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UN POÈME EN PROSE INÉDIT DE MIRBEAU

Lors d’une vente aux enchères qui a eu lieu il y a un an ou deux à l’hôtel Drouot, a été mis en vente un manuscrit d’Octave Mirbeau intitulé « oèmes en !rose " et sous# titré « $ une %emme "& $ dé%aut de !ouvoir l’acheter, '’ai !u du moins en obtenir une !hotoco!ie et en transcrire le texte, inconnu au bataillon, ou !resque& « (nconnu ", dans la mesure o), ne l’ayant 'amais déniché dans la !resse dé!ouillée au cours des dernières décennies, nous i*norons encore à quelle date et dans quel quotidien ou quelle revue il a été !ublié + la recherche reste à %aire + et en sommes donc réduits, !our l’heure, à des con'ectures , à en 'u*er !ar l’écriture, il date du début des années -../ 0 et, à en 'u*er !ar le thème et !ar la manière, il est asse1 !robable qu’il est contem!orain des Petits poèmes parisiens de -..21& « resque " inconnu, ce!endant, car Mirbeau en réutilisera la ma'eure !artie à trois re!rises , le -3 octobre -..4, dans une série de saynètes !ubliées dans La France sous le titre de « aysa*es d’automne " 0 en novembre -..4, dans la dernière de ses Lettres de ma chaumière, sous le m5me sous#titre de « aysa*es d’automne " 0 !uis, se!t ans !lus tard, dans la deuxième moitié 2, sous#titrée « 6u bord de la rivière ", d’un de ses articles, intitulé « aysa*es ", qui !ara7tra dans L’Écho de Paris le 23 'uillet -.823& Mirbeau est coutumier de ces réem!lois de textes , le souci de rentabiliser au mieux une !roduction alimentaire qui lui !èse de !lus en !lus est évident et %acile à com!rendre 0 mais, d’une !art, chaque %ois, il !rocède à des modi%ications qui sont révélatrices de son travail d’écrivain en m5me tem!s que de son évolution 0 et, d’autre !art, la !ermanence des thèmes traités est sym!tomatique de l’im!ortance qu’ils ont !rise dans son ima*inaire, voire dans sa vie& Le thème, qui sera souvent traité !ar Mirbeau, notamment dans Le Calvaire, son !remier roman o%%iciel 9-..3:, en est la trahison de la %emme aimée, ;abrielle, qui abandonne son amant de c<ur, ;eor*es, !our coucher avec un homme « petit " et « laid ", mais qui !résente l’incom!arable avanta*e d’5tre « riche " et de la !ayer *énéreusement& 6lors que, « épuisée et hideuse, nue sur le lit dévasté ", elle laisse couler sur son « ventre sali =&&&> l’or lustral qui lave de toutes les souillures ", il ne reste !lus à l’amoureux trahi, qui a vainement !leuré et su!!lié sa ma7tresse indi%%érente, qu’à choisir la mort& On sait que Mirbeau, abondamment trom!é !ar l’inconsistante et vénale ?udith @immerA, dont il découvre tardivement qu’elle « n’a que l’âme d’une fille 4 ", a %ui la *oule 'usqu’au Bbout de la terreC, à 6udierne, et qu’il lui est arrivé de son*er lui aussi au suicide, dans les !remiers 'ours de sa retraite bretonne , « Il y a, près d’ici, une elle roche autour de laquelle la mer ouillonne et tord son écume avec furie! "e suis
@in*t#se!t Petits poèmes parisiens ont !aru dans Le #aulois entre le 22 %évrier et le 2A avril -..2& ?’en ai !ublié une sélection de dix#huit textes aux éditions $ l’écart, 6lluyes, -88A& lusieurs d’entre eux sont accessibles en li*ne, sur Dcribd& 2 La !remière moitié, sous#titrée « Dur une !lace de villa*e ", sera !artiellement re!rise aussi dans la !remière !artie de « aysa*es " en -.82& E Le texte est accessible en li*ne sur Dcribd , htt!,FFstatic&scribd&comF!ro%ilesFima*esF2%oye'nl8-ibG#%ull&'!*& A Dur ?udith @immer, voir l’article d’OGen Mor*an, « ?udith @immer F ?uliette Houx ", Cahiers $ctave %ir eau, nI -J, 2/-/, !!& -JE#-J4& 4 Lettre à aul Kervieu du -. 'anvier -..A 9Correspondance &énérale, L’L*e d’Komme, 2//E, t& (, !& EE-:&
