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Un baromètre de la tolérance en Belgique Etude de faisabilité

GERME – ULB ISPO – K.U.Leuven

Laurie Hanquinet (ULB) Veronique Vandezande (K.U.Leuven) Dirk Jacobs (ULB) Marc Swyngedouw (K.U.Leuven)

30 JUIN 2006

Recherche effectuée à la demande de :

-

- (financée par le Fonds d’Impulsion à la Politique des Immigrés – FIPI)

effectuée à la demande de : - - (financée par le Fonds d’Impulsion à la Politique

Avec l’aimable collaboration d’Andrea Rea (GERME - ULB) et d’Hassan Bousetta (CEDEM- ULg)

Ce rapport vise à établir une étude de faisabilité d’un « baromètre de la tolérance ». Par un « baromètre de la tolérance », nous comprenons :

(1) mesurer les attitudes racistes, xénophobes et antisémites, les attitudes négatives vis-à-vis des immigrés et/ ou des minorités ethniques et les attitudes par rapport à la diversité ethno-culturelle et religieuse en Belgique, à l’aide d’une enquête quantitative auprès d’un échantillon représentatif de la population belge ; (2) des tests de comportements agrégés afin d’évaluer la présence de discrimination, d’exclusion et de racisme ; (3) des analyses statistiques de bases de données existantes afin de mesurer l’ampleur de l’exclusion sociale de groupes qui sont victimes de racisme et de discrimination, dans certains champs de la société.

Le baromètre est ainsi scindé en trois volets. Le rapport qui suit traite de ces différents volets. Pour ce faire, nous allons nous inspirer de différents rapports et enquêtes qui ont déjà été réalisés - surtout à l’étranger - sur ce sujet et sur d’autres avoisinants, avant de proposer un instrument pour la Belgique. Dans un premier temps, nous nous focaliserons sur le travail préparatif pour le sondage d’attitudes. Celui-ci consistera en le développement d’une conceptualisation de différentes notions que nous voulons mesurer et en un passage en revue de différents outils existants nationaux et internationaux avant de présenter notre proposition d’enquête. En second lieu, nous expliciterons en quoi consistent les tests de comportements agrégés et nous envisagerons différents scénarios de tests de comportements agrégés possibles en Belgique et pour différents domaines. Enfin, nous effectuerons une analyse de bases de données existantes mais nous expliquerons auparavant quelle est l’importance de ce type d’instruments. Les tests de comportements agrégés et l’analyse des bases de données sont autant d’instruments qui visent également à mesurer les pratiques racistes et discriminatoires. L’ensemble de ce travail nous permettra de proposer un cadre pour un baromètre de la tolérance en Belgique et d’examiner la faisabilité d’une telle recherche.

1. Conceptualisation

11

1.1. Tolérance

11

1.2. Racisme

14

1.3. Xénophobie

18

1.4. Attitudes négatives vis-à-vis des immigrés et/ ou des minorités ethniques

 

19

1.5. Attitudes d’exclusion suivant le principe d’autochtonie primordiale

20

1.6. Antisémitisme

20

1.7. Islamophobie

21

1.8. Le soutien à la diversité religieuse et philosophique

22

1.9. Le soutien à la diversité ethno-culturelle

22

1.10. Conclusion

23

1.11. Bibliographie

27

2. Inventaire des instruments internationaux de mesure de la tolérance des groupes majoritaires envers les minorités ethniques (au niveau des attitudes)

30

2.1.

Introduction

30

2.2. Recherches au niveau européen

30

2.2.1. Rapport « Attitudes towards minority groups in the European Union – A special analysis of the Eurobarometer 2000 survey on the behalf of the European Monitoring Centre on Racism and Xenophobia »

31

2.2.2. Rapport « Majority populations’ attitudes towards migrants and

minorities » – European Monitoring Centre on Racism and Xenophobia

34

2.3. Recherches nationales

36

2.3.1. Sondage de la Commission nationale consultative des droits de

l’homme en France (2003-2004)

37

2.3.2.

Les recherches au Pays-Bas

39

2.3.2.1. Beeldvorming over Minderheden (BOM) - 2002

40

2.3.2.2. Prejudice against migrants : the Dutch research (PM) –

 

1997-1998

40

2.3.2.3. Sociaal-culturele ontwikkelingen in Nederland (SCO) - 2000

 

40

2.3.2.4. Culturele Veranderingen (CV) - 2004

40

2.3.2.5. Meningen en opvattingen over aspecten van het

bevolkingsvraagstuk (MOAB) - 2002

41

2.3.2.6.

Remarques transversales

41

2.3.3.

Les recherches au Royaume-Uni

43

2.3.3.1.

Home Office Citizenship Survey (HOC) - 2003

43

2.3.3.2.

British Social Attitudes Survey (BSA) – 2003

43

2.3.3.3.

Scottish Social Attitudes Survey (SSAS)- 2003

44

2.3.3.4.

Young People’s Social Attitudes Survey (YPSA) - 2003

44

2.3.3.5.

Northern Ireland and Times Survey (NILT) - 2004

44

2.3.3.6.

Young Life and Times Survey (YLT) - 2004

44

2.3.3.7.

Remarques transversales

45

2.3.4. Les recherches aux Etats-Unis

46

2.3.4.1. General Social Survey (GSS)

46

2.3.4.2. American National Election Studies (ANES) - 2002

47

2.3.4.3. Multi-City Study of Urban Inequality, 1992-1994: Atlanta,

Boston, Detroit, and Los Angeles (MCS)

47

2.3.4.4. The National Race and Politics Survey (NRP) - (1991)

47

2.3.4.5. Sondages disponibles auprès du « Roper Center for Public

Opinion Research » (2000 et + )

48

a.

Sondage de « Harris Interactive », sponsorisé par le Time

Magazine et la CNN – Février 2003 (HI)

48

b. Sondage de l’ABC News et du Washington Post, Janvier 2003

 

(ABC/ WP)

48

c.

« Intergroup Relations » de Princeton Survey Research

Associates - 2000 (PSRA)

48

d.

Sondage pour la NBC et le Wall Street Journal – Mars 2000

 

(NBC)

49

 

e.

Sondage mensuel de CBS News # 1 - Février 2000 (CBS)

49

f. Sondage du New York Times (‘NYT Race Poll’) - Juin 2000 (NYT)

49

2.3.4.6. Sondage Gallup « Minority Rights and relations » - 2005

49

2.3.4.7. Remarques transversales

49

2.4.

Codebooks et documentation

53

3. Inventaire des instruments belges pour mesurer la tolérance des

groupes majoritaires envers les groupes ethniques minoritaires (au niveau

des attitudes)

55

3.1. La recherche pionnière

55

3.2. Onbekend of Onbemind

56

3.3. “Echelle de l’ethnocentrisme” ou attitudes négatives envers les immigrés ?

 

57

3.4. Autres questions relevantes dans les enquêtes ISPO-PIOP et APS

62

3.5. Bibliographie

64

4. Proposition d’un questionnaire pour la Belgique

65

4.1. Questionnaire central

65

4.2. Questions non indispensables

88

1. Introduction théorique

94

2. Scénarios possibles de tests de comportements agrégés en Belgique 108

2.1. Marché de l’emploi

108

Décisions préliminaires

108

Procédure

112

2.2. Marché du logement

116

Décisions préliminaires

116

Procédure

117

2.3. Entrée en boîtes de nuit

120

Décisions préliminaires

120

Procédure

120

2.4.

Taille des échantillons

122

2.5.

Traitement des données

123

2.6.

Conclusion

124

3. Bibliographie

126

1. Introduction aux méthodes statistiques multivariées

Bibliographie

2. Données disponibles relatives aux minorités ethniques

129

137

138

2.1. Introduction

138

2.2. Institut National de Statistiques — INS — SPF Économie - Direction

générale Statistique et Information économique

139

2.3. Centre de l’Egalité des Chances et la Lutte contre le

142

2.4. Enseignement

142

2.5. Marché de l’emploi

147

2.6. Santé

149

2.7. Conclusion

151

2.8. Bibliographie

153

(Table des matières réduite)

I. Inventaire des instruments internationaux de mesure de la tolérance des

groupes majoritaires envers les minorités ethniques (au niveau des attitudes) :

ANNEXES

161

1. Enquêtes européennes

161

2. France : Sondage de la Commission nationale consultative des droits de

l’homme

168

3. Pays-Bas

177

4. Le Royaume-Uni

201

5. Etats-Unis

220

II. Inventaire des intruments belges pour mesurer les attitudes de tolérance

des groupes majoritaires vis-à-vis des groupes ethniques minoritaires ANNEXES

:

262

1. Dooghe & Vanderleyden (1974; items m.b.t. vooroordelen)

262

2. Billiet, Carton en Huys (1990, vragen 49 – 81)

263

3. Billiet en De Witte (1991)

270

4.

Billiet (1993)

271

5.

ISPO – PIOP (1991, 1995, 1999, 2003)

271

6.

APS (1996, 1997, 1998, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003 2004)

301

7.

CLEO (2004)

325

2003) 271 6. APS (1996, 1997, 1998, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003 2004) 301 7. CLEO

L’élaboration d’une enquête quantitative sur les attitudes de tolérance nécessite plusieurs étapes. En premier lieu, nous voulons proposer un cadre théorique sur lequel s’appuyer lors de la construction du questionnaire. Il nous semble indispensable de réfléchir à une conceptualisation des notions de « tolérance », « racisme », « xénophobie », « attitudes négatives vis-à-vis des minorités ethniques », « attitudes d’exclusion », « antisémitisme », « islamophobie », « le soutien à la diversité religieuse et philosophique » et « le soutien à la diversité ethno-culturelle », qui doivent être mesurées à l’aide d’une enquête quantitative auprès d’un échantillon représentatif de la population belge. La notion d’ « attitude » est ici à concevoir comme la « position (plus ou moins cristallisée) d’un agent (individuel ou collectif) envers un objet (personne, groupe, situation, valeur) » (Maisonneuve, 1973 : 107). Ensuite, nous donnerons un aperçu de divers instruments utilisés à l’étranger et en Belgique, afin de mesurer les attitudes de tolérance des groupes majoritaires vis-à-vis des minorités ethniques. Ceux-ci peuvent servir de sources d’inspiration pour la construction de cette enquête. Enfin, nous présenterons notre proposition de questionnaire pour la Belgique.

Dans ce rapport, notre intérêt se porte davantage sur la présence ou l’absence d’attitudes (et comportements) racistes, xénophobes, antisémites et les attitudes négatives vis-à-vis des immigrés et/ ou des minorités ethniques d’un côté, et les attitudes vis-à-vis de la diversité ethno-culturelle et religieuse de l’autre côté. Nous utilisons donc ‘tolérance’ et ‘intolérance’ dans un sens relativement limité. Ce volet du baromètre de la tolérance se centre principalement sur les opinions des membres des groupes majoritaires (les néerlandophones et les francophones n’ayant pas d’origine immigrée) de la société belge, en tout cas si on reste dans l’hypothèse d’un échantillon représentatif aléatoire de la population belge. En effet, dans un échantillon aléatoire typique (entre 1000 et 2500 répondants choisis de façon aléatoire), le nombre de personnes issues de l’immigration reste toujours trop faible pour que l’on puisse tirer des conclusions concernant ces sous-groupes peu représentés. Si l’on veut inclure des groupes spécifiques dans l’analyse (comme, par exemple, des personnes issues de l’immigration et originaires de certains pays), il faut développer une procédure d’échantillonnage adaptée impliquant une surreprésentation de ces groupes à cibler. Pour l’instant, nous restons dans l’hypothèse qu’une surreprésentation de groupes cibles est peu probable, à cause des contraintes budgétaires (et des contraintes techniques). C’est dans cette optique que nous allons aborder la conceptualisation des notions que nous cherchons à mesurer dans un sondage d’attitudes dans le cadre d’un baromètre de la tolérance.

Etant donné que l’on parle d’un « baromètre de la tolérance », il faut avant tout s’interroger sur le contenu de la notion de « tolérance ». Dans le premier article de sa « Déclaration de principes sur la tolérance » (1995), l’UNESCO énonce la signification suivante de la notion de tolérance :

« La tolérance est le respect, l'acceptation et l'appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d'expression et de nos manières d'exprimer notre qualité d'êtres humains. Elle est encouragée par la connaissance, l'ouverture d'esprit, la communication et la liberté de pensée, de conscience et de croyance. La tolérance est l'harmonie dans la différence. Elle n'est pas seulement une obligation d'ordre éthique ; elle est également une nécessité politique et juridique. La tolérance est une vertu qui rend la paix possible et contribue à substituer une culture de la paix à la culture de la guerre (…)».

Constatons que cette définition de tolérance, « l’harmonie dans la différence », de l’UNESCO reste assez vague et ambiguë et est, avant tout, une déclaration politique qui a beaucoup de dimensions différentes (dont certaines sont encore élaborées dans la suite de la déclaration). Cette définition illustre la difficulté de circonscrire la tolérance : elle peut être abordée sous différents angles et peut être sujette à de lourds débats. Que signifie, par exemple, tolérer un groupe socio-culturel différent du « nôtre » ? Le philosophe américain Michael Walzer considère que la tolérance, comme attitude ou état d’esprit, existe sous cinq formes :

1. L’acceptation résignée de la différence pour maintenir la paix. On se

trouve dans les origines religieuses de la tolérance (16 ème et 17 ème siècle)

2. Une bienveillante indifférence à la différence : « Faut de tout pour

faire un monde…»

3. Une sorte de stoïcisme moral : les « autres » ont des droits même

s’ils les exercent de manière peu plaisante

4. Une certaine ouverture à l’autre, une certaine curiosité à son égard,

peut-être même du respect, une certaine volonté d’écouter et d’apprendre

5. L’adhésion enthousiaste à la différence

(Walzer, 1997 : 26-27)

Walzer souligne la diversité de contenus que renferme la notion de tolérance.

Dès lors, il la simplifie de la manière suivante : les personnes qui « admettent la présence d’hommes et femmes dont ils n’adoptent pas ni les croyances ni les

sincère que soit leur

assentiment à sa présence dans le monde, leur est et leur demeure étrangère, lointaine et bizarre [ …] » possèdent la vertu de tolérance, peu importe le type de réaction qu’elles manifestent (résignation, indifférence, acceptation stoïque, curiosité, enthousiasme) (Walzer, 1997 : 27-28).

pratiques [ …] [ et qui] coexistent avec une altérité qui, pour

La définition de l’auteur a l’avantage de montrer que la tolérance, qui rend possible la entre des groupes culturellement différents, est

un phénomène pluriforme qui varie en fonction du contexte. Cependant, la définition reste toujours ambiguë, ce qui montre la difficulté pour opérationnaliser cette notion. La notion de ‘tolérance’ semble présupposer que l’altérité soit, dans le fond, insurmontable et qu’en conséquence, la plupart des rencontres interculturelles auront fort tendance à être problématiques et sources d’irritation ou même de conflits. A première vue, la pertinence du concept de ‘tolérance’ semble se limiter à des situations où on est confronté avec une distance – comme étant fondamentale - entre celui qui tolère et celui qui est toléré. Il y a donc une présupposition de l’existence de différences essentielles et d’incompatibilité, d’incompréhension, d’irritation ou même de conflit à cause des différences culturelles (qui sont comme étant réelles et fondamentales). Bien que Walzer inclue également la curiosité et l’enthousiasme dans son énumération de l’articulation de la tolérance, l’élément d’exotisme, d’étrangeté y est toujours à la base. On court donc un risque d’essentialisme, de réifier des différences entre groupes qui pourraient bien être imaginées et qui sont en tout cas le résultat d’une construction sociale. Galeotti (2002) considère la tolérance comme une vertu sociale et comme un principe politique qui permet, encore une fois, la coexistence pacifique entre des individus différents dans leur manière de vivre. Une fois cette première définition énoncée, l’auteure en montre tout de suite les défauts, c’est-à-dire que la tolérance consiste en de multiples réactions (accommodation, indifférence, acceptation,…) et qu’il y a un côté négatif et un positif à la tolérance. On retrouve l’idée déjà exprimée par Walzer : la tolérance peut être la solution aux éventuels conflits d’une société pluraliste – on tolère malgré un ressentiment initial – ou une acceptation positive de la différence (comme valeur recherchée). L’auteure propose dès lors une nouvelle définition : la tolérance comme reconnaissance. Chez elle, la tolérance comme principe politique, consiste en la reconnaissance des identités différentes (culturelles, sociales, ethniques,…) dans la sphère publique au nom de la justice 1 et s’éloigne volontairement de l’idée de tolérance comme garantie de la liberté des choix pour chaque citoyen. Elle situe la tolérance au niveau public, groupal et politique. Par ailleurs, Walzer suggère que certaines personnes soutiennent profondément l’idée de pluralisme mais tolèrent moins bien l’expression concrète des différences. Cette distinction entre « représentations » et « pratique », entre le niveau de discours et celui des pratiques peut se manifester, par exemple, de la manière suivante : lors d’une enquête, une personne interrogée peut répondre différemment à des questions larges sur des valeurs qui lui sont chères (du type : « La diversité est importante »), mais peut également se positionner beaucoup moins favorablement par rapport à cette valeur quand on place cette personne dans des situations concrètes (ex. : quel serait votre quartier idéal ? Cela vous dérange-t-il si votre patron est d’un autre groupe socio-culturel ? 2 ). Il fait d’ailleurs la différence entre pratiques (tolération) et attitude (tolérance). Mais on voit aussi que, parallèlement à cette distinction entre discours et pratiques, se superpose une divergence entre un principe général, une valeur et les pratiques concrètes. Nous pourrions aussi aller du côté des théories psycho-sociales basées sur l’axe différences - similarités pour expliquer l’origine de la (in)tolérance mais il faudrait

1 Il n’est pas juste d’exclure des groupes de la sphère publique à cause de leurs différences.

2 Inspiration des questions : European Social Survey.

tout un travail pour les décrire toutes, d’ailleurs souvent opposées, ce qui dépasserait largement la portée de cette étude de faisabilité.

