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Fabienne FORTIN

.] PhD, Professeur Faculté des Sciences infirmières, Université de Montréal

SCIENCES INFIRMIÈRES ET RECHERCHE

Le thème général de ces deux journées éducatives en interaction avec son environnement dont le foyer
s’intitule La science infirmière : construction et pers- central couvre le spectre des réactions humaines aux
pectives, thème évocateur dans l’évolution des soins problèmes de santé actuels et potentiels (ANA, 1985).
infirmiers qui s’inscrit dans le courant actuel du déve- La discipline infirmière inclut à la fois les fondements
loppement des connaissances dans la discipline. Le de /a profession et /a science infirmière ; la science
titre de ma présentation, Sciences infirmières et recher- infirmière étant ce corpus de connaissances spécifiques
che, s’harmonise avec le thème et vise à proposer une obtenu à l’aide de la recherche, en vue de guider la
démarche qui permet d’établir des liens entre ces deux pratique des soins infirmiers. Les fondements de /a
entités dans le contexte de l’avancement des connais- profession incluent la connaissance en regard de
sances. l’orientation des valeurs de la profession, la nature de
la pratique professionnelle et les positions philosophi-
Les soins infirmiers incluent à la fois la discipline et la ques qui influencent cette pratique. Ainsi, le soin infir-
profession, les deux composantes étant soumises res- mier est à la fois influencé et lié par : des éléments
pectivement au développement des connaissances en abstraits et concrets de la réalité qui concourent à son
sciences infirmières et à leur application dans la prati- application, entre autres la théorie, la recherche, la
que professionnelle. La recherche est une méthode pratique, la science, la philosophie.
particulière d’acquisition des connaissances qui~ per-
met à la discipline et à la profession de se développer.
Au cours de cet exposé, nous examinerons d’une part
le soin infirmier, ses liens avec d’autres éléments de la
réalité, ses types de savoir et d’autre part, la recherche LIENS ENTRE THÉORIE,
scientifique comme moyen de construire la science RECHERCHE ET PRATIQUE
infirmière, ses fondements philosophiques, ses métho-
des d’investigation, son évolution historique et le rôle
des infirmières en recherche. Je conclurai en soulevant La recherche, la théorie et la pratique sont des entités
certaines questions relatives à l’objet d’étude du soin intimkment liées les unes aux autres. On peut définir la
infirmier et de quelles façons il est possible de contri- théorie comme une généralisation abstraite qui pré- /
buer au développement de la science infirmière. sente une explication systématique des relations entre
les phénomènes ; c’est une série de principes ou de
propositions en regard des relations mutuelles entre les
concepts. Par exemple, la description de la réaction au
stress est une théorie. Elle est composée de plusieurs
COMPOSANTES DU SOIN INFIRMIER concepts généraux liés entre eux par un ensemble de
propositions, lesquelles servent à expliquer le phéno-
mène du stress. Les théories se présentent à différents
De par sa nature, le soin infirmier (nursing) est à la fois niveaux selon qu’elles visent à décrire, expliquer ou
une profession et une discipline. Cette distinction pré- prédire des segments de la réalité. La recherche dépend
cise la mission de la profession infirmière, qui est de de la théorie en ce que celle-ci apporte une significa-
pourvoir à la dispensation des soins et aux moyens tion aux concepts utilisés dans une situation donnée. La
d’améliorer la qualité de ses services (WOOD et CA- réciprocité recherchekhéorie se retrouve aussi au plan
TANZARRO, 1988). La profession se préoccupe des de la méthodologie utilisée. Les théories sont générale-
activités de ses membres dans leur effort pour améliorer ment classifiées comme étant descriptives, explicatives
la santé et le bien-être des personnes. La discipline, ou prédictives (DIERS, 1979). Les types de recherche
quant à elle, représente un champ distinct de connais- qui génèrent ou vérifient des théories, sont respective-
sances qui évolue vers une façon unique de percevoir ment descriptifs, corrélationnels et expérimentaux.
les phénomènes de soins. La discipline fournit une L’étroite liaison entre la recherche et la théorie fait en
perspective qui met l’accent sur la santé de la personne sorte que l’élaboration de la théorie repose sur la re-
SCIENCES INFIRMIÈRES ET RECHERCHE .‘1’~