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allé l’autre 'our lui rendre visite, et 'e me disais en contemplant ce &ouffre qu’on devait ien y dormir6! " Dans nombre de textes de l’é!oque le suicide revient comme un leitmotiv, aussi bien dans ceux qu’il a si*nés que dans des romans rédi*és comme Bnè*reC , dans L’Écuyère 9-..2:, la belle ?ulia Morsell est victime d’un viol qui lui %erme toute es!érance de bonheur et choisit de se suicider s!ectaculairement, a!rès avoir com!ris que « le vrai con&é, c(était la fin, la pai) sereine de l(éternel dormir " 0 dans La *elle %adame Le +assart, que Mirbeau com!ose !récisément à 6udierne selon toute vraisemblance et qui !ara7t au !rintem!s -..A, le 'eune et talentueux Daniel Le @assart se noie dans l’étan* voisin de la maison de son adolescence heureuse, à @ille# d’6vray 0 les héros de ses trois romans dits « autobio*ra!hiques ", ?ean Mintié, l’abbé ?ules et Débastien Hoch, son*ent un tem!s, eux aussi, à choisir cette issue 0 en%in, Mirbeau a consacré à la mort volontaire trois chroniques, l’une, si*née Nout# aris, dans Le #aulois du 2. octobre -../, et les deux autres, si*nées Mirbeau, dans La France du -/ aoOt -..4, et dans Le #aulois du -8 avril -..3J& On est en droit de se demander si ce n’est !as !récisément en traitant souvent du suicide libérateur, dans ses chroniques et ses romans, que Mirbeau a %ini !ar exorciser ses tentations suicidaires , la création littéraire ne serait#elle !as, en l’occurrence, la !lus e%%icace des théra!ies P 6u#delà du thème classique de la du!licité de la %emme, vénale et inaccessible au sentiment amoureux, voire « démoniaque " et dé!ourvue de !itié comme che1 Mélicien Ho!s, il n’est !as inintéressant de se !encher sur l’ex!loitation littéraire qu’en %ait Mirbeau quand il rédi*e ce « !oème en !rose " et le réutilise !ar la suite& On sait que la !oésie n’avait !as sa !ré%érence et qu’il considérait + à tort, diront certains + qu’on n’écrit en vers que lorsqu’on n’est !as %ichu d’écrire en !rose .& 6ussi bien n’a#t#il !as recours au vers classique et rimé, et surtout !as, a fortiori, à l’alexandrin, o) le rythme et les nécessités de la !rosodie risquent de !rendre le !as sur le sens, voire de le conditionner et de l’asservir, au lieu de le servir humblement& Di « !oème " il y a tout de m5me, ce ne !eut donc 5tre qu’« en !rose "& Mais alors qu’est#ce qui di%%érencie ce texte + et les Petits poèmes parisiens de -..2 + des contes et chroniques dont Mirbeau est dé'à un %ournisseur attitré à l’é!oque P $ dé%aut de rimes, inexistantes, et de lon*ueur uni%orme des BversC, il reste tout de m5me !lusieurs in*rédients susce!tibles de con%érer à un texte « en !rose " une a!!arence %ormelle de « !oème " , les di%%érentes !arties, sé!arées !ar des astérisques, constituent l’équivalent de stro!hes 0 les alinéas sont extr5mement nombreux et, quoique les !ara*ra!hes ainsi constitués soient de lon*ueur di%%érente, ils ont en commun d’5tre %ort courts, comme s’il s’a*issait de vers, alors que, dans les trois versions !ostérieures, la dis!osition du texte est celle d’un récit, sans alinéas à l’intérieur de chaque !artie 0 Mirbeau recourt abondamment aux ré!étitions, qui ne sont !as coutumières dans un récit 9« "e t’ai vue cette nuit ", « Puis ", « ,t