Quelles conclusions tirer de ce petit exercice de conceptualisation ? Premièrement, on peut distinguer la tolérance comme « vertu » ou attitude personnelle (plutôt l’approche de Walzer) d’un côté et la tolérance comme un principe politique (plutôt l’approche de Galleoti) de l’autre côté. Dans ce rapport nous nous limitons à l’approche individuelle : l’intolérance ou la tolérance comme attitude et pratique au niveau individuel – bien qu’il existe évidemment des liens entre des attitudes et comportements individuels d’un côté et les discours publics de l’autre côté. Deuxièmement, on peut distinguer une forme de gradation (soulignée par Walzer) dans les attitudes de tolérance. Finalement, la tolérance peut se rapporter aux relations qu’entretiennent les groupes majoritaires et les groupes minoritaires – dans le sens sociologique selon lequel on met l’accent sur les rapports de force - de n’importe quelle nature (genre, sexualité, origine, etc.). Nous optons ici pour une limitation aux relations « ethniques » et « ethnicées » (et donc la thématique de la xénophobie, de la discrimination raciale et ethnique et de l’acceptation de diversité ethno-culturelle), bien que nous soyons conscients que la tolérance peut être liée à d’autres relations intergroupes (et à d’autres thèmes où une diversité d’opinions et de pratiques est en jeu). On pourrait argumenter que, prise sous cet angle, la notion de ‘tolérance – intolérance’ n’est peut-être pas non plus la terminologie la plus adéquate, parce que – comme nous avons déjà souligné – le terme sous-tend implicitement que ce qui fait l’objet de tolérance est au fond a-normal ou a-typique, une déviation de la norme. Ce genre de critique de la notion de ‘tolérance’ a, entre autres, été formulé par des linguistes comme Blommaert & Verschueren (1992). Nous sommes conscients et soucieux des risques de cette connotation du terme ‘tolérance’, parce qu’elle suggère que l’homogénéité (l’absence des différences) est la norme et la diversité est une déviation de cette normalité qu’il faut ‘tolérer’ afin d’assurer la coexistence pacifique entre des groupes qui sont (perçus comme étant) socio-culturellement différents. A notre avis, la diversité est une qualité inhérente à notre démocratie pluraliste et les différences entre groupes sont avant tout des constructions sociales (ce qui n’exclut évidemment pas qu’elles soient vécues comme réelles et qu’elles aient également des conséquences réelles). Si on dit qu’ « on ne tolère (ou ne tolère pas) que ce que l’on réprouve », comme l’écrit Guy Haarscher (2003 : 63), la notion de tolérance ne semble pas être adéquate pour désigner l’acceptation de la diversité ethnique qui nous intéresse. De plus, comme disait Pierre-André Taguieff, « l’antiracisme présuppose qu’il y a de l’intolérable, et pose que le racisme est l’une des pires figures modernes de l’intolérable, peut-être la pire de toutes » (Taguieff, 1995 :

207). Dans ce contexte, on pourrait dire que c’est assez maladroit de parler de racisme en utilisant la terminologie de la tolérance – étant donné qu’il s’agit d’un phénomène intolérable en tant qu’il implique une infraction du droit à l’égalité (De Lucas, 2003).

Néanmoins, nous maintenons ici la terminologie de ‘tolérance’. Non seulement parce qu’elle est fort répandue et utilisée dans les discours politiques et médiatiques pour désigner l’attitude sous-jacente concernant l’acceptation de diversité ethnique et religieuse. Nous la gardons également parce qu’elle reflète en quelque sorte la dimension de pouvoir (les rapports de force) qui est, d’un point de vue sociologique, de grande importance dans les relations intergroupes (et leur articulation au niveau individuel). Certaines groupes – que l’on désigne comme étant « majoritaires » dans le jargon sociologique – ont plus de pouvoir que d’autres groupes – que l’on appelle « minoritaires » - à influencer les processus (formelles et informelles) d’exclusion et d’inclusion dans les différents champs de la société et à modeler (par exemple) le cadre juridique de la société. Les groupes majoritaires ne sont pas automatiquement obligés d’embrasser la diversité en tant que telle ; ils ont – à des degrés variables - le pouvoir d’imposer certains normes et pratiques qui pousseraient à l’homogénéisation de pratiques dans une société, tout en criminalisant ou dénigrant ce qui est considéré comme différent et déviant. Ce sont également les groupes majoritaires qui ont la plus grande capacité de déterminer les caractéristiques de « la communauté imaginée », pour reprendre la notion de Benedict Anderson (1991) de la littérature sur le nationalisme, et donc de garnir la différenciation entre « nous » et « eux » dans la société d’un état-nation donné. En ce sens, ce sont les groupes majoritaires qui peuvent ‘tolérer’ d’inclure (ou non) des groupes minoritaires dans la définition du « nous ». Les groupes majoritaires ont le pouvoir d’inclure ou d’exclure les groupes minoritaires au niveau des droits. Ils peuvent stimuler ou entraver la participation formelle (droits) et informelle (réseaux, contacts) des groupes minoritaires dans les différents champs de la société. Ce sont, également, les groupes majoritaires qui peuvent ‘tolérer’ (ou limiter) le degré d’expression publique de la diversité ethno-culturelle et religieuse. En outre, cette idée de « baromètre de la tolérance » est préférable à une appellation plus fermée de baromètre du racisme ou de la xénophobie par exemple, puisque cette notion de « tolérance » est, on le voit, davantage polysémique.

Une dernière remarque est nécessaire : certains thèmes corollaires aux attitudes xénophobes et racistes, d’une part, et aux attitudes concernant l’expression publique de la diversité ethno-culturelle et religieuse, d’autre part, sont intéressants pour évaluer la tolérance vis-à-vis des minorités et des immigrés. Ainsi, par exemple, doit-on poser des questions sur le droit d’asile et sur la politique d’immigration ? Si c’est le cas – et on peut soutenir cette vision en se référant à la peur de l’inondation par exemple - , il serait souhaitable de faire attention aux termes employés dans les enquêtes pour désigner les groupes dont il est question (immigrés, minorités, etc.) et pour juger de la portée exacte des attitudes. Mais avant d’évaluer comment ces attitudes sont mesurées dans les différentes enquêtes européennes et nationales, il faut tenter de circonscrire ces notions.

Le droit international ne nous donne pas une définition du racisme en tant que telle. Néanmoins, on retrouve une définition dans la « Déclaration sur la race et les préjugés raciaux » (1978) de l’UNESCO:

« Le racisme englobe les idéologies racistes, les attitudes fondées sur les préjugés raciaux, les comportements discriminatoires, les dispositions structurelles et les pratiques institutionnalisées qui provoquent l’inégalité raciale, ainsi que l'idée fallacieuse que les relations discriminatoires entre groupes sont moralement et scientifiquement justifiables. »

Cette définition de l’UNESCO contient les trois dimensions (idéologie, attitudes, comportements) qui figurent dans la plupart des définitions académiques du racisme. Par contre, le droit international fournit la définition de la discrimination raciale suivante :

« Toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l'ascendance ou l'origine nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l'exercice, dans des conditions d'égalité, des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social et culturel ou dans tout autre domaine de la vie publique » 3 .

Dans la convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, il est en même temps stipulé que la discrimination raciale « ne s’applique pas aux distinctions, exclusions, restrictions ou préférences établies par un Etat faisant partie de la Convention selon qu'il s'agisse de ses ressortissants ou de non-ressortissants ». La souveraineté des Etats-Nations est également assurée en matière des dispositions législatives concernant « la nationalité, la citoyenneté ou la naturalisation, à condition que ces dispositions ne soient pas discriminatoires à l'égard d'une nationalité particulière ». Notons encore que la discrimination positive n’est pas rendue impossible par le droit international.

Dans le monde académique, il existe une grande diversité de théories, de définitions et d’opérationnalisations de racisme qui peuvent largement varier. Etant donné que faire un tour d’horizon exhaustif de toutes les variations nous mènera trop loin, nous nous limitons à un aperçu modeste. Confrontés à cette diversité de conceptualisations du racisme, Verkuyten et Ter Wal (2000 : 2) proposent d’ailleurs comme définition – trop – générale : « La représentation négative et/ ou le traitement négatif de ceux qui sont définis comme étant des ‘raciaux’ ou ethniques ». Sanchez-Mazas (2004), quant à elle, propose une approche diachronique du racisme : elle décompose le racisme en « moments » qui sont « le mode prédominant dans lequel s’exprime le déni de reconnaissance lorsqu’il porte sur un groupe distingué selon le critère racial » (Sanchez-Mazas, 2004 : 79). Elle n’opère pas une définition essentialiste du racisme et permet d’évaluer l’évolution du contenu du racisme. Ainsi, après être passé par un « moment biologique » correspondant à un refus de reconnaître l’identité juridique d’une personne, de le reconnaître comme citoyen, en fonction de critère biologique (la personne est reconnue « comme appartenant à une race

3 Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965)

inférieure), un « moment éthique » ou « moment culturel » 4 a pris le relais et vient maintenant alimenter un « moment politique ». Le « moment culturel » renvoie à l’idée de « racisme différentialiste » 5 et correspond donc à un éloignement par rapport à l’argument de la « race » au profit de l’argument culturel. Est alors mise en avant la différence culturelle (spécificités culturelles, nationales, religieuses, ethniques), et non plus une hiérarchie biologique. Cependant, comme le dit l’auteure, « thématisée – et neutralisée- sous l’expression de « différence culturelle », la relation asymétrique entre monde de l’émigration et monde de l’immigration est bien présente en tant qu’ dans la pensée de sens commun, et non pas seulement en tant que » (Sanchez-Mazas, 2004 : 143). Si le légitimise la domination/ discrimination par une infériorité biologique et si le , qui reconnaît le « droit » à la différence tout en craignant le mélange des cultures, n’opère effectivement pas de hiérarchisation explicite, une infériorisation de la culture de l’autre n’en est pas moins latente. Après cette objection, cette différenciation a quand même un intérêt, celui de montrer qu’il existe deux logiques d’un même phénomène, le racisme, celle de hiérarchisation et de domination d’un groupe par rapport à d’autres et celle de différenciation basée sur un refus d’entretenir des rapports avec l’Autre (ségrégation). Il ne s’agit donc pas de deux racismes mais d’un phénomène continu basé sur des logiques diverses dont l’une est plus présente à un moment donné (Wieviorka, 1998 : 31-37).

La culture prend donc le pas sur la « race ». Mais peut-on encore parler de racisme sans « race », au sens biologique du terme ? Les races en soi n’existent pas mais sont le résultat d’une construction sociale de soi et de l’autre. Certains groupes sont donc racialisés 6 mais au nom de quoi ? Si l’on considère le racisme comme « la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression » (Memmi, 1994 : 113), comme le définit Memmi (qui critique lui-même le caractère trop générale de sa définition), en quoi le racisme se différencie du sexisme, d’une hostilité envers les handicapés, etc. ? Pour Guillaumin, le racisme vise ainsi des groupes socio-culturels perçus comme différents et, « si on ne leur attribue pas consciemment de réalité raciale, les définissants de ces catégories sont toutefois ceux de la race dans l’univers inconscient : ces catégories sont porteuses de la marque somato-biologique » (1972 : 101). Pour le dire autrement, les caractéristiques physiques (y compris la langue, la gestuelle, l’accent,…) deviennent le symbole, le support de différences socio-culturelles, ressenties avant la désignation raciale (consciente ou non). Ceci va de pair avec une essentialisation de la culture : « On ‘passe’ au racisme non seulement lorsqu’il est fait référence à la nature biologique d’ , mais quand les traits culturels qui lui sont attribués sont essentialisés ou substantivés de telle sorte qu’ils forment ‘une seconde nature’ et que leur

4 On parlera de « moment culturel » dans la mesure où le « moment éthique » repose sur la défense d’une communauté de valeurs et que, aujourd’hui, la culture en est la représentante.

5 Un concept assez proche est celui de « racisme symbolique », développé aux USA. « Il s’agit désormais, pour les racistes, d’évoquer non plus leur infériorité biologique, physique et intellectuelle, mais le fait qu’en se complaisant dans les facilités de l’aide sociale ou en laissant leurs familles se décomposer, ils [ les Noirs] piétineraient les valeurs culturelles et morales de la nation, à commencer par le travail et le sens de la responsabilité individuelle et de l’effort » (Wieviorka, 1998 : 33).

6 Le processus de racialisation consiste à attribuer à un groupe social des caractéristiques phénotypiques (réelles ou imaginaires) pour en faire une catégorie naturelle (Miles, 1989).

transmission intergénérationnelle est plus conçue comme une hérédité que comme un héritage dont l’acquisition est subordonnée à la socialisation » (De Rudder , 2000 : 34). Cette substantialisation de la culture différencie le racisme de l’ethnisme puisque les traits culturels, même dénigrés, peuvent changer.

Le racisme a donc différents contenus qu’il faut bien mettre en relation avec les valeurs qui animent la société d’accueil. Se basant sur différents arguments relatifs à la culture, à la religion ou même certaines survivances d’arguments biologiques, on refuse de reconnaître socialement l’Autre qui devient « inintégrable par la culture » (Sanchez-Mazas, 2004 : 147). Cette idée en alimente une autre, celle d’un refus des droits acquis. Il y a là un processus de délégitimation, selon Sanchez-Mazas, caractéristique de la logique xénophobe (2004 : 113). Il convient de dire un mot sur le dernier moment, le « moment politique ». Le racisme s’exprime ici au travers d’opinions sur diverses mesures (discrimination positive, déségrégation,…), sur des droits particuliers dont la légitimité n’est a priori pas établie : « On met en cause le bien-fondé des demandes et/ ou on leur dénie la dimension politique en les renvoyant à l’expression d’intérêts particuliers qui n’auraient pas à s’exprimer dans l’espace public » (Sanchez- Mazas, 2004 : 91). On peut même aller jusqu’à leur refuser d’exprimer leurs revendications dans l’espace public ; il y a là un déni de voix. On peut néanmoins émettre plusieurs objections quant à la pertinence de cette notion de « racisme politique », risquant de nous amener à une inflation de la notion de « racisme ». Le fait d’être contre le droit de vote des étrangers – une forme de déni de voix - n’est par exemple pas forcément une preuve de racisme. Ce refus peut être motivé par d’autres arguments (comme l’importance attachée par les opposants au lien entre la nationalité et les droits politiques). Cependant, cette dimension politique ne doit pas être évacuée pour autant. Elle peut être effectivement une forme de racisme mais elle peut être aussi, dans un contexte plus large, indice d’une certaine intolérance politique ou de xénophobie. C’est pourquoi, selon nous, il serait peut-être plus judicieux de parler de xénophobie politique et d’intolérance politique, plutôt que de racisme. Cette approche du racisme, proposée par Sanchez-Mazas, vu comme la volonté d’exclure l’immigré, la personne d’origine étrangère de sphères de reconnaissance (justice, sociale, politique), est intéressante parce qu’elle permet de circonscrire à un premier niveau les questions posées dans les enquêtes quantitatives sur le sujet. Mais surtout, elle permet de voir le racisme comme un phénomène continu dont le contenu évolue et épargne l’adjonction de toute une série de termes comme « néo- », « culturel », « différentialiste », etc. au mot ou même l’invention pure et simple de nouveaux termes (ex. hétérophobie d’ Albert Memmi, 1994). Cela rejoint l’idée de Miles : « racism is not a single, static ideology » (Miles, 1989: 82). Néanmoins, afin d’éviter toute confusion, nous adoptons une définition plus synthétique du racisme : . Cette définition de racisme dépasse donc la forme bio-inégalitaire explicite du racisme mais inclut également la forme culturelle-différentialiste du racisme (Taguieff, 1995).

Par ailleurs, Miles (1989) considère le racisme comme une idéologie, comme phénomène de représentation qui peut prendre la forme soit d’une théorie cohérente, soit d’un ensemble désordonné de préjugés, clichés, images. Il le distingue des « ». Cela lui permet de rappeler que les pratiques discriminatoires n’ont pas toutes comme origine le racisme. Cependant, si l’on considère que le racisme est une idéologie, une représentation mentale, plus ou moins cohérente, il ne faut pas oublier que celui-ci se manifeste au travers premièrement de préjugés, opinions, attitudes, deuxièmement de conduites et pratiques (discrimination, ségrégation, violence) et troisièmement, d’élaborations savantes et doctrinaires (racisme tri-dimensionnel de M. Wieviorka, 1995). Dans le cadre d’enquêtes par questionnaires réalisées auprès de la population, c’est bien la première dimension qu’il s’agit d’évaluer. Dans des tests de comportements agrégés, il s’agit de la deuxième dimension. Il ne faut ainsi pas oublier la dimension pratique du racisme : comme le dit Essed, le racisme est un processus parce que l’idéologie n’existerait pas sans les pratiques quotidiennes qui la créent et la confirment (Essed, 1991 : 44, cité par Wodak, Reisigl, 2001 : 7). L’idéologie n’est pas indépendante de ses manifestations. On parle également d’autres formes de racismes. Citons, par exemple, le « racisme institutionnel » dont Carmichael et Hamilton sont à l’origine (1967). Il s’agit de pratiques quotidiennement perpétrées au sein d’institutions ou d’organismes étatiques qui permettent le maintien des inégalités entre les groupes. Ces pratiques discriminatoires renvoient à un processus informel. Mais, selon Reisigl et Wodak, cette notion dépersonnalise et déresponsabilise les personnes qui l’accomplissent (Reisigl, Wodak, 2001 : 9). Qui plus est, ce racisme semble difficilement identifiable à l’aide d’enquête par questionnaires portant sur des attitudes individuelles (dont nous pouvons évidemment tirer des tendances) et est même difficilement identifiable dans des tests de comportements agrégés. Autre exemple : « » que l’on peut définir simplement comme l’intégration du racisme dans des situations quotidiennes au travers d’attitudes, d’opinions ou de comportements discriminatoires. Cette notion a l’avantage de rappeler que le racisme peut se loger dans n’importe quelle situation et se situer à n’importe quel niveau (micro-, méso-, macrosociologique). Pour terminer, il faut souligner que, dans les relations entre des groupes d’origine différente, la question de l’ethnicité ou de la « race » n’est qu’un facteur influant sur ces relations qui sont également économiques et sociales.

Attardons-nous, maintenant, sur la manière dont Sanchez-Mazas définit la xénophobie. Pour cette auteure, elle « se développe comme protestation contre ce qui est perçu comme un droit acquis illégitimement [ les droits sociaux, la justice sociale] et l’usurpation d’un signe de distinction » (Sanchez-Mazas, 2004 : 112). C’est « un processus psychosocial visant au nom d’une représentation de la justice, à rendre illégitimes les droits gagnés par les immigrés, que ce soit en matière d’établissement d’emploi ou de droits sociaux » (2004 : 113) qui a, pour finalité, le retour à une situation de non-droit et le renvoi des immigrés. L’universalité des droits sociaux est escamotée, il y a une priorité aux (vrais) nationaux par rapport aux immigrés : même s’ils sont naturalisés, il n’y a pas de reconnaissance sociale de la citoyenneté au nom d’incompatibilité culturelle, religieuse. La logique xénophobe jouant sur les droits, la reconnaissance juridique reste pertinente.

Bien que la définition de Sanchez-Mazas soit originale, elle nous semble limitative. Nous proposons, dès lors, de garder une définition classique de la xénophobie (qui peut aller de pair avec une volonté de renvoi) : En effet, le suffixe ‘phobie’ donne une signification psychopathologique au terme. La xénophobie est donc classiquement définie comme une réaction disproportionnée et inconsciente contre un danger des étrangers qui est souvent imaginé et qui provoque des comportements illogiques et incontrôlables.

La notion de xénophobie est d’ailleurs souvent confondue avec le racisme et les deux notions sont largement utilisées comme des termes interchangeables, même dans des documents officiels. Les deux concepts se chevauchent mais restent néanmoins distincts. Selon nous, le schéma analytique du sociologue Andreas Wimmer (2000) est le plus adéquat à distinguer racisme et xénophobie, sans exclure les possibilités de chevauchements. Wimmer (2000) estime qu’on peut distinguer cinq constructions idéologiques de la différence entre « nous » et « eux » dans les discours racistes et xénophobes des groupes majoritaires quand ils s’opposent à l’inclusion des groupes minoritaires dans le « nous ». Tout d’abord, il y a l’idée que l’empreinte de certaines ‘caractéristiques’ biologiques ou culturelles est tellement ‘profonde’, que celles-ci ne peuvent pas être modifiées pendant la vie d’un individu ou au cours de l’histoire d’un groupe (essentialisation des différences). Deuxièmement, il y a l’hiérarchisation de différentes entités dans laquelle son propre groupe est privilégié (hiérarchisation). Troisièmement, il y a l’idée que mélanger différentes ‘entités’ culturelles ou biologiques est nuisible (rejet de la mixité). Quatrièmement, il y a la peur d’être ‘inondé’ par des étrangers et la peur d’aliénation de sa culture (peur de l’inondation). Finalement, il y a la perception qu’il y a un entre les étrangers et ‘nous-mêmes’, dont une des deux catégories est toujours le perdant (sentiment de concurrence et de menace). D’après nous, il s’agit là de cinq dimensions de la (absence de) tolérance au niveau des relations entre groupes ethniques ou ethnicisés : (racisme), (racisme), (racisme et/ ou xénophobie), (xénophobie) et (xénophobie).