cherche et que celle-ci en retour, repose sur !.a théorie Différentes philosophies ou façons de percevoir la réa-
(FAWCETT et D~WNS, 1986). un des rôles de la Iité,~débouchent sur différentes conceptualisations des
théorie, c’est de lier en un tout organisé et cohérent, les concepts-clés d’une discipline et fournissent des énon-
faits observés, qui pris un à un, revêtent peu de signifi- cés sur la nature des relations entre ces concepts (ALT-
cation. Les théories représentent donc une méthode MAN et ROCOFF, 1987). Ainsi, les positions philoso-
d’organiser, d’intégrer et d’extraire des concepts abs- phiques véhiculées par la profession infirmière incluent
traits sur la façon dont les phénomènes sont associés les une vision holiste, rationnelle et responsable des êtres
uns aux autres (POLIT et HUNGLER, 1995). humains. Des soins infirmiers de qualité facilitent
l’adoption de comportements de santé et la qualité de
La relation entre la théorie et la pratique est aussi une vie. Bien que les philosophes et les scientifiques pour-
réciprocité. En effet, de la pratique émanent des théo- suivent un but commun qui est celui de travailler à
ries, lesquelles auront besoin d’être vérifiées de façon l’expansion des connaissances, l’approche des uns et
empirique avant d’être validées à nouveau dans la des autres, pour mieux saisir la réalité, est différente. Le
pratique (MELEIS, 1992). En fait, la recherche établit un philosophe utilise l’intuition, le raisonnement, I’intros-
pont entre la discipline comme champ de connaissan- pection pour faire un examen du but de la vie humaine,
ces, et la pratique professionnelle comme intervention de la nature de l’être, de la réalité et des limites de la
thérapeutique. Elle permet, entre autres, de vérifier la connaissance (SILVA, 1977). Son approche pour com-
théorie ou de la développer, et cette union de la théorie prendre la réalité, se caractérise par la création d’un
et de la recherche fournit une base à la pratique. Les ensemble de postulats et de croyances qui découlent
préoccupations, qui évoluent vers la précision de pro- de son expérience personnelle et de sa réflexion sur les
blèmes de recherche dans une discipline profession- expériences d’autrui. Le scientifique, quant à lui, ob-
nelle comme la nôtre, prennent la plupart du temps serve, conçoit des définitions opérationnelles, vérifie
racine dans les lieux de pratique. Le foyer de la pensée des hypothèses et conduit des recherches de façon à
concrète pour la pratique infirmière se trouve dans les pouvoir découvrir des phénomènes de régularité, qui
milieux où se dispensent les soins. La recheiche est une apportent uri degré rassurant de certitude; cette longue
façon de valider la réalité. démarche lui Permettra~ d’interpréter la réalité (LO
BIONDO WOOD & HARPER, 1994 ; FORTIN,
Un autre élément de la réalité est la science. Celle-ci TACCART, KÉROUAC et NORMAND, 1988).
est différente de la recherche, bien qu’elle en soit le
produit. La science offre deux perspectives : d’une part, La philosophie apporte une signification au soin infir-
celle de constituer un corpus de connaissances théori- mier et fournit une structure à l’intérieur de laquelle la
ques, lequel concerne spécifiquement les relations en- pensée, le savoir et le faire se rencontrent. Les positions
tre les faits, les principes, les lois et les théories, ex- philosophiques, telles la perspective holiste, la qualité
‘,
cluant ainsi les données obtenues de façon aleatoire, et de vie, influencent à la fois le soin, la recherche et le
d’autre part celle d’une méthode d’investigation scien- développement des connaissances dans la discipline
tifique (ANDREOLI etTHOMPSON, 1977; NEWMAN, (BURNS & GROVE, 1993). La philosophie fournit des
1979 ; BECKWITH et MILLER, 1976). La science est orientations pour la recherche et dans la façon de
une organisation cohérente composée de résultats de développer les connaissances.
recherche et de théories vérifiées en relation avec un
champ de connaissances spécifiques ; son but premier
est d’expliquer le monde empirique. La science infir-
mière en tant que corps de connaissances a été défini
de plusieurs façons. Fondamentalement, elle est cons- SOURCES DE LA CONNAISSANCE
tituée de conceptslconstruits qui décrivent diverses (types de savoir)
réactions humaines en regard de la santé et de la
maladie et par les interventions thérapeutiques dans
des situations spécifiques de soin. Voir la science infir- La connaissance qui construit la science infirmière ne
mière en lien avec la pratique, c’est la définir comme représente qu’un aspect de la discipline infirmière. II
un champ de connaissances engendrées et vérifiées existe d’autres sources de savoir auxquels le soin infir-
dans une perspective infirmière, de manière à fournir mier a puisé au cours de son histoire. Quatre types de
une information pertinente pour la pratique des soins savoir ont été définis par CARPER (1978) : les savoirs
(HINSHAW, 1989). esthétique, personne/, éthique et empirique. Ces quatre
types de savoir sont nécessaires à la compréhension de
Le développement et l’orientation des connaissances la profession infirmière, à l’orientation de ses valeurs, à
dans une discipline dépend aussi de la philosophie. la nature et aux fondements philosophiques de la pra-

Rechercheen soins intirmiers Na47 Dkembre 19’36


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SCIENCES INFIRMIÈRES ET RECHERCHE

