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Études et Travaux en ligne n o 6 Sarah Matthieussent, Rodolphe Carlier, Philippe Lavigne Delville

Études et Travaux

en ligne n o 6

Études et Travaux en ligne n o 6 Sarah Matthieussent, Rodolphe Carlier, Philippe Lavigne Delville Un

Sarah Matthieussent, Rodolphe Carlier, Philippe Lavigne Delville

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Alizés Électrique : Histoire et enjeux d’une tentative de construction d’un service durable

LES

ÉDITIONS

DU

GRET

) Alizés Électrique : Histoire et enjeux d’une tentative de construction d’un service durable LES ÉDITIONS

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000) Alizés Électrique : Histoire et enjeux d’une tentative de construction d’un service durable

Expériences et procédés.

Entre 1995 et 2000, le Gret a conçu et mis en œuvre un projet d’électrification rurale en Mauritanie, le projet « Alizés Électrique ». Cette expérience d’électrification décentralisée, nouvelle pour la Mauritanie, paraissait prometteuse, mais une succession d’aléas institutionnels a empêché la poursuite des actions de terrain après seulement deux ans d’intervention. L’effondrement du dispositif a été progressif au fur et à mesure de pannes qui s’accumulaient sans que les responsables locaux arrivent à y faire face faute d’un dispositif de maintenance qui n’avait pu être mis en place par manque de temps.

Pour comprendre les causes de cet échec, les auteurs reviennent sur le déroulement historique du projet et questionnent les choix techniques et institutionnels qui ont été faits.

L’accent est mis ici sur la démarche d’expérimentation, les dispositifs institutionnels et les modalités de mise en œuvre de l’action, questions qui sont – avec d’autres – au cœur des débats sur les limites de l’aide par projet et la façon d’utiliser l’outil « projet » dans une perspective de construction institutionnelle.

Restituant un travail de capitalisation rétrospective, cette étude ouvre une réflexion sur les stratégies d’intervention en matière d’électrification rurale, mais pas uniquement…

matière d’électrification rurale, mais pas uniquement… Groupe de recherche et d’échanges technologiques 211-213

Groupe de recherche et d’échanges technologiques 211-213 rue La Fayette 75010 Paris, France. Tél. : 33 (0)1 40 05 61 61. Fax : 33 (0)1 40 05 61 10. E-mail : gret@gret.org. Site Web : www.gret.org

Études et Travaux

en ligne n o 6

La collection Études et Travaux en ligne accueille des textes publiés sous forme électronique, téléchargeables gratuitement sur le site du Gret : www.gret.org rubrique Ressources en ligne.

Ils sont par ailleurs vendus sous forme imprimée, à la librairie du Gret. Conditions de vente : www.gret.org, rubrique Publications.

Cette collection est dirigée par Philippe Lavigne Delville et Danièle Ribier.

ISBN : 2 - 86844 - 158 - 0

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Référence du document

Matthieussent Sarah, Carlier Rodolphe, Lavigne Delville Philippe, Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000), Alizés Électrique : Histoire et enjeux d’une tentative de construction d’un service durable, Coll. Études et Travaux, série en ligne n° 6, Éditions du Gret, www.gret.org, 2005, 150 p.

Auteurs

Ce document a été rédigé en 2004 par Sarah Matthieussent, sous l’égide d’un comité de pilotage composé de Jacques Monvois, Rodolphe Carlier, Philippe Lavigne Delville. Ces deux derniers ont éga- lement contribué à la rédaction.

Domaine (s) : Accès aux services essentiels.

Zone géographique : Mauritanie

Mots clefs : électrification, démarche expérimentale, capitalisation d’expériences, enjeux institution- nels.

Mise en ligne : septembre 2005.

Maquette couverture : Hélène Gay.

Collection Études et travaux en ligne

Cette collection rassemble des textes qui présentent des travaux des intervenants du Gret (rapports de programme de recherche, capitalisation sur des projets, études thématiques réalisées, points de dé- bat, etc.).

Ces documents sont mis en ligne et téléchargeables gratuitement sur le site du Gret,

Contact : Éditions du Gret, edition@gret.org

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

SOMMAIRE

AVANT-PROPOS

4

SYNTHÈSE

7

INTRODUCTION : UNE CAPITALISATION RÉTROSPECTIVE

9

PARTIE I - ALIZÉS ÉLECTRIQUE (1995-2000) : HISTOIRE ET DÉROULEMENT

11

1990-1994,

LA PRÉHISTOIRE DU PROJET

11

1995, LES BASES MÉTHODOLOGIQUES

21

1996-1998, LA MISE EN ŒUVRE DES INVESTISSEMENTS, LES PREMIÈRES ÉVALUATIONS ET LES CORRECTIONS

31

1998, LES DISPOSITIFS DÉLECTRIFICATION RURALE DÉCENTRALISÉE PROPOSÉS PAR LE PROJET ALIZÉS ÉLECTRIQUE

37

1998-2000, UNE PÉRIODE DE RETOURNEMENTS INSTITUTIONNELS À LA FIN DU SUIVI DE TERRAIN

67

ÉTAT DES LIEUX EN 2001

75

PARTIE II - BILAN ET ENSEIGNEMENTS

83

INTRODUCTION

83

JUGER ALIZÉS ÉLECTRIQUE : NI EXCÈS DHONNEUR, NI EXCÈS DINDIGNITÉ

84

ALÉAS INSTITUTIONNELS ET PROCÉDURES DU SYSTÈME DAIDE :

DEUX DIMENSIONS TROP SOUVENT SOUS-ESTIMÉES DES PROJETS DE DÉVELOPPEMENT

90

DES RÉUSSITES

94

LES ÉCHECS OU LIMITES DU PROJET

101

ENTRE ÉTAT ET MARCHÉ : LA QUESTION INSTITUTIONNELLE

105

CONSTRUIRE LES PROJETS EN FONCTION DE LEUR NATURE

117

CONCLUSION

126

BIBLIOGRAPHIE

129

ANNEXES

133

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Sigles et Acronymes

Ader

Agence de l’électrification rurale

AFD (CFD)

Agence française pour le développement, ancienne Caisse française de développement

ASHYR

Amélioration des services de l’hydraulique rurale

BTI

Bureau technique d’intervention. Entreprise mauritanienne travaillant dans le domaine de l’énergie solaire et la production de lampes et régulateurs pour kits solaires

Celed

Cellule pour l’électrification décentralisée

CFSI

Comité français pour la solidarité internationale

Deyloul

Entreprise mauritanienne ; fabrique des éoliennes de pompage depuis

1990

EED

Espace éolien développement

EER

Espace éolien régional. Association du nord de la France, impliquée dans le programme Alizés Pompage et spécialiste de l’énergie éolienne

ERD

Électrification rurale décentralisée

FERD

Fonds pour l’électrification rurale décentralisée

FFEM

Fonds français pour l’environnement mondial

GEF

Global Environment Fund

Gret

Groupe de recherche et d’échanges technologiques

IDM

Investissement et développement en Mauritanie

IED

Institut d’études pour le développement

IEPF

Institut de l’énergie et de l’environnement pour la francophonie

IRD

Institut de recherche pour le développement

Pnud

Programme des Nations Unies pour le Développement

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Avant-propos

Cette étude restitue un travail de capitalisation rétrospective d’un projet d’électrification décentrali- sée que le Gret a conçu et mis en œuvre entre 1995 et 2000 en Mauritanie, le projet « Alizés Électrique ».

Pourquoi revenir si longtemps après sur cette histoire ?

Celle-ci, ou plutôt la fin de cette histoire en ce qui nous concerne 1 , a été douloureuse pour ceux qui y ont contribué. Nous avions pensé qu’après le premier financement Pnud (Programme des Nations Unies pour le développement) de démarrage, en 1997 et 1998, le relais allait être pris par l’AFD (Agence française pour le développement), permettant de poursuivre et consolider une expérience, nouvelle pour la Mauritanie, et qui, à ce moment-là, paraissait prometteuse, tant les évaluations externes que des regards de chercheurs mettaient en avant son originalité et sa pertinence. La transition a en fait été une succession d’aléas institutionnels, empêchant de poursuivre les actions de terrain, même si, en 1999 et 2000, nous avons continué à être présents et à contribuer à la construction du cadre institutionnel. Là où un financement de gré à gré était annoncé, il y a eu appel d’offres en 2000, nous l’avons perdu, ce qui, il faut le dire, a été mal vécu par les collègues concernés : même si c’est la loi du genre, et s’il faut se garder d’un surinvestissement personnel dans les actions menées, ils ont eu le sentiment de s’être faits dépossédés de ce qu’ils avaient contribué à faire émerger.

Mais les raisons d’un tel travail sont ailleurs :

- d’une part, notre échec à l’appel d’offres et l’expérience acquise ailleurs depuis, nous amenaient à nous interroger rétrospectivement sur ce qui avait été fait, sur les choix techniques et institution- nels qui avaient été les nôtres. Dans le cadre des réflexions que nous menons sur les dimensions insti- tutionnelles des interventions de développement, nous avons voulu faire cet exercice de mise à dis- tance, pour en tirer les enseignements et les donner à voir ;

- d’autre part, nous avons vu se construire et se diffuser une vision très négative de ce projet. Aux éloges a subitement succédé le dénigrement : « c’est un échec complet, tout est à reprendre, sur d’autres bases ». Le fait que la continuité de l’action après les deux ans de la phase pilote n’ait pas pu être assurée, que l’effondrement ait été progressif au fur et à mesure de pannes qui s’accumulaient sans que les responsables locaux arrivent à y faire face faute d’un dispositif de maintenance qui n’avait pu être mis en place en si peu de temps : tout ceci était ignoré. Le carac- tère lapidaire de ces analyses, faisant fi de l’histoire réelle de ce projet, nous a choqués. Nous sa- vons bien que la mémoire des institutions est faible. Mais pourquoi donc jeter le bébé avec l’eau du bain ? Est-ce la meilleure façon de tirer les enseignements d’une expérience que d’en faire une lecture lacunaire et très partielle ?

Ce projet, pensons-nous, ne méritait « ni cet excès d’honneur [des débuts] ni cette indignité ». Nous avons donc voulu rendre compte de cette expérience, en restituant son déroulement, ses choix, ses avancées, et intégrant dans l’analyse des éléments historiques et la prise en compte des dimensions institutionnelles et des relations au bailleur, qui sont trop souvent la boîte noire des analyses sur les pro- jets de développement. Non pas pour nous disculper de l’échec et rejeter la faute sur l’autre, mais pour tenter une analyse distanciée et fondée, et donner les moyens au lecteur de juger sur pièces.

1 Celle-ci se poursuit par ailleurs, selon des options techniques différentes : l’Agence pour l’électrification rurale (Ader) existe, des actions sont en cours avec un financement de l’AFD, et l’appui technique d’un bureau d’études, l’IED.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Ce travail reste partiel. Une première tentative, sous l’égide du pôle Services publics marchands, à partir d’un bilan de terrain confié à une étudiante en 2001 2 , n’a pas abouti. Nous avons donc demandé à Sarah Matthieussent, qui avait travaillé sur ces sujets en Haïti et était inscrite en thèse, de reprendre le chantier, de dépouiller la littérature grise, d’interroger les acteurs. Faute de moyens, il ne nous a pas été possible d’inclure une mission de terrain à son programme de travail, pour lui permettre d’interroger les acteurs mauritaniens, à Nouakchott et sur le terrain. C’est une lacune certaine, et nous nous en excu- sons auprès d’eux. C’est donc une vision « grétienne » que nous proposons, même si nous avons tenté de l’objectiver. Une part de l’histoire nous échappe.

Tout travail de capitalisation répond à un questionnement et privilégie un angle d'attaque. L'accent est mis ici sur la démarche d'expérimentation, les dispositifs institutionnels et les modalités de mise en œuvre de l'action. D'autres auraient pu également être pertinents, mais il nous a semblé que cette expérience était particulièrement riche, en tant que telle et dans les questionnements qu'elle suscite a posteriori, sur ces questions qui sont - avec d'autres - au cœur des débats sur les limites de l'aide par projet et la façon d'utiliser l'outil « projet » dans une perspective de construction institutionnelle.

Par ailleurs, nous n’avons pas mis en avant dans cette réflexion les choix organisationnels locaux. Ceci nous est reproché par Sophie Caratini, anthropologue ayant travaillé dans ces villages à la de- mande de l’AFD 3 . Pour elle, s’appuyer sur des groupements locaux revient à plaquer un modèle « technico-gestionnaire » sur les réalités sociales locales, à faire de l’ingérence sociopolitique, et ceci explique l’échec. Il est clair que la constitution de groupements et comités par les intervenants de dé- veloppement (qu’ils soient agents de l’État ou d’ONG) repose souvent sur une vision a-sociologique de l’action collective. Il est vrai que le choix de mini-réseaux, fortement lié avec la volonté d’offrir un ser- vice accessible au plus grand nombre, entraîne des contraintes d’organisation locale que ne pose pas, par exemple, le choix de panneaux solaires individuels. Pour autant, sans être parfaite, notre approche en la matière a été loin du « placage de kit technico-gestionnaire » qu’elle y voit, en enquêtant quatre ans après. Il y a eu de fait : mobilisation d’un sociologue mauritanien au démarrage, longues discussions préalables avec la Jemma, l’assemblée de village ; distinction entre fonctions politiques et techniques dans la gestion du réseau, formations et appui dans une démarche de dialogue, etc. De plus, nos ex- périences antérieures sur la gestion de points d’eau en Mauritanie nous avaient montré que les institu- tions locales étaient à même de faire fonctionner un service local grâce ou malgré la création d’organisations : les éoliennes mises en place dans le cadre d’Alizés Pompage (qui a fourni la matrice d’Alizés Électrique) tournent toujours, pour la plupart. Et les deux premières années de fonctionnement du projet Alizés Électrique, les seules où il y a eu une réelle présence sur le terrain, n’avaient pas fait apparaître de vice majeur de ce point de vue (même si, comme tout dispositif nouveau, beaucoup de choses restaient à caler, tant d’un point de vue technique qu’organisationnel). Enfin, tant notre expé- rience pratique que les recherches d’anthropologie du développement montrent que les acteurs lo- caux ont la capacité de se réapproprier les « modèles », de les détourner et les transformer, ce qui limite aussi les effets de placage 4 .

2 Cf. Rocher M., 2002.

3 Cf. Caratini S., à paraître, « Le projet Alizés Électrique ou les paradoxes du rapport de développement », Autrepart 3/2005, n°35. Au-delà de ce débat de fond, cet article nous semble assez problématique, dans la façon dont il mélange argumen- taire général et étude de cas, cachant mal un postulat négatif qui transparaît dans la façon de restituer l’histoire et dans des assertions particulièrement tendancieuses (par exemple en confondant budget et bénéfices pour mettre en doute le carac- tère non lucratif des ONG…). Enfin, il refuse de prendre en compte les éléments factuels d’histoire que nous restituons ici (en les considérant comme découlant d’une volonté de notre part d’imposer notre vision de l’histoire !) au profit d’une interpréta- tion unilatérale en terme d’imposition de modèles technico-gestionnaires.