Lettre à aul Kervieu du E/ décembre -..E 9Correspondance &énérale, L’L*e d’Komme, 2//E, t& (, !& E2E:& J @oir notre article, « Octave Mirbeau, 6lbert Qamus et la mort volontaire ", in Les -eprésentations de la mort, resses de l’université de Hennes, 2//2, !!& -8J#2-2 9accessible sur (nternet , htt!,FFmembres&lycos&%rF%abiensoldaFdarticlesR2/%rancaisF M#OMR2/etR2/Qamus&!d%:& . « La poésie n(a point mes préférences! "e suis m.me d(avis que, le plus souvent, on n(écrit en vers que parce qu(on ne sait pas écrire en prose, ou ien parce qu(on n(a rien / dire 0 rien surtout / démontrer, / prouver " 9intervieG de Mirbeau, #il *las, 2A mai -8/J:&
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alors ", « #eor&es, mon petit #eor&es ", « près de toi ", « %ais tu n’as pas répondu ", « d’o1 l’or coulait ", etc&:, et aux !arallélismes 9« ,t tu riais, tu riais, tu riais tou'ours 2 ,t l’or ruisselait, ruisselait, ruisselait tou'ours 3 " 0 « des rires de lui, des rires de toi F des aisers de lui, des aisers de toi ":, !our mieux mettre en lumière les o!!ositions entre la situation initiale et le dénouement, !athétique à souhait 0 et il ado!te !ar%ois des tournures en%antines, quelque !eu naSves, comme si tout était !erTu !ar un adolescent encore innocent, histoire de toucher davanta*e la corde sensible de ses lecteurs& Uuand il re!rend son texte dans ses Lettres de ma chaumière, recueil de contes ruraux, en -..4, !uis dans son article de -.82, « aysa*es ", non seulement il modi%ie + à deux re!rises + les !rénoms des deux !rota*onistes, mais surtout il a'oute une descri!tion de la rivière !rès de laquelle se 'oue le drame, au début de ce qui n’est !lus vraiment un !oème en !rose, mais s’a!!arente davanta*e à un récit , la seconde mouture, celle de -..4, com!orte une introduction, qui contribue à situer le décor et à créer une atmos!hère, ce!endant que la troisième mouture, de -.82, est un récit encadré, qui re!rend le !ara*ra!he introducti% de -..4 et s’achève !ar une clausule, !ara*ra!he de trois !hrases qui re%erme le récit !ar l’évocation de la nature indi%%érente, !lus troublée !ar la chute d’une %euille dans la rivière que !ar le drame dont elle vient d’5tre témoin& L’élément nouveau, dans les re!rises du « !oème en !rose ", c’est l’introduction d’une voix « qui sem le monter du fond de l’eau " et qui %init !ar se taire, au terme de son récit , c’est la voix du mort, narrateur d’outre#tombe %ondu dans la nature, qui « sem le " du m5me cou! dotée de la !arole, con%ormément à une conce!tion animiste marquée au coin du rousseauisme, comme c’est le cas dans les !roso!o!ées auxquelles Mirbeau a recours à cette é!oque dans ses Lettres de ma chaumière, dans Le Calvaire 9-..3: et dans des romans Bnè*resC comme La %aréchale 9-..E: et 4ans la vieille rue 9-..4:8& (l a!!ara7t que Mirbeau, en mixant des in*rédients caractéristiques de *enres littéraires di%%érents et relevant, les uns du !oème, les autres du conte, de la %able ou de la chronique, tVche de dé!asser les %rontières traditionnelles et de créer un *enre nouveau, hybride, dans la continuité de Waudelaire et de ses Petits poèmes en prose auxquels les titres qu’il a choisis, « oèmes en !rose " et Petits poèmes parisiens, %ont bien évidemment ré%érence& ierre M(QKXL Y Y Y