tique. Le savoir esthétique est étroitement lié ,à l’art d’acquisition des connaissances, la recherche scientifi-
infirmier ; il fournit la connaissance obtenue à travers que est la méthode la plus rigoureuse et la plus accept-
l’expérience subjective et le développement créatif du able puisqu’elle repose sur une démarche scientifique.
soin infirmier. Ce savoir toutefois ne peut être organisé Celle-ci combine à la fois d’importantes caractéristi-
qu’en se basant seulement sur la logique, puisqu’il ques d’induction et de déduction et d’autres éléments,
inclut des caractéristiques uniques des personnes plu- pour créer un système d’acquisition des connaissances,
tôt que des attributs universels qui caractérisent des qui bien que faillible, est généralement plus fidèle que
groupes. Par exemple, le développement de I’empa- la tradition, l’autorité, l’expérience ou le raisonnement
thie, selon CARPER (1978), est un mode important dans logique seul. Un aspect important qui distingue la
l’apprentissage du savoir esthétique. Le deuxième type recherche des autres méthodes d’investigation, c’est sa
de savoir est la connaissance personnelle. Celle-ci se dimension critique, c’est-à-dire sa capacité à conti-
réfère au savoir et à l’actualisation de soi. Dans ses nuellement remettre en question tout ce qu’elle pro-
rencontres thérapeutiques, l’infirmière développe des pose. Cette méthode d’acquisition des connaissances
relations inter-personnelles authentiques, un processus est dotée d’un pouvoir descriptif et explicatif des faits,
qui est possible seulement si elle a appris à se connaître des événements et des phénomènes.
elle-même et à croire en la capacité de changement de
l’autre. La connaissance personnelle est caractérisée
par un mode de savoir subjectif, concret et existentiel.
Quant au savoir éthique, il relève des obligations mo- :Z
id Qu’est-ce-que la recherche scientifique ?
rales en regard des décisions difficiles à prendre dans
le contexte des services de santé de plus en plus com- La recherche scientifique est un processus, une démar-
plexes. Il émane des principes traditionnels et des co- che systématique qui permet d’examiner des phénomè-
deséthiques. Lesavoiréthique nécessite lacompréhen- nes, en vue d’obtenir des réponses à des questions
sion de diverses orientations philosophiques sur ce qui précises qui méritent d’être étudiées. C’est une mé-
est correct, bon ou désirable. Enfin, le savoir empirique thode explicite qui consiste en une série d’étapes intel-
se réfère à la connaissance obtenue à travers ladémar- lectuelles et de règles opératoires à suivre pour résou-
che scientifique. Cette connaissance est généralement dre un problème. Cette démarche est universelle et
organisée autour de lois et de théories qui permettent partagée par d’autres disciplines (ROBERT, 1988).
de décrire, de prédire et d’expliquer des phénomènes.
Les travaux empiriques en soins infirmiers, décrivent et La démarche scientifique comporte quatre phases, con-
classifient les phénomènes infirmiers qui se prêtent à ceptuelle, méthodologique, empirique et interpréta-
l’observation, telles les limites dans les auto-soins, I’al- tive, chacune étant assortie d’une série d’opérations
tération des fonctions biologiques, etc. Chaque type de intellectuelles. Le cycle de la recherche est déclenché
savoir contribue à sa façon au développement du soin par une question que pose le chercheur à partir de ses
infirmier, en offrant une meilleurecompréhension de la observations, de son expérience personnelle, de son
complexité et de la diversité de la connaissance infir- intuition ou encore d’une faille qu’il a identifiée dans
mière (STEUBERT & CARPENTER, 1995). Cependant, son domaine de connaissances. C’est l’amorce de la
le savoir empirique est celui qui permet d’établir des phase conceptuelle, au cours de laquelle le chercheur
bases scientifiques pour la pratique des soins. jongle avec une idée, la documente et construit un
problème de recherche. II passe de la pensée concrète
à la pensée abstraite.

Une seconde étape de /a phase conceptuelle consiste


MÉTHODES D’ACQUISITION à examiner l’état des connaissances sur le domaine et
DES CONNAISSANCES les domaines connexes, que ces connaissances soient
factuelles, théoriques ou méthodologiques. Examiner
La plupart des disciplines ont acquis la connaissance ce qui a déjà été fait pour voir si cela peut en principe
par le biais de diverses moyens, tels que l’intuition, les résoudre le problème, sinon la démarche se poursuit.
traditions et l’autorité, l’expérience personnelle, l’essai Les conclusions qui découlent de cette opération sont
et l’erreur, l’emprunt à d’autres disciplines, le raisonne- suivies d’un retour au point de départ, lequel permet de
ment logique et la recherche. Bien qu’aucune des mé- modifier la question préliminaire en regard du niveau
thodes d’acquisition des connaissances ne soit négli- des connaissances actuelles. Une solution est proposée
geable en soi, c’est la recherche qui permet de au problème. Le chercheur a recours aux connaissan-
développer la base des connaissances indispensable ces déjà disponibles ou plus ou moins fondées, provenant
aux différentes disciplines. De toutes les méthodes du domaine étudié ou encore des domaines connexes.
Selon l’état d’avancement des connaissances sur le ciplik abordera les problèmes de son domaine
domaine, les réponses peuvent être suggéréës par des d”étude,. à l’aide d’un ‘ensemble de procédés et de
modèles théoriques, qui constituent le cadre de réfé- techniques qui lui sont plus ou moins caractéristiques.
rence d’une étude. Le cadre de référence est une struc- Ainsi, la recherche infirmière se définit par I’applica-
ture conceptuelle ou théorique qui lie toutes les com- tion de /a démarche scientifique à /‘étude de phénomè-
posantes d’une étude et lui donne une perspective nes en soins infirmiers, qui conduisent à /a découverte
spécifique. Les propositions hypothétiques formulées à et à I’accroisse~ent de savoirs spécifiques à /a disci-
cette étape seront soumises à une vérification empiri- pline. La recherche infirmière relève de l’investigation
que. Enfin, les conséquences qu’entraîne la solution systematique qui peut porter soit sur les clientèles, soit
proposée sont inférées ou déduites. S’il s’agit d’une swla pratique des soins et ses effets auprès des patients,
théorie, elle prédira les résultats anticipés. Ces opéra- leurs familles, ,la communauté ou encore sur l’étude
tions conduisent à rassembler tous les éléments qui des contextes de soins. Les contextes de soins englo-
concourent à la formulation du problème de recherche bent aussi bien la prestation, l’organisation que I’éva-
et à l’énoncé des questions, ou le cas échéant des luation des soins infirmiers dans l’ensemble des milieux
hypothèses. dans lesquels les soins sont prodigués. D’une certaine
façon, le domaine d’investigation en soins infirmiers
La phase méthodologique comporte un ensemble
peut être précisé par les concepts du métaparadigme
d’opérations qui s’articulent avec le choix de la mé- qui sont la personne, l’environnement, la santé et le
thode d’investigation en regard de la question posée.
soin infirmier. L’articulation des quatre concepts entre
Ce que l’intelligence croit avoir trouvé dans l’éclair de eux représente l’interaction humaine et met en évi-
l’intuition, le jugement doit le démontrer ou l’expliquer
denté la nature multivariée des interventions infirmiè-
par le raisonnement. C’est en quelque sorte l’étape de res en regard de la santé.
I’opérationnalisation des concepts théoriques ou leurs
définition en des variables observables et mesurables.
Le chercheur définit la population, détermine la taille
de l’échantillon, choisit et met au point les instruments But et objectifs de la recherche
de mesure les plus appropriés pour effectuer la collecte
des données et détermine les techniques d’analyses
pertinentes au traitement des données. La phase empi- Le but ultime de la démarche scientifique appliquée
rique comporte la collecte des données sur le terrain à aux soins infirmiers, est de créer une base solide de
l’aide des techniques et des instruments de mesure connaissances scientifiques pour guider la pratique des
choisis. A cette phase, le chercheur applique intégrale- soins. II ne s’agit pas seulement de préciser une partie
ment le plan élaboré à la phase précédente. Une fois des causes sous-jacentes à un phénomène, mais d’en
les données collectées, elles sont organisées pour I’ana- obtenir une description et une explication complète,
lyse, en vue de proposer une explication des phénomè- d’être capable d’en prédire l’apparition et même de la
nes observés. produire. Ainsi, dépendant des niveaux de connaissan-
ces sur un sujet donné, les objectifs de /a recherche
Enfin, la phase interprétative consiste à répondre aux seront soit de type : exploratoire, descriptif, corréla-
questions de recherche ou aux hypothèses qui ont été tionnel ou expérimental. La recherche exploratoire qui
vérifiées à l’aide de tests statistiques et à déterminer est aussi descriptive, identifie et décrit les concepts en
dans quelles conditions les résultats s’appliquent et rapport avec les phénomènes de santé à l’étude. Son
peuvent être généralisés. C’est la confrontation des but est de répondre à la question : « Qu’est-ce que
résultats obtenus avec les questions de recherche ou les c’est ! » Elle est utilisée dans les situations où les con-
hypothèses. Dans la plupart des cas, la pertinence des naissances sont peu développées. Les approches quali-
résultats justifie la publication d’une communication tative et quantitative de collecte de données peuvent
scientifique. De nouvelles questions peuvent être être employées, bien que l’approche qualitative se
énoncées à cette étape et le cycle de la recherche prête bien à ce niveau de connaissances. La recherche
recommence. descriptive permet de décrire avec grande précision un
phénomène tel qu’il se présente dans son environne-
ment naturel. Elle permet aussi de découvrir des rela-
Champ d’application de la recherche infirmière tions entre les concepts. Le chercheur se demande :
« Que se passe-t-il dans cette situation ? ou ctimment
les concepts se comportent-ils entre eux ! » Ce niveau
En plus d’utiliser la démarche scientifique, dont les de recherche est utilisé quand les phénomènes ont été
principales étapes viennent d’être décrites, chaque dis- précisés mais que l’on ignore l’existence de relations.

