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Conférence d’anniversaire de la Sécurité Sociale - 23 septembre 2009

Perspectives pour nos régimes


de pension

Prof. Pierre DEVOLDER


UCL
Agenda
• 1.Les défis des premiers piliers
• 2. Les réformes paramétriques
• 3. La fuite vers le deuxième pilier
• 4. Deux nouveaux outils pour le
premier pilier
• 5. Choix des orientations
• 6. Conclusion

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1. Les défis des premiers
piliers
Problématique de base :

Les systèmes de pension de sécurité sociale ( premiers piliers de


pension) ont pour la plupart été créés dans une optique d’Etat
Providence et ont généralement les caractéristiques suivantes :

- financement en répartition : les cotisations des actifs


servent directement au paiement des pensions du moment .

- avantages en prestations définies : le système définit un


niveau de prestations à atteindre… et les cotisations doivent
suivre !!! Devolder Sept 2009 3
Ces systèmes ont été pensés dans une optique économique,
démographique et sociale caractérisée par :

- une vision nationale du marché de l’emploi : peu de carrières


internationales;

- peu de flexibilité entre catégories de travailleurs ( salariés/


indépendants / fonctionnaires );

- des carrières standard jusqu’à 65 ans;

- une dynamique importante des populations assurant un rapport


stable entre actifs et retraités.
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Ces caractéristiques ont été clairement remises en cause ces
dernières décennies et conduisent à une crise du modèle classique:

- une vision nationale du marché de l’emploi : de plus en plus


de carrières internationales

- peu de flexibilité entre catégories de travailleurs ( salariés/


indépendants / fonctionnaires ) : de nombreuses carrières mixtes

- des carrières standard jusqu’à 65 ans : politiques de prépension


…mais aussi des seniors en pleine forme

- une dynamique importante des populations : vieillissement


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(source: US Bureau of Census)
Evolution belge du nombre d’actifs par retraité
( taux de support potentiel)
Années Pens 20-60 20-65
2004 1 2,7 3,5
2010 1 2,4 3,4
2020 1 2,1 3,3
2030 1 1,6 2,7
2040 1 1,5 2,2
2050 1 1,4 2

( sources INS- Belgique)

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Choix d’un régime de retraite

Le financement de nos pensions peut être


schématiquement réalisé de 2 façons :

- en répartition : les actifs d’aujourd’hui paient


les retraités d’aujourd’hui

- en capitalisation: les actifs épargnent pour eux


durant leur vie active

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D’autre part, il existe deux grands systèmes d’avantages :

- les régimes à prestations définies

On dit explicitement ce qu’on veut obtenir


comme prestations à l’âge de la retraite.
Les cotisations doivent alors être calculées.

- les régimes à contributions définies

On dit explicitement le niveau des cotisations.


Les prestations en découlent.
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Pour définir fondamentalement un régime de retraite,
il faut donc choisir une combinaison parmi les 4 cases de la
matrice « financement / avantages » :

Répartition Capitalisation

Prestations 1 2
définies
Contributions 3 4
définies
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Vision traditionnelle des trois piliers

Premier pilier -Répartition


ETAT/SECURITE -Prestations
SOCIALE définies
Second pilier - Capitalisation
EMPLOYEUR - Contributions ou
prestations
définies
Troisième pilier - Épargne libre
INDIVIDU
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CONSEQUENCE :

Le mode de financement actuel de la sécurité sociale


repose souvent entièrement sur la répartition et
est en prestations définies.
Ce type de régime est exposé de manière
maximale aux chocs démographiques.
Les modifications structurelles démographiques vont
profondément affecter l’équilibre de tels
systèmes dans les 50 prochaines années.

L’automatisme « 1° Pilier = répartition + prestations


définies » a commencé à s’effriter ici et là …
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Belgium first Pillar ( Social Security)

Pay as you go Funding

DB
X

DC
13
Chilean first Pillar ( Social Security)

Pay as you go Funding

DB

DC X
14
Swedish first Pillar ( Social Security)

Pay as you go Funding

DB

DC X X
15
French first Pillar ( Social Security)

Pay as you go Funding

DB X

DC X
16
2. Réformes paramétriques
Recul de l’âge légal de la retraite

Durcissement de l’accès à la retraite anticipée

Plafonnement plus strict des revenus pris en


compte pour le calcul des prestations

Révision à la baisse des taux de prestations

Révision du système d’indexation des pensions

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Difficultés des réformes paramétriques
- Visibilité maximale des mauvaises nouvelles vis à vis
de la population …

- Mesures souvent ramenées à des proportions largement


insuffisantes pour vraiment porter des fruits suite à la pression
sociale
( exemple / Belgique : pacte des générations)

- Facilité de revenir en arrière ultérieurement en cas de


changement de majorité politique
( « populisme des pensions »)
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3. La fuite vers le 2°pilier

On limite le premier pilier en répartition à l’essentiel


( filet de secours - modèle de BEVERIDGE) .

