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DOS : Elections hémocratiques à Mort, Mort Lointain

« ... c'est une taverne !


- Chef ?
- Pardon ?
- CHEF ! ON TUE, ON VIOLE, ON PILLE, CHEF ?
- Heing?
- ON FONCE?
- Ah ! Euh... Oui, oui, c'est ça, oui foncez... »

Et dans le plus merveilleux désordre les cent quarante-trois nains de combat, moins
Amstelduïn qui préférait compter les gouttes de salive qui s'échappaient de la bouche royale
du Khân abasourdi, foncèrent vers le Fort. Althâr contemplait la scène, hagard. Il n'avait plus
en mémoire le mode d'emploi de ses cordes vocales et n'avait donc pu faire part à ses hommes
de ce qui l'avait mis dans cet état.

Il regardait donc, amorphe et claquant des mâchoires comme un phoque en quête de poisson,
ses hommes foncer vers la supposée taverne, tel un banc de poissons volants en plein désert
trouvant enfin l'Oasis qui leur permettrait de se sentir bien. (Bah oui quoi, Oasis is Good ©)

Et ce qu’Althâr avait ressenti, c’était pas joli joli. Enfin si, c’était même plutôt très joli, dans
le genre maxillaire inférieur au sol et hurlement de loup, mais niveau moral, ça plombait
même la motivation d’un Mauzarre inspiré par une muse du septième ciel. Des formes
généreuses, plus que généreuses, genre gagnante du bimbo euh… du Bingo, mais un regard de
démon, genre princesse du onzième cercle. Et le onzième cercle, c’est pas une salade
maraîchère ! Ce qu’avait donc vu Althâr, c’était son ennemie du jour. Et celle-là, c’est dans un
lit qu’il aurait aimé la combattre. Et étant donné qu’après sa vision, son sang s’était trouvé
une autre zone à irriguer que son cerveau, il n’avait pu prévenir ses hommes. L’explication
vous convient ?

« Ils courent à une morte certaine, chef.


- Yo lo sé, mon pitit, mais halas yé no peux rieng para é…
- Arioutolquingu’toumi ?
- Laviasérézonkélarézon’noconépa.
- CHEF !
- OUI TROUFION !
- REVEILLEZ-VOUS, CHEF !
- A VOS ORDRES, TROUFION !
- ON VA LES SAUVER, CHEF !
- On va essayer, petit, on va essayer… »

Et Althâr, fort de deux bonnes grosses cordes vocales en pleine forme, se téléporta jusqu’à ses
troupes prêtes à défoncer le portique d’accueil, d’un magnifique rose bonbon serti de fils d’or,
très nouveau riche de prime abord, sans un mot dire.

« CHAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGEZ !
- tagada tagada tagada tsoin tsoin tagada tagada tagda tsoin tsoin tagada tagada tagada
tsoin tsoin tagadaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa tatagada tsoin tsoin !
- Merci, Amst’… »
Et la foule nombrable de petits êtres, mer déchaînée de mythril tout occupée à se jeter contre
le portique, se rua sur le bois rose comme un bonobo sur un autre bonobo… La foule déferlait,
donc. On se serait cru au Raid « Hot Chili Pepper » ©. Vous avez déjà eu l’impression
d’enfoncer des portes ouvertes ? Bah moi oui. C’était il y a, oh je dirais deux semaines à vue
de vernis, je parlais à Jason de notre future vie de couple lorsqu’il m’avoua qu’il avait une
importante chose à me dire. Je vous raconte pas le stress ! Alors donc le voilà à genoux à me
demander de pardonner son comportement de goujat parcequ’il m’a trompée avec Jen…
MAIS QUI A REDIGE CE PROMPTEUR BANDE DE CLOWNS ?

Donc… Ah oui… Vous avez déjà eu l’impression d’enfoncer des portes ouvertes ? Eux oui.
Tel un seul nain, ils foncèrent tous, la tête la première, vers le portique. Et alors qu’ils
solidifiaient l’air de leurs masses conjuguées, ledit portique s’ouvrit aussi soudainement que
s’écartent les jambes d’une ribaude. Cent quarante-deux nains tombèrent au sol, à peine
ébranlés, dans une cour intérieure qui ressemblait fort à un jardin. Des rosiers, des arbustes,
des petits lapins et des bisounours, un jardin très normal, à vrai dire.