Recherche en soins infirmiers ND47 - D&embre 1996


SCIENCES INFIRMIÈRES ET RECHERCHE

En clair, décrire un phénomène consiste à en détermi- bases théoriques suffisantes pour appuyer l’hypothèse
ner les composantes et leurs degrés respectifs d’impor- de causalité, les causes étant habituellement exprimées
tance. La recherche corrélationnelle ou d’association par des propositions théoriques.
est appropriée, quand les concepts ont été décrits et
Les difficultés de contrôler un environnement comme
qu’il existe une bonne raison de croire qu’ils peuvent
les soins intensifs, sont nombreuses. L’utilisation d’une
être mutuellement associés. Son but est d’explorer des
étude expérimentale dans ce contexte peut présenter
relations entre des concepts et de vérifier le degré ou la
des problèmes d’ordre méthodologique et théorique.
force de cette association. II s’agira d’expliquer I’appa-
Par exemple, conclure que le résultat attendu : « retour
rition même du phénomène. Enfin, quand un phéno-
du comportement normal chez les patients », résulte
mène a été décrit, que des relations ont été vérifiées uniquement de l’intervention infirmière et non de I’ef-
entre les concepts, la recherche expérimentale peut
fet d’autres variables, est difficile à énoncer en pré-
être utilisée. Le but de la recherche expérimentale est sence de multiples causes. L’autre aspect plus fonda-
de vérifier des relations de cause à effet entre’des mental à considérer est la question de savoir si la
concepts ou variables en vue de prédire un résultat si théorie, qui supporte l’hypothèse de la relation causale
l’on modifie la situation de recherche de manière à entre l’interruption dans les cycles du sommeil et le
produire un phénomène donné. L’exemple qui suit comportement attendu, est suffisamment évidente pour
retrace les niveaux de la recherche et de la théorie, ou assurer la crédibilité des résultats et leur application
les étapes à parcourir dans l’étude d’un problème de dans la pratique. Si la relation existe réellement, c’est-
soins. Les questions de recherche se modifient d’un à-dire si elle est fondée sur des bases théoriques, aptes
niveau à l’autre au fur et à mesure de l’accroissement à expliquer comment les interruptions dans les cycles
des connaissances. II faut se rappeler que les types de du sommeil agissent sur le comportement des patients
recherche ne sont pas entrepris en même temps. pour induire un changement, les résultats ont le poten-
Les infirmières d’unités de soins intensifs ont souvent tiel d’être reproductibles dans la pratique.
observé le comportement inhabituel manifesté par des
patients qui ont été opérés à coeur ouvert. La première
question consistait à connaître et préciser les facteurs
de l’environnement susceptibles d’affecter le compor-
tement des patients. Les facteurs suivants ont été obser- FONDEMENTS PHILOSQPHIQUES
vés ou trouvés dans les écrits sur le sujet: la durée sous SOUS-JACENTS AUX METHODES
I’oxygénateur, les variations dans l’intensité de la Iu- D’INVESTIGATION
mière, l’interruption dans les cycles du sommeil, les
sons étrangers, le bruit, les visiteurs. Par la suite, on a
cherché à examiner des relations entre les différents A venir jusqu’à présent, nous avons vu qu’une seule
facteurs, de manière à préciser ceux qui semblent ex- méthode d’investigation, qui est celle relevant du mo-
pliquer le comportement anormal des patients. A un dèle post-positiviste. Les méthodes d’investigation
troisième niveau on vérifie l’influence des facteurs sur s’harmonisent avec les fondements philosophiques qui
le comportement des patients. La variable « interrup- sous-tendent les préoccupations et les orientations
tion des cycles de sommeil » est apparue la plus signi- d’une recherche dans une discipline donnée. A l’heure
ficative pour expliquer le comportement du patient. A actuelle, on peut dire qu’il existe trois écoles depensée
un niveau de recherche plus avancé, une intervention qui prévalent dans le développement de la connais-
infirmière est vérifiée, afin de promouvoir un compor- sance dans la discipline infirmière. II s’agit de la philo-
tement normal chez le patient, sur la base de la relation sophie sous-jacente au mouvement post-positiviste, la
entre les cycles de sommeil et le comportement inha- philosophie sous-jacente à /a phénoménologie (HEI-
bituel observé. Une hypothèse est formulée à l’effet DECGER) et la philosophie sous-jacente à la théorie
qu’une diminution dans les interruptions de sommeil critique sociale, toutes trois engendrent des paradigmes
est reliée à une diminution dans l’incidence du com- de recherche différents (CHINN, 1986). Un paradigme
portement anormal. Afin de réduire le nombre d’inter- étant un schème fondamental qui sert à établir la pers-
ruptions du sommeil, il est possible pour l’infirmière de pective que le chercheur désire donner à son étude.
développer une intervention visant à modifier la situa- Ainsi, le chercheur peut se placer dans un schème en
tion actuelle à l’unité des soins intensifs et produire le harmonie avec ses croyances, ses valeurs, sa percep-
comportement désiré. Cependant, la réalisation d’une tion des choses et ainsi orienter ses questions de recher-
étude expérimentale requiert que des données empiri- che et sa démarche méthodologique en ce sens (OUEL-
