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194 Samedi, 2009 1. 2:41 août 14 2009 9:28 09 REFLÉTER LA SOCIÉTÉ ? • DISSERTATION

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Nous vous proposons un plan détaillé dont seulement certains paragraphes sont rédigés. Vous pouvez vous exercer à en rédiger des passages en y ajoutant des exemples tirés de vos connaissances personnelles.

Introduction

• « Sans personnage, point de roman » (Anthony Burgess). « Un roman, c’est un miroir que l’on promène le long d’un chemin » (Stendhal). Certes, il y a une différence entre personnage et personne : l’un renvoie à la création littéraire, l’autre au réel. Mais quand le lecteur est plongé dans un roman, il arrive souvent que, pour lui, les personnages deviennent personnes et reflè- tent, comme un vrai miroir, l’image de la société dans laquelle il vit. • La seule fonction du personnage de roman est-elle, dès lors, de refléter la société dans laquelle il vit ? Une telle perspective ne présente-t-elle pas quelques dangers ? Le romancier, en créant son personnage, ne peut-il avoir d’autres buts ?

I. La tâche du romancier, quand il crée des personnages, peut consister avant tout à refléter la société dans laquelle il vit

Éclaircir le sens du mot « refléter » : imiter et reproduire.

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1. Le projet de peinture de la société
Conception dominante dans la deuxième moitié du XIX e siècle, illustrée
par les textes du corpus.
Le personnage est un condensé des caractères de son groupe social ou
de la société dans laquelle il vit : idée tirée des romanciers réalistes, de Zola
et des naturalistes.
Certains romanciers, notamment ceux du mouvement réaliste, ont pour but de
jouer le rôle de « témoins », sans toutefois se prétendre historiens. Ainsi, Balzac
souhaitait être le « secrétaire de la société française », « faire concurrence à l’état
civil » et écrire « l’histoire […] des mœurs ».
Si l’on assigne au roman cette mission, il devient logique de gommer le plus
possible les traces de fiction dans les personnages créés : en leur donnant
un nom – M me Vauquer dans Le Père Goriot –, un milieu et un décor minu-
tieusement calqués sur la réalité – une pension comme il y en avait
beaucoup à Paris –, une existence sociale, le romancier fait son œuvre de
« peintre de la réalité ». Le roman se lit alors comme un témoignage auquel
le lecteur peut trouver de l’intérêt. En lisant Le Rouge et le Noir, on lit aussi
une Chronique de 1830… et l’on peut s’intéresser à la peinture d’une
époque passionnante dont le personnage est une pièce maîtresse.
Le romancier part d’éléments du réel social…
Le romancier s’appuie sur le réel, qui lui fournit la base de son personnage.
Ainsi, Stendhal s’inspire de la vie d’un certain Berthet, précepteur et
assassin véritable, pour créer son Julien Sorel. Balzac, dans son avant-
propos de La Comédie humaine, donne les secrets de la création :
« Souvent il est nécessaire de prendre plusieurs caractères semblables pour
arriver à en composer un seul […] La littérature se sert du procédé
qu’emploie la peinture qui […] prend les mains de tel modèle, le pied de tel
autre, la poitrine à celui, les épaules de celui-là. »
2. Par quels moyens le personnage de roman
peut-il refléter la société ?
Par la description détaillée et réaliste des personnages : physionomie,
détails anatomiques, précisions dans la description des vêtements…
(exemples).
Par l’appui sur des événements et des personnages historiques pour
conduire l’intrigue (Vigny ; Dumas ; Hugo : Quatre-vingt-treize), sur des faits
divers (Le Rouge et le Noir, Madame Bovary) ou sur son propre vécu
(Proust, Céline).
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Un personnage dont les actes et les pensées sont au moins en partie déterminés par la documentation (roman historique, roman réaliste ou natu- raliste) ou l’introspection (roman autobiographique : trilogie de Jules Vallès).

Par l’insertion dans un milieu et une société largement décrits

– Apogée de cette conception chez les naturalistes : cela correspond à un

projet didactique et idéologique : imiter en littérature la méthode expérimen- tale, introduire dans la création des personnages les découvertes récentes

des lois de l’hérédité.

– Zola propose des personnages qui pourraient être ses contemporains,

personnages produits de leur milieu social et familial.

– Méthode mise en œuvre : enquête approfondie, sur le terrain, person-

nages reflet du réel. Arbre généalogique des personnages, tares héréditaires (folie, alcoolisme), caractéristiques régionales ou professionnelles.

– Permanence de cette conception au début du XX e siècle.

