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VOYAGER DANS LE TEMPS AVEC LA 628-E8 ET LA MGB GT

En lisant La 628-E8, bien étrange roman de Mirbeau, sorte de texte du troisième type, j’avais bien l’impression que le titre me disait quelque chose, cet assemblage incongru de lettres et de chiffres, mais sans parvenir toutefois, dans un premier temps à en identifier l’objet !out à coup, la révélation " Ma vieille M#, bien s$r " %chetée d’occasion au cours de l’année &' et que j’ai gardée près de dix ans, percluse de (ilomètres Mais quelle filiation, me dire)*vous, avec la mythique '+,*E,, ce symbole flamboyant, et ésotérique à la fois, de ma mirbeaul-trie . /eut*0tre pas grand*chose, après tout 1oilà que je ne me souviens m0me plus de son immatriculation complète qui se terminait, je crois, par %!E&2 3 les trois premiers chiffres ressemblaient à quelque chose comme +',, peut*0tre m0me '+,, mais je ne suis pas s$r du tout /eu importe Mais le sigle M#4 #! est tellement plus parlant, évocateur " 5ette petite voiture anglaise des années &6, issue d’un longue lignée de modèles prestigieux comme la M# !5 ou la M# !7 Midget, petit roadster rouge ou vert, que l’on voyait par exemple conduit par 8aurence 9livier dans Rebecca, de :itchcoc(, ou bien encore par ;yan 9’<eal, dans Love Story, aux c=tés de la belle %li Mc #ra>

8a M#4 fut beaucoup plus discrète au grand écran et c’est tout juste si on l’aper?oit sous sa forme de cabriolet @rougeA dans The Sleuth, de Boseph 8 Man(ie>ic), conduite par Michael 5aine lequel, comme on le sait, donnait la réplique à 8aurence 9livier 8a voiture de Mirbeau était une 5 *# *1 , autrement dit C 5harron D #irardot D 1oigt , et le texte commence par un éloge appuyé de l’heureux propriétaire à Monsieur 5harron, le génial constructeur '+,*E, n’est autre que l’immatriculation du véhicule 5e texte de La 628-E8, qui n’est finalement pas un roman, relèverait beaucoup plus du journal de voyage 1oyage que Mirbeau entreprit en EF62 à travers la 4elgique, la :ollande et l’%llemagne du Kaiser Gl était accompagné de sa femme %lice, de trois amis, sans oublier le chauffeur, 4rossette 8e véhicule était donc suffisamment spacieux et confortable pour contenir six personnes, sans oublier les bagages 7’ailleurs, il s’en explique aux toutes premières lignes de son texte sous forme d’avis au lecteur C

Voici donc le Journal de ce voyage en automobile travers un !eu de la "rance# de la $elgi%ue# de la &ollande# de l'(llemagne# et surtout travers un !eu de moim)me* Est-ce bien un +ournal , Est-ce m)me un voyage , -'est-ce !as !lut.t des r)ves# des r)veries# des souvenirs# des im!ressions# des r/cits# %ui# le !lus souvent# n'ont aucun ra!!ort# aucun lien visible avec les !ays visit/s# et %ui 0ont na1tre ou rena1tre en moi# tout sim!lement# une 0igure rencontr/e# un !aysage entrevu# une voi2 %ue +'ai cru entendre chanter ou !leurer dans le vent ,

!ous les spécialistes de Mirbeau, /ierre Michel en t0te, se sont attachés à disséquer, inventorier, identifier cette curiosité littéraire au milieu de laquelle figure, alle) savoir pourquoi, une longue digression sur la mort de 4al)ac, sujet qui fit scandale à l’époque en raison des révélations de l’inconduite supposée de la veuve, Madame :ans(a, au moment m0me oH l’immense écrivain trépassait /our ce qui concerne la M#, les deux premières lettres sont les plus importantes et ne sont que l’acronyme de I Morris D #arage J M#, c’est la marque les trois dernières, 4#! étant simplement destinées à identifier le modèle de la m0me manière qu’il y eut des M# %, des M# !5 ou !7 8a marque était facilement reconnaissable à la graphie particulière des deux lettres M et # insérées à l’intérieur d’un octogone, blanches sur fond rouge 8a mienne, de M#, était un petit coupé avec un hayon ouvrant à l’arrière et laissant peu de place pour les bagages, et moins encore pour l’éventuel troisième passager, téméraire