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ROYAUME DU MAROC

MINISTÈRE DE L’ÉNERGIE ET DES MINES, DE L’EAU ET DE L’ENVIRONNEMENT

DIRECTION DU DÉVEL OPPEMENT MINIER

ISSN 0374-9789

NOTES ET MÉMOIRES DU SERVICE GÉOLOGIQUE

N° 560

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC

NEW GEOLOGICAL AND MINING GUIDEBOOKS OF MOROCCO

Volume 5

RIF CENTRAL ET NORD-OCCIDENTAL

Central and North-Western Rif Belt

par / by

Ahmed CHALOUAN, André MICHARD, Khalil EL KADIRI & Omar SADDIQI

Avec la participation de Michel Durand-Delga, Philippe Olivier (journée J3) & Mohamed Larbi Bouybaouene (journées J4 et J5)

RIF ORIENTAL / Eastern Rif

par / by Ali AZDIMOUSA, Antonio JABALOY, Lahcen ASEBRIY, Guillermo BOOTH-REA, Jacques BOURGOIS, Halima REZQUI & Lahsen AIT BRAHIM

ÉDITIONS DU SERVICE GÉOLOGIQUE DU MAROC RABAT

2011

5

La série des Nouveaux Guides

Volume 1 (Notes & Mém. n° 556) : Présentation des circuits. Introduction à la géologie du Maroc / Introducing the tours. Overview of the Geology of Morocco.

Volume 2 (Notes & Mém. n° 557) : HautAtlas etAnti-Atlas, circuit oriental (6 jours). Oukaime- den (1 jour). Guéliz-Ourika (1 jour) / High Atlas and Anti-Atlas Eastern Loop (6 days).- Oukaimeden (1 day). Gueliz-Ourika (1 day).

Volume 3 (Notes & Mém. n° 558) : Anti-Atlas et Haut Atlas, circuit occidental (6 jours). Anti- Atlas central (4 jours) / Anti-Atlas and High Atlas Western Loop (6 days). Central Anti-Atlas (4 days).

Volume 4 (Notes & Mém. n° 559) : Moyen Atlas (6 jours). Haut Atlas central de Beni Mellal à Imilchil (4 jours) / Middle Atlas (6 days). Central High Atlas from Beni Mellal to Imilchil (4 days).

Volume 5 (Notes & Mém. n° 560) : Rif central et occidental (6 jours). Rif oriental (3 jours) / Cen- tral and Western Rif (6 days).- Eastern Rif (3 days).

Volume 6 (Notes & Mém. n° 561) :Anti-Atlas occidental & Provinces sahariennes (6 à 8 jours) / Western Anti-Atlas and Saharan Provinces (6 to 8 days).

Volume 7 (Notes & Mém. n° 562) : Haut Atlas occidental (3 jours). Haut Atlas central, partie nord-ouest (3 jours), / Western High Atlas (3 days). Northwestern part of Central High Atlas (3 days).

Volume 8 (Notes & Mém. n° 563) : Meseta nord-occidentale (3 jours). Rehamna (1 jour).- Jbi- let (1 jour). Siroua (2 jours). Saghro oriental (2 jours) / Jbilet (1 day). Rehamna (1 day). Northwestern Meseta (3 days). Siroua (2 days). Eastern Saghro (2 days).

Volume 9 (Notes & Mém. n° 564) : Les principales mines du Maroc / Main Mines of Morocco.

7

SOMMAIRE / CONTENTS

Circuit C8 : Rif central et occidental / Tour C8 : Central and western Rif

08

Points clés / Highlights

11

Documents à emporter

12

J1 : Rabat-Fès via Kénitra, Sidi Kacem (270 km)

13

Arrêt J1-1 : La ride du J. Outita-Bou Draa : série jurassique ; faille inverse post-miocène

15

Arrêt J1-2 : discordance de Bab Tisra ; molasse miocène ; évolution des Rides prérifaines

16

Arrêt J1-3 : Volubilis et Moulay Idriss ; histoire et géologie ; pique-nique

18

Arrêt J1-4 : Col du Zegotta : panorama sur la nappe rifaine

18

Arrêt J1-5 : Diapir de l’oued Mellah ; argiles rouges salifères et basaltes du Trias-Lias

20

Arrêt J1-6 : Renversement des calcaires lacustres-palustres du Plio-Quaternaire

21

Arrêt J1-7 : Conglomérats plio-quaternaires renversés, à galets impressionnés

21

J2 : Fès-Al Hoceima via Taounate, Ketama (270 km)

22

Arrêt J2-1 : Ecaille mésozoïque (« sof ») d’Aïn Aïcha, Prérif interne

25

Arrêt J2-2 : Synclinal post-nappe de Taounate et aperçu sur le Mésorif

27

Arrêt J2-3 : Crétacé supérieur anchimétamorphique de la zone intrarifaine

29

Arrêt J2-4 : Crétacé inférieur métamorphique de l’Intrarif, schistosité de flanc inverse

