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Foot Citoyen Magazine n°22

Foot Citoyen Magazine n°22

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05/11/2014

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Edito

« PARENT DE...

l y a peu, j’ai franchi la barrière… Parce que mon fils voulait « jouer au foot », je suis passé de l’autre côté du terrain, derrière les lignes tracées à la craie… Je suis devenu un parent de joueur ! Depuis, tous les mercredis et samedis, ou presque, je l’accompagne, je l’attends à l’issue de ses deux heures d’entraînement ou de football d’animation, je le regarde, parfois… Et j’observe autour de nous, alors, les réactions de « mes » semblables, de tous ces papas et mamans qui se lèvent tôt, se pressent, sautent un repas pour pouvoir amener « nos » progénitures au lieu de rendez-vous, en temps et en heure. Dans un club de la région parisienne, ça fait du monde. Ils sont nombreux ces gamins de 6 à 7 ans à vouloir faire du foot. Là, on nous a dit qu’ils étaient près de 150… Une quarantaine à initier le matin et, si le compte est bon, près de 110 le mercredi après-midi… Et le samedi, « c’est tous ensemble, tous ensemble, allez, allez… »

I

Et pendant que « nos » enfants apprennent à « manipuler » l’objet de leur désir, à trouver le bon équilibre dans les courses, à se décoller un peu du schéma de jeu « grappe de raisin » imposé par les gosses eux-mêmes, à vivre déjà un peu ensemble, dans le vestiaire, etc…, on discute un peu entre parents… Où l’on voit alors que le football est une passion qui, pour la plupart, s’est transmise de génération en génération… Souvent, là, le discours est plutôt posé… Souvent… Et puis, les petits matchs nous font lever la tête… Et une drôle de tempête vient se substituer au calme… Sans prévenir. « Va au bout ! », « Marque-le ! », « Oui, c’est bien ! », « T’as vu, il en a mis deux (sous entendu le mien, enfin le sien) aujourd’hui ! »… Oh, ça ne sort pas de toutes les bouches, mais de pas mal quand même, et ça me surprend encore… Toutes ces choses

évoquées depuis cinq ans avec l’association Foot Citoyen ressurgissent, et là de plein fouet... Le regard d’un enfant qui se tourne vers son père quand il a perdu un ballon, la colère qui s’exprime à travers un geste d’humeur de l’enfant, une parole déjà déplacée envers un partenaire moins talentueux sans doute, mais tout aussi passionné, et un père qui acquiesce… Et puis, dans l’esprit des parents, déjà une sorte de hiérarchie qui apparaît, qui dit en clair que son fils ou sa fille sera meilleur(e) que le sien, le tien, le mien, tiens… Des choses presque anodines, des choses surtout banales, déjà, et c’est ce qui « effraie » un peu… Comment le binôme « enfant-parent » va-t-il évoluer au fil du temps… Et quand on voit que ces enfants de 6, 7 ans, qui ne sont là, pour la plupart, au départ de ce « train » que pour leur seul plaisir, on comprend vite ce qui peut advenir, autour des notions de compétition et de gagne… J’aime, oui, n’ayons pas peur du mot, j’aime alors l’intervention de l’éducateur, de son appel au calme immédiat lancé à la collégiale, de son explication à l’issue de la séance avec le ou les parents concernés… Des mots simples, des mots pour recadrer, et c’est important. Je ne sais quelle sera leur portée, mais au moins, ils sont dits… et, à ce moment de l’Histoire des footballeurs qui se dessine devant nous, c’est essentiel… Ce discours du coach est le premier à être entendu par le parent, la base de tout ce qui s’en suivra… Comme indiqué sur une convocation (pour moi, pas pour mon fils… Non, mais ! Y en a déjà que pour eux…), en début de saison, j’ai joué le « pèremodèle ». Je suis allé à la réunion organisée par le club à notre attention. Au milieu de l’explication du mode de fonctionnement du club, le responsable de la catégorie a expliqué ce qu’il attendait des parents. Et pour ne rien vous

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Edito

JOUEUR...»
Foot Citoyen Magazine Décembre 2008 N° 22 Rédaction - Administration 52 ter, rue de Billancourt 92100 Boulogne-Billancourt Tél. : 01 46 21 96 28 Fax : 01 46 21 95 38 Mail : footcitoyen2@wanadoo.fr Directeur de la publication Directeur de la rédaction Didier Roustan Rédacteur en chef Frédéric Hamelin Rédacteur en chef technique Pierluigi Locchi Rédaction Jérôme Perrin et Pascal Stefani Secrétariat de rédaction Correctif 60, rue Marcel-Dassault, 92100 Boulogne-Billancourt Tél. : 01 46 21 15 76 Conception graphique It's a beautiful day :) 83, rue du Temple, 75003 Paris Tél. : 01 42 77 54 78 Iconographie Frédéric Gameiro, Cyril Fussien et Christophe Paucelier Photo de Une : DR Illustrations Romain Deshaies Abonnements 7 numéros/an (envoi compris) France métropolitaine : 10 euros Licenciés FFF : 5 euros DOM-TOM, étranger : nous consulter. Dépôt légal : à parution ISSN : 1777-0149 N° commission paritaire : 0208 G 87745 Impression : Hebdoprint, ZAC Grand Angles, 30 133 Les Angles Tél. : 04 90 15 19 20 Édité par l'association Foot Citoyen 52 ter, rue de Billancourt 92 100 Boulogne-Billancourt La rédaction n'est pas responsable de la perte ou de la détérioration des textes ou photos qui lui sont adressés pour appréciation.

apprécié… Je me suis dit « chouette », tout le monde est d‘accord avec le rôle précis qui nous est alloué… « Vous êtes parent, pas entraîneur ! », «Les discours sur le terrain, ce sont les miens qu’on entend!», « Encouragez-les collectivement, ne les supportez pas ! » (vous voyez la nuance ?), etc… À l’issue de la réunion, j’ai dit à un moment à l’éducateur, que c’était plutôt bien de voir que tout le monde était d’accord… Naïf que j’étais, il m’a fait redescendre de mon nuage : « Vous savez, aujourd’hui, on avait déjà ceux qui sont concernés, ceux qui, a priori, ne devraient pas poser de « problèmes »… Mais sur 150, vous pouvez voir qu’il en manque un certain nombre et que, même parmi les présents (un petit quart), il y en aura qui, à un moment, devront être recadrés… » Pas gagné, hein ? Et pourtant, ce match-là, ce match éducatif, ce travaild’épanouissement de l’enfant, mais aussi du parent, est sans doute l’un des plus importants à gagner de notre vie… Tout cela, c’est un peu, beaucoup, ce que nous ont raconté si intensément, si intimement, Christian et Yohann Gourcuff. Ils nous ont décrit leur relation, leur moments communs devant la télé à regarder le Brésil, cet amour pour ce

football qui se dessinait déjà à travers le maillot de Fluminense porté par le milieu bordelais et la présence, mais aussi le recul nécessaire du papa, pourtant entraîneur professionnel, à l’égard de son fils… Tout cela et plus encore que vous allez découvrir dans ce numéro 22 de Foot Citoyen. Un magazine, on l’espère, avec toujours autant de sens pour vous, pour votre quotidien, pour votre passion du football, avec ce dossier qui, à travers nos enquêtes et reportages, vous intéresse tous au plus haut point : l’influence des parents… Un thème dont on parlera aussi prochainement à la radio, dans l’émission « Foot Citoyen », le week-end sur Europe1 Sport, sur 99.9 en région parisienne et www.europe1sport.fr pour tous les autres. Foot Citoyen avance, grâce à des opérations comme celle que le FC Nantes nous a permis de mener lors de son match contre Lyon, et, on l’espère, vous aussi avec nous. Bonne lecture à tous. Frédéric Hamelin et Didier Roustan

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Sommaire

Sommaire
Foot citoyen
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La gestion des parents : interview Christian et Yoann Gourcuff
Au nom du pére mais aussi du fils prêche-t-on chez les bretons fanas de football. Lorient a vu naître deux générations de footeux, Christian Gourcuff, entraîneur du FC Lorient, père de Yoann, footballeur à Bordeaux, passé par le MIlan AC et, aujourd’hui, indispensable en équipe de France. Quoi de plus logique alors que d’interviewer père et fils pour un dossier sur la gestion des parents. Souvenirs d’enfance, complicité et éducation viennent remplir cet entretien « des familles ».

Dossier : La gestion des parents
Indispensables, encombrants, raleurs, et disponibles, les qualificatifs pour définir les parents ne sont qu’un étrange mélange de paradoxes. Comment gérer tout ces aspects pour installer une harmonie entre eux et le club ? Les dossier de ce nouveau numéro de Foot Citoyen Magazine cherche à y répondre au travers d’enquêtes, de témoignages ou d’avis d’experts. Les possibles solutions se trouvent peut-être dans les initiaves de trois clubs (p. 16), les propos d’Alexandra Clarou (p. 17), pédopsychiatre, et dans ceux d’Alexis Delafargue, responsable des Débutants à l’ACBB (p. 20)... « Comment gérer les parents ? » est un sujet qui méritait vraiment qu’on lui consacre un dossier.

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Reportage : Trois jours de foot en Bosnie
Nous sommes allés à Foca, à 72 kilomètres de Sarajevo, en Bosnie, suivre un tournoi de foot de rue auquel participaient 25 associations, venues de toute l’Europe. Parmi elles,une etait française : « Sport dans la Ville ». Une première pleine de découvertes pour ces jeunes et leurs éducateurs, dans un pays meurtri par la guerre dans les années 90.

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Les Papiers du coach : Zoom sur une séance d‘entraînement
Comment animer ses entrainements pour tirer le mellieur de ses joueurs ? Fred Izeda, entraîneur des «16 ans Nationaux» de l’EF Reims-Saint-Anne-Châtillon (51), décortique ici une partie de sa méthode... Parler et bouger pour mieux se faire comprendre.

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Foot 2 rue : “Macho” Match
Samira et sa copine Manuela se voient refuser l’inscription à un tournoi de 3 contre 3 parce qu’elles sont des filles. Mais nos amies, acompagnées d’Eloïse, vont trouver un stratagème pour disputer la compétition. Leur plan leur permettra t-il d’arriver à leurs fins ? Un nouvel épisode de foot2rue plein de suspense. A l’issue du tournoi, Marinette Pichon s’exprime.

Le zapping de « Foot Citoyen », l’émission... sur Europe1 sport (99.9)
Depuis un mois, Foot Citoyen a son émission radio sur Europe1sport, tous les samedis et dimanches, de 12 à 13 heures. Invités, interviews, débats, reportages, le football amateur, fort de ses aptitudes éducatives, a trouvé une très belle caisse de résonnance. Découvrez, ici, les meilleurs moments de quatre de nos émissions.

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Foot amateur
Portrait de bénévole : Marc Gondouin
Président passionné au grand cœur, Marc Gondouin répond aux critères du dirigeant bénévole idéal. Cette chance, ce sont les 350 licenciés du Rosières OS Foot, dans le District de l’Aube, qui en bénéficient au quotidien. Portrait d’un homme de 64 ans dont la passion demeure intacte. 8

Le tournoi des féminines du PUC
Depuis plusieurs années, le PUC tente de développer le foot féminin grâce à ses sections jeunes. En fin de saison dernière, Poussines, Benjamines et «13 ans» sont alleés à la rencontre «des garçons», à l’occasion du tournoi de Sèvres (92), tourné vers la mixité et l’échange.

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foot pro
Portfolio: Le FC Nantes soutien Foot Citoyen
À l’occasion du match entre Nantes et l’Olympique Lyonnais, les « Canaris » ont répondu « présent » pour soutenir l’association Foot Citoyen. Après la conférence de presse pour annoncer cette opération, l’Échauffement aux couleurs mêlées FC NantesFoot Citoyen, les messages éducatifs transmis aux spectateurs du match et autres supporters, voici un retour en textes et en images sur le soutien appuyé du club présidé par Waldemar Kita, séduit par notre action. 22

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Trajectoire : Interview Charles N’Zogbia
Son départ mouvementé du Havre, son club formateur, pour Newcaste, alors qu’il n’avait que 18 ans, avait beaucoup fait parler. Depuis, quatre ans se sont écoulés et Charles s’amuse chez les Magpies. À 22 ans, « Zog », préconvoqué en Bleu, s’est fait un nom Outre-manche, grâce à un plaisir de jouer qui l’accompagne depuis ses débuts en amateur.

Arbitrage
Les journées de l’arbitrage : Le football à la traîne
Au petit jeu des comparaisons sur le respect de l’arbitre entre les différents sports, la Journée de l’arbitrage était le parfait endroit pour s’y essayer. Comme prévu, hélas, le football dans son rapport avec l’arbitrage se situe encore bien loin des autres sports collectifs comme le Hand, le Basket ou encore le Rugby. Et sans contestation possible !

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Initiative : L’arbitrage à 5
Pour la premiére fois, l’International Board a testé l’arbitrage à cinq lors des championnats d’Europe des « moins de 19 ans » ,à Chypre. Said Enjimi, arbitre de Ligue 1, mais aussi de ce tournoi, a testé ce dispositif. Et pour lui, l’essai était plutôt concluant.

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Les Echos

COURRIER DES LECTEURS
FÉLICITATIONS
Je tenais à vous adresser toutes mes félicitations pour le dernier numéro de foot citoyen sur «L’académie» En tant qu’éducateur et responsable d’une école de football, je trouve que c’est un super support pédagogique par rapport aux joueurs, sur lequel il est facile de s’appuyer pour travailler sur les notions de respect, de plaisir... J’ai mis en place cette année un fil rouge autour de la conception, la rédaction et la mise en vidéo d’une charte de l’esprit sportif réalisée par les jeunes eux-mêmes. A ce titre, je voulais savoir si vous aviez des documents à me conseiller pour oeuvrer dans ce sens. Nicolas QUINQUENEAU

HISTOIRES COURTES
ON APPLAUDIT DES DEUX MAINS
Une lectrice bien attentionnée nous a fait parvenir le Midi Libre du 24/11/2008. Et elle a eu raison, puisqu’il était fait écho d’un beau geste lors d’un match de Première Division de District de l’Hérault. Le Dimanche 23 novembre 2008, le Pointe Courte AC, leader de sa poule, reçoit son dauphin, Le Social. Alors que les visiteurs mènent 1-0, l’un de ses défenseurs sauve son camp en repoussant, sur sa ligne, un ballon de la tête. L’arbitre central, lui, voit une main, et siffle penalty pour les Pointus. Officiant en tant que juge de touche, Bruno Ceffa, bénévole au club local (l'équipe qui bénéficie donc du penalty), a tout vu et lui signifie que le défenseur a bien repoussé le ballon de la tête. L’arbitre central revient alors sur sa décision et les visiteurs l’emportent finalement 2-0. Chapeau Bruno !

ELAN DE SOLIDARITÉ
Les drames de la vie sont encore plus difficiles à accepter lorsqu’ils touchent un enfant. Le 25 novembre dernier, le petit Jason, 12 ans, gardien de l’Avignon foot 84, est mort dans l’incendie du domicile familial. Son petit frère a, lui, été blessé, et ses parents sont actuellement sous respiration artificielle. Fabrice Di Natale, son coach témoigne: «C’est terrible. C’était un gamin toujours joyeux, acharné du ballon… Il avait un pépin physique au pied, et pourtant il s’arrachait plus que les autres. Nous avons d’abord organisé une marche silencieuse dans Avignon. Puis le club s’est mobilisé pour créer cette chaîne de solidarité pour sa famille. » Pour soutenir sa famille, vous pouvez envoyer vos dons à cette adresse : Parc des sports, Avenue Pierre Coubertin, 84000 Avignon Libellez votre chèque au nom de l’association (« Avignon Foot Solidarité Raharivelo ») Contact : Fabrice Di Natale 06 22 46 45 28 Foot Citoyen adresse, déjà, ses sincères condoléances à la famille et à tous les proches du petit Jason.

NDLR : Si un club a déjà mis en place ce type de charte, qu’il nous écrive sur footcitoyen2@wanadoo.fr Nous ferons suivre...

APPEL AUX PROS
Je suis bénévole à la Jeunesse sportive des Pennes Mirabeau, à Marseille, et Je dis BRAVO pour votre MAGAZINE ! Enfin on parle des clubs amateurs. MERCI A VOUS ! Si seulement les joueurs pros s’intéressaient un peu plus au football « d’en bas », nos jeunes seraient ravis et heureux de voir que leurs idoles pensent à eux. D’ailleurs, si monsieur Boli, qui sait très bien qu’à Marseille il est « le Grand monsieur Boli », et que personne n’oubliera ses larmes et sa tête victorieuse en finale de Coupe d’Europe, en 1993, souhaite nous rentre visite, il sera le bienvenu pour discuter des valeurs de respect avec nos jeunes (notre stade s’appelle d’ailleurs le stade Basile Boli). Muriel LANARIE (Bénévole à la Jeunesse sportive des Pennes Mirabeau, à Marseille)

Le mea-culpa de Jacques ABARDONADO
Samedi 22 novembre, Valenciennes accueille Sochaux, deux équipes mal classées de Ligue 1. Jacques Abardonado, le défenseur Valenciennois, remet le ballon dans les pieds du Sochalien Erding, qui marque. On appelle ça une « boulette »... Abardonado craque et quitte ses partenaires à la mi-temps. Lucide, il s’en est expliqué : « J'ai été très affecté par ce but. Je me suis senti complètement responsable, fautif. J'ai senti la haine monter en moi et

ET MON COLLÈGE ?
J’ai trouvé votre magazine très intéressant et, à mon avis, adapté à des collégiens. Je voulais savoir si l’abonnement de 5 Euros était réservé aux seuls clubs de foot et aux footballeurs ? Un collège peut-il en bénéficier et s’abonner ? Brigitte BUET, (documentaliste et maman d’un footballeur, District de Savoie)

m'envahir. J'avais peur de moi-même, j'étais trop aveuglé par la colère. J'avais envie de faire mal à un joueur sochalien. Je n'ai pas supporté la pression du match.» Quand un joueur est à bout de nerfs, le pétage de plomb n’est jamais bien loin. Et rares sont ceux qui en écoutent les signes avant coureurs. Abardonado, lui, les a entendus et a réagi. Certains parleront de lâcheté. On y voit plutôt de la sagesse.

NDLR : L’abonnement de 5 Euros est réservé aux licenciés FFF et FSGT. Le tarif « normal » est de 10 Euros pour 7 numéros, envoi compris. Evidemment, un collège peut s’abonner, et ils sont d’ailleurs nombreux aujourd’hui à l’avoir fait par le biais de leur CDI.

Envoyez vos courriers à footcitoyen2@wanadoo.fr

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PLATEAU TECHNIQUE LES ANGLES HEBDOPRINT - FOOT CITOYEN - 06 - MAGENTA CYAN JAUNE NOIR

Radio

RA

DI O

LE ZAPPING FOOT CITOYEN

L’ ESPRIT DU JEU
Serge : Pour reprendre ce qui a été dit avant, c’est le comportement de certains « éducateurs »… Que ce soit vis-à-vis de leurs joueurs, du jeu ou du corps arbitral, qui est souvent jeune et malléable. Quand il y a de la pression, ces arbitres vont souvent dans le sens de celui qui crie le plus fort. Et c’est choquant lorsqu’on connaît la responsabilité des éducateurs auprès des jeunes.

L’émission du 16 novembre fut consacrée au Stade de l’Est, en Seine-Saint-Denis… Un club bien, où le jeu est bien et les gens… bien. Michel Hardelin, le président, était notre invité ce matin-là. Zoom sur l’esprit de tout un club et de son âme Serge Anger.
LE SOLEIL SE LÈVE À L’EST
Didier Roustan : Ça se trouve où le Stade de l’Est Pavillonnais ? Michel Hardelin : Eh bien ça se trouve dans la ville de Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. C’est une petite commune d’environ 20 000 habitants. Didier : C’est en 1953 que le stade de l’Est, au départ un club parisien, est devenu le Stade de l’Est Pavillonnais. Combien de licenciés, Michel ? Michel : Suivant les saisons, entre 500 et 580, plus les éducateurs et les dirigeants. Didier : Et vous êtes président depuis combien de temps ? Michel : C’est ma troisième saison. Auparavant, j’étais responsable des jeunes, entraîneur de l’équipe Première Seniors pendant une dizaine d’années, en Division d’Honneur Régional et Promotion d’Honneur, et, encore avant, joueur dans ce même club à partir de 1974. Didier : … Malgré les sollicitations du Real Madrid, Liverpool… Michel : Je suis resté de marbre. Didier : Magnifique, ça c’est l’esprit de club et l’amour du maillot, et ça se perd. Alors, président depuis 3 ans ce n’est pas rien, beaucoup de responsabilités, une grosse charge de travail… Vous êtes bénévole ? Michel : Totalement, et je travaille toujours… Mais plus pour très longtemps... Didier : Et cette fonction de président vous prend combien de temps par semaine? Michel : Disons, en moyenne, entre 5 et 10 heures... Frédéric Hamelin : Pas plus ? Michel : Non, car ce qui fait la force de notre club, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui y sont depuis longtemps, qui le connaissent bien. Ils ont de la compétence et ça me permet, pour l’instant, tout en continuant à avoir une activité professionnelle, d’assumer ma fonction de président en pouvant me reposer sur ces gens-là. Didier : Qu’est ce qu’il a de particulier ce club ? Michel : Le Stade de l’Est, pendant des années était un club de Division d’Honneur qui avait fonctionné avec un président mécène qui donnait beaucoup d’argent aux joueurs de l’équipe Première sans qu’il ne se passe grand-chose autour. Ça, c’était les années 50 et, à la fin des années 60, Monsieur Serge Anger a pris les choses en main, après avoir été joueur une saison. Il a proposé le projet d’un sport purement amateur et, en se référant à des principes de jeu, une certaine idée du jeu. Pour être clair, la Hongrie, le FC Nantes, Barcelone, Reims... Et puis, effectivement, cet esprit associatif, cet esprit collectif et donc il a trouvé un groupe de joueurs qui ont rallié ces idées. Les résultats ont également suivi, sans argent, sans entraînement intensif, sans recrutement... Et tout cela a permis d’emmener ce club tout en haut de la hiérarchie régionale. faire passer et des priorités à faire respecter. Si l’on démarre la saison en ayant pour objectif de finir absolument premiers partout, et que seul le classement compte, on est mal partis… Didier : Des guerriers, des équipes commando… C’est sûr qu’avec de tels propos dans la bouche des entraîneurs, au niveauludique, ce n’est pas évident. Michel : Oui, il y a des moments où c’est difficile sur les terrains… Où on se sent un peu seuls… Et, on peut vraiment dire merci à votre association et, aussi, votre revue, Foot Citoyen Magazine, qui nous épaule, nous aide, notamment dans ces moments. Parce que, ce qu’on entend à la télévision de la part de journalistes ou d’entraîneurs, avec des choses du style « C’est une faute intelligente », ça ne nous aide pas. Didier : Nous allons être en relation au téléphone avec Serge Anger, qui est donc toujours éducateur au club à 70 ans. Serge Anger que vous connaissez bien, Michel, puisqu’il est actuellement avec les «18 ans » du Stade de l’Est qui jouent a Clichysous-Bois. Présentez-le nous en quelques mots, ce qui n’est pas facile puisqu’il mériterait un roman … Michel : Serge Anger, c’est un poète du football. C’est quelqu’un de très humble, de très compétent, qui est au service du club et qui en est quand même la poutre maîtresse. C’est vraiment lui qui a lancé le club à l’époque et qui a fédéré un groupe de joueurs, de dirigeants et d’éducateurs… Frédéric : Serge, ça va, vous ne rougissez pas trop ? Serge Anger : (Photo 2, avec la casquette rouge) Non, non, ca va, je suis actuellement à Clichy-sousBois, avec les « 18 ans »... Didier : Alors, Serge, vous avez touché un peu à tout dans ce club… Vous avez été joueur, président, vous êtes toujours entraîneur… Depuis tout ce temps, vous avez encore le feu sacré ! Serge : Je vais être honnête, il y a parfois de l’usure. Mais heureusement, nous formons une équipe, un groupe qui va toujours dans le même sens, ce qui nous permet de tenir. Cette communauté d’hommes et d’idées qui s’est faite il y a un moment dure encore. Didier : Et ce n’est pas facile dans le monde actuel…Qu’est-ce qui vous choque le plus dans le monde amateur d’une manière générale ?