assurément, et souvent victime de terribles courbatures une fois extrait de l’habitacle Ka ligne était l’expression m0me de l’élégance Tout ce %ui est beau et noble est le r/sultat de la raison et du calcul, nous dit 4audelaire, et jamais un tel aphorisme n’a été aussi bien illustré que par le dessin très épuré de cette petite voiture d$ au crayon de #ian 4atitsta /ininfarina, le célèbre carrossier*dessinateur turinois Elle était de couleur moutarde et j’avais réussi, après des semaines et des mois de recherches dans les garages et les casses de la région parisienne D pour lui restituer, si l’on peut dire, les attributs de l’authenticité D à l’équiper d’une calendre d’origine, à grille chromée, de roues I fil J peintes en vert, des moyeux Rudge, c’est*à*dires cannelés avec les écrous I papillons J que l’on desserrait avec un maillet en cuivre, tout l’attirail, quoi 8es sièges en velours d’origine avaient été remplacés par de plus anciens, en cuir noir, et le moteur L cylindres vous emportait allègrement sur les E'6 (mMh gr-ce à un système de surmultipliée électrique type I overdrive J C un petit bouton que l’on abaissait une fois passée la quatrième La vitesse C B’ai lu avec quel enthousiasme Mirbeau évoquait sa griserie de la vitesse à des L6 et 26 (mMh N l’époque de la M#4 je pouvais aller quatre fois plus vite sans craindre le flash d’un radar et le retrait de mon permis de conduire 3 tem!ora4 5 Be dois à la vérité de reconnaOtre cependant, avoir été allergique très t=t, dès mes toutes premières années, à la vitesse et très sensible au mal de la route, au mal de mer, au mal de l’air En fait, à tout ce qui bougeait, y compris les balan?oires /athologie terriblement g0nante qui ne s’atténua que le jour oH je pus conduire moi*m0me Mais avec la M#, c’était différent et cette griserie de la vitesse, ce que Mirbeau appelle l'automobilisme# j’avais fini par l’éprouver aussi %ttention à la tenue de route sur chaussée glissante et par temps de pluie car, à l’instar de /ravda @de la célèbre 47A, elle était survireuse Pne petite merveille cependant

Be ne crois pas que Mirbeau le dise explicitement, mais, pour ce qui me concerne, je reconnais aujourd’hui avoir été quelque peu amoureux de cette voiture 5omme la rose du 6etit 6rince, elle était passablement capricieuse et certains organes comme les systèmes hydrauliques de freins ou d’embrayage, avant qu’ils ne tombassent définitivement en panne, rendaient sa conduite terriblement angoissante, sinon dangereuse B’imagine que c’était le m0me genre de rapport affectif que tels ou tels spécialistes, analysant la passion de Mirbeau pour son automobile, ont vu che) le mécanicien et sa locomotive et l’on pense immédiatement au couple #abinMjacques 8antier avec la 8isonE /eut*0tre en effet, aurait*elle pu aller jusqu’à évoquer une femme, celle dont on a r0vé, un jour Qui sait . Pne fine lettrée de l’Pniversité de Kienne constate d’ailleurs que I l'automobile !rend dans cette 7uvre le r.le de la 0emme %ui 0ascine !ar sa beaut/ et %ui 0ait se retourner le visage des hommes son !assage sur la route* Le chau00eur# l'autre !rotagoniste du roman# s'occu!e aimablement de l'automobile 8 il aime sa machine# il en est 0ier# il en !arle comme d'une belle 0emme2 J Be suis probablement ce qu’il est convenu d’appeler une I victime de la voiture anglaise J, eu égard au budget qu’il fallut consacrer à l’entretien et aux frais de réparation Mais quel bonheur cependant " 4onheur de posséder une voiture élégante, racée, une voiture avec laquelle il était rigoureusement impossible de se conduire autrement qu’en parfait gentleman 8es constructeurs de gros L x L du genre :ummer ou /orsche 5ayenne ont préféré la version I bétaillère J C /ourquoi s’étonner dès lors que la route soit devenue un champ de foire . /our Mirbeau, il en était un peu autrement C