Le point faible de la définition classique de xénophobie est la difficulté de juger si, dans toutes les situations, la peur est totalement infondée et illogique. Nous proposons alors de dépasser la notion de xénophobie en accentuant la dimension négative du concept d’ethnocentrisme. Sumner (1906) a introduit le concept d’ethnocentrisme. Il s’agit d’une évaluation favorable de son propre groupe ( ), combinée avec une évaluation négative d’un autre groupe ( ). Dans la recherche contemporaine, le est typiquement le groupe ethnique dominant, tandis que les groupes minoritaires servent d’ . Nous nous intéressons ici surtout à la dimension négative vers les , aux attitudes négatives – fondées ou non - vers les immigrés et/ ou minorités

ethniques. On peut dire qu’il s’agit ici du côté négatif vers l’autre dans l’ethnocentrisme. Fort liées aux attitudes négatives vis-à-vis des immigrés et/ou des minorités ethniques, mentionnons les attitudes d’exclusion, qui se basent sur le principe d’autochtonie primordiale, dont nous discutons dans le paragraphe suivant.

Le racisme, la xénophobie et les attitudes négatives vis-à-vis des immigrés ou minorités ethniques s’articulent souvent avec la remise en question de la légitimité des droits accordés aux immigrés ou minorités ethniques. Sanchez- Mazas parlait à cet égard de xénophobie et du ‘moment politique’ du racisme. L’anthropologue belge Eugeen Roosens (1989) parle, lui, d’attitude d’ « auchtochtonie primordiale ». C’est l’idée qu’un groupe devrait avoir la prédominance sur un territoire donné (et ses règles publiques) du fait de sa filiation avec des parents et ancêtres qui ont (ou sont supposés avoir) habité le territoire les « premiers ». Ce principe a tendance à se transformer en l’exclusion des nouveaux venus. La raison sous-jacente est souvent liée au racisme ou à la xénophobie.

Il convient maintenant de parler de l’antisémitisme. L’observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC), agence de l’UE à Vienne, utilise la « working definition » suivante: « Antisemitism is a certain perception of Jews, which may be expressed as hatred toward Jews. Rhetorical and physical manifestations of antisemitims are directed toward Jewish or non-Jewish individuals and/or their property, toward Jewish community institutions and religious facilities. » Selon Michel Wieviorka, c’est une forme spécifique de racisme : « La haine des Juifs, contrairement à d’autres modalités du racisme visant notamment les populations d’origine maghrébine [ …], n’a pas pour caractéristique majeure de fonder ou d’accompagner la discrimination, la ségrégation ou l’exclusion sociale. Elle n’est que partiellement ou secondairement religieuse [ …] . Elle s’inquiète de la domination qu’exerceraient les Juifs dans toutes les sortes de domaines ; elle les associe au pouvoir, à l’argent à la capacité de manipuler ; elle est lourde de jalousie, de ressentiment plus que de mépris. » (Wieviorka, 2005 : 28-29).

L’antisémitisme a la particularité de se développer dans des milieux différents et, s’il y a bien une haine commune, elle ne recouvre pas les mêmes arguments. Pensons aux milieux « traditionnels » (Extrême-Droite, Nazis, Skinhead,…) dans lesquels circulent les préjugés « classiques » (rapport à l’argent, au pouvoir, aux médias,…). Mais ces milieux ne sont pas homogènes non plus ; par exemple, l’Extrême-Droite, à côté d’un courant issu d’un héritage traditionaliste catholique 7 craignant le complot judéo-maçonnique, se repositionne en une Nouvelle Droite qui croit en l’existence d’une réelle volonté chez les juifs de dominer le monde. Mais cette Nouvelle Droite a surtout la particularité de tenter de se rapprocher de

la communauté juive pour exprimer son racisme antimaghrébin en dénonçant les

torts des populations arabes, à l’origine d’un nouvel antisémitisme arabo-

musulman.

A côté de cela, pour Wieviorka (2005 : 436-438), l’antisémitisme présente

aujourd’hui des nouvelles dimensions suite à l’évolution du Proche-Orient et du conflit israélo-palestinien, sur la montée de l’Islam, sur le rôle des USA, sur le terrorisme,… Pour résumé, on a, d’un côté, un antisémitisme « classique » venant de personnes qui s’identifient à leur pays et qui craignent que le corps social et l’identité de ce pays ne soient menacés par les juifs. Dans ce cas, les références à Israël et à l’Islam n’interviennent que pour dénoncer les musulmans. De l’autre côté, on se trouve face à des personnes issues de l’immigration qui, trouvant injuste le traitement (racisme, domination) que leur accorde la société d’accueil comparée à celui réservé aux juifs, réagissent en s’identifiant à la cause palestinienne et à l’islam et en amalgamant les « juifs », « Israël », « sionisme »,… Faut-il souligner que le rejet n’est pas une attitude réservée aux

groupes majoritaires ? Il est, d’ailleurs, temps de faire une distinction importante entre antisionisme et antisémitisme. L’antisionisme n’est pas forcément accompagné d’antisémitisme

et vice-versa. Il faut bien distinguer ce qui relève d’une critique de la politique

d’Israël, du conflit israélo-palestinien - et même de positions réellement antisionistes sur la nature politique de l’Etat (nature raciale), par exemple - de positions antisémites alimentées par la situation d’Israël, qui sert de matrice aux amalgames et aux généralisations. Nous proposons comme définition d’antisémitisme : ce sont

Abordons maintenant un autre concept, celui d’islamophobie. Pour Malcolm Brown, l’islamophobie est avant tout une hostilité envers l’Islam, plutôt qu’envers les musulmans, ce qui a pour conséquence que, pour lui,

l’islamophobie a des points en commun avec le racisme mais diverge quand même : « Racism does not focus on religious incompatibility, but religious differences can be used to underline the alleged incompatibility, even inferiority,

of

the racialised Other [ the Muslims] » (Brown, 2000 : 89). Cependant, au risque

de

faire des amalgames, craindre l’Islam, c’est craindre bien sûr les valeurs que

7 Pensons, en parallèle, à l’antisémitisme chrétien qui voit les juifs comme les tueurs du Christ.

cette croyance incarne mais c’est aussi craindre ceux qui en sont les représentants, ceux sans qui cette religion ne pourrait exister. De plus, si l’on suit les théories précédemment présentées, le racisme peut se fonder sur des incompatibilités culturelles et religieuses. Il s’agirait donc bien d’une hostilité envers des personnes que l’on catégorise, « racialise » à partir d’une différence religieuse. En ce sens, le phénomène semble bien s’apparenter à un racisme spécifique fondé sur une incompatibilité religieuse 8 . Cette haine envers les musulmans peut être à l’origine d’un amalgame entre « Arabes », « musulmans », « Islam ». Nous proposons comme définition d’islamophobie :

Bien que nous ayons proposé de restreindre la notion aux relations qu’entretiennent les groupes majoritaires et les groupes minoritaires de nature « ethniques » et/ ou « ethnicisées », l’inclusion des phénomènes d’antisémitisme et d’islamophobie démontre que les relations interethniques ne peuvent pas toujours être imaginées sans faire allusion à la religion ou aux identités religieuses. Ceci nous invite à considérer d’élargir notre intérêt vers le soutien à la diversité religieuse et philosophique en général – ce qui renvoie d’ailleurs à la conceptualisation historique de la notion de tolérance (Saada-Gendron, 2003 ; Haarscher, 2003). Est-ce qu’on tolère l’existence et l’expression publique d’autres religions et/ ou prises de positions philosophiques (notamment la libre pensée) ?

Taguieff (1987) nous a enseigné que le racisme et l’antiracisme peuvent prendre différentes formes et peuvent être accompagnés par différents rapports à la diversité ethno-culturelle. En outre, Taguieff (1985) a insisté sur le constat que les discours racistes et antiracistes s’influencent les uns les autres. Brown (2000) parle, à ce propos, du cercle vicieux du racisme et de l’antiracisme et opère une réinterprétation des racismes et antiracismes idéal-typiques de Taguieff (1985). Il y a le ‘racisme hétérophobe’ 9 , la haine de l’autre qui est racialement définie, auquel s’oppose le ‘antiracisme hétérophile’ 10 , qui se rapporte à l’appréciation de l’autre. En réaction, un ‘racisme hétérophile’ 11 peut se développer, selon lequel

8 A l’opposé, la haine envers les juifs semble aujourd’hui moins se fonder sur un argument religieux. C’est pourquoi le terme « antijudaïsme » apparaît moins approprié que celui d’ « antisémitisme ».

9 Ce terme vient de Brown (2000).

10 Ce terme vient de Brown (2000) ; Taguieff (1985) parle plutôt d’ « antiracisme différentialiste ».

11 Ce terme vient de Brown (2000).

l’appréciation de l’autre, dans le sens où l’on veut maintenir l’altérité de l’autre, s’accompagne d’une volonté d’éviter le mélange entre soi et l’autre. Ceci reste néanmoins une forme du racisme pour Taguieff : les différents groupes sont vus comme étant incompatibles, même s’ils sont culturellement définis et, en théorie, considérés égaux. Ce ‘racisme hétérophile’ est ensuite opposé à un ‘antiracisme hétérophobe’ 12 qui rejette l’idée de différence en faveur de la notion d’universalité. Ces distinctions sont également utiles pour penser les différentes attitudes possibles vis-à-vis de l’expression publique de la diversité ethno-culturelle. Dans le contexte d’un Etat-Nation qui considère le racisme comme illégitime, les politiques ‘libérales’ légitimes envers les minorités ethniques peuvent, en théorie, se situer dans un continuum entre les idéaux-types d’ ‘assimilation’ d’un côté et de ‘multiculturalisme’ de l’autre côté. Une politique d’assimilation vise la disparition à terme de (l’expression de) la culture minoritaire au profit de la culture majoritaire (ou au profit d’un projet de culture partagée et imaginée). Le but est de diminuer l’expression publique de la diversité culturelle et de rendre l’origine ethnique non pertinente dans les interactions intergroupes et interpersonnelles. L’expression publique d’une identité ethno-culturelle est considérée comme non-souhaitable. On pourrait dire qu’une attitude assimilationniste correspond à l’‘antiracisme hétérophobe’ ou ‘antiracisme universaliste’. Il ne s’agit pas forcément d’une expression d’ «autochtonie primordiale», vu que l’assimilation attendue pourrait être orientée vers un projet futur.

A l’autre extrémité du continuum, on retrouve la politique du multiculturalisme

qui vise à faire coexister les cultures minoritaires avec la culture majoritaire. Les

cultures minoritaires sont protégées et l’expression publique d’une identité ethno-culturelle est admissible et même stimulée. On pourrait dire qu’une attitude multiculturaliste correspond à l’‘antiracisme hétérophile’ ou ‘antiracisme différentialiste’. Pour le dire autrement, même si on s’affiche clairement antiraciste et que l’on est

à l’abri de sentiments xénophobes, on peut prendre des positions tout à fait

opposées en ce qui concerne l’expression publique de la diversité ethnique. Il nous semble qu’il faut inclure cette dimension du soutien à (l’expression publique de) la diversité ethno-culturelle dans une recherche sur la tolérance – sans pour autant postuler qu’une position particulière sur le continuum entre assimilation et multiculturalisme soit préférable 13 . .

Nous proposons d’inclure une enquête quantitative parmi un échantillon représentatif de la population belge comme un élément fondamental d’un « baromètre de la tolérance ». Dans ce chapitre, nous avons entrepris une conceptualisation des notions de « tolérance », « racisme », « xénophobie »,

12 Ce terme vient de Brown (2000) ; Taguieff (1985) parle plutôt d’ « antiracisme universaliste ».

13 Les auteurs ont, évidemment, des opinions personnelles – et d’ailleurs divergentes - à ce propos mais celles-ci ne sont pas pertinentes dans ce contexte-ci.

« attitudes négatives vis-à-vis des minorités ethniques », « attitudes d’exclusion suivant le principe d’autochtonie primordiale », « antisémitisme », « islamophobie », « le soutien à la diversité religieuse et philosophique » et « le soutien envers la diversité ethno-culturelle », qui devront être mesurées dans une telle enquête. Etant donné qu’on parle d’un « baromètre de la tolérance », on s’est d’abord interrogé sur le contenu du concept de la « tolérance ». Nous avons proposé de restreindre la notion aux relations qu’entretiennent les groupes majoritaires avec les groupes minoritaires de nature « ethnique » et/ou « ethnicée ». Notre intérêt se porte davantage sur 1) la présence ou l’absence d’attitudes et comportements racistes, xénophobes, antisémites et d’attitudes négatives vis-à-vis des immigrés et/ ou minorités ethniques d’un côté, et 2) les attitudes vis-à-vis la diversité religieuse et ethno-culturelle de l’autre côté. Nous utilisons donc ‘tolérance’ et ‘intolérance’ dans un sens relativement limité. Nous avons signalé les inconvénients d’utiliser la terminologie de ‘tolérance’ parce que le terme sous- tend implicitement que ce qui fait l’objet de tolérance est au fond a-normal ou a- typique, une déviation de la norme – une vision de laquelle nous voulons prendre distance. De plus, il pourrait sembler maladroit de parler de racisme en utilisant la terminologie de la tolérance – étant donné qu’il s’agit d’un phénomène qui est d’office intolérable. Néanmoins, nous avons quand même décidé de garder la terminologie de ‘tolérance’ parce qu’elle reflète la dimension de pouvoir (les rapports de force) qui est du point de vue sociologique de grande importance dans les relations intergroupes (et leur articulation au niveau individuel). Ce sont les groupes majoritaires qui ont la plus grande capacité à déterminer les caractéristiques de « la communauté imaginée » et donc de maintenir la différenciation entre « nous » et « eux » dans la société d’un Etat-Nation donné. En ce sens, ce sont les groupes majoritaires qui peuvent ‘tolérer’ d’inclure (ou non) des groupes minoritaires dans la définition de « nous ». Les groupes majoritaires sont dans une position de pouvoir pour inclure ou exclure les groupes minoritaires au niveau des droits. Ils peuvent stimuler ou entraver la participation formelle (droits) et informelle (réseaux, contacts) des groupes minoritaires dans les différents champs de la société. C’est un constat analytique qui ne diminue en rien le fait que l’exclusion à cause de sentiments racistes et xénophobes est moralement - et souvent également juridiquement – inacceptable (et donc ‘intolérable’ du point de vue éthique). Ce sont, également, les groupes majoritaires qui peuvent ‘tolérer’ (ou limiter) le degré d’expression publique de la diversité ethno-culturelle. Dans ce dernier cas, l’utilisation du terme ‘tolérance’ semble être moins maladroite. Un premier élément qu’il faut examiner en étudiant les relations qu’entretiennent les groupes majoritaires et les groupes minoritaires de nature « ethnique » et/ ou « ethnicisée », est le phénomène du racisme. Nous avons défini le racisme comme l’attribution de supériorité ou d’infériorité – en tout cas d’inégalité - aux groupes – de façon explicite ou implicite - en mettant en avant un lien entre des caractéristiques physiques, l’ethnicité ou la culture d’un côté et des capacités ou caractéristiques partagées de l’autre côté. Cette définition de racisme dépasse la forme bio-inégalitaire explicite du racisme mais inclut également la forme culturelle-différentialiste du racisme, proposée par Taguieff. Un deuxième élément à étudier est la xénophobie, que nous avons définie comme la peur disproportionnée de l’étranger, de l’immigré et des minorités ethniques et la peur de la mixité ethno-culturelle. La notion de xénophobie est souvent confondue avec le racisme et les deux notions sont largement utilisées

comme termes interchangeables, même dans des documents officiels. Il est donc important de préciser la portée des deux notions. Les deux concepts se chevauchent mais restent néanmoins distincts. A notre sens, le schéma analytique du sociologue Andreas Wimmer est très utile afin de distinguer racisme et xénophobie, sans exclure les possibilités de chevauchements. Wimmer a distingué cinq constructions idéologiques de la différence entre « nous » et « eux » dans les discours racistes et xénophobes des groupes majoritaires quand ils s’opposent à l’inclusion des groupes minoritaires dans le « nous » : essentialisation des différences (racisme), hiérarchisation des groupes (racisme), rejet de la mixité (racisme et/ ou xénophobie), peur de l’inondation (xénophobie) et sentiment de concurrence et de menace (xénophobie). Le point faible de la définition classique de xénophobie est qu’il est difficile de juger si, dans toutes les situations, la peur est totalement infondée et illogique. Nous proposons alors de dépasser la notion de xénophobie en accentuant la dimension négative du concept d’ethnocentrisme – évaluation négative de l’ , fondée ou non - comme troisième élément à prendre en considération. Nous avons parlé d’ « attitudes négatives vis-à-vis des immigrés et/ ou des minorités ethniques » par lesquelles les immigrés et/ ou les minorités ethniques sont vus comme possèdant des caractéristiques et pratiques peu voire non souhaitables (en les opposant implicitement au groupe majoritaire qui n’aurait pas de telles caractéristiques/ pratiques). On peut dire qu’il s’agit ici du côté négatif vers l’autre dans l’ethnocentrisme. Fort liées aux attitudes négatives vis-à-vis des immigrés et/ ou des minorités ethniques, citons les attitudes d’exclusion, qui se basent sur le principe d’autochtonie primordiale, que nous proposons comme quatrième élément. Le racisme, la xénophobie et les attitudes négatives vis-à-vis des immigrés ou des minorités ethniques s’articulent souvent avec la mise en question de la légitimité de droits accordés aux immigrés ou minorités ethniques. Roosens parle d’ « autochtonie primordiale » quand on argumente qu’un groupe devrait avoir la prédominance sur un territoire donné (et ses règles publiques) du fait de sa filiation avec des parents et ancêtres qui ont (ou sont supposés avoir) habité le territoire les « premiers ». Ce principe a tendance à se transformer en l’exclusion des nouveaux venus. La raison sous-jacente est souvent liée au racisme ou à la xénophobie. Par attitudes d’exclusion suivant le principe d’autochtonie primordiale, nous entendons attitudes de refus de reconnaissance (par le groupe majoritaire) qui s’expriment par le refus (ou la remise en question la légitimité de) de l’accès aux droits aux immigrés et minorités ethniques sur la même base que celle appliquée au groupe majoritaire. Un cinquième élément à inclure est l’antisémitisme. Il s’agit d’attitudes négatives vis-à-vis des personnes d’appartenance juive (ou supposées être juives), considérées comme ayant des caractéristiques et pratiques peu ou non souhaitables (en les opposant implicitement au groupe majoritaire non-juif qui n’aurait pas ces caractéristiques ou pratiques). Un sixième élément est l’islamophobie: les attitudes négatives vis-à-vis de l’islam et des personnes d’appartenance musulmane (ou supposées être musulmanes), considérées comme ayant des caractéristiques et pratiques peu ou non souhaitables (en les opposant implicitement au groupe majoritaire non-musulman qui n’aurait pas ces caractéristiques ou pratiques). Un septième élément – qui renvoie à la conceptualisation classique de la tolérance - concerne le soutien à la diversité religieuse et philosophique. Est-ce qu’on tolère l’existence et l’expression

publique d’autres religions et/ou la prise de positions philosophiques (notamment la libre pensée) ? Un dernier élément de notre conceptualisation de tolérance concerne le soutien à la diversité ethno-culturelle. Quand on considère le racisme comme illégitime, les politiques ‘libérales’ légitimes, du point de vue des groupes majoritaires, vis-à-vis des minorités ethniques peuvent, en théorie, se situer dans un continuum entre les idéaux-types d’ « assimilation » d’un côté et de « multiculturalisme » de l’autre côté. Même si on s’affiche clairement antiraciste et que l’on est à l’abri de sentiments xénophobes, on peut prendre des positions tout à fait opposées en ce qui concerne l’expression publique de la diversité ethnique. Il nous semble qu’il faut inclure cette dimension du soutien envers (l’expression publique de) la diversité ethno-culturelle dans une recherche sur la tolérance – sans pour autant postuler qu’une position particulière dans le continuum entre assimilation et multiculturalisme soit préférable. Nous définissons ici le soutien à la diversité ethno-culturelle comme étant les attitudes vis-à-vis du degré d’expression publique de la diversité ethnique que l’on trouve acceptable du point de vue du groupe majoritaire. Tous ces éléments (racisme, xénophobie, attitudes négatives, autochtonie primordiale, antisémitisme, islamophobie, soutien à la diversité religieuse, soutien à la diversité ethno-culturelle) devraient, à notre avis, figurer dans un baromètre de la tolérance.