SERGE ANGER, C’EST UN POÈTE DU FOOTBALL
(Michel Hardelin ) Frédéric : Les Seniors sont en quelle division maintenant ? Michel : En 1ère division de District. Le Stade de l’Est, maintenant, c’est un club de District, que ça soit au niveau des Seniors ou des jeunes. On est à notre place. On a un certain nombre d’exigences par rapport à l’éducatif pour ce qui concerne les jeunes, par rapport au contenu du jeu, par rapport aussi à l’esprit club qui fait qu’on est bien à notre place là, et on n’a pas envie de faire des concessions pour aller je ne sais où. Frédéric : Voilà, il y a des tas de belles histoires et des tas de gens qui se décarcassent. Michel, souvent les gosses sont à l’image de leur éducateur, s’il est agressif, l’équipe le sera aussi…Les problèmes viennent souvent des adultes, non ? Michel : Absolument. Souvent on me dit : « Tu es président d’un club en Seine-Saint-Denis, ca doit être ingérable… ». Et bien, pas du tout ! Je pense que c’est une question de qualité d’éducateurs et de dirigeants. Il y a des idées à

SI L’ON DÉMARRE LA SAISON EN AYANT POUR OBJECTIF DE FINIR ABSOLUMENT PREMIERS PARTOUT, ON EST MAL PARTIS…
(Michel Hardelin) Didier : Serge, merci. L’émission touche à sa fin, Michel Hardelin, à vous le mot de la fin pour cette émission « Foot Citoyen »… Michel : Et bien, comme Serge en a fait état, on ne peut qu’espérer dans les années à venir qu’on va pouvoir continuer à pratiquer le football de manière ludique, même lorsqu’il y a de la compétition. Je réitère mes remerciements à « Foot Citoyen » parce que parfois ça nous remonte le moral de savoir que l’on n’est pas seul et qu’on est beaucoup en France à vouloir faire pratiquer le football dans un esprit fraternel et citoyen (NDLR : quand on apprend toutes ces belles choses sur ce club, cette approche du sport, cet état d’esprit magnifique, on comprend mieux pourquoi l’un des piliers de l’association Foot Citoyen a été tant influencé par cet univers, puisqu’il a été durant plusieurs années joueur au Stade de l’Est, où il avait notamment comme entraîneur, un certain... Michel Hardelin).

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Dirigeant
A Rosières, Pascal Stefani (textes) et Thierry Plumey (photos)

PORTRAIT DE BÉNÉVOLE

Marc GONDOUIN
(président du Rosières OS Foot, District de l’Aube)
ICI, LES GENS ONT TOUJOURS UNE RÉPONSE POSITIVE PAR RAPPORT À LEURS PROBLÈMES.

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Dirigeant
District de l'Aube

L’HOMME QUI NE DIT JAMAIS NON
Capable de nettoyer les vestiaires, d’arbitrer, de jouer dans le but, de… jongler aussi, Marc Gondouin, 62 ans, est un président atypique. Il ne sait pas, n’aime pas dire non. Portrait d’un homme heureux et respecté qui a construit son club, le Rosières OS Foot, du côté de Troyes, à son image : ouvert et sympathique.
ccoudé contre la main courante, Marc Gondouin commente en direct la fin du match Seniors. Dernière attaque adverse : « Ça y est, on va perdre. » But ! « On a perdu... » Puis il se marre. Le président du Rosières OS Foot est comme ça, décontracté, amusé, pas vraiment le genre à se prendre au sérieux pour du foot. Débonnaire, mais pas dilettante... Sourire après une défaite ne l’empêche pas d’être concerné et dévoué, comme il le montre depuis 21 ans à la tête du club. Présent au stade les sept jours de la semaine, il observe et met les mains dans le cambouis : « Je viens à chaque fois parce que je veux être près de mes joueurs et de mon personnel. Je jette un œil et je fais un peu d’administratif. Je ne vois pas tous les matchs, mais pas une équipe ne peut dire que je ne suis pas venu les voir jouer. Les week-ends, ça m’arrive d’arbitrer, au centre ou à la touche, ou de nettoyer le vestiaire, voire même de laver les maillots... » Nelo, le vice-président, et Bernadette, la secrétaire-trésorière « et bien plus que ça. », sont avec lui aujourd’hui. Marc y a tenu car il ne conçoit pas évoquer son rôle sans ses fidèles acolytes : « Tout seul, je ne suis rien. », dit-il. On demande alors leur avis à propos de leur président... Les phrases de Bernadette ne sont que sujet-verbecompliments : « Il donnerait sa chemise, et même son pantalon pour le club. Il est dans le foot depuis très longtemps, donc il connaît tout, sait où aller quand on a besoin de quelque chose. C’est quelqu’un de très calme, très disponible, très diplomate avec les bénévoles. Il sait les remercier et les valoriser. C’est le président idéal.» Marc en rougirait... Nelo préfère y aller de son anecdote : « Il y a un exemple qui en dit beaucoup... Le tournoi annuel du club se déroule sur deux jours, samedi et dimanche. À chaque fois, avec Marc, on dort dans le camion pour garder le site, les boissons et la nourriture. Et le matin, vers 6 heures, on gratte le givre du terrain... Pas mal pour deux grands pères! »

A

OUI, TOUJOURS OUI...
En interrogeant ses proches, on ne s’attendait pas à ce qu’ils s’attardent sur ses défauts. Mais la sincérité avec laquelle ils énumèrent ses qualités en dit long sur l’homme. Seule Bernadette, la si élogieuse Bernadette, évoque la possibilité d’un excès : « A part pour la discipline, il ne sait jamais dire non. Et quand il y a besoin de taper du poing sur la table, il a parfois du mal à le faire. » Marc concède cette petite faiblesse qui, si l’on n’était pas certain qu’il soit aussi respecté, pourrait le faire passer pour la bonne poire de service : « S’il manque des voitures pour les déplacements, ils nous appellent toujours, Bernadette ou moi. Ou pour d’autres besoins. Ils ont toujours une réponse positive par rapport à leurs problèmes. Ils n’hésitent pas à me demander, même si parfois c’est fatigant. Tant que les gens n’abusent pas, je le fais de bon cœur. » Tout se résume, comme souvent, en une anecdote. Une scène cocasse à laquelle on aurait aimé assister. Récemment, l’homme n’a pas dit non quand on lui a demandé d’endosser un rôle auquel son âge ne le destinait plus : « J’ai dû jouer gardien de but en Seniors, l’autre jour. Ils n’étaient que dix sinon. A 62 ans, je ne peux pas jouer à un autre poste… J’en ai pris cinq quand même. » Et il se marre.

320 LICENCIÉS EN 12 ANS...
À la sortie du vestiaire trône un seau de sangria que se partagent joueurs, dirigeants et supporters. Cadeau d’un sponsor pour remercier Marc d’un coup de main récent. La scène, forcément joyeuse, illustre l’esprit de famille qui règne au club. Il y a treize ans, la fête était moins folle. Avec trente licenciés, tous Seniors, il s’agissait plus d’une équipe que d’un club. Aujourd’hui, ils sont 350, et courent dans toutes les catégories. La «révolution» date de 95 et l’arrivée de quelques bambins: «On avait un peu touché le fond à cette époque, il n’y avait pas de vie. Une équipe de Débutants a été créée, et la bonne ambiance a fait que tout a bien fonctionné… C’est la première année que cette génération joue en Seniors. Ça fait plaisir.» La réputation d’un club où il fait bon vivre et jouer attire chaque année plus de nouveaux, «jusqu’à 150 l’année dernière!» Marc accepte tout le

monde et, surtout, a la même considération pour tous. Depuis quelques années, les jeunes voisins du quartier sensible des Chartreux, à Troyes, s’inscrivent dans ce club de village. Rosières les accueille sans retenue, là où d’autres présidents se seraient sûrement montrés méfiants. Des jeunes séparés de leur famille, placés dans un centre spécialisé de Rosières, souhaitent également jouer au foot. Là encore, c’est avec un mélange de simplicité et d’intransigeance qu’ils sont reçus : «On les laisse s’intégrer naturellement. On voit des évolutions, mais aussi des échecs. J’accepte tout le monde, je ne veux pas faire de différence. Mais on a édité un règlement intérieur, et celui qui ne le respecte pas prend le risque de se faire virer.» Un ancien joueur, Ricardo, de passage au stade, vient saluer le président qui l’a fait grandir. Témoin privilégié, il sait l’importance du président dans l’évolution du club : «C’est grand respect pour le président. Le club ce n’était pas ça avant... Ce qui me marque, c’est sa jeunesse intérieure, il est resté vachement cool. La preuve il «check» quand il dit bonjour.» se marre-t-il.

FICHE

LA

IL DONNERAIT SA CHEMISE… ET MÊME SON PANTALON POUR LE CLUB !
(Bernadette, secrétaire et trésorière du club)

Marc GONDOUIN Né le 17 mars 1946 à Troyes. Match de légende : Finale de la Coupe du monde 1998, France-Brésil : 3-0 Joueur préféré : Michel Platini Président préféré : Thierry Gomez (ESTAC) Club préféré : ESTAC

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PLATEAU TECHNIQUE LES ANGLES HEBDOPRINT - FOOT CITOYEN - 09 - MAGENTA CYAN JAUNE NOIR

Interview croisée Yoann et Christian Gourcuff
Propos recueillis par Frédéric Hamelin et Pascal Stefani / Photos : DR

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Yoann GOURCUFF:

«MON PÈRE M’A LAISSÉ M’ÉPANOUIR.»
Yoann et son papa, le temps des sourires « Brésiliens »...

Christian était un « modeste et physique » joueur de Division 2… Il est aujourd’hui un entraîneur de Ligue 1 reconnu pour ses valeurs et la qualité de son jeu. Yoann était le gamin qui tapait dans le ballon après les entraînements paternels, « quand il en avait le droit »… Il est maintenant l’étoile montante du football français, admiré pour sa technique, son sens du jeu et son état d’esprit, entre altruisme et plaisir… Christian et Yoann Gourcuff nous ont livré, très intimement, à travers une interview croisée, les clés de leur incroyable relation père-fils dont pourraient s’inspirer bon nombre de parents qui accompagnent leur enfant le week-end sur les terrains de jeu.

Yoann : Très jeune j’avais une grande passion pour le football et le tennis. Comme mon père était entraîneur à Lorient, j’adorais aller voir ses entraînements. J’allais ramasser les ballons quand ils partaient hors du terrain,

Y

oann, quels souvenirs as-tu de ton père quand il était professionnel ?

JE PRENAIS DU RECUL, POUR LE PROTÉGER AVANT TOUT.
(Christian)

et je faisais quelques jonglages. Et quand mon père me le permettait, j’avais le droit de faire quelques passes avec les joueurs qui restaient… Christian : C’était naturel, c’est une façon de faire commune à tous les enfants dont le père pratique. Il a forcément été influencé par mon activité, mais je ne pense pas que ça soit l’origine

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Interview croisée Yoann et Christian Gourcuff

de sa passion. Yoann était naturellement très attiré par tous les sports : foot, tennis, ping-pong… C’était son envie avant tout. Yoann : C’est vrai. C’est à son contact que j’ai pu découvrir tous ces sports, mais il ne m’a jamais forcé et toujours laissé libre de ce que j’avais envie de faire. A quel moment as-tu commencé à jouer en club ? Yoann : Vers l’âge de cinq ans, mon père m’a emmené à l’école de foot de Lorient. Au début je n’étais pas très intéressé par la compétition, que ça soit au tennis ou au foot. C’étaient des loisirs. J’aimais bien jouer avec mes copains de classe, et j’étais un peu stressé à l’idée de jouer dans un club. Mais j’ai fait un entraînement, ça m’a plu et j’ai signé une licence. Christian, quel parent étiez-vous sur les terrains ? Christian : J’allais le voir assez souvent. C’était un peu particulier, parce que j’étais l’entraîneur général de Lorient. Les éducateurs avaient un positionnement ambigu, parce qu’ils étaient sous mes ordres. C’est pour ça que j’ai toujours pris beaucoup de recul par rapport à ça, sans jamais interférer dans quoi que ce soit. Yoann : Il m’emmenait souvent aux entraînements, aux matchs. Il était présent, mais il se mettait très en retrait, et ne m’a jamais mis de pression. Il me laissait m’épanouir. A cet âge là, il n’est pas question de métier ou de professionnalisme, l’important est juste de prendre du plaisir.

Christian : Il était déjà un peu au dessus du lot, mais malgré ça, certains parents étaient un peu jaloux. C’est pour ça que je prenais du recul, pour le protéger avant tout. Je regardais le match mais je me manifestais le moins possible. Il était surtout important qu’il sache que j’étais là, parce que l’enfant doit s’apercevoir que ses parents s’intéressent à lui. Ça montre qu’on lui prête attention, et puis c’est une source de motivation, ça l’encourage. Il me fallait aussi prendre du recul par rapport à l’environnement. Parce que quand on voit les parents qui, sur la touche, s’en prennent à l’entraîneur, ou l’arbitre, voire aux enfants eux-mêmes, c’est catastrophique…

YOANN, C’EST AVANT TOUT LA JOIE DE VIVRE…
(Christian)
Yoann : Très jeune je n’ai pas du tout ressenti cette jalousie. Vers l’âge de 12-13 ans, c’était parfois plus dur à vivre. Je sentais le regard des autres, de certains parents qui pensaient que j’étais là parce que mon père était l’entraîneur du club. Ça me faisait mal qu’ils pensent ça mais ça n’a pas duré longtemps. Est-ce que vous parliez du match à la maison, en rentrant ? Christian : Oui, mais surtout pour manifester de l’intérêt, sans jamais lui mettre de pression. Ce n’était pas un débriefing, il n’y avait rien de formel, rien de technique. Il n’était pas spécialement demandeur de conseils d’ailleurs. Il préférait en parler avec ses copains. A 22 ans, avec Bordeaux

A 21 ans, avec Milan

J’ADORAIS REGARDER LES CASSETTES DE MON PÈRE SUR LE BRÉSIL DE PELÉ... C’ÉTAIT EXTRAORDINAIRE.
(Yoann)
Yoann : Je lui demandais quelques trucs de temps en temps. Mais je faisais attention aussi à ne pas trop le « saouler » avec ça, parce qu’il avait un emploi du temps très chargé. Comme c’est un grand passionné, il fait tout à fond. Je n’avais pas spécialement envie de lui demander des conseils sur le foot, mais je crois surtout que je n’osais pas trop. Et puis le foot de mon père, ce n’était pas le même que le mien. Je n’avais pas de contraintes, ce n’était que du bonheur, il n’y avait pas de notion de performance. On était juste là pour s’amuser ensemble. Christian : Les choses se faisaient naturellement. Je pense qu’il a été plus influencé par les matchs que l’on regardait à la télé. Là, on pouvait échanger dans l’appréciation du jeu. Yoann: On regardait surtout les matchs de Coupe des Clubs Champions. Moi, passionné de foot, j’adorais ça. On regardait ces rencontres ensemble, et il commentait souvent les actions ou la qualité du jeu, d’une équipe ou d’un joueur en particulier. Et j’étais très attentif à ce qu’il me disait. Quelles équipes ou joueurs vous ont marqués ? Christian : J’étais un grand admirateur du Brésil de Pelé lors de la coupe du monde 70. J’avais

quelques cassettes qu’on a vues ensemble. Et Yoann les a beaucoup regardées, seul... Il y a eu aussi l’époque du Barça de Cruyff, qui était une référence en 92-93. Yoann : J’adorais regarder les cassettes du Brésil. Pour moi, c’était un rêve, c’était extraordinaire. Elles expliquaient tout sur Pelé : la technique, la préparation physique, plein de choses de sa vie, et puis il y avait la petite musique brésilienne qui allait avec… Je ne m’en lassais jamais. Ça me faisait du bien, ça me donnait vraiment envie de jouer au foot. Ça peut expliquer le plaisir de jouer et de tenter des choses que Yoann montre aujourd’hui... Christian : Oui, c’est possible. Je pense qu’un joueur construit sa façon de jouer à partir de ses

motivations, de ses aspirations. J’avais, par exemple, des grosses qualités physiques étant jeune. Mais j’ai rapidement été bercé par ce foot Brésilien des années 60-70, et j’ai transformé mon jeu en le rendant plus technique. J’avais

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Interview croisée Yoann et Christian Gourcuff

LE JEU, C’EST L’EXPRESSION DE LA VIE, DE SES VALEURS.
(Christian)
quelques prédispositions, mais j’ai l’impression de m’être transformé en fonction de ma sensibilité, de ce que je voulais faire. Je pense que c’est pareil pour tout joueur. Quand on a le sens de l’esthétisme, on développe ces qualités au quotidien. Yoann : C’est vrai, je pense que ça m’a inspiré. Pelé, par exemple, m’a marqué. Il avait une facilité à éliminer ses adversaires qui était incroyable. C’était génial de voir un joueur qui dribblait 3-4 joueurs, qui avait une très bonne conduite de balle tout en allant très, très vite. J’essayais de reproduire ces frappes au but ou ces gestes techniques. Christian, vous disiez que Yoann avait des facilités. Mais le professionnalisme demande aussi des notions de rigueur, de perfectionnisme. Est-ce un message que vous lui avez fait passer ? Christian : Oui, mais ça dépasse le cadre du foot. Dans la vie, ce n’est pas ça qui le caractérise. Yoann, c’est avant tout la joie de vivre… Et cette rigueur doit être en adéquation avec cette joie de vivre et de jouer. J’ai connu des pères qui voulaient prédisposer leur fils à une carrière, en l’astreignant à des entraînements supplémentaires. En général, le résultat a toujours été catastrophique : à 15-16 ans le gamin arrêtait tout parce qu’il faisait une overdose de foot. La rigueur se développe autour de l’envie. Quand c’est imposé, brutal, le jeune ne suit pas. Yoann : Le fait que mon père ne m’ait jamais mis une quelconque pression, malgré mes aptitudes, m’a facilité les choses. Je pense que je n’aurais pas très bien vécu d’avoir des parents comme ça,

parce qu’à cet âge, si jeune, quand on la ressent la pression - ce n’est pas l’idéal. En priorité, il y a la notion de loisir, le fait de partager, de prendre du bon temps avec les autres. Après quand on grandit, je crois qu’il faut aussi apprécier et prendre du plaisir à progresser, par le travail au quotidien. Mes coéquipiers voulaient souvent faire des jeux, et moi

Christian avec Yoann (et déjà un maillot brésilien - celui de Fluminense) et son grand frère Erwan.

AVANT FRANCE-SERBIE, MON PÈRE M’A ENVOYÉ UN TEXTO EN ME DISANT QUE ÇA NE RESTAIT QU’UN MATCH DE FOOT.
(Yoann)
j’attachais de plus en plus d’importance à vouloir progresser techniquement. Travailler les passes, les contrôles orientés, le pied gauche et toutes les surfaces du pied... J’étais concentré là-dessus, parce que je prenais du plaisir à m’améliorer. Christian : Le jeu c’est l’expression de la vie, de ses valeurs. Ce qui est formidable dans le foot, c’est qu’il s’agit d’un sport collectif où l’on peut retrouver tous les excès de la vie, et aussi tous ses plaisirs, dans le partage, les émotions… Même au niveau pro, où les intérêts sont énormes, c’est la capacité à avoir des émotions, mais aussi la sensibilité qui font la différence. Yoann, le fait d’assister aux entraînements de ton père a-t-il pu t’aider à progresser ? Yoann : Je pense, oui. Je me souviens des exercices qu’il faisait faire aux joueurs. Il y avait beaucoup de travail technique et il était très

précis et exigeant à propos de la qualité technique de ses joueurs, dans les contrôles et les passes. Je pense qu’inconsciemment ça m’a donné envie de trouver du plaisir à m’appliquer comme eux. Je n’étais pas encore dans une logique de progression à cet âge, mais je reproduisais ce que je voyais. Christian : On n’apprend pas les gestes, on les reproduis. C’est ce que je disais, on imite les joueurs que l’on a envie d’imiter. C’est une affaire de sensibilité. Je l’ai vécu moi aussi : on essaye de faire des gestes que l’on aime, et après, à force de les travailler, on arrive à les retranscrire avec ses propres aptitudes et sa morphologie… Par exemple, Yoann a une utilisation de l’extérieur du pied qui est quasiment unique aujourd’hui. C’est une surface de contact qui permet d’évoluer en mouvement, ce qui est un atout considérable. Ça donne une fluidité dans le jeu. Yoann : Mon père était plus un adepte de l’extérieur du pied que moi. Je me souviens quand il était entraîneur et que le ballon arrivait vers lui, il utilisait souvent l’extérieur pour le remettre en jeu. J’ai vu aussi des joueurs très techniques l’utiliser, et plus j’ai grandi plus je m’en suis servi. C’est très utile dans les situations délicates. Est-ce un atout ou un handicap d’être le fils de l’entraîneur du club, comme Yoann l’a été à Lorient, puis à Rennes ?