ques justifient une telle approche et qu’il existe des LET, 1990).
Dans le cadre du paradigme post-positiviste, la réalité une compréhension complète et élargie du phénomène
est perçue comme unique et statique. Les faits objectifs à l’étude. Le chercheur observe, décrit, interprète et
existent indépendamment du chercheur et peuvent être apprécie le milieu et le phénomène tels qu’ils se pré-
découverts, se référant ainsi à la connaissance absolue. sentent, sans chercher à les contrôler. Le but de cette
Dès lors, les phénomènes humains sont prévisibles et méthode d’investigation dans le développement de la
contrôlables. Le but ultime des efforts scientifiques est connaissance, est descriptif ou interprétatif plutôt
orienté vers l’expansion et le raffinement de l’habileté qu’évaluatif. Cette façon de développer la connais-
à prédire et à contrôler le phénomène à l’étude. C’est sance reconnaît l’importance primordiale, de la com-
le paradigme le plus souvent utilisé en médecine ainsi préhension du chercheur et des participants dans le
qu’en soins infirmiers. Selon le paradigmedécoulantde processus de la recherche. Cette méthode est une ex-
la phénoménologie, la réalité est multiple et existe tension de la capacité du chercheur à donner un sens
selon un processus interactif et dynamique avec l’envi- au phénomène, à partir du système de référence de la
ronnement, référant ainsi à une connaissance relative personne plutôt que l’imposition d’un cadre extérieur.
ou contextuelle. Les phénomènes humains sont uni- Elle est orientée vers le processus plutôt que vers le
ques et non-prévisibles et le but des efforts scientifiques résultat.
est orienté vers la compréhension complète du phéno-
mène à l’étude. Selon le paradigme qui sous-tend la La méthode d’investigation qualitative, découlant du
théorie critique, la réalité est sociale et existe sur la paradigme de la théorie critique, est préoccupée par la
base de conventions sociales ou d’accords négociés. responsabilité pratique et sociale des participants. La
Deux valeurs centrales dominent ce paradigme : I’au- démarche de recherche vise à effectuer une critique de
tonomie et la responsabilité. La connaissance n’est pas la situation sociale à l’étude et vise à rendre les partici-
découverte, elle est créée et se situe dans un contexte pants capables de prendre des décisions. C’est ce qu’on
historique. Toute’connaissance est théorique en ce sens appelle « I’empowerment ». Les structures de la société
qu’elle est enracinée dans l’interprétation. qui présentent de l’intérêt pour la théorie critique sont
entre autres : la famille, les images de la femme, les
De ces fondements philosophiques bien établis décou- ethnies, les gais, l’accessibilité aux soins de santé, la
lent des caractéristiques particulières de recherche. distribution de la richesse, etc. Par exemple, les recher-
Certaines recherches, de par la nature des questions ches féministes utilisent le paradigme de la théorie
posées, nécessiteront soit une description des phéno- critique sociale.
mènes à l’étude, soit une explication sur l’existence de
relations entre des phénomènes, ou encore la prédic-
tion et le contrôle des phénomènes. Les deux méthodes
d’investigation qui concourent au développement de la
connaissance, sont les méthodes qualitative et quanti- APERÇU HISTORIQUE
tative. La méthode d’investigation quantitative, qui dé- DE LA RECHERCHE INFIRMIÈRE
coule du paradigme post-positiviste est un processus
systématique de cueillette de données observables et
vérifiables. Elle est fondée sur l’observation de faits A cette étape de notre exposé, il serait approprié de
objectifs, d’événements et de phénomènes existant in- présenter un aperçu historique de l’évolution de la
dépendamment du chercheur. Ainsi, cette méthode recherche infirmière. Le développement de la recher-
reflète un processus complexe qui conduit à des résul- che n’est pas indépendante de l’évolution des profes-
tats qui doivent contenir le moins de biais possible. Le sions, de l’éducation et de la pratique. Dans le domaine
chercheur adopte une démarche ordonnée qui le con- des soins infirmiers, des progrès en recherche ont été
duit à travers une série d’étapes systématiques partant accomplis et des changements de tendance et d’orien-
de la définition du problème de recherche à l’atteinte tation sont survenus surtout au cours des trente demiè-
des résultats. L’objectivité, la prédiction, le contrôle et res années.
la généralisation sont des caractéristiques inhérentes à
cette méthode d’investigation. La méthode d’investiga- La recherche infirmière a pris racine au cours de la
tion quantitative a pour but de contribuer au dévelop- deuxième moitié du siècle dernier dans la foulée des
pement et à la validation des connaissances, elle doit idées et des pratiques véhiculées par Florence NIGH-
aussi avoir la possibilité de généraliser les résultats, de TINGALE durant la guerre de Crimée. La promotion de
prédire et de contrôler des événements. la santé, la prévention de la maladie et le soin des
malades furent les idées centrales de sa conception.
La méthode d’investigation qualitative, découlant du Elle estimait que la collecte systématique de données
paradigme de la phénoménologie, est préoccupée par était nécessaire à l’amélioration des soins (PALMER,