Eh bien# %uand +e suis en automobile# entra1n/ !ar la vitesse# gagn/ !ar le vertige# tous ces sentiments humanitaires s'oblit9rent* 6eu !eu +e sens remuer en moi d'obscurs 0erments de haine# +e sens remuer# s'aigrir et monter en# moi les lourds levains d'un stu!ide orgueil4 :'est comme une d/testable ivresse %ui m'envahit4 La ch/tive unit/ humaine %ue +e suis dis!ara1t !our 0aire !lace une sorte d')tre !rodigieu2# en %ui s'incarnent ; (h 5 ne rie< !as# +e vous en su!!lie ; la s!lendeur et la 0orce de l'/l/ment* J'ai not/# !lusieurs 0ois au cours de ces !ages les mani0estations de cette m/galomanie cosmogoni%ue* (lors# /tant l'/l/ment# /tant le vent# la tem!)te# /tant la 0oudre# vous deve< concevoir avec %uel m/!ris# du haut de mon automobile# +e consid9re l'humanit/4 %ue dis-+e# l'univers soumis ma toute !uissance* @Rditions du 4oucher, p +FSA

En fait ce court passage a l’immense intér0t de nous décrire très exactement l’état d’esprit des ces conducteurs de L x L mentionnés plus haut, avec cette nuance que Mirbeau était conscient de la stupidité de son orgueil, à la différence de ceux d’aujourd’hui, devant lesquels il convient de I faire place J
La $)te humaine C film fran?ais de Bean ;enoir, de décembre EFS,, d’après le roman homonyme d’Rmile Tola, avec notamment C Bean #abin, 5arette, Kimone Kimon, Uernand 8edoux 5e thème est également évoqué par Eléonore ;oy*;ever)y, in I La 628-E8 ou la mort du roman J + ;affaella 5avalieri, in :ahiers 3ctave =irbeau, nV E6 p E+L C I (vec l'automobile il est le v/ritable h/ros de la route > dou/ de sang-0roid# de !rudence et de hardiesse# c'est un e2cellent com!agnon de voyage* Sa tenue et son air de su!/riorit/ 0ont de lui un s/ducteur* J I 6our tous ces as!ects# 3ctave =irbeau se !r/sente comme le mod9le ou le !rototy!e# suivi de nombreu2 auteurs %ui !arleront de la voiture comme d'une 0emme# !rotagoniste et com!agne de voyage* J
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Be n’insisterai pas non plus sur la séduction que certaines voitures ont pu exercer, à l’égal de la '+, E ,, sur leur propriétaire, sans parler d’ ?n ta2i mauve de Michel 7éon ou des 4ugatti de /aul Morand Be rappellerai simplement qu’une autre voiture anglaise partage la vedette avec deux vénéneuses jeunes et jolies filles dans l’o!us du surréaliste Bosé /ierreS, considéré par d’aucuns comme une polissonnerie, mais bien dans la veine de @u'est-ce %ue Th/r9se , @aux très sérieuses éditions #aliléeA et oH se trouve mis en scène, avec beaucoup de gr-ce, un petit roadster Morgan L places, sous le titre Ava# Viviane et la "/e =organe Pne fa?on comme une autre, irrévérencieuse assurément, de revisiter la légende arthurienne 5e qui me rattache, moi et ma M# à la geste de la '+,*E,, ce sont les voyages que nous entreprOmes avec mon épouse, 9dile et nos trois enfants qui, je le crois bien, partagent ma nostalgie de cette époque bénie N 8ondres notamment, en EF&,, sorte de retour au2 sources avec un petit exercice de conduite à gauche, histoire de se remémorer les premiers (ilomètres de ce c=té*là de la route, @en Kuède en EF'L, l’année d’avant son passage à droite * conduite à droite je veux dire * avec le cafouillage historique et les accidents qui perturbèrent ce pays de l’ordreA 5ette m0me année EF&,, la M# nous conduisit en été dans cette Gtalie de l’%driatique entre ;imini et 1enise Et en EF,+ nous réussOmes à gagner la c=te 9uest de la Kuède, West Xosten, la <orvège jusqu’à !rondheim, superbe voyage encore que, les enfants grandissant, l’habitacle arrière devenait de plus en plus exigu 5es voyages au long cours en M# relevaient assurément d’une certaine inconscience ne serait*ce qu’à raison de la fragilité de ces organes I périphériques J décrits plus haut 9utre le fait que j’aurais eu bien du mal à changer ma roue tout seul en cas de crevaison, le système Rudge étant particulièrement difficultueux, malaisé et le grippage des cannelures du moyeu étant pour ainsi dire récurrent, je me demande combien il pouvait