Christian : Je pense qu’il y a du pour et du contre, et c’est à chaque gamin de prendre le pour, et puis d’essayer de ne pas s’exposer aux inconvénients, parce qu’il y en a. Aujourd’hui ce n’est plus un problème, mais à une certaine époque ça a pu constituer un handicap, comme à Rennes par exemple. Quand j’ai été viré, la situation était assez tendue au niveau du club. On n’a pas trop discuté de cet épisode, mais je pense que pour lui ça a été très, très dur à vivre. J’ai été certainement très A 22 ans, première sélection enéquipe de France A.

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Interview croisée Yoann et Christian Gourcuff

Christian : C’est vrai que l’on parlait beaucoup de ce qu’il faisait à Milan. Je m’y suis toujours intéressé de près, notamment à sa préparation physique. Il me racontait ce qu’il faisait, et puis j’avais la chaîne italienne Milan Channel, où je suivais pas mal d’entraînements. Pour mon enrichissement personnel, c’était aussi intéressant. Aujourd’hui, Yoann est en équipe de France : continuez-vous à échanger vos points de vue ? Christian : Oui, on parle de ses matchs. Je reste toujours à ma place, mais c’est peut-être maintenant que c’est le plus enrichissant. Parce qu’aujourd’hui il peut faire la part des choses. Ne pas prendre tout ce que je dis pour argent comptant. Il a aussi cette maturité dans l’analyse qui permet que j’aille un peu plus loin. J’essaye d’être critique avec mesure. Dans la recherche de la perfection, il faut être aussi capable d’apprécier le bon, et pas seulement de voir les choses à améliorer.

Yoann à 13 ans, sous le maillot de Lorient.

critiqué, et vis-à-vis des gamins, avec toute la concurrence qui existe dans les centres de formation, il a du subir un peu de méchanceté. Yoann : J’ai très mal vécu cet épisode. Si encore ça avait été mon père qui m’avait appris son limogeage, ça serait mieux passé. Mais il l’a su tardivement, et il n’a pas eu l’occasion de m’en parler. A mon réveil, j’ai vu tous les autres me regarder bizarrement. Je ne comprenais pas pourquoi, jusqu’à ce que je lise le journal. Après, j’étais très gêné vis-à-vis d’eux, je sentais leur regard sur moi, et puis j’étais très déçu pour mon père. Ça a été difficile pendant quelques temps, j’ai même pensé à quitter le club. Votre relation a-t-elle changé au fil du temps ? Est-elle devenue plus profonde, plus professionnelle ? Yoann : Elle a évolué quand je suis passé pro à Rennes. On s’appelait parce que je voulais qu’il connaisse mon quotidien, comment se passaient mes entraînements, et puis aussi que l’on parle de l’approche

A 17 ans, première saison pro avec Rennes...

Qu’avez-vous pensé de sa prestation lors de France-Serbie ? Christian : J’ai beaucoup apprécié. Il y avait autour de la rencontre une tension extraordinaire, et je pense que jamais plus il ne fera un match avec autant de pression négative. L’environnement était détestable. C’était la mise à mort de Domenech. Et comme Yoann avait contre toute attente été titularisé, il était évidemment aussi en point de mire. Pour moi, il a fait preuve d’une grande maturité et d’une grande intelligence dans la gestion de son match. Il est parti tranquillement, en commettant le minimum d’erreurs, en se montrant très disponible et en jouant très simplement. Il s’est mis petit à petit dans la rencontre, et il a pris confiance pour terminer en boulet de canon. S’il avait tenté et raté deux ou trois roulettes sur ses premiers ballons, la suite aurait été difficile. Yoann : C’est vrai qu’avec la défaite quelques jours auparavant contre l’Autriche, le climat autour de l’équipe de France était vraiment

DANS LA RECHERCHE DE LA PERFECTION, IL FAUT ÊTRE CAPABLE D’APPRÉCIER LE BON.
(Christian)
psychologique liée à la concurrence. Tout ça était nouveau pour moi. Et cette relation a encore été plus forte à Milan, parce que j’arrivais dans l’un des clubs les plus prestigieux du monde. Et forcément, il avait envie de savoir comment ça se passait, ce que l’on faisait à l’entraînement…

C’EST QUAND ON PREND DU PLAISIR QUE LA PERFORMANCE ARRIVE.
(Yoann)
particulier. Il y avait beaucoup de critiques et de polémiques, et c’était difficile à vivre pour moi parce qu’en équipe nationale tout est plus médiatisé. On n’arrêtait pas de parler de ça. Quand j’ai appris que j’allais être titulaire, je l’ai très mal vécu pendant plusieurs heures. J’ai eu beaucoup de pression d’un coup, parce que je savais que ça pouvait être un tournant dans ma carrière, si ça ne se passait pas bien. Avant le match, des journalistes critiquaient déjà le fait que je sois titulaire, ce qui a ajouté à la tension. J’ai su après que mon père avait mal vécu le fait que je sois titulaire, qu’il avait aussi ressenti

beaucoup d’angoisse. Mais il m’a envoyé un texto avant le match, en me disant tout simplement que même si beaucoup d’aspects rentraient en jeu et que c’était difficile à vivre, ça ne restait qu’un match de foot. Et que je devais apprécier ce moment et y prendre du plaisir. C’est un petit peu le conseil qu’il t’a donné tout le long de ta vie. De prendre du plaisir et de t’amuser… Yoann : Tout à fait. Je pense qu’aujourd’hui il y a beaucoup d’enjeux autour du football, qui devient de plus en plus un sport individuel. Il y a moins de notions de plaisir alors que, même si c’est un métier, avec ses avantages et inconvénients, on fait du foot parce que c’est notre passion. On est donc censé y prendre du plaisir. Il ne faut jamais oublier ça, parce que c’est quand on prend du plaisir que la performance arrive. Si on commence à se concentrer sur les enjeux ou les médias, ça bouffe la passion, et ça devient plus une charge qu’autre chose.

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Le dossier du mois
Dossier réalisé par Pascal Stefani

L’INFLUENCE DES PARENTS
Indispensables et problématiques à la fois, les parents constituent souvent un casse-tête à gérer pour les clubs. Dans ce dossier, Foot Citoyen détaille cette relation ambigüe, compliquée, reliant parents, dirigeants, éducateurs et enfants. Puis démontre, à travers des exemples d’initiatives et les discours de nos experts, qu’il est possible de valoriser et d’optimiser l’apport humain extraordinaire qu'ils constituent.

n a besoin d’eux, mais ils ne sont pas faciles à gérer. » C’est, en résumé, la pensée générale des éducateurs et dirigeants quand ils évoquent les parents. « On a besoin d’eux», pour une multitude de raisons. Suivre et encourager les enfants dans leur passion; participer à la vie et l’ambiance du club; préparer les goûters du samedi ; transporter les joueurs sur leur lieu de match; devenir accompagnateurs ou éducateurs… « Ils ne sont pas faciles à gérer», parce ce n’est pas aussi simple que cela. Parce que les moins intéressés prennent le club pour une garderie et laissent leur enfant au stade pour le reprendre à la sortie; les anciens footballeurs prennent parfois la place du coach et distillent des conseils souvent inappropriés, quand eux les jugent précieux; les plus extrêmes s’en prennent à l’arbitre, aux adversaires, aux enfants eux-mêmes; les trop fiers et les moins objectifs imaginent pour leur enfant le destin d’un Zidane, Ribéry ou… Gourcuff (le fils) ; ou encore parce que les jours de

«

O

match à l’extérieur, c’est bien souvent le même parent qui met sa voiture à disposition... Les parents absents ne posent pas de problème, mais ne font pas vivre le club. Les parents assidus sont nécessaires, mais empêchent -parfois- leur enfant de se faire plaisir, compliquant ainsi la tâche de l’entraîneur. Au milieu de ce dilemme, les dirigeants se grattent souvent la tête pour ménager la chèvre et le chou. Ne pas se faire «bouffer» par les parents, ne pas les brusquer non plus. Une méthode tout en compromis. Pas la solution idéale. GÉRER LES PARENTS COMME DES JOUEURS ? Le club ne doit pas se contenter de cette situation imparfaite. Pourquoi ne pas gérer les parents comme il le fait avec ses joueurs ? Avec respect, ce savant mélange d’amour et de crainte. Inspirer la crainte en se montrant clair, ferme, intransigeant sur des règles de fonctionnement. Lors des réunions d’information de début

d’année, l’éducateur de la catégorie, ou le responsable technique, doit envoyer ce message fort, précis, aux parents : les enfants ont besoin de votre soutien, mais le terrain n’appartient qu’aux joueurs et à leurs éducateurs. Puis, tout au long de la saison, le répéter à l’envi. Intervenir à chaque fois que la règle est transgressée, à chaque fois qu’un parent sort de son rôle. En expliquer les raisons, encore et toujours... En menant cette démarche dans chaque catégorie depuis les Débutants, les parents comprennent petit à petit. Ou bien partent, s’ils ne sont pas contents. Mais inspirer la seule crainte entraîne systématiquement une démission ou une révolte. Voilà pourquoi il faut injecter dans son discours et ses gestes un peu d’amour. Un ton bienveillant, une ouverture à la discussion, une écoute, l’organisation d’une fête, d’un tournoi de fin d’année, des remerciements…, autant d’attentions qui les motivent à respecter les consignes, à faire un effort et aussi s’impliquer dans la vie du club. Et augmentent d’autant les chances que l’enfant s’épanouisse dans son sport.

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PLATEAU TECHNIQUE LES ANGLES HEBDOPRINT - FOOT CITOYEN - 14 - MAGENTA CYAN JAUNE NOIR

L’influence des parents
Propos recueillis par Pascal Stefani

PAROLES D’AMATEURS
Présidents, éducateurs, joueurs… Plusieurs acteurs du football chez les jeunes ont répondu à la même question : comment se passe votre relation avec les parents ?
Samir
(12 ans, joueur 13 ans)
«Dans mon équipe, il y a beaucoup de parents qui nous suivent. C’est du haut niveau, alors ils mettent la pression. Ce que je n’aime pas, c’est qu’ils se permettent de nous faire des remarques. Quand je les entends s’énerver, si on joue mal, je ne suis plus en confiance.»

OUL Eric MELLmins, OC Saleilles) nja
(éducateur Be
à en plus durs sont de plus x à les « Les parents sez nombreu nt as cadrer. Ils so lage, mais ils un club de vil suivre, c’est travers leur matchs qu’à . Les ne vivent les ent difficile C’est vraim aux enfant. ent bien, mais ments se pass nnent entraîne t de tout, do mêlen matchs ils se e-ci », « fais : « Fais comm i parfois des conseils ss Ça arrive au me comme ça »… arbitres, mê ent contre les nous qu’ils cri ites. Et puis t de vraies lim s’ils on limite. Je ne aussi cette leur imposons , mais c’est passé par ça dé me sens pas é de répéter toujours oblig fatigant d’être oses. » les mêmes ch

(éducateur 15 ans, US Granville) « J’ai rencontré, lors de plusieurs match s, des parents qui prennent la place du coach. Mais chez nous, ça n’arrive jamais. Parce qu’on a fixé des règles très claires : je suis le seul responsable technique de l’équip e. Un parent dirigeant m’accompagn e, il fait souvent la touche, mais c’est tout. Person ne ne conteste mes choix. On peut en parler, je suis ouvert à toute discussion, et je tiens compte des avis extérieurs. Je suis disposé à m’expliquer, mais pas à me justifie r. Je leur demande aussi de ne pas parler de l’équipe devant les enfants. Tout est une question d’échange. Si un gars parle pendant le match,je vais lui dire d’arrêter ou d’aller en tribune. Et on en reparle à froid à la fin de la rencontre. Avec les parents, il faut savoir communiquer. »

Sébastien SOREL

(président du FCO Saint-Jea n-de-la-Ruelle) «Les parents, c’est une des choses les plus difficiles à gérer. Nous sommes un club de quartier où ils ne suivent pas leurs enfants. Ça devient un vrai problème à partir des «13 ans». Ils sont laissés devant le stad e et, après, c’est à nous de nous débrouiller. Par équipe, seuls un ou deux passionnés accompa gne(nt) leur fils en déplacement. On va loin parce que nos équipes jouent toutes en Ligue et, du coup, on doit louer un minibus par formation… Le coût du transport est énorme pour le club : 20 000 euros par an ! Par contre, chez les petites catégories, c’est très convivial : les mamans amènent le thé, les gâteaux, regardent la télé ensemble au club house... Et en général, ils ne posent absolument aucun problème sur le terrain. Ils sont très discrets.»

José TORRECILLA

Romain

jamins) (11 ans, joueur Ben , ça ne deux. Ma mère, elle voir un match sur et me on père vient me «M se met derrière le but je suis défenseur, il me ntion si l’intéresse pas. Com souvent de faire atte Par exemple, il me dit Après le donne des conseils. ne me gêne pas. Ça m’aide, et ça né, il me un attaquant arrive. joué ou si on a gag : si j’ai bien que ce match, on en reparle a d’autres matchs, il me dit qu’il y aur chaine fois. » félicite. Si on perd, jouerai mieux la pro que je n’est pas grave et

NATALE Fabrice DIjamins, Avignon Foot 84)
(responsable Ben
de nce, on n’a pas trop «En Division Excelle blème vient les parents. Le pro soucis avec nt imaginent avoir un enfa surtout avec ceux qui qu’en équipe 2. Ces dige, alors qu’il ne joue pro ait de leur enfant mériter papas estiment que t pas lleurs. Ils ne viennen jouer avec les mei ens, ça ent, mais je le ress nous le dire directem dit. Ça créé tends ce qui se se voit, et puis j’en s je s entre parents. Mai aussi quelques clan prime, : c’est l’éducatif qui suis clair au départ niveau. sir en jouant à leur et ils se feront plai sont certains parents ne Malheureusement, trop dans sont s, voire paranos. Ils pas objectif l’émotion. »

(président du FC Wettolsh eim)
«En école de foot, l’am biance est très bonne: chaque semaine, à tour de rôle, deux parents amènent la collation , avec des jus, des gâteaux… C’est une trad ition du club, et les nouveaux parents la suiv ent à chaque fois. Ça donne un supplément d’am biance. »

Serge GRAFF

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PLATEAU TECHNIQUE LES ANGLES HEBDOPRINT - FOOT CITOYEN - 15 - MAGENTA CYAN JAUNE NOIR

L’influence des parents
Propos recueillis par et Pascal Stefani

LES INITIATIVES CRÉENT LE CONTACT
Si aucune solution miracle n’existe dans la gestion des parents, il est au moins possible d’améliorer la situation. Exemple avec ces trois clubs, le FC L’Hôpital, le FC Labegude et l’AC Plozané, qui ont mis en place des initiatives basées sur le même principe : créer un premier contact avec les parents.

AU AC PLOUZANÉ, ÉMARGEMENT ET DIVERTISSEMENT
Gilles Boulouard (dirigeant AC Plouzané, District Finistère Nord) « Nous sommes une grosse structure, avec 600 licenciés. Auparavant, les parents déposaient leur(s) enfant(s) au parking, n’étaient jamais en contact avec les éducateurs, ne savaient pas de quelle manière on s’occupait de leur enfant... Ça ne pouvait pas continuer comme ça. Il y a quatre ans, on a donc créé un système d’émargement. Les parents des Débutants et Poussins doivent, désormais, venir signer une feuille et attester ainsi de leur présence à chaque entraînement et à chaque match. Un bénévole les accueille dans le vestiaire pour les faire émarger. Ça nous permet, d’une part, de vérifier l’assiduité des enfants et de savoir, d’autre part, s’ils seront là (les enfants, mais aussi les papas et mamans) le samedi, et ça responsabilise les parents. Ils doivent comprendre que l’absence d’un gosse peut empêcher l’équipe de jouer, s’ils ne sont pas assez. Aujourd’hui, les parents et les membres du club se connaissent. Cela peut en pousser certains à devenir dirigeants, éducateurs ou même, on peut toujours rêver, même sponsors. Avant, certains n’osaient pas franchir la porte du vestiaire. Depuis, il y a également beaucoup moins de souci pour le covoiturage. » On implique les parents lors de la journée de clôture de la saison. Les Débutants font un plateau, avec des jeux d’éveil, de motricité, des petits jeux et, pour terminer, des matchs. Les parents regardent et, ensuite, ils remplacent leurs enfants et font le plateau à leur tour… Et, pendant ce temps, les Débutants sont supporters. On fait pareil avec nos Poussins. Pour les Benjamins, les parents jouent un match contre leurs enfants et avec les éducateurs. C’est franchement marrant. Ça se finit autour d’un pot très convivial, et toute cette ambiance suscite des vocations. Durant cette journée, les parents s’aperçoivent de notre travail. Ça valorise le rôle du club. Des liens se créent naturellement et entraînent beaucoup moins de refus quand on sollicite les parents par la suite. »

LE FC L’HÔPITAL LUTTE CONTRE L’ABSENTÉISME
Gabriel Robert (Dirigeant FC L’Hôpital, District de Moselle) « Devant la faible participation des parents aux réunions d’information, nous avons décidé de les motiver à venir. Déjà, on fait une lettre à chacun pour les prévenir de la date, ainsi on a la certitude qu’ils seront au courant. À ceux qui étaient absents, j’envoie un courrier pour leur dire que j’aimerais les voir pendant un entraînement, afin de comprendre pourquoi ils n’ont pas assisté à la réunion. Cela me permet ainsi de les rencontrer et de créer un lien. Aujourd’hui, nous avons environ 85 % de présence. »

FC LABÉGUDE, LA RÉUNION QUI CHANGE TOUT
Jean-Michel Gros (éducateur « 13 ans », FC Labegude, Comité Drôme Ardèche) « L’année dernière, nous avons organisé, pour la première fois, une soirée d’accueil pour les joueurs et les parents. On l’a faite au stade, en plein air. Cette réunion a changé plein de choses. Les parents ignoraient toutes les règles qui, pour nous, était évidentes. Beaucoup, par exemple, ne savaient pas que nous étions bénévoles ! Pour vous donner une anecdote de leur méconnaissance du club, un papa est venu un jour me demander s’il avait le droit de voir son fils jouer ! » « Depuis cette journée, ils hésitent beaucoup moins à s’impliquer. Ils se proposent spontanément pour préparer le goûter des matchs, ce que faisait l’éducateur avant ; les maillots sont maintenant toujours lavés ; pour le Loto du club, on leur demande de vendre 15 Euros de tickets. Avant, ils faisaient la tête, mais en leur expliquant à quoi cela pouvait servir- payer des shorts, chaussettes, descendre le prix des licences... -, ils ont compris. Nous

DEPUIS CETTE JOURNÉE, LES PARENTS HÉSITENT BEAUCOUP MOINS À S’IMPLIQUER.
avons connu une affluence record l’année dernière. En plus, les lots ont cette année tous été offerts par les parents ! Peut-être étaient-ils réservés auparavant, ils ne voulaient pas nous déranger… On s’est rendu compte qu’il fallait juste leur parler pour en arriver là. »

J’ENVOIE UN COURRIER AUX PARENTS ABSENTS À LA RÉUNION.
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ON IMPLIQUE LES PARENTS LORS DE LA JOURNÉE DE CLÔTURE DE LA SAISON. LES DÉBUTANTS FONT UN PLATEAU, PUIS C’EST AU TOUR DES PARENTS... C’EST FRANCHEMENT MARRANT... ET ILS S’APERÇOIVENT AINSI DE NOTRE TRAVAIL...

PLATEAU TECHNIQUE LES ANGLES HEBDOPRINT - FOOT CITOYEN - 16 - MAGENTA CYAN JAUNE NOIR

Dossier : L’influence des parents
Textes : Pascal Stefani

L’AVIS DU PSY

Alexandra CLAROU (Psychothérapeute)
« QUI A RAISON ? SON PÈRE OU SON ENTRAÎNEUR ? L’ENFANT NE SAIT PLUS À QUI FAIRE CONFIANCE ! »

Q

uelle peut-être l’influence des parents sur leur enfant ?

C’est très compliqué, surtout à l’adolescence : on n’a pas envie d’être lâché par ses parents, mais on n’a surtout pas envie d’avoir des parents qui s’immiscent dans le groupe et donnent leur avis. Cela dépend des jeunes, mais certains peuvent avoir envie d’abandonner parce que ça ne leur appartiendra plus en propre. D’autres vont se sentir humiliés, critiqués, en plus parfois devant les autres. Le jeune peut-il penser que son père a plus raison que son entraîneur ? Il est mis en porte-à-faux parce qu’il va se demander qui a raison : son père ou son entraîneur ? Il ne sait plus à qui faire confiance. Le parent peut avoir une discussion avec l’entraîneur, mais ce parent ne doit pas dire « Moi je… ». Quand l’entraîneur entre en jeu, c’est à lui seul de parler. A l’école, les parents ne disent pas au prof ce qu’il a à faire. Quelles raisons poussent les parents à s’immiscer autant ? On ne sait plus si l’enfant joue pour son plaisir ou s’il veut faire plaisir à ses parents. Il y a aussi les parents extrêmement directifs qui ne veulent pas laisser d’autonomie à leur enfant et

qui vont faire preuve d’autorité, voire l’humilier devant les autres pour garder la maîtrise de la situation. Ils se disent, tout d’un coup, qu’ils perdent leur enfant parce que leur sentiment est qu’il grandit et que, peut-être, il les abandonne. Dans ce cas-là, certains d’entre eux vont réagir par une « sur-maîtrise » en affirmant, à leur manière, qu’ils sont les parents, qu’eux seuls peuvent décider pour leur enfant et qu’ils savent ce qui est bon pour lui et ce qui ne l’est pas. Quelle méthode peut suivre un éducateur ? Pour prévenir ces comportements, tenir une réunion d’information au début de la saison est une bonne chose. En cas de problème ponctuel avec un parent, l’éducateur doit établir un dialogue direct, voir quel sens tout cela a pour lui. Vis à vis d’un adolescent, c’est très important de ne pas parler dans son dos. Sinon, il peut se sentir menacé. Comme son but est de s’affranchir, il faut le considérer : on parle de lui, donc on le fait en sa présence. Parce qu’un père à qui on va dire d’arrêter d’intervenir peut se sentir exclu et être blessé. Il peut transformer les paroles de l’éducateur dans son propre intérêt avant de les relayer à son fils. Tout dépend également de la manière avec laquelle l’éducateur présente les choses. Ses remarques ne doivent pas être une mise à pied du parent.