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Dans ce chapitre, seront présentées les différentes recherches recensées sur le sujet dans certaines aires géographiques. Pour chacune, un mot d’explication sera donné. La présentation suit un ordre d’échelle : on part des enquêtes au niveau européen pour aller vers les enquêtes nationales. Nous nous basons, en partie, sur la base de données RAXEN 14 du European Monitoring Centre on Racism and Xenophobia (EUMC), organe indépendant de l’Union Européenne établi en 1997 et dont les activités ont commencé en 1998. Son but est de collecter et de fournir des données sur le racisme, la xénophobie, l’islamophobie et l’antisémitisme au niveau européen pour mieux comprendre ces phénomènes, leurs causes, leurs conséquences, leurs manifestations et aider les pays de l’Union à les combattre. Cette base de données pourvoit des informations sur différentes enquêtes et travaux européens et nationaux ainsi que des liens utiles pour différents pays. Nous avons également tracé des enquêtes en utilisant des bases de données de sciences sociales comme Zentral Archive Köln, Steinmetzarchief, Wetenschappelijk Statistisch Agentschap, Centraal Bureau voor de Statistiek, UK Data Archive, Inter-university Consortium for Political and Social Research, Roper Center for Public Opinion Research. Pour chaque pays, seront mentionnées les adresses utiles. La plupart des questionnaires sont disponibles sur internet. Quand cela n’était pas le cas, nous avons contacté les chercheurs responsables. La présentation des enquêtes se fait par thèmes. Pour chaque enquête, on relèvera les thèmes inédits par rapport aux précédentes et, pour les enquêtes qui se répètent dans le temps, on présentera les questionnaires les plus récents, à condition qu’ils soient disponibles. Nous incluons les questions pertinentes des enquêtes dans les annexes. Nous avons pris la décision de nous limiter à certains pays, à savoir la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. La France et les Pays-Bas, étant des pays voisins, sont propices à des comparaisons. Les USA et le Royaume-Uni, quant à eux, s’imposent du fait de leur forte tradition à traiter de ces sujets. Nous nous limitons à ces pays parce que, au cours de cet inventaire, l’on pourra remarquer que les mêmes thèmes reviennent et que, de plus, nous savons par expérience que les enquêtes ont, en grande partie, les mêmes caractéristiques.

Deux enquêtes, répétées dans le temps, ont leur importance au niveau européen : l’Eurobaromètre et l’European Social Survey. L’EUMC fournit certaines

14 http: / / www.eumc.eu.int/ eumc/ index.php?fuseaction= content.dsp_cat_content&catid= 40d97bf19

540f

analyses de ces outils et de leurs résultats – lorsque ceux-ci portent sur les attitudes envers les immigrés et les groupes minoritaires.

(Thalhammer et al., 2001)

Une partie de l’Eurobaromètre (EB) - outil de l’Union Européenne chargé d’évaluer les valeurs et attitudes sur différents sujets en Europe - de 2000 portait sur les attitudes envers les immigrés et les minorités. Mais avant de voir comment les auteurs du rapport ont structuré l’analyse, deux remarques s’imposent. Premièrement, dans le questionnaire, une partie des questions concerne les immigrés et une autre les groupes minoritaires. Cependant, l’évolution des opinions selon que l’on parle d’immigrés ou de groupes minoritaires n’intéresse pas tellement les auteurs ; ce qui les intéresse, c’est l’opinion publique sur les immigrés et les groupes minoritaires en tant que « out-groups, i.e. measuring attitudes among the majority population towards minority populations as an expression of the current political climate. » (Thalhammer ., 2001, p. 9). Evidemment, le niveau (européen) auquel ils travaillent a influencé cette décision. Comme ils le disent eux-mêmes, dans certains pays, on n’opère pas de distinction dans le langage courant entre immigrés et minorités, alors que, dans d’autres, cette distinction est faite (Thalhammer ., 2001, p. 9). Certaines mêmes questions de l’EB avaient donc, dans un premier temps, comme sujet les groupes minoritaires et, dans un second temps, les immigrés. Mais étant donné que les auteurs veulent les voir comme un seul groupe, ils n’ont pas étudié l’impact de cette différenciation entre minorités et immigrés sur les attitudes. Ceci étant dit, poser les mêmes questions sur deux entités permet la comparaison, bien sûr, mais peut surtout entraîner une certaine confusion dans l’esprit des répondants. Si les deux termes devaient être employés, il aurait été préférable que ce soit dans des contextes différents.

La deuxième remarque porte sur l’utilisation du mot « race » dans le questionnaire (anglais, français, néerlandais). L’EUMC précise tout de suite à ce sujet qu’il ne cautionne pas les théories qui attestent de l’existence de races humaines et que l’usage qu’ils font du terme n’implique pas l’acceptation de telles théories.

Passons maintenant à l’analyse proposée dans le rapport. Les auteurs présentent différentes dimensions des attitudes envers les minorités, trouvées à l’aide d’une analyse factorielle exploratoire. Sept dimensions ont été ainsi mises en évidence (Thalhammer ., 2001, pp. 15-17). La première qu’ils ont nommé « Blaming minorities » renvoie aux attitudes qui expriment la peur de conflits sociaux et de la perte d’avantages sociaux. Par les affirmations proposées (voir annexe), les minorités/ immigrés sont rendus responsables de différents maux : chômage, insécurité, abus du système social, enseignement moins performant, traitement préférentiel des autorités à leur égard, criminalité. La deuxième « Policies improving social coexistence » concerne les attitudes envers les politiques qui

peuvent améliorer les relations entre les gens de « races », de religions et de cultures différentes (ex. : interdire la discrimination contre les groupes minoritaires, encourager la création d’organisations qui mettent de gens différents en contacts, etc.). Dans la troisième « Restrictive acceptance of immigrants », il s’agit de mesurer le degré d’acceptation (avec restrictions, sans restriction ou aucune acceptation) des immigrés différenciés par leur origine et par leurs raisons de migrer. La quatrième « Disturbance » évalue le sentiment de gêne causé, dans la vie quotidienne, par des personnes différentes de par leur nationalité, leur « race » ou leur religion. La cinquième « Multicultural optism » consiste à évaluer si les répondants considèrent que la présence des groupes minoritaires/ immigrés est source d’enrichissement. La sixième « Conditional repatriation » met en évidence les attitudes envers les immigrés légaux ou illégaux venant des pays hors Union Européenne et, en particulier, envers les conditions de rapatriement. La septième « Cultural assimilation » est liée à la valorisation ou non de l’assimilation culturelle des minorités.

A partir de ces dimensions (six d’entre elles pour être exact 15 ), les auteurs ont établi une typologie des personnes selon leurs attitudes envers les groupes minoritaires (Thalhammer ., 2001, p. 24). Ils obtiennent ainsi quatre groupes :

1.

«

actively tolerant » : les personnes correspondantes ne sont pas gênées

par la présence de groupes minoritaires. Ils s’accordent pour dire que ces groupes enrichissent la société et ne veulent pas l’assimilation. Le tolérant ne soutient pas le rapatriement des immigrés ni une acceptation restrictive de ceux-ci. Ils font preuve du plus fort soutien aux politiques anti-racistes. Ils sont en général plus éduqués et plus optimistes que la moyenne.

2.

«

intolerant » : ils se caractérisent par des attitudes fortement négatives

envers les minorités. Ils se sentent gênés par la présence de différentes minorités qui ne leur semblent pas enrichir la société. Ils souhaitent ardemment l’assimilation. Par ailleurs, ils soutiennent le rapatriement des immigrés et l’acceptation très restrictive de ceux-ci. Ils ont tendance à être moins éduqués et moins optimistes que la moyenne.

3.

«

ambivalent » : d’un côté, pour eux, les minorités n’ont pas d’effets

positifs sur la société. Ils en désirent l’assimilation. Mais d’un autre côté,

ils ne sont pas gênés par leur présence. Les résultats concernant les variables « restrictive acceptance » et « repatriation » sont moyens. L’ambivalence ne mène à aucune conséquence. L’ambivalent ne soutient pas les politiques anti-racistes.

4.

«

passively tolerant » : les personnes caractérisées comme telles ont des

attitudes positives envers les minorités mais ne soutiennent pas les politiques en faveur des minorités. Elles ne se sentent pas perturbées par elles, pensent qu’elles peuvent enrichir la société et ne souhaitent pas qu’elles abandonnent leur propre culture ni qu’elles acceptent la culture de la majorité. Ces personnes ont des résultats moyens dans la dimension

« restrictive acceptance » et cette tolérance passive n’induit aucune

conséquence. Les tolérants passifs ne soutiennent pas les politiques antiracistes et ne sont pas en faveur du rapatriement des immigrés.

15 La dimension « blaming minorities » a été exclue parce que la comparaison des données de cette dimension est peu significative.

Mais afin de juger cette typologie – qui tient compte de la diversité de facettes de la tolérance -, il faut évaluer les dimensions qui la composent. La dimension « Blaming minorities » n’est pas reprise dans leur typologie pour cause de comparaison délicate. Cependant, dans le cadre d’une enquête nationale, l’inclure ne pose pas de problème. Cette dimension semble même très importante et se retrouve dans la plupart des questionnaires mentionnés dans ce rapport. Elle se rapporte à l’idée que les étrangers sont une menace pour les nationaux : les étrangers profitent du système social, menacent l’emploi, les salaires, l’économie et l’éducation, ils sont une cause d’insécurité, ils sont des criminels,… Leur présence peut mettre en péril les biens et les droits acquis mais aussi leur culture (Q51.7). En fonction de la situation socio-économique du répondant et du climat économique général, ce genre d’opinions peut s’apparenter soit à de la xénophobie, soit plus globalement à des attitudes négatives vis-à-vis des minorités. Les questions sur le rapatriement des immigrés peuvent devenir intéressantes dans la mesure où une peut accompagner la xénophobie.

Les questions sur les politiques de coexistence sont présentées dans la typologie comme étant des questions sur des politiques anti-racistes. Il faut différencier les politiques que l’on pourrait nommer globalement « anti-racistes ». Il y a d’abord les politiques explicitement anti-racistes (ex. : Outlaw discrimination against minority groups) ; ensuite, les politiques implicitement anti-racistes. Dans cette catégorie, mentionnons celles plus socio-économiques (ex. : lutte contre le chômage) qui permettraient de lutter contre une montée de la xénophobie et celles qui visent à accroître une meilleure compréhension des différentes cultures ainsi qu’à encourager les contacts interculturels (ex. : Encourage the creation of organisations that bring people from different races, religions and cultures together).

être

différenciées. Une chose est de savoir si les répondants acceptent ou non la présence d’immigrés, une autre est de savoir pour quelles raisons les répondants pourraient ne pas les accepter. Les raisons choisies dans l’EB sont l’origine (pays de l’Est, pays musulmans ou pays de l’Union Européenne) et les raisons d’immigrer (volonté de travailler, conflit intérieur grave dans le pays, violations des droits de l’homme). On remarquera que ces questions concernent des groupes (« les immigrés »).

Dans l’idée d’acceptation

restrictive des immigrés,

deux

choses doivent

La dimension « Disturbance » mérite deux remarques. Premièrement, on peut se demander si, au lieu d’une réponse affirmative ou négative, une gradation dans les réponses ne serait pas plus enrichissante. Cette idée est alimentée par celle qu’il y aurait différents niveaux de tolérance. Deuxièmement, cette dimension est également un peu large : on ne sait pas ce que signifie « gêner » (to disturb) pour les répondants ni de quelle façon ils peuvent être gênés.

Le

thème

d’une

société

multiculturelle

et,

parallèlement,

celui

d’assimilation

culturelle regroupent des questions se rapportant aux attitudes vis-à-vis de la diversité ethno-culturelle. On retrouve deux idées : celles que des personnes d’origines différentes sont sources d’enrichissement et celles qu’une personne appartenant à une minorité doit renoncer à une partie, voire à la totalité de sa spécificité pour s’intégrer. Ces questions permettent de voir les rapports à la différence (acceptation, rejet partiels ou totaux) entretenus par les répondants et

de juger si l’intégration est conditionnelle. Une opinion négative envers la diversité ethno-culturelle n’est pas obligatoirement signe de racisme même si ce dernier naît souvent de divergences culturelles. De plus, certaines questions non reprises dans l’analyse (Q59.10-12) et relatives au fait de devenir un membre à part entière de la société d’accueil sont enrichissantes pour le thème de l’assimilation. Elles font, par exemple, la différence pertinente entre le fait de s’intégrer et celui de le .

Par ailleurs, toujours dans les questions non reprises, on retrouve, à côté des thèmes déjà énoncés, un autre que l’on pourrait nommer « apport des

minorités ».

(maintien de certains pans de l’économie, résultats en sport, etc.) mais il ne s’agit plus ici d’enrichissement culturel. Certaines questions de ce thème peuvent être intéressantes, notamment celle sur le maintien de certains secteurs économiques, parce qu’il s’inscrit en opposition à la dimension « blaming minorities ».

de ce que les minorités nous apportent

Il

concerne l’évaluation

Pour finir, une remarque générale : l’EB manque, de manière générale, de mises en situation : les questions restent à un niveau d’abstraction et de généralité élevées. On comprend bien la raison de cette optique, à savoir qu’un même questionnaire doit convenir pour tous les pays de l’Union Européenne.

(Coenders et al., 2003)

Dans ce rapport, les auteurs n’ont pas regroupé les questions par une analyse factorielle exploratoire mais le regroupement a été opéré avant le traitement des données, lors de la conceptualisation, et confirmé par une analyse factorielle confirmatoire. Le rapport porte à la fois sur l’EB de 1997-2000-2003 et sur l’European Social Survey 2002-2003.

Notons que l’European Social Survey (ESS) est un outil de sondage qui couvre 22 pays. Ce dernier vise à répertorier et à interpréter l’évolution des valeurs, des croyances et des attitudes en Europe, en fonction, notamment, du développement de cette dernière, et à améliorer les techniques d’enquêtes pour obtenir des mesures valables et comparables pour toute l’Europe. Il est financé par les 5 ème et 6 ème « Framework programmes » de la Commission Européenne, par la Fondation Européenne de Science et par d’autres sources de financement dans les pays participants.

Les auteurs parlent de “ethnic exclusionism” pour se référer aux préjugés et à la discrimination envers les immigrés (Coenders , 2003, pp. 1-6). C’est un

terme général pour les tentatives d’exclusion des minorités par les majorités. Suite au survol des théories sur l’ « ethnic exclusionism », ils en identifient cinq aspects :

a) Préjugés ethniques : qui sont des opinions défavorables sur différents groupes ethniques. Ces opinions défavorables sont souvent accompagnées d’opinions favorables sur son propre groupe (ethnocentrisme).

b) Le deuxième aspect porte sur le flux rentrant des immigrés.

questions relatives aux débats publics sur la

politique d’immigration. Résistance aux demandeurs d’asile : ces questions concernent les débats sur les demandeurs d’asile. Résistance à une société multiculturelle : questions portant sur les problèmes que pourraient engendrer, selon certains, les différences de culture et de religion quant à la stabilité de la culture de la majorité. Limites à une société multiculturelle : la société aurait, selon certains, ses

Résistance aux immigrés :

limites dans l’acceptation des groupes minoritaires.

c) Distance ethnique : tentative des majorités de garder ses distances par rapport aux populations minoritaires.

d) Opposition aux droits civils pour les immigrés résidant légalement en Belgique : il faut entendre par des « immigrés résidant légalement » des

personnes issues de l’immigration qui travaillent et vivent légalement dans un des pays européens, à la différence des demandeurs d’asile qui attendent un statut légal. Opinion favorable au rapatriement des immigrés légaux

un

Une opposition aux droits civils pour les immigrés légaux et

encouragement aux politiques de rapatriement peuvent inciter aux tensions interethniques.

e) Insistance sur la conformité des immigrés aux lois et aux conventions

socio-culturelle/

ethnique, au moins en public, et s’assimiler à la société dominante sont des attitudes fortement encouragées pour les immigrés s’ils veulent être acceptés par la société d’accueil.

sociales

du

pays

d’accueil :

abandonner

son

identité

Grâce à l’analyse factorielle confirmatoire, ils ont pu identifier les items des différentes dimensions qui étaient comparables pour tous les pays et à travers le temps (pour l’EB) et qui se rapportaient, selon eux, à l’ethnic exclusionism. Pour l’EB, les dimensions retenues sont les suivantes : « Resistance to multicultural Society », « Insistence on conformity of migrants to law and convention », « Limits to multicultural society », « Opposition to civil rights for legal migrants » et « Favour repatriation policies for legal migrants ». Quant à l’ESS, celles retenues sont : « Resistance to immigrants », « Favour repatriation policies for criminal migrants », « Perceived collective ethnic threat », « Favour ethnic distance », « Resistance to diversity » et « Resistance to asylum seekers » 16 .

La notion de l’ethnic exclusionism, peu argumentée dans le rapport, ne sera pas discutée ici, à l’opposé de ses dimensions. La question qui demeure latente est la suivante : quel groupe de questions peut être à même d’éclaircir des attitudes de tolérance ? Concernant l’EB, plusieurs dimensions renvoient à d’autres décrites plus haut (cf. annexes). Deux notions nouvelles apparaissent cependant. Tout d’abord, la notion de limites à la société multiculturelle est porteuse d’informations. Celle-ci n’implique pas forcément, notons-le, intolérance : un individu peut concevoir les minorités comme source d’enrichissement mais considérer, en même temps, que, pratiquement, une société ne peut accueillir trop de diversité. La question porte plus sur l’évaluation de la dimension concrète d’une société multiculturelle que sur la valeur de multiculturalité.