On rend obligatoire en parallèle un deuxième pilier en capitalisation


accompagné d’incitants fiscaux importants pour les entreprises et
les particuliers.

( nécessairement en capitalisation compte tenu du risque de


défaillance de l’organisateur)
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Difficultés du deuxième pilier
- Aveu d’impuissance des autorités politiques

- Proportion très importante du financement en capitalisation…


avec les risques qui l’accompagnent ( crise financière/
inflation ) !!!

- Mécanismes de solidarité rendus beaucoup plus difficiles

- Inéquité entre citoyens selon le statut et le secteur d’activités;


catégories non couvertes

- Charges de financement pour les entreprises


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4. Deux nouveaux outils pour
le premier pilier

Répartition Capitalisation

Prestations 1 2
définies

Contributions 3 4
définies Comptes Comptes
notionnels d’épargne
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4.1. Comptes d’épargne en 1°pilier

Régime de comptes individuels obligatoires institués


au sein de la sécurité sociale
- en capitalisation
- en contributions définies ( par exemple 2% salaires)
- épargne démocratisée car obligatoire et identique
- mécanismes de protection possibles par des rendements
garantis
- gestion financière par le marché ou par l’État
- régulation par l’État

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Modalités pratiques

Régime de comptes individuels obligatoires institués


au sein de la sécurité sociale

- conversion obligatoire à la retraite de l’épargne accumulée


en rente viagère
- plafonnement identique des cotisations et des prestations
- possibilité de prévoir un ( petit) volet de solidarité
( sous forme d’un pourcentage de la cotisation ) permettant
par exemple l’assimilation de certaines périodes

- Solution très largement suivie en Amérique centrale et du


Sud Devolder Sept 2009 23
Difficultés des comptes d’épargne de
sécurité sociale
- Risques de la capitalisation ( cf. 2° pilier)

- Risque de confiscation si la gestion financière est confiée


à l’Etat

- Risque de frais de gestion importants si la gestion financière


est confiée au privé ( cas de l’Amérique du Sud)

- Mécanismes de solidarité rendus plus délicats

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4.2.Comptes notionnels

Régime en répartition mais où les prestations ne sont plus


calculées à la retraite en fonction d’une formule sur le salaire
mais correspondent à une valeur capitalisée fictivement des
cotisations payées pendant toute la carrière.

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Les comptes notionnels

Fonctionnement :

- régime en contributions définies : cotisations


exprimées en pourcentage des salaires

- régime en répartition : les cotisations


d’aujourd’hui ne sont pas capitalisées
mais paient directement les retraites
d’aujourd’hui.

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Les comptes notionnels

-à l’âge de la retraite , on calcule une épargne fictive


correspondant à la somme des cotisations versées durant toute la
carrière capitalisées fictivement à l’aide d ‘un indice

- cette épargne est ensuite convertie en une rente de retraite à


l’aide d’un coefficient de conversion.

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Les comptes notionnels

Le système repose donc sur un compromis social :

-en répartition -Solidarité

- en contributions définies -Maîtrise des coûts


-Équité

Système adopté par un nombre croissant de pays en


remplacement de leur système traditionnel en
prestations définies ( Suède, Pologne, Italie,
Lettonie,…)
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Transformer un régime de base de sécurité sociale
en comptes notionnels permet de :

Maintenir la logique de la répartition

Mieux relier les prestations aux cotisations payées

Responsabiliser chacun vis-à-vis de l’âge de pension

Adapter le régime à l’allongement de la durée de vie

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Difficultés des comptes notionnels
-Difficultés d’explication de la technique

- Maintien intégral des risques démographiques liés au


renouvellement insuffisant de la population
( cf. on reste en répartition )

- pénalités très importantes en cas de départ anticipé


( correct actuariellement mais politiquement difficile !!)