4 Cf. sur ce point Olivier de Sardan J.P., Diallo Y., Elhadji Dagobi A., 2000, La gestion des points d’eau dans le secteur de l’hydraulique villageoise au Niger et en Guinée, AFD, qui montre bien que les villageois se sont réapproprié les forages, ont modifié les règles du jeu (sur le paiement en particulier) et qu’une gestion « privée » s’est fréquemment mise en place derrière les comités instaurés par les projets, cela à la satisfaction générale.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Y avait-il là une erreur institutionnelle initiale, tellement rédhibitoire qu’elle explique à elle seule l’échec ? La question demeure donc ouverte de notre point de vue : il est possible, comme elle le sug- gère, que le service de l’électricité, moins vital que celui de l’eau pour les populations, n’ait pas suscité la même volonté de faire fonctionner un service collectif et donc d’assumer les contraintes posées par la gestion de cette innovation. Cette distinction, que Sophie Caratini ne pousse pas très loin, est même une hypothèse très intéressante. Mais pour autant, tant les suivis réalisés pendant les deux ans après la fin des actions de terrain que l’étude de Marie Rocher en 2001 montraient que les habitants étaient demandeurs et volontaires pour payer le service. Après la fin du projet, face à l’absence d’interlocuteur assumant les fonctions de maintenance, les responsables locaux ont tenté de trouver des alternatives pour le maintenir. Laissés brutalement à eux-mêmes sans que le dispositif de maintenance ait encore été mis en place, ils n’ont pas réussi. C’est suite à la dégradation progressive du service qui en a dé- coulé que les habitants ont progressivement - et bien légitimement ! - cessé de payer, achevant l’effondrement du dispositif. Cette rupture dans l’action de terrain n’a pas ainsi permis de répondre aux dysfonctionnements constatés et de trouver des réponses satisfaisantes dans une démarche itérative d’amélioration (que ce soit sur les batteries ou sur les questions organisationnelles).

Due à une institutionnalisation légitime mais bien mal menée, cette absence de continuité dans l’action, après seulement deux ans d’intervention sur un thème aussi nouveau pour la Mauritanie à l’époque, peut suffire à expliquer l’effondrement du dispositif - quelles que soient par ailleurs sa perti- nence ou ses limites -, toute personne ayant un peu d’expérience opérationnelle le comprendra. Dès lors, s’il s’agit de comprendre les causes de l’échec, ces éléments factuels du déroulement historique de l’action ne peuvent, nous semble-t-il, être a priori évacués ou tenus comme n’ayant aucun impact. C’est à partir de leur prise en compte, y compris en terme de méthodologie d’enquête, que l’on peut tenter de démêler l’écheveau, poser une interprétation argumentée de la situation rencontrée sur le terrain quatre ans après et, s’il y a lieu, apporter une réelle démonstration d’erreurs initiales rédhibitoires dans ces choix institutionnels locaux 5 .

Ce texte est donc livré au lecteur pour ce qu’il est : une réflexion ex post principalement interne, élaborée en 2003-2004, animée par une jeune chercheuse et moi-même. Il me semble que sans être exhaustif, il pose un certain nombre de questions de fond sur les démarches et les stratégies opération- nelles, et est un riche support de réflexion sur les stratégies d’intervention en électrification rurale, mais pas uniquement.

Philippe Lavigne Delville

Directeur scientifique

Mars 2005

5 La réflexion du pôle « Accès aux services essentiels » a cependant évolué sur ce point. Ainsi, au Cambodge, le projet Mirep appuie des entrepreneurs locaux dans la mise en place des réseaux d’alimentation en eau et l’élaboration d’un cadre institu- tionnel favorable, sur délégation par les communes.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Synthèse

Alizés Électrique est un projet d’électrification rurale des villages mauritaniens, qui a été conçu et mis en œuvre par le Gret entre 1995 et 2000. Ce fut d’abord un projet pilote, financé par le Global Fund for Environment (GEF) par le biais du Pnud. À la fin de ce premier financement, au début de l’année 1998, une vingtaine de villages étaient électrifiés, le projet était perçu comme une réussite dans plusieurs études et évaluations. La CFD (Caisse française de Développement, actuelle Agence française de Développement - AFD) a souhaité relayer cette initiative dont elle avait reconnu les apports. Elle a as- suré une phase relais en 1998, préparant un projet d’extension, sous tutelle de l’administration maurita- nienne. En 2000, le Gret a perdu l’appel d’offres que l’AFD avait organisé pour sélectionner l’assistance technique à ce nouveau projet. Alors que les jugements extérieurs étaient très positifs entre 1996 et 1999, ceux de 2000 concluent à un échec du projet. De fait, en 2001, de nombreux équipements sont en panne.

Cette étude est une analyse rétrospective de ce projet. Elle vise à reconstituer le plus fidèlement possible l’histoire de celui-ci, de ses bifurcations, pour comprendre le processus qui s’engage dès le début des années 90 et qui s’arrête brutalement en 2000, et pour porter un regard critique argumenté sur l’expérience, ses modalités de mise en œuvre, ses acquis parfois vite balayés compte tenu de l’issue qu’a connue le projet et, en même temps, ses limites et les défis qu’elle n’a pas su relever.

Qualifié de « phase pilote », le premier financement a été en fait une phase expérimentale qui a permis en deux ans et demi de stabiliser un référentiel technico-organisationnel à peu près adapté, mais pas d’avancer vraiment sur la maintenance. Le bailleur a incité, dès la fin de cette étape, à une institutionnalisation et à un changement d’échelle de façon prématurée. Couplé à de graves erreurs dans les choix institutionnels réalisés, cela a entraîné une phase de soubresauts institutionnels et d’incertitudes, rendant impossible la continuité du travail de terrain, aboutissant in fine à l’effondrement du dispositif d’appui et de suivi, puis à l’arrêt progressif des équipements. Ayant poussé à ces choix, le bailleur porte une responsabilité certaine dans cette bifurcation.

Pour autant, le Gret n’a pas su voir venir ces risques ni les contrer, faute d’une stratégie institution- nelle suffisamment claire. Manquant à cette époque d’expérience en termes de recherche-action et de construction institutionnelle, il a piloté un peu trop à vue, n’a pas su anticiper, s’est trouvé dépassé par des questions au moment où, pour lui, il fallait d’abord travailler à consolider le service à l’échelle locale.

Sur le projet lui-même et cette tentative de création d’un service d’électrification décentralisée, cette relecture permet de « réhabiliter » certains acquis, réels et originaux pour l’époque, mais qui ont eu tendance à être oubliés, compte tenu de l’issue qu’a connue le projet : avoir raisonné en termes de services dans une logique de viabilité économique, avoir ajusté les choix techniques, avoir réussi à pro- poser un service accessible au plus grand nombre, sont des acquis réels.

Cet exercice permet aussi d’identifier les limites de l’expérience (un accent trop exclusif mis au dé- part sur l’éolienne, une sous-estimation des contraintes organisationnelles, etc.) et de souligner les en- jeux liés à la construction d’un service d’électrification rurale (le dimensionnement des offres de servi- ces, la maintenance et l’insertion institutionnelle).

L’analyse d’Alizés doit ici se prémunir de l’illusion rétrospective, qui consisterait à juger un projet éla- boré et formulé en 1995 avec les yeux d’aujourd’hui. Si les regards portés, tant par les évaluateurs ex-

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

ternes que par une équipe de recherche, étaient si positifs entre 1996 et 1999, c’est bien que, en regard du référentiel de l’époque, la démarche du projet était réellement novatrice.

Il n’en demeure pas moins que, tout en étant réelle pour l’époque, la prise en compte des questions institutionnelles a été pour le moins lacunaire. Des impasses ou des paris trop osés avaient été faits pour la maintenance, négligeant des paramètres importants de viabilité. La question du rapport à l’État restait peu construite. Cela montre l’ampleur des évolutions conceptuelles et opérationnelles en ma- tière de stratégies d’intervention : la façon de poser les questions institutionnelle a profondément évo- lué et des actions visant à construire un service d’électrification décentralisée dans les villages ne se- raient plus, sous bien des aspects, conçues de cette façon. À partir de la réflexion sur cette expérience, et d’autres expériences dans le secteur de l’eau potable ou de l’irrigation, le Gret a, depuis, considéra- blement évolué et d’autres travaux récents de capitalisation en témoignent 6 .

Tout en conservant une éthique de présence forte sur le terrain, de réactivité, de qualité technico- organisationnelle, et tout en intervenant essentiellement sous forme de « projets », le Gret cherche à sortir d’une logique « projet » pour des logiques de processus, où la construction institutionnelle et la contribution à des politiques publiques sectorielles sont des objectifs à part entière. Cela implique une attention accrue aux enjeux institutionnels, à la façon de construire le pilotage des projets, à la façon de s’inscrire dans un dialogue exigeant et constructif avec l’État. Cela implique de travailler le phasage des projets et la façon de mettre en jeu les acteurs locaux, tout en changeant soi-même de métier au fur et à mesure que les acteurs locaux acquièrent les compétences. En creux, l’analyse d’Alizés Électri- que montre bien, nous semble-t-il, la pertinence de cette approche.

L’intérêt de ce travail de capitalisation aurait été limité s’il n’avait pas aussi abouti à la formulation de recommandations pratiques en vue de l’amélioration des interventions. Outre la question de la stra- tégie institutionnelle, trois points principaux sont à souligner :

> mieux identifier la nature du « projet » et les enjeux auxquels il est censé apporter une réponse, pour les prendre en compte dans la construction même de l’action (choix institutionnels, hypothèses et objectifs, durée, moyens humains et financiers) ;

> intégrer dans la conduite d’un projet de recherche-action les paramètres essentiels (le facteur temps et la stabilisation d’un référentiel, l’emboîtement des échelles, des acteurs et des fonctions ; le rôle de l’opérateur intermédiaire, du suivi et de l’évaluation) ;

> organiser les modalités de pilotage de façon à permettre une réelle information du maître d’ouvrage et du bailleur, une prise de conscience des enjeux, de réels débats sur les choix stratégi- ques, de façon à assurer une continuité au-delà des aléas de phases.

Reste la question des procédures des bailleurs et de leur capacité à s’engager dans des processus qui ne relèvent pas des « canons » des projets de trois ans non renouvelables…

6 Cf. en particulier Braïlowski 2000, Massé 2004, Kibler et Perroud, 2004.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Introduction : une capitalisation rétrospective

Alizés Électrique est un projet d’électrification rurale des villages mauritaniens, qui a été conçu et mis en œuvre par le Gret, entre 1995 et 2000. Ce fut d’abord un projet pilote financé par le Global Fund for Environment (GEF) par le biais du Pnud. À la fin de ce premier financement, au début de l’année 1998, le projet était perçu comme une réussite, dans plusieurs études et évaluations. La CFD (Caisse française de Développement, actuelle Agence française de Développement - AFD) a souhaité relayer cette initiative dont elle avait reconnu les apports. Elle a assuré une phase relais en 1998, préparant un projet d’extension, sous tutelle de l’administration mauritanienne. En 2000, le Gret a perdu l’appel d’offres que l’AFD avait organisé pour sélectionner l’assistance technique à ce nouveau projet.

Cette étude est une analyse rétrospective du projet. Ce n’est pas la première fois que l’on se pen- che sur le projet Alizés Électrique de manière rétrospective. Des initiatives ont déjà été prises en ce sens au niveau du Gret, principal opérateur de ce projet, et de l’AFD 7 . En 2001, sur demande du Gret, Marie Rocher dressait un constat affligeant de ce qu’il subsistait du service dans les villages tandis que, sur demande de l’AFD, Sophie Caratini, anthropologue, faisait sur dossier un état des erreurs commises par le Gret dans l’exécution de ce projet 8 . Alizés Électrique a déjà fait couler beaucoup d’encre. On peut identifier deux raisons principales à cela : le constat d’« échec » d’une part, et, en même temps, de manière paradoxale, la richesse de l’expérience, son caractère novateur en matière d’électrification rurale décentralisée (ERD), le foisonnement d’innovations qu’elle cherchait à mettre en œuvre et qui étaient reconnues à l’époque.

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Alors, quel est l’objectif de cette nouvelle initiative ?

Reconstituer, le plus fidèlement possible l’histoire de ce projet, de ses bifurcations, en utilisant les supports écrits et les témoignages recueillis auprès des principaux acteurs impliqués 9 : comprendre le processus qui s’engage dès le début des années 90 et qui s’arrête brutalement en 2000, mieux comprendre l’enchaînement des étapes et prendre toute la mesure du facteur « temps » dans un projet ;

Apporter, avec ces acteurs, un regard critique sur l’expérience, ses modalités de mise en œuvre, ses acquis parfois vite balayés compte tenu de l’issue qu’a connue le projet et, en même temps, ses limites, les défis qu’elle n’a pas su relever ;

Identifier clairement les responsabilités de ces différents acteurs, les limites de leurs pratiques et, en retour, proposer des solutions concrètes permettant de corriger ces écueils en vue d’une meilleure qualité de nos interventions ;

En tirer des enseignements pour le montage et le pilotage de ce type de projets.

7

8

9

Jacques Monvois, Marie Rocher, Sophie Caratini, UMR Regards.

Caratini Sophie, Synthèse de l’évaluation du projet Alizés électrification rurale, AFD - CNRS, 2002. Rocher Marie, Travail de capitalisation - Alizés Électrique, Gret, 2002.

Les entretiens ont été réalisés pendant les mois d’octobre et de novembre 2003 avec Luc Arnaud, Bernard Gay, Jacques Monvois et Rodolphe Carlier (GRET) et Christian de Grosmard (AFD).

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

La méthode de travail a été la suivante : reprendre l’ensemble de la production écrite sur le projet, recueillir les témoignages de personnes ayant été très étroitement associées à sa mise en œuvre et croiser l’ensemble de ces informations afin de répondre aux trois objectifs de l’étude précédemment présentés.

Ce travail s’est appuyé sur la réalisation d’entretiens et la consultation de rapports d’activités. Or, ces derniers ont pour rôle principal de rendre compte aux bailleurs. Travailler à partir de telles sources expose donc aux risques liés à la reconstruction des faits par les protagonistes : reconstruction a poste- riori de l’enchaînement des faits, redistribution des responsabilités entre les acteurs, etc. Le recul dans le temps (trois ans après la fin du projet) a permis aux acteurs impliqués « d’encaisser » la perte de l’appel d’offres et la fin du projet, et autorise une lecture plus distanciée. L’enjeu de ce travail n’est pas de défendre à tout prix ce qu’avait fait le Gret et de mettre l’accent sur la responsabilité du bailleur dans les errements institutionnels et l’enlisement du projet, mais bien d’en proposer une lecture aussi juste possible, de faire la part des choses, de comprendre les erreurs du Gret et de tirer les conclusions né- cessaires pour mieux avancer à l’avenir sur ce type d’intervention relevant de la recherche-action. Ce qui a, semble-t-il, été bien compris par les protagonistes, ils se le sont d’ailleurs approprié. La nature de leurs propos exposés au fil de ce document en témoigne, et c’est aussi pour cela qu’ils y occupent une place importante.

La réflexion s’articulera en deux temps, le premier est celui de l’histoire du projet et le second celui du bilan et des enseignements à en tirer. Rodolphe Carlier et Philippe Lavigne Delville ont contribué à la rédaction de cette seconde partie.

Ce travail a été réalisé sur la base d’une étude bibliographique, dont les références mobilisées sont indiquées en bibliographie, et complétée par la réalisation d’entretiens avec des personnes ayant été impliquées dans le déroulement du projet. Les entretiens ont eu lieu aux mois d’octobre et de novem- bre 2003 avec les personnes suivantes :

Luc Arnaud

Actuellement représentant pays du Gret à Madagascar, il était à l’époque responsable du Gret en Mauritanie ainsi que du projet Alizés Électrique. Entretien réalisé le 28 octobre 2003.