POÈMES10 EN PROSE À une femme-8 @oir la notice « roso!o!ée " dans le 4ictionnaire $ctave %ir eau 9L’L*e d’Komme + Dociété Octave Mirbeau, 2/-2, !!& 8.8#88-:& -/ Qe !luriel semble indiquer que ce texte %ait !artie d’une série, comme les Petits poèmes parisiens& Mais nous ne les avons !as dénichés dans la !resse de l’é!oque& 6vis aux %ouineurs Z -Qe sous#titre, qui dis!ara7tra !ar la suite, est révélateur du caractère !ersonnel de ce « !oème en !rose ", qui est de toute évidence adressé à ?udith @inmer, qui sera reba!tisée ?uliette Houx dans Le Calvaire& Le Petit poème en prose intitulé « Hose et *ris " 9Le #aulois, -4 mars -..2: com!ortait aussi

?e t’ai vue, cette nuit& Nu étais douce et tu souriais et tu disais , « ;eor*es, mon !etit ;eor*es-2 Z " Y ?e t’ai vue cette nuit& Q’était dans ta chambre toute close et toute tiède& Les stores, aux %en5tres, étaient baissés& Des lueurs !Vles + les lueurs de la veilleuse + donnaient sur les rideaux et sur les meubles& Xt ton si 'oli et si triste visa*e-E a!!araissait, hors des dra!s, si calmement e%%leuré !ar la clarté discrète& [n de tes bras !endait, nu, cerclé au !oi*net d’un bracelet d’or brun& L’autre, nu aussi, était mollement re!lié sous ta nuque, ta noire et odorante nuque& Nu souriais d’un bon sourire-A& Nes lèvres m’aimaient 0 et, en me re*ardant, tes deux yeux brillaient, humides comme deux lacs hantés de la Lune& ?e t’ai crié , « ;abrielle-4 Z ma !etite ;abrielle Z " Xt toi, si amoureusement, tu m’as ré!ondu , « ;eor*es-3 Z mon !etit ;eor*es Z " Y uis-J un homme est entré un homme !etit, riche et laid + est entré dans ta chambre toute tiède et toute close& (l s’est déshabillé lentement, et, lentement, !rès de toi, dans le lit, s’est couché, !rès de toi Z Xt alors '’ai entendu des rires, des !etits rires étou%%és dans l’oreiller, des rires de lui, des rires de toi&
un ré%érent bio*ra!hique com!arable& La dernière séquence de « aysa*es d’automne " 9-..4: et la deuxième !artie de « aysa*es " 9-.82:, toutes deux sous#titrées B6u bord de la rivièreC, com!orteront un !ara*ra!he d’introduction 'usti%iant le chan*ement de sous#titre , « ,lle coule lente, si lente, que les peupliers de la rive se mirent immo iles, en son calme miroir! Pas un frisson, aucun roseau ne chante, aucun ne alance sa hampe fle)i le! 5 l’endroit o1 'e me suis arr.té, sous les aulnes, l’eau est noire et sinistre, coupée rusquement par le reflet d’un ciel &ris et fin comme une perle! ,t '’entends une voi) qui sem le monter du fond de l’eau, une voi) de mort, une voi) qui pleure! ,t la voi) dit 6 "& -2 Dans les Lettres de ma chaumière, le 'eune homme s’a!!ellera Kenri 0 dans « aysa*es ", il se !rénommera ?ean& Dans ces deux versions ultérieures, ces deux li*nes d’introduction dis!ara7tront, rem!lacées !ar le !ara*ra!he re!roduit dans l note !récédente& -E @ariante de « aysa*es " , « ,t ton si 'oli, si pur, si triste visa&e "& -A @ariante de « aysa*es " , « 7u souriais d’un on sourire, d’un sourire d’enfant heureu)! " -4 Dans « aysa*es ", elle sera !rénommée ?eanne& ?ean et ?eanne sont, comme !ar hasard, les surnoms donnés à deux menhirs de Welle#\le, o) Mirbeau a !assé une semaine !rès de Monet, à l’automne -..3 , les deux 'eunes *ens auraient été trans%ormés en !ierre !our s’5tre aimés mal*ré l’interdiction du conseil des druides& & -3 Dans les Lettres de ma chaumière, il sera reba!tisé Kenri, !ui, dans « aysa*es ", renommé ?ean& -J Dans les versions ultérieures, sera a'outée, au début du !ara*ra!he, une !hrase d’introduction en *uise de leitmotiv , « ?e t’ai vue cette nuit& "

Xt alors '’ai entendu des baisers, des baisers étou%%és dans l’oreiller, des baisers de lui, des baisers de toi& ?e t’ai crié, su!!liant , « ;abrielle Z ma !etite ;abrielle Z " Mais tu n’as !as ré!ondu , « ;eor*es Z mon !etit-. ;eor*es Z " Y uis-8 les deux t5tes n’ont !lus %ait qu’une seule t5te 0 les deux cor!s n’ont !lus %ait qu’un seul cor!s& [ne %orme unique, douloureuse et démoniaque2/, s’est a*itée sous les dentelles& Xlle disait , « Kan Z Kan Z " avec chaque secousse&2Xt les baisers claquaient, et les lèvres mordaient, et les chairs se tordaient, et le lit, soulevé en houles blanches, *émissait& 6lors '’ai !leuré, !leuré, !leuré& Xt 'e t’ai crié, à *enoux, les mains 'ointes , « ;abrielle Z ma !etite ;abrielle Z " Mais tu n’as !as ré!ondu , « ;eor*es Z mon !etit ;eor*es22 Z " Y