exister de concessionnaires en voitures anglaises en Kuède à l’époque, de telle sorte que nous aurions très bien pu connaOtre la mésaventure de cette famille que Mirbeau décrit, non sans une certaine commisération amusée, lors d’une étape dans un h=tel de 4elgiqueL Moi, j’avais la chance de posséder une voiture d’une autre trempe que la I $rulard-Ta!onnier dou<e chevau2 J de ces pauvres gens et tous ces voyages furent exempts d’incidents notables de parcours Kans 0tre atteint de dromomanie, j’avais à l’époque le go$t du voyage Et ma M# me permettait de concrétiser ceux dont j’avais r0vé autrefois ou que je faisais dans ma t0te Mon champ d’investigation de l’époque se limitait à l’Europe 8e <ord de
Bosé /ierre @EF+&*EFFFA, écrivain surréaliste qui aurait rencontré %ndré 4reton en EF2+ @ce qui est contestéA Gl est surtout connu à la fois pour sa thèse sur (* $reton et la !einture, ses tracts surréalistes et nombre de textes à caractère érotique, comme La "ontaine close, Th/r9seY ou Ava# Viviane et la "/e =organe L B Le lendemain matin# dans la cour de l'h.tel# ce 0ut une sc9ne tragi%ue* La 0amille# harnach/e !our le voyage# /tait r/unie autour de la $rulard-Ta!onnier# dou<e chevau24 -ous arrivCmes +uste au moment oD $rossette# %ui son coll9gue avait demand/ aide# sortait de dessous la voiture* E F Eh bien , interrogea le monsieur# %ui avait mis ses derniers es!oirs dans la science de notre m/canicien4 E F Eh bien4r/!ondit-il en s'/!oussetant4 rien 0aire le c.ne est 0auss/# le cuir est brGl/4 "aut %u'elle aille l'usine* E Hls 0urent tellement constern/s# tous les %uatre# %u'ils ne song9rent m)me !as !rotester# s'indigner* Le silence %ui suivit cette sentence 0ut %uel%ue chose de !oignant4 J'eus !iti/ d'eu24 Vraiment# ils avaient l'air de condamn/s mort* J @p ,,A
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l’Europe surtout, et plus spécialement la Kcandinavie, qui représentait pour moi le comble de l’exotisme, l'ultima Thul/, en quelque sorte Mes premiers contacts avec les Kcandinaves remontaient à EF'L et trois amis dans une KGM5% D %ronde, avec lesquels j’avais, l’année précédente, refait sans le savoir le parcours de La 628-E8, cZest*à*dire, la 4elgique, l’%llemagne, la :ollande 5Zétait alors ma première initiation à 1an #ogh, à ;embrandt, 1ermeer, Uran) :als, entre autresY mais aussi à 4reughel, 4osch, Ensor En bref, à la peinture 5omme nous étions quatre, j’avais été mis en demeure d’assimiler les règles du bridge, sorte de tribut rituélique à la bourgeoisie elbeuvienne que je c=toyais à l’époque, rituel que je me suis empressé d’oublier dès la fin de notre odyssée, vu son peu d’intér0t pour moi au plan strictement ludique Mais ma terre de prédilection demeurait la Kuède et le <ormand que je suis y trouvait probablement son compte ;ien à voir cependant avec la scandinomanie d’un Bean Mabire2, plus scandinave que les Gslandais eux*m0mes, ce dernier ayant d’ailleurs prénommé ses trois enfants :alvard, <ordahl et Gngrid 9n lui doit de savantes études, entre autres, sur les Waffen KK et il passe aux yeux de certains pour avoir été I le meilleur s!/cialiste de la r/habilitation du na<isme J 8a Kuède cependant représentait pour moi une sorte d’Rden social, politique et économique, oH il faisait bon vivre, et l’idée d’y émigrer m’avait m0me traversé l’esprit %vec une nature pour ainsi dire intacte, l’Gle bergmanienne de Uar[ ou celle de #otland, le B\mtland, ou la 7alécarlie, la for0t et ses élans, les torrents à truites et à saumons, les lacs %h " les lacsY le 1ettern, le 1\nern Et combien d’autres moins connus N l’image de l’%llemagne traversée par Mirbeau dans sa '+,*E,, la Kuède est un pays propre et accueillant et il n’est rien de tel qu’un voyage en automobile pour s’en rendre compte 8a première fois, en EF'L, je sortais depuis peu des épreuves du bac et abordais non sans un certain retard la faculté de droit 8e cinéma de 4ergman et