Bernard Gay

Actuellement en poste à Brazzaville (Congo) pour le Gret, il était à l’époque responsable du suivi du projet en tant que chargé de mission pour le pôle Développement Social Urbain – Services Publics Mar- chands au Gret (Paris). Entretien réalisé à distance, fin octobre 2003.

Jacques Monvois

À l’époque, il était en charge du suivi du projet, il est toujours chargé de mission pour le pôle Déve- loppement Social Urbain - Services Publics Marchands au Gret. Entretien réalisé le 23 octobre 2003.

Rodolphe Carlier

À l’époque, il était en poste au Gret en Mauritanie et assurait le suivi et la gestion financière des projets hydrauliques et électriques. Il occupe aujourd’hui un poste de chargé de mission pour le pôle Développement social urbain - Services publics marchands au Gret (Paris). Entretien réalisé le 18 octo- bre 2003.

Christian de Grosmard

Travaillant à l’époque pour le Secrétariat du Fonds français pour l’environnement mondial, en rela- tion avec l’Agence française de Développement (AFD), il occupe aujourd’hui un poste d’ingénieur au Département aménagement du territoire et développement urbain à l’AFD (Paris). Entretien réalisé le 19 novembre 2003.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Partie I Alizés Électrique (1995-2000) :

Histoire et déroulement

En tentant d’être le plus fidèle possible au déroulement du projet, nous revenons sur son histoire. Par- tant de sa « préhistoire » (1992-1994), ce sont ensuite les chemins suivis par le projet « en actions », de 1995 à 2000, qui sont reconstitués. Pour chaque phase, un chronogramme récapitulatif reprend les dif- férentes étapes. Enfin, un état des lieux de ce qu’il subsistait du projet en 2001, lors du bilan de terrain, est dressé.

1990-1994, la préhistoire du projet

Au stade de sa conception, Alizés Électrique s’inspire de plusieurs expériences réalisées en Maurita- nie et ailleurs. De 1992 à 1994, des pistes de financement sont explorées, l’une d’entre elles trouvera finalement une issue favorable. En découleront les premiers objectifs affichés par le projet et ses straté- gies d’intervention.

Références, expériences et expérimentations antérieures

o

Au début des années 90, au démarrage du projet Alizés Électrique, il n’y a encore aucun projet d’électrification rurale en Mauritanie. Cent cinquante mille foyers, trois mille villages ne sont pas électrifiés.

Le cadre légal de la filière électrique en Mauritanie à l’époque.

Dans les principales villes, l’exploitation du service de l’électricité est assurée par un organisme pu- blic national à caractère industriel et commercial, la Sonelec, qui assure également l’alimentation en eau potable.

L’ordonnance n° 79 316 du 20 novembre 1979, relative à l’énergie électrique, prévoit un monopole de cet organisme sur le transport et la distribution de l’énergie électrique. Cependant, elle ne prévoit l’obligation d’autorisation préalable de production que pour les puissances supérieures à 30 kW. Elle prévoit aussi explicitement, en son article 2, la possibilité d’une distribution locale autonome pour les puissances installées inférieures à 30 kW.

Entre 1988 et 1992, la Sonelec connaît un redressement remarquable et treize villes sont électrifiées (sept capitales régionales et six agglomérations importantes). La Sonelec en assure l’exploitation.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

o

Cependant, à l’époque, dans d’autres pays, en matière d’électrification rurale décentralisée, des opérateurs ont exploré de nouvelles technologies, de nouveaux modes de production et de distribution :

1.

En Côte d’Ivoire, une technologie de mini-réseaux GECO a été mise en œuvre par l’Apave Sud- ouest (bureau d’études français) ;

2.

et, au Maroc, un programme prioritaire d’électrification rurale a été financé par l’AFD.

o

En outre, en matière d’énergies renouvelables, des projets d’hydraulique villageoise ont été développés en Mauritanie et constituent des références non négligeables :

3.

le Programme régional solaire, projet de pompage à partir de l’énergie solaire (financé par l’Union européenne) dont l’étude avait été confiée au Gret ;

4.

et Alizés Pompage ou Alizés « Trarza », projet de pompage à partir de l’énergie éolienne, mis en œuvre par le Gret de 1990 à 1995 et financé par la Fondation de France -la première année seu- lement-, le CFSI, le ministère des Affaires étrangères et l’Union européenne.

La région mauritanienne du Trarza

Le Trarza est une des douze régions administratives de la Mauritanie. Elle se situe à l’extrême Sud-ouest du pays. À vocation essentiellement agropastorale, cette région concen- tre des agglomérations autour desquelles affluent et se fixent des populations nomades.

desquelles affluent et se fixent des populations nomades. Le Trarza compte 200 000 habitants, dont 27

Le Trarza compte 200 000 habitants, dont 27 800 vivent dans la capitale régionale, Rosso. En ce qui concerne les conditions hydrogéologiques, l’aquifère du Trarza, le plus important en Mauritanie, occupe tout le Sud-ouest et est traversé par de nombreux puits permettant d’abreuver les troupeaux.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

« Alizés Trarza » ou « Alizés Pompage »

Le projet Alizés Trarza

Connu sous le nom d’Alizés Trarza, le projet Alizés Pompage mené par le Gret entre 1990 et 1995 a permis l’alimentation en eau potable d’une centaine de villages mauritaniens de la région à partir d’éoliennes de pompage. Il a été prolongé ensuite par le projet Ashyr (Amélioration des services de l’hydraulique rurale) sur financement de l’AFD et de l’État mauritanien.

sur financement de l’AFD et de l’État mauritanien. Eolienne de pompage, Alizés Trarza Grâce à Alizés

Eolienne de pompage, Alizés Trarza

Grâce à Alizés Trarza, des éoliennes fournissent chacune 5 à 20 m 3 d’eau par jour dans les villages. Elles permettent d’alimenter une centaine d’entre eux en eau potable. Les villages participent financièrement aux investissements. Dans chaque village, un comité de points d’eau est responsable du recouvrement et de l’entretien des équipements.

La question de la maintenance, la coopérative régionale Nassim

Dans les conditions de la Mauritanie, une éolienne requiert pour sa maintenance deux à trois interventions par an. Portant une attention particulière au dispositif de maintenance de ce nouveau service décentralisé, le Gret a promu la mise en place d’une fédération régio- nale des comités de points d’eau. Celle-ci a pris la forme d’une union des coopératives, dénommée « Nassim », au niveau régional, avec pour mission principale la gestion et la pré- servation des équipements hydrauliques éoliens dans le Trarza. Elle a officiellement été créée en juillet 1997.

Nassim est basée sur un principe mutualiste : les villages bénéficiaires des services de Nas- sim (maintenance, entretien et renouvellement) sont aussi ses actionnaires. Nassim est consti- tuée d’une assemblée générale des comités villageois, reconnue par l’État mauritanien en tant que coopérative. Cette assemblée générale élit un conseil d’administration renouvela- ble par tiers tous les trois ans, qui lui-même élit un président, ainsi que les autres membres du bureau.

Elle joue un double rôle : collecter régulièrement le paiement des frais de maintenance au niveau de chaque comité villageois et superviser une équipe de réparateurs. Le choix d’une coopérative régionale a constitué une solution fonctionnelle puisque cette dernière a permis d’assurer la fourniture des pièces, les réparations et de faire payer leurs prestations aux villageois.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Alizés Trarza a eu une influence considérable à la fois sur la conception et la mise en œuvre du pro- jet Alizés Électrique.

Alizés Trarza a permis de démontrer que :

d’un point de vue technologique, l’énergie éolienne pouvait être utilisée dans la région du Trarza ;

d’un point de vue socioorganisationnel, les villages étaient disposés à participer financièrement aux investissements pour leur accès à un service de base, et à assumer correctement, au travers d’un comité de points d’eau, la responsabilité du fonctionnement des installations ;

en ce qui concerne la maintenance, une structure régionale, rassemblant les villages concernés, pouvait constituer une garantie à la durabilité des services.

D’un point de vue institutionnel, le projet Alizés Trarza a permis d’enclencher un partenariat avec le Ministère de l’hydraulique et de l’énergie, aussi bien avec la Direction de l’hydraulique qu’avec la Di- rection de l’énergie. Ces deux directions ont été associées à la réalisation des opérations relevant de l’implantation de systèmes d’alimentation en eau potable des populations villageoises. Un capital de confiance existait donc avec les interlocuteurs mauritaniens nationaux, avant même le début d’Alizés Électrique.

Aussi, plus concrètement, dans le cadre d’Alizés Trarza, plusieurs expérimentations en matière d’électrification ont été menées par le Gret :

Dès 1991, le poste de police de la ville de Rosso a été éclairé à partir d’une éolienne de type Mar- lech 10 (70W).

partir d’une éolienne de type Mar- lech 1 0 (70W). Éclairage d’un poste de police à

Éclairage d’un poste de police à Rosso par un aérogénérateur de marque Marlech (70 W).

Source: Jacques Monvois.

En juillet 1993, trois autres types d’installations ont été testés et ont donné satisfaction en termes de solidité et de fonctionnement :

- Dans le village de M’Ballal, un aérogénérateur de marque LMW 11 de 1 kW pour alimenter du froid commercial et une station de charge batteries avec des « kits énergie » (financement du village et apport d’Alizés Pompage) ;

- Dans le village de Keur Macène, un autre aérogénérateur de 1 kW pour le pompage et le traite- ment de l’eau (financement du jumelage avec la municipalité de Vert St Denis, intégré au Syndi- cat des agglomérations nouvelles - SAN - de Melun Sénart) ;

10 Entreprise britannique

11 Entreprise hollandaise.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

-

Dans le village de Tighent, un aérogénérateur de 1 kW alimentant un mini réseau électrique pour l’éclairage des boutiques (financement du jumelage avec la municipalité de Nandy , une des huit communes de la même SAN).

Selon Luc Arnaud 12 , « chacune de ces trois installations amenait une expérience nouvelle : Keur Ma- cène le côté traitement de l’eau, M’Ballal l’organisation villageoise pour vendre de l’électricité avec des kits batteries et Tighent un petit réseau ».

Selon Rodolphe Carlier 13 , l’expérience de M’Ballal était particulièrement intéressante : « elle partait d’une initiative locale, celle d’une association de cadres désirant électrifier leur village. Ces derniers ont réalisé un emprunt auprès de IDM 14 afin de financer en partie ce projet. Cette première expérimenta- tion s’est donc basée sur un mécanisme de crédit et d’accession à la propriété des infrastructures et équipements (en l’occurrence l’aérogénérateur et les kits énergie) et non sur celui de la fourniture d’un service » 15 . Cet arbitrage entre crédit ou service sera repris au stade des choix opérationnels établis lors de la mise en œuvre du projet Alizés Électrique 16 .

o

Outre ces expérimentations, au début de l’année 1992, la perspective d’un financement de l’IEPF17 pour un projet d’électrification à partir d’aérogénérateurs avait encouragé le Gret à préciser sa méthodologie d’intervention en matière d’électrification en Mauritanie.

Jacques Monvois 18 était en mission au mois de décembre 1991 sur le programme Alizés Trarza lors- que Bernard Gay 19 l’a contacté en lui demandant s’il ne pourrait pas rester une semaine supplémen- taire pour travailler avec Luc Arnaud sur l’identification de projets grâce auxquels le Gret pourrait met- tre en place un programme d’électrification à base d’aérogénérateurs sur six sites -l’idée de l’électrification rurale viendra bien après-. Une opportunité financière se présente avec l’IEPF.

Jacques Monvois raconte : « Avec Luc Arnaud, en faisant nos premières démarches auprès de la mairie de Nouakchott, nous proposons au maire de réaliser un site de démonstration avec des aérogé- nérateurs : « vous avez une superbe place, le rond-point de Madrid, qui assure la liaison entre la route Nouakchott / Rosso et Nouakchott / la route de l’espoir » ; c’était un rond-point qui était plus ou moins à l’abandon où il y avait beaucoup de passage mais qui restait sombre. Nous avons proposé à cette oc- casion de mettre en place un aérogénérateur de 300 W pour électrifier « la place de l’étoile ». Il y avait aussi des possibilités au niveau des dispensaires… Finalement, la mission se termine ; Bernard Gay envoie un fax pour nous informer du retrait de l’IEPF sur ce dossier ».

Même si l’initiative de l’IEPF n’a pas abouti, cette opportunité a orienté le Gret vers une réflexion plus approfondie autour de l’électrification à partir d’aérogénérateurs. Elle trouvera une application en matière d’électrification de postes de santé.

12 A l’époque chef de projet expatrié pour le Gret en Mauritanie.

13 A l’époque, expatrié pour le Gret en Mauritanie.

14 Investissement et développement mauritanien. Compétences : crédit et apport de capital, appui aux sociétés locales sélec- tionnées par procédure d’appels d’offres, appui aux coopératives utilisant les éoliennes.

15 Entretien du 21 octobre 2003.

16 Chapitre « 1995, offres de services et tarification ».

17 Institut de l’énergie et de l’environnement pour la Francophonie, basé à Québec.

18 Chargé de mission pour le Gret siège.

19 Chargé de mission pour le Gret siège.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

o En 1993, afin d’améliorer la qualité des services que les centres de santé de la région du Trarza doivent assurer aux populations rurales, le Gret réalise l’électrification de huit de ces centres grâce au financement de la Mission d’action culturelle de l’Ambassade de France.

Ce projet est réalisé avec le Ministère de la Santé de la République Islamique de Mauritanie et sou- tenu par le GEF/Pnud 20. L’électrification de ces dispensaires permet d’alimenter des réfrigérateurs et des congélateurs pour assurer le stockage de vaccins et éclairer les salles lors d’interventions nocturnes. Pour ce faire, des aérogénérateurs d’une puissance de 250 W sont installés et parfois des panneaux solaires en complément.

installés et parfois des panneaux solaires en complément. Électrification d’un poste de santé à Tighent à

Électrification d’un poste de santé à Tighent à partir d’un aérogénérateur de marque Marlech de 250 W.

Source : Jacques Monvois.

La réalisation de ce projet permet de démontrer qu’il est envisageable d’électrifier les villages : au cours de sa mise en œuvre, les décideurs villageois sont extrêmement curieux de savoir comment, quand et à quel coût ils pourraient électrifier leur village. En outre, très vite, l’usage initialement prévu des équipements est détourné : le voisinage les utilise comme des stations de charge de batteries à usage individuel.

o L’ensemble de ces expériences et expérimentations a permis de révéler et/ou de confirmer certains paramètres fondamentaux de la faisabilité d’une électrification rurale décentralisée en Mauritanie.

20 Global Environment Fund / Programme des Nations Unies pour le Développement.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

 

1991

1992

1993

1994

1995

1996

 

Responsable

Autres

1er S

2e S

1er S

2e S

1er S

2e S

1er S

2e S

1er S

2e S

1er S

2e S

partenaires

Phase préalable au projet Alizés électrique

                       

Installation 1ère Marlech en 1990 au poste de police de Rosso

Alizés Trarza

                       

Signature convention pour projet "poste de santé"

Gret

Coopération Fçse

           

mai

         

Installation de 8 aérogénérateurs pour poste de santé

Gret

EED

                       

Suivi des installations postes de santé

Gret

                       

Installation d'aérogénérateurs dans trois villages mauritaniens

Alizés Trarza

EED

                       

Suivi des installations

Alizés Trarza

                       

Financements

 

GEF / PNUD

 

mois

Point crucial orientant le projet Réalisation des investissements Phase de suivi

   
 

Source : Jacques Monvois et Luc Arnaud.