30

Arrêt J2-5 : Turbidites silicoclastiques et plis de l’unité de Ketama

31

Arrêt J2-6 : Turbidites et structures de l’unité de Ketama (arrêt optionnel)

32

Arrêt J2-7 : Baie d’Al Hoceima (panorama) : structure et sismicité

33

Arrêt J2-8 : Corniche d’Al Hoceima : panorama sur la côte des Bokoyas

35

J3 : Al Hoceima- Chefchaouène (230 km)

36

Arrêt J3-1 : Unité basale jurassique des Flyschs du Tisirene (Unité d’Ouareg)

36

Arrêt J3-2 : Albo-Aptien de Ketama : base de banc à figures sédimentaires

36

Arrêt J3-3 : Flysch maurétanien du J. Tisirene

37

Arrêt J3-4 : Ecailles de phtanites, turbidites granoclassées à figures de courant

38

Arrêt J3-5 : Panorama sur la Dorsale et la faille de Jebha

39

Arrêt J3-6 : Radiolarites ; panorama sur le Prédorsalien » (Beni Derkoul) et la Dorsale

40

Arrêt J3-7 : La Dorsale externe (nappe J. Lakraa-Bou Slimane) vue d’Ametrasse

42

Arrêt J3-8 : Vue rapprochée de la coulée à blocs d’Ametrasse

42

Arrêt J3-9 : Brèches chaotiques de Chrafate (Tithonique-Berriasien)

44

J4 : Chefchaouene-Tétouan via Oued Laou, BouAhmed (220 km)

47

Arrêt J4-1 : Panorama de Chefchaouen : du Numidien à la Dorsale interne

47

Arrêt J4-2 : Panorama sur la cluse de l’oued Laou (gorges de Talembote)

49

Arrêt J4-3 : Formations tertiaires de Tarhzoute-oued Talembote

50

Arrêt J4-4 : Bassin intramontane néogène de Tirinesse

51

Arrêt J4-5 : Le front des Sebtides (unité Tizgarine) vu depuis l’oued Laou

52

Arrêt J4-6 : Phyllades de l’Ordovico-Silurien ; le métamorphisme hercynien

53

Arrêt J4-7 : Faille d’extension à faible pendage du cap de Zaouia

54

Arrêt J4-8 : Les micaschistes des Rochers de Targha

55

Arrêt J4-9 : Panorama de Steha : le massif des Beni Bousera et son enveloppe

56

Arrêt J4-10 : Gneiss et migmatites à sillimanite de Steha

56

Arrêt J4-11 : Les kinzigites des Beni Bousera à BouAhmed

58

Arrêt J4-12 : Les péridotites des Beni Bousera

61

J5 : Tétouan-Tanger via Fnideq (110 km)

64

Arrêt J5-1 : La cluse de Tétouan ; panorama depuis la ville

65

Arrêt J5-2 : Les migmatites du Cabo Negro

67

Arrêt J5-3 : Rétrocharriage des Flyschs: la klippe du J. Zemzem

68

Arrêt J5-4 : Numidien du J. Zemzem à Restinga-Smir (arrêt optionnel)

69

Arrêt J5-5 : Prédorsalien rétrocharrié de Riffiene

69

Arrêt J5-6 : La couverture oligo-miocène des Ghomarides à Fnideq

70

8

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

Arrêt J5-7 : Les Beni Mezala ; métapélites HP-BT des Sebtides supérieures

72

Arrêt J5-8 : Permien rouge lie-de-vin de l’unité de Tizgarine

74

Arrêt J5-9 : Accident du J. Fahs, Groupe du J. Moussa et Détroit de Gibraltar

76

Arrêt J5-10 : Figures de base dans les turbidites du Tisirene à Ksar Seghir

77

Arrêt J5-11 : Fardioua ; panorama sur les nappes de flyschs

78

J6 : Tanger-Rabat viaAsilah (280 km)

79

Arrêt J6-1 : Turbidites numidiennes de Tanger à Merkala

79

Arrêt J6-2 : Numidien du Cap Spartel

81

Arrêt J6-3 : Calcarénites pléistocènes des Grottes d’Hercule (cap Achakar)

81

Arrêt J6-4 : Les formations post-nappes de Charf Al-Akab

81

Arrêt J6-5 : Les Grès d’Asilah, flysch externe Oligocène sup.-Burdigalien

82

Arrêt J6-6 : Le front de la nappe du Habt à Khémis-Sahel

83

Remerciements

86

Références

86

Circuit C9 : Rif oriental / Tour C9 : Eastern Rif

91

Points clés / Highlights

93

Documents à emporter

94

J1 : Gourougou, Kert et Temsamane (~150 km)

94

Arrêt 1 : Le complexe volcanique du Gourougou

98

Arrêt 2 : Tectonique synsédimentaire dans le Néogène du bassin de Kert

99

Arrêt 3 : Relations entre le massif des Temsamane et le bassin néogène du Kert

99

Arrêt 4 : Structure des Temsamane au sud de Sidi Messaoud

99

Arrêt 5 : Barre carbonatée à trace de Phylloceras (Barrémien ?)