16 Cf. annexes pour voir les items qui sont reliés à ces dimensions.

Par ailleurs, la dimension « Opposition to civil rights for legal migrants » doit être mentionnée. La question est de savoir quels droits le répondant désire accorder aux immigrés légaux présents sur place. Il s’agit des mesures politiques internes au pays et non de la question d’ouverture des frontières du pays.

L’ESS reprend, quant à lui, bon nombre des idées déjà énoncées (rapatriement, acceptation des immigrés, peur des minorités,…). Par exemple, le thème « Perceived collective ethnic threat » contient des items déjà présents dans le questionnaire précédent : il reprend des items se rapportant à la logique xénophobe ou aux attitudes négatives envers les minorités/ immigrés. Par ailleurs, une dimension mérite d’être citée, « Favour ethnic distance », qui évalue le sentiment suite à un contact avec des personnes d’origine étrangère et notamment, le sentiment face aux mélanges des cultures. Il faudrait néanmoins reformuler celles portant sur l’employeur. Il faut différencier si c’est le fait d’être en contact avec une personne d’origine immigrée qui pourrait poser problème (racisme différentialiste) ou si c’est le fait que cette personne soit plus haute sur l’échelle sociale (relevant plus de la logique xénophobe). Quoiqu’il en soit, ce thème est présent dans la plupart des enquêtes qui vont suivre. Il montre très bien si une proximité avec des individus d’origine étrangère dérange et si elle est source d’intolérance.

Mentionnons, par ailleurs, quelques questions intéressantes (de l’ESS) mais non reprises dans les dimensions. Certains items (D10-17) sont intéressants parce qu’ils reprennent la problématique de l’acceptation sur le territoire des immigrés, au niveau individuel cette fois. Sont évaluées ici les caractéristiques que doit avoir un individu pour être « acceptable » (chrétien, aisance économique, qualifications, etc. ?), pour avoir accès au pays d’accueil. Les question D38 et D39 sont également enrichissantes : elles permettent de voir si une personne d’une certaine origine socio-culturelle vit dans un quartier où cette origine est fortement représentée ou non et si elle aimerait qu’il en soit autrement. Une certaine mesure de la ségrégation réelle ou souhaitée est ainsi disponible.

Pour conclure, il faut noter que, dans ce passage en revue, nous ne donnons pas d’attention particulière aux questions sur les demandeurs d’asile bien qu’elles soient intéressantes. On pourrait vouloir les sélectionner pour une enquête générale sur les attitudes envers les immigrés dans laquelles les demandeurs d’asile seraient considérés comme un sous-groupe spécifique 17 .

Pour les recherches nationales, les enquêtes européennes vont servir de référence. En effet, de multiples thèmes (distance ethnique, multiculturalité, perte de droits, conditions d’accès,…) se retrouvent dans les enquêtes décrites ci-dessous. Moins d’attention y sera donnée. Ce sont les spécificités de ces enquêtes qui seront mises en évidence.

17 Certaines de ces questions sont mentionnées dans les annexes.

En France, la Commission nationale consultative des droits de l’homme 18 , soutenue par le Service d’information du Gouvernement, organise, chaque année, une enquête pour compléter ses données sur le racisme, la xénophobie. Cette enquête vise à établir l’état de l’opinion publique sur ces questions et son évolution (depuis dix ans). Il s’agit bien d’une enquête spécifique sur le racisme, en ce sens le lien avec la tolérance ne doit pas être discutée. Il reste dès lors à évaluer l’intérêt des questions. Etant une enquête ancrée dans des problématiques actuelles et nationales, l’approche est donc différente de ce qui précède, même si certains thèmes sont récurrents (intégration, acceptation de l’autre, multiculturalité,…). Nous présentons principalement l’enquête de 2004 qui a visé un échantillon représentatif de la population résidant en France âgée de 18 ans et plus.

Ce sondage a la particularité d’utiliser plusieurs questions ouvertes. Même si elles sont intéressantes, il faut quand même les limiter du fait de la difficulté de leur traitement statistique. Une question qui vaut la peine d’être reprise parmi ces questions ouvertes est celle sur la définition du racisme, notamment parce

qu’elle

éclaire

les

réponses

à

d’autres

questions

(par

ex. :

évaluation

des

attitudes racistes).

 

La

question

des

victimes

de

racisme

et

de

discrimination

est

également

intéressante pour une enquête nationale. Elle donne une idée des groupes qui sont décrits comme « susceptibles d’être des victimes du racisme » par la société. Les réponses à ces questions devraient être mises en rapport avec certaines évaluations du racisme et de la discrimination (examen des plaintes et de l’origine des plaignants, études sur le marché de l’emploi,…) pour estimer l’adéquation des réponses avec les situations concrètes. Ceci étant dit, il serait souhaitable et faisable de fermer cette question sur base des réponses qu’ont récolté les enquêteurs français (ex. : le sondage hollandais « Beeldvorming 2002 » a choisi trois groupes comme étant susceptible d’actes discriminatoires – Q8-10), même si on perd certains avantages de la question ouverte. Il faut rappeler, puisque le sondage n’attire pas l’attention dessus, que tous les actes discriminatoires n’ont pas pour origine le racisme. On peut ainsi être l’auteur d’actes discriminatoires envers les femmes, par exemple, mais non d’actes racistes.

Par ailleurs, l’arbitrage entre les différentes opinions (Q9) demande, de la part du répondant, un jugement sur les réactions racistes et sur la pertinence de l’idée de races humaines. Il s’agit de voir si la personne peut excuser des attitudes racistes et dans quelle mesure elle cautionne l’idée de races supérieures à d’autres. Ce thème est particulièrement éclairant dans ce type de recherche.

Le

communautarisme alloué aux minorités, grâce aux questions 13, 20 et 21 (cette

d’un

rapport

sur

le

sondage

français

met

en

évidence

la

montée

idée se retrouve également

dans

le

sondage

hollandais

« Prejudice

against

migranst » Q16,

cf.

ci-dessous).

Les

résultats

montrent

que,

selon

certains

18 Les rapports sont accessibles via leur site - http: / / www.commission-droits-homme.fr/ - ou par le

site de la

publics/ 054000193/ index.shtml

Documentation Française - http: / /www.ladocumentationfrancaise.fr/ rapports-

Français, certains groupes vivent délibérément à part et que cette séparation alimente une crainte des tensions intergroupes (Q18 et Q19). La responsabilité de cette coupure entre les groupes est donc reportée sur les autres, ce qui peut être source ou conséquence d’une certaine intolérance. Ainsi, selon la logique du racisme différentialiste, une personne, présentant certaines positions racistes envers un groupe, sera plus encline à le voir comme un groupe à part (qui est trop différent pour s’intégrer). Parallèlement, la vision d’un groupe comme étant à part peut nourrir un discours raciste. Les questions les plus instructives (ex. :

Q20 et 21) doivent être couplées à d’autres sur l’intégration (dans le sens d’être accepté comme vrai membre de la société), qui comportent trois aspects : la faculté de s’intégrer (pouvoir), la volonté de s’intégrer (vouloir) et les conditions pour s’intégrer, pour être accepté par les autres 19 .

En parallèle, les items « Les Français juifs sont des Français comme les autres » et « Les Français musulmans sont des Français comme les autres » éclairent la perception qu’ont les « vrais » Français des « autres » Français et permettent de voir si la religion (et certains préjugés qui y sont attachés) interfère avec l’identité française. D’ailleurs, le sondage focalise plusieurs fois l’attention sur certains groupes, et plus particulièrement sur les juifs et les musulmans. En faisant cela, il présente l’avantage de s’ancrer dans un contexte concret, plus en adéquation avec la réalité. Pensons à cette question (Q15) qui demande aux répondants si l’on parle trop de l’extermination des Juifs pendant la 2 ème guerre mondiale. Mais à la lumière des résultats, il semble que cet item démontre plus un agacement face aux médias que de l’antisémitisme. Mais surtout, beaucoup de questions portent sur l’Islam – et son développement dans le pays d’accueil. A ce propos, la question sur la façon dont diffférentes religions et philosophies de vie sont connotées est particulièrement enrichissante (Q31). Par exemple, il semblerait que l’islamophobie soit liée à la manière dont on connote la laïcité : « Quelle que soit leur orientation politique, les personnes les plus tolérantes envers l’Islam sont celles qui affichent une laïcité modérée, pour qui le terme évoque quelque chose d’assez positif » (CNCDH, 2004, p. 140). Bien sûr, la tendance politique a une incidence sur la signification de la laïcité. Si le sondage semble s’intéresser aux réactions vis-à-vis des juifs et des musulmans, étant que groupes minoritaires auxquels on attribue des caractéristiques peu souhaitables, et donc aux phénomènes d’antisémistisme et d’islamophobie, d’autres questions (visant plus particulièrement les musulmans) cherchent, par contre, à identifier quel soutien les répondants accordent à la diversité religieuse et philosophique. Par exemple, dans le « dossier » sur l’Islam du sondage de 2003, la question sur le respect des pratiques religieuses musulmanes et la vie en société est digne d’intérêt puisqu’elle met en évidence ce qui pourrait poser problème dans cette pratique religieuse, ce qui serait source d’intolérance. De même, les jugements quant à la facilitation du culte musulman et la formation d’imams français (Q14 - 2004) montrent si les individus opposent une résistance au développement des pratiques musulmanes.

(qui

L’opinion

s’apparente à la Q52 de l’EB 2000) indique dans quelle mesure la cohabitation peut poser problème ou non au répondant. Par ailleurs, une évaluation par le répondant de l’apport de l’immigration (ex. : assurer certaines professions,

sur

le

nombre

d’étrangers/

immigrés

(Q16)

dans

le

pays

19 L’EB 2000 et 2003 reprend tous ces aspects (module « cultural assimilation » et Q59 10-12).

enrichissement culturel, etc.) éclaire l’interrogation précédente puisqu’elle indique si l’individu a une vision plutôt instrumentale ou plutôt désintéressée de l’immigration.

Le sondage français traite également de trois autres thèmes moins voire pas du tout abordés par les autres enquêtes. Le premier concerne la répression

judiciaire des actes et propos racistes et discriminatoires, y compris la diffusion

le

répondant accorde à de tels actes (Q27) : considère-t-il de tels actes comme graves ou anodins ? Selon lui, doivent-ils être suivis d’une condamnation plus ou moins sévère ? Ces questions informent sur la vision qu’a la personne du racisme et de ses effets. L’autre thème renvoie à la lutte contre le racisme. Il est beaucoup plus approfondi ici que dans les questionnaires précédents. Ce questionnaire reprend et rend plus claires les distinctions mentionnées plus haut 20 entre les différentes politiques anti-racistes grâce à la question (Q26) portant sur l’évaluation de l’efficacité des mesures et, de plus, il cerne l’intérêt, pour le répondant, d’une lutte et son niveau d’implication dedans (Q25, 30). Ce sondage tient compte, contrairement aux précédents, des du répondant. Le troisième thème se rapporte au rôle des médias (Q32-34). Ce thème est réellement inédit par rapport aux précédents questionnaires. Il fait écho à une certaine actualité des médias vis-à-vis desquels l’opinion publique devient méfiante suite à différentes affaires de faux reportages ou d’information erronée. Cette question ne dit rien sur les attitudes de tolérance 21 mais elle indique le rôle que doivent jouer les médias, pour les répondants, et montre, de manière indirecte, si ce problème les préoccupe. Elle vise également à identifier un facteur conjoncturel de la montée d’actes racistes. Le même diagnostic s’opère à propos de l’influence du conflit israélo-palestinien sur les actes visant les juifs et les musulmans (Q36).

de

textes

(Q22-24,

Q35).

Les

réponses

dépendront

de

la

gravité

que

Pour conclure, notons qu’il ne mesure pas les attitudes xénophobes ou négatives envers les minorités : rien n’est demandé à propos des torts qu’auraient les minorités (voler l’emploi, profiter de la sécurité sociale,…). En cela, il mesure peu les préjugés et les clichés qu’ont les répondants sur les autres groupes socio- culturels.

Il existe plusieurs bases de données au Pays-Bas. Citons les bases de données « het sociaal-wetenschappelijk Steinmetzarchief » et « het Wetenschappelijk Statistisch Agentschap (WSA) » 22 et les enquêtes du « Centraal Bureau voor de Statistiek » 23 . Ceci étant dit, tous les questionnaires mentionnés ci-dessous ne sont pas disponibles sur ces sites. Pour les obtenir, il faut les demander auprès des chercheurs compétents.

20 P. 29 du rapport

21 A l’exception peut-être de la question portant sur l’utilité de la mention de l’origine ethnique des auteurs de délinquance (Q34). Mais une réponse positive à cette question n’est pas forcément une indice d’intolérance.

22 http: / /www.dans.knaw.nl/ nl/ data/ steinmetz_archief/

23 http: / /www.cbs.nl/ nl-NL/menu/methoden/dataverzameling/ default.htm

Le « Sociaal en Cultureel Planbureau » est un institut gouvernemental qui organise différentes enquêtes et qui, grâce notamment à celles-ci, conseille le gouvernement, la Première et Deuxième Chambre, les ministères et différentes instances supérieures. En 2002, il organisa une enquête sur l’opinion des Néerlandais sur les minorités, « Beeldvorming over Minderheden », dont l’échantillon se compose de Néerlandais âgés de 16 ans et plus.

Cette enquête et le questionnaire qui en découle sont le fruit d’un projet national (1996-2001) développé par l’ERCOMER (Université d’Utrecht), Faculté des Sciences Sociales et Comportementales. Le but des chercheurs est de mieux comprendre la naissance des préjugés par un modèle intégré. Un échantillon représentatif de nationaux fut interrogé. Remarque : le questionnaire, marqué par une approche psycho-sociale, s’intéresse également à d’autres questions que celles notées dans l’annexe puisque les chercheurs cherchent dans certains facteurs une explication de l’apparition des préjugés, comme l’identification au groupe (les Néerlandais), la mise en évidence de stéréotypes internes au groupe et de certaines valeurs et des croyances chères à l’Extrême-droite. Cela permet de comparer la façon dont le répondant, en tant que Néerlandais, se voit et comment il considère les Autres. La figure du « », servant de point de référence pour argumenter les résultats, doit apparaître dans les questionnaires sur ce type de sujet.

Cette enquête, pour laquelle un échantillon repésentatif de la population néerlandaise (de 18 à 70 ans) a été interrogé, est la cinquième d’un projet réalisé, notamment, par la « Radboud Universiteit Nijmegen ». Quatre autres enquêtes ont donc précédé (1979, 1985, 1990, 1995) sur le thème des changements socio-culturels. Certains phénomènes, comme l’ethnocentrisme, y sont mesurés.

Par cette enquête, le “Sociaal en Cultureel Planbureau” veut mettre en évidence les opinions qui circulent aux Pays-Bas et qui pourraient éclairer les changements culturels. C’est une enquête annuelle (en principe) qui existe depuis 1975. Elle se concentre sur un échantillon de la population néerlandaise (à partir de 16 ans).

24 Abréviation choisie par les auteurs du rapport

25 Abréviation choisie par les auteurs du rapport

Cette enquête nationale, également répétée périodiquement, vise à connaître les opinions de la population résidant aux Pays-Bas (de 16 ans et plus) sur plusieurs sujets, dont les étrangers. Le MOAB, en 2002 (7 ème enquête), s’inscrit dans un projet plus large (Population Policy Acceptance), permettant la comparaison entre les pays. A cet effet, le questionnaire fut harmonisé pour convenir à d’autres pays européens. L’organisation concernée par ce projet est le « Nederlands Interdisciplinair Demografisch Instituut NIDI - KNAW (Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen) ».

Le choix d’une présentation générale s’est imposé étant donné que ces enquêtes recoupent, en grande partie, les mêmes thèmes et, bien souvent, les mêmes questions. On notera, par ailleurs, que, comme le sondage français, il s’agit de questionnaires adaptés à la réalité nationale. Certaines questions visent, explicitement, les populations caractéristiques de l’immigration dans ce pays (Marocains, Turcs, Surinamiens). S’y retrouvent aussi des items relatifs aux juifs (ex. : Q10, PM) et aux musulmans (ex. : Q14, PM). Les rapports avec ces derniers ont fait, à titre d’informations, l’objet de plusieurs enquêtes aux Pays- Bas suite, notamment, à l’assassinat de Théo Van Gogh.

Quels sont maintenant les grands thèmes présents dans ces enquêtes ? Une attention est donnée, dans celles-ci, aux contacts réels ou fictifs que les Nationaux peuvent entretenir avec les populations étrangères, et cela dans différentes situations (quartier, école, travail, associations, relations amicales,…). Dans ces enquêtes, deux types de questions apparaissent : soit l’on cherche à déceler quels contacts (fréquence, lieux,…) le répondant entretient-il avec des populations étrangères (Q1-Q4, BOM – Q107, SCO – Q10.7, Q10.8, MOAB), soit on tente d’évaluer la volonté de distance sociale (Q22, BOM – Q4, PM – Q121, Q168, Q172, SCO – Q192-Q195, Q206, CV). Certaines questions mentionnées mesurent, de manière inédite, à partir de quel moment et dans quelle situation la présence de personnes étrangères devient problématique.

Dans l’enquête « Prejudice against migrants » et « Sociaal-culturele ontwikkelingen », sont posées certaines questions sur les mesures à prendre pour accroître « l’égalité des chances », thème qui est largement abordé dans les enquêtes américaines (voir ci-dessous). Il est demandé au répondant de juger certaines dispositions pour pallier des inégalités, notamment à l’école 26 et sur le marché du travail (Q6, 11, 12,17, PM – Q94-96, Q106, SCO). Même si ces évaluations ne mettent pas à jour certaines manifestations du racisme, elles

26 La problématique de l’éducation semble, remarquons-le, avoir une place particulière aux Pays- Bas.

permettent de voir si, pour le répondant, il y a nécessité d’agir, dans quelle mesure il est prêt à le faire, ce qui est pertinent pour lui comme action. Il s’agit, d’une certaine manière, d’évaluer des politiques pour contrer divers facteurs, à l’origine de tensions interethniques (ex. : chômage). A ce propos, il faut souligner que ces enquêtes mettent l’accent sur les conséquences, pour les répondants, de la présence des minorités dans le domaine scolaire (ex. : Q 7a, BOM).

Les enquêtes s’intéressent à la mesure de ce que nous qualifierons de préférences liées à l’ethnocentrisme puisque le répondant doit déterminer si, dans une situation donnée, deux personnes, en tout point identiques si ce n’est leur origine, doivent être départagées (Q17-19, BOM – Q170-171, SCO – Q189- 191, CV). Les seuls éléments suceptibles de les départager sont des préjugés quant à leur groupe d’origine. Si ceux-ci sont négatifs pour la personne n’appartenant pas au même groupe que celui du répondant, cette réponse est un indice d’ethnocentrisme.

Plusieurs questions se concentrent sur des caractéristiques que l’on peut conférer aux populations étrangères (Q13-Q16, BOM – Q7, PM – Q105, Q133 SCO). On demande au répondant de relier ou non certaines caractéristiques à diverses populations. Ces questions ont l’avantage de faire ressortir directement quels clichés et quels préjugés leur sont attribués. Si ces items sont particulièrement intéressants, il ne faut pas moins faire attention à leur formulation (par ex., utiliser l’expression « la plupart de… » plutôt que de parler des Marocains ou des Turcs en général) et au choix des traits de caractère de façon à ne pas forcer l’apparition de préjugés. A ce propos, s’y trouvent, également, des questions sur l’évaluation de l’éducation donnée aux enfants d’origine ethnique par leurs parents (Q11, BOM – Q14, PM – Q214 CV).