Faisabilité sociale et économique

L’existence d’une très forte demande solvable des villageois en ce qui concerne l’accès à l’électricité par un système de charge batterie ;

La difficulté de demander à des villageois de cotiser pour alimenter en énergie électrique un « service public », s’ils n’ont pas eux-mêmes accès individuellement à l’électricité.

Faisabilité technique

L’inefficacité du petit éolien (moins de 600 W) pour un usage collectif ;

L’impossibilité d’utiliser des équipements standard (220 volts alternatifs) du genre pompe, réfrigéra- teur, congélateur pour des usages avec du petit éolien ;

Le bon fonctionnement et la bonne durée de vie des batteries de marque Fulmen ;

L’intérêt des mini-réseaux alimentés par des aérogénérateurs, compte tenu de leur coût d’installation et de la demande existante ;

L’intérêt du très petit éolien (Marlech de 70 W) par rapport au solaire pour une famille si elle peut revendre une partie de l’énergie à des voisins ;

L’intérêt de l’aérogénérateur LMW 1005 pour sa fiabilité, sa simplicité d’utilisation et d’entretien.

Dès sa conception, le projet Alizés Électrique bénéficie donc d’un premier savoir technique concer- nant la filière éolienne et d’un référentiel pour l’action : connaissance du terrain d’intervention, connais- sance des partenaires locaux (administration, entreprises, villages, etc.).

Ensuite, un ensemble d’opportunités a joué, celles qui ne se sont pas concrétisées, comme l’IEPF, et d’autres qui vont pouvoir se matérialiser comme l’expérience de l’électrification des postes de santé, Keur Macène ou M’Ballal.

Le montage du projet et les premiers recadrages financiers. 1992-1994

En 1992, sur la base des expériences en matière d’éoliennes de pompage et des différentes expéri- mentations en matière d’énergie électrique présentées précédemment, une requête de financement

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

est adressée au GEF/Pnud pour un projet d’électrification rurale à partir d’éoliennes pour un montant de 700 000 dollars.

Luc Arnaud raconte : « au même moment que le financement IEPF ne tient plus, il apparaît qu’il existe une possibilité de monter des projets sur l’environnement dans le cadre du GEF. Et donc, on redi- mensionne la fiche de projet ; cette fiche part à New York, ils trouvent ça intéressant et nous envoient un expert, Jerome M. Weingart, pour réfléchir au projet ».

Au mois de mai 1992, Jerome M. Weingart, expert américain, réalise une mission pour le compte du GEF/Pnud au cours de laquelle il visite les villages concernés par le projet Alizés Trarza. Enthousiasmé par le projet Alizés Trarza 21 , il soutient largement l’initiative du Gret et pense même qu’il sera possible de cibler un financement beaucoup plus important, de l’ordre de quatre millions de dollars sur cinq ans 22 .

Suite à cette mission, la fiche de projet est précisée. Luc Arnaud ajoute : « au niveau du GEF, il y a eu plusieurs étapes dont celle de la présélection du projet. Ensuite, en décembre 1992, une réunion a eu lieu à Abidjan au cours de laquelle le budget a été coupé en deux et la durée prévue fixée à deux années. Après, la mission de Jerome Weingart et de Bernard Gay aura lieu en vue de rédiger le docu- ment de projet ».

Finalement, au premier semestre 1993, le Pnud / GEF accepte le projet mais pour un montant plus réduit, deux millions de dollars sur deux ans. Désormais, il n’est plus question d’électrifier une centaine de villages mais seulement une quinzaine dans un premier temps. Le calendrier du projet est remodelé et conçu de la manière suivante :

une première phase « pilote » de deux ans, financée par le GEF/Pnud ;

une seconde phase, à l’époque conçue comme une phase de « diffusion », qui devra être finan- cée par un autre bailleur. La Caisse centrale de coopération économique (aujourd’hui Agence française de développement) est alors pressentie comme un partenaire financier potentiel. Elle sera d’ailleurs associée aux réunions du comité de pilotage du projet.

21 Jerome M. Weingart, Appication of small-scale wind electric power technology in the IRM, Regional bureau for Africa / PNUD, juillet 1992.

22 Luc Arnaud, entretien du 28 octobre 2003.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

1992 1993 1994 Responsable Autres 1er S 2e S 1er S 2e S 1er S
1992 1993
1994
Responsable
Autres
1er S
2e S
1er S
2e S
1er S
2e S
partenaires
Définition du projet Alizés éléctrique
Rédaction Fiche projet
Gret
Direction de
l'énergie
Analyse fiche projet
Gef
M ission de Jerom e W eingart
Gef
Gret, Direction de
l'Energie
Rédaction Fiche projet n°2
Gef
Gret, Direction de
l'Energie,Pnud
Etude de la fiche projet
Gef
Acceptation du projet par le G ef
Gef
M ission de Jerom e W eingart et de Bernard G ay
pnud
Gret, Direction de
l'Energie
Rédaction du prodoc
pnud
Gret, Direction de
l'Energie
Acceptation du prodoc par le Pnud
pnud
Gret, Direction de
l'Energie
Signature du mémorandum d'accord
pnud
Direction de
l'énergie
Signature du prodoc
pnud
Direction de
l'énergie

Source : Jacques Monvois et Luc Arnaud.

Point crucial orientant le projet Etudes de faisabilité Phase de suivi
Point crucial orientant le projet Etudes de faisabilité Phase de suivi
Point crucial orientant le projet Etudes de faisabilité Phase de suivi

Point crucial orientant le projet Etudes de faisabilité Phase de suivi

Point crucial orientant le projet Etudes de faisabilité Phase de suivi
Point crucial orientant le projet Etudes de faisabilité Phase de suivi

Rédigé par Jerome M. Weingart (Pnud), Fall Yohbe Ould Taleb, Bernard Gay (Gret), Mouhamedou Lemine Diack (EED 23 ) et Amadou El Hadj Diop, le document de projet en date du 23 mai 1993 24 prévoit la réalisation d’un projet « Alizés Électrique », en référence au projet d’eau en cours depuis deux ans, « Alizés Pompage », dans les villages mauritaniens, à partir de la technologie éolienne.

À la fin de l’année 1994, un an et demi après avoir été déposé, le document de projet établi entre la Direction de l’énergie et le Gret est finalement signé par le Pnud. Luc Arnaud explique la raison de ce retard : « Tout ceci a pris du temps parce qu’un problème institutionnel s’est posé : le Pnud n’avait pas le droit de signer un projet avec une ONG. Il a fallu qu’une procédure nouvelle soit créée, avec un protocole d’accord entre le Pnud et le gouvernement mauritanien, autorisant le Pnud à signer un contrat avec le Gret. Ceci était tout nouveau, c’était la première fois que cela se passait au niveau du Pnud ».

Le Pnud a donc accepté que soit associée une ONG, le Gret, à une autorité gouvernementale (la Direction de l’énergie et en l’occurrence, le Ministère de l’hydraulique et de l’énergie) dans la réalisa- tion d’un projet d’électrification rurale, pour le compte de l’État mauritanien. Le document prévoit que le Gret joue le rôle de maître d’œuvre délégué de la Direction de l’énergie, le maître d’ouvrage étant le Ministère de l’énergie et de l’hydraulique.

23 Espace Éolien Développement.

24 Jerome M. Weingart (Pnud), Fall Yohbe Ould Taleb, Bernard Gay (Gret), Mouhamedou Lemine Diack (EED) et Amadou El Hadj Diop, Diffusion d'aérogénérateurs pour le développement des activités sociales et économiques en Mauritanie, projet du gou- vernement de Mauritanie et du GEF/PNUD, 23 mai 1993.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Les objectifs initiaux du projet et les produits attendus

Objectif, objectifs immédiats et produits attendus.

Extraits du document de projet approuvé par le Pnud.

Objectif

Promouvoir le développement durable, par l’amélioration de la qualité de la vie et de la situation socioéconomique des populations rurales, à travers la mise en place et la diffusion à l’échelle locale et nationale de petits équipements décentralisés de production d’énergie éolienne pour participer aux efforts visant à l’atténuation du réchauffement de la planète.

Objectifs immédiats

- identifier, expérimenter et évaluer les opportunités techniques, sociales et économiques adaptées à l’utilisation d’aérogénérateurs en milieu rural ;

- établir un dispositif technique, financier et institutionnel, maîtrisé localement, reproductible, pour la diffusion des technologies faisant appel aux énergies renouvelables, et aux aérogénérateurs en premier lieu, permettant le développement d’un premier mode d’électrification en Mauritanie ;

- équiper une centaine de villages à des degrés divers et pour des applications diverses valorisant l’énergie éolienne ;

- promouvoir et diffuser, à l’échelle nationale, sous-régionale et internationale, les systèmes électri- ques éoliens et leur dispositif de diffusion sur la base de l’expérience acquise par le projet ;

- contribuer au montage financier de la seconde phase.

Fonction première du projet

Le projet Alizés Électrique est un projet pilote en ce sens qu’il doit déterminer la viabilité :

- technique de petites installations de production d’énergie électrique par des aérogénérateurs ;

- économique d’une gestion villageoise, qui permet à la fois d’assurer la pérennité des installations existantes tout en en permettant la réalisation de nouvelles ;

- méthodologique d’un projet d’électrification rurale en Mauritanie en identifiant les acteurs capa-

bles de mettre en œuvre l’électrification rurale. Le projet doit valider des « produits commercialisables » facilement identifiables qui pourront être diffusés par des structures relais : coopératives, associations villageoises ou Union de coopératives.

Produits attendus

- Une étude de marché concernant les équipements de pré-électrification en milieu rural dans les principales régions naturelles de la Mauritanie ;

- une définition des filières techniques prioritaires utilisant l’énergie éolienne et aptes à répondre aux besoins prioritaires familiaux, communautaires et économiques de la Mauritanie ;

- la définition des conditions financières de diffusion ;

- l’identification d’un fournisseur et de PME locales et la constitution d’un partenariat ;

- la mise en place d’éoliennes de démonstration.

Dans un premier temps, le projet vise à équiper une quinzaine de villages d’aérogénérateurs et à mettre durablement en œuvre le système d’électrification qui en dépend.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

À l’époque, il est prévu que la « phase de diffusion » consistera à « valider 25 les choix techniques et les dispositifs de gestion villageois » et, en pratique, à équiper près de huit mille familles, soit près de cent cinquante villages. La qualification de « phase de diffusion » apparaît a posteriori impropre ou, plutôt, les objectifs qu’on lui avait assignés semblent contradictoires : valider des options tout en démultipliant les lieux d’intervention. Comment stabiliser un référentiel alors qu’en même temps il s’agit d’en étendre l’application, les deux objectifs peuvent-ils être atteints simultanément 26 ?

1995, les bases méthodologiques

Sans vouloir schématiser et simplifier à outrance ce qu’ont été les différentes étapes du projet Alizés Électrique, cette partie propose de rendre compte des temps du projet :

- l’année 1995 pendant laquelle les principales orientations méthodologiques se dessinent ;

- la période s’écoulant de 1996 à 1998 au cours de laquelle les investissements sont mis en œuvre, de premières évaluations du projet ont lieu et des corrections sont apportées ;

- enfin, la période s’écoulant de 1998 à 2000 ; au cours de cette dernière, de nombreux retourne- ments institutionnels ont largement compromis l’avenir du projet.

Nous avons délibérément inséré une présentation détaillée des dispositifs d’électrification rurale, aus- si bien institutionnels que techniques et financiers tels que stabilisés au début de l’année 1998, à la fin de la première phase de financement.

1994 1995 1996 1997 1998 1999 20 1er S 2e S 1er S 2e S
1994
1995
1996
1997
1998
1999
20
1er S
2e S
1er S
2e S
1er S
2e S
1er S
2e S
1er S
2e S
1er S
2e S
1er S
Responsable
Autres
partenaires
Les grandes étapes du projet
1.
Etude de marché, définition des besoins et des équipements
gret
correspondants, identification de la liste des villages
bénéficiaires, appel d'offres et contractualisation avec les
fournisseurs
2.
Réalisation des investissements et premiers réajustements
gret
Direction de
l'énergie
Mission d'évaluation Butin - Gostein
pnud
Direction de
nov.
l'énergie, AFD
Phase de prolongation acceptée par le Pnud
pnud
Direction de
l'Energie
Réunion quadripartite finale
pnud
Gret, Direction de
l'Energie, AFD
févr.
Le Gret assure le financement de la transition
Gret
3.
Tentatives d'institutionnalisation
Expérience de la CELED
AFD
Dir Energie
Expérience de l'ADER
Min Hyd et Ene
Gret
Appel d'offres ADER
Min Hyd et Ene
Gret
Signature du contrat avec IED
Min Hyd et Ene
Financements
GEF / PNUD
Gret
AFD 1
AFD 2
mois
Episode crucial ayant orienté le projet
Différentes phases

Source : Jacques Monvois et Luc Arnaud

25 On valide plutôt des hypothèses, pas des choix.

26 Voir la seconde partie.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Entre 1995 et 1997, l’équipe du Gret mobilisée pour la mise en œuvre du projet est réduite. Elle est constituée en Mauritanie par trois personnes : Luc Arnaud en tant que chef de projet, Fall Yohbe Ould Taleb comme directeur technique, Abderaman N’Diaye comme animateur. Ponctuellement, Bernard Gay et Jacques Monvois réalisent des missions d’appui technique. En 1998, Yohbe Ould Taleb quitte le Gret pour intégrer la cellule de la Direction de l’énergie créée à ce moment-là pour reprendre les acti- vités, la Celed, et l’équipe de terrain est renforcée par un volontaire, Thomas Plassard.

Au cours de l’année 1995, de nombreuses activités sont lancées. Constituant les bases méthodolo- giques du projet, elles sont réalisées soit en parallèle, au cours d’une même période, soit de manière successive.

La réalisation d’une étude de marché permet l’identification des besoins, la définition d’options techniques incluant par ailleurs la conception d’un transfert de technologie et l’élaboration d’un mon- tage organisationnel relatif aux rôles de chacun des acteurs impliqués dans la gestion du nouveau ser- vice.

En outre, le Gret procède à un recensement de fournisseurs potentiels d’aérogénérateurs et lance un appel d’offres afin de sélectionner celui qui interviendra sur le projet. Parallèlement, des sites d’intervention sont retenus, l’offre de service définie et des villages sont sélectionnés pour constituer des sites pilotes.

Au cours de cette première année, ce sont des dimensions plurielles qui sont abordées par le projet, aussi bien socioéconomiques qu’organisationnelles, techniques et financières.

1995 est, en ce sens, une année de choix, de prises de décisions opérationnelles pour la mise en œuvre du projet, les investissements seront réalisés à partir de l’année 1996. Nous nous proposons de revenir plus en détail sur ces orientations données au projet.