101

Arrêt 6 : Pli couché du J. Bou Salah

101

Arrêt 7 : Structure de la zone d’Ijer Izemmourene

101

Arrêt 8 : Passage du substratum paléozoïque aux terrains triasico-jurassiques

101

Arrêt 9 : Déformation et métamorphisme dans le Paléozoïque à Ras Afraou

103

Arrêt 10 : Le Paléozoïque d’Amjar

103

J2 : Faille du Nekor et bassin de Boudinar (~200 km)

104

Arrêt 11 : L’accident du Nékor

104

Arrêt 12 : L’organisation sédimentaire messinienne à l’est de l’OuedAmekrane

105

Arrêt 13 : Le Messinien de Dhar Ouberrane, à l’ouest de l’Oued Amekrane

107

Arrêt 14 : Le Messinien de Moulay El Arbi

108

Arrêt 15 : L’organisation tectono-sédimentaire au contact du volcan de Ras Tarf

108

Arrêt 16 : Caractéristiques stratigraphiques du Pliocène basal

109

Arrêt 17 : Passage du Messinien marin au Pliocène transgressif

109

J3 : Cap des Trois-Fourches (~100 km)

109

Arrêt 18 : Le Messinien de la plateforme détritique près de Farkhana

111

Arrêt 19 : Tectonique cassante de la fin du Messinien

111

Arrêt 20 : Plateforme carbonatée récifale messinienne près du village d’Ighzazene

113

Arrêt 21 : Le Paléozoïque du Cap des Trois Fourches

113

Arrêt 22 : L’accident du Cap des Trois Fourches

113

Arrêt 23 : Dyke rhyolitique (3 ème phase magmatique)

114

Arrêt 24 : Tectonique cassante à la pointe du Cap des Trois-Fourches

114

Références

115

Notes et Mém. Serv. Géol. Maroc, n° 560, 2011, pp. 9-90, 98 fig.

Circuit C8 / Tour C8

RIF CENTRAL ET NORD-OCCIDENTAL

CENTRAL AND NORTH-WESTERN RIF BELT

par / by

Ahmed CHALOUAN, André MICHARD, Khalil EL KADIRI & Omar SADDIQI

Avec la participation de Michel Durand-Delga, Philippe Olivier (journée J3) & Mohamed Larbi Bouybaouene (journées J4 et J5)

J3) & Mohamed Larbi Bouybaouene (journées J4 et J5) In Nouveaux Guides géologiques et miniers du

In Nouveaux Guides géologiques et miniers du Maroc / New Geological and Mining Guidebooks of Morocco, Michard A., Saddiqi O., Chalouan A., Rjimati E., Mouttaqi A. (Eds), Notes et Mémoires du Service géologique du Maroc, 2011, n° s 556-564

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

11

Circuit C8 / Tour C8

Rif central et occidental

Central and Western Rif

par / by

A. CHALOUAN 1 , A. MICHARD 2 , K. EL KADIRI 3 & O. SADDIQI 4

Avec la participation de M. Durand-Delga, Ph. Olivier (journée J3) & M.L. Bouybaouene (journées J4 et J5)

Découverte de la chaîne alpine du Maroc du Nord : 6 jours, 1400 km Discovering the Alpine belt of Northern Morocco : 6 days, 1400 km drive

Points clés : Cet itinéraire (fig. 1.1) donne une vue générale de la chaîne rifaine qui représente, au Maroc, le système des chaînes alpines de Méditerranée. Entre Rabat à Fès, on découvre l’avant-fosse de la chaîne (gisements d’hydrocarbures) et la nappe la plus externe (nappe prérifaine), avec ses plis et che- vauchements frontaux actifs et ses diapirs salifères. De Fès à Al Hoceima, l’excursion traverse la pa- léomarge nord-africaine inversée, avec sa zone métamorphique (suture intramarge), puis les nappes des Flyschs (turbidites) originaires de la Téthys alpine. La route vers Chefchaouen montre d’autres affleu- rements de ces nappes océaniques tandis qu’on se rapproche de la Dorsale Calcaire, ensemble de nappes issues de la marge nord de la Téthys et bordant le terrain allochtone d’Alboran. La journée Chefchaouen- Tétouan et la matinée du jour suivant sont dédiées à cette paléomarge méso-cénozoïque et au socle du Domaine d’Alboran : nappes paléozoïques, nappes métamorphiques et péridotites infracontinentales (Beni Bousera). La route jusqu’à Tanger longe le détroit de Gibraltar et recoupe les flyschs téthysiens à l’ouest des Colonnes d’Hercule. La dernière journée permet de visiter la plus haute des nappes de flyschs (nappe numidienne) à Tanger et les dépôts synorogéniques les plus jeunes de la zone externe avant de rejoindre Rabat par l’autoroute. Du point de vue touristique, le programme permet la visite des ruines romaines de Volubilis et donne l’oc- casion de voir la ville impériale de Fès, la cité de Chefchaouène, de style andalou, la médina mystérieuse de Tétouan, la mythique Tanger et enfin Asilah, petite médina portuaire recherchée par les artistes.