« OH MAIS C’EST HORRIBLE !


- Plait-il, chef ?
- C’est un horrible sortilège que celui-là !
- Quel sortilège, chef ?
- Voyons, Amst’ ! C’est Opéïdeukandy ©, seul un puissant nécromancien peut ramener
à la vie d’aussi innocentes créatures ! Elles sont horrifiantes de candeur !
- Vous êtes sûr, chef ?
- EXTERMINEZ-MOI CETTE VERMINE VOUS AUTRES ! »

Et le jardin s’emplit de milliers de filets de lapin rôtis et de pâtés de bisounours. Les feuilles
étaient rougies, souillées par le sang encore pur des innocentes victimes. Les fleurs étaient
fanées, ayant préféré le retour à la terre plutôt que mordre la poussière.

« Les Pertes jusqu’ici ?


- 6,8966% monseigneur.
- Rho dis-donc, on l’a échappé belle heing ! Encore un mort de plus et on se tapait ce
vieux débris d’intendant pendant six mois à nous rabacher qu’on ne doit pas mener
campagne si l’on pense avoir plus de 7% de pertes. Quelle idée idiote !
- Exact, monseigneur, vous êtes le meilleur, monseigneur !
- Je sais, je sais !
- Monseigneur est trop bon ! Monseigneur voudrait-il…
- AAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH !
- Plait-il ? »

Mais c’était trop tard : Althâr avait encore du, malgré lui, admettre l’idée que son sang avait
parfois mieux à faire que d’irriguer ses organes vitaux, diplomatiquement parlant. Le jardin
avait disparu, laissant place à une cour intérieure cloisonnée de gigantesques murs aussi gris
que moisis. Devant les nains se tenait un objet sexuel aux mortels interdit, un être charnel et ô
combien troublant, quintessence de la passion et, accessoirement, régente d’un Royaume tenu
par les Hors-Vivants : une succube. Ca fout la trouille heing ?

« Oh ! Mais que vois-je là ? Le bien membré Althâr Kharnaghas et une fournée de fougueuses
mules ?
- Areuh, areuh reuh rrrron…
- Oui je sais, mais tu ne t’en tireras pas aussi facilement, petit étalon ! »

Le rugissement d’une succube, c’est le rugissement d’un lion, le mugissement d’une vache, et
le pet d’un squig, le tout combiné dans une seule bouche. Et c’est pas si beau que ça, une
succube qui rumupète ®. Ca laisse le temps au sang, en tout cas, de refluer jusqu’au cerveau
d’un Khân, de lui redonner la parole, de le faire réfléchir en deux temps trois mouvements à
une solution, et de dire :

« Meurs, Catin ! Sire Alno de Bergerac sauvera sa Roxane ! PROMPTEUR ARGH !


- ET comment me tueras-tu, sans armée ? »

Regardant autour de lui, Althâr ne put retenir une certaine appréhension en voyant que tous
ses nains, à l’exception d’Amstelduïn, blotti dans un coin, transi de peur et pleurant toutes les
larmes de son corps, avaient rejoint le séjour des braves, section combattants ridicules. Il allait
donc se battre seul contre la succube et ses innombrables hors-vivants.

« Oh ! Puis merde ! »

Lançant sa hache en direction de la succube hébétée, Althâr cria une sorte de « SUS A LA
CATIN ! ». Quelques instants plus tard, il eut la satisfaction de constater qu’une tête avait
quitté un corps, et que cette tête s’était joliment embrasée, suivie de près par le corps.

« A qui le tour ?
- Nouuuuuuuuuuus n’soooooooooooooooooommes paaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas
diiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiignes, maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaître ! »

Décidément, peu de gens sont dignes, dans cette histoire. Quoiqu’il en soit, une tête avait
sauté, et Althâr se retrouvait à la tête de Mort, Mort Lointain. Il paraît qu’on l’a entendu dire,
« La Nécro c’est mon dada », avec la voix de l’homme Archarif. Vous trouvez que c’est trop
facile ? Quand on a été aussi déçu par les femmes, je vous garanti que même une succube peut
pas vous rendre muet plus de cinq minutes. Et puis tout le monde sait qu’un squelette assis
sans maître s’écroule, si on ne le prend pas en main !

« Je sens que ça va cogner ! »