 

1995

1996

 

Responsable

Autres

1er S

2e S

1er S

2e S

partenaires

Mise en place du projet Alizés électrique

       

Etude de marché

gret

       

Définition des besoins et des équipements correspondants

gret

Direction de

       
 

l'énergie

Identification de la liste des villages bénéficiaires

gret

Direction de

       
 

l'énergie

Rédaction du dossier d'appel d'offre pour le fournisseur

gret

Direction de

       
 

l'énergie

Procédure d'appel d'offres

gret

pnud, Direction de l'Energie

       

Sélection de l'entreprise LMW

gret

Direction de

       
 

l'énergie

Signature du contrat de marché

gret

 

déc.

   

Identification par LMW de ses partenaires et création de Afrivent

LMW

 

nov.

   

Source : Jacques Monvois et Luc Arnaud.

L’étude de marché

Au premier semestre 1995, une identification des besoins est réalisée auprès de 328 familles, dans trente et un villages des régions du Trarza, de l’Adrar et de la bande côtière ; la région du Trarza est

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

retenue en raison de l’implantation forte du Gret avec le projet Alizés Pompage, le choix de l’Adrar et la bande côtière répond à la nécessité politique de ne pas intervenir sur une seule zone.

La réalisation de l’étude de marché racontée par Luc Arnaud.

« Nous avons commencé par la réalisation d’une étude de marché. Nous avions des idées assez précises de ce que l’on voulait faire. Cependant, il s’agissait aussi de prendre toute la mesure des limi- tes liées à l’électrification rurale décentralisée : il est difficile de faire de l’appui à la production et plus évident de mettre en place un « service social » … de l’éclairage. La validation de l’étude de marché a duré plus longtemps que prévue, un ou deux mois début 1995, un aller-retour a eu lieu avec le comité de pilotage, rassemblant le Gret, le Pnud et le Ministère, sur la définition des besoins. Le Pnud concevait l’intervention de manière beaucoup plus ambitieuse.

Notre première proposition, avec pour support une présentation Powerpoint, a été refusée, donc nous avons décidé de publier le rapport intégral de l’étude de marché dont les conclusions ont finale- ment été acceptées. Le besoin prioritaire identifié était l’éclairage (…).

Le comité de pilotage était un espace intéressant ; c’est un des rares projets du Pnud que j’ai connu qui permettait ce lieu d’échanges avec beaucoup d’allers et retours entre le Pnud, le GEF, les Direc- tions de l’énergie et de l’hydraulique et le Gret ».

L’étude de marché fournit des informations sur les pratiques de consommation des foyers ruraux qui seront prises en compte dans la conception des offres de services. Les principales caractéristiques de ces pratiques sont les suivantes :

les familles ont surtout besoin d’éclairage et d’audiovisuel, à hauteur moyenne de 48 Wh/jour ;

72 % des familles dépensent plus de 1000 UM par mois (soit 4,1 euros selon le taux de change à l’époque) pour l’éclairage et l’audiovisuel ;

La caractéristique essentielle de leur consommation réside dans l’utilisation de moyens d’éclairage coûteux et peu performants comme les bougies (10 à 15 UM l’unité, soit 0,04 à 0,06 euros) et la lampe torche ;

La consommation minimum d’une famille est d’une bougie par jour, soit une dépense mensuelle de 300 à 450 UM par mois 27 ;

L’étude identifie un prix de revient moyen comme objectif pour un service d’électricité couvrant les besoins de base : 1 000 UM par famille et par mois ;

Enfin, aucune activité productive pouvant bénéficier d’une électrification par énergie éolienne n’est identifiée dans les villages enquêtés, à l’exception de l’artisanat féminin qui semble pouvoir bénéficier de l’éclairage. Le projet s’oriente donc essentiellement vers l’électrification de foyers, dans des villages ruraux.

En outre, l’étude apporte des informations sur les villages, les avantages et les contraintes qu’ils pré- sentent dans le cadre de la mise en œuvre du projet :

La taille moyenne d’un village du Trarza est de cinquante foyers, celle de l’Adrar d’une quinzaine. Le nombre de foyers par village est une donnée importante à prendre en compte à ce stade du projet compte tenu de l’impossibilité de moduler la capacité des installations techniques prévues,

27 Cette donnée sera déterminante pour l’établissement du tarif de la location payée mensuellement par les ménages au vil- lage, fixée par le projet pour l’éclairage par une seule lampe à 400 UM en moyenne (cette tarification n’est pas fixe, elle varie d’un village à un autre selon le système des « parts », voir le chapitre sur les offres de services et la tarification).

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

les aérogénérateurs. Il s’agit en fait de trouver une adéquation entre les puissances disponibles de ces équipements (70 W, 1 kW, 2,5 kW, etc.) et les configurations villageoises les plus courantes en Mauritanie. « Le choix de quelques modules d’installation type doit permettre de répondre aux be- soins en énergie électrique de l’ensemble des villages mauritaniens » 28 .

Les villages identifiés sont de sédentarisation récente. Les formes d’habitat en témoignent : « la baraque a succédé à la tente et la maison à la baraque 29 . Les familles ayant conservé une dis- tance importante entre les habitations des uns et des autres 30 , il en résulte un habitat dispersé » 31 . Considérant que la densité d’habitat qui caractérise ces villages est trop faible (parfois moins de 10 habitations par hectare), le projet écarte la solution technique d’installer des micro-réseaux de dis- tribution électrique 32 . Tighent fait figure d’exception : chef-lieu d’arrondissement situé de part et d’autre de la route de Nouakchott, sa densité est plus élevée (16 habitations /ha) 33.

Si l’enquête permet de recenser 80 % de logements en dur dans l’Adrar comme dans le Trarza, pour 20 % des foyers restants, le type d’habitat ne permet pas l’installation d’un circuit électrique avec prises et foyer lumineux ; seul un système mobile ou lampes portables leur permettraient de bénéficier d’un équipement électrique.

L’intérêt de l’étude de marché selon Jacques Monvois.

« En ce qui a trait à l’étude de marché, dès le départ nous avions pour référence l’expérience de M’Ballal, un village représentatif de ce que l’on peut voir dans le Trarza : nous avions pu constater pen- dant quelques années que la technologie fonctionnait bien et qu’elle était relativement bien adaptée. Les équipements étaient d’une grande fiabilité, tant les batteries que les aérogénérateurs. Seul le froid commercial ne fonctionnait pas de manière évidente. Par conséquent, vu qu’il y avait des dizaines et des dizaines de villages comme M’Ballal, nous étions sûrs que cette configuration pourrait être appli- quée. L’étude de marché n’a d’une certaine manière fait que valider ce constat de départ.

En fait, M’Ballal constituait un cas particulier : l’expérience reposait sur un système de propriété par le crédit ; elle aurait pu constituer un exemple de gestion pour d’autres villages. Cependant, concer- nant les besoins en énergie des gens, les usages, les quantités, le type d’utilisation avec cette batterie qu’on transporte comme une bouteille de gaz : les foyers doivent régulièrement (en moyenne trois fois par mois) amener leur batterie au local du village pour les recharger et repartent tout de suite avec une batterie chargée. L’expérience de M’Ballal démontrait que tout fonctionnait correctement. Le fait est que, là où, peut-être, l’analyse n’avait pas été jusqu’au bout, cela fonctionnait correctement parce que le gestionnaire et l’association des cadres du village étaient actionnaires ».

Cependant, l’étude de marché a surtout permis de confirmer ce que des premières expérimenta- tions avaient permis de démontrer, comme le souligne Jacques Monvois. La formule technique déve-

28 Luc Arnaud, Rapport d’activités, avril 1997, Gret, p.6.

29 Habitation comprenant une dalle en ciment recouverte d’une charpente en bois et d’une toile de tente. Ce type d’habitation est un intermédiaire entre la tente et la maison en briques et tôles.

30 Caractéristique des villages de tentes.

31 Luc Arnaud, Rapport d’activités, avril 1997, Gret, p.6.

32 Une mission technique spécifique à l’installation de micro-réseaux est réalisée par l’Apave Sud. J. C. Heraud, Mission d'évalua- tion des potentialités de la solution décentralisée basse consommation GECO, Apave Sud / Gret, janvier 1996.

33 Le projet prévoit un traitement différencié pour ce village avec :

- un réseau de 220 V pour l’habitat du centre du village ;

- une distribution par charge de batterie pour la zone périphérique et les habitations précaires du centre. Ces deux installations sont alimentées par un aérogénérateur de 2,5 kW.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

loppée dans le village de M’Ballal est reprise, tandis que la spécificité du montage organisationnel et financier de l’expérimentation est négligée.

Les acteurs du projet et leurs responsabilités

Dans la conception d’un montage institutionnel du projet, le Gret s’est largement inspiré de son ex- périence antérieure, Alizés Pompage, laquelle s’appuyait sur une gestion locale du service assurée par un comité villageois.

À l’époque, si la commune présente l’intérêt d’être la seule structure légale et formelle du monde rural, elle ne recouvre pas complètement les structures de décision et le niveau opérationnel de gestion que constituent les communautés villageoises. Le village représente une communauté rurale implantée sur une zone géographique donnée, avec une solidarité familiale ou tribale forte. Il n’a pas d’existence légale, il est représenté par des autorités traditionnelles, rarement par une association ou une coopéra- tive. Ce choix correspond au souci du Gret d’identifier le partenaire pouvant avoir la gestion la plus efficace, au profit du plus grand nombre de bénéficiaires.

Le Gret intervient donc localement en vue de la création de comités de gestion issus de chaque communauté rurale. Il est prévu que ces instances aient pour mission de gérer localement les investis- sements et de constituer une interface entre le projet et les bénéficiaires. Une assemblée générale des abonnés élira ce comité, constitué de trois membres : un président, un vice-président et un trésorier.

Montage organisationnel du projet

GEF / PNUD Bailleur de fonds

organisationnel du projet GEF / PNUD Bailleur de fonds Ministère de l’Hydraulique et de l’Energie Maître
organisationnel du projet GEF / PNUD Bailleur de fonds Ministère de l’Hydraulique et de l’Energie Maître

Ministère de l’Hydraulique et de l’Energie Maître d’ouvrage

Direction de l’Energie

Projet Alizés électrique Maître d’œuvre

Contrats de fourniture, de réparations et de maintenance AFRIVENT (LMW, BTI, Deyloul) Prestataires Groupe
Contrats de fourniture, de réparations et de
maintenance
AFRIVENT (LMW, BTI, Deyloul)
Prestataires
Groupe d’entreprises chargées des
installations et de leur maintenance
Contrat de location / Fourniture d’équipements et prestations de services
Contrat de location
/ Fourniture d’équipements et prestations de services

Gérants

Comités villageois Structure locale de gestion du service

Comités villageois Structure locale de gestion du service Usagers Bénéficiaires du service Contrat de location /

Usagers Bénéficiaires du service

Contrat de location / Prestation de service
Contrat de location / Prestation de service

Le comité nommera un gérant, salarié du village, ayant la responsabilité d’assurer la pérennité et la bonne marche du service. Il recevra une formation du projet en vue d’acquérir les compétences né- cessaires à l’exploitation et la gestion des équipements, la maintenance de proximité et la réalisation de nouvelles installations. Il sera aussi formé à tenir une gestion minimale à l’aide de trois registres : suivi

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

de la caisse, suivi des abonnés et suivi des batteries (pour les installations de charge). Enfin, il sera char- gé du recouvrement. La fonction de gérant constitue une pièce essentielle dans le dispositif mis en place puisque ce dernier est un interlocuteur privilégié à la fois du projet et des abonnés, et qu’il est le garant du fonctionnement technique du service.

Très rapidement, un partage des responsabilités est établi entre les différents acteurs du projet selon le schéma suivant :

Acteurs impliqués et responsabilités des parties

• Assurer le renouvellement et la maintenance des Ministère de l’Hydraulique et de l’Energie Maître
Assurer le renouvellement et la maintenance des
Ministère de l’Hydraulique
et de l’Energie
Maître d’ouvrage
équipements.
Contractualiser avec des entreprises privées chargées de
la maintenance.
Assurer la maîtrise d ’œuvre des installations.
Direction de l’Energie
Contractualiser avec les villages au moyen de contrats de
location.
Evoluer vers un établissement public à caractère
commercial dans la perspective d ’une phase de diffusion.
Projet Alizés électrique
Maître d’œuvre
Groupe AFRIVENT(LMW, BTI, Deyloul)
• Assurer la fabrication et l ’installation des équipements.
• Contractualiser avec le projet pour la maintenance des
équipements.
Comités villageois
Structure locale de gestion du service
Participer à la mise au point des modules techniques adaptés
à l’électrification de la Mauritanie.
Gérants
Etre l ’interlocuteur officiel du projet et signer un contrat de
locationdes équipements avec lui.
Assurer l ’exploitation et
• Assurer le recouvrement des coûts.
• Assurer la maintenance technique des équipements d ’usage.
la gestion des équipements,
la maintenance de proximité et la
Payer une location mensuelle au projet pour les équipements
d ’usage et la station de charge.
réalisation de nouvelles installations.
Assurer le recouvrement.
Usagers
Signer un contrat d’abonnement avec la structure villageoise.
Bénéficiaires du
Payer un « droit d ’entrée » et une location mensuelle au
village.
service

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Les choix techniques et l’organisation d’un transfert de technologie

Les premiers choix techniques ont été réalisés sur la base des expériences (Alizés Pompage), des ex- périmentations antérieures (M’Ballal, Keur Macène et Tighent), des résultats d’études techniques préli- minaires et d’un travail de recensement assez systématique des opérateurs des technologies liées aux énergies renouvelables dans le monde 34 .

Tel que le projet a été négocié avec le GEF/Pnud, un de ses objectifs dans un premier temps est de valider des solutions techniques fiables utilisant les aérogénérateurs. À cette époque, le projet met déli- bérément de côté d’autres solutions techniques reposant sur le photovoltaïque ou les groupes électro- gènes, sans pour autant en nier les avantages.

Le Gret considère alors que les filières solaires et thermiques ont déjà été largement expérimentées dans le cadre d’autres projets de référence (l’expérience GECO en Côte d’Ivoire pour les micro- réseaux et PPER au Maroc pour le photovoltaïque et les groupes électrogènes).

Le défi que se donne le Gret apparaît clairement : être le premier projet à expérimenter l’énergie éolienne pour l’électrification décentralisée, réaliser une prouesse technique.

Quatre niveaux d’installations pour la distribution d’un service à partir de la production d’énergie éolienne sont conçus en prenant en compte les résultats de l’étude de marché :

Niveau d’installation exprimé en nombre de familles

Puissance nécessaire de l’aérogénérateur en Wh/j

Système de distribution proposé

Niveau 5 familles

 

300

Charge batterie individuelle

Niveau 20 familles

1

000

Charge batterie individuelle

Niveau 50 familles

3

000

Charge batterie individuelle

 

Ou micro-réseau alimentant des connexions individuelles

Niveau 100 familles

6

000

Idem

Les offres des fournisseurs, sélectionnés par appels d’offres, ayant été largement trop élevées pour les plus petits équipements, le Gret a recadré ces offres de services : de 70 à 600 W, pour le plus petit niveau d’installation identifié (cinq familles), le solaire est finalement préféré à l’éolien.