Highlights : This tour (fig. 1.1) offers an overview of the Rif Belt, which belongs to the system of the Mediterranean Alpine belts. From Rabat to Fes, the route crosses the belt foredeep (including oil and gas prospects) and the more external thrust unit (Prerif Nappe) with its salt diapirs and its active fold- and-thrust structures. Between Fes and Al Hoceima, the inverted North-African paleomargin is ob- served, with its metamorphic zone (intracontinental suture), and then the Flysch Nappes originating from the Alpine Tethys. During the trip to Chefchaouen some other outcrops of these oceanic turbidites are observed while approaching the Dorsale Calcaire, a stack of calcareous thrust units originating from the Tethyan northern paleomargin. The Chefchaouen-Tetuan day and the next morning are dedi- cated to the Dorsale, which fringes the Alboran allochthonous terrane, and to the core of this terrane, i.e. the Paleozoic Nappes, the Metamorphic Nappes, and the associated infracontinental peridotites (Beni Bousera). Until Tanger, the route follows the south bank of the Strait of Gibraltar and crosses the Tethyan nappes west of the Hercules Columns. The last day includes a visit of the uppermost Flysch Nappe (Numidian Nappe) at Tanger and of the youngest orogenic deposits of the External Zones before heading to Rabat by the highway. From a tourist point of view, the program includes the visit of the Roman ruins of Volubilis and offers the occasion to have a look on the Imperial City of Fes, the andalus-style Chefchaouen town, the mys- terious medina of Tetuan, the mythic Tangiers and Asilah, appreciated by the artists.

1 Université Mohamed V, Faculté des Sciences, Département des Sciences de la Terre BP 1014 R.P., Rabat-Agdal, Morocco. E-mail :

chalouan@yahoo.com

2 10, rue des Jeûneurs, 75002 Paris, France. E-mail : andremichard@orange.fr

3 Université Abdelmalek-Essaadi, Faculté des Sciences, BP. 2121, M'Hannech II, 93003 Tétouan, Maroc. E-mail: khalilelkadiri@yahoo.fr

4 Université Hassan II-Casablanca, Faculté des Sciences Aïn Chock, Laboratoire Géosciences, BP 5366 Maârif, Casablanca, Maroc. E-mail :

o.saddiqi@fsac.ac.ma

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 1.1 : Itinéraire

FIG. 1.1 : Itinéraire général de l’excursion.- A : Sur la carte géologique schématique du Maroc, partie nord (d’après Frizon de Lamotte et al., 2004, modifié).- B : Sur le modèle numérique du relief (ETOPO 2 Global Data Base).

FIG. 1.1 : General itinerary of the tour. - A : On the sketch geological map of Morocco, northern part (after Frizon de Lamotte et al., 2004, modified).- B : On the regional elevation map (ETOPO 2 Data Base).

Documents à emporter :

Carte routière du Maroc au 1/1 000 000 ;

Volume 1 des Nouveaux Guides géologiques et miniers du Maroc (expose les grands traits de l’évolution géo- logique ; les figures 18 à 27 concernent la chaîne ri- faine) ;

Cartes géologique et/ou structurale du Rif au 1/500 000 (Suter, 1980a, b) ;

Carte géologique du Maroc au millionième ;

Cartes géologiques détaillées correspondant à l’itiné-

raire suivi :

J1 : Sidi Kacem (Petitjean) et Fès Ouest 1/100000, Beni Ammar 1/50000 ; J2 : feuilles au 1/50000 Taounate-AïnAïcha,Al Hoceima ; J3 : 1/50000 Bab Taza, Bab Berred (sous presse en 2010) ; J4 : 1/50000Talembote, BouAhmed,Tétouan-Ras Mazari ; J5 : 1/50000 Tétouan-Ras Mazari, Sebta, Ksar-es-Sghir, Tanger ; J6 : 1/50000 Tanger,Al Manzla,Asilah, Larache.

Echelle des temps géologiques : L’échelle internationale,

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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édition 2009, est donnée en Annexe 2, en fin de volume. Dans cette nouvelle charte, l’âge de la limite Pliocène- Quaternaire est passé de 1,8 à 2,6 Ma. Ce changement n’est pas pris en compte dans les pages qui suivent.