LES ATTENTES DES PARENTS
Et les parents dans tout ça ? Premiers responsables de l’éducation de leur enfant, quand ils confient leur progéniture à un club, ils sont également en droit d’avoir des attentes. Le club du PUC a su y répondre. Ça y est, le petit a l’âge de pratiquer son sport favori. Un nouveau dilemme se pose pour les parents : dans quel club vont-ils l’inscrire ? C’est lemoment de de bien cerner ses attentes envers la structure qui va l’accueillir. Certains souhaitent que l’on occupe leur enfant le mercredi et le samedi, rien de plus. Pour d’autres, en quête de gloire par procuration, l’aspect sportif est -déjà- primordial. Nombreux sont encore les parents qui souhaitent que le club soit avant tout un lieu d’épanouissement pour leur petit. C’est le cas du PUC, le club universitaire parisien partenaire de Foot Citoyen, dont la politique éducative forge sa solide réputation… Yves y a succombé : «Après le premier jour, mon enfant m’a dit : «C’est comme si j’avais été accueilli dans une famille.» Et j’ai ressenti la même chose vis-à-vis de moi. Tout était très sympa : leur état d’esprit, la gentillesse de leurs propos, leur chaleur humaine… » Il apprécie davantage encore que ces valeurs se prolongent sur le terrain : « Il y a de la discipline, mais surtout ils s’amusent beaucoup. C’est important. Lui est ravi. Il est très timide, sensible, émotif. Je savais que s’il y avait des gestes d’agressivité contre lui, il l’aurait mal vécu. Mais là il n’y a rien de tout ça. J’avais aussi regardé ce que proposait un club voisin : ils s’insultaient tout le temps, et on les laissait faire. » Les autres parents évoquent les mêmes priorités, « qu’il y ait un bon esprit » pour Mathilde, « que l’enfant s’épanouisse dans son milieu sportif, grâce à de bons éducateurs. » pour Patrice. Benoît, lui, sait l’apport qu’une telle activité bien encadrée peut avoir dans l’évolution de son fils : «Intégrer un club doit être une démarche éducative. Je veux que ça lui apprenne la vie en groupe. C’est le cas ici, j’ai vu qu’il y avait de vrais éducateurs. C’est important : je l’ai mis aussi dans un club d’échecs, et les adultes ne leur apprennent rien et les laissent se débrouiller. Il va devoir arrêter. » Le choix du club n’est donc pas à prendre à la légère et doit surtout se faire dans le seul intérêt de l’enfant. Ceux du PUC pourront un jour remercier leurs parents, car comme le dit Mathilde, « ce genre de club est parfait parce qu’il laisse plus tard des souvenirs indélébiles. »

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L’influence des parents
Á Ingré, Pascal Stefani (Textes) et Cyril Fussien (Photos)

VOS ENFANTS ONT «UNE CHOSE» À VOUS DIRE...
La quarantaine de parents d’Ingré, dans le District du Loiret, venue assister au match de leurs enfants Benjamins, sont plutôt disciplinés et positifs. Il suffit pourtant que quelques papas élèvent la voix pour que l’on n’entende plus qu’eux. C’est dommage car leurs enfants n’aiment pas qu’on leur parle sur le terrain...
’est un match comme les aiment les adultes. Un derby, contre le club phare de la région, dans la plus haute division du championnat. Oui, mais voilà, ce ne sont pas des adultes qui jouent, mais des Benjamins. Le FCM Ingré accueille l’US Orléans, en Division Elite, et les petits locaux sont plus impressionnés que galvanisés par la réputation et la qualité de l’adversaire. Le long de

C

la main courante, pas moins de quarante parents tentent de les soutenir. Dans une bonne ambiance, ils encouragent leurs petits Jaunes à défendre et s’enflamment un peu quand ils s’approchent de la ligne médiane. Rarement, donc. Puis, au fil de la rencontre, deux ou trois papas changent de registre. Sûrement déçus par l’apathie générale de l’équipe, ils décident d’« aider » le coach en donnant leurs propres consignes. Les joueurs, déjà bien perdus,

entendent alors des conseils tels que « Attention, dégage ! », « Replace toi ! », « Attaque ! » ou « Mais non, applique toi ! » Pour les réveiller, on leur dit « Bats-toi », « Attaque-le », « Il ne passe pas ! », ou « Rentre-lui dedans ».. Un vocabulaire pas tout à fait adapté à des jeunes de cet âge. Comme prévu ça n’arrange rien, et un jeune fait même signe à son père de se taire. Une constante dans ce match : seules les mamans, nombreuses, n’ont cessé d’encourager les petits.

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L’influence des parents
District du Loiret

MON MARI A TENDANCE À LUI METTRE LA PRESSION. JE TEMPORISE...
Sabine, maman de Bastien : « Chaque parent a son tempérament. Certains sont discrets, et d’autres ont envie de donner leur avis. Pour ceuxlà, on ne dit rien mais on n’en pense pas moins. Je pense que c’est plus au coach de donner les consignes, pas à nous, sinon le gamin ne sait plus qui écouter. En général, mon mari parle avec mon fils, en rentrant à la maison. Dès fois je temporise parce qu’il a tendance à lui mettre la pression, lui

dire qu’il n’a pas assez couru, qu’il s’est retenu, comme aujourd’hui. Dans ces cas-là je dis qu’il a bien joué, qu’il a fait de son mieux… Ça peut prendre de grandes proportions. Une fois Bastien a demandé à son papa de ne plus venir le voir, parce qu’il était fâché par rapport à ce qu’il lui disait. Avec son tempérament, si on insiste trop il se braque et ne fait plus rien. » Bastien : « Ça me fait plaisir qu’ils viennent me voir. Ma mère dit souvent que ce n’est qu’un jeu. Par contre je n’aime pas trop que mon père parle sur le terrain. Quand on perd, il parle souvent, ou il crie. Ça me gêne quand il me dit par exemple « vas-y attaque la balle », ça me met la pression. J’ai l’impression que je n’y arrive pas. Quand on rentre, il veut toujours en parler. J’aime bien savoir ce qu’il pense, ça me fait progresser. Mais quand c’est en dehors du match. »

QUAND MON PÈRE ME PARLE, ÇA ME SAOULE...
Malamine, père de Maël : « Je le suis toutes les semaines. J’aime bien parler, replacer, je le fais tout le temps. Je donne des conseils, à tous, je ne me cantonne pas qu’à mon fils. S’ils sont mal placés, ou s’ils font des mauvaises tactiques, je les conseille. Le coach a neuf joueurs, et il ne peut pas avoir les yeux sur tous ! Maël, mon fils, a l’air un peu mou, donc j’insiste auprès de lui. Individuellement il est très fort, et je veux qu’il le montre. Je le lui dis mais il n’aime pas ça, alors dès fois je me tais. » Maël : « J’aime bien que mon père soit là, mais je n’aime pas quand il crie. Je n’aime pas quand on parle, qu’on me dise quoi faire, que ça soit lui ou un autre d’ailleurs. Sinon je m’y perds, ça me déconcentre. Je lui ai dit, et il m’a promis de ne plus rien dire… Mais il parle encore ! Ça me saoule ! »

JE LUI DONNE DES NOTES... ÇA LE MOTIVE !
Stéphane, père de Morgane (US Orléans) : « J’étais éducateur, et je suis mon fils depuis que j’ai arrêté. Tous les parents sont fiers de ce que font leurs gamins, on vit davantage les choses. Mais je sais que quand j’étais éducateur, je demandais aux parents de seulement encourager les enfants. J’essaye de le faire à mon tour, même si c’est parfois tentant de parler. Aujourd’hui, il a du me regarder 72 fois dans le match pour se rassurer. Mais je ne dis rien... Après le match, je lui donne des notes. C’est ludique et ça le motive. Je connais des parents qui donnent de l’argent à leur enfant s’il met un but... Aucun intérêt. » Morgane : « J’aime que mon père m’encourage. Il est honnête dans son jugement. J’aime bien qu’il me mette des notes. La dernière fois j’ai eu 4 et ça m’a saoulé. J’essaye d’avoir une meilleure note la fois d’après, ça me motive. »

Olivier, tonton de Alexis « Le problème, c’est d’entendre certains ronchonner autour. Les gosses attendent la fin de la semaine pour s’amuser, pas pour entendre ça. J’ai plus de souvenirs, quand je jouais, des parents qui gueulaient que de ma joie de jouer. Dès fois je les plains, même si c’est loin d’être le pire club à ce niveau. Même s’ils font des erreurs, il faut essayer de faire ressortir le meilleur. »

MÊME S’ILS FONT DES ERREURS, IL FAUT ESSAYER DE FAIRE RESSORTIR LE MEILLEUR.
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La gestion des parents
Propos recueillis par Frédéric Hamelin et Pascal Stefani

EXPERT «TERRAIN»

Alexis DELAFARGUE
(responsable Débutants de l’AC Boulogne-Billancourt, District des Hauts-de-Seine)

Alexis Delafargue, 35 ans, a pour habitude de clarifier les rôles de chacun dès le début de saison : les éducateurs s’occupent du terrain et les parents laissent leurs enfants tranquilles. Une méthode directe qui évite pas mal de débordements.

« SI LES PARENTS SORTENT DE LEUR RÔLE, J’INTERVIENS TOUT DE SUITE.
absent, le passionné et le réfléchi « Il y a le plus souvent trois statuts de parents. D’abord, celui qui ne vient jamais et se désintéresse du foot. Pour lui le club est une garderie, ce que je conçois tout à fait : s’il met son gamin au foot, c’est aussi pour qu’il soit occupé et que lui puisse avoir du temps libre. Ce type de parent est peut-être le moins pénible, mais il ne nous aide pas à avancer. À l’autre extrême, il y a le parent qui est toujours là, à fond, mais qui prend trop de place. Il se prend pour l’entraîneur, il crie sur les enfants, l’adversaire, l’arbitre… Il est difficile à gérer, mais on a aussi besoin de ces parents assidus. Dans la troisième catégorie, on trouve le parent plus réfléchi. Lui est là pour aider au fonctionnement du club et garde sa place de parent et de spectateur. Malheureusement, ils ne sont pas les plus nombreux. Avec les parents, on se doit d’avoir une gestion fine, parce que nous avons aussi besoin d’eux. »

L

QUAND J’INTERVIENS UNE PREMIÈRE FOIS, JE LE DIS GENTIMENT. SI ÇA SE RÉPÈTE, JE SUIS UN PEU PLUS SEC.
Le problème du double discours « Il y a souvent un problème de double discours. Même s’ils ont joué au football, les parents n’ont pas les qualifications pour savoir ce qu’il faut faire et dire aux enfants, et ce que nous, éducateurs, attendons d’eux. Par exemple, on interdit les tacles à nos débutants. Parce qu’ils n’ont pas un contrôle suffisant de leur corps, puis parce qu’on estime qu’un footballeur doit apprendre à défendre debout. En match, des parents leur demandent pourtant de tacler. Leur discours va alors à l’encontre du nôtre, et c’est valable sur plein d’autres choses. » Intervention systématique « En tant que responsable de plateau de Débutants, j’ai la liberté de me déplacer sur tous les terrains. Je vais donc voir les éducateurs, et j’en profite pour faire le tour des parents. Si je vois qu’ils sortent de leur rôle, s’ils sont trop présents ou si je les vois engueuler leur gamin dans mon dos, j’interviens tout de suite. Je leur explique que les gamins sont là pour jouer entre eux et avec leur éducateur. Quand c’est la

première fois, je le dis gentiment, mais si ça se répète je suis un peu plus sec. Dans les catégories plus hautes, c’est plus difficile d’intervenir pendant la rencontre, sauf si ça prend des proportions qui ne sont pas acceptables. » Trouver la bonne distance « Il est nécessaire de discuter avec les parents pour prévenir ou résoudre des problèmes de comportements. Tout dépend des rapports que vous construisez avec eux : il faut savoir garder une bonne distance, tout en leur donnant envie de participer à la vie associative. Si on se tape dans le dos la première fois qu’on se voit, que l’on prend l’apéro après les matchs, c’est plus compliqué ensuite de faire passer son message. Je peux aller plus loin dans la convivialité avec des parents dont je sais qu’ils vont rester à leur place. Avec d’autres ce ne sera pas possible, parce qu’ils vont tout confondre et se permettre trop de choses. Il faut savoir parfois rester ‘‘froid’’, sans non plus que ça soit repoussant. » Une réunion franche et directe « Lors de la réunion de début d’année, j’emploie un ton assez ferme. Je présente d’emblée mon statut et celui des parents : je leur explique clairement ce qui est admis et ce qui ne l’est pas. Sinon on leur laisse un espace et ensuite on se fait déborder. Ils doivent sentir qu’il y a quelqu’un qui leur fera barrage s’ils dérapent. Je préfère qu’ils pensent au début que je ne suis pas sympa, si ça permet que tout se passe bien sur le terrain. Je gagne en temps, ça m’évite d’intervenir ensuite. Le rapport que vous installez avec les parents en début de saison joue sur son comportement Malheureusement, la réunion n’est pas obligatoire, et généralement ce sont ceux qui n’y viennent pas qui posent problème par la suite. »

Vestiaire interdit « En Débutants, nous avons interdit l’accès aux vestiaires aux parents. Sinon c’est un foutoir pas possible. Et puis j’aime bien que les enfants soient seulement avec nous. Ça fait aussi partie du rôle de l’éducateur de leur apprendre à s’habiller, faire leur lacet… Je n’aime pas qu’ils soient assistés. Si l’enfant est obligé de demander à chaque fois à l’éducateur pour faire son lacet et qu’il voit, à côté, ses copains y arriver seuls, il va finir par le faire lui-même. Ça le rend autonome, ça lui apprend à communiquer aussi. Pour moi le vestiaire est réservé à ceux qui jouent au foot. C’est important pour eux de ne pas toujours avoir le parent comme intermédiaire. »

L’IMPORTANCE DE LA PREMIÈRE ANNÉE
« En tant que responsable des Débutants, “ mes” parents viennent, en général (ils peuvent avoir un autre enfant déjà licencié), pour la première fois au foot. J’ai donc un gros rôle d’éducation à faire. Je dois leur expliquer le fonctionnement du club, les règles de base. C’est du boulot en moins à faire pour les années suivantes et, petit à petit, ils rentrent dans le moule. Il ne s’agit pas d’éduquer les parents, mais juste de leur transmettre nos règles de vie. »

Jouer à travers son fils… « Les parents ont souvent une telle attente envers leur enfant… Peut-être sont-ils frustrés d’avoir loupé leur carrière, et pensent qu’il va devenir un joueur extraordinaire. Cette réaction nous amène à entendre, sur les bords des terrains, du vocabulaire inapproprié pour l’âge des gamins. Des phrases qui relèvent du langage guerrier, telles que ‘‘Bats-toi !’’... On a également des problèmes avec les enfants qui jouent pour leur père, qui vont sauter dans ses bras après avoir marqué un but. Le contraire est aussi vrai : s’il rate un geste, il va regarder son père d’un air craintif, en rentrant les épaules. Ça ne me plaît pas, parce que les enfants, qu’ils réussissent ou se loupent, doivent se marrer ou ‘‘pleurer’’ avec leurs copains. »

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La gestion des parents

LE 11 IDÉAL DE LA GESTION DES PARENTS
Pour améliorer la communication entre les parents et les membres du club, nous avons composé une équipe mixte, en... 4-4-3 : quatre gardien-défenseurs-éducateurs, quatre milieux-dirigeants, et trois attaquants-parents. Maintenant, jouez ensemble !
Éducateurs : intervenir en cas d’écart Le terrain appartient aux joueurs et à l’éducateur. Alors quand les parents viennent s’immiscer dans la vie de l’équipe ou sortent de leur rôle de spectateur, le coach se doit d’intervenir. Si l’écart de conduite est important, il est préférable de les calmer aussitôt. Sinon, attendre la fin du match ou l’entraînement suivant pour en discuter.

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Éducateurs : adopter le bon ton Si le parent fait un écart pour la première fois, l’éducateur doit s’entretenir avec lui gentiment, en lui expliquant les raisons de son intervention. Si le coach est brusque dès le début, le parent risque de se braquer. Mais quand la «faute» se répète, il ne doit pas hésiter à adopter un ton plus ferme, pour bien faire comprendre qu’il sera intransigeant sur ce point.

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Éducateurs : être ouvert à la discussion S’ils n’ont pas le droit de parler de l’équipe devant les enfants, les parents ne doivent pas pour autant se sentir exclus. L’éducateur doit être ouvert à la discussion. L’avis d’un parent peut-être intéressant, et expliquer son fonctionnement peut également éviter les malentendus. Mais si l’éducateur peut s’expliquer, il doit faire attention à ne pas se justifier.

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Éducateurs : trouver la bonne distance Le danger est de vouloir créer une complicité très rapidement avec tous les parents, pour qu’ils se sentent en confiance. Certains peuvent croire que cette relation amicale leur donne le droit de se mêler de la gestion de l’équipe. Mieux vaut que le coach force sa nature et se montre un peu distant avec tout le monde en début de saison, et découvrir les gens au fil du temps.

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Dirigeants : organiser des réunions d’informations En début d’année, il est très bénéfique d’organiser une réunion par catégorie de jeunes. C’est l’occasion d’expliquer à tous le fonctionnement du club et de définir clairement les attentes envers les parents. Employer un ton ferme et sérieux à cette occasion permet d’attirer leur attention sur ce point. En milieu d’année, le club peut faire un nouveau point avec les parents.

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Dirigeants : l’importance des Débutants Les habitudes, bonnes comme mauvaises, ne se perdent pas. Ainsi, si les parents entendent un discours clair et cohérent dès la catégorie Débutants, le même message passera d’autant mieux dans les catégories suivantes. Cela prouve à quel point il est important qu’un éducateur compétent soit en charge des petites catégories.

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Dirigeants : créer le contact Plus la relation entre le club et les parents est bonne, et moins ces derniers auront envie de porter préjudice à la structure qui s’occupe de leur enfant. En réservant aux parents un bon accueil, en allant vers eux et en créant un premier contact pendant les entraînements ou les matchs, les dirigeants leur montrent qu’ils font aussi partie du club.

Dirigeants : organiser des événements festifs Le club de foot doit être un endroit convivial où jeunes et adultes se font plaisir. L’organisation de quelques fêtes, telles qu’un Loto, un tournoi du club ou bien un barbecue, ne peut que renforcer les liens entre tous les membres du club. Parents souriants n’embêtent pas leurs enfants !

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Les parents : ne pas intervenir pendant les matchs Ah que c’est tentant de donner des conseils à son fils pendant le match… Un parent, surtout s’il est ancien footballeur, «sait» ce qui est bon pour sa progéniture. Du moins c’est ce qu’il pense. Malheureusement, l’enfant 7 entend un double discours : celui de son éducateur et celui de ses parents. Il est préférable qu’une seule personne ne lui parle, et cette personne c’est le coach !

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Les parents : ne pas mettre de pression sur son enfant Quel que soit l’âge, le foot doit rester un plaisir avant tout. En catégories de jeunes, cela paraît encore plus évident. Pourtant, des parents font subir leur soif de victoire et de reconnaissance à leur enfant. Certains imaginent même, dès les premières frappes du petit, détenir un prodige. Halte à la pression ! Sans plaisir, 100% des enfants perdent leurs moyens.

Les parents : se porter volontaire pour les déplacements Ce sont souvent les mêmes parents, les plus assidus, qui accompagnent les enfants en déplacement. Les éducateurs aussi doivent emprunter leur propre voiture. À la longue, ça coûte cher, et ce n’est pas très équitable. Avec un soupçon de communication, d’organisation et de bonne volonté, les parents peuvent se répartir les voyages tout au long de la saison.

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Portfolio FC Nantes
Photos : FC Nantes De nos envoyés spéciaux à Marseille, Jérôme Perrin (textes) et Frédéric Gameiro (photos)

LE JEU D’APPUI DES «CANARIS»
Le FC Nantes est décidément un club solidaire. Sur le terrain, tout d’abord, où son fameux jeu «à la Nantaise» a construit sa légende sur les bases du collectif. En dehors des pelouses, les «Canaris» savent également se montrer généreux. Samedi 6 décembre dernier, derrière le président Waldemar Kita, très sensible à la cause défendue par notre association, le club de Loire-Atlantique et ses supporters ont ainsi soutenu Foot Citoyen lors du match contre le leader lyonnais, en nous allouant, notamment, à l’occasion de cette rencontre un don, scellant officiellement le partenariat entre le le club nantais et Foot Cityen. Après la conférence de presse, les propos profonds de sens du premier des dirigeants nantais, l’échauffement des joueurs sur la pelouse, habillés du T-shirt Foot Citoyen, confectionné pour l’occasion, et un superbe coup d’envoi donné - de l’extérieur du pied droit - par Didier Roustan, président de l’association, il est temps de remercier ce club à part, pour son aide et son accueil des plus chaleureux, qui ont d’ailleurs été récompensés le soir même, puisque Foot Citoyen a une nouvelle fois porté chance à ses généreux donateurs…

WALDEMAR KITA « RESPECTER DES RÈGLES DE VIE POUR Y ARRIVER ! »
Au cours d’une conférence de presse à La Jonelière, Monsieur Waldemar Kita, président du FC Nantes, a expliqué les raisons qui ont poussé son club à soutenir l’action de Foot Citoyen... Extraits.

« Il est important d'aider le football amateur et celui
de la "rue". Pour cette raison, nous souhaitons appuyer l'action de Foot Citoyen. Dans la vie, il est important de respecter certaines règles pour y arriver. Les vraies valeurs du sport, telles que le respect de l’autorité, des Lois, l'abnégation ou le goût de l'effort, sont éducatives. C’est pourquoi, il est de notre devoir, pour nous clubs professionnels de football, d’aider des initiatives telles que celle-ci, car outre la passion et la compétence sur le sujet de Didier Roustan et de son équipe, le football français, qu’il soit amateur ou d’élite, a besoin d’outils pédagogiques pour pouvoir rendre les jeunes plus forts et plus citoyens. Le FC Nantes est donc très fier de pouvoir, comme Sedan, Saint-Etienne et Montpellier ont pu le faire cette saison, aider, à son tour, l’association Foot Citoyen ! »

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Radio

RA

DI O

LE ZAPPING FOOT CITOYEN

LA MIXITÉ SOCIALE

Le PUC, partenaire et « club pilote » Foot Citoyen, nous nous devions de recevoir les deux têtes pensantes de cette institution du football francilien : Daniel Morvan et Jean-Marc Lafont. En compagnie de Didier Roustan, Frédéric Hamelin, Sébastien Morel et Corentin Coëplet, tour d’horizon d’un « grand » club, parisien et universitaire, et zoom sur sa philosophie la mixité sociale dans le football.