En 1995, le Gret a donc identifié trois types d’offres techniques, avant la mise en œuvre des investis- sements. Elles reposent toutes les trois sur l’utilisation de l’énergie éolienne, de manière exclusive ou en association avec un autre type d’énergie :

L’aérogénérateur Marlech de 70 W couplé avec un module de 50 Wc pour une station de charge batterie de 8 familles, production 450 Wh / jour, coût : environ 2 550 euros ;

L’aérogénérateur LMW de 1 kW pour une station de charge batterie d’une capacité de 50 familles, production de 3 000 Wh / jour, coût : environ 17 000 euros ;

34 Babou Mohamed Lemine, Création d'un centre d'essais d'éoliennes en Mauritanie, Etude d'avant projet, EED / Gret, 1994. Jerome M. Weingart, Note sur les options techniques et les coûts, Pnud, octobre 1995. Bernard Gay, Jacques Monvois et Franck David, Rapport d'expérimentation - AE chargeurs pour kits énergie, EED / Gret, dé- cembre 1995. J. C. Heraud, Mission d'évaluation des potentialités de la solution décentralisée basse consommation GECO, Apave Sud / Gret, janvier 1996. Peter Fraenkel, Survey of wind powered generators up to 10 kW rated power, IT Power, avril 1995. Philippe Bruyerre, Recensement des équipements, EED, avril 1995.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Le mini-réseau hybride éolien-diesel d’une capacité de 100 familles, comprenant un groupe élec- trogène de 5 kVA, un aérogénérateur de 2,5 kW et un réseau de 220 V, production de 9 000 Wh / jour, coût : environ 53 000 euros.

D’autre part, à ce stade du projet, le Gret avait envisagé de procéder à un transfert de technolo- gie. Si plusieurs entreprises mauritaniennes étaient intervenues dans le cadre du projet Alizés Pompage, ces dernières n’étaient pas expérimentées en matière d’électrification. Le Gret a prévu de faire appel à une ou plusieurs entreprises étrangères du Nord disposant des compétences techniques requises pour fournir le matériel et former des entreprises locales à la fabrication du matériel, son installation et sa maintenance.

Les modalités de ce transfert avaient été prévues de la manière suivante : l’entreprise du « Nord » sélectionnée à l’issue de l’appel d’offres devrait mettre en place un partenariat avec des entreprises locales, concrétisé par la création d’un groupe.

Les offres techniques et la tarification

La définition des offres de services selon Luc Arnaud.

Parallèlement au lancement de l’appel d’offres, suite à l’identification des besoins, nous avons ré- fléchi à l’offre de services. Nous étions au courant de ce qui se passait au Maroc, le projet PPER était le plus avancé sur le plan des kits énergie, des mini-réseaux, leur gestion etc. En outre, en décembre 1994, nous avions participé à un séminaire à Paris où plusieurs projets d’électrification avaient été présentés. Nous en avons beaucoup profité, grâce aux échanges entre les uns et les autres sur des expériences réalisées au Zimbabwe, au Kenya etc. Nous avons ensuite présenté ces expériences au comité de pilo- tage pour montrer comment elles s’étaient organisées, la plupart d’entre elles utilisaient le crédit. Ceci nous a beaucoup aidés et nous avons alors pu avancer rapidement sur la proposition d’offre de servi- ces.

En 1995, le Gret hésite entre la mise en place d’un service payant mensuel ou la création d’un sys- tème d’accession à la propriété par le crédit comme ce qui avait été expérimenté dans le village de M’Ballal 35 . Une enquête est réalisée auprès des banques de la place dans l’objectif d’étudier la faisabi- lité financière de la seconde option avec l’idée que le Gret pourrait assurer une intermédiation entre les villages et les banques. Les résultats de cette étude sont négatifs.

La faisabilité d’un système de crédit pour l’électrification des villages selon Rodolphe Carlier.

Les banques ne sont pas disposées à accorder des prêts sur une durée supérieure à sept ans (durée appropriée à la capacité de remboursement des équipements par les villages), à des acteurs (villages) ne présentant aucune garantie et qui de surcroît sont localisés en milieu rural où elles sont mal implan- tées (coûts de transaction trop élevés). À l’époque, l’image forte est celle de ménages clients d’un ser- vice à qui le projet propose de payer pour ce service ; ils l’accepteront ou le refuseront mais, au moins, le projet leur aura évité de devoir effectuer des démarches à n’en plus finir auprès des banques pour pouvoir devenir propriétaires des équipements. La priorité est donnée à l’accès à l’éclairage, quitte à ce que la durée de vie des équipements en pâtisse, parce qu’ils n’en sont pas les propriétaires mais les locataires, et qu’ils ne sont par conséquent pas forcément convaincus des avantages d’un bon entre- tien et d’une bonne utilisation du matériel.

35 Préhistoire du projet.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Les principes suivants ont finalement guidé la construction d’offres de services et de tarification à appliquer :

- faire payer un service bien défini (l’éclairage et l’audiovisuel et non pas une quantité d’énergie) ;

- avoir une tarification simple et comprise par tous ;

- proposer un droit d’entrée faible de façon à ce que le maximum de ménages puisse s’abonner au service et assurer un recouvrement des coûts le plus large possible.

Le choix des villages « bénéficiaires » et les premières activités d’information et de formation

Suite à la réalisation de l’étude de marché et à la stabilisation des choix techniques, le Gret a sélec- tionné les villages où il allait intervenir, en accord avec le comité de pilotage. Le Gret désirait concen- trer les installations dans le Trarza, cependant, deux ou trois phrases du document de projet précisaient que la région de l’Adrar serait aussi concernée.

Ce sont les critères de sélection suivants qui ont été mis en avant : facilité d’accès du village, taille du village (que le nombre d’habitations soit compris entre 30 et 110, ce qui convient à une moyenne de 50 abonnés par village) et faible densité de l’habitat favorable à un système de charge batteries.

Une première réunion d’information a été réalisée afin d’expliquer le projet aux villageois et leur permettre de faire une demande d’adhésion auprès du projet. À l’issue de cette première rencontre, une trentaine de villages a été retenue.

Une deuxième réunion a visé à expliquer le montage technique et financier du projet. Au cours de celle-ci, les villages sélectionnés ont été informés que :

- les ménages qui accepteraient les conditions financières et techniques seraient amenés à s’inscrire sur une liste des abonnés ;

- un comité de gestion villageois devrait être formé et un gérant choisi.

Dans chaque unité villageoise, une maquette matérialisant la structure (physique) du village a été réalisée. Chaque maquette indiquait la localisation et le nombre de foyers ; elle distinguait les foyers intéressés par le projet de ceux qui ne l’étaient pas. Pour des raisons techniques, les villages de plus de 100 foyers ont été systématiquement refusés.

Le comité de pilotage du projet a finalement arrêté une liste des villages d’intervention. Parmi les cri- tères de sélection, il fallait que les villages en question aient établi un plan de développement local et qu’ils soient adhérents à la coopérative Nassim (ce qui excluait de fait les villages non concernés par le projet Alizés Pompage et privilégiait la région du Trarza, à l’exception de deux villages retenus délibé- rément dans la région de l’Adrar et de la bande côtière compte tenu de la volonté expérimentale du projet).

Cependant, le comité de pilotage a finalement retenu certains villages, même si ces derniers pré- sentaient des caractéristiques les excluant a priori. Par exemple, le village d’Ebden a été retenu malgré sa position enclavée parce qu’il était d’origine wolof et que le projet avait aussi pour objectif de « tester » le dispositif dans des villages différents les uns des autres 36 .

36 Rodolphe Carlier, entretien du 21 octobre 2003.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Liste des villages retenus

1 Oum el Ghoura

6 M’Ballal

11 Keur Macène

16 Nuamghar (bande

côtière)

2 N’Houkara

7 Nouelki pk40

12 Lemteyine

17 Adrar

3 Leibeirid Pk 34

8 Pk 14

13 Magham Ibrahim

4 Naim

9 Toumboye Ely

14 El Aref

5 Ebden

10 Djigueina

15 Tighent

Une réunion d’information a été effectuée dans les villages retenus afin :

- d’informer les villages que leur demande était acceptée et qu’ils pouvaient donc verser la somme de paiement de l’abonnement au projet ;

- de calculer les tarifs du service à payer par les abonnés au comité de gestion.

À cette occasion, le rôle de l’animateur du Gret a consisté à :

- faire le calcul total du nombre d’abonnés, du nombre de lampes et de prises demandées par chaque village.

- informer le village de la somme totale à payer, sachant que sa demande avait été acceptée ;

- informer du mécanisme d’enclenchement du projet : chaque responsable de village a été chargé d’ouvrir un compte à la Banque mauritanienne du commerce et de l’industrie et d’y verser le mon- tant correspondant à son droit d’entrée dans le projet. En déposant le reçu de ce dépôt au projet, le village a alors été automatiquement programmé pour la phase de mise en œuvre du projet.

À partir d’activités d’information et d’animation, le Gret a donc mis en place avec les villageois la forme de l’intervention. Les différentes règles ont été formulées et acceptées par les populations :

- participation des villages à l’investissement de départ ;

- paiement d’un abonnement mensuel calculé à partir d’une tarification relativement simple ;

- acceptation de régler à l’avance un contrat de maintenance.

Dans chaque village une structure de gestion a été mise en place (gérant et comité de gestion).

Il faut souligner que la mise en œuvre de cette intervention a été facilitée par la confiance que le Gret avait établie aussi bien auprès des villages qu’auprès des institutions publiques grâce au projet Alizés Trarza.

La sélection des fournisseurs et la mise en place du transfert de technologie

En 1995, suite à l’étude de marché et la réalisation des choix techniques, un appel d’offres interna- tional est organisé par le Pnud pour sélectionner le fournisseur d’aérogénérateurs. « Au moment où a lieu l’appel d’offres, des éléments de réponses sont disponibles concernant la tarification et la gestion. Tous les villages n’ont pas été sélectionnés mais une première liste existe » 37 .

« La période de l’appel d’offres a duré assez longtemps (quatre mois) du fait de la lourdeur des pro- cédures au niveau du Pnud » 38 . Après dépouillement (août 1995), un contrat de marché est passé entre le Gret et LMW, entreprise hollandaise, pour la fourniture de cinq aérogénérateurs de 600 W, huit de 1 kW et deux de 2,5 kW. L’entreprise britannique Marlech devra quant à elle fournir les aérogénérateurs de 70 W.

37 Jacques Monvois, entretien du 23 octobre 2003.

38 Luc Arnaud, entretien du 28 octobre 2003.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

En novembre 1995, conformément aux objectifs de transfert de technologie annoncés, LMW pro- pose au maître d’ouvrage, le Ministère de l’Hydraulique et de l’énergie, un partenariat avec deux en- treprises locales impliquées dans le secteur des énergies renouvelables et ayant auparavant travaillé avec le Gret dans le cadre d’Alizés Pompage (BTI et Deyloul) 39 . Afrivent est créé : ce groupe rassemble LMW et ces deux entreprises mauritaniennes. Un premier partage des responsabilités est prévu. Cepen- dant, les modalités de réalisation du transfert de technologie restent floues.

Partage des responsabilités entre les entreprises

Gret

Contrat de marché BTI LMW Deyloul •Fourniture des aérogénérateurs, contrôleurs, pylônes, batteries, câbles
Contrat de marché
BTI
LMW
Deyloul
•Fourniture des aérogénérateurs,
contrôleurs, pylônes, batteries,
câbles et prises de terre.
•Fourniture d’outils pour le
montage.
•Transfert de technologies en
matière d’installation et de
maintenance.
•Supervision de l’installation et
réception des travaux.
•Fourniture
d’équipements tels que
les lampes et les
régulateurs de batteries.
•Maintenance des
générateurs sur demande
de Deyloul.
•Câblage et installation
électrique des
aérogénérateurs.
•Enlèvement du port du matériel
importé.
•Transport et stockage du matériel.
•Fourniture des pylônes
•Exécution des travaux de
fondation.
•Installation et réception des
générateurs en collaboration avec
BTI.
•Chef de file de la maintenance des
aérogénérateurs en collaboration
avec BTI.
Groupe AFRIVENT

1996-1998, la mise en œuvre des investissements, les premières évaluations et les corrections

De 1996 jusqu’au début de l’année 1998, soit durant les deux dernières années du financement GEF/Pnud, les investissements sont mis en œuvre dans les villages et les modalités d’exploitation du ser- vice sont expérimentées. Au cours de cette mise en œuvre, des corrections sont apportées, certaines sont appliquées sur les recommandations faites lors des évaluations de nature interne et externe 40 réali- sées aussi au cours de cette période.

39 Lettre d’intention, novembre 1995, LMW / Deyloul et BTI et contrat de marché Gret/Afrivent, décembre 1995. Pour information, ce contrat sera remodelé en juillet 1997, le groupe Afrivent et le transfert de technologie n’ayant pas fonctionné comme pré- vu.

40 Évaluation externe réalisée par Vincent Butin et Gilles Goldstein, sur demande du Pnud, novembre 1996. Evaluation interne des impacts socioéconomiques du projet réalisée par Aurélie Corbin, septembre 1996.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

 

1996

1997

1998

 

Responsable

Autres

1er S

2e S

1er S

2e S

1er S

2e S

partenaires

Mise en œuvre des investissements et corrections

       

Installation des aérogénérateurs LMW

gret

           

Contractualisation avec l'entreprise Marlech

gret

           

Installation des aérogénérateurs Marlech

gret

         

Installation de panneaux solaires

gret

         

Mission d'évaluation Corbin

gret

sept.

       

Mission d'évaluation Butin - Gostein

pnud

Direction de

nov.

       
 

l'énergie, AFD

Acceptation de la phase de prolongation

pnud

Direction de

         
 

l'Energie

Réunion quadripartite finale

pnud

Gret, Direction de l'Energie, AFD

     

févr.

 

Financements

 

GEF / PNUD

 

Gret

AFD 1

mois

Point crucial orientant le projet

 

Réalisation des investissements

mois

Phase de suivi

 

La mise en œuvre des investissements

Pour la grande majorité des villages, le dispositif d’électrification mis en œuvre repose sur l’installation d’une unité de production éolienne de 1 kW et d’un module de recharge de batteries familiales.

À Tighent, village présentant une plus forte densité de l’habitat, un micro-réseau alimente des connexions individuelles à partir d’une unité de production hybride, reposant sur l’éolien (aérogénéra- teur de 2,5 kW) et d’un groupe électrogène (5 kVA).

Enfin, dans les villages d’une densité très faible (moins de 50 familles), comme El Aref, le dispositif d’électrification a été conçu à partir de l’utilisation d’une unité de production hybride (petit éolien de 70 W et panneaux solaires de 50 Wc) tout en maintenant un système de recharge de batteries familia- les.

Au début de l’année 1996, suite à la signature du contrat de marché avec LMW et à la constitution du groupe Afrivent fin 1995, l’électrification des villages est lancée suivant l’ordre de versements par les villages de leur contribution. Les dispositifs d’électrification utilisant des aérogénérateurs de 1 kW, fournis par LMW, sont les premiers à être mis en œuvre. Dans les villages que le projet a prévu d’alimenter à partir d’aérogénérateurs de 70 W, fournis par l’entreprise Marlech, les investissements sont réalisés à partir du second semestre 1996 et tout au long de l’année 1997, le Gret ayant signé un contrat de mar- ché avec l’entreprise anglaise début 1996.

