 0 nos questions.