- Rejet d’une partie du risque de longévité sur les affiliés

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5. Choix des orientations
Le choix d’une architecture optimale des pensions et d’un mode
d’organisation du premier pilier n’est pas qu’une question technique.

Il doit s’appuyer aussi sur des choix politiques qui reflètent les
valeurs qu’une société désire impulser à sa sécurité sociale.

Nous nous proposons ci après de relever quelques orientations qui


devraient à notre avis guider toute réforme des pensions
en Belgique dans les prochaines années et aider aux choix techniques
qui en découlent.
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Choix des orientation
• 5.1. Un premier pilier fort et équilibré
• 5.2. Une plus grande équité
• 5.3. Une diversification dans le financement
• 5.4. Un rapprochement des statuts
• 5.5. La neutralité actuarielle de l’âge de
pension

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5.1. Un premier pilier fort et équilibré
Les régimes de retraite de sécurité sociale sont une des grandes
conquêtes sociales du 20° siècle.

Ils sont les seuls à même d’assurer une véritable solidarité


aujourd’hui nationale et peut être demain européenne.
Compte tenu des défis qui attendent ces régimes dans les
prochaines décennies , il y a lieu d’éviter 2 écueils :
- le pari sur le progressif essoufflement guidé par des intérêts
financiers ;
- le refus de toute réforme dans une optique de maintien
aveugle de droits acquis et d’égoïsme entre générations
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5.2. Une plus grande équité

Des augmentations de cotisation semblent inéluctables dans


les prochaines décennies.

Des compléments de financement seront d’autant mieux acceptés


que le citoyen verra un lien clair entre ce qu’il cotise et ce
qu’il recevra à la retraite .

Les cotisations pensions de sécurité sociale doivent cesser d’être


perçues comme des impôts et devenir des investissements pour le
futur.
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Lien cotisation- prestation

Dans ce contexte , des régimes de type contributions définies


semblent mieux à même de répondre à cette liaison directe
entre cotisations et prestations que les régimes classiques en
prestations définies où les cotisations que je paie aujourd’hui
et les prestations que je recevrai demain semblent déconnectées.

Cette meilleure perception reste valable qu’il s’agisse


de contributions définies en capitalisation ( comptes individuels)
ou en répartition ( comptes notionnels).
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5.3. Une diversification des modes de
financement

Répartition et capitalisation ne s’opposent pas mais doivent au


contraire être associées dans une politique actuarielle adulte
des retraites .

Cette diversification était classiquement assurée par les 3 piliers.

Mais pour être viable et équilibré le premier pilier doit se doter


de toutes les techniques actuarielles.
Il est le seul à pouvoir le faire.
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Risk management d’un régime de retraite
Répartition et Capitalisation sont exposés à
des risques très différents .

- risque d’inflation: perte de pouvoir d’achat des retraités


- risque économique : masse salariale stagnante
- risque financier: taux d’intérêt et de rendement
financier bas
- risque de longévité : on vit de plus en plus longtemps
- risque de croissance démographique: la population ne se
renouvelle plus assez
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Tableau des risques

Répartition Capitalisation
Inflation Non Oui
Économie Oui Non
Financier Non Oui
Longévité Oui Oui
Démographie Oui Non

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La diversification

Face à la complémentarité des risques , il y a un intérêt


évident pour la diversification .

Similitudes avec la gestion de portefeuille.

RETRAITE FINANCE

- Répartition - Actions
- Capitalisation - Obligations

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5.4. Un rapprochement des différents
statuts
Dans le contexte de mobilité de l’emploi il faut mettre en
place des systèmes à la fois :

- équitables : 1€ de cotisation versé dans chaque régime doit


engendrer la même prestation

- portables : facilité de transfert de droits et transparence des


droits acquis en cas de changement de statut
( par exemple indépendants / salariés)
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Mobilité et statut

Dans ce contexte de mobilité , les systèmes de type


contributions définies apparaissent à nouveau mieux armés
( simple transfert de comptes )
que les régimes en prestations définies où le passage
d’une formule à l’autre et les problèmes de revalorisation
d’années passées compliquent sensiblement les mutations
de statut.

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5.5. Une neutralité actuarielle du départ
en retraite

Dans un contexte de plus grande responsabilisation individuelle


une flexibilité relative de l’âge de la retraite semble
souhaitable plutôt qu’un recul disciplinaire de l’âge légal
de la retraite.