La liste des villages ayant rempli leur engagement financier envers le projet est communiquée aux entreprises Deyloul et BTI qui, assistés d’un technicien du Gret, sont chargés de l’installation des équi- pements dans les villages.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Réalisations à dimension collective, phase pilote :

 

Villages

Type d’installation électrifiée

 

Nuamghar

Préfecture

 

Électrification du dispensaire, éclairage et réfrigération

 

Makam Ibrahim

Électrification du dispensaire, éclairage et réfrigération

 

Djigueina

Électrification du dispensaire, éclairage et réfrigération

 

Keur Macène

Cité administrative, préfecture et mairie

 

Luc Arnaud, Rapport activités, Gret, 1997.

Réalisations à destination individuelle, phase pilote :

Nombre de villages

Puissance installée

Nombre

Nombre de points lumineux

Nombre de

d’abonnés

prises

18 villages

 

Éolienne : 18,64

914

1063

265

kW

 

Solaire : 500 Wc

Diesel : 5 kVA

1. Unité de production de 1 kW (aérogénérateur) et système de recharge de batteries familiales

 

Villages

Puissance ins-

Nombre

Nombre de points lumineux

Nombre de

tallée (kW)

d’abonnés

prises

Oum el Ghoura

 

1 52

60

10

N’Houkara

 

1 51

55

29

Leibeirid pk 34

 

1 46

48

9

Naim

 

1 50

64

11

Ebden

 

1 42

42

11

M’Ballal

 

1 51

56

7

Nouelki pk40

 

1 50

60

10

Pk 14

 

1 54

72

28

Toumboye Ely

 

1 55

62

21

Djigueina

 

1 53

53

1

Nuamghar

 

1 56

65

6

Keur Macène

 

1 57

58

32

Lemteyine

 

1 51

60

20

Magham Ibra-

 

1 52

52

31

him

Tighent

 

1 63

68

12

Total

16 villages

16 kW

783 abonnés

875 points lumi- neux

228 prises

Extrait : Luc Arnaud, Rapport d’activités, Gret, 1997.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

2. Unité de production de 70 kW et 50 Wc (aérogénérateur et panneau solaire) et système de

recharge de batteries familiales.

Village

Puissance installée

Nombre

Nombre de points lumineux

Nombre de

d’abonnés

prises

El Aref

2*70 W + 2*50 Wc

18

18

2

Extrait : Luc Arnaud, Rapport d’activités, Gret, 1997.

3. Unité de production de 2,5 kW + 5 kVA (aérogénérateur et groupe électrogène) et micro réseau.

Village

Puissance installée

Nombre

Nombre de points lumineux

Nombre de

d’abonnés

prises

(connexions

 

individuelles)

Tighent

2,5 kW + 5 kVA

93

130

15

Extrait : Luc Arnaud, Rapport d’activités, Gret, 1997.

4. Unité de production de 20 Wc alimentant une batterie individuelle.

Village

Puissance installée

Nombre

Nombre de points lumineux

Nombre de

(Wc)

d’abonnés

prises

Adrar

20*20 Wc

20

40

20

Extrait : Luc Arnaud, Rapport d’activités, Gret, 1997.

Ce qui a été réalisé ne correspond donc pas totalement aux choix techniques initiaux. À l’origine, les dispositifs d’électrification devaient essentiellement reposer sur l’utilisation de l’énergie éolienne. Le rôle des évaluations réalisées à la fin de l’année 1996 a été déterminant.

Les nouvelles orientations prises par le projet suite aux évaluations

Deux évaluations sont réalisées à la fin de l’année 1996, soit un an après le début de la mise en œu- vre des investissements :

- l’évaluation externe, commanditée par le Pnud, réalisée par Vincent Butin et Gilles Goldstein ;

- l’évaluation interne réalisée par Aurélie Corbin du Gret.

L’évaluation externe souligne avant tout la pertinence du projet, « l’engouement des populations et la qualité de l’organisation locale provisoire. Pour les populations, la disponibilité d’électricité est bien un indicateur de développement humain ».

La diversification des filières énergétiques

Sur le plan technique, l’évaluation externe permet de souligner que l’exploitation de la source éo- lienne n’est pas forcément la plus pertinente ; dans certains cas, l’énergie solaire est plus appropriée, notamment pour des villages où la ressource éolienne est finalement plus faible que prévue. Une re- commandation importante de l’évaluation externe recommande un meilleur suivi du fonctionnement effectif des systèmes installés.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Pour un meilleur suivi des dispositifs techniques existants.

Vincent Butin et Gilles Goldstein, évaluation, novembre 1996, p.9.

La connaissance du fonctionnement effectif des systèmes installés est insuffisante pour assurer le lancement immédiat de nouvelles installations. Il faut aussi noter qu’un certain nombre d’hypothèses sont encore mal maîtrisées et nécessitent d’exploiter en continu et pendant une année les données disponibles dans les villages (…), notamment en ce qui concerne l’adéquation du potentiel énergéti- que éolien de chaque site avec la demande effective à confirmer, ainsi que l’opportunité du couplage éolien - solaire ou éolien - diesel.

L’intérêt du projet se transforme. L’enjeu ne consiste plus à réaliser une prouesse technologique en démontrant que des aérogénérateurs peuvent permettre l’électrification des villages mauritaniens. Après une année de mise en œuvre, suite à leur mission d'évaluation, Vincent Butin et Gilles Goldstein constatent que l'objectif initial du projet a en effet été dépassé :

Des petits équipements décentralisés de production d’énergie éolienne au projet d’électrification rurale à une échelle significative.

Vincent Butin et Gilles Goldstein, Évaluation, novembre 1996, pp.18-19.

L'idée du projet Alizés Électrique est venue à la suite du projet Alizés Pompage qui prévoyait l'alimen- tation en eau potable de villages au moyen de l'énergie éolienne. Il s'agissait de promouvoir un déve- loppement durable, par l'amélioration de la qualité de la vie et de la situation socioéconomique des populations rurales, à travers la mise en place et la diffusion à l'échelle locale et nationale de petits équipements décentralisés de production d'énergie éolienne pour participer aux efforts visant à l'atté- nuation du réchauffement de la planète. Pourtant, Alizés Électrique est plus que cela. Il s'agit de fait du premier projet d'électrification rurale à échelle significative.

L’équipe du projet prend conscience que l’intérêt est désormais de démontrer qu’une diversification des systèmes d’électrification permet d’élargir le champ d’expérimentation du projet, de comparer les avantages et les inconvénients de chacun d’eux et de savoir ce qu’il faut ou non reproduire dans l’éventualité d’une diffusion du projet. Un correctif important est donc apporté au projet tel qu’il avait été conçu initialement. Le projet prend alors toute sa dimension de recherche-action.

À partir de 1997, des recentrages sont opérés. Luc Arnaud écrit 41 : « Nous connaissons désormais les limites des gisements éoliens et les limites techniques des aérogénérateurs LMW dont les rendements ne sont pas aussi élevés que ce à quoi on s'attendait au départ. Cela signifie que tout ce qui est par exemple petit réseau, éolien et électrogène, est complémentaire. Donc, il y avait un tas d'expérimenta- tions techniques à faire ». Les avantages comparatifs des différentes filières sont alors étudiés :

41 Rapport d’activités, Gret, avril 1997, p.2.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Type de filières

Avantages

Inconvénients

Éolien

Pas de dégagement de gaz à effet de serre ; Coût de l’investissement intéressant ; Forte plus value locale (fabrication et mainte- nance) ; Transfert de technologie possible ; Possibilité de distribution par charge batterie et mini- réseau.

Irrégularité du gisement éolien ; Nécessité d’une connaissance préalable du gise- ment ; Technologie nouvelle ; Nécessité d’un stockage batterie ; Dimensionnement peu modulable ; Peu de références techniques concernant l’électrification rurale ; Entreprise du secteur de taille modeste.

Photovoltaïque

Pas de dégagement de gaz à effet de serre ; Fiabilité du gisement solaire ; Fiabilité de la technologie ; Installations modulaires.

Investissement élevé ; Nécessité d’un stockage batterie ; Peu de valeur ajoutée locale.

Groupe électrogène

Coût d’investissement faible ; Alimentation standard en 220 V ; Maintenance maîtrisée localement ; Pas de stockage batterie.

Émission de gaz à effet de serre ; Coût d’exploitation important ; Nécessité d’avoir un opérateur compétent ; Pas de transfert de technologie.

Source : Luc Arnaud, Rapport d’activités, avril 1997, Gret, p.9.

En matière de réalisations, ce ne sont donc pas seulement des dispositifs utilisant l’énergie éolienne qui sont mis en œuvre, des systèmes hybrides sont développés :

- éolien / diesel : cas du micro-réseau à Tighent ;

- éolien / solaire : cas du système de recharge batteries à partir d’une unité de production compo- sée de petits aérogénérateurs et de panneaux solaires à El Aref.

Ou encore, des dispositifs strictement solaires : cas de l’Adrar avec l’installation de panneaux solaires familiaux et, au premier semestre 1997, l’ajout de panneaux dans des familles très consommatrices dans les villages initialement alimentés par des aérogénérateurs de 1 kW. Par exemple, à Pk 14, les foyers équipés de télévision sont nombreux, la consommation d’énergie des ménages se révèle être donc plus importante que prévue, 17 kits solaires individuels sont installés.

Le renforcement du suivi dans les villages

Outre la diversification des filières énergétiques, le projet tente d’affiner le suivi réalisé par le Gret sur le terrain, auprès des villages, des comités villageois et des gérants. Luc Arnaud rappelle que : « la re- commandation faite au Gret par Vincent Butin et Gilles Goldstein, lors de leur mission d’évaluation, est pour l’essentiel la suivante : mettre en place un système de suivi plus performant que celui qui existe déjà. » Aurélie Corbin au cours de son travail d’évaluation des impacts socioéconomiques en septem- bre 1996 avait d’ailleurs déjà émis ce type de recommandations.

Évaluation de la formation des gérants par Aurélie Corbin.

Extraits de : Évaluation des impacts socioéconomiques du projet Alizés Électrique, Aurélie Corbin, Gret, 1996, pp. 32-33.

Bien que le projet ait formé rapidement les gestionnaires (…), cette formation ne semble pas avoir été comprise de tous. Le choix du gestionnaire apparaît donc primordial pour la réussite du projet dans un village. Celui-ci doit à la fois être un bon technicien s’occupant de tout ce qui est branchement des prises, recharge des kits, petites réparations, et un gestionnaire pour tenir les livres de comptes. On comprend que l’oiseau soit rare à trouver ! (…) C’est pourquoi un suivi socioéconomique est nécessaire à la bonne marche du projet et doit être à même d’en assurer la validité.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Tant bien que mal, au cours du temps, le Gret a tenté de renforcer les compétences des gérants et d’améliorer la qualité du suivi. Luc Arnaud raconte : « On a fait des séances de formation à Nouak- chott, aussi sur le terrain en formant les gens, en leur donnant des outils ; on pense aussi que le gérant peut être un diffuseur, installer des panneaux… on commence à réfléchir à un système où le gérant installe les panneaux et devient un vendeur de panneaux localement, etc. ».

Cependant, l’activité de suivi sera largement compromise et négligée compte tenu des impératifs de court terme qui se présenteront : au début de l’année 1998, le financement GEF/Pnud prend fin. Il s’agit donc avant tout pour le Gret de trouver une autre source de financement, l’idée étant qu’une fois ce nouveau financement acquis, l’équipe aurait le temps de viabiliser les dispositifs, notamment par le renforcement des structures locales de gestion du service.

1998, les dispositifs d’électrification rurale décentralisée propo- sés par le projet Alizés Électrique

Ce chapitre a pour ambition de présenter les différents produits que le Gret a pu concevoir et tester dans le cadre de la première phase de financement. Ils concernent :

1. Les dispositifs techniques proposés ;

2. La tarification et les offres de services ;

3. Les dispositifs d’exploitation et d’entretien du service à l’échelle des villages ;

4. Les dispositifs de maintenance ;

5. Le transfert de technologie réalisé ;

6. Les modalités de financement de l’électrification des villages ;

7. Le rôle du Gret.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

1. Les dispositifs techniques proposés

Quatre modules techniques ont été mis en œuvre dans le cadre d’Alizés Électrique, ils sont présentés successivement :

A. Filière éolienne.

Système de recharge batteries familiales.

B. Filière hybride, couplage solaire et éolien.

Système de recharge batteries familiales.

C. Filière hybride, couplage diesel et éolien.

Mini réseau et connexions individuelles.

D. Filière solaire.

Modules solaires individuels alimentant des kits

familiaux.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

A. Filière éolienne Système de recharge batteries familiales

• Alizés Electrique a proposé un premier mode d’électrification décentralisée des villages mauritaniens à partir de l’utilisation de l’énergie éolienne pour la recharge de batteries familiales.

• Cette offre de service s’est révélée adéquate pour des villages présentant les caractéristiques suivantes : habitat dispersé d’environ 50 familles.

• Trois composantes :

- l ’unité de production énergétique (l’aérogénérateur);

- la station de recharge des batteries familiales;

- le kit batterie des usagers;

des batteries familiales; - le kit batterie des usagers; Nombre de villages concernés : 16 Montant
des batteries familiales; - le kit batterie des usagers; Nombre de villages concernés : 16 Montant
des batteries familiales; - le kit batterie des usagers; Nombre de villages concernés : 16 Montant

Nombre de villages concernés : 16 Montant de l’investissement initial (sans les kits batteries) : 17 000 euros Montant de l’investissement initial par famille : 340 euros Nombre de kits installés : 847

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Organisation de la production, du transport et de la distribution.

Local de recharge des batteries
Local
de
recharge
des
batteries

Habitations

Eclairage par un système de lampes fixes

Aérogénérateur

Eclairage par un système de lampes fixes Aérogénérateur Baraque Eclairage par un système de “ lampes

Baraque Eclairage par un système de “ lampes baladeuses ”

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante 1 :

L’aérogénérateur de 1 kW, LMW.

Pâles Pylône
Pâles
Pylône
1 : L’aérogénérateur de 1 kW, LMW. Pâles Pylône Gouvernail Câble électrique, 24V alternatifs • Durée

Gouvernail

Câble électrique, 24V alternatifs

Durée de vie : environ 15 ans

Production journalière théorique : 3 000 Wh/j

Montant de l ’investissement initial : 17 000 euros

Montant mensuel de la location du village au projet (y compris station de charge) : 150 euros (sur la base du taux de change moyen de l ’époque)

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante 1 :

L’aérogénérateur 1 kW, détail des composantes.