L’item 21b de l’enquête « Prejudice against migrants » est à relever parce qu’il met en avant une « nouvelle » thématique, à savoir les sentiments qu’ont les répondants à l’égard des populations étrangères. Elle apparaissait également dans le sondage BOM par la notion de « se sentir à l’aise » (Q12) mais la question est plus pertinente encore dans ce cas-ci, notamment grâce au système de gradation (ex. : thermomètre de 0 à 100). Ces questions permet une vision claire de ce qu’évoquent les populations étrangères aux « nationaux » (sympathie, répulsion, indifférence,…).

Le thème des conditions d’accès au territoire et de souplesse de l’Etat vis-à-vis des nouveaux entrants (et notamment les demandeurs d’asile) n’est pas nouveau mais une attention particulière lui est indéniablement accordée dans ces enquêtes (Q25, BOM – Q13, Q19, Q20a, PM – Q173, SCO – Q202-205, Q208- 209, CV). Les sondages s’attachent à mesurer l’ouverture souhaitable, selon les répondants, des frontières du pays. C’est une des dimensions des mesures politiques vis-à-vis des immigrés. Ils s’occupent également de faire évaluer certaines mesures politiques concernant les minorités et immigrés déjà présents : par exemple, le MOAB (Q10.6) insiste sur différents points (droit de vote, amnistie des illégaux, obtention de la nationalité,…). Ce genre d’interrogations faisaient aussi partie des préoccupations à l’échelle européenne (ESS et EB). Ces questions sont à lier aux attitudes d’exclusion suivant le principe d’autochtonie primordiale mais nous envisagerons dans la suite quelles politiques valent la peine d’être mesurées.

Par ailleurs, la question de la liberté d’expression religieuse est reposée dans un des ces sondages (ex. : Q24, BOM). Cette question - qui avait déjà été traitée dans le sondage de la CNCDH (France), surtout en rapport à l’Islam – renvoie à une des dimensions de la tolérance, à savoir le soutien à la diversité religieuse et philosophique.

Ainsi, les thèmes importants qui se retrouvaient dans diverses études ont donc été mentionnés. Les thèmes précédemment décrits grâce aux enquêtes

européennes et relatifs à la menace pour les droits acquis, assimilation culturelle, multiculturalité, etc., ont également leur place dans les enquêtes hollandaises. A côté de cela, certaines questions particulières doivent être énoncées :

Q7b, BOM 2002 : cette question porte sur la faible présence des personnes étrangères à différents niveaux de décision. Demandant la raison, aux répondants, de cette faible présence, elle propose à la fois une réponse qui dénonce un contexte et d’autres qui attribuent la responsabilité de cette situation aux populations elles-mêmes.

Q18, PM : elle mérite attention car, se rapportant à une évaluation de la tolérance, elle mentionne divers autres groupes, ne se caractérisant pas par l’origine ethnique (homosexuels, féministes,…). Elle rappelle que la tolérance ne se limite pas aux problèmes d’origine et indique que poser une question sur d’autres groupes est possible dans un sondage sur les préjugés envers les migrants.

Les enquêtes anglaises mentionnées sont disponibles sur la base de données UK Data Archive 27 . A côté de celles-ci, nous pouvons signaler les sondages de MORI, agence spécialisée dans les études de marché et sondage d’opinions. Elle a réalisé plusieurs sondages sur les attitudes des Anglais face à la diversité culturelle, dont un pour la Commission for Racial Equality (CRE). Les questionnaires sont, étant une agence privée, difficiles d’accès.

Cette enquête, qui a lieu tous les deux ans et qui couvre l’Angleterre et le pays de Galles, fournit à l’ « Home Office » 29 des informations pour développer des politiques publiques et pour en évaluer les résultats. Le questionnaire s’articule autour de six modules principaux, dont un sur les préjugés raciaux et sur la

discrimination. L’enquête vise

personnes) et un échantillon des minorités ethniques (5.000 personnes).

un échantillon national représentatif (10.000

Ce sondage est effectué presque chaque année en Grande-Bretagne, depuis 1983. Il est financé par des nombreux organismes mais la responsabilité finale

27 http: / /www.data-archive.ac.uk/ findingData/ majorstudies.asp

28 Abréviation choisie par les auteurs du rapport

29 Il s’agit du département gouvernemental responsable des affaires intérieurs en Angleterre et au pays de Galles. Il valorise la tolérance, l’égalité des chances, la protection et la sécurité.

revient au National Centre for Social Research (anciennement Social and Community Planning Research). Le but est d’évaluer l’évolution, dans le temps, des attitudes vis-à-vis de différents problèmes sociaux. Beaucoup de questions se retrouvent également dans le Northern Ireland Life and Times Survey (NILT) et le Young Life and Times survey (YLT). Le questionnaire est en deux parties, la première remplie par un enquêteur, la seconde auto-remplie. Certains modules de l’enquête, qui se trouvent toujours dans le questionnaire auto-administré, sont réalisés dans le but d’une comparaison internationale et s’intègrent dans l’ « International Social Survey Programme » (ISSP) 30 . Parmi les sujets du questionnaire de 2003, on retrouve l’immigration. Et le module de l’ISSP était, en 2003, l’identité nationale. L’enquête vise des personnes de 18 ans et plus vivant en Grand-Bretagne.

Cette enquête, spécifiquement écossaise (Scottish Centre for Social Research), vise les mêmes buts que la précédente. Il s’agit aussi d’une étude annuelle qui cherche à interpréter les différentes attitudes des personnes vivant en Ecosse par rapport à divers problèmes sociaux. Bien qu’elle contient divers modules du BSA, elle n’en comporte pas moins des modules propres. Le questionnaire se partage également en deux parties. Il comprend un module spécial consacré aux (relations avec les) Anglais et (les) musulmans vivant en Ecosse.

Ce prolongement du BSA se focalise sur les attitudes et les valeurs des enfants et des jeunes gens (12-19 ans) vivant dans les ménages sélectionnés. Alors que les adultes répondent au BSA, les plus jeunes répondent aux questions du YPSA.

Ce sondage (issu de « Queen's University of Belfast. Institute of Governance, Public Policy and Social Research »), qui se focalise sur l’Irlande du Nord, débuta en 1998 et succède à l’ancien Nothern Ireland Social Attitudes (qui s’arrêta en 1996). Les buts recherchés s’apparentent à ceux des enquêtes précédentes. Il s’intègre aussi dans l’ISSP bien que ce ne fut pas le cas pour les années 2003 et 2004. Comme le SSA, certaines spécificités y apparaissent, dont le problème religieux. L’échantillon se compose de personnes de 18 et plus résidant en Irlande du Nord en 2004.

30 C’est un programme annuel qui vise la collaboration entre pays sur des enquêtes couvrant des sujets importants pour la recherche en Sciences Sociales. Une mise en relation de différents projets de recherche pré-existants est valorisée.

31 Abréviation choisie par les auteurs du rapport

Ce sondage est, de 1998 à 2000, un complément de celui qui précède de la même manière que l’est le YPSA pour le BSA. Suite à une évaluation, le YLT adoptera, en 2003, une nouvelle méthodologie et deviendra ainsi indépendant. Des jeunes gens résidant en Irlande du Nord qui ont célébré leur 16 ème anniversaire en février 2004 forment l’échantillon. Malgré certains recoupements, les deux enquêtes recouvrent des sujets différents. Mais le problème religieux y est aussi très étudié.

L’enquête HOC, bien que moins consistante que les autres, comportent des questions qui se retrouvent ailleurs. Ainsi, les recherches britanniques semblent intéressées par la manière dont les répondants jugent l’évolution des préjugés « raciaux » par rapport à la situation passée et dont ils envisagent l’avenir en cette matière (Q5-10, HOC ; Q766, 769, BSA ; Q1-2, NILT ; YLT 58-59 au niveau religieux). Cette interrogation peut avoir un intérêt, identifiant un certain pessimisme ou optimisme (les réponses étant, si possible, à comparer avec les faits). Par ailleurs, plusieurs enquêtes demandent également de juger certaines situations : comment, selon le répondant, lui ou d’autres personnes seront traitées en fonction de leur origine ethnique et des circonstances (Q11-14, HOC ;

Q 225-226, YPSA ; Q21, NILT) ? Le questionnaire contient donc à la fois une

évaluation, par le répondant, de l’évolution des préjugés et du traitement réservé

de

questions n’éclairent en rien les attitudes des majorités envers les minorités. Seule la vision qu’a le répondant du problème en ressort. De plus, il est parfois demandé au répondant de s’auto-évaluer en matière de préjugés (Q772, BSA ; Q232, YPSA). Même si la réponse n’indique pas forcément la réalité, elle nous permet de savoir si le répondant se considère comme ayant des préjugés. Un thème intéressant, et peu exploité jusqu’à présent, est celui des conditions pour être accepté en tant que membre du pays (Q617-618, Q827-830, BSA ; Q398-402, SSA). Cela dépend-il de la couleur de peau, du lieu de naissance, de l’origine ethnique ? L’on remarquera que les critères choisis sont difficilement modifiables. Aucune différence culturelle n’est mise en jeu ici. Ces questions mettent tout de suite en évidence quel est le facteur de rejet.

aux

personnes,

selon

leur

origine

et

les

circonstances.

Ces

deux

types

Ces enquêtes ont des spécificités nationales, qui ressortent à plusieurs niveaux. En effet, le Royaume-Uni sert de terreau à différentes tensions (territoriales, culturelles et religieuses). Par exemple, dans le Scottish Social Attitudes Survey (Q363-364, 369, 374-381, 383-87, 391-392, 394-397) les mêmes questions sont posées pour définir les relations entre Ecossais et Anglais et entre Ecossais et musulmans. Les Anglais et les musulmans sont donc vus comme étant susceptibles d’être exclus. Pour ces deux groupes, on retrouve des questions sur

la distance sociale, la loyauté envers son groupe d’origine et envers le pays

d’accueil, les contacts avec ces deux groupes, la présence éventuelle de ceux-ci au Parlement, sur la perte d’identité, etc. Un grand nombre de questions sur les musulmans se retrouvent également dans le BSA (Q818-826). Les questions ne sont pas en soi très novatrices et ce n’est pas la première fois que l’on insiste sur les populations musulmanes. Cependant, dans ces deux

enquêtes, l’accent mis sur les populations musulmanes est plus fort. A ce sujet, c’est la première fois depuis le début de cet inventaire que l’on trouve le terme « terrorisme » dans un questionnaire (Q821, BSA ; Q383, SSA).

Un autre exemple a attrait au problème religieux, abondamment étudié dans les enquêtes effectuées en Irlande du Nord. Le problème est pris sous différents angles (évaluation de l’évolution du problème, sentiments à leur égard, place dans l’éducation,…) mais on cherche, avant tout, à évaluer, ce que nous avons appelé la « distance religieuse » (à mettre en relation avec l’ « ethnic distance »). A côté de questions sur la fréquence et sur la qualité des contacts (Q42-50, YLT), thème proche de la distance « religieuse », on retrouve celles du genre : cela vous dérange-t-il que votre fille se marie à quelqu’un de votre confession ? Préférez-vous que votre enfant soit, à l’école, avec des enfants de la même confession ? Etc. (Q4-6, Q9-12, NILT ; Q61-63, YLT). A ce propos, une question intéressante est le Q3 du NILT (Q60, YLT) : « Do you think that religion will always make a difference to the way people feel about each other in Nothern Ireland ? ». Elle a le mérite de demander clairement si la religion posera toujours un problème entre les individus. Ou, pour le dire autrement, si elle sera toujours source d’intolérance. Cette problématique rappelle que l’intolérance se nourrit de multiples racines, que différents éléments (religion, origine ethnique, etc.), qui s’autoalimentent d’ailleurs, servent d’arguments de rejets.

Finalement, deux items doivent être mentionnés : l’item 16c, selon lequel l’individu se sent exclu quand il entend dans son pays un autre langage que le sien, et l’item 16d, selon lequel il ne peut critiquer les personnes d’une autre origine ethnique, sous peine d’être taxé de raciste (questionnaire auto- administré - SSA). Le premier pourrait être interprété comme étant lié à la peur de perdre son identité culturelle, la peur que la culture de l’un menace la culture de l’autre. Le deuxième, quant à lui, est un argument émis relativement fréquemment mais il n’est pas forcément l’indicateur de positions racistes : il peut, par exemple, refléter une peur de parler des étrangers - sans émettre aucune réflexion raciste - dans un certain climat social. Cependant, il peut aussi servir, pour un individu, à se justifier, à se décharger et à se déculpabiliser, s’il venait à exprimer certaines opinions douteuses envers les populations d’origine étrangère. Si quelqu’un se met à souligner le caractère ambigü des réflexions de l’individu, le type de contre-argument suivant pourrait apparaître : « Dès que l’on fait une remarque, on est taxé de raciste ». Cet item n’indique donc pas clairement à quel cas nous sommes confrontés.

Les enquêtes aux USA sur le sujet étudié sont plus qu’abondantes. La base de données de « the Inter-university Consortium for Political and Social Research (ICPSR) » 32 archivent un grand nombre d’enquêtes (pas seulement américaines).

Le General Social Survey, conduit par le National Opinion Research Center (notamment), est un sondage, en principe biannuel, qui vise les ménages américains. Cette enquête, qui débuta en 1972, sert à recueillir des données générales sur la population. Il a, tout comme le British Social Survey, une composante internationale. En 1982 et 1984, il y eut certaines collaborations

32 http: / /www.icpsr.umich.edu/access/ index.html

entre le GSS et le « Allgemeinen Bevolkerungsumfragen der Socialwissenschaften » (ALLBUS) du « Zentrum fuer Umfragen, Methoden, and Analysen » (ZUMA) 33 en Allemagne. Puis, en 1985, le module visant la comparaison internationale s’inscrivit dans le programme ISSP. Cette enquête, qui se compose d’un noyau de questions qui revient chaque année. Des ensembles de questions qui se focalisent sur certains sujets sont répétés de façon alternée (les autres années). Deux d’entre eux relatifs aux attitudes envers les autres groupes sont présentés en annexes. L’échantillon se compose de personnes (de 18 ans et plus) vivant aux Etats-Unis et parlant anglais. Une sur-représentation de la population noire fut parfois réalisée.

ANES était à la base des « Michigan Election Studies » du fait qu’elle était élaborée par « the Survey Research Center » et the « Center for Political Studies of the Institute for Social Research » à l’ « University of Michigan ». C’est grâce au financement de la National Science Foundation que cette entreprise devint une vraie ressource nationale. Ce projet consiste en des enquêtes sur les élections aux USA. Est présenté, en annexes, un exemple de « Time-Series Studies », qui sont effectuées autour de chaque élection nationale. Cette enquête est conduite avant et après les élections, pour les présidentielles. Pour les élections du Congrès, elle est conduite seulement après. D’autres formes d’enquêtes ANES existent 34 . Cette enquête couvrent, en plus des élections, toute une série de sujets susceptibles de nous intéresser. L’échantillon de 2002 se constitue de citoyens américains en âge de voter lors de ou avant l’élection.

Cette enquête vise à saisir, entre autres, l’évolution des attitudes raciales et des stéréotypes ainsi que la ségrégation résidentielle, dans quatre métropoles américaines – Atlanta, Boston, Detroit, Los Angeles. Elle se divise en deux parties : une enquête porte sur les ménages et une autre sur les employeurs. La première, questionnant les sujets qui nous intéressent, vise un échantillon d’adultes résidant dans une des quatre métropoles mentionnées.

Cette enquête est l’oeuvre du “Survey Research Center of the University of California, Berkeley”. Il vise tout adulte de 18 ans et plus, parlant anglais et résidant dans des habitations avec téléphone dans les 48 états américains.

33 Disponible sur le site suivant : http: / / www.gesis.org/ ZA/

34 Voir : http: / /www.umich.edu/~ nes/

35 Abréviation choisie par les auteurs du rapport

36 Abréviation choisie par les auteurs du rapport – disponible à l’adresse suivante :

http: / / sda.berkeley.edu/D3/ Natlrace/Doc/ nrac.htm

Situé sur le site de l’Université du Connecticut, le Roper Center 37 collecte et diffuse des informations sur les sondages d’opinion effectués aux USA, au Japon et en Amérique Latine. Ce regroupement de données est facilité par une tradition de plus grande visibilité aux USA : la politique de transparence des données fait que les questionnaires employés par des companies privées sont plus facilement accessibles. Sont présentées, ci-dessous, les enquêtes renseignées par la base de données du site et qui ont été effectuées à partir de l’an 2000. Certaines sont également disponible sur le site de l’ICPSR. On remarquera que la plupart de celles-ci sont soit réalisées, soit sponsorisées par des médias. Par ailleurs, elles s’inspirent largement d’anciennes enquêtes (réalisées ou non par les mêmes organismes), pour essayer d’établir des tendances, ce qui explique parfois une certaine ressemblance entre elles. Ces sondages s’intéressent notamment aux sujets qui sont dans l’actualité (élections, etc.) et des sujets qui restent importants. Ainsi, les relations entre « races » semblent toujours préoccupées les esprits. Dans les questions sur ce thème, le point de vue de tous les groupes ethniques est demandé, pas seulement celui du groupe majoritaire.

Ce sondage, réalisé en février 2003 par la firme « Harris Interactive », se concentre sur quatre sujets : le terrorisme et l’Iraq (thèmes importants des enquêtes récentes aux USA), les présidentielles de 2004 et l’Affirmative Action. Ce dernier est particulièrement intéressant pour notre étude. L’enquête a, comme échantillon, des adultes nationaux.

Ce sondage, réalisé par ABC News/The Washington Post, fait partie d’une série d’enquêtes mensuelles qui sollicitent l’opinion publique sur la présidence et d’autres problèmes politiques et sociaux (terrorisme, taxes, guerre en Irak, Corée du Nord, économie, etc.). Et l’Affirmative Action, relations entre les « races » et la discrimination font partie des sujets de l’enquête. L’échantillon se compose de personnes de 18 ans et plus vivant dans une habitation avec téléphone, vivant dans les 48 états.

Ce sondage, réalisé en Mars 2000 pour « The National Conference for Community and Justice », se focalise sur les relations entre les principaux groupes qui existent aux U.S.A. L’échantillon se compose d’adultes nationaux avec surreprésentation des populations noires, hispaniques et asiatiques.

37 http: / /www.ropercenter.uconn.edu/

38 Toutes les abréviations qui suivent ont été choisies par les auteurs du rapport.

Ce sondage, réalisé en Mars 2000, se concentre sur les élections de 2000, les valeurs et les relations entre les « races ». Il vise, dans son échantillon, des adultes nationaux avec surreprésentation des populations noires et hispaniques.

Ce sondage, réalisé en février 2000 par le CBS News, fait partie d’une série d’enquêtes mensuelles qui sollicitent l’opinion publique sur la présidence et sur d’autres enquêtes sur d’autres problèmes politiques et sociaux, comme le sondage d’ABC News / Washington Post. Il se focalise, entre autres, sur les relations entre les « races » et le rôle du gouvernement dans cette question. Son échantillon se compose d’adultes nationaux.