Didier Roustan : Aujourd’hui, nous accueillons Daniel Morvan, le président de la section football du PUC, c'est-à-dire du Paris Université Club, et JeanMarc Lafont, le vice président. C’est un vieux club parisien, ça, le PUC ? Daniel Morvan : En effet, déjà plus d’un siècle Didier… Didier : Comment êtes vous arrivé là Jean-Marc ? Jean-Marc Lafont : J’ai rejoint Daniel, il y a une dizaine d’années. Je suis d’abord venu au PUC pour accompagner mes enfants… Et, finalement, je suis tombé dans le «piège». Daniel m’a proposé le projet de la section éducative du PUC et ça m’a séduit. Je suis ravi de faire partie de l’équipe dirigeante de cette section pour m’occuper de tous ces jeunes. Didier : Et oui, très souvent, à la tête de ses clubs, il y a des gens qui ont grandi dedans et , parfois, d’autres qui viennent de l’extérieur. Mais aussi des personnes qui ne sont pas fans de football et qui se laissent prendre au jeu. Le ballon rond est une histoire humaine et, autour de ça, il se passe beaucoup de choses. Jean-Marc : C’est un peu comme pour toutes les associations, on y arrive par hasard et on se prend au jeu. Parfois, avec une certaine motivation dans la discipline en question mais, finalement, de fil en aiguille, on y voit l’occasion de retrouver des amis,

LE MONDE AMATEUR EST UNE IMAGE DU MONDE CIVIL, ON A DE PLUS EN PLUS DE MAL À MOBILISER LES PARENTS
(Jean Marc Lafont)

et de faire avancer les choses. Ça rentre dans un projet de vie, on commence à faire des suggestions, puis on fait en sorte de s’y impliquer ensuite... C’est le travail de chaque bénévole, on devrait d’ailleurs plus les mettre en valeur. Sébastien Morel : Le PUC, c’est aussi 35 nationalités et origines différentes... Jean-Marc : Qu’ils soient Blancs, Jaunes ou Noirs, ils ne portent qu’une seule couleur, celle du club, le Violet. Déjà, ça résoud le problème de toutes ces diversités, de toutes ces cultures. On travaille autour de leur passion, le football. Les enfants prennent du plaisir et, au fur et à mesure qu’ils grandissent avec nous, on essaye de leur apprendre d’autres valeurs que le jeu, mais qui sont très trés liées : le respect des Lois, l’esprit du jeu, la citoyenneté. On se rend compte alors que, parmi ces enfants aux origines sociales différentes, certains en échec la semaine à l’école peuvent connaître la réussite le week-end. Notre but, c’est qu’ils arrivent à avoir la même réussite en semaine que le week-end. Corentin Coëplet : Ce qui est intéressant, c’est qu’au PUC, il y a aussi une mixité sociale au sein des éducateurs, ça apporte aux jeunes une autre vision de l’éducation... Didier : Ça ne pose pas de problèmes à certains parents que leur gosse soit sous la responsabilité d’éducateurs d’autres... origines, on va dire. Daniel : On peut imaginer que ça en gratte certains… Mais… Didier : Je trouve que c’est intéressant car pour ceux que ça gratte, et bien c’est l’occasion de leur montrer que la compétence, la gentillesse, l’engagement, etc... ne sont pas uniquement une affaire de faciès... Daniel : La compétence d’un éducateur est incontournable. A un moment on se moque de sa couleur de peau, ce qui compte c’est ce qu’il fait sur le terrain. On est très attachés à sa qualité technique et on essaie de trouver des éducateurs qui possèdent une certaine éthique… Zap, zap, zap...

ON ESSAYE DE TROUVER DES ÉDUCATEURS QUI POSSÈDENT UNE CERTAINE ÉTHIQUE
(Daniel Morvan) Didier : Nous sommes en relation avec le District des Flandres et, plus exactement, l’éducateur du RC Bois Blanc, Eric Fache. Bonjour Eric, alors il ne fait pas trop froid car les températures sont tombées ? Eric Fache : Et bien si, c’est d’ailleurs pour ça qu’on avait un plateau de prévu et qu’il a été annulé. Sébastien : C’est dommage pour les petits, mais pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un plateau Débutants ? Eric : Le plateau Débutants, c’est toute une organisation que le District met en place une fois par mois, voire tous les deux mois selon les secteurs. Fréderic Hamelin : Il y a une particularité dans votre club, que nous avions observé avec FootCitoyen, c’est que les éducateurs sont ici des jeunes du club et du quartier également. Didier : Il y a quand même une ouverture vers des gens venus d’ailleurs ? Eric : Bien sur, on est ouvert à toutes les personnes. Mais on a aussi une relation privilégiée avec les jeunes puisqu’on peut les croiser dans le quartier… Fréderic Hamelin : Qu’est ce que ca leurs apporte aux jeunes d’encadrer des petits ? Eric : Du civisme. C’est un plus et ça les investit. Par exemple, si on fait un match de Poussins et qu’il manque un arbitre de touche, on trouvera facilement un « 13 » ou « 15 ans » pour tenir le drapeau. Il y a une réelle solidarité. Zap, zap, zap...

Didier : En compagnie de Jean-Noël Gaillard, président de L’US Écouen-Ezanville, du District du Val-d’Oise, qui joue en Promotion d’Honneur, mais qui a surtout un match de Coupe de France, un 7e tour contre Le Marcq AS, une équipe de CFA2. Bonjour président. Vous attendez combien de spectateurs ? Jean-Noël Gaillard : On a la chance de bénéficier du terrain de Saint-Leu-la-Forêt, qui permet d’avoir environ 1500 places assises et autant debout. Je pense qu’il y aura entre 1500 et 2000 personnes. Didier : Et la Coupe de France, tout le monde en parle, même les gosses ? Jean-Noël : Ce qui est extraordinaire, c’est que ça resserre encore un peu plus les liens au sein du club car tous nos enfants sont derrière l’équipe phare. Tous les gamins vont supporter le club. Didier : Merci infiniment et bonne chance (NDLR : le petit David battra le Goliath 1-0). On va terminer cette émission avec une dernière question à nos amis du PUC. Quelles sont les plus grosses difficultés ? Jean-Marc : Les plus grosses difficultés, c’est qu’on manque de bras. Le problème n’est pas spécifique au PUC, on voit les mêmes choses sur tous les autres terrains. On manque de bénévoles. Le monde amateur est une image du monde civil, on a de plus en plus de mal à mobiliser les parents.

QU’ILS SOIENT BLANCS, JAUNES OU NOIRS, ILS NE PORTENT QU’UNE SEULE COULEUR, CELLE DU CLUB : LE VIOLET.
(Jean Marc Lafont)

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Le tournoi de Foca
Textes Jérôme Perrin / photos Bàlint Pörneczi et Benjamin Krnic

« JE SUIS ALLÉ À SARAJEVO ! »

Il est des reportages pour Foot Citoyen qui ont une saveur particulière. Lorsque la Commission Européenne nous a invités à un tournoi international de street-football (du foot de rue, à 5 contre 5) en… Bosnie, on se doutait que quelque chose d’un peu particulier nous attendait. Car, même si Sarajevo n’est qu’à une heure trente d’avion de Paris, l’image de ce pays est encore empreinte de la souffrance provoquée par une guerre qui a duré plus de 3 ans. Á Foca, une ville proche de Sarajevo, le ballon rond a pu véhiculer, durant trois jours, son message de paix auprès de jeunes venus de toute l’Europe.
ai 1992, les bombes tombent sur Sarajevo faisant des centaines de milliers de victimes, Mai 2008, des jeunes venus de toute l’Europe s’éclatent balle au pied à Foca. « Dobrodosli u Focu 08 ! » (« Bienvenue à Foca 2008 »). Les temps ont changé, même si les stigmates d’un conflit qui a duré plus de 3 ans (d’avril 1992 à décembre 1995) se lisent encore sur les murs de la ville. Aujourd’hui la Bosnie revit. La nouvelle génération, qui

M
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ON SE SOUVIENDRA DE CE PAYSAGE COMME D’UNE PEINTURE GÉANTE.
(Balint)

n’a que très peu connu la guerre, découvre une vie « normale ». La lueur de l’espoir semble avoir remplacé celle qui se reflétait jadis dans la lunette des snipers. On peux même rejouer au foot en toute tranquillité… Et comme un jeune Bosniaque de 15 ans vit son amour du ballon de la même manière qu’un jeune Allemand ou un jeune ~cossais, on se dit que, finalement, on pourrait jouer ensemble. Et comme montrer, c’est aussi partager et faire découvrir, voyons un peu, ballon au pied, ce qu’est devenue la

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Le tournoi de Foca

Ça, c’est Foca 72 kilomètres séparent donc Foca de Sarajevo. Les deux villes sont nichées au pied des montagnes et leurs histoires se ressemblent. Les horreurs de la guerre ont marqué les souvenirs, mais les gens veulent tourner la page. Le football n’est peut être qu’illusoire aux yeux de certains observateurs extérieurs mais, lorsqu’en mai 2008, en partenariat avec la Commission européenne, la ville organise « Le festival européen du football de rue », une douce sensation de renouveau coule le long de la Tara, la rivière locale. 24 délégations représentées par des associations de 16 pays différents, garçons et filles mélangés, âgés entre 14 et 18 ans, sont là pour le prouver. Parmi toutes ces équipes, l’une d’elle est lyonnaise : « Sport dans la ville », une association axée sur l’éducation par le sport auprès des jeunes en difficultés. La délégation française vient de terminer son match contre les Portugais de « Cais » (association contre l’exclusion social). Les regards de Mour et Mounir absorbent tout ce qui les entoure. Il y a les jeunes filles locales peu habituées à voir « ces grands blacks » et impatientes de mieux les connaître. Puis, ils s’arrêtent un moment devant le curieux style « kick and rush » des Irlandais, celui aux passes courtes des Espagnols ou encore la technique plutôt « brut de décoffrage » des Anglais au physique bien supérieur à celui des Turcs. Entre deux matchs, ils se marrent en voyant deux policiers bosniaques « tripoter » la balle : « Dobrodosli u Focu 08 ! »

Mour témoigne : « Au début, je n’étais pas trop rassuré par rapport à l’image d’un pays qui a connu la guerre... Mais c’était aussi l’occasion de jouer au foot et de faire connaissance avec des Anglais, des Turcs… ». Et Mounir de compléter : « On fait un tournoi vraiment magnifique et ce que j’en retiens pour l’instant c’est la notion de partage et de plaisir de jouer au foot. Ça me touche vraiment… ça me donne des frissons » Ah oui, on a oublié de

ON FAIT UN TOURNOI VRAIMENT MAGNIFIQUE… ÇA ME DONNE DES FRISSONS
(Mounir)
vous dire que ce tournoi n’a pas d’arbitre. Les joueurs s’autogèrent et lèvent la main lorsqu’ils pensent avoir été victimes d’une faute. Encore un moyen de communiquer et d’échanger grâce au football, mais surtout de faire tomber des préjugés. Balint, un jeune Hongrois de 15 ans, explique : « Ça nous oblige à échanger entre nous, à savoir résoudre un problème. Ça nous rend solidaires et ça nous plaît vraiment. Les filles et le foot, c’est universel... » Dans les rues de Sarajevo l’influence ottomane est encore très visible. Pour lui aussi, ce tournoi est une découverte... humaine, mais aussi culturelle : « En rentrant chez moi, je vais dire à mes copains qu’ici, il y a beaucoup de montagnes, que c’est très beau. Moi, je ne connais que les immeubles de mon quartier et je ne crois pas qu’en Hongrie on ait des montagnes aussi grandes… On se souviendra de ce paysage comme d’une peinture géante. » Trois jours et adieu les préjugés L’image que s’étaient faite ces jeunes de la Bosnie change petit à petit. Dans leur imaginaire, les balles ne sont plus les mêmes et seule les filets tremblent après avoir été traversés. Même les plus grands effacent le souvenir d’un pays meurtri. C’est le cas de Bachir Bejoui, l’un des responsables des jeunes Français : « La première chose qui m’est venue en tête sur la Bosnie, c’est la guerre. Un pays traumatisé. Je ne pensais pas voir autant de jeunesse car j’imaginais des personnes âgées, des agriculteurs. On croyait surtout trouver des ruines et des champs de mine. Ce n’est pas le cas et on s’aperçoit que les gens ont vite repris le dessus. On ne pourra jamais se rendre compte de ce qu’ils ont vécu, et on se doit de rester humbles et souriants, parce que les plus traumatisés, ce sont eux. » Il aura donc suffi de trois jours de football, trois jours au milieu d’inconnus venus des quatre coins de l’Europe, dans un pays dont le nom

ON SE DOIT DE RESTER HUMBLES ET SOURIANTS, PARCE QUE LES PLUS TRAUMATISÉS, CE SONT EUX
(Bachir Bejoui)
n’évoquait, il y a encore quelques années, que le désespoir et la souffrance. Un pays que Mour et Mounir ne pouvaient situer sur une carte, et pourtant que tous connaissaient. En rentrant chez eux, dans la banlieue lyonnaise, ils garderont peut-être en tête les images d’un dribble décisif sur un allemand, d’un coup franc magique dans la lucarne du gardien tchèque, mais surtout, comme le confie Georgy Sole, l’autre accompagnateur : « Ils pourront dire dans leur quartier : “ Je suis allé à Sarajevo ! ” »

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Le tournoi de Foca

BACHIR BEJOUI (ÉDUCATEUR DE « SPORT DANS LA VILLE »)
« POUR CERTAINS JEUNES, C’ÉTAIT DÉJÀ UNE PREMIÈRE DE SORTIR DE FRANCE… »
Bachir Bejoui et Georgy Sole accompagnaient les jeunes Lyonnais de « Sport dans la Ville » pendant leur séjour à Foca. Ils témoignent de l’idée que leurs joueurs se faisaient du pays et comment ils ont, eux aussi, découvert un pays qui, une dizaine d’années après la fin d’une guerre, respire l’envie et apprécie d’être comme les autres...
aidera peut-être à rentrer dans le cadre de l’association « Sport dans la Ville » pour pouvoir, plus tard, être eux aussi amenés à participer à des événements tels que celui-là. Les témoignages sont, finalement, ce qu’il y a de plus efficace… Georgy : Exactement, et puis avec tous les jeunes issus de différents quartiers, chacun pourra transmettre dans le sien ce qu’il a vécu. Bachir Bejoui : Ça reste un séjour assez mémorable pour eux. Pour certains, c’était déjà une première de sortir de France, de leur ville et, aussi, l’occasion de rencontrer différentes cultures. C’est toujours enrichissant.

CARSTEN RAMELOW (ex-joueur international allemand)

« L’IMAGE D’UN MOMENT DE PLAISIR»
Ex-pilier de la sélection allemande (46 sélections) et du Bayer Leverkusen, Carsten Ramelow était présent au tournoi
omment les jeunes ont accueilli la nouvelle d’aller jouer en Bosnie ? Georgy Sole : Bizarrement, car dans leur tête, la Bosnie était encore associée à la guerre. Ils avaient une certaine appréhension du pays, alors ils se sont un peu documentés sur internet, mais ils ont surtout vu des images très dures et ils n’imaginaient pas la culture qui existait derrière tout ça. On a même du rassurer certains parents. Aujourd’hui, on peut voir qu’ils ne regrettent pas du tout leur choix.

C

Comment allez-vous aborder le sujet en rentrant ? Georgy : Il est prévu que les jeunes nous fassent parvenir leurs impressions sur le séjour. Nous les ferons ensuite publier sur une sorte de gazette qu’on distribuera sur les terrains, afin que ceux qui n’ont pas pu venir se rendent compte du déroulement du séjour. Le fait que cela vienne de jeunes de leur âge aura plus d’impact je pense. Cela les

Pourquoi êtes-vous là aujourd’hui ? Ils ne se connaissaient pas avant de partir ? Georgy : Certains s’étaient déjà rencontrés dans des matchs ou des tournois, mais ils n’étaient pas vraiment potes au départ. Ce séjour leur a permis de se découvrir. Ils sont là pour s’amuser, pas pour gagner. Ça laisse plus de place pour apprendre à se connaître et échanger... Pour moi, il est très important de voir à travers le football comment vivent ensemble tous ces jeunes de différentes nationalités... Et c’est génial ! Alors, si je peux aider ce genre d’initiative par ma présence, je le fais volontiers et de mon mieux. Que garderez-vous de ce tournoi ? Le fais d’être tous là réunis et de jouer ensemble en prenant du plaisir... Et si les jeunes sont heureux, je le suis aussi. Quelle image d’un ex-joueur pro voulez-vous transmettre aux jeunes ? C’est sûr que l’image d’un pro est très importante vis-à-vis d’un jeune. Apres tant d’années à Leverkusen, j’ai vu de nombreux joueurs de nationalités différentes, de continents divers, mais, au bout du compte, il y avait l’image d’une seule et même équipe, unie dans la victoire et la défaite. Et c’était cela le plus important.

Quels souvenirs garderont-ils de ce tournoi ? Bachir Bejoui : De la Bosnie, que du positif. Il suffit de les avoir vus s’amuser durant tout le tournoi pour en être persuadé. Même le soir, il a fallu les canaliser. Je pense qu’ils se sont surtout aperçus que les gens étaient super solidaires dans ce pays, contrairement à eux dans leurs quartiers où il y a souvent des bandes, des communautés et des barrières. Là, tout le monde est mélangé, les enfants viennent discuter avec eux, et ça les marque. J’espère qu’ils retiendront aussi les concepts de fraternité et de solidarité, et que cela leur servira pour plus tard.

AVEC TOUS LES JEUNES ISSUS DE DIFFÉRENTS QUARTIERS, CHACUN POURRA TRANSMETTRE DANS LE SIEN CE QU’IL A VÉCU.
(Georgy)

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Les papiers du coach
À Reims, Pascal Stefani (Textes) et Frédéric Gameiro (Photos)

L’ÉDUCATEUR «ANIMATEUR»
Un entraînement de qualité dépend du contenu que l’éducateur veut bien proposer, mais surtout de sa capacité à l’animer. Aussi exigeant que positif, Frédéric Izeda, coach des «16 ans nationaux» de l’EF Reims-Sainte-Anne-Châtillon (District de la Marne), s’emploie à mettre de la vie dans ses exercices. Chaque mois, au cours d’une séance, il nous explique sa méthode.
Au début de l’entraînement, coach Fred explique à ses joueurs à quelle sauce ils vont être entraînés.

ances de... Les sé

ach Fred Co
« Un échauffement, ça peut être rébarbatif. Je leur propose donc quelque chose de ludique, où ils travaillent ensemble, se tapent dans les mains... C’est l’échauffement qu’ils font avant chaque match. Ils sont maintenant autonomes parce qu’on l’a travaillé lors de l’avant saison. Je les observe mais, quand ils sont ensemble, il est très rare d’en voir un à la traîne. »

ETAT DES LIEUX
Une fois tous les joueurs réunis sur le terrain, Fred fait un topo rapide sur le contenu de l’entraînement... « Je compte les absents, et parfois je reviens sur le match précédent ou sur un fait qui aurait pu se passer. C’est le moment le plus adéquat pour un retour à froid. Après, je leur dis ce que l’on va faire pour l’entraînement. C’est juste une ébauche, je leur indique le menu sans entrer dans le détail, sinon on perdrait trop de temps. Ça leur donne une idée de l’axe de travail. »

PLACE AU BALLON
Les joueurs enchaînent deux exercices où ils répètent les passes, comme des gammes. Deux par deux, d’abord, puis par groupe de quatre. Fred parle, bouge beaucoup et va de l’un à l’autre. Il encourage, corrige... Ses consignes sont brèves, directes et simples. Sa présence et sa voix forte dynamisent l’exercice. « Ça fait aussi partie de la mise en train, qui dure de dix à vingt minutes. J’y intègre des notions techniques et on révise les gammes à chaque fois. Je leur demande d’être toujours en mouvement,

quitte à sautiller sur place. De mon côté, je bouge beaucoup parce que je veux avoir le meilleur d’eux-mêmes. Si tu restes à côté d’un seul groupe, celui-là seulement va travailler. Dans ton dos, les autres peuvent faire le mauvais geste ou le réaliser en dilettante, sans être en position dynamique. Je parle fort et je dis « tu », plutôt que leur prénom, pour qu’un maximum d’entre eux se sente concerné par mes conseils. S’ils ne font pas les efforts sur des exercices faciles, ils seront incapables de faire des choses simples en match. Je me répète souvent, parce que même s’ils n’écoutent pas la première information, je sais qu’à un moment ils vont l’intégrer. »

ECHAUFFEMENT
Les joueurs partent s’échauffer seuls. Placés en deux files indiennes, ils suivent une chorégraphie sympa et bien rodée. Fred n’a pas à intervenir.

JE BOUGE BEAUCOUP PARCE QUE JE VEUX AVOIR LE MEILLEUR D’EUX-MÊMES.

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Les papiers du coach
District de la Marne Un échauffement bien « chorégraphié », c’est tout de suite plus sympa.

L’ÉDUCATEUR DOIT IMPÉRATIVEMENT ANIMER, ÊTRE VIVANT, ÊTRE UN MENEUR... J’ESSAIE DE DYNAMISER LES EXERCICES, Y COMPRIS LES PLUS SIMPLES, AFIN QUE CHACUN FASSE LES EFFORTS POUR PROGRESSER.
Fred met ensuite ses joueurs en situation d’attaque. A travers plusieurs exercices, il leur fait travailler les longues diagonales, les remises à une touche de balle, les centres et les frappes. Les jeux portent sur la gestuelle et les déplacements, et se succèdent sur un rythme particulièrement soutenu. Le rôle de Fred est essentiel dans ces exercices. « Si j’insiste sur un joueur, ça peut devenir barbant pour lui. Mais l’objectif, en fin d’année, est d’avoir progressé. Pour cela, il faut être généreux dans l’effort, et il y a une seule façon de régler ça : marteler le message. Ce n’est pas facile pour eux de m’avoir sur le dos, mais jamais je ne leur manque de respect. Ce n’est pas l’objectif, même s’il peut m’arriver de contrarier un joueur, sans le vouloir, par un mot qui va le toucher. Dans ces cas-là, je positive dès que j’ai un moment avec eux. Si un joueur en prend pour son grade, la séance d’après, je vais l’encourager d’autant plus. Je suis astreignant, sérieux, mais je dédramatise tout le temps. »

comprenne que c’est sérieux, mais la sanction est donnée entre deux consignes, afin de ne pas gêner l’animation de l’exercice. « C’est le respect. Même si, dans le fond, il a raison d’être énervé, même si c’est sorti machinalement, il n’a pas à le dire. Il ne faut pas en faire un drame non plus. À la prochaine séance, il tournera sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. Les petits heurts entre joueurs font parfois du bien, ça permet d’avancer. »

AU MILIEU
Positionné au milieu de l’action, Fred intervient souvent, félicite, corrige chaque erreur et fait la démonstration lui-même si nécessaire. Le jeu s’arrête, mais ses explications rapides et claires évitent de casser le rythme de l’exercice. « Je suis constamment au milieu d’eux et je mets de la voix. Ils sont jeunes et leur esprit peut partir ailleurs. Je parle fort, fermement, de sorte que, même s’ils n’entendent pas tout, ils vont comprendre que je suis exigeant envers eux. On est obligé de mettre de l’intensité. Le courage et la discipline permettent de compenser les différences de niveau quand on rencontre les équipes de clubs pros. »

POUSSER, MOTIVER…
Une fois seulement, Frédéric Izeda hausse le ton sur l’un de ses joueurs, après un centre raté... « C’est sur Loïc, un attaquant qui a d’énormes qualités mais qui n’a toujours pas marqué en championnat. À l’entraînement, il veut toujours faire des trucs extraordinaires, comme sur l’action où je lui crie dessus. Je lui ai dit que ce qu’il ratait ici par manque de concentration se répercutait en match. C’est parfois un peu dur, mais c’est mon rôle de les pousser jusqu’à ce qu’ils comprennent. Je connais mes joueurs, et je sais que si je hausse le ton, ça va en motiver certains, quand d’autres vont avoir la tête dans le sac. Je fais attention à ça. »

JE SUIS EXIGEANT, SÉRIEUX, MAIS JE DÉDRAMATISE TOUT LE TEMPS.
DU PHYSIQUE LUDIQUE
L’entraînement se termine sur un exercice douloureux, pour la tête et les jambes : le travail physique. Fred fait travailler ses joueurs en binôme. L’objectif est de rattraper à la course son coéquipier. Et le physique devient ludique… Fred continue à donner de la voix. «Ça, ils n’aiment pas trop, mais ils trichent rarement. À la fin, ils devaient avoir un voile noir devant les yeux et pourtant ils repartaient à fond. Il faut les encourager, et pour qu’ils se surpassent je leur mets un coéquipier devant eux. C’est important de rendre ludique ce genre d’exercice, un peu «usant», mais on retrouve ici une situation de match, comme quand ils doivent s’accrocher pour rattraper un adversaire.»