Exemples : Proust, dans À la recherche du temps perdu, cherche aussi à rendre compte de l’évolution de milieux sociaux à travers une galerie de personnages mondains. À l’opposé de l’échelle sociale, Céline dans Voyage au bout de la nuit fait passer son héros de l’horreur de la Première Guerre mondiale aux grandes villes américaines avant de le réinstaller dans les quartiers pauvres de la banlieue parisienne.

3. Pourquoi le personnage de roman doit-il refléter la société dans laquelle il vit ?

C’est le principe de Zola en général, parce qu’il veut décrire une société.

Pour décrire une société, tout simplement : cas où la peinture sociale a

plus d’importance que le personnage et son histoire ; le personnage devient alors uniquement une image, un symbole de son groupe social. Exemples : Rastignac, ambitieux bien intégré dans son temps ; Nana, reflet

de la corruption de l’époque.

Pour créer l’illusion de la réalité et permettre l’identification et l’intérêt Également dans les romans fondés sur l’identification lecteur/personnage ou adhésion lecteur/univers décrit : romans historiques, romans policiers, romans biographiques ou autobiographiques.

Pour agir sur le réel : le roman engagé

Efficacité de cette volonté du romancier de serrer le réel social au plus près

pour agir sur la société : héros de Malraux engagés dans l’action politique révolutionnaire (La Condition humaine : début de la révolution chinoise avec insurrection à Shanghai). [Transition] Une part majeure du roman français repose sur des personnages réalistes, ancrés dans un milieu social.

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repose sur des personnages réalistes, ancrés dans un milieu social. www.annabac.com 196 CORRIGÉ © H A

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Le personnage de roman, même ancré dans un milieu social, reflète-t-il tou-
jours la société dans laquelle il vit ?
II. Mais le personnage de roman, même ancré
dans un milieu social, est-il toujours l’image de la société
dans laquelle il vit ? Une notion complexe et réductrice
La notion de « reflet » (miroir) est à discuter. Elle ne rend pas toujours
compte du personnage de roman (identité et fonction).
1.
Plutôt « révélateur » que « reflet » ?
Parfois, le personnage de roman est à contre-courant de la société dans
laquelle il vit ; il n’en est pas l’image, mais l’opposé. On peut dire qu’il la
« reflète », mais alors comme son négatif.
Exemples : M me de Clèves vit dans une société qui la tourmente, mais son
éthique est à contre-courant et c’est précisément l’intérêt du roman.
L’héroïne de Thérèse Desqueyroux ne « reflète » pas la société, elle est la
victime de son entourage.
Mieux vaudrait alors parler de « révélateur » de la société dans laquelle le
personnage vit.
2.
Plutôt « produit » que « reflet » ?
Parfois, le personnage ne reflète qu’une partie de la société.
Exemple : Julien Sorel, héros de la période post-napoléonienne, ne reflète
qu’une partie de la société de son temps ; au contraire, il s’oppose à la classe
dans laquelle il veut faire carrière. Il en est plutôt le produit et le déchet.
Mieux vaudrait à la rigueur parler de produit de cette société que de reflet,
terme impropre dans ce cas.
3.
Des personnages sans société ?
Dans certains romans, il n’y a pas de société ; le personnage ne peut donc
la refléter.
Exemples : La Chute, de Camus (long mono-dialogue, mais pas de société en
arrière-fond) ; Le Solitaire de Ionesco, « Je » est un être purement « extra-social ».
4.
Les « dangers » des personnages reflets de la société
Le principe selon lequel le personnage doit être significatif, c’est-à-dire
représenter un groupe, une catégorie, présente des « dangers », des
inconvénients.
a. Des personnages schématiques et peu humains ?
Ce principe aboutit à des personnages schématiques, parfois caricaturaux,
plus symboliques d’une idée que profonds.
Exemples : personnages d’Eugène Sue et du roman populaire ; les romans
de propagande politique ; Roquentin dans La Nausée de Sartre.
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b. Des personnages artificiels ou banals ?

• Certains romans ne sont que des constructions littéraires, où la société est purement un effet d’illusion.

Exemple : le nouveau roman (les romans de Robbe-Grillet).

• En tout état de cause, la société romanesque est de même que le person-

nage une création artificielle. Exemple : le monde de Zola avec ses prétentions à l’exactitude scientifique,

monde commandé par l’hérédité et par une règle de dégradation conduite par la transmission des tares (idées de la médecine de l’époque, dont on connaît aujourd’hui les limites scientifiques).

• Si le personnage se borne à refléter la société, il risque de devenir banal, de perdre tout relief. Exemple : personnages du nouveau roman, plongés dans la médiocrité de leurs préoccupations (Gisèle dans Le Planétarium de Sarraute).

c. Des personnages qui se démodent ?