celui de 7reyer commen?aient à se faire connaOtre en Urance depuis quelque temps 7reyer surtout m’avait fait une forte impression avec Vreddens Iag C Iies Hrae ou I jour de colère J en fran?ais 5e danois d’origine suédoise m’avait tout de suite fasciné par son esthétique, la beauté extraordinaire de sa photographie et le thème de la prédestination au mal, la magie et l’envo$tement version luthérienne B’avais abordé 4ergman avec Le Silence, bel exercice de style sur l’incommunicabilité Be voyais pour la première fois Gngrid !hulin, dont je ferais effectivement la connaissance dans les années ,6 8es stars suédoises de la littérature, du cinéma, de la peinture ou de la musique, en villégiature ou installées à /aris, étaient d’un abord très facile et je pus ainsi rencontrer et échanger aussi bien avec le ténor <icolas Bedda, le 4aryton %a(on :agegaard, @le /apageno de La "lGte enchant/e de 4ergmanA, qu’avec le peintre I na]f J, 8ennart Birlov, ou le sculpteur #udmar 9lofson Gl m’advint m0me, à cette époque, de croiser #reta #arbo dans un restaurant de la rue 7auphine à /aris, laquelle était, il est vrai, difficilement reconnaissable, camouflée derrière d’énormes lunettes de soleil Elle était devenue ce qu’est 4ardot aujourd’hui, à cette différence près qu’elle, elle ne parlait pas, ou si peu Et je restai bien entendu séduit par ce I monstre sacré J, la 7ivine, et j’imagine que le Mirbeau narrateur de la 4elle 9tero ne m’aurait pas désavoué En EF,+, j’avais fait des progrès dans la culture nordique et je parlais le suédois couramment B’avais affiné mes connaissances en littérature scandinave, mon premier
Bean Mabire @EF+&*+66'A est un journaliste fran?ais d’extr0me droite, écrivain régionaliste normand et critique littéraire
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contact littéraire ayant été celui du roman de Xnut :amsun Vagabonds B’avais poursuivi avec les auteurs suédois, finlandais, danois et islandais comme %ugust Kchade ou %ldor 8axness et sa :loche d'Hslande B’ai pu notamment accéder au fameux roman de :amsun, La "aim, qui avait à l’époque de sa parution si fort impressionné Mirbeau, si j’en crois la recension qu’il en a faite dans Le Journal du EF mai E,F2 C I Hl 0aut aimer cet homme > il 0aut suivre# avec !assion# cet admirable et rare artiste# la sim!le image de ce %ue +'ai vu briller la 0lamme du g/nie* J Ma M#4 #! avait donc réussi à promener toute la famille jusque dans l’Ole de #as[, sur la 5=te 9uest entre #[teborg et 9slo, le long du 1\nern pour atteindre Ktoc(holm et sa vieille ville, #amla Ktadn et 7rottning:olm, ^stersund, traverser for0ts et montagnes vers la <orvège, Ktavanger, 9slo, 4ergen, !rondheim, et les fjords /uis retour par l’%llemagne et la :ollande, en passant par le <ord de la Urise %utrement dit le voyage de La 628-E8 à l’envers N la différence de Mabire, j’ai toujours revendiqué ma latinité <ormand peut* 0tre, comme Mirbeau, mais rien à voir avec un Kuédois luthérien et discipliné, dont certains d’ailleurs considéraient avec un rien de mépris et beaucoup de hauteur ces Uran?ais qui cherchaient à les imiter C selon un vieux consul de Kuède de ma connaissance, les Uran?ais n’étaient assurément que I des petits rigolos J B’avais tout de suite compris que I jouer à l’homme du <ord J aurait constitué le comble du ridicule, à leurs yeux notamment Merveilleuse compagne de voyage que la M#4 #!, sa conduite nécessitait une certaine habitude et mon siège de conducteur était calé au tout premier cran pour que mes pieds atteignissent, vu la modestie de ma taille, les pédales de freins, d’embrayage et d’accélérateur En fait, je conduisais presque allongé et comme dans une baignoire, habitude que j’ai conservée d’ailleurs, peut*0tre en souvenir de cette époque Gl a malheureusement fallu m’en séparer et la vendre, la mort dans l’-me à un collectionneur en EF,' ou EF,&, je ne sais plus Mais elle continue de hanter mes