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CHAPITRE I : TOUS POUR UN.

« Et celui qui portera mon armure sera paré de mon esprit ; le bras qu'il lèvera pour
pourfendre son ennemi sera mon bras ; son savoir sera mon savoir ; et ainsi je survivrai à
travers les miens jusqu'à la fin des temps, afin de veiller à la prospérité de mon sang. »

Extrait du "Heaume d'Argent", par Gondarduïn Anthâar.

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Cela faisait des jours qu'Althâr n'avait mis le nez dehors, penché qu'il était sur son
bureau matin, midi, et soir, interrompu seulement par les courtes mais si agréables visites de
sa fille, Alyssa, qui se chargeait de ne pas le laisser dépérir trop longtemps. Les piles de livres
qui se serraient sur le chêne de son plan de travail étaient impressionnantes, et chaque ouvrage
traitait du même sujet, l'Alchimie.

Alors que sa fille venait, comme à son habitude, lui apporter le repas, Althâr lui
adressa la parole, résigné :

« Jamais je n'y arriverai, ma fille...


- Si tu voulais bien me faire part de tes projets je pourrais mieux en juger, mon papa !
- Soit... Je devrais commencer mon discours par "Il était une fois", car ce que je vais te
raconter est encore plus ancien que moi. Cela remonte à ton ancêtre le plus lointain,
Gondarduïn... Donc.. »

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Il était une fois, avant même que la plupart des êtres n'aient vu le jour, un seigneur
parmi les nains qui portait le nom de Gondarduïn, le Roi de Pierre, Khân sous la montagne et
grand ami des elfes des Forêts d'Emeraude. Il était le premier de sa lignée, les Anthâarï, et sa
puissance reposait sur une magie par trop ignorée : l'Alchimie. Car alors cette science était
considérée comme magie. Gondarduïn avait installé ses gens en la montagne Târik, « Le
Pilier » , comme l'auraient nommée les humains du nord, et en ses entrailles il trouva maintes
richesses et pléthore de ressources jusqu'alors inconnues de sa personne.

Sa vie à Târik engendra en lui une immense passion pour les sciences, tant et si bien
qu'il ne se rendit qu'à peine compte de sa paternité - et c'est d'ailleurs en partie à cause de cela
que l'arbre généalogique ne révèle rien des années qui suivirent le règne de Gondarduïn. Il
développa l'Alchimie jusqu'à atteindre un niveau de maîtrise alors inégalé, et encore de nos
jours difficile à atteindre, intégrant parfaitement les domaines des explosifs, poisons, antidotes
et autres babioles alchimiques. Mais sa plus grande fierté était d'avoir créé une pierre
philosophale, et d'avoir pu transformer le plomb, en or. Une légende en ces temps ! Il put ainsi
augmenter sa longévité régulièrement, et ce afin de ne mourir qu'après avoir accompli
l'objectif qu'il s'était fixé : mener sa science sur des territoires encore inconnus.
Et alors il s'acharna au travail, expérimentant tout ce qui pouvait se révéler
expérimentable, et un nombre incalculable d'années lui fut nécessaire afin de pouvoir enfin
annoncer sa découverte : l'Alchimie Absolue. Il pouvait désormais manier n'importe quel
matériau afin de le transmuter en n'importe quel autre matériau, et ce dans n'importe quelles
conditions, mais il avait encore besoin d'une lourde machinerie et ne souhaitait abîmer plus
encore la forêt d'émeraude.

Alors lui revinrent à l'esprit les a priori de sa jeunesse : "L'Alchimie est la plus
rationnelle des magies". Il n'avait plus qu'à introduire une once de magie dans sa pratique de
l'Alchimie ! Il prépara une infinité de sorts, qu'il consigna dans un énorme grimoire, dans le
langage runique alors encore attribué aux elfes, puis en assimila chaque phonème et détruisit
le bouquin, qu'il considérait comme particulièrement apte à disparaître par la simple volonté
d'un malfaisant. Il confectionna alors une armure, et jamais personne ne sut, à part ses
descendants et lui-même, que sur le revers du métal était gravée toute sa science, et qu'elle
confèrerait à son porteur tout le savoir de son créateur. Désormais, par un simple murmure et
de ses seules mains, le porteur pouvait transmuter ce qu'il désirait selon ses délires les plus
rocambolesques ! Et cette armure, il la nomma le Heaume d'Argent, et elle devint l'emblème
du pouvoir Anthâarï et l'est encore aujourd'hui, sous le règne Althârï.

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« Et cette armure, tu l'as devant toi, Alyssa.


- C'est celle qui est là, derrière toi ?
- Celle-là même, oui, et ce fut une aventure que de la récupérer, mais ceci est une autre
histoire !
- Et que cherches-tu à faire avec elle ?
- Le savoir que cette armure contient, je le possède, et toi aussi désormais, en partie. Ce que je
cherche à faire est simple, dans la théorie. Je souhaite réunir tout ce savoir qui nous
singularise, dans une seule et même rune, tous les savoirs en un, toute notre histoire en une
lettre.
- Et qu'est-ce qui t'en empêche ?
- Je n'en suis pas encore capable, mais je sais que c'est réalisable. Seulement rien dans ces
livres ne saurait m'apporter quelque aide que ce soit...
- Et mon aide, en as-tu besoin ?
- Alyssa, mon Soleil, cela peut prendre du temps, et je ne souhaite gâcher tes journées dans
une telle entreprise.
- Je ne crois pas cela, papa, j'aime être en ta compagnie, nous partageons des secrets, et tu
m'as toujours respectée et élevée au rang d'égale, alors laisse-moi t'aider !
- Soit, nous partons en Avalon demain, prépare tes affaires et prend ta patience par le col, car
les bibliothèques d'Avalon ne sont pas des librairies de campagne ! »

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« Et celui ou celle qui déchiffrera cette Rune, parceque cette dernière en aura décidé
ainsi, sera digne d'accéder au gouvernorat d'Althârïs, car sa sagesse et sa candeur auront
ouvert les portes d'Avalon et du Temple des Âges, là où siège la Rune des Principes »

Extrait de "La Rune des Principes", par Althâr Anthâar Kharnaghas.