Le personnage, parce qu’il est ancré dans une époque et une société pré- cises, se démode, risque même de ne plus être compris du lecteur qui vit dans un autre temps. Exemple : Jérôme et Sylvie ; le couple des Choses, une histoire des années soixante de Perec nous paraît appartenir déjà à un autre monde.

d. Des personnages qui risquent de « dégoûter » le lecteur ?

Certains lecteurs ont arrêté la lecture des Rougon-Macquart avec pour prétexte : « Ce monde est vraiment trop déprimant ! » La société qu’il pré- sente n’est pas réjouissante : quand, à travers « la figure du baron Hulot dans La Cousine Bette », Balzac observe « le ravage que le tempérament amoureux d’un homme amène chez lui, dans sa famille et dans la société » (citation de Zola à propos de Balzac), le risque est que le lecteur se détourne de ce monde décevant, souvent violent. Quand Maupassant raconte les menées malhonnêtes de Bel Ami, l’ambi- tieux sans scrupules, quand Zola décrit les ravages causés par l’alcool sous les traits de Gervaise…, le roman présente au lecteur l’image d’une société, peut-être réelle, qui risque de le détourner du roman. Bien plus, le phéno- mène d’identification en est contrarié. Veut-on s’identifier à Thérèse Raquin ? Veut-on vivre la vie des mineurs de Germinal ?

5. Et si l’on inversait les perspectives ? La société faite pour éclairer le personnage…

• En fait, les romanciers tentent de construire des cadres pour leurs person-

nages et pour bâtir une action, et il se peut que le lecteur voie la chose à l’envers : il perçoit dans le personnage le produit de l’univers qui l’entoure

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→ illusion littéraire de réalisme, qui est nécessaire pour que le roman inté-
resse, en persuadant le lecteur qu’il a affaire à un univers réel.
• Mais au fond, du point de vue de la création littéraire, on pourrait dire que
la société dans un roman est faite pour mettre en valeur les traits principaux
du personnage que l’auteur veut créer.
[Transition]
Cependant, ne pas en rester à cette vision trop réductrice. Refléter la
société n’est pas l’unique fonction du personnage de roman qui a – peut et
doit avoir – d’autres fonctions.
III. Les autres fonctions du personnage romanesque
Le personnage de roman peut avoir de multiples fonctions, très diverses.
1. Satisfaire un certain besoin de rêve et d’évasion
Le roman, à travers ses personnages, doit aussi satisfaire le goût du lecteur
pour l’imaginaire et son besoin de s’évader du réel, dans des univers impro-
bables (récits merveilleux, fantaisie héroïque à l’anglo-saxonne).
a.
Héros idéalisés
Des héros parfaits qui évoluent dans un cadre peu réel, propres à satisfaire
les attentes, les fantasmes de perfection de publics divers qui peuvent
s’identifier, retrouver une image valorisante et valorisée.
Exemples : romans de chevalerie (Lancelot, Tristan et Iseut), romans pré-
cieux (L’Astrée : un monde de bergerie sans réalisme).
b.
Le personnage merveilleux
C’est l’évasion dans un monde fabuleux ou fantastique. Le monde littéraire
est sans réalité objective, il est créé pour servir de contexte au héros – et
non le héros pour le refléter –, pour faire rêver.
→ Héros dotés de pouvoirs magiques avec ascendances divines ou
monstrueuses.
Exemples : science-fiction : Tolkien, Le Seigneur des anneaux ; Harry Potter…
c.
Fantaisie pure et débridée de certains personnages
Le romancier ne cherche pas toujours à refléter une société réaliste et laisse
libre cours à sa fantaisie.
Exemples : héros burlesques de Rabelais (peut-on dire que Pantagruel
reflète vraiment une société ? cf. l’épisode avec la Reine des Andouilles) ;
Cervantès ; romans burlesques du baroque ; Grégoire (personnage de La
Métamorphose de Kafka, qui devient un insecte répugnant) ; personnage de
Calvino (vicomte pourfendu par un coup d’épée dont les deux moitiés, l’une
bonne, l’autre mauvaise commencent une nouvelle vie après cette singulière
séparation) ; Grenouille, le héros du Parfum de Süskind (créature mons-
trueuse qui poursuit un projet aussi poétique que criminel).
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2. Refléter l’être humain :

permettre au lecteur d’observer de « l’humain »

Dépasser le simple reflet de la société pour prendre une dimension humaine universelle.