r0ves, la nuit Be la retrouve au garage, en plus ou moins triste état, délabrée parfois Mais j’entends, oui j’entends le feulement si particulier du moteur et elle m’emporte Be me réveille, dé?u, mais aussi rassuré 8es cabosses sur les ailes et les portières enfoncées n’étaient que des chimères, des !iternes, comme dirait Mirbeau, et son image est toujours intacte dans ma mémoire Que m’a*t*elle apporté au juste, cette belle auto . Pne petite dose supplémentaire de vanité au profit d’un ego quelque peu inquiet et mal assuré . Pn peu de frime' . /robablement Et sans doute des satisfactions du m0me ordre que celles qui advinrent à Mirbeau avec sa '+,*E, 5ette machine, il était allé jusqu’à la personnaliser et à lui donner une identité par son immatriculation, un peu comme lorsque l’on donne un prénom à un nouveau*né et lui*m0me entretenait une sorte de confusion entre l’homme qu’il était et sa machine C I Je n'ai !u %ue rouler sur les routes comme un boulet sur la courbe de sa tra+ectoire* J 8’on sent bien qu’il est devenu en quelque sorte l’homme*machine promis à toutes les aventuresY interurbaines, à défaut de pouvoir atteindre la dimension intersidérale

I Les m/caniciens e2ercent sur l'imagination des cuisini9res et des 0emmes de chambre un !restige !res%ue aussi irr/sistible %ue les militaires* :e !restige a une cause noble 8 il vient du m/tier m)me# %u'elles +ugent h/roJ%ue# !lein de dangers et %u'elles com!arent celui de la guerre* 6our elles# un homme tou+ours lanc/ travers l'es!ace# comme la tem!)te et le cyclone# a vraiment %uel%ue chose de surhumain J @p '2A

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Mais au*delà des milliers de (ilomètres parcourus dans toute l’Europe avec cette machine, c’est en définitive un voyage dans le temps qu’elle m’a offert N l’époque, déjà, sa singularité la situait bien au*dessus des modèles ordinaires, ces purs produits du fordisme <e pas avoir la voiture de Monsieur !out le Monde me renvoyait à l’époque oH mon père conduisait sa première auto, une Xubel>agen, sorte de jeep allemande rescapée du débarquement de <ormandie et tout droit sortie des surplus de la Kehrmacht C une relique de la Keconde #uerre Mondiale en quelque sorte, laquelle n’était certes pas non plus, à l’époque, la voiture de tout le monde* 5ette 1ol(s>agen militaire suscitait sur son passage maints regards réprobateurs ou haineux des anciens, à qui elle rappelait naturellement de mauvais souvenirs Et aussi quolibets et la))is des plus jeunes, notamment de mes camarades du collège 5’est tout juste si on ne nous lan?ait pas des pierres %vec la M#, j’avais pris une sorte de revanche sur la Xubel>agen dans laquelle nous voyage-mes, mes frères et moi, pendant notre enfance, pas très fier D pour ce qui me concerne D de cette originalité imposée par les circonstances C nous devancions de beaucoup la mode des véhicules tout*terrain qui sévit aujourd’hui %ujourd’hui, la situation est différente et revoir une M#4 #! au hasard d’une rue, ou sur la grand*route m’émeut toujours et me renvoie à cette époque d’insouciance, d’élégance, de fair*play, aujourd’hui révolue Rpoque oH voyager était une aventure, une réalité palpable C raser le bitume à EL6 à l’heure et vous vous serie) cru sur le circuit du Mans " 5e genre de voyage relève aujourd’hui de la fiction tout en sachant que sa frontière avec le réel est parfois ténueY très ténueY %u fait, ne suis*je pas entrain de me rencontrer moi*m0me, comme avec la =achine remonter le tem!sL , Bean*/ierre 4;R:GE; LaMyer

I Hl y a des moments oD# le !lus s/rieusement du monde# +e me demande %uelle est# en tout ceci# la !art du r)ve# et %uelle la !art de la r/alit/* Je n'en sais rien* L'automobile a cela d'a00olant %u'on n'en sait rien# %u'on n'en !eut rien savoir* L'automobile# c'est le ca!rice# la 0antaisie# l'incoh/rence# l'oubli de tout4 J @p 2EA

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