MARTELER, DÉDRAMATISER…
Gursel, nouvel arrivé au club, force sur ses adducteurs pour effectuer ses diagonales. Fred demande de la souplesse dans le geste et ne le lâche pas : « Tu as tout ton temps »... Il le fait recommencer, encore et encore, sans s’impatienter. À la fin de la séance, Gursel finit par réussir la diagonale parfaite. Son coach lui dit bravo...

SANCTIONNER…
Pendant un exercice, un jeune s’embrouille légèrement avec un partenaire. Une insulte fuse. Fred l’entend. Sans interrompre le jeu, il lui demande de faire 50 pompes. Le ton est assez ferme pour qu’il

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foot 2 rue
La série est diffusée tous les mercredis sur à partir de 7 h 00.

TAG : Le capitaine de l’équipe et le héros de la série. Orphelin, il est interne à l’Institut Riffler.

GABRIEL : « L’intello » du groupe. Il est interne car ses parents travaillent à l’étranger.

JÉRÉMIE DIT « JEM » : un peu frimeur, drôle, comique, blagueur et taquin, il est aussi fragile et généreux. C’est un dur au cœur tendre.

SAMIRA DIT « SAM » : travailleuse, brillante, déterminée, pétillante, athlétique... Elle exploite avec talent l’architecture urbaine quand elle joue au foot.

REQUIN : Il est le chef de l’équipe des Requins. Excellent arbitre. Il est toujours prêt à rendre service aux Bleus et sait parfois les raisonner.

ÉLOÏSE : Ses parents possèdent l’Institut Riffler. Fort caractère et secrètement amoureuse de Tag, elle garde le but des Bleus.

Producteur : TÉLÉ IMAGES KIDS (Philippe Alessandri et Giorgio Welter) Réalisateurs : Stéphane Roux/Bruno Bligoux Scénaristes : Marco Beretta/Serge Rosenzweig/Françoise Charpiat Dessinateur : Stéphane Roux

« MACHO » MATCH !
Alors qu’a lieu un tournoi de Foot2rue dans la cité, Sam et sa copine, Manuela, se réjouissent à l’avance de pouvoir y participer. Mais au moment de s’inscrire, elles apprennent avec stupeur que les filles ne sont pas admises. Une vraie injustice pour nos héroïnes qui vont devoir faire preuve de malice et d’ingéniosité pour prouver que les filles valent bien les garçons quand il s’agit de ballon.

Pour gagner un peu d’argent de poche, Sam fait du baby-sitting en s’occupant du petit Momo.

La maman de Momo : « Au fait Samira, j’aurais encore besoin de toi demain... »

En allant à l’entraînement, Sam rencontre en bas de son immeuble sa copine Manuela.

Celle-ci lui montre alors une affiche: « T’as vu, demain, il y a un tournoi de 3 contre 3 ! Ça te dit ? »

Ensemble : « On ne peut pas louper ça ! »

Nos deux amies, enthousiastes, vont donc s’inscrire au tournoi…

Mais la réponse de l’organisateur n’est pas des plus sympas : « Des nanas au tournoi ?... Vous rigolez, c’est hors de question ! »

« Ici, le foot, c’est un truc de mecs ! Les nanas, vous ne faites pas le poids ! »

Miguel : « Je te connais, t’es ma voisine, mais il va falloir que t’ailles jouer à la baballe ailleurs... »

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foot 2 rue

Samira a du mal à accepter les réflexions des garçons… Et ça se lit encore sur son visage quand elle arrive à l’entraînement...

Tag, énervé : « T’as une demiheure de retard… Bravo Samira!»

Et comme Jeremy y va de sa petite réflexion : « Ah les nanas, jamais à l’heure ! »…

… Samira, excédée, répond sèchement : « Toi, tes réflexions, tu te les gardes ! »

Après l’entraînement, Sam retrouve Manuela en bas de son immeuble…

… et lui propose de venir jouer au foot avec elle.

Manuela : « À quoi ça servirait ! De toute façon, on est des filles et on n’a pas le droit de jouer au foot ici. »

Sam:«Tu ne vas pas te laisser abattre par ces gros nuls!»

Manuela : « Toi, au moins, tu peux t’entraîner avec les Bleus… Allez, ciao Sam!»

Eloïse retrouve Samira qui s’exerce seule contre un mur : « Qu’est-ce qui ne va pas Sam?»

Sam : « Ce sont les garçons de la cité… Ils ne veulent pas qu’on fasse leur tournoi… »

Samira se confie à sa partenaire... Eloïse:«Quoi! Et vous allez accepter ça sans réagir ! Sam, tu te rappelles comment tu avais fait pour rentrer dans l’équipe?»

Tag étonné:«Qu’est-ce qu’elles ont, aujourd’hui, les filles?»

... et les surprend en train de fouiller dans les affaires des garçons!

Plus tard, Eloïse et Sam retrouvent les garçons à l’Institut. Eloïse : « Désolé les garçons mais, Sam et moi, demain, nous faisons du shopping... »

Gabriel, intrigué, décide alors de les suivre...

Eloïse : « Bon, on va t’expliquer parce que toi, tu comprendras… »

Une à une, les filles s’habillent alors en… garçon pour tromper les organisateurs du tournoi...

Pendant ce temps, Gab discute avec Tag, un peu contrarié par l’attitude étrange des filles.

Tag : « Bizarre cette histoire de shopping… Je me demande s’il n’y a pas un mec là-dessous.»

Malgré le réconfort de son ami, Tag, un peu jaloux, ne semble pas très rassuré...

Les filles, elles, suivent leur plan et s’inscrivent au tournoi sous le nom des « Rebelles ».

Mais Miguel trouve cette équipe un peu louche.

Le lendemain, alors que Samira prend son petit déjeuner, on sonne à la porte…

C’est le petit Momo que sa mère vient de déposer en coup de vent !

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foot 2 rue

Samira est en panique:«Momo! Avec ce tournoi, je t’avais complètement oublié! »

La seule solution qui s’offre à elle, pour pouvoir participer au tournoi : demander à Gabriel de garder le bébé...

Gabriel : « Bon, d’accord, mais ça va être difficile de le cacher. Il va falloir la jouer fine. »

Evidemment, l’idée ne plaît pas trop aux autres... Mais ils n’ont pas le choix!

Tag : « Il y a vraiment un truc qui cloche dans cette histoire de shopping ! »

En tout cas, les garçons ont reçu une mission qui ne s’annonce pas de tout repos.

Pendant ce temps, le tournoi a déjà commencé…

Et les « Rebelles » donnent le tournis à leurs adversaires.

En revanche, ça se passe moins bien pour Gabriel et Jérémy dans leur rôle de baby-sitter.

Mademoiselle Adelaïde pense même avoir des hallucinations auditives, mais au bout d’un moment…

Mademoiselle Adelaïde : « Non, je ne rêve pas... Que se passe-t-il ici ?...

… Qu’est ce que vous mijotez encore ? J’ai l’impression d’avoir entendu des cris de bébé ! »

Heureusement, Tag a eu le temps de cacher Momo dans le débarras…

Sauf qu’entre temps, il a disparu !

Pour les filles, les choses se compliquent face aux « Lions » de la cité de Miguel.

Mais, finalement, elles finissent par l’emporter grâce à leur courage…

Mais quand un ballon, jeté par Miguel, vient heurter la casquette de Manuela….

… et se qualifier pour la finale du tournoi.

… elle doit se dépêcher de dissimuler ses cheveux longs.

Quant aux garçons, ils continuent de chercher le petit Momo dans toute l’Institut...

… qui a, hélas, trouvé refuge dans le bureau de la directrice.

À la cité, les soucis commencent quand Miguel qui a suivi Manuela découvre la supercherie.

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foot 2 rue

Miguel : « On t’avait dit que le foot ça n’était pas pour les filles… Il a quand même fallu que tu te la joues ! »

Enervé, il décide d’enfermer de force la jeune fille dans le placard à balais.

Miguel : « À cause de toi, je ne suis pas en finale... Comme ça les « Rebelles » vont devoir déclarer forfait ! »

Du côté des garçons, Tag a récupéré Momo grâce à Gabriel, qui a réussi à faire sortir Mademoiselle Adelaïde de son bureau.

Maintenant que les choses sont rentrées dans l’ordre, Gab décide d’expliquer à Tag pourquoi les filles étaient si mystérieuses.

Elles décident alors de piéger Miguel….

Les filles s’aperçoivent vite que Manuela a un problème et elles s’empressent de venir la secourir.

… qui se fait prendre à son propre jeu!

Une fois débarrassé de lui, les « Rebelles » peuvent disputer la finale du tournoi de la cité contre les « Snakes ».

Après un début de match difficile, les filles reprennent l’avantage grâce à leur jeu rapide et technique.

Mais, au même moment, Miguel s’échappe et court jusqu’au terrain raconter tout ce qu’il sait.

Trop tard ! Samira, d’une superbe reprise de volée, donne la victoire à son équipe.

Au coup de sifflet final, les «Rebelles » retirent leur casquette et dévoilent leur secret…

… Les supporters et les joueurs en restent bouche bée...

Puis c’est une véritable acclamation qui accueille leur victoire… Pas de doute, le foot2rue est aussi fait pour les filles.

Et l’organisateur du tournoi déclare alors le tournoi de la cité ouvert aux filles!

Même Miguel se rend compte de son erreur:«Je m’excuse Manuela, j’étais jaloux de toi, de voir que tu jouais mieux que moi... »

Même le petit Momo est heureux devant les jongleries de Gabriel et Jeremy. L’esprit du foot2rue a encore gagné.

Marinette PICHON (ex-internationale Féminines, 112 séléctions, 82 buts) «LA MIXITÉ PERMET UNE OUVERTURE D’ESPRIT...»
L’AVIS DE L’EXPERT
Que pensez-vous de la mixité fillesgarçons dans le football ? Pour l’avoir connue quand j’étais plus jeune, je peux dire que c’est une grande chance pour les féminines. Grâce à ce contact, on peut s’améliorer techniquement et physiquement. On s’aguerrit également en termes de vitesse et de perception du jeu. Cela oblige les Féminines à se hisser au niveau des garçons, et cela se ressent après dans les qualités footballistiques. Que peuvent-elles apporter aux garçons ? C’est aussi une bonne chose pour eux car cela leur permet d’avoir une ouverture d’esprit plus large et une plus grande compréhension. Les filles apportent de la discipline, de l’implication dans les exercices et dans les gestes, car pour compenser leurs lacunes techniques et physiques, elles vont rechercher le geste parfait, plus jouer sur l'anticipation.... Et ces attitudes inspirent alors les garçons. Avez-vous été parfois rejetée par les garçons au foot ? Non, en tout cas je n’ai jamais été totalement exclue. Dés l’âge de 5 ans j’ai joué avec des garçons jusqu'à la fin des dérogations. Par contre, c’est vrai qu’il y avait quelques railleries auxquelles je répondais rapidement dans le jeu par des dribbles ou des buts. Ça mettait un terme à tout ça. Je me souviens lors d’un tournoi en Minimes, les adversaires se moquaient, genre : « Ils jouent avec une fille, ça va être facile de gagner ! » Et puis on a gagné 1-0, et c’est moi qui ai mis le but… Et on est allé en finale. Sentiez-vous un besoin de faire plus que les garçons pour vous faire respecter ou accepter complètement ? J’ai toujours eu cette envie de bien faire et de me faire plaisir avant tout… ça coulait de source. J’avais plus l’impression d’être la coqueluche que le vilain petit canard.

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PLATEAU TECHNIQUE LES ANGLES HEBDOPRINT - FOOT CITOYEN - 33 - MAGENTA CYAN JAUNE NOIR

Les jeunes féminines du PUC
Textes : Juliette Lamy / Photos : Frédéric Gameiro

OH LES FILLES, OH LES FILLES...
« … Elles nous rendent marteau ! » C’est du moins ce que chantait, il y a près de vingt ans le groupe « Au Bonheur des dames ». Sur les terrains de foot, cela est encore très vrai, surtout quand elles se mettent à dribbler les garçons. Des dribbles qu’elles doivent multiplier au quotidien pour se faire une place dans un monde du football encore très masculin. Pour vous donner une idée, nous avons accompagné, dans le cadre de notre projet de partenariat avec le PUC, les jeunes féminines du club et leur éducatrice, Marie-France Ropartz, lors d’un tournoi de… garçons !
Le jeu (collectif et) au pied, c’est ce qui motive et motivera Pénélope à pratiquer le football.

’est le premier jour de l’été et un beau soleil s’est posé sur Sèvres (92). Pour les organisateurs du tournoi Poussins, c’est un plaisir de plus… Pour Marie-France Ropartz aussi, l’éducatrice des jeunes Féminines du PUC, qui a emmené dans ses «bagages» Marie, Pénélope, Melissa, Inès, Lou et Audrey, six des Benjamines et Poussines du club universitaire parisien.

c

MIXITÉ FORCÉE...
Des filles qui n’ont pas voulu laisser passer la chance de participer à un tournoi. Trop rares sont, en effet, les tournois pour les féminines de ces catégories... C’est pourquoi Marie-France s’est

battue pour être à Sèvres ce jour-là. Elle a dû négocier avec le club organisateur pour obtenir la possibilité de faire jouer ses Benjamines dans la catégorie inférieure contre des… garçons. Sa motivation doit rejaillir sur ses « protégées » et leur permettre de progresser grâce à des expériences comme celle-ci, même si c’est dans un tournoi de… garçons. Malheureusement, toutes les filles n’ont peut-être pas la même envie, et elle a dû renforcer son équipe de trois garçons, Grégory, Dorian et Yannick, des Poussins du PUC évoluant en Foot loisirs pour deux d’entre eux (photo ci-contre). Pour eux aussi, l’occasion est belle de participer à un tournoi, même si c’est dans une équipe de… filles! D’autres se sont montrés moins intéressés…

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PLATEAU TECHNIQUE LES ANGLES HEBDOPRINT - FOOT CITOYEN - 34 - MAGENTA CYAN JAUNE NOIR

Les jeunes féminines du PUC
Paris Université Club et les filles à ces âges-là n’est déjà pas négligeable et elles ont, de plus, très rarement l’occasion de se mesurer à eux... Et, sur la durée d’un match, cela se ressent… À l’arrivée, l’équipe mixte du PUC n’a gagné aucun match… Pourtant, les filles ne sont pas vraiment déçues, ayant fait preuve jusqu’au bout d’un bel état d’esprit... Au-delà du résultat brut, elles ont déjà, elles, gagné leur tournoi, autour du plaisir et de la seule participation. Elles peuvent être fières même car les occasions de gagner ont été réelles et les matchs disputés. C’est pour les garçons de l’équipe que la frustration de ne pas avoir gagné est la plus forte. Et même s’ils reconnaissent que les filles ont bien joué au football, ils ont perdu à cause d’elles. Mauvais jugement…

MOTIVATION ET PASSION
Le football féminin a encore du chemin à parcourir pour se faire sa place dans ce monde encore très masculin. D’ailleurs, pour les filles de l’équipe, jouer au foot dans la cour de récré de l’école est quasi impossible… Même si elles sont licenciées dans un club, cela reste encore strictement réservé aux garçons. Et certains de leurs petits camarades pensent encore que le football est interdit aux filles ! Les clichés ont la vie

Marie-France ROPARTZ
(éducatrice des jeunes Féminines du PUC)

SANS COMPLEXES
Cinq matchs de dix minutes sont au programme de l’après-midi, quatre matchs de poule et un de classement. Avant d’entrer sur le terrain, Marie-France regroupe son équipe pour une dernière explication... Aujourd’hui, elle ne les fera pas tourner aux différents postes comme à l’entraînement car elle veut éviter de mettre certaines filles en difficulté. Seul le poste de gardien(ne) sera tournant… Après les consignes sur le mode de fonctionnement, elle passe à un petit rappel tactique… À l’aide d’un tableau magnétique, représentant un terrain de foot miniature, et de magnets de deux couleurs différentes, une pour chaque équipe, elle explique concrètement les tactiques de jeu, elle donne du sens au choix et postes des joueurs, puis elle insiste sur l’intérêt de participer et de jouer plutôt que gagner ! Les filles sont attentives, sereines, contentes d’être là et, manifestement, sans aucun complexe de jouer contre des garçons… Le message semble passer.

« LES FILLES SONT RAREMENT LES BIENVENUES, SAUF SI ELLES SONT TRÈS BONNES. »
Pourquoi votre équipe féminine regroupe-t-elle les « 13 ans », les Benjamines et les Poussines ? J’entraîne des équipes Féminines «13 ans» depuis 6 ans, dont trois au PUC, quand le club a souhaité créer une équipe Féminines «13 ans». Dans les catégories inférieures, les filles sont souvent seules au milieu de beaucoup de garçons et j’ai constaté que beaucoup d’entre elles arrêtaient ce sport après un an d’expérience, voire en cours d’année. Et cela n’avait rien à voir avec leur niveau. Comme elles ne sont pas trop nombreuses dans la catégorie « 13 ans », j’ai proposé de créer une équipe regroupant les trois catégories pour que les plus jeunes aient une équipe dans laquelle elles puissent, elles aussi, jouer et progresser. Quels en sont les intérêts et les inconvénients ? Les intérêts principaux pour les filles sont de pouvoir jouer et apprendre le jeu. A l’entraînement, je fais deux groupes pour les exercices techniques : les petites et les grandes car elles n’ont pas le même niveau. Lors de matchs, elles jouent ensemble et les plus jeunes peuvent ainsi vraiment s’améliorer. La différence de niveau est le seul inconvénient à cette équipe. Je dois donc leur faire accepter d’avoir de moins bons résultats pour permettre au plus grand nombre de progresser. Constatez-vous une différence dans le jeu entre filles et garçons ? Les filles sont plus collectives, elles semblent intégrer cette notion naturellement. Elles se font des passes, respectant davantage chacune leur zone de jeu, contrairement aux garçons qui, au même âge, pratiquent ce qu’on appelle « la grappe de raisin », à savoir qu’ils sont tous collés au ballon. Et dans l’attitude ? Les filles sont moins sûres d’elles. Elles ont tendance à douter de leurs capacités... Je suis très attentive à ce qu’elles découvrent leurs qualités et qu’elles aient confiance en elles. C’est aussi les préparer pour l’avenir. Le football féminin manque encore cruellement de reconnaissance et de considération… C’est un vrai problème. Dans la pensée commune, le football est un sport exclusivement masculin. Les filles sont rarement les bienvenues, sauf si elles sont très bonnes. Elles doivent faire deux fois plus leurs preuves. Le football féminin de haut niveau et la jeune génération d’éducateurs plus ouverts à cette question contribuent à l’évolution des mentalités, mais le chemin est encore très long pour que les filles aient la considération qu’elles méritent.

LE SENS DU COLLECTIF
Au fil des matchs, on entend même des adversaires dire que « c’est la honte de se faire dribbler par des filles… » Et c’est vrai qu’elles jouent bien, ayant déjà intégré le sens du jeu collectif. C’est d’ailleurs pour ça qu’elles ont choisi ce sport, pour le plaisir du jeu collectif et du jeu au pied. Certes, quand elles perdent le ballon, elles pourraient essayer d’aller un peu plus loin pour tenter de le récupérer, mais la différence de force physique entre les garçons

dure… Dans leur club aussi, elles doivent s’accrocher car, avant d’avoir la chance d’être dans l’équipe de Marie-France, elles sont seules ou à deux dans des équipes de garçons et ont rarement le ballon : « Ils ne nous font pas la passe ». C’est dire si elles doivent être passionnées et motivées ! Elles ont du tempérament ces filles, et il leur en faudra encore pour poursuivre la pratique de leur passion et faire reconnaître le football féminin, même si, à leur modeste niveau et à leur âge, elles n’ont pas encore conscience d’œuvrer dans ce sens.

Marie, l’attaquante de l’équipe, fait admirer son toucher de balle.

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Journée de l’arbitrage
Textes : Pascal Stefani / Photos : Frédéric Gameiro

CONTESTATION DE L'ARBITRAGE : LE CANCRE FOOTBALL
Les journées de l’arbitrage réunissent quatre sports collectifs différents dans un même stade. Au Parc de la Courneuve, pour cette septième édition, nous avons joué au jeu des comparaisons : comment l’arbitre est-il respecté dans chaque sport ? Quels moyens sont mis en place pour cela ? Pas de surprise, le foot est loin derrière les autres.