Conçu pour des zones à faible vitesse moyenne de vent

Puissance maximale Vitesse du vent :

1.100 W

- démarrage

2,5m/sec

- nominale

7 m/sec

- maximale

60 m/sec

Pales du rotor

- nombre

3

- diamètre

3 m

- surface balayée

7,065m 2

Mât

polyester - fibre de verre

pylône

Fabrication locale Deyloul Vitesse nominale tr/mn

320

Vitesse maximale tr/mn

775

Contrôle de vitesse gouvernail articulé Type de moyeu

rigide

Matériau des pâles

Profil

NACA 4418

Rapport de vitesse

6,08

Génératrice

PMG basse vitesse

- puissance nominale

600 W

- puissance maximale

1.100 W

- tension

12 - 120 V CC

- fréquence

0 - 75 Hz

- contrôle de puissance

régulateur de tension +redresseur

- multiplicateur

aucun

- orientation

passive, par gouvernail

- freinage

électrique / rotation 90°

- position du rotor

face au vent

Gret – Collection Etudes et travaux – Série en ligne n° 6

42

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante 2 : La station de charge

Convertisseur – régulateur ark 24 V alternatifs / 24 V continus Résistance - Délestage Courant

Convertisseur – régulateur ark

24 V alternatifs / 24 V continus

– régulateur ark 24 V alternatifs / 24 V continus Résistance - Délestage Courant continu 24

Résistance - Délestage

Courant continu 24 V

Chargeur

8 batteries en série + 2 batteries “ tampons ” branchées sur une prise 24 volts contrôle de charge par un ampèremètre / voltmètre intégré

Courant alternatif 24 volts

Durée de vie : environ 15 ans

Montant mensuel de la location du village au projet (y compris aérogénérateur) : 61 euros

Gret – Collection Etudes et travaux – Série en ligne n° 6

43

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante 3 : Le kit batterie

en Mauritanie (1995-2000) Composante 3 : Le kit batterie Capot de protection, fibre de verre, fabrication

Capot de protection, fibre de verre, fabrication locale Ets Abeid durée de vie: 10 ans coût : 12 euros

Batterie 12 V x 50 Ah, marque FULMEN durée de vie: environ 4 ans coût : 81 euros

Régulateur de décharge 12 V x 10 Ah, fabrication locale BTI durée de vie : 10 ans coût : 48 euros

Support métallique mobile en fer, fabrication locale Deyloul durée de vie : 15 ans coût : 5 euros

Autres éléments permettant la sécurisation du fonctionnement des batteries (régulateur) et l’utilisation finale de la ressource (lampes, …) prises et interrupteur, connexion de la batterie-régulateur et utilisation / coût de l’installation : 2 300 um (12 euros) kit relié à un réseau de lampe(s) fixe(s) ou baladeuse(s) pour les installations sous la tente lampes de 12 V - 10 W / fabrication locale BTI / durée de vie 10 ans / coût : 6 100 um (31 euros) prise TV détrompée / coût : 100 um (5 euros)

convertisseur DC/DC pour le branchement d’appareils radios 6/9 V / durée de vie 10 ans / coût : 1 200 um (6 euros).

Montant de l’investissement initial par kit : 200 euros

Montant mensuel de location du village au projet par kit batterie : 2 euros

Gret – Collection Etudes et travaux – Série en ligne n° 6

44

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

B. Filière hybride, Couplage solaire et éolien Système de recharge batteries familiales

• Le deuxième mode d’électrification décentralisée des villages mauritaniens proposé par Alizés électrique repose sur le même schéma d’organisation que le premier. Simplement, c’est l’unité de production qui diffère, couplant des sources d’énergies éoliennes et solaires.

• Cette offre de service s’est révélée adéquate pour des villages présentant les caractéristiques suivantes :

- villages où la ressource éolienne est plus faible et moins continue;

- habitat dispersé;

- environ 8 familles.

• Trois composantes techniques caractérisent cette modalité :

- l’unité de production énergétique (un aérogénérateur couplé à un module solaire)

- la station de recharge des batteries familiales (idem au premier cas de figure)

- le kit batterie des usagers (idem)

Nombre de village(s) concerné(s) : 1 (El Aref) Nombre d’aérogénérateurs de 70 W installés : 2 Nombre de modules solaires de 50 Wc installés : 2 Montant de l’investissement initial ( sans les kits batteries) : 5 100 euros Montant de l’investissement initial par famille : 280 euros Nombre de kits installés : 18

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante variante : L’unité de production

L’aérogénérateur 70 W Marlech couplé au module solaire de 50 Wc

Aérogénérateur de 70 W, Marlech Emplacement du panneau solaire de 50 Wc Local technique

Aérogénérateur de 70 W, Marlech

Aérogénérateur de 70 W, Marlech Emplacement du panneau solaire de 50 Wc Local technique
Aérogénérateur de 70 W, Marlech Emplacement du panneau solaire de 50 Wc Local technique

Emplacement du panneau solaire de 50 Wc

Local technique

Durée de vie : environ 15 ans

Production journalière théorique : 450 Wh/j

Montant de l ’investissement initial (comprenant un module solaire et un aérogénérateur) : 2 550 euros

Montant mensuel de la location du village au projet de l’aérogénérateur de 70 W : 8 euros

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

C. Filière hybride, Couplage diesel et éolien Mini réseau et connexions individuelles

• Le troisième mode d’électrification décentralisée des villages mauritaniens proposé concerne la fourniture de service par connexions individuelles reliées à un micro- réseau unique, alimenté par une unité de production hybride (éolien et diesel), laquelle délivre aussi du courant pour un système classique de recharge batteries (A.)

• Cette offre de service s’est révélée adéquate pour des villages présentant les caractéristiques suivantes : habitat dense et plus de 50 familles.

• Trois composantes techniques caractérisent cette modalité :

- l ’unité de production énergétique (un aérogénérateur couplé à un groupe électrogène);

- le local technique (à la fois station de régulation et de transformation du courant et lieu de recharge de batteries);

- le mini réseau de type GECO et d’autre part, le système classique des kits familiaux.

Nous privilégierons ici l’aspect connexions individuelles.

privilégierons ici l’aspect connexions individuelles. Nombre de village(s) concerné(s) : 1 (Tighent) Nombre
privilégierons ici l’aspect connexions individuelles. Nombre de village(s) concerné(s) : 1 (Tighent) Nombre
privilégierons ici l’aspect connexions individuelles. Nombre de village(s) concerné(s) : 1 (Tighent) Nombre

Nombre de village(s) concerné(s) : 1 (Tighent) Nombre d’aérogénérateur(s) de 2.5 kW installé(s) : 1 Nombre de groupe(s) électrogène(s) de 5 kVA : 1 Nombre de connexions individuelles réalisées : 100 Nombre de poteaux d’éclairage public : 20 Montant de l’investissement initial (aérogénérateur, groupe électrogène et micro réseau) : 53 000 euros Montant de l ’investissement par famille : 530 euros Nombre de kits familiaux installés : 63

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Organisation de la production, du transport et de la distribution

Local technique Aérogénérateur de 2.5 kV Groupe électrogène de 5 kVA Habitations
Local technique
Aérogénérateur
de 2.5 kV
Groupe
électrogène de 5
kVA
Habitations

Eclairage public

Eclairage par un système de lampes fixes

Connexions individuelles

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante 1 : L’unité de production L’aérogénérateur de 2.5 kW, LMW et le groupe électrogène de 5 Kva.

de 2.5 kW, LMW et le groupe électrogène de 5 Kva. Groupe électrogène Tighent • Durée

Groupe

électrogène

et le groupe électrogène de 5 Kva. Groupe électrogène Tighent • Durée de vie :15 ans

Tighent

Durée de vie :15 ans

Production journalière théorique : 9 000 Wh/j

Montant mensuel de la location du village au projet (y compris station de charge) : 122 euros

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante 1 :

L’aérogénérateur 2,5 kW, détail des composantes

Conçu pour les usages domestiques et le pompage

Puissance

2.500 W

Vitesse du vent :

- démarrage

2 m/sec

- nominale

12 m/sec

- maximale

60 m/sec

Pales du rotor

- nombre

3

- diamètre

5 m

- surface balayée

19,6 m 2

Mât Fabrication LMW

18 m

Vitesse nominale

350 tr/mn

Vitesse maximale

450 tr/mn

Contrôle de vitesse

gouvernail

articulé Type de moyeu

rigide

Matériau des pales

polyester

Profil

NACA 4415

Rapport de vitesse

9

Génératrice

PMG basse vitesse

- puissance nominale

2.500 W

- puissance maximale

2.700 W

- tension

24 - 120 V CC

- fréquence

0 - 67 Hz

- contrôle de puissance

régulateur de tension +redresseur

- multiplicateur

aucun

- orientation

passive, par gouvernail

- freinage

électrique / rotation 90°

- position du rotor

face au vent

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante 2 : Le local technique « hybride »

Tighent

Composante 2 : Le local technique « hybride » Tighent Système de recharge batteries Groupe électrogène

Système de recharge batteries

Groupe électrogène de 5 kVA

Local de l’extérieur

Intérieur du local

Durée de vie : 15 ans

Coût mensuel de la location du village au projet (y compris aérogénérateur) :

122 euros

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Composante 3 : Le mini réseau de type GECO

(1995-2000) Composante 3 : Le mini réseau de type GECO Eclairage public à Tighent, alimenté par

Eclairage public à Tighent, alimenté par le mini réseau de même qu’une centaine de connexions individuelles.

Montant de l’investissement initial (y compris groupe électrogène) : 34 200 euros

Montant de l’investissement par famille : 340 euros

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

D. Filière solaire Modules solaires individuels alimentant des kits familiaux

• Le quatrième mode d’électrification décentralisée des villages mauritaniens proposé repose sur une alimentation individuelle par panneaux solaires, pour de plus gros consommateurs. L’unité de production est individuelle, c’est un module solaire de 20 Wc qui approvisionne un kit batterie familial.

• Cette offre de service s’est révélée adéquate pour des villages présentant les caractéristiques suivantes : faiblesse de la ressource éolienne, habitat dispersé, présence de plus gros consommateurs disposant d’une plus large capacité financière.

• Deux composantes techniques caractérisent cette modalité :

- l’unité de production énergétique (un module solaire de 20 Wc)

- le kit batterie des usagers (idem)

Nombre de village(s) concerné(s) : 1 (Adrar) Nombre de modules solaires individuels de 20 Wc installés : 20 Montant de l’investissement initial (module individuel y compris kit batterie et une lampe) : 300 euros Nombre de kits installés : 20

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Organisation de la production, du transport et de la distribution

Panneau solaire de 20 Wc TV Kit énergie
Panneau solaire
de 20 Wc
TV
Kit énergie

Installation individuelle

Durée de vie :15 ans

Production journalière théorique : 60 Wh/j

Montant mensuel de la location du village au projet par module (comprenant le panneau et le kit) : 3 euros

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Récapitulatif des coûts des différents éléments

Tous les montants sont exprimés en euros, sur la base du taux de change 1997, 1 FF = 136 ougiyas.

Aérogénérateurs avec mâts et installation Marlech 70 W LMW 1003 LMW 2500

534

5.400

12.600

Kit énergie

 

Couvercle avec prise Support métallique Prise + Interrupteur Batteries, 50 AH Fulmen ST 12/50 Régulateur

14

5

13

89

53

Equipements d’usage

 

Lampe BTI Convertisseur DC-DC

34

24

Chargeur de batteries

 

Chargeur Total Energie Système BTI

153

680

Local batterie

 

Local Deyloul

497

Coûts d’installation

 

Installation 1003 Installation 2500 Installation M arlech Installations intérieures (village de 50 familles)

628

1.221

56

309

Réseau électrique

 

Etude réseau M atériel réseau (100 familles) Groupe électrogène (SDM O 4700 VA)

3.664

25.038

1.959

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

2. La tarification et les offres de service. Les mécanismes de recouvrement.

Propriétaire des unités de production et des kits énergie Ministère Ministère de de l’Énergie l’Énergie
Propriétaire des
unités de
production et des
kits énergie
Ministère Ministère
de de l’Énergie l’Énergie
Gret Gret
Paiement d’une location
mensuelle au projet
Le Le village village
Propriétaire du local
de charge
Le Le village village Propriétaire du local de charge Propriétaire des lampes et des prises L’usager
Propriétaire des lampes et des prises L’usager L’usager
Propriétaire des
lampes et des prises
L’usager L’usager
des lampes et des prises L’usager L’usager Paiement d’un droit d’entrée au village correspondant

Paiement d’un droit d’entrée au village correspondant à l’équipement privatif (néon, installation dans les maisons)

Paiement d’un loyer mensuel au Comité villageois (kit énergie, fonctionnement du service)

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

La location mensuelle payée par le village au projet

• Cette tarification est fixe et correspond au coût de renouvellement et de maintenance des équipements ainsi qu’à la gestion du service.

• Le projet demande les montants mensuels suivants aux villages pour la location des équipements :

Type d’équipements

Montant de la location mensuelle (euros)

Aérogénérateur de 2,5 kW (100 familles)

122

Aérogénérateur de 1 kW (50 familles)

61

Aérogénérateur de 70 W (5 familles)

8

Kit énergie (par famille)

2

Panneau individuel de 20 Wc

1

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Le paiement d’un droit d’entrée des usagers au village

• Chaque nouvel abonné est tenu de payer un droit d’entrée ou « abonnement » au village. Le montant de cet apport est modeste, la raison étant que le projet vise à ce que le maximum de ménages puissent accéder à l’éclairage.

• L’abonnement correspond au paiement initial de chaque famille. En contrepartie de ce paiement, l’abonné devient propriétaire d’une ou de plusieurs lampes et / ou prise selon le choix de service qu’il a réalisé.

• A chaque niveau d’équipement correspond un montant du droit d’entrée :

Type d’équipement

Montant du droit d’entrée (euros)

1 lampe de 10 W

10

1 lampe de 10 W + 1 prise

15

2 lampes de 10 W + 1 prise

35

3 lampes de 10 W + 1 prise

76

• Le projet subventionne à 75 % la configuration la plus modeste (une lampe) et à 40 % seulement la configuration la plus aisée. Cette subvention est alimentée par le paiement mensuel d’une location des usagers au village et des villages au projet.

• Ces sommes sont réunies par le village et versées sur un compte en banque. Elles constituent la part cofinancée du projet par ses bénéficiaires.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Le paiement d’une location mensuelle des usagers au village

• Le montant de ce loyer mensuel varie d’un village à l’autre. Il prend en compte le montant du contrat de location établi entre le projet et le village, le salaire du gérant et les provisions pour la caisse du village.

• Si les comités villageois sont libres de déterminer la règle selon laquelle ils fixent le montant de la participation financière mensuelle des abonnés, le projet leur a proposé de répartir les charge selon le «système de la part ».

« Le système de la part » :

> Quelle que soit la consommation du village, le coût des équipements et le salaire du gérant sont fixes. L’énergie produite qui n’est pas consommée est perdue sans constituer une économie possible pour le village. Il est donc difficile d’élaborer une tarification qui prenne en considération la consommation énergétique réelle des abonnés à l’intérieur du village.

> A l’inverse, une tarification complètement forfaitaire a l’inconvénient de mettre toutes les familles au même niveau : grosses consommatrices ou petites consommatrices, gros revenus et petits revenus. Un tel système pénalise fortement les petits consommateurs aux revenus modestes.

> Le projet a proposé une tarification forfaitaire prenant en compte les différences de consommation en se basant sur les puissances installées, la puissance installée divisée en parts. Une lampe compte pour une part, un téléviseur noir et blanc avec une puissance de 30 W compte pour deux parts.

> On calcule ainsi le nombre de parts du village en faisant la somme du nombre de lampes et de prises. Le montant des charges du village (salaire du gérant + location) est divisé par le nombre total de parts. On obtient ainsi le coût d’une part.

Un projet d’électrification rurale en Mauritanie (1995-2000)

Le paiement d’une location mensuelle des usagers au village, suite.

• Dans la pratique, il en résulte donc des variations du montant de cette location :

> D’un village à un autre

Village

Montant de la part (euros)

Pk 14

2,30

Ebden

6,90

N’Houkara

0

A Pk 14, le montant de la « part » est bas puisque les ménages ont souscrit à un grand nombre de lampes et de prises.

A Ebden, il est bien plus élevé : dix ménages prévus au départ n’ont finalement pas pris leurs kits, la charge de la location de l’installation est donc répartie entre seulement 27 abonnés.

A N’Houkara, le montant