Il porte sur les relations entre les « races ». Il est relativement similaire au précédent. Ceci s’explique par le fait que le NYT et CBS News organisent, depuis 1976, soit séparément, soit ensemble ou en collaboration avec d’autres organismes, des sondages d’opinion. Il existe donc des liens entre ces deux entités. L’enquête interroge des adultes nationaux avec une surreprésentation des Noirs.

Gallup 39 est une entreprise privée de sondage, qui organise des sondages dans plus de 20 pays. Un exemple de ces enquêtes se trouve en annexe. L’échantillon contient 800 personnes non-hispaniques, 800 non-hispaniques noirs, 500 peronnes hispaniques et 65 d’autres origines.

Tout d’abord, beaucoup de questions portent, incontestablement, sur les personnes d’origine africaine, les « Noirs » (les « Blacks »). Une attention particulière est accordée à ce groupe. Ceci est, bien sûr, dû à l’histoire du pays. Cela a, pour conséquence, l’existence de questions plus ou moins originales. Par exemple, le domaine politique est abordé, d’une manière relativement inédite. On cherche à savoir si un parti est plus favorable aux problèmes interethniques ou si le répondant voterait pour un candidat aux présidentielles noir ou quelle est son opinion sur le drapeau des Confédérés (ex. : Q47-52, CBS ; Q54-55, NYT). Autres illustrations : les questions sur l’histoire des Noirs aux USA

39 Le questionnaire est disponible à l’adresse suivante :

http: / / brain.gallup.com/documents/ questionnaire.aspx?STUDY= P0506026

(Connaissance ? Importance dans l’éducation ?), celles sur l’opinion des répondants sur la place des Noirs dans différents métiers et celles sur leur opinion de différentes organisations et personnalités liées à cette communauté (ex. : Q33-34, Q37-46, CBS). Ces questions, bien que spécifiques à un contexte particulier, peuvent servir de sources d’inspiration. Ainsi, les items sur les partis et sur le candidat à la présidentielle peuvent être traduits dans un contexte belge (ex. : représentation politique par des élus d’origine étrangère) pour évaluer quelle place on veut laisser aux personnes d’origine étrangère dans la sphère politique. De même, la caractérisation est bien présente dans ces sondages. A côté de questions classiques (ex. : D3-D9, MCS, Q30 NRP) qui s’apparentent à celles existantes dans les études hollandaises, d’autres s’inscrivent dans une comparaison avec le groupe majoritaire : on demande d’attribuer certaines caractéristiques plus aux Blancs ou plus aux Noirs (Q9, GSS). Par ailleurs, certaines questions demandent si les Noirs, pour la plupart des Blancs, sont inférieurs (ex. : Q36, HI). Elles ont le mérite de poser franchement la question bien que rien ne soit dit directement sur la position du répondant.

Un thème très exploité est celui de la discrimination. Ce thème est présent dans beaucoup d’enquêtes parcourues. Il est souvent demandé si, selon le répondant, tel groupe subit des discriminations dans différentes sphères sociales. Dans le cas des USA, ce thème est nettement plus abordé : on cherche à savoir si, pour le répondant, la discrimination est et sera toujours un gros problème, si les minorités la vivent, si la situation de celles-ci est due à ce facteur ou si elle est due à des facteurs intrinsèques à ces minorités,… (Q5, GSS ; L2c, L2d, P1, pre- ANES ; D1, G48, MCS ; Q37, ABC/ WP ; etc.). On ne mesure pas le sentiment de discrimination dans ces cas-ci. On cherche le point de vue du répondant sur le phénomène de discrimination. Toutes les questions posées sur ce phénomène n’éclairent pas la capacité de tolérance de l’individu : en effet, un certain nombre vise un simple constat de la part du répondant. Ce thème est à relier avec d’autres, notamment celui de l’égalité des chances. Nous l’avions déjà annoncé, ce sujet est important dans les enquêtes américaines. Un bon nombre de questions porte sur une évaluation, par le répondant, des chances qu’ont les Noirs - et d’autres minorités ethniques (Hispaniques, Asiatiques, Indiens d’Amérique) - d’avoir un emploi qualifié, d’avoir une maison par rapport à celles qu’ont les « Blancs » mais aussi de l’opportunité de recevoir un traitement égal à celui des Blancs dans les restaurants, face à la police, etc. (ex. : Q 25, NRP ; Q39, ABC/ WP ; Q6-11, PSRA). Ces questions informent peu sur la capacité de tolérance des répondants. A côté de ces deux types de questions, on cherche à savoir si la personne juge utile d’intervenir - notamment par des mesures politiques 40 - et ce qu’il juge utile de faire pour améliorer les relations entre les différents groupes ou la position de certains (ex. : D 10, MCS ; Q1, Q10, NRP ; Q21c, Q22c NBC ; Q11, Gallup). On peut faire un parallèle, de ce point de vue, avec le sondage français. Mais dans les enquêtes américaines, il y a une certaine focalisation sur l’Affirmative Action (ex. : Q6, 7, GSS ; M5, Post-ANES ; Q32-33, HI ; etc.), son utilité et les craintes qu’elle suscite (Q41, HI ; Q22d, NBC). L’interrogation sous-

40 Il faut d’abord rappeler que la plupart de ces enquêtes interrogent des personnes issues de différents groupes et est donc souvent demandé, à côté de l’avis du groupe majoritaire, les Blancs, celui des groupes minoritaires. Cependant, nous nous focaliserons, du moins pour l’instant, sur des questions applicables au groupe majoritaire.

jacente est de savoir si les Noirs doivent bénéficier de faveurs, en prenant compte des conséquences que cela peut avoir sur la situation du groupe majoritaire. Celle-ci s’inscrit dans une pensée xénophobe : si on aide les personnes d’un groupe ethnique moins favorisé, dans quelle mesure les avantages accordés aux uns risquent de faire perdre ceux acquis par les autres ? Des nuances semblables avaient déjà été soulignées dans les questionnaires hollandais face aux mesures pour combattre l’inégalité des chances : les répondants restent-ils favorables à une instruction supplémentaire des élèves issus des minorités même si cela coûte plus d’argent aux Hollandais ?

Certaines questions cherchent à savoir quelles relations les groupes de différentes origines entretiennent. Ces relations sont-elles bonnes ? Sont-elles meilleures ou pires qu’avant ? Ces groupes s’entendent-ils ? Y a-t-il, au contraire, certaines tensions interethniques ? Les relations entre les Blancs et les Noirs seront-elles toujours un problème ? Autant de questions (Q35-36, ABC/WP ; Q12-17, PSRA ; Q21a, b, NBC ; Q10, Gallup ; etc.) qui portent sur une évaluation de la situation actuelle - parfois par rapport au passé - et de l’évolution dans le futur de ces relations. On se situe, par ce thème des relations

interethniques,

contacts qu’entretient le répondant avec des individus d’une autre origine (thème encore très fréquent également). Il s’agit, dans ce cas, de faire un état des lieux et certaines prévisions pour l’avenir. Cela permet de voir si, pour le répondant, il existe et existera toujours une certaine incompatibilité entre ces groupes. Dans le même genre d’idées, l’opinion de l’individu sur les mariages mixtes et, simplement, sur des rendez-vous mixtes (Q3, GSS ; Q33-34, Gallup) renseigne sur un éventuel désir de coupure entre les peuples. L’individu considère-t-il qu’il doit y avoir une ségrégation entre les peuples ? N’envisage-t-il aucun mélange de cultures ? Si tel est le cas, nous sommes face à la logique de différenciation dont parle Wieviorka. On se situe également au niveau groupal, ce qui éloigne ces questions du thème de l’Ethnic Distance (où des mises en situation sont pratiquées).

les

au

niveau

des

groupes,

contrairement

aux

questions

sur

Plusieurs interrogations portent sur le nombre des personnes d’origine étrangère (ex. : Q 753-755, module 2000 du GSS). Ce thème du nombre se retrouve dans la plupart des enquêtes mentionnées dans le rapport. Mais il est temps de souligner qu’ il contient deux dimensions : 1) on cherche une évaluation des (pourcentage – combien de … vivent dans votre quartier ? / ou évolution par rapport au passé – le nombre a-t-il augmenté ou diminué ?) _ 2) on demande l’ du répondant sur ce nombre (il y en a trop, trop peu, etc.). Ces deux dimensions ne se retrouvent pas forcément, ensembles, dans un même questionnaire.

La question des sentiments que les autres groupes inspirent à l’individu est présente également dans ces enquêtes (Q14, GSS ; D2, Post-ANES, Q3, PSRA ; etc.). On y retrouve, notamment, le système de gradation des sentiments entre 0 et 100. Ce système, plein de nuances, permet une mise en relation des sentiments envers chaque groupe. De plus, les groupes choisis, remarquons-le, ne se limitent pas aux groupes ethniques. On cherche à savoir les sentiments par rapport aux homosexuels, aux féministes, etc.

Pour finir, citons certaines questions ponctuelles. Premièrement, la question 765 du module de 2000 du GSS et les questions sur la ségrégation résidentielle du

MCS (ex. : G8-13). Celles-ci renvoient à la problématique du quartier et ressemblent, d’ailleurs, à la question D38 de l’ESS. Elles sont particulièrement inédites dans leur façon d’être posées : elles permettent de visualiser directement quel serait le quartier idéal du répondant. L’image est immédiate. Ensuite, une série de questions du NYT (Q15-19) sont intéressantes. L’individu doit évaluer dans quelle mesure les médias, les hommes politiques et la population parlent des problèmes « raciaux » et quelles en sont les conséquences. Cette question s’apparente, pour les médias, à celle du sondage français (Q32). Cet enrichissement de la question est pertinent puisqu’il permet de juger ce qui est le plus suceptible d’agacer le répondant. Cela montre sa perception du traitement du problème et reflète l’intérêt que doivent porter, selon lui, les différentes sphères citées au problème, ainsi que son propre intérêt. Finalement, les questions 23 et 24 du NRP mesurent les effets de l’interaction de l’appartenance ethnique avec d’autres facteurs (style vestimentaire, diplôme, etc.) sur la façon de juger les personnes.

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En 1973, le évalue – pour la première fois en Belgique 41 – les attitudes envers les étrangers et l’immigration, comme une partie d’un sondage d’opinion plus général (Dooghe et Vanderleyden 1974). Ils ont investigué la connaissance des Flamands sur le nombre d’étrangers, le sentiment par rapport à l’immigration, les préjugés contre les étrangers et la sympathie ou l’antipathie envers les différentes nationalités. La formulation des items sur les préjudices peut être trouvée en annexe. Du point de vue de leur contenu, ces items incluent différents éléments : la perception de la menace économique ou culturelle, un nombre d’items formulés positivement et un sur la distance sociale. Les réponses à ces items et à d’autres étaient analysées item par item, ainsi aucune échelle n’était construite dans cette recherche. Après cette première enquête sur le territoire belge, quelques autres sondages d’opinion sur le même sujet furent conduits dans les années 70 et 80. Antoon De Baets (1989) a réalisé un compte-rendu de ceux-ci. Il trouva quatre sondages qui couvraient la Belgique, un les provinces wallonnes et deux autres la Flandre. En outre, il y eut un sondage entrepris parmi les immigrés eux-mêmes et un qui était limité à Bruxelles. De Baets distinguait cinq aspects qui étaient souligné dans ces études :

(1) Perception de la présence des immigrés. (2) Confiance des Belges dans le peuple méditéranéen. (3) Sentiments de sympathie ou d’antipathie envers les immigrés. (4) Appréciation de certaines assertions sur les immigrés. (5) Attitude envers les mouvements racistes et anti-racistes.

Dans le cadre de ce rapport, cela nous mènerait trop loin de discuter sur les instruments de mesure de ces enquêtes pionnières. Au lieu de cela, nous commençons notre discussion avec le livre (Billiet, Carton et Huys 1990), qui représente un réel point de départ pour la recherche plus systématique sur les attitudes envers les minorités ethniques en Belgique. L’échelle de Likert sur la mesure des attitudes envers les minorités ethniques, qui a été introduite dans cette étude, a été utilisée après cela dans des enquêtes sur les élections entreprises par l’ (ISPO) en partenariat avec le (PIOP) mais aussi dans les sondages annuels de l’ (APS) – . Nous en rediscuterons plus tard plus en profondeur mais nous commençons notre compte-rendu avec le livre écrit par Billiet, Carton et Huys (1990) sous la tutelle du gouvernement belge.

41 En ne tenant pas compte d’un premier sondage en 1970 qui vérifie la confiance envers certaines groupes de population dans les pays membres de l’EC d’alors (in De Baets 1989).

Jusqu’à ce jour, cette enquête est encore la seule dévouée entièrement au attitudes des Belges envers les minorités ethniques présentes dans leur pays. En 1989, Billiet et ses collègues reçurent la tâche d’entreprendre cette enquête nationale dans le cadre de ‘university preparatory policy research’, la cause immédiate était le succès électoral du parti d’extrême-droite le Vlaams Blok. Comme nous l’avons déjà mentionné, la publication de ce livre représente un point de départ d’une recherche plus systématique sur les attitudes de la population majoritaire envers les groupes ethniques minoritaires. Quels sont justement ces groupes ethniques minoritaires ? Billiet e.a. (1990) formulèrent une réponse partielle à cela en le demandant directement aux répondants. Ils posèrent la question suivante :

Aan

“vreemdelingen” hoort?

welke

nationaliteiten

1. …

2. …

3. …

4. …

5. …

of

bevolkingsgroepen

denkt

U

als

U

het

woord

En posant cette question, le chercheur sait à quels groupes le répondant pense quand il répond aux question à propos des ‘étrangers’. Néanmoins, ce dernier terme n’est pas utilisé constamment dans le questionnaire. Alternativement, les mots ‘immigrés’, ‘travailleurs invités’, ‘musulmans’, ‘Marocains’, et autres ont été utilisés pour désigner certaines minorités ethniques. Les auteurs ont également inclus quelques items placés sous le terme général d’‘ethnocentrisme’(v55, v59, v60, v63, v71a-k, v72a-h). Parmi ceux-ci, il y en a quelques-uns permettant de mesurer la distance sociale désirée (v59, v60 basés sur Bogardus 1925). Cette échelle fut utilisée pour les Nord-Africains et les Turcs et pour les Italiens. De cette façon, on peut examiner si les répondants font la différence entre les distances sociales désirées vis-à-vis de certains groupes. a aussi utilisé ce qu’on appelle un différentiel sémantique (v63 basé sur Osgood e.a. 1957). Avec cet instrument, les stéréotypes envers certaines nationalités peuvent être étudiés. Les paires d’adjectifs entre lesquels les répondants doivent choisir pour caractériser un certain groupe sont placées devant eux. Enfin, il a été aussi demandé aux répondants de donner leurs opinions à propos de certains items de type likert pour mesurer l’ethnocentrisme (v71a-k, v72a-h). Ces items consistent en des assertions sur les minorités ethniques avec lesquelles le répondant peut être en accord ou en désaccord sur une échelle de 5 points. Selon les auteurs, l’échelle était en premier lieu basée sur la recherche hollandaise, plus particulièrement sur les études d’Eisinga et Scheepers (1989) et de Felling, Peters et Scheepers (1986). Si l’on porte notre attention sur leur contenu, les items peuvent être divisés en deux ensembles :

des attitudes négative envers les out-groupes (à savoir les étrangers) et des attitudes positives envers l’in-groupe (à savoir les Belges). D’un point de vue théorique, ceux-ci sont en effet les deux aspects de l’ethnocentrisme. Ces séries d’items ont influencé la recherche ultérieure en Belgique ; nous discuterons donc plus en détails de cette échelle dans le troisième section. D’autres questions cherchent à savoir si oui ou non les répondants ont des contacts personnels avec des étrangers (v52, v53, v54, v56, v57, v58) : plus particulièrement, la

fréquence, l’intensité et les circonstances des contacts étaient demandées. Parce que tout le monde n’a pas la même probabilité d’avoir des contacts – cette probabilité dépendant du lieu de résidence – celle-ci était également évaluée (v52 – v54). Deux questions ouvertes permettaient de savoir si l’on avait des sentiments d’appréciation ou d’irritation à propos de certaines coutume (v61). Par ailleurs, des questions étaient posées concernant la connaissance de l’Islam tout comme des questions contextuelles sur la politique envers les étrangers (v64-v70, v73, v76-v78, v79a-i). Finalement, v49 pointait une très importante distinction que nous devons faire entre la direction et la force d’une opinion. Alors que les questions précédentes étaient principalement orientées vers l’étude de la de l’attitude du répondant, v49 est orientée vers la de cette opinion (‘dans quelle mesure ce sujet est-il important pour le répondant ?’). Plus concrètement, il était demandé au répondant quel était, selon lui, le problème le plus important en Belgique au moment de l’enquête. ‘le nombre d’étrangers’ est une des huit raisons possibles.

Se basant sur les items mentionnés ci-dessus, les auteurs distinguèrent – au moyen d’une analyse factorielle exploratoire – trois groupes d’items. En conséquence, des échelles de Likert avec ces groupes ont été construites avec une fiabilité suffisamment élevée (cronbach’s alfa) pour tous les groupes (à savoir pour la Flandre, les provinces wallones et Bruxelles) : une échelle pour les attitudes négatives envers les étrangers ; une échelle pour les attitudes positives envers l’‘in-groupe’ ; et enfin une échelle qui quantifie la résistence ou le soutien que l’on développe à l’encontre de l’idée d’accorder l’égalité des droits aux étrangers. Dans la section qui suit, nous discutons des versions les plus récentes de l’échelle de l’ethnocentrisme utilisée par ISPO-PIOP et APS.

Dans cette section, nous allons discuter de l’échelle de l’ethnocentrisme telle qu’elle est utilisée le plus fréquemment par ISPO-PIOP et APS après la publication de (Billiet e.a. 1990). Néanmoins, ce ne sont pas exactement les mêmes items qui ont été utilisés, certains n’ont pas été repris et d’autres ont été ajoutés. Pour cette discussion sur la qualité de cette échelle, nous nous limitons nous-mêmes au plus récent matériel disponible. Le nom d’‘écchelle de l’ethnocentrisme’ est utilisé dans les sondages d’opinion de l’ISPO-PIOP, aussi bien que dans ceux de l’APS, mais ce nom entraîne la confusion. Théoriquement, l’ethnocentrisme implique deux attitudes distinctes (mais souvent en relation) : une attitude positive envers l’in-groupe et une attitude négative envers l’out-groupe. Dans les instruments de mesure, c’est souvent cette dernière attitude qui est étudiée. Pour des questions de clarté, nous allons distinguer ces sous-dimensions quand nous discuterons de l’échelle. Cette distinction a aussi été réalisée par Jaak Billiet (1993) quand il analysa l’échelle de l’ethnocentrisme de manière approfondie dans une étape ultérieure. Dans il identifia les sous-échelles suivantes :

Ces items évaluent si les répondants approuvent ou rejettent certaines assertions stéréotypiques. En voici un exemple : “De meeste Marokkanen zijn onbeleefde mensen”.

Ces items sont formulés d’une façon positive et sont orientés vers ‘son propre peuple’ ou sa propre nation. Un exemple : “Ik ben trots op mijn eigen volk”. Cette dimension est testée et utilisée le plus fréquemment. La plupart de ces items évaluent l’expérience de menace venant des immigrés ou des travailleurs étrangers dans le champs économique, comme par exemple “Gastarbeiders zijn een gevaar voor de tewerkstelling van de Belgen”. Etre d’accord avec certains items indique une attitude raciste flagrante, fondée sur le biologique. Un exemple est l’item suivant : “Wij moeten ons ras zuiver houden en de vermenging met andere volkeren tegengaan”.