I- Introduction à l’étude du Rif

Au nord de la Meseta occidentale et du Moyen Atlas com- mence un autre monde, celui de la chaîne rifaine (fig. 1. 2A). Il y a d’abord une transition, le Rif externe, ainsi

nommé parce qu’il est à l’extérieur de l’arc que la chaîne dessine autour de la Méditerranée d’Alboran. Puis appa- raissent des unités issues d’un océan entièrement suturé il

y a environ 20 Ma, les nappes des Flyschs maghrébins

(présents tout le long du Maghreb), charriés sur les zones

externes. Enfin, chevauchant l’ensemble, viennent les nappes des Zones internes. Celles-ci sont issues de la pa- léomarge nord de l’océan des flyschs maghrébins (la Té- thys alpine), c’est-à-dire du bord sud de l’Europe avant l’Oligocène. Au nord de la mer d’Alboran, et même en son- dage sous celle-ci, on retrouve les mêmes unités que dans

le Rif interne, d’où le nom de Domaine d’Alboran que l’on

donne aux unités internes de l’arc rifo-bétique. Ces deux chaînes « siamoises » ne s’étudient pas l’une sans l’autre. Toutes deux résultent de la convergence entre la plaque nubienne (Afrique) et la plaque eurasienne (Europe) au Crétacé supérieur-Tertiaire. Mais la suturation de la Té- thys alpine s’est accompagnée, pendant l’Oligocène et le Miocène, d’un processus étonnant, l’ouverture de la Mé- diterranée. On y reviendra après avoir fait plus ample connaissance avec les éléments constitutifs de la chaîne. Chemin faisant, on verra qu’une chaîne de collision comme le Rif recèle, en un petit espace, bien plus de com- plications qu’une vaste chaîne intracontinentale comme l’Atlas ! Deux grandes failles sénestres recoupent l’arc ri- fain, la faille de Jebha et la faille du Nekor. La première est principalement une rampe latérale affectant les nappes du domaine d’Alboran. La faille du Nekor est une rampe la-

térale sénestre de chevauchement dans les zones externes. Ces deux failles soulignent l’obliquité de la collision du domaine d’Alboran contre la paléomarge.

En coupe (fig. 1.2B), le Rif ne présente qu’une seule vraie suture (océanique), celle des Flyschs maghrébins, aussi nommés liguro-maghrébins car ils se raccordent aux uni-

tés ligures de l’Apennin. Dans le Rif, cette suture n’est pas jalonnée d’ophiolite – seulement des écailles à coussins de lave. En revanche, elles sont présentes en Algérie, et surtout dans l’Apennin. La lithosphère océanique corres- pondant au bassin des flyschs a sombré entièrement dans

le manteau asthénosphérique, où on peut l’apercevoir par

tomographie sismique. Cependant, le Rif possède un mas- sif de roches ultrabasiques parmi les plus grands de l’es- pèce, le massif des Beni Bousera. Il s’agit essentiellement de lherzolites à spinelle affleurant sous une enveloppe de

roches crustales continentales – des granulites tout d’abord, des gneiss et micaschistes au-dessus, où l’on re- connaît d’anciennes roches de la croûte hercynienne très amincie pendant l’ouverture de la Téthys alpine au Juras- sique. Cet ensemble de roches (lherzolites mantéliques et roches crustales) se trouvent dans les nappes inférieures du domaine d’Alboran, appelées Sebtides (Alpujarrides en Andalousie, avec les péridotites de Ronda). En outre, une autre zone ayant subi un amincissement crustal extrême existe à l’intérieur de la marge nord-africaine, entre deux des zones externes, l’Intrarif et le Mésorif. Elle est mar- quée par la présence d’une écaille de péridotites serpen- tinisées et de métabasites, l’écaille des Beni Malek, que l’on suit en profondeur par l’anomalie magnétique qui s’y rattache. L’amincissement intramarge correspondant est lui aussi daté de la fin du Jurassique.

La construction de la chaîne rifaine ne peut se compren- dre qu’à l’échelle de la Méditerranée occidentale, et le scénario interprétatif doit expliquer à la fois la formation des chaînes alpines et celle de la Méditerranée, née en même temps qu’elles ! Le mécanisme mis en œuvre est celui de la subduction de la lithosphère océanique téthy- sienne (océan liguro-maghrébin), accompagné du retrait de la plaque plongeante entraînant l’extension arrière-arc. On trouvera une description et l’illustration de phénomène dans le volume 1 des Nouveaux Guides.

JJ11 :: RRaabbaatt--FFèèss vviiaa KKeenniittrraa,, SSiiddii KKaacceemm ((227700 kkmm))

Itinéraire et thèmes (figs. 1.3, 1.4) : L’avant-fosse néo- gène de la chaîne rifaine, à la bordure nord-ouest de l’avant-pays mésetien et atlasique. Les Rides prérifaines, plis et chevauchements actifs d’avant-pays au front de la Nappe prérifaine. Géologie et histoire : de Volubilis à Moulay Idriss. Diapirisme salifère du Prérif.

Route and themes (figs. 1.3, 1.4) : Neogene foredeep of the Rif Belt, at the north-western border of the Meseta and Atlas foreland. “Rides prérifaines”, a system of active foreland fold-thrusts at the front of the Prerif Nappe. Ge- ology and history : from Volubilis to Moulay-Idriss. Salt diapirism in the Prerif domain.

Route : Quitter Rabat en direction de l’aéroport Rabat- Salé. Dans l’entaille de l’oued Bou Regreg, les marnes du Miocène supérieur-Pliocène inférieur affleurent sous une carapace de dépôts côtiers rougeâtres d’âge Quaternaire (conglomérats et calcarénites dunaires de couleur ocre). Ces marnes appartiennent au bord sud du bassin du Gharb, avant-fosse de la chaîne rifaine.