Il faut encourager le maintien au travail plus longtemps ;


contrairement à certaines idées reçues, le maintien de seniors
sur le marché de l’emploi n’est pas du tout source de chômage
des jeunes.
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T a u x d 'e m p lo i d a n s l'U E

E n tre 5 5 e t 6 4 a n s in c lu s E n tre 1 8 e t 2 4 a n s in c lu s
1 S uède 7 1 ,2 % 1 Pays - Bas 6 5 ,9 %
2 C h ypre 7 0 ,9 % 2 D an em ark 6 2 ,3 %
3 D an em ark 6 7 ,3 % 3 R oyaum e - U ni 5 5 ,4 %
4 R oyaum e - U ni 6 5 ,7 % 4 A u tric h e 5 1 ,9 %
5 Ir la n d e 6 5 ,0 % 5 Ir la n d e 4 7 ,7 %
6 P o rtu g a l 5 9 ,1 % M a lte 4 7 ,7 %
7 Espagne 5 8 ,9 % 7 A lle m a g n e 4 1 ,9 %
8 L itu a n ie 5 7 ,6 % 8 F in la n d e 3 9 ,4 %
9 T c h é q u ie 5 7 ,2 % 9 S uède 3 9 ,2 %
10 Pays - Bas 5 6 ,9 % 10 C h ypre 3 7 ,3 %
11 E s to n ie 5 6 ,4 % 11 P o rtu g a l 3 7 ,1 %
G rè c e 5 6 ,4 % M o y . E u ro p . 3 6 ,7 %
13 L e tto n ie 5 5 ,8 % 12 Espagne 3 4 ,2 %
14 M a lte 5 2 ,2 % 13 S lo v é q u ie 3 3 ,8 %
15 F in la n d e 5 1 ,4 % 14 L e tto n ie 3 0 ,5 %
16 A lle m a g n e 5 0 ,7 % 15 F ra n c e 3 0 ,4 %
M o y . E u ro p . 5 0 ,7 % 16 B e lg iq u e 2 7 ,8 %
17 S lo v a q u ie 4 3 ,8 % T c h é q u ie 2 7 ,8 %
18 Ita lie 4 2 ,2 % 18 Ita lie 2 7 ,6 %
19 F ra n c e 4 1 ,0 % 19 E s to n ie 2 7 ,2 %
20 S lo v é n ie 4 0 ,9 % 20 G rè c e 2 6 ,8 %
21 B e lg iq u e 3 9 ,1 % 21 S lo v é q u ie 2 6 ,3 %
22 A u tric h e 3 8 ,9 % 22 H o n g rie 2 3 ,6 %
23 L u xe m b o u rg 3 8 ,5 % 23 P o lo g n e 2 1 ,7 %
24 H o n g rie 3 8 ,4 % 24 L u xe m b o u rg 2 1 ,4 %
25 P o lo g n e 3 4 ,1 % 25 L itu a n ie 2 0 ,3 %

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Neutralité actuarielle
Il faut donc traiter équitablement d’un point de vue actuariel
les départs postposés à la retraite … et corriger justement
les départs anticipés.

Cette correction se fait automatiquement dans les systèmes


en contributions définies .
Elle peut également prendre en compte la pénibilité des métiers
au travers d’une conversion en rente plus avantageuse.

Elle est beaucoup plus délicate dans les régimes en prestations


définies.
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Dans les systèmes classiques de sécurité sociale en prestations
définies, que se passe t’il en cas de pension anticipée ?

Application d’une pénalité sur la rente promise à l’âge normal


de la retraite ( souvent 65 ans) ( malus).

Paradoxe : 1° cette pénalité ( par exemple 5% par année


d’anticipation) est souvent mal ressentie et
jugée injuste ( aspect de punition)

2° elle est souvent techniquement beaucoup trop


généreuse par rapport au surcoût réel engendré
( on n’ose pas trop punir …)
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6. Conclusion

1° intérêt de mélanger au sein du premier pilier , répartition


et capitalisation en vue de diversifier les risques et de lui donner
toutes ses chances ;

2° les régimes en contributions définies permettent de mieux


prendre en compte les éléments suivants :
- portabilité
- neutralité actuarielle
- transparence du lien entre cotisations et prestations
- la maitrise des coûts 46
MERCI POUR VOTRE ATTENTION !

Pierre.Devolder@uclouvain.be

http://www.actu.ucl.ac.be/staff/devolder/pdevolder.html

UCL
Institut des sciences actuarielles
6 rue des wallons
www.uclouvain.be/actu.html
1348 LLN

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