Recherche en soins infirmiers NP47 Décembre 1996


SCIENCES INFIRMIÈRES ET RECHERCHE

1977 ; HOCSTEL et SAYNER, 1986). Plus évidente inséré dans la plupart des programmes de baccalauréat
encore a été l’importance accordée par Florence en sciences infirmières.
NICHTINCALE à l’observation. Elle a accentué dans
ses notes (NIGHTINGALE et SKEET, 19801, I’impor- A partir de 1970, le nombre d’infirmières engagées
tance de l’observation : apprendre comment observer dans la recherche s’accroît. Les discussions entourant
et quoi observer. Durant les nombreuses années qui ont les enjeux théoriques et conceptuels de la discipline
suivi les travaux de NICHTINGALE, peu d’activités de infirmière sont d’actualité. De nouveaux créneaux de
recherche sont relatées dans les écrits en sciences infir- communication voient le jour aux États-Unis, tels que :
mières. Durant /a période de 7900 à 1950, les activités Advances in Nursing Science, Research in Nursing and
de recherche infirmière en Amérique du Nord demeu- Health, et Western )ournal of Nursing Research. Le
rent limitées. La principale préoccupation de recherche nombre de programmes de baccalauréat et de maîtrise
étant orientée vers l’éducation en sciences infirmières augmente au cours de cette même période. Un chan-
et les modes d’attribution du personnel infirmier dans gement s’installe dans l’orientation des recherches in-
les hôpitaux. On s’est intéressé aussi à l’amélioration firmières. Les domaines d’études relatifs à l’éducation,
de certaines techniques de soins. Au cours de cette à l’administration et aux infirmières elles-mêmes, sont
période, on assiste à la publication d’études de cas délaissés au profit d’une plus grande préoccupation de
dans la revue American journal of Nursing, lesquelles recherche pour l’amélioration des soins aux patients et
servaient d’outil d’enseignement aux étudia&+ du l’étude de problèmes cliniques (LO BIONDO-WOOD
baccalauréat dans les écoles de sciences infirmières. et HABER, 1994).

Vers les années 1950, un ensemble d’événements a Vers 1980, on assiste à une diversité dans les méthodo-
contribué au développement de la recherche infir- logies de recherche utilisées. Les infirmières préparées
mière, croissance qui s’est maintenue jusqu’à nos jours. au niveau du doctorat, reçoivent leur formation en
Peu à peu, s’est effectuée la transition de la formation recherche dans une variété de programmes d’études
infirmière de l’hôpital vers la formation dans les collè- autres qu’en sciences infirmières (éducation, adminis-
ges et les universités. De nouvelles connaissances sont tration, sociologie, psychologie, anthropologie) et par
développées par la recherche qui devient un outil in- conséquent, acquièrent différentes formations et déve-
dispensable à l’évolution de la profession. Au cours de loppent diverses tendances dans la façon de conduire
cette période, on retrouve plusieurs infirmières prépa- la recherche. Certaines infirmières chercheurs prônent
rées au niveau du baccalauréat. Des fonds de recher- l’avancement des connaissances par le biais d’une ap-
che sont disponibles aux infirmières américaines pour proche déductive incluant une méthodologie quantita-
la subvention de projets de recherche et les habiletés et tive et des analyses statistiques des données. D’autres,
activités de recherche sont valorisées. Ces activités sont ayant regu une formation qui les prépare à l’utilisation
surtout orientées vers l’étude des infirmières elles-mê- d’une approche inductive comportant une méthodolo-
mes, leur formation, leurs conditions de travail et leurs gie qualitative, valorisent davantage cette approche
caractéristiques personnelles. La première revue de (HOGSTEL et SAYNER, 1986 ; POLIT et HUNCLER,
recherche en sciences infirmières, Nursing Research 1989). Bien que les discussions continuent d’alimenter
fait son apparition en 1952 aux Etats-Unis. le débat sur la méthode d’investigation la plus appro-
priée au développement de la discipline, il semble se
Au cours des années 1960, les études sur les infirmières dégager un consensus de la part des chefs de file dans
et la profession se poursuivent. On assiste à I’émer- le domaine de la recherche en sciences infirmières, à
gence des pionnières américaines dans le développe- l’effet que les deux méthodes d’investigation ont le
ment de théories et de modèles conceptuels en scien- potentiel de contribuer au développement d’une base
ces infirmières : PEPLEAU (1952), T h e o r y o f scientifique pour la pratique des soins.
Interpersona/ Relations ; HENDERSON (1955), The
Nature of Nursing; JOHNSON (19591, Behavioral Sys- En 1990, de nouvelles revues scientifiques font leur
tem Mode/; ORLANDO (1961), Theory of the Delibe- apparition aux Etats-Unis, tels Scholady Inquiry for
rative Nursing Process ; WIEDENBACH (19641, Clini- Nursing Practice, Applied Nursing Research. Les ten-
cal Nursing, a helping art. Ces théoriciennes font valoir dances des années 1990 évoluent vers la poursuite du
l’importance d’assises théoriques et de résultats de re- développement d’une base de connaissances scientifi-
cherche pour le développement de la profession. Une ques pour la pratique des soins. A cet égard, il se
recension des recherches effectuées en sciences infir- dégage un consensus dans les écrits en sciences infir-
mières et publiées vers la fin des années 1960, révèle mières (PHILLIPS, 1988 ; LO BIONDO-WOOD et HA-
une tendance vers le développement de la recherche BER, 1994). De même, afin de mieux répondre aux
clinique. Un cours d’introduction à la recherche est besoins de l’heure, l’établissement de priorités est pri-