II- Stratigraphie du Miocène supérieur - Pliocène de Rabat Sept kilomètres au sud de Rabat, la coupe de l’oued Akrech est un bon candidat pour le stratotype de la limite Torto-

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 1.2 : A
NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 1.2 : A

FIG. 1.2 : A ) Schéma structural de la chaîne rifaine montrant l’extension de son avant-fosse et des synclinaux post-nappe, avec localisation des figs. 1.2B et 1.3. D’après Cha- louan et al. (2008), modifié.- B) : Coupe crustale de la chaîne rifaine, d’après Chalouan et al. (2008), modifié. T : Trias ; J : Jurassique ; Ci/s : Crétacé inférieur,/supérieur ; E :

Eocène ; Mi/m/s : Miocène inférieur, moyen, supérieur ; P : Pliocène ; Q : Quaternaire. Pd : Prédorsalien.

FIG. 1.2 : A) Structural sketch of the Rif Belt showing the extension of the foredeep and post-nappe synclines, with location of figs. 1.2B and 1.3 (framed), after Chalouan et al. (2008), modified.- B)Crustal cross-section after Chalouan et al. (2008), modified.

nien-Messinien. La série y est la suivante, discordante sur le Paléozoïque : grès glauconieux (« molasse de base », 5 m), Tortonien supérieur ; marnes bleues sableuses de mer profonde (2 m), Tortonien supérieur ; marnes bleues à pa- tine jaune, Messinien. La limite est datée (par magnéto- stratigraphie) à 7,2 Ma. Dans l’oued Bou Regreg lui-même, sur la rive gauche, la coupe d’Aïn El Beida offre un candi- dat pour le stratotype de la limite Messinien-Pliocène, à 5,3 Ma (voir Wernli, 1988 ; Kerzazi, 1994). La série mar- neuse mio-pliocène est affectée par des failles normales à rejet décamétrique, scellées par la dalle de calcarénites du « Moghrébien », datée du Pliocène moyen (Wernli, 1988).

A l’intersection avec la rocade périphérique, laisser la di- rection de Meknès pour prendre celle de Kenitra et Tanger par autoroute. Jusqu’à Kenitra, on roule sur les sables continentaux rubéfiés de la Mamora (Plio-Villafranchien). Forêt de chênes-lièges ; les nombreux arbres desséchés montrent bien la sécheresse croissante du climat marocain. Cette région correspond à la marge méridionale du bassin du Gharb (l’avant-fosse néogène du Rif). La structure géo- logique de sub-surface est connue grâce aux sondages hy- drogéologiques et pétroliers, et aux profils de sismique- réflexion (fig. 1.3B).

Après le péage, continuer sur l’autoroute jusqu’à la sortie

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

15

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 15 F IG . 1.3 : L’avant-pays sud-occidental

FIG. 1.3 : L’avant-pays sud-occidental et la bordure sud de l’avant-fosse (Bassin du Gharb).- A) Carte géologique schématique d’après Chalouan et al. (2006). Localisation :

fig. 1.2.- 1 : Quaternaire ; 2 : Pliocène ; 3 : Miocène supérieur ; 4 : Prérif externe (nappe du Prérif et nappe d’Ouezzane) ; 5 : Rides prérifaines ; 6 : Avant-pays mésétien ; 7 :

Avant-pays atlasique. BD : Bou Draa ; BQ : Carrière Brahma ; DM : Draa el Merga ; FT : Fert el Bir ; KA : Kannoufa ; KE : Kefs ; MQ : Mjeddba ; NS : Dahar n’Sour ; OS :

Oued Sebou ; OT : Outita ; TR : Trhatt ; TS : Tselfat ; ZAL : Zalagh ; ZAR : Zehroun.- B) coupe de la bordure de l’avant-fosse, d’après Zouhri et al. (2001), modifié.

FIG. 1.3 : South-western foreland of the Rif Belt and south border of the Gharb foredeep basin.- A) Sketch geological map after Chalouan et al. (2006). See FIG. 1.2 for location.

Kenitra Nord, puis prendre la direction Sidi Yahia, Sidi Kacem, Fès (N. 4). L’itinéraire s’oriente vers l’est, en di- rection des Rides prérifaines. La forêt climatique de chêne- liège est remplacée par une forêt d’Eucalyptus. A Sidi Yahyia, on franchit l’oued Tiflet, dont le bassin versant su- périeur se situe dans le flanc ouest du Massif Central Ma- rocain, et qui rejoint l’Oued Sebou plus à l’ouest. A partir de Sidi Slimane, on voit apparaître la crête NE-SW du J. Outita-Bou Draa, la plus occidentale des Rides prérifaines. Ces « rides », objet des arrêts suivants, sont des structures anticlinales jurassiques formant deux arcs emboîtés à ver- gence sud-ouest (fig. 1.3A).