Et en effet, quatre sous-échelles de ces items pourraient être distinguées après une analyse factorielle confirmatoire 42 , ce qui prouve que les différentes composantes de l’échelle d’ethnocentrisme devraient être gardées séparées (bien que le racisme n’a jamais vraiment été considéré comme une partie de l’échelle). Une autre étude intéressante dans ce contexte est celle de Billiet et De Witte (1991). Ils ont découvert une typologie qui engendre une – presque parfaite – échelle de Guttman. Cette échelle cumulée va graduellement d’un ‘relativisme culturel’ 43 au ‘racisme’. La table suivante clarifie la logique :

Composition des quatre types d’opinions

In-group

 

Negative

Racist

Number

%

favouritism

towards

inclination

 

migrants

1. Cosmopolitans

-

-

-

113

17.0

2. In-group

+

-

-

167

25.2

favouritists

3. Ethnocentrists

+

+

-

131

19.7

4. Racists

+

+

+

154

23.2

Wrong pattern

67

10.1

Missing data

32

4.8

   

664

100

Les cosmopolites ont un score faible dans toutes les échelles ; les personnes les

plus favorables à

les ethnocentriques ont

également cette caractéristique mais, en outre, ont un score élevé sur l’échelle mesurant les attitudes négatives envers les immigrés (mesurées par l’échelle qui a été précédemment nommée ‘expérience de menace’) ; enfin, les racistes ont

mesure

un score élevé sur l’échelle qui

l’in-groupe

positive

ont

seulement

une

attitude

envers

l’in-groupe ;

42 Trois des six items ont dû être exclus de l’échelle et l’échelle ‘Attitude towards in-group’ montra une cohérence interne limitée.

43 Nous avons certains doutes à propos du terme ‘relativisme culturel’. Celui-ci peut, selon nous, ne pas être conçu comme un antipôle du racisme. Les répondants ayant ce type d’opinion sont également désignés par Billiet et De Witte (1991) comme ‘cosmopolites’ ou ‘internationalistes’. Un usage plus subtile des mots nous semblerait ici plus approprié.

également un résultat élevé sur l’échelle du racisme 44 . Ainsi les types se contruisent réellement les uns par rapport aux autres. Seulement 10 pourcents des répondants dévient de ce schéma. Plus tard De Witte (1999) désigna ces échelles sous d’autres noms. Il nomma ‘racisme de tous les jours’ ( ) l’échelle mesurant une attitude négative envers les immigrés, parce que c’est la variante la moins fondée idéologiquement et la plus répandue parmi la population. Y est centrale l’opinion selon laquelle les étrangers ont des coutumes qui sont trop déviantes en comparaison avec les normes ‘communes’ dans le champ culturel, ou entrent économiquement en concurrence avec la population souche. Des items typiques sont “ ” et “ ”. L’échelle du racisme est alors dénommée par De Witte ‘racisme biologique’ ( ), qui implique une variante plus fondée idéologiquement et se réfère à la croyance en une inégalité héréditaire entre les races, et selon laquelle la ‘race blanche’ est considérée comme supérieure d’un point de vue biologique.

Enfin, nous allons nous concentrer sur la variante la plus largement utilisée de l’‘échelle de l’ethnocentrisme’ employée par quatre enquêtes de l’ISPO-PIOP et cinq de l’APS. La collaboration inter-universitaire entre l’ (ISPO-KULeuven) et le (PIOP-UCLouvain) est depuis 1991 responsable des sondages post-électoraux après chaque élection nationale. Ces sondages s’occupent des attitudes socio-politiques et des comportements des Belges, dont l’ethnocentrisme et le racisme. Les mêmes instruments de mesure de l’ethnocentrisme et du racisme sont dans une large mesure également utilisés par l’ flamande (APS). Depuis 1996, APS évalue annuellement les valeurs, les opinions et les croyances des Belges néerlandophones en Flandre et à Bruxelles par rapport à des thèmes sociaux ou pertinents pour le développement de politiques à l’aide de son enquête ‘Sociaal- culturele verschuivingen in Vlaanderen’. Celle-ci consiste en une série de variables et de questions concernant les relations sociales qui apparaissent chaque année, mais aussi des batteries de questions qui sont répétées tous les deux ou trois ans et un module qui varie tous les ans comportant des questions sur certains sujets pertinents pour le développement de mesures politiques. Les échelles qu’ils ont utilisées sont basées sur la tradition susmentionnée, mais quelques items ont été ajoutés et d’autres enlevés. Ils consistent en grande partie en des items qui mesurent la perception de menace (“ ”), dans une moindre mesure d’items qui font état d’une croyance stéréotypique (“ ”) et aussi quelques items formulés positivement pour équilibrer l’échelle (“ ”). Nous allons nous intéresser à la qualité de ces échelles, basées sur les plus récentes données disponibles. Dans l’enquête APS la plus récente de 2004, Meuleman et Billiet (2005) ont construit l’échelle suivante composée de dix items à l’aide d’une analyse factorielle confirmatoire (cronbach’s alfa = 0.87).

44 Il faut noter que le nombre de racistes est quelque peu surestimé, parce que, dans un des items, le terme ‘peuple’ ( ) est utilisé au lieu de ‘race’ ( ). On pourrait arguer que s’accorder sur cet item n’implique pas nécessairement une attitude raciste (Billiet et De Witte 1991).

Les charges selon les facteurs standardisés, estimées par une analyse factorielle confirmatoire

 

Factor

1

Factor

2

De migranten dragen bij tot de welvaart van ons

-0.69

0.21

land Migranten zijn over het algemeen niet te

0.73

0.21

vertrouwen De migranten komen hier profiteren van onze

0.81

0.21

sociale zekerheid Moslims zijn een bedreiging van onze cultuur en

0.74

0.21

gebruiken De aanwezigheid van verschillende culturen is

-0.68

0.21

een verrijking van onze samenleving Als het aantal arbeidsplaatsen vermindert moet

0.74

0.21

men de migranten naar hun eigen land terugsturen Wij zouden de buitenlanders die zich in België

-0.61

0.21

willen vestigen hartelijk welkom moeten heten Vreemdelingen die meer dan vijf jaar legaal in

-0.62

0.21

België wonen moeten gemeentelijk stemrecht krijgen Vreemdelingen die zich hier vestigen moeten zich

0.58

0.21

aanpassen aan de cultuur en de gebruiken van ons land Als men Turken en Marokkanen beter leert kennen, dan blijken dat over het algemeen vriendelijke mensen De Meuleman et Billiet 2005

-0.62

0.21

Les auteurs ont également présenté une autre caractéristique intéressante de l’échelle. Notamment, ils cherchèrent une échelle qui est comparable dans le temps, depuis le début des années 90 à aujourd’hui. Dans le cadre de ce baromètre de la tolérance, c’est extrêmement intéressant. Ils ont évalué un modèle de mesure pour étudier l’attitude envers les immigrés sur six différents points dans le temps. Ce n’est pas évident, parce que l’instrument doit mesurer exactement le même concept sous-jacent à travers les années (ceci est appelé ‘équivalence’). Néanmoins, le modèle fut bien conçu ; les items suivants furent retenus :

. Echelle utilisée pour mesurer l’évolution de l’ ‘ethnocentrisme’ à travers le temps Migranten zijn over het algemeen niet te vertrouwen De migranten komen hier profiteren van onze sociale zekerheid Moslims zijn een bedreiging van onze cultuur en gebruiken De aanwezigheid van verschillende culturen is een verrijking van onze samenleving Als het aantal arbeidsplaatsen vermindert moet men de migranten naar hun eigen land terugsturen

45 L’assentiment estime l’effet présumé de la docilité et il est possible de le mesurer parce que l’échelle sous étude est équilibrée (Billiet et McClendon 2000).

De Meuleman et Billiet 2005, p. 47

Les analyses les plus récentes de l’échelle de la tradition de l’ISPO se trouvent dans la note de recherche d’Astrid Depickere (2001). Elle a testé les différentes échelles qui pourraient être construites avec les items utilisés dans les ‘election studies’ de 1999. Les cinq modèles qu’elle testa montrèrent tous un bon ajustement et étaient fortement corrélés les uns avec les autres. Elle sélectionna l’échelle avec le plus d’items, parce que celle-ci se rapportait à beaucoup de problèmes relevants pour l’attitude envers les minorités ethniques et également parce qu’elle était équilibrée. L’échelle a une valeur cronbach’s alfa de 0.94.

Charges factorielle standardisées estimées par une analyse factorielle confirmatoire

Belgium should not have allowed in guest workers Immigrants cannot be trusted Guest workers are a threat to the employment of Belgians

Guest workers come here to take advantage of our social security system Immigrants contribute to the country’s welfare Muslims are a threat to our culture and customs The presence of different cultures enriches our society

If

the

number

of

jobs

decreases,

the

guest

workers

should

be

repatriated

 

We should welcome guest workers

 

The

participation

of

immigrants

in

any

political

activity

should

be

forbidden Once you know the Turks and Moroccans, they are in general friendly people For the immigrants, it must be possible to keep their own culture The conditions for foreigners to become a Belgian should be more strict Legal guest workers who have been living in Belgium for a long time should be given voting rights for the local elections

ETNO

0.76

0.88

0.83

0.89

-0.73

0.75

-0.75

0.87

-0.72

0.87

-0.78

-0.68

0.80

-0.77

Enfin, nous voudrions mentionner la recherche du (CLEO) de l’université de Liège. C’est un centre qui se focalise sur les comportements, les opinions et les représentations sociales étant que sujets d’enquêtes. Dans leur récent questionnaire , ils ont aussi inclus quelques items du type likert dérivés des traditions susmentionnées. Sur cette échelle, aucune analyse approfondie n’a déjà été conduite.

Que devrions-nous conclure de ce passage en revue des analyses des différentes variantes de l’échelle de l’ethnocentrisme ? La première conclusion est qu’elle semble être une échelle stable et sûre pour mesurer les attitudes envers les immigrés, ce qui fait qu’elle a une forte valeur pratique et qu’elle permet la comparaison sur différents points à travers le temps et pour différents groupes. Un deuxième point que nous voudrions souligner concerne le contenu de l’échelle. Billiet et De Witte (1991, aussi Billiet 1993) montrent de façon convaincante que des sous-échelles distinctes peuvent être construites et que les

items ne peuvent donc pas être réunis. Néanmoins, dans les enquêtes APS et ISPO-PIOP, les items avec différentes significations conceptuelles sont intégrés avec succès dans une échelle. De ceci, nous pouvons conclure que – en fonction du but de l’étude – une échelle appropriée peut être construite. Souhaite-t-on se focaliser sur un aspect spécifique de l’attitude, ou cherche-t-on une mesure générale de l’attitude envers les immigrés ? Un troisième point qui mérite attention est la terminologie qui est utilisée. Dans l’échelle, il n’y a pas d’usage consistant des mots pour indiquer le groupe dont on parle dans la phrase. ‘Immigrés’, ‘Musulmans’, ‘Travailleurs invités’, ‘Etrangers’, ‘Turcs’ 46 . A la fois dans et les enquêtes ISPO-PIOP, les chercheurs ont spécifié le groupe sur lequel on devait exprimer son opinion sur :

“Ik ga nu een aantal voorbeelden voorlezen over migranten. Hieronder verstaan we vooral Turken en Marokkanen. Kan u voor iedere uitspraak zeggen of u het er mee eens bent of niet.” De l’APS 2004

Pour l’instant, nous laissons de côté l’attrait que peut avoir la pratique qui consiste à faire un amalgame de ces termes dans ce rapport. Nous devons reconnaître que, comme nous l’avons déjà mentionné, les analyses de l’échelle de l’ethnocentrisme ont montré de manière répétée leur cohérence, malgré une multitude de termes : il est apparament clair pour le répondant de quel groupe il est question et il semble avoir une opinion conséquente sur lui.

Dans cette partie, nous allons discuter brièvement des autres items qui sont relevants pour notre propos. Beaucoup de questions dans les enquêtes de l’APS et l’ISPO-PIOP sont relatives à des mesures politiques ou traitent de la question de savoir si certains droits devraient ou non être accordés aux minorités. Celles- ci sont intéressantes et peuvent aussi être trouvées dans les annexes, mais nous ne discuterons pas de ces items ici, vu qu’ils sont spécifiques à un contexte et que ce qui est mesuré avec ceux-ci n’apparaît pas toujours clairement. La préférence pour une certaine politique peut avoir plusieurs raisons ; l’influence du niveau de tolérance dans cette préférence n’est pas facilement identifiable dans une telle enquête. Dans la première enquête ISPO-PIOP (1991), on avait demandé si le mot ‘tolérance’ avait encore une quelconque signification pour le répondant. Avec la réponse à cette question, nous ne savons pas quelle interprétation le répondant accorde à ce concept, ou si la personne est tolérante oui ou non, mais nous savons si une valeur y est attachée. En 2003, une batterie de questions fut demandée à propos de l’Islam. Ces questions portaient sur la perception de menace venant de l’Islam, plusieurs items sur les stéréotypes avec lesquels le répondant peut être ou non d’accord et deux items formulés positivement. Ces données n’ont pas encore été analysées.

46 On devrait noter que, depuis 2002, le terme de ‘travailleur invité’ est tombé en désuétude.

L’enquête APS de 1998 avait une section spéciale sur les minorités ethniques. Celle-ci comprenait deux parties : un ensemble de questions sur les opinions liées à la politique publique et l’autre sur des attitudes plus personnelles. Voici un exemple de questions de ce second ensemble : “ ”. Malheureusement, dans les publications de l’APS (notamment le biannuel ), il n’y a aucune référence à ces items. Lors de cette même année, des questions étaient demandées à propos de pratiques discriminatoires. Les répondants devaient indiquer quel employé il licencierait ou à quel employé il donnerait une promotion. Les employés avaient des caractéristiques égales, exceptée leur origine ethnique. En 2002, cette question fut répétée, mais la situation était simulée avec un employé flamand et un employé marocain. Dans le cadre du thème de l’ ‘exclusion sociale’, on demanda quels voisins ils choisiraient s’ils le pouvaient. Une liste de huit types de familles était placée devant les répondants et ils devaient leur donner un ordre en fonction de leurs préférences. était une des familles. Finalement, en 2004, l’échelle de l’ethnocentrisme fut aagrandie d’un item sur la possiblité que les femmes musulmanes devraient avoir de porter le foulard.

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Bogardus, E. (1925) “Comparing racial distance in Ethiopia, South Africa and the United States”, , 52, pp149-156.

De Baets, A. (1989), “Het beeld van de migrant bij de publieke opinie in Vlaanderen volgens opiniepeilingen uit de periode 1973-1988”, , (2), pp. 31-61.

Depickere, A. (2001) , Leuven: ISPO Bulletin n° 2001/ 43.

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2-27.

Dooghe, G. en Vanderleyden, L. (1974), , Kapellen:

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Eisinga,R. en Scheepers, P. (1989)

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Meuleman, B. en Billiet, J. (2005) “De evolutie van de perceptie van etnische dreiging tussen 1991 en 2004 en de relatie met institutioneel vertrouwen”. In , Brussel: Administratie planning en statistiek.

Osgood, C., Suci, Q. en Tannenbaum, P. (1957) , Urbana: University of Illinois.

Est présenté dans le questionnaire qui suit un ensemble de questions à utiliser pour ce volet du baromètre de la tolérance. Il s’agit des questions qui nous semblent indispensables pour cette enquête. A côté de celles-ci, nous avons également établi une liste de questions qui nous sont apparues pertinentes mais qui ne doivent pas impérativement se trouver dans le questionnaire.

Nous avons établi ce questionnaire en imaginant une procédure CAPI. Par ailleurs, l’ordre proposé n’est pas définitif et devra probablement être reconsidéré, notamment si, dans l’avenir, la longueur du questionnaire, plutôt long actuellement, est réduite. De même, il faudra plus tard créer des cartes de réponses ajustées à chaque question mais le développement de cet instrument n’est pas encore à ce stade.

Les questions devront également être mises en relation avec les concepts utilisés au moment de l’enquête, si elle a lieu.

GERME – Institut de Sociologie – ULB ISPO –KULeuven

1

9

1 9
1 9

Année

Homme

Femme

1

2

Oui

1

Non

2

Pensionné(e) (retraité(e), pré-retraité(e)) Femme/ homme au foyer En congé de maladie ou de maternité En congé sans solde/ interruption de carrière En incapacité de travail

1

2

3

4

5

Chômeur (-euse) A la recherche d'un premier emploi - non chômeur (–euse)

6

7

Suit

un enseignement de jour à temps plein

8

Autre

9

Oui

Non

1 2

Oui

Non

1

2

………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………

Salarié(e)

1

Indépendant(e)

2

 

Oui

1

Non

2

 

…………………………………………………………

Oui

1

Non

2

………………………………………………………………….

Agriculture et pêche

1

Secteur minier et industrie

2

Energie et service des eaux

3

Construction

4

Commerce

5

Horeca

6

Transports

7

Communication et informatique

8

Organismes financiers

9

Services aux entreprises

10

Secteur public

11

Enseignement

12

Soins de santé et aide sociale

13

Culture et services associés

14

Autre

15

Sans diplôme

1

Primaire

2

Secondaire inférieur professionnel

3

Secondaire inférieur technique (A3)

4

Secondaire inférieur formation générale

5

Secondaire supérieur professionnel

6

Secondaire supérieur technique (A2)

7

Secondaire supérieur formation générale

8

Supérieur non universitaire (A1)

9

Supérieur universitaire

10

Autre

11

Sans diplôme

1

Primaire

2

Secondaire inférieur professionnel

3

Secondaire inférieur technique (A3)

4

Secondaire inférieur formation générale

5

Secondaire supérieur professionnel

6

Secondaire supérieur technique (A2)

7

Secondaire supérieur formation générale

8

Supérieur non universitaire (A1)

9

Supérieur universitaire

10

Autre

11

Sans diplôme

1

Primaire

2

Secondaire inférieur professionnel

3

Secondaire inférieur technique (A3)

4

Secondaire inférieur formation générale

5

Secondaire supérieur professionnel

6

Secondaire supérieur technique (A2)

7

Secondaire supérieur formation générale

8

Supérieur non universitaire (A1)

9

Supérieur universitaire

10

Autre

11

1

Athée / Laïque

2

3

Catholique

4

Orthodoxe

5

Musulman

6

Judaïque

7

shintoïsme

8

Autres religions : spécifiez svp : ……….

9

Jamais Très rarement Quelques fois par an, lors des fêtes religieuses

1

2

3

Une fois par Plus d’une fois par

mois

4

mois

5

Chaque semaine ou plus

6

 

Néerlandais

1

Français

2

Anglais

3

Berbère

4

Arabe

5

Yiddish

6

Turc

7

Allemand

8

Italien

9

Espagnol

10

Autre

11

 

Néerlandais

1

Français

2

Anglais

3

Berbère

4

Arabe

5

Yiddish

6

Turc

7

Allemand

8

Italien

9

Espagnol

10

Autre

11

8 Italien 9 Espagnol 10 Autre 11 Oui Non → Aller à la question 23 Oui
8 Italien 9 Espagnol 10 Autre 11 Oui Non → Aller à la question 23 Oui

Oui

Non

Aller à la question 23

Oui Non