Recherche en soins infirmiers N”47 D é c e m b r e 19%


vilégié. Les études cliniques qui examinent la pratique dans la discipline infirmière, la Fondation de recherche
des soins selon diverses perspectives sont encouragées en sciences infirmières (FRESIQ) est mise sur pied au
par les chefs de file en sciences infirmières (PARSE, Québec en 1987. Elle offre deux programmes de sub-
1992). vention pour le développement de la recherche.
Au Canada, l’orientation des recherches a suivi un Par son expansion, la recherche infirmière vise à four-
modèle de,développement similaire à celui qui a pré- nir à la profession une base de connaissances pour
valu aux Etats-Unis et au Royaume Uni (KERR et appuyer la pratique des soins. Cependant, plusieurs
McPAIL, 1991). Le foyer d’intérêt principal était questions relatives aux soins de santé demeurent inex-
d’abord orienté vers l’étude de l’éducation et de I’ad- plorées et les résultats ne sont pas appliqués de façon
ministration plutôt que vers l’étude de problèmes de systématique dans la pratique infirmière.
soins (CORTNER et NAHM, 1977 ; HOCKEY, 1986 ;
CAHOON, 1986). Le début de la recherche, dans les
écoles de sciences infirmières universitaires canadien-
nes, a coïncidé, vers le milieu des années 1960, avec
l’avènement des programmes d’études supérieures. Le IMPORTANCE DE LA RECHERCHE POUR
programme de maîtrise en sciences infirmières a débu- LE DEVELOPPEMENT DES DISCIPLINES
té en 1961 à l’Université McGill et en 1967 à Wniver-
sité de Montréal. Parmi les premiers projets à être
subventionnés par le Ministère de la santé nationale, on L’importance de la recherche repose sur la production
retrouve en 1969, celui d’une infirmière chercheur de d’une base scientifique pour guider la pratique des
l’Université McCill (THIBAUDEAU, 1993), et en 1972, soins, assurer la crédibilité d’une profession et démon-
ceux de trois professeurs de la Faculté des sciences trer I’imputabilité de ses membres.
infirmières de l’Université de Montréal. C’est d’ailleurs
en 1971, à l’Université McGill, que la première unité L’étude systématique de phénomènes qui conduit à la
découverte et à l’accroissement des savoirs spécifiques
de recherche infirmière a été établie grâce à une sub-
vention de Santé et Bien-être, Canada. Selon STINSON est uh des buts de la recherche. La recherche permet
d’identifier, parmi les problèmes cliniques, ceux qui
(~19861, la recherche infirmière s’est véritablement im-
nécessitent d’être examinés empiriquement. II peut
plantée au Canada à partir de 1971. Cette même an-
née, en vue de favoriser la diffusion des résultats de s’agir, entres autres, de décrire les caractéristiques
recherche, se sont réunies de nombreuses infirmières, d’une situation clinique particulière, d’expliquer la na-
à l’occasion de la première conférence nationale de ture de phénomènes ou encore de prédire des compor-
tements de santé désirables. La recherche dans une
recherche en sciences infirmières au Canada (KERR et
discipline professionnelle, permet d’identifier des sphè-
McPHAIL, 1991). Pour la communauté scientifique
infirmière canadienne, les limites importantes au déve- res d’applications qui lui sont propres et de définir ses
buts et ses objectifs auprès de la communauté.
loppement de la recherche étaient le manque de pro-
fesseurs préparés au niveau du doctorat. De plus en plus, les infirmières ont à définir leur rôle
dans la dispensation des services de santé. Ellesdoivent
La première revue canadienne de recherche en scien- être en mesure de contribuer à l’ensemble de la dispen-
ces infirmières Nursing Papers/Perspectives en Nursing sation des soins de santé et à participer à des activités
paraissait en 1968 et devenait en 1986, la Revue cana- de prise de décision. La recherche sert aussi à définir
dienne de recherche en sciences infirmières/Canadian les paiamètres d’une profession. Aucune profession ne
lournal of Nursing Research. Cette revue bilingue est la saurait connaître un développement continu sans I’uti-
seule revue de recherche infirmière au Canada. En lisation de la recherche. C’est par elle que se constitue
1979, l’Université McGill et l’Université de Montréal un domaine de connaissances dans une discipline don-
planifient un programme de doctorat conjoint en scien- née et que sqnt développées et vérifiées les théories
ces infirmières. C’est en juin 1993 que le programme (FORTIN et BELAiR, 1994). un CO~~S professionnel ,est
conjoint de doctorat en sciences infirmières est mis sur crédible lorsque ses membres sont reconnus par d’au-
pied. Cette nouvelle initiative porte à cinq le nombre tres professionnels, comme étant des experts dans un
de programmes de doctorat en sciences infirmières au domaine spécifique de connaissances et d’applica-
Canada. Les programmes de doctorat en sciences infir- tions.
mièresvisentàformerdeschercheursdansladiscipline
qui vont, par leurs travaux de recherche et leurs publi- La recherche est un moyen de démontrer I’imputabilité
cations, contribuer à l’avancement des connaissances. des membres d’une profession. Chaque profession doit
Afin de favoriser le développement de la recherche ainsi être en mesure de fournir à ses membres une base