A l’entrée de Sidi Kacem, la route franchit l’oued Rdom, qui draine les Rides prérifaines et le bassin du Saïs. Tour- ner à gauche dans la ville, en direction de Meknès (R 413). La route longe la voie ferrée (à droite), puis s’élève légèrement pour franchir le J. Outita qui surplombe la cluse de Bab Tisra.

Arrêt J1-1 : La ride du J. Outita-Bou Draa : série jurassique ; faille inverse post-miocène GPS : 34°11’54” N ; 05°42’46” W

Se garer un peu avant le sommet de la côte. Le versant sud de la vallée montre, de bas en haut, les couches mar- neuses brunes du Toarcien-Aalénien, puis la barre carbo- natée du Bajocien, que l’oued Rdom va traverser en cluse (et la voie ferrée en tunnel) vers l’est, à Bab Tisra. La série jurassique pend de 30° vers l’ouest. Sur les crêtes en ar- rière plan, la molasse blanche du Miocène recouvre cette série en discordance.

Le talus de la route entaille les marnes brunes (affleure- ments médiocres). Le panorama vers le NNE permet de suivre le tracé d’une des failles inverses du système des Rides prérifaines. Cette faille orientée NE-SW, avec un pendage SE, fait partie de la branche ouest de l’arc externe des Rides (fig. 1.4). Le compartiment chevauchant est cou- ronné par la barre bajocienne (relai hertzien), et le com-

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 1.4 : Les

FIG. 1.4 : Les Rides prérifaines et l’avant-pays rifain entre Sidi Kacem, Meknès et Fès.- A : Extrait de la carte géologique du Maroc au millionième (1985), avec tracé de l’itinéraire. Légende des couleurs et symboles : voir Annexe 1 en fin de volume.- B : Carte structurale avec localisation des profils sismiques et des sondages disponibles, d’après Sani et al. (2007), modifié.

FIG. 1.4 : The Rides prérifaines and adjoining foreland area between Sidi Kacem, Meknès and Fès.- A : Excerpt from the Geological map of Morocco 1/1 000 000 (1985) with location of the tour route. Legend : see Appendix 1 at the end of this volume.- B : Structural map with location of the available sismic profiles and wells, after Sani et al. (2007), modified.

partiment chevauché comporte la molasse blanche du Mio- cène en discordance sur le Toarcien-Aalénien. La faille est donc post-Miocène.

Cette structure, comme tout l’ensemble des Rides, est bien décrite en profondeur grâce aux sondages et aux profils sismiques (fig.1.5).

Route : On reprend la route sur environ 1 km, pour ache- ver de traverser la structure du J. Ouatita.

Arrêt J1-2 : discordance de Bab Tisra ; molasse miocène ; évolution des Rides prérifaines GPS : 34°11’06” N ; 05°42’13” W

Se garer à la sortie amont de la cluse, à proximité d’un pont abandonné, près d’un bâtiment isolé (café). Au bord de l’oued, dans les falaises de la rive concave (rive gauche), on observe la discordance de la molasse, qui comporte des couches conglomératiques grossières (brèche syntecto-

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 17 F IG . 1.5 : Profils sismiques

FIG. 1.5 : Profils sismiques interprétés au travers des Rides prérifaines, d’après Sani et al. (2007), modifié. Localisation : fig. 4. A : Profil MKF2 ; B :

Profil MKF11; C : Profil MKF21. Noter l’orientation croisée des profils A et B, correspondant à la géométrie en arc des Rides. Le profil C illustre un diapir triasique mis en place d’abord au Crétacé puis pincé et réactivé au Plio-Quaternaire (Roca et al., 2006).

FIG. 1.5 : Interpreted seismic profiles across the Rides prérifaines, after Sani et al. (2007), modified. See fig. 1.4 for location ; A : Profile MKF2 ; B:

Profile MKF11; C : Profile MKF21. Note the crossed orientation of profiles A and B, which corresponds to the curved trend of the outcropping anti- clinal ridges. Profile C illustrates a Triassic diapir first emplaced during the Cretaceous and then pinched and reactivated during the Plio-Quaternary shortening event (Roca et al., 2006).

nique ?), sur les couches calcaro-dolomitiques sableuses du Bajocien (fig. 1.6). Ces dernières peuvent être étudiées au pied de la pile du pont abandonné. Au Jurassique moyen, on était ici en domaine de plate-forme, avec des apports sableux d’origine sud. La Meseta centrale formait alors un épaulement entre les bassins atlasiques et la pa- léomarge rifo-tellienne.