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Journée de l’arbitrage

e côté burlesque de la scène pourrait prêter à sourire, si elle n’était pas si tristement révélatrice des maux du football. Nous sommes au Parc de la Courneuve, pour la septième édition des « Journées de l’arbitrage », et le match vient de se terminer. Un joueur de « 13 ans » toise un arbitre qui en compte 19 et qui lui rend cinquante centimètres. Dans une vraie colère, il lui rappelle qu’il y avait bien penalty, lui conseille de mettre des lunettes et finit par l’applaudir ironiquement, avant de s’en aller, laissant l’arbitre interloqué. La diatribe du petit amuse son coach, qui n’a pas cru bon d’intervenir : « Une erreur d’arbitrage, ça peut arriver. Mais c’est dur à comprendre et à avaler, même pour des gamins de cet âge. » Sur le terrain annexe, c’est le même n’importe quoi. Plusieurs joueurs entourent un arbitre qui vient de siffler penalty à leur encontre. L’un deux a cette réflexion, révélatrice : « T’es trop nul ! Pourtant c’est les journées de l’arbitrage ! » Visiblement, il y a comme un malentendu sur l’objectif de cette journée... Le tournoi de football est destiné à aguerrir les jeunes arbitres en formation. Pourtant, toute l’après-midi, il est souvent l’objet de tensions, de cris et de contestations. Une suggestion pour la prochaine édition : et si l’on profitait de l’événement pour faire arbitrer les joueurs qui attendent leur tour sur le côté ?

L

AUTRES MŒURS
Pour trouver plus de fraîcheur et de plaisir, il suffit de se balader du côté du hand. Ici, les arbitres jouent et les joueurs arbitrent. S’il rencontre aussi des problèmes, le hand n’a pas la même façon de les gérer. Exemple, lors d’un match, quand un joueur mécontent insulte un arbitre : celui-ci l’envoie sur le banc pour deux minutes, son entraîneur le prend à part et lui explique, tranquillement qu’il ne doit pas dire de telles choses. Nizar, 13 ans, joueur et arbitre en formation, explique l’apport de l’exclusion temporaire : « La règle des deux minutes, ça aide à calmer les joueurs. Quand ça m’arrive, j’ai la rage contre moi parce que je sais que j’ai fait une bêtise, et que je laisse mes coéquipiers en infériorité. » Pour François Chouvin, coach à l’US Alfortville, les jeunes ne se préoccupent pas de l’arbitrage : « La Fédération fait un grand boulot auprès des jeunes. C’est très rare que ça conteste ou qu’il y ait un manque de respect envers l’arbitre dans les petites catégories. Ça commence à être plus chaud chez les 18 ans. » On retrouve la même décontraction côté Rugby. Dans ce tournoi amical, les équipes sont mixtes, et là aussi les arbitres sont des joueurs des équipes participantes. Sur le terrain, pas le début de l’once d’un problème à constater. Rien d’étonnant quand on écoute Chantal, coach à Aulnaysous-Bois, énumérer les mesures mises en place : «À l’école de

rugby, c’est l’éducateur qui arbitre. À chaque faute, il arrête le jeu et explique la règle. En Minimes, ce sont les joueurs qui arbitrent à tour de rôle. Cette année, j’ai mis à l’arbitrage ceux qui ont l’habitude de contester. L’année dernière, en Benjamins, ils avaient souvent un truc à dire pour influencer ou commenter les décisions. Depuis, ils parlent beaucoup moins.» Au rugby, un joueur qui conteste est fautif. Au foot, on lui trouve toujours une bonne raison.

STOP À LA CONTESTATION
On peut se méfier du jeu des comparaisons en arguant qu’une erreur d’arbitrage au football a plus de conséquences sportives que dans les autres sports. Pourtant, le Hand, le Rugby et le Basket disposent chacun de règles qui permettent de limiter la contestation (cf. encadrés). Ce que le foot n’a pas, ou peu. Leur atout imparable réside dans le fait qu’un manque de respect envers l’arbitre pénalise sportivement toute l’équipe. Pendant ce temps, les footballeurs continuent d’entourer et d’engueuler les arbitres en toute impunité. Certains acteurs du football pensent que la vidéo permettrait de résoudre tous les problèmes. Tous citent le Rugby en exemple pour prouver son efficacité. Ils oublient seulement que ce sport avait su prendre, avant de l’utiliser, d’autres mesures efficaces. En misant sur l’humain, pas sur des caméras.

COMMENT GÈRE-T-ON LA CONTESTATION AU RUGBY ?
En cas de contestation, selon la fréquence et le ton employé, un arbitre peut soit faire reculer l’équipe de 10 mètres, l’exposant ainsi à une pénalité, soit siffler directement une pénalité, ou bien sortir le carton jaune, qui exclut le joueur pour 10 minutes. Voire le rouge, synonyme d’exclusion définitive. L’exclusion temporaire, instaurée en 1992, est un véritable atout pour les arbitres. D’autres règles récemment mises en place ont fait beaucoup de bien chez les amateurs. L’expulsion d’un coach entraîne ainsi une pénalité aux 22 mètres. Même sanction chez les jeunes, pour toute faute déloyale entraînant un carton rouge.

René HOURQUET

(président de la commission centrale des arbitres)

« Le rugby dispose d’une très forte éducation de terroir. A l’intérieur des clubs, il y a beaucoup de discipline. Il est évident qu’il en faut, car la frontière est mince entre la combativité et la brutalité. Sans éducation et maîtrise de soi, certains iraient au-delà des limites permises pour gagner. Les arbitres ont pour consigne de faire d’abord de la prévention. Mais si la contestation se répète, ils doivent sanctionner. Après avoir pris trois points, six points, pour des écarts de conduite, ils ont plutôt intérêt à se tenir ! Nous avons un certain nombre de règles qui sont bonnes, qui exigent de la discipline. En général, une équipe qui n’est pas disciplinée ne gagne pas. »

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Journée de l’arbitrage

COMMENT GÈRE-T-ON LA CONTESTATION AU HANDBALL ?
L’exclusion temporaire de deux minutes est la mesure la plus dissuasive. Ainsi, à chaque coup de sifflet, tout joueur doit poser la balle à terre sous peine d’être exclu. Cette règle favorise un jeu direct et empêche toute discussion. Au bout de trois fois « deux minutes », c’est l’expulsion définitive. En général, la contestation est sanctionnée à l’appréciation de l’arbitre, selon son intensité. Mais si un joueur se pose devant l’arbitre, il sort automatiquement deux minutes. Pour un geste déplacé ou une injure envers lui, c’est carton rouge. Il peut aussi utiliser les cartons jaunes en guise de prévention. Trois jaunes mènent à l’exclusion temporaire.

François GARCIA

(président de la commission centrale d’arbitrage à la FFHB)

« D’une manière générale, l’arbitre est respecté au handball. Même si, avec l’arrivée du professionnalisme, on a vu arriver des comportements qu’on ne voyait pas avant. Nous avons également des règles qui leur facilitent la tâche. On a une armada de sanctions qui empêchent les joueurs de contester. Et puis, c’est un état d’esprit. Pourtant, au contraire d’un arbitre de foot, celui de hand n’a pas le temps de réfléchir à sa décision. Il doit siffler tout de suite, au risque de se tromper, ce qui a plus de chances d’entraîner des contestations. »

COMMENT GÈRE-T-ON LA CONTESTATION AU BASKET ?
Eddy VIATOR
(arbitre international de handball)

« Au basket, il y a une certaine distance avec les joueurs, très peu de tutoiements ou de contacts physiques. Pour ça, je n’aurais jamais pu être arbitre de foot. Dans notre règlement, il y a obligation que les joueurs s’adressent à l’arbitre de façon courtoise. Bien sûr, ça m’arrive d’être contesté, et je comprends qu’un joueur puisse se sentir lésé. Mais ça ne lui donne pas l’autorisation de dépasser une certaine forme de langage. S’il n’est pas correct, je peux siffler une faute technique. On donne deux lancers francs pour l’équipe adverse, et le ballon sur la remise en jeu. En amateur, ces limites sont plus souvent dépassées. Heureusement, la Fédération a décidé que tout joueur qui concède trois fautes techniques consécutives en championnat sera suspendu un match. Les joueurs prennent vraiment la faute technique comme une sanction personnelle et font tout pour ne pas en avoir. »

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Initiative : l’arbitrage à 5
Pascal Stefani (Textes) / UEFA (Photos)

LE CLUB DES CINQ
En novembre, l’International Board a testé l’arbitrage à cinq, à Chypre, lors du tournoi qualificatif pour le championnat d’Europe des «moins de 19 ans». Said Enjimi faisait partie de l’aventure. Il nous a livré ses impressions, plutôt positives.

Un arbitre central, deux juges de touche et deux arbitres additionnels... ça fait bien cinq

Pour MIchel Platini, utiliser la vidéo dans l’arbitrage reviendrait à « déshumaniser » le football. Afin de réduire les erreurs, le président de l’UEFA préconise la présence de deux nouveaux arbitres, chargés de surveiller la surface de réparation. L’International Board a effectué à Chypre, en novembre dernier, le premier test de ce dispositif, dont faisait partie Said Enjimi. Pour l’arbitre français, l’essai a été concluant.

REGARDS CROISÉS
« J’ai fait deux matchs en tant qu’arbitre additionnel, et un match en tant qu’arbitre central. Je trouve que c’est une excellente évolution, parce que ça permet de croiser les regards et d’échanger les points de vue. Ça permet aussi de faire une prévention efficace. Quand les joueurs sont dans la surface, l’additionnel se trouve juste à côté d’eux. Il peut leur parler, notamment sur les corners, quand ils se tiennent le maillot ou se bousculent. L’effet est immédiat. Les joueurs écoutent, parce qu’ils savent que le penalty n’est pas loin s’ils continuent à le faire devant nous. »

IMMOBILE
«C’est assez frustrant d’être bloqué derrière la ligne, de ne pas courir. Mais il faut en accepter le principe. On est là pour donner un coup de main à l’arbitre, et il faut le prendre tel quel. L’objectif est de limiter le nombre d’erreurs dans la surface. En tant que central, ce système nous oblige à courir différemment. Mais c’est une histoire de réglages. L’inconvénient majeur, c’est que l’on doit garder notre concentration pendant 90 minutes, alors qu’il n’y a pas grand chose à faire. »

INTIME CONVICTION
« Nous sommes tous en contact avec des oreillettes. Après c’est une question de discipline. Il faut intervenir à bon escient, seulement si on a l’intime conviction qu’il y a une information majeure à donner à l’arbitre central. Le reste du temps il faut se taire pour ne pas le perturber.»

DU CONFORT
« J’ai beaucoup apprécié le confort et la tranquilité d’esprit que cela procure en tant qu’arbitre central. On sait que l’on a un collègue dans chaque surface qui est susceptible de nous aider grandement. Mais il ne faut pas oublier que ça reste un arbitrage humain, et que l’additionnel peut se tromper. Là, on ne se trompera plus à trois, mais à cinq. Ça ne va pas régler tous les problèmes. »

ERREURS ÉVITÉES
«Nous n’avons pas eu l’occasion de siffler des décisions majeures, comme un penalty. Ça nous a surtout permis de ne pas en prendre de mauvaises. Par exemple, sur une action, un gardien a bousculé un attaquant sur l’une de ses sorties. J’étais juste derrière et j’ai pu voir que le gardien ne jouait que le ballon. Tony Chapron était au centre, il n’avait rien dit. Je lui ai dit «pas faute, pas faute» dans l’oreillette, et il a pu repartir tranquillement. Il m’a dit après le match qu’il ne savait pas s’il y avait faute, qu’il aurait peut-être sifflé penalty. C’est un confort très important pour le central. Ce genre d’action est arrivé plusieurs fois, et cela le conforte dans ses décisions, surtout quand il a un avis mitigé.»

LE DISPOSITIF
« L’arbitre additionnel est situé derrière la ligne de but… Deux systèmes ont été testés : dans le traditionnel, il se trouve du côté de l’arbitre assistant, et s’occupe de la moitié de surface qui était auparavant dévolue à ce dernier ; dans le système triangulaire, il se place de l’autre côté du but, et surveille la moitié de surface face à lui… l’arbitre central s’occupe à chaque fois de l’autre moitié. En théorie, la surface est donc coupée en deux. Mais en pratique, si l’additionnel voit quelque chose dans toute la surface, il doit bien sûr le signaler au central. »

C’EST UNE EXCELLENTE ÉVOLUTION. ÇA PERMET DE CROISER LES REGARDS ET DE FAIRE UNE PRÉVENTION EFFICACE.

UN TEST
« Cette compétition n’est pas assez significative pour avoir un point de vue définitif. On était très loin de l’ambiance, des enjeux, de la pression des joueurs et du public qui existent chez les professionnels. Il faut voir ce que ça va donner lors de ces compétitions majeures. Mais c’est une évolution intéressante, et l’International Board va se réunir fin février pour décider de la suite à donner à cet essai. »

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Radio

RA

DI

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LE ZAPPING FOOT CITOYEN

LE RÔLE DU CAPITAINE

Le rôle du capitaine est un sujet que nous avions traité dans le numéro 14 de Foot Citoyen. Pour cette émission dédiée à ce thème, nous avions reçu Pascal Baptiste, le Président du FC Villennes Orgeval, du District des Yvelines et Philippe Jonot, son vice-président. Avec au téléphone, un invité, prestigieux, Marius Trésor, ancien capitaine des Bleus.
A BOUT DE BRAS
Didier Roustan : Bonjour à tous. Nos invités du jour sont président et vice-président du FC Villennes-Orgeval, Pascal Baptiste et Philippe Jonot. Depuis combien de temps êtes-vous dans le club Philippe ? Philippe Jonot : Depuis 23 ans Didier. Didier : Ce n’est pas négligeable, alors que vous, Pascal, c’est un peu plus récent, sachant que vous ne venez pas de Paris à la base. Pascal Baptiste : Non, effectivement je suis originaire du Massif Central où j’ai voyagé dans le monde du football jusqu’à l’âge de 20 ans. Et je joue depuis 10 ans au club du FC Villennes-Orgeval. Didier : D’accord, et si j’ai bien compris, la politique du club a évolué. Il y a quelques années votre politique était axée sur les Seniors et maintenant elle est plus orientée sur les jeunes… Vous qui êtes plus ancien Philippe (NDLR : il a été de longues années président de ce club, avant de passer la main donc à Pascal Baptiste), expliquez-nous... Philippe : Pour avoir une équipe compétitive, il fallait acheter des joueurs, et en Seniors, ça coûte cher. Alors, il y a 8, 9 ans, on en a eu marre et on a décidé de former des éducateurs pour donner la priorité aux jeunes. Aujourd’hui, on commence à en récolter les fruits puisqu’il y a 5, 6 jeunes qui évoluent déjà en Seniors. Didier : Pascal, tu es maintenant le nouveau président, qu’est ce qui te pousse à donner de ton temps, de ton énergie, de ta sueur pour un club de foot ? Pascal : J’ai commencé le football à l’âge de 7 ans avec un père toujours présent derrière moi... J’aime bien le milieu associatif, mon métier, c’est formateur. J’aime transmettre, j’aime partager, donc lorsque Philippe m’a demandé de prendre la vice-présidence, j’ai dit oui... Et puis, quelques années plus tard, un autre oui pour la présidence. Zap, zap, zap... Didier : Alors, aujourd’hui on parle du capitanat … Le capitanat c’est un état d’esprit ! Le capitaine, c’est un rôle particulier. Il doit avoir une influence, une sorte d’aura sur l’équipe. Ça demande des qualités bien particulières. Vous avez déjà été capitaine, Pascal, lorsque vous étiez joueur ? Pascal : Oui, capitaine,, c’est un poste qui me permettait de m’exprimer en termes de motivation, de placement, que ce soit chez les Poussins et les Benjamins. C’est un peu le reflet du club et de l’équipe, c'est-à-dire la motivation, l’envie de bien faire. Philippe : Le capitaine a beaucoup de choses à dire, surtout en début de saison. Il doit avoir des valeurs reconnues par tous et un certain charisme et des qualités techniques. Mais il doit aussi connaître le règlement par cœur et, bien souvent, ce n’est pas le cas. Zap, zap, zap... Didier : Alors, maintenant, nous sommes en compagnie d’un super capitaine : Marius Trésor... Bonjour Marius, il ne fait pas beau à Bordeaux en ce moment. Marius Trésor : Bonjour Didier, ah non c’est sûr ! Il fait un mauvais temps, et pour un Antillais, ce n’est pas bien. Didier : Oui, mais quand on est capitaine, on tient bon la barre malgré les intempéries. Tu avais déjà le brassard de capitaine à Ajaccio ? Marius : Non non, j’ai eu mon premier brassard de capitaine à 23 ans, à l’OM, grâce à Jules Zvunka en 1973/1974. Didier : Toi qui étais plutôt réservé, qu’est ce que le rôle de capitaine t’a apporté ? Marius : C’est vrai que le fait d’être capitaine m’a permis de m’ouvrir un peu, parce que j’essayais d’être un leader sur le terrain pour permettre à mes coéquipiers de me suivre. J’essayais aussi de donner l’exemple, parce que j’ai toujours essayé d’être correct envers l’arbitre, envers mes adversaires. Parfois, il faut quasiment remplacer l’entraîneur sur le terrain. Mais, au final, être capitaine de l’OM ou de l’équipe de France, ça n’a pas changé ma vie... Didier : Des petites anecdotes en temps que capitaine... Tu me dis que ça n’a pas changé ta vie, mais bon, capitaine de l’équipe de France, ce n’est pas rien… Bon, ça aurait été mieux si vous aviez gagné en 82 aux tirs au but, puis en finale contre l’Italie, mais tu as gagné une Coupe de France contre Lyon, en 76… Quelles étaient tes rapports avec Michel Hidalgo ? Marius : Michel, qui est arrivé à la tête en 1976, a été le premier à me nommer capitaine de l’équipe de France. On se retrouvait souvent parce qu’il aimait être entourés de certains joueurs pour

LE CAPITAINE DOIT AVOIR DES VALEURS RECONNUES PAR TOUS, UN CERTAIN CHARISME ET DES QUALITÉS TECHNIQUES.
(Philippe Jonot) avoir toutes les données avant de choisir. Après notre qualification pour la Coupe du monde 78, puisqu’on parle d’anecdote, on s’est retrouvés en Italie pour un match amical (à Naples), où l’on a fait 2-2. Juste avant l’entraînement, il m’appelle et me demande ce que je pense de l’équipe, puisqu’il y avait des jeunes, et il voulait savoir s’il faillait les faire débuter directement. Je lui ai dit que toute l’équipe qui nous avait qualifiés était là, et qu’il devait alors peut-être faire entrer les jeunes en seconde mi-temps. En même temps, je voyais les joueurs me regarder, alors je lui ai dit « Ça me fait plaisir que tu me demandes, mais la prochaine fois, on le fera autrement ». Je ne voulais pas que les jeunes croient que c’est moi qui faisais les choix. Didier : Oui, un capitaine peut avoir des problèmes de ce côté là, on peut aussi passer pour un chouchou… Marius merci d’avoir été avec nous, à la prochaine… Zap, zap, zap Didier : Alors, pour terminer Pascal et Philippe, tout se passe bien au club ? Philippe : Oui, il n’y a pas de problème, il y a une bonne dynamique. J’ai passé la main à un plus jeune qui connait déjà tout du «métier» de président. Didier : Qu’est ce qu’il faudrait changer à l’avenir? Pascal : Le bénévolat ! C’est très dur, pour l’encadrement des jeunes. Après c’est une question de moyens. Didier : Il n’y a pas possibilité de mobiliser les parents ? Pascal : On les sollicite pour les déplacements … Avec le plus petit budget des Yvelines, on lutte constamment. On est obligés de faire des Lotos, des tournois, de faire plein de manifestations à coté…. Le nerf de la guerre aujourd’hui c’est l’argent !

J’ESSAYAIS D’ÊTRE UN LEADER SUR LE TERRAIN ET DE DONNER L’EXEMPLE.
(Marius trésor)

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Trajectoire
Interview et photos réalisées par Jérôme Perrin

DE LA TERRE À LA LUNE AVEC... CHARLES N’ZOGBIA
« DÈS MON PREMIER ENTRAÎNEMENT, J’AI PRIS UN PLAISIR FOU ! »
« Charles who ? » s’interrogent les 53 000 spectateurs de Saint James’ Park, le stade de Newcastle United, en septembre 2004. Charles N’Zogbia, un jeune joueur de 18 ans, arrivé du Havre sans un match de L1 dans les jambes, qui s’en vient prêter main forte à Alan Shearer et consorts… Et, depuis quatre ans, l’international Espoirs arpente le couloir gauche des « Magpies ». Une incroyable aventure, de Caucriauville, un quartier du Havre, à la Premier League, que «Zog» nous conte avec toute sa franchise, nous faisant découvrir ce monde merveilleux ou, parfois, cruel d’un ballon rond qui roule vite.

harles, quel est ton premier souvenir de footballeur ? Ce sont mes débuts à Caucriauville. Je devais avoir 5 ou 6 ans et je jouais en bas de mon immeuble avec des copains. Joël Baudry, qui travaillait pour la ville du Havre, et passait par là, est allé voir ma mère pour lui proposer de m’inscrire dans le club du quartier. Au départ, mon père ne voulait pas et me répétait tout le temps : « Va à l’école et travaille bien ! »… Mais ma mère lui a habilement glissé : « Laissons le y aller, on verra comment ça se passe. » Et dès le premier entraînement, j’ai pris un plaisir fou. C’est parce que tu étais très bon pour ton âge qu’on est venu te chercher ? Non je ne pense pas, en tout cas pas à cet âge. Je signais ma première licence, c’est tout ce que je voyais. La seule chose dont je me souviens vraiment c’est que je prenais du plaisir à jouer au football, à marquer des buts… J’évoluais numéro 10.

C

Joël Baudry, c’est l’entraîneur qui t’a le plus marqué ? Oui, c’est quand même l’homme qui m’a propulsé dans le football. Il m’a entraîné à Caucriauville, puis je l’ai rejoint ensuite au club de La Frileuse et il a suivi ce que je faisais quand j’étais au Havre. Même si j’étais encore un gamin, c’était un entraîneur que j’écoutais et que je respectais énormément. Que t’a-t-il le plus appris ? Il m’a surtout donné confiance et m’a toujours rassuré sur mes qualités de footballeur. Il m’a rapi-

dement dit qu’il voyait en moi un joueur professionnel. Mais à l’époque je ne me posais pas de question, je jouais au foot, je marquais des buts et je gagnais des matchs. Tu étais comment petit ? Ça dépend… en général, j’étais et je suis encore un gars qui se méfie au début, mais une fois que je suis à l’aise dans un groupe je m’ouvre assez facilement. Après Caucriauville, direction le club de la Frileuse, puis Le HAC… Oui… La première année où j’étais à Frileuse, j’ai reçu une lettre pour faire un essai au Havre. Mais ma mère a dit « non ! ». Elle voulait que je reste un an de plus, pensant que j’étais trop jeune... L’année suivante, elle a accepté et j’ai réussi à intégrer le groupe des Benjamins deuxième année du HAC. Jusqu’à 17 ou 18 ans, j’habitais toujours chez mes parents à Caucriauville,. En revanche, ma dernière année de formation au Havre je l’ai

J’AI VU PLEIN
DE POTES PLUS COSTAUDS QUE MOI NE PAS REVENIR À LA RENTRÉE…
faite en internat au centre parce que mes parents déménageaient à Paris. Tes parents ont joué un rôle important dans tes choix de jeune footballeur ? Oui, malgré le fait qu’ils soient divorcés… j’ai plutôt grandi avec ma mère. Elle venait parfois voir mes matchs, mais elle était plus focalisée sur mon travail à l’école... Elle ne voulait pas que je mise tout sur le football même si elle m’a toujours dit qu’elle me soutiendrait dans mes choix, que je réussisse ou pas.