Kenri ;ervex, -olla 9-.J.:

uis l’homme est !arti + l’homme !etit, riche et laid + est !arti en chantant&

@ariante de « aysa*es " , « mon !auvre !etit "&&& @ariante des versions !ostérieures , « ?e t’ai vue cette nuit& " 2/ Qes deux é!ithètes sont révélatrices d’une conce!tion ro!sienne de l’amour, telle qu’elle sera dévelo!!ée dans Le Calvaire et illustrée !ar le !eintre Lirat, ami de ?ean Mintié& La %emme 'oue un rôle démoniaque, et l’accou!lement est !erTu comme une source de sou%%rance 9« douloureux ", « mordaient ", « se tordaient ", « secousse ":, bien !lus que de !laisir 9à su!!oser que les « Kan Z han Z " soient un sym!tôme de 'ouissance, ce qui n’est m5me !as évident:& 2Qette !hrase dis!ara7tra dans les Lettres de ma chaumière et dans « aysa*es " , !eut#5tre a#t# elle été 'u*ée tro! évocatrice, voire obscène P 22 @ariante de « aysa*es " , « %on pauvre petit "ean "&
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Xt tu es restée seule, toute seule, le ventre sali, é!uisée et hideuse, nue sur le lit dévasté2E& 6u!rès de toi, l’homme !etit, riche et laid avait laissé une cassette, une *rande cassette, d’o) l’or coulait, comme d’une %ontaine, d’o) l’or coulait et se ré!andait, sur le lit, autour de toi, tout autour de toi& Xt l’or montait Xt tu montais avec l’or2A Nu !lon*eais tes mains dans l’or, tes mains avides& Nu !renais l’or à !oi*nées, à !oi*nées %urieuses& Nu %aisais ruisseler l’or sur toi, en cascades %auves Z De l’or Z oui, c’est de l’or Z 6h Z le bain délicieux Z Q’est l’or lustral qui lave toutes les souillures Z Xncore, encore Z Xt tu riais, tu riais, tu riais tou'ours Z Xt l’or ruisselait, ruisselait, ruisselait tou'ours Z24 Xt de m5me que tu n’avais !as vu mes larmes, tu n’as !as vu mon san* qui coulait tout rou*e et tout %umant de ma !oitrine23, comme l’or coulait de ta cassette& Xt, mourant et tout !Vle, 'e suis !arti aussi, moi2J& 6dieu, !etite ;abrielle, il n’y a !lus de !etit ;eor*es2.& Octave Mirbeau

@ariante de « aysa*es , « déserté "& Qomment ne !as !enser au célèbre -olla de ;ervex, qui a %ait scandale au Dalon de -.J. P 2A @ariante de « aysa*es " , « ,t l’or se soulevait, montait, et tu montais avec l’or, soulevée par l’or! " 24 Qes se!t li*nes, ou BversC, !résentes dans le texte des Lettres de ma chaumière, dis!ara7tront dans « aysa*es "& eut#5tre Mirbeau a#t#il 'u*é excessive cette insistance sur le rôle de l’or, à la %ois corru!teur et !uri%icateur , si c’est la société bour*eoise et son culte de l’or qui sont mis en cause, le caractère naturellement cruel de la %emme !asse au deuxième !lan, car elle n’a!!ara7t !lus alors que comme un sous#!roduit d’une société mercantile o) tout s’achète& 23 Hevolver ou !oi*nard , l’instrument de mort n’est !as !récisé, mais il ne s’a*it !as d’une noyade, comme dans les Lettres de ma chaumière et « aysa*es "& 2J @ariante de « aysa*es " , « "e suis parti, moi aussi, 'e suis parti vers la rivière! " 2. Là s’achevait aussi le texte des Lettres de ma chaumière& Dans « aysa*es ", Mirbeau a'outera un bre% !ara*ra!he %inal , « 8ne feuille tom a sur le miroir de l’eau, qui se rida! ,t les reflets des peupliers trem lèrent, se tordirent en anneau), comme de lon&s serpents!!! La voi) se tut! "

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