a. Faire accéder à la connaissance du cœur humain

• Pour intéresser le lecteur, le personnage de roman doit dépasser ce cadre éphémère de la société où il vit et comporter une part d’humanité univer-

selle qui nous permet de nous reconnaître en lui. Zola : « Au bout, il y a la connaissance de l’homme. »

• Le plaisir de la lecture est alors d’une autre nature et ressemble à celui du sociologue, du psychologue ou, à l’extrême, du biologiste : « J’ai cherché, écrit Zola, à suivre pas à pas dans ces brutes le travail sourd des passions, les poussées de l’instinct, les détraquements cérébraux survenus à la suite d’une crise nerveuse. […] Mon but a été un but scientifique » ; « […] J’ai simplement fait sur deux corps vivants le travail analytique que les chirur- giens font sur des cadavres. » (préface de Thérèse Raquin)

• Parfois ce n’est pas la société qui intéresse le romancier, mais l’univers

qui sert de cadre à l’histoire et révèle l’homme. Exemples : La Peste, de Camus : ce n’est qu’en apparence que les person- nages reflètent une société ; en fait, il s’agit de donner des cas de condition humaine au sens large ; les personnages de La Condition humaine de Malraux ; cf. le titre de l’œuvre de Balzac : La Comédie humaine.

b. Accéder au mythe : le « type » humain, une part de vérité humaine

• Le personnage, souvent emprunté au réel, mais imaginé et reconstruit par la

tradition à plusieurs reprises, peut perdre aussi de sa réalité et devenir intem-

porel, prendre une dimension mythique. De la combinaison de ces morceaux de réel et de l’imaginaire naissent des personnages plus vrais que leurs modèles réels, qui accèdent au rang de « types ». Le nom d’un tel personnage devient un nom commun, il devient symbolique, représentatif d’un type humain,

d’une partie d’humanité (Vautrin, Rastignac dominant Paris, fin du Père Goriot).

• Balzac, dans sa Comédie humaine, affirme avoir été souvent « obligé

d’atténuer la crudité de la nature. […] L’événement qui a servi de modèle [au Père Goriot] offrait des circonstances affreuses, et comme il ne s’en pré- sente pas chez les Cannibales ; le pauvre père a crié pendant vingt heures d’agonie pour avoir à boire, sans que personne arrivât à son secours. […] Ce vrai-là n’eût pas été croyable. » Le personnage romanesque ne reflète pas la société, il la dépasse pour créer non le réel, mais le vrai. Exemples : le Père Goriot (l’amour paternel prêt à tous les sacrifices, senti- ments intemporels) ; des Grieux dans Manon Lescaut, c’est la passion sans bornes.

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c. Servir de point de repère et de comparaison
pour mieux nous dévoiler à nous-mêmes
Le personnage fictif, bien éloigné du réel ou de toute société réelle, peut
conduire au même effet, mais par un détour : ainsi la lecture se fait par
comparaison avec notre propre monde.
Exemple : les personnages de Fahrenheit 451, qui se transforment en biblio-
thèque ambulante dans une forêt, n’ont rien de réel et relèvent de la totale
fiction. Mais la distance qui nous sépare de ces êtres nous pousse à les
comparer à nous et à jeter un nouveau regard sur nous-mêmes et le monde
qui nous entoure. Rôle des utopies.
3. Incarner une idée : le porte-parole du romancier ?
Personnage qui incarne une idée, lui sert de support et se fait le porte-
parole de son créateur. Il prend une portée argumentative et est proche du
personnage d’apologue.
Exemples : Jean Valjean dans Les Misérables ; les personnages dans La
Peste de Camus, au service de l’intention didactique de l’auteur (comment
réagir devant le mal dans le monde ?) ; L’Alchimiste de Coelho.
4. Devenir une œuvre d’art
Au-delà de toute « utilité », le personnage a pour fonction de participer à la
création d’une œuvre d’art.
• La création d’un personnage, par le travail de l’écriture, vise à faire de lui une
véritable œuvre d’art. Balzac : « Vous eussiez dit d’une toile de Rembrandt. »
• Pour Balzac, la réalité est poétique, doit créer une illusion, comme le
théâtre ; comme Corneille qui évoque l’illusion comique (= du théâtre),
Balzac écrit La Comédie humaine (cf. Shakespeare : « Le monde entier est
un théâtre et tous, hommes et femmes, n’y sont que des acteurs »).
→ L’art, et non le réel.
Conclusion
La fonction du personnage de roman ne doit pas se réduire à refléter la
société dans laquelle il vit, sous peine de perdre de son intérêt ; il a une
mission plus vaste et plus variée : donner au lecteur un moyen de s’évader
mais aussi de mieux se connaître en tant qu’homme.
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