Recherche en soins infirmiers Na 47 Décembre 1996


SCIENCES INFIRMIÈRES ET RECHERCHE

de connaissances théoriques sur laquelle s’appuie leur che et par l’évaluation clinique, de I’applicabilité des
pratique. Elle doit de plus fournir des services de qua- résultats à des situations spécifiques de soins.
lité aux personnes, aux familles et à la communauté.
Les infirmières qui appuient leurs décisions cliniques Au doctorat, l’apport additionnel qu’offrent les infir-
sur une information bien documentée, sont imputables mières préparées à ce niveau, consiste à développer
à la profession. C’est le rôle de la recherche de renfor- des explications théoriques des phénomènes pertinents
cer les bases scientifiques et ainsi contribuer au déve- aux soins infirmiers. Les infirmières titulaires d’un doc-
loppement continu des professions. torat conçoivent des projets de recherche qu’elles sou-
mettent à des organismes subventionnaires en vue
d’obtenir des fonds. Elles utilisent différentes méthodes
analytiques et empiriques de façon à extraire la con-
naissance pertinente à la discipline. Leur rayonnement
1 Rôle des infirmières en recherche
doit s’établir au niveau national et international (HINS-
HAW et HEINRICH, 1990). Les études post-doctorales
confirment le statut de chercheur autonome. C’est la
Le développement de la discipline infirmière passe voie de la reconnakance par où le chercheur s’engage
aussi par la participation de ses membres à la recher- dans une carrière axée sur la recherche et signale son
che. Le degré de participation des infirmières pourra appartenance à une discipline. Le post-doctorat, c’est
varier selon leur préparation en ce domaine ou selon aussi la porte d’entrée aux programmes de chercheurs
des contextes spécifiques. A titre indicatif, il est d’usage boursiers et de chercheurs de carrière des organismes
courant en Amérique du nord de percevoir la participa- subventionnaires. C’est par la formation de chercheurs
tion des infirmières en recherche, d’après leur niveau que les disciplines développent la recherche, en assu-
de formation, que ce soit sur le plan du développement rent la continuité et le progrès.
ou de l’utilisation de la recherche. La formation des
infirmières au niveau collégial, les prépare à considérer Un des facteurs importants dans la démarcation des
la recherche et la théorie en regard des concepts du activités de la recherche selon les diverses formations
métaparadigme infirmier, tels que la personne, l’envi- infirmières, est la nécessité d’établir des collaborations
ronnement, la santé, le soin infirmier, et les thèmes qui de recherche entre les infirmières préparées à tous les
appliquent les relations entre les concepts. De par leurs niveaux. Quel que soit le niveau de formation à la
expériences cliniques variées, ces infirmières sont ap- recherche, que les infirmières soient des consommatri-
pelées à participer à l’identification de préoccupations ces ou des chefs de file en recherche, la démarche
et de problèmes de recherche en soins infirmiers et à scientifique doit être considérée par toutes les infirmiè-
contribuer à l’application des résultats de recherche au res comme une valeur intégrale de la profession.
sein de leur pratique. La formation au baccalauréat
prépare l’infirmière à découvrir des problèmes de re- En conclusion, j’aimerais évoquer certains thèmes dis-
cherche en soins infirmiers ou des domaines d’étude cutés au cours de cet exposé et réfléchir ensemble sur
qui requièrent une investigation empirique. La bache- le but de la recherche infirmière, l’objet d’étude du soin
lière raffine ses habiletés cliniques en plaçant ses ob- infirmier. Qu’est-ce qui constitue la science infir-
servations dans un contexte plus large. Elle doit saisir mière ? Comment peut-on contribuer au développe-
toutes les occasions de poser des questions qui sont la ment de la science ?Y croyons-nous ? Les mécanismes
source de problèmes de recherche. A titre de consom- en place favbrisent-ils l’engagement en recherche ?
matrice de la recherche, la bachelière est en mesure
d’évaluer la recherche relativement aux transferts de
résultats dans sa pratique clinique et ainsi contribuer à
la diffusion de la recherche.

Au niveau de la maîtrise, les infirmières analysent et


LISTE DES REFÉRENCES
reformulent des problèmes de soins infirmiers. Selon BIBLIOCRAPHIQUES
I’American Nurses Association (19891, leur rôle con-
siste principalement à faciliter la conduite de la recher-
che, par le biais de leur expertise clinique, de leur ALTMAN (1.1, ROCOFF (6.). - World views in psycho-
connaissance du fonctionnement des unités de soins et logy : Trait, interactional, organismic, and transactio-
de l’accessibilité aux patients et à leurs données. De ce nal perspectives. In D. Stokols & I. Altman (Eds.), Hand-
fait, ces infirmières facilitent l’investigation de problè- book of Environmental Psychology (pp. 740). N e w
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Recherche en soins infirmiers ND47 Décembre 19%


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