MON PÈRE ME
RÉPÉTAIT TOUT LE TEMPS ET TRAVAILLE BIEN

: “VA À L’ÉCOLE !”

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Trajectoire

Vers quel âge commences-tu vraiment à croire en une possible carrière ? Vers 15-16 ans, avec mon premier entraîneur au HAC, Guy Guibot. C’était un super coach. Le centre de formation a été un choc pour moi... Là, je passais d’un à deux entraînements par semaine à un par jour, après les cours... C’était chaud ! C’est aussi un autre état d’esprit… Oui, car tu découvres ce qu’est vraiment l’esprit de compétition. Et tu te dis à bien des moments que tu vas craquer… Au départ je voulais juste prendre du plaisir en jouant et, quand venait le moment où j’étais fatigué, j’arrêtais (rires) ! Très vite, tu comprends alors que si tu veux réussir, il va falloir t’en donner les moyens en travaillant dur, très dur. Alors j’ai pris sur moi et je me suis dit : « J’aime le foot et je vais tout faire pour réussir »… De toute façon, arrivé en « 13 ans » tu n’as plus beaucoup le choix… Plus ou moins dès cet âge là, les choses deviennent réellement sérieuses et tu commences à y croire.

Je crois que tu mesures 1,70 m… 1,74 m, s’il te plaît (rires) ! Pardon, 1,74 m… Ceci dit, tu ne faisais pas partie des plus grands de ton équipe... Ta taille t’a-t-elle posé des problèmes ? Non, et puis je me disais que si, chaque fin de saison, on me demandait de revenir l’année d’après, c’est que je devais valoir le coup. Et j’ai vu aussi plein de potes, plus costauds, ne pas revenir à la rentrée... Tu suis donc tout le cursus du centre de formation mais, à l’arrivée, tu ne signes pas pro au Havre ? Non ! On est en 2004, je suis en « 18 ans » première année, on termine premiers du championnat de notre région... Ça s’annonce plutôt bien et le club me propose un contrat de Stagiaire pro de deux ans. Et il est prévu que je reprenne avec le groupe de CFA… Le souci,

Joël BAUDRY (son premier éducateur à Caucriauville) « IL SENTAIT VRAIMENT LE FOOTBALL ET NE S’ARRÊTAIT JAMAIS DE JOUER. »

L’actuel entraîneur Seniors de Montivilliers (76) a découvert Charles lorsqu’il travaillait pour la ville du Havre, dans le quartier de Caucriauville. Il nous livre un portrait du petit « Zog » devenu presque grand.
«À l’époque où j’ai connu Charles, il avait cinq ans et demi. Généralement, on prenait les gamins vers six ans, mais il avait l’air tellement enthousiaste à l’idée de s’entraîner dans une équipe que j’ai demandé à sa mère de me le confier. Je me souviens très bien de ce jour-là. Je suis rentré chez moi et j’ai dit à ma femme : « Aujourd’hui, j’ai vu un phénomène. Ce gosse sera professionnel ! » Par la suite, Charles m’a conforté dans mon sentiment. C’était un garçon avec d’énormes qualités d’explosivité et une technique au dessus de la moyenne. Il sentait vraiment le football et ne s’arrêtait jamais de jouer. Comme en plus il était assidu et assimilait les choses rapidement, il a progressé très vite. Gamin, il avait déjà du caractère et chambrait souvent. S’il passait deux ou trois petits ponts pendant l’entraînement, je vous garantis qu’on l’entendait sous la douche. Mais c’était aussi un garçon très bien élevé et très respectueux. On a passé de super moments à cette époque, grâce à l’ambiance qu’il y avait dans le club. Un vrai esprit de famille. »

c’est que je ne voulais pas deux ans, mais trois, estimant que s’ils avaient confiance en moi, cela était normal (NDLR : s’en suivra alors un long feuilleton plutôt nébuleux)... Finalement, comme je ne peux évoluer dans un autre club français que le HAC, je vais faire un essai à… Newcastle. Quels souvenirs en gardes-tu ? C’était Sir Bobby Robson le manager de l’époque… et je débarque au milieu des Laurent Robert, Alan Shearer… Sans faire preuve de prétention, alors que j’aurais dû reprendre avec la CFA du Havre, je me retrouve à 18 ans entouré de tous ces gars, encadré par un coach mythique... Que te dit Sir Robson à l’issue de ton premier entraînement ? En anglais, s’il vous plaît, il me dit : « Petit, tu restes avec nous pour le reste de la semaine ! » Et ? … Et tout s’est bien passé. A l’issue des 6 jours d’essai, il appelle Olivier Bernard (un autre joueur français de Newcastle), parce que je ne comprenais pas grand-chose en anglais, et lui

coup, c’est un choc ! Ce n’est pas possible, tu te retrouves devant plus de 50 000 spectateurs en feu… Je me suis dit : « C’est un rêve, je vais me réveiller bientôt ! » Sir Bobby Robson est le coach qui t’a le plus marqué à Newcastle ? Oui, c’est certain. Il imposait le respect. Il me disait souvent : « Ecoute, tu es jeune, tu as les qualités pour réussir, alors prends du plaisir… Moi, j’ai confiance en toi. » Comment veux-tu ne pas t’épanouir dans une équipe et un club avec un tel discours ? Une notion de plaisir du jeu que tu partages… Oui, car jouer au foot, c’est mon métier, mais c’est d’abord et surtout un plaisir.

FICHE

LA

BOBBY ROBSON
ME DISAIT TOUJOURS :

“PRENDS
PLAISIR

DU

!”

demande de me dire : « Ce joueur-là, il reste chez nous. Je ne veux pas qu’il fasse des essais dans d’autres clubs. » J’ai signé dans la foulée mon premier contrat pro. En septembre 2004, Newcastle mène 3-0 face à Blackburn, on est dans les dernières minutes et… Sir Bobby Robson décide de te faire entrer... Oui, Sir Bobby Robson me fait entrer… mais je n’ai pas touché un ballon (rires). Mais bon, sur le

Charles N’ZOGBIA Né le : 28 mai 1986 à Harfleur (76) Taille : 1,74 m - Poids : 69 Kg Poste : Ailier gauche Clubs Successifs : Le Havre Caucriauville, FC La Frileuse, Le Havre Athletic Club, Newcastle United Sélections : 16 (Espoirs)

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Radio

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LE RESPECT DE L’ENTRAÎNEUR
Pour aborder le respect de l’entraîneur, Afid Djadaoui, responsable des Seniors du Tremblayen-France (DSR), mais aussi responsable d’animation auprès des jeunes à Sevran, en Seine–Saint-Denis, s’imposait… Pied gauche de velours et voix de stentor, il allie technique et savoir faire pour ne pas être débordé…
Afid : Quand on parle d’éducateur, il y a les formations qui vont avec… Celui qui se dit éducateur mais qui ne se sent pas concerné par l’éducation des jeunes, ce n’est pas un éducateur, c’est juste un accompagnateur pour moi. Frédéric : Afid, il a une personnalité, un charisme… J’ai été un Junior sous ses ordres (NDLR : et il a fait un paquet de clubs ce Frédéric, et pourtant, c’était avant l’arrêt Bosman), alors qu’on n’avait que deux ans d’écart, mais il avait déjà cette maturité avant l’heure, ce côté vieux sage, il savait mêler l’humour et la distance, ce qui lui donnait une autorité naturelle. Il avait aussi de très grosses qualités de footballeur… Didier : Ça aide, quand on est bon footballeur et qu’on entraîne des jeunes, ça crée une forme de respect… Afid, tu plaisantes, tu es proche des joueurs, mais tu dois aussi mettre une distance, sinon tu te fais bouffer aussi… Afid : Tout à fait. C’est la confiance. Il ne faut pas tricher, que ce soit avec les gamins ou les moins jeunes. On fait confiance, mais il faut que le joueur nous rende cette confiance. Il y a toujours une barrière à ne pas franchir avec le coach, qui peut aussi être le confident. Ce n’est pas toujours évident… Didier : … Surtout quand on débute, et toi tu as commencé très jeune…Qu’est-ce que tu donnerais comme conseil à un jeune entraîneur qui s’occuperait des catégories un peu compliquées, les « 15 ans » ou les « 18 ans » par exemple ? Afid : Ce sont les catégories les plus difficiles à gérer aujourd’hui… De bien être à l’écoute des enfants, de bien connaître l’environnement dans lequel ils vivent, c’est important pour pouvoir tirer le meilleur d’eux-mêmes sur le terrain... Si le gamin arrive en retard à l’entraînement, il peut y avoir des raisons à cela. Didier :Oui, voilà, donc pas la peine de l’engueuler s’il arrive en retard, si on connait un minimum sa situation, on peut comprendre… A cet âge-là, surtout, où les gosses sont très sensibles… Afid : …surtout aujourd’hui. Les parents ne savent plus trop comment faire. Nous sommes un peu le relais avec les jeunes. Nous sommes le relais dans le stade, et la difficulté c’est de continuer ce relais en dehors. Frédéric : Car ce que vous enseignez sur le terrain rejaillit évidemment sur l’extérieur… Afid :: Tout à fait ! Je le vois tout de suite. Si le gamin se comporte bien sur le terrain, dehors il se comporte bien. S’il se chamaille parce qu’il a reçu un coup, dehors c’est la même chose. Le sport, et le football en particulier, c’est l’école de la vie… Zap, zap, zap... Laurent Tessier (Foot Citoyen, également) : On va écouter Geoffrey qui a 19 ans, et qui s’occupe des Débutants, des enfants de 6, 7 ans donc, à propos de l’entraîneur. À cet âge, ça peut vite ressembler à une garderie et il est très difficile de les contrôler. Alors quelle est la plus grande difficulté lorsque l’on coach des Débutants ? Voici sa réponse… Geoffrey : C’est leur concentration. Au bout d’une heure, ils commencent à perdre la tête, ils ne sont plus avec nous. C’est là qu’il faut les remotiver. Dans ce cas-là on leur fait faire une petite pause, on parle et ensuite, c’est bon, c’est reparti. Didier : Maintenant on va écouter des petits gosses en question, Laurent… Laurent : Plus particulièrement Bastien. Il a 9 ans et joue en poussin. Il va nous expliquer le contenu de ses entraînements avec son entraîneur et quel discours leur tient leur coach lors des matchs. Bastien : Il nous laisse faire des pauses. Il nous respecte et on

LE ZAPPING FOOT CITOYEN

CELUI QUI SE DIT ÉDUCATEUR MAIS QUI NE SE SENT PAS CONCERNÉ PAR L’ÉDUCATION DES JEUNES, CE N’EST PAS UN ÉDUCATEUR, C’EST UN ACCOMPAGNATEUR…
(Afid Djadaoui) essaie de le respecter. Le plus important pour les entraîneurs est que l’on progresse, pas que l’on gagne les matchs à mon avis. L’essentiel n’est pas de gagner, de marquer plusieurs buts... Il nous dit qu’il faut essayer de bien jouer, de faire tout ce que l’on a appris le mercredi à l’entraînement, pour le montrer dans les vrais matchs. Afid : C’est bien ce qu’il dit le gamin en parlant d’encouragement. Il y a quelques pseudos éducateurs qui jouent la gagne absolument, sans avoir une approche psychologique, sans savoir, au niveau de la progression, le travail qu’ils doivent accomplir. Le plus important chez les petits, c’est de leur donner un ballon, qu’ils prennent du plaisir à travers les matchs et les entraînements. Frédéric : Voilà, c’est aussi ne pas dépasser les limites quand on est entraîneur, ne pas toucher à la sécurité psychologique de l’enfant. On va entendre Alexandre, responsable de l’école de foot de l’AC Boulogne Billancourt à le sujet. Alexandre : Les joueurs ont un devoir de discipline et de respect des règles, mais à partir du moment où l’entraîneur a un manque de respect avec son devoir de sécurité affective des enfants, c'est-à-dire la violence psychologique. Fatalement derrière la réaction de l’enfant peut être une réaction de violence physique, de désobéissance ou de marginalisation. Je m’explique. Par exemple un gamin qui ne va pas avoir l’attention de l’entraîneur, alors le coach va mal communiquer avec lui ou d’un seul coup il va l’écarter sans avoir pris le soin d’y mettre les formes. Dans ces conditions, l’enfant peut prendre ça comme une violence psychologique. Et du coup, se mettre en conflit avec l’éducateur. Didier : Voilà, un discours très intéressant d’Alexandre, le responsable des éducateurs de Boulogne Billancourt. Afid, merci d’avoir été en notre compagnie, et à bientôt chers auditeurs sur Europe1 Sport.

L’ENTRAÎNEUR EN QUESTION
Didier Roustan : Afid, tu as 47 ans, tu as été au Paris FC, aux Lilas, tu travailles au service des Sports de Sevran, dans le 93, enfin le 9-3 pour être branché, où tu mets en place également un système d’éducation par le football. Alors, explique-moi comment ca se passe du côté de la Mairie... Sont-ils conscients qu’à travers le football on peut« révertébrer » certains gosses et leur donner les bases et repères qui leur manquent ? Afid Djadaoui : Et bien j’espère qu’ils en sont conscients ! C’est un peu mon parcours... Grâce au football, j’ai pu devenir éducateur sportif, et j’essaye d’inculquer aux jeunes ce qu’on m’a appris, mais ce n’est pas facile… Frédéric Hamelin : Les temps ont changé… Afid : Voilà... J’ai crée un secteur qui s’appelle prévention par le sport. Le football reste bien sûr le moyen de toucher un maximum de gamins. Didier : Ça consiste en quoi ? Afid : Nous recevons pendant les vacances scolaires ces enfants qui n’ont pas les moyens de s’inscrire dans les clubs. On les incite à venir taper le ballon au stade, avec à côté de cela des actions citoyennes, basées surtout sur le respect… Frédéric : Et ils sont réceptifs ? Afid : Oui, les résultats sont probants dans la mesure où je touche entre 100 et 150 gamins par jour, ce qui n’est pas rien. Didier : Le thème d’aujourd’hui sera le rôle de l’entraîneur et son autorité naturelle d’une manière générale. Beaucoup d’entraîneurs ont des bases pédagogiques et sont éducateurs dans l’âme…

LE PLUS IMPORTANT POUR LES ENTRAÎNEURS EST QUE L’ON PROGRESSE, PAS QUE L’ON GAGNE LES MATCHS.
Bastien (9 ans)

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Reportage
Fondation d'Auteuil, Jean Besnard/Fondation d'Auteuil et J-P Pouteau/Fondation d'Auteuil

JEUX D'AILLEURS...
LA FONDATION D’AUTEUIL: LE GOÛT D’APPRENDRE
Une des missions premières de la Fondation d’Auteuil est de venir en aide aux jeunes en grande difficulté... Au Lycée Professionnel de Saint-Jean, à Sannois, dans le Val-d’Oise, l’un des nombreux établissements de la Fondation, on a misé sur le football comme axe de réussite… et ça marche ! De quoi s’attirer le soutien de la Fondation d’Entreprise Française des Jeux.

épartie dans 170 établissements, la Fondation d’Auteuil accueille, éduque et insère professionnellement plus de 10 000 garçons et filles en grande difficulté, sociale, familiale ou affective ! Des jeunes qui sont confiés par leurs familles (70 %), les services sociaux ou les juges pour enfants (30 %). Souvent issus de familles en détresse ou en difficulté dans leur mission éducative, ils peuvent avoir été victimes de maltraitances, être en prise avec un environnement délinquant ou se trouver, simplement, en quête de repères. Parmi ces

R

multiples établissements, celui de la section sportive du lycée Saint-Jean de Sannois, dans le Val-d’Oise, a opté pour vecteur d’éducation le sport le plus populaire pour les catégories 7-18 ans. Ici, le ballon rond agit alors comme un déclic, un moyen de valorisation et d’amélioration de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. La clé de la réussite consiste dans un travail particulièrement intensif en commun et croisé entre les professeurs, les éducateurs de l’internat et l’entraîneur de foot, suivant le modèle des anciennes classes « sport-études », mêlant études et activités sportives de haut niveau. La semaine, les

jeunes s’entraînent à l’internat, avant d’aller jouer le week-end dans des clubs amateurs de la région. Pour être efficace, le lycée Saint-Jean a décidé d’intégrer des enfants aux qualités footballistiques certaines, puisque 35 % des jeunes de cet établissement accèdent ensuite à un centre de formation… Mais là n’est pas la seule finalité, et pour ceux qui échouent dans leur objectif football, près de 78% poursuivent leurs études en Seconde générale, les autres en Seconde professionnelle.

Certains parents peuvent témoigner de cette réussite, comme ce père parlant de son fils : « A cause de son comportement, mon fils a été exclu de deux collèges. Je ne savais plus quoi faire pour lui. Il avait 4 de moyenne générale en 5e. Maintenant, quand il rentre le week-end, il fait ses devoirs. Son comportement a changé, et ça, je pense que le football et la Fondation y sont pour beaucoup. Il est cadré, posé et sait que s’il veut y arriver, il lui faut travailler ». Un exemple supplémentaire que le football est un formidable atout dans l’éducation des jeunes, qui plus est en difficulté… Ou comment retrouver le gout d’apprendre.

Charly JEAN

(responsable technique de la section sportive du Lycée Saint-Jean)

« LE FOOTBALL SERT DE “CAROTTE’’ POUR LES FAIRE TRAVAILLER… »
Ancien professionnel de Lens et Limoges, aujourd’hui manager général de l’AS Poissy, Charly Jean cumule également la fonction de responsable technique de la section sportive du Lycée Saint-Jean depuis la mise en place de ce dispositif en 2003.
Quelle est la clé pour permettre à des jeunes de raccrocher scolairement ? J’ai la chance d’être à la fois leur entraîneur, leur éducateur à l’internat et de travailler avec les professeurs pendant les temps de vie scolaire. Au lycée professionnel Saint-Jean de la Fondation d’Auteuil, scolarité, accompagnement éducatif et football forment un tout. Ainsi, les règles apprises sur le terrain de foot, comme le respect de l’autre, l’esprit d’équipe, la tenue vestimentaire, le langage, le goût de l’effort, la volonté de réussir, sont mises en œuvre aussi à l’école et dans la vie de l’internat. C’est vraiment une école de vie. Le football est un peu ‘la carotte’ pour les faire travailler scolairement. Mais tous ne seront pas de futurs footballeurs professionnels ? Notre objectif premier est de permettre le raccrochage scolaire et l’insertion professionnelle des jeunes... Le football est un moyen qui fonctionne pour certains et nous l’avons vérifié pendant ces cinq années d’existence. Nous partons de leur rêve pour les amener, petit à petit, à la réalité. D’ailleurs, l’essentiel de mon travail consiste à les préparer à l’échec au cas où ils ne pourraient pas poursuivre une carrière professionnelle de footballeur. Cela passe par la découverte de métiers annexes, comme la formation à l’arbitrage par exemple.

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Les Echos

HISTOIRES COURTES
« SPORTS AU FÉMININ DANS LES BANLIEUES »
Le 14 janvier 2009, à l’Espace Fraternité d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), se tiendra, de 9h00 à 18h30, la conférence « Sports au féminin dans les banlieues », organisée par l’Agence pour l’Éducation par le Sport. L’objectif est de : « contribuer à une meilleure connaissance des problématiques liées à la pratique sportive des femmes dans les banlieues ; présenter de nombreux témoignages concernant les bonnes pratiques portées par les collectivités et les associations ; faire des propositions pour développer l’éducation du public féminin par le sport. » Cette journée rassemblera des politiques, des experts et des protagonistes qui travaillent au quotidien sur le terrain, qui ont fondé et font vivre des centaines d’associations et de projets dans les quartiers. On y retrouvera notamment des femmes qui ont choisi le football pour se faire entendre et s’affirmer, à l’instar de « Femmes Plus », qui œuvre dans ce sens à Dreux, depuis déjà de nombreuses années, avec des résultats très probants. Alors, filles ou... garçons, bougez-vous !

(SUITE)

LA PHRASE DU MOIS
C’EST NORMAL DE SOURIRE SUR UN TERRAIN. SI LES JOUEURS NE PRENNENT PAS DE PLAISIR, ILS NE PEUVENT PAS EN DONNER !
(STEVE SAVIDAN, APRÈS SON PREMIER MATCH
AVEC LES

Pour toute information, contacter l’Agence Pour l’Education par le Sport. Tél. : 01 44 54 94 33 Site Internet : www.apels.org

BLEUS, FACE À L’URUGUAY.)

LA PHOTO DU MOIS
Dominique...

DOMINIQUE ET HRISTO...
Dimanche 21 septembre, dans le cadre du premier tour de la Coupe du Morbihan Seniors, l’US Ploeren B reçoit l’US Arradon B. À dix minutes de la fin de la rencontre, Ploeren mène 2-1 quand l’arbitre siffle un penalty en faveur d’Arradon, suite à une faute « présumée » sur Dominique Hiegel (NDLR : Vous ne trouvez pas qu’il a un petit côté Hristo Stoitchkov ?). Celui-ci estime alors qu’il n’y a pas faute à son encontre et en avertit l’arbitre, qui refuse de revenir sur sa décision... Dominique se charge alors lui-même de l’exécution et, au lieu de tirer et d’essayer de rai. marquer, fait une passe au gardien de Ploeren. , le v risto Score final : Ploeren : 2 - Arradon : 1 !!! . et H .. Un geste vraiment super, comme il est indiqué sur son maillot. Gérard GOUZERCH (dirigeant de l’US Arradon, District du Morbihan) NDLR : Pas de doute on a retrouvé Hristo… Serait-il devenu Fair-Play ? Et bravo à Dominique Hiegel pour son geste.

HISTORIQUE
Le foot a parfois un rôle à jouer... Prenez Cuba-Etats-Unis, du 6 septembre dernier... Ces deux formations ne s’étaient pas rencontrées depuis 1949 ! Faisant fi du passé, la sélection US a donc été reçue, à la Havane, pour un match qualificatif à la Coupe du monde 2010, qui se déroulera en Afrique du Sud. Une rencontre forcément spéciale, au regard du différend politique profond existant entre les deux nations, depuis la révolution Castriste de 1959 et l’embargo imposé à Cuba par les Américains depuis 1962. Pour info, les Etats-Unis l’ont emporté 1-0.

N’OUBLIEZ PAS !

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Portfolio FC Nantes

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