Au pied des falaises qui s’élèvent au nord de la route, ob- server les blocailles conglomératiques du Miocène, sous des calcarénites à Ostrea crassissima du Tortonien. En re- venant vers la route, près du café, voir les traces en coup de balai au-dessus d’un banc de calcarénite blanche. Il s’agit de Zoophycos Massalongo 1855, ichnogenre du groupe des fodinichnia. Les traces, en forme de balai sont les « spreiten structures » imprimées par un animal de type

annélide ou arthropode lorsqu’il filtrait le sédiment par ba- layage hélicoïdal. La présence de ces traces définit, selon les cas, l’ichnofaciès à Zoophycos ou à Chondrites-Zoo- phycos, dont la signification sédimentologique et séquen- tielle est bien démontrée. Dans l’ensemble du domaine des Rides prérifaines, les dé- pôts molassiques sont d’âge Miocène moyen (Langhien- Serravallien) à Tortonien. Ils sont suivis par les marnes bleues sableuses du Tortonien supérieur (cf. les affleure- ments de l’oued Bou Regreg), sur lesquelles vient se met- tre en place la nappe prérifaine (fig. 1.5). Cette dernière est, au moins dans sa partie frontale, une nappe de glisse- ment sous-marine synsédimentaire ; elle est recouverte par d’autres marnes bleues du Tortonien supérieur-Messinien. La molasse pend de 15° vers l’est ; le Jurassique de 30°:

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 1.6 : Discordance

FIG. 1.6 : Discordance de la molasse miocène sur les calcaires jurassiques à Bab Tisra. FIG. 1.6 : Unconformity of the Miocene molasse onto the Jurassic limestones at Bab Tisra.

cette faible discordance angulaire est liée, non à un plisse- ment, mais à un basculement de blocs, avant et pendant le dépôt molassique. Ce basculement est lié à une tectonique en extension affectant l’avant-pays du Rif et déterminant la progression de l’avant-fosse vers le SW (fig. 1.7). On peut y voir l’effet de la flexuration de la plaque continen- tale sous la surcharge des nappes rifaines.

Route : Reprendre la direction de Meknès sur environ 28 km. On roule à la marge orientale de la ride Outita-Bou Draa, en bordure du large bassin marneux synclinal que ferment, au sud, les rides du J. Kefs et du J. Zehroun, à l’est la ride du J. Tselfat.

Tourner à gauche vers Moulay-Idriss, Volubilis, Fès, Ouez- zane. Route pittoresque sur ~18 km, de direction générale ENE, dans l’ensellement entre les anticlinaux du Kefs et du Zehroun. On arrive à proximité de Moulay Idriss. L’en- trée du site de Volubilis apparaît à gauche, presque en face de la bretelle conduisant à Moulay Idriss.

Arrêt J1-3 : Volubilis et Moulay Idriss ; histoire et géologie ; pique-nique GPS : 34°04’18” N ; 05°33’08” W ; alt. 380 m

Se garer sur le parking d’entrée au site de Volubilis, et entrer sur le site (entrée payante), dont la visite s’impose et d’où l’on découvre un superbe panorama sur Moulay Idriss et les Rides prérifaines (fig. 1.8). Volubilis s’étalait largement en bordure de la plaine marneuse miocène. A l’inverse, Mou- lay-Idriss est bâtie sur les premiers reliefs des Rides (une barre calcaire liasique au sud du Dahar n’Sour, chevauchant vers le sud les grès bajociens du massif du J. Zehroun).

Volubilis fut une ville importante, aménagée par Caligula, qui annexa la Maurétanie berbère pendant l’année 40,

puis par ses successeurs, sur le plan des grandes cités ro- maines coloniales. La ville comptait 20 000 habitants au début du 3 ème siècle. Une communauté chrétienne y habi- tait au 6 ème siècle, et elle était encore l’une des villes im- portantes du Maroc à l’arrivée d’Idriss I, qui signa sa ruine à la fin du 8 ème siècle.

Pour une brève visite du site, suivre sur ~300 m, en direction NNW, un itinéraire zigzaguant vers le forum et l’arc de triomphe de Caracalla (3 ème s.), puis emprunter, sur une dis- tance du même ordre, la rue principale (Decumanus maxi- mus) orientée vers le NE ; revenir directement vers l’entrée par le bord oriental des fouilles. Cet itinéraire passe près des principaux édifices publics (thermes de Gallien, basilique ci- vile avec ses colonnes corinthiennes, forum, arc de triomphe) et privés (diverses maisons à mosaïques, avant et après l’arc de Caracalla). Il est possible de pique-niquer dans quelque coin du site ou au café situé à l’entrée, ou de déjeuner à Moulay Idriss. Cette dernière ville abrite le sanctuaire du premier sultan musulman du Maroc, Idriss I, fondateur de Fès. Depuis le haut de la ville, on découvre un beau pano- rama sur les Rides qui entourent la plaine de Volubilis.

Route : Reprendre la route d’Ouezzane jusqu’au Col du Zegotta (~12 km). Au col, suivre Fès, Ouezzane.

Arrêt J1-4 : Col du Zegotta : panorama sur la nappe rifaine GPS : 34°10’07”N ; 05°31’56” W ; alt. 450 m

Se garer juste après le col, au tout début de la descente, au- dessus d’une petite mosquée. Ce col de faible altitude (400 m) est situé sur l’ennoyage de la ride anticlinale sub-mé- ridienne du J. Tselfat (fig. 1.4). Vers le SE, cette ride se raccorde à celle du Dahar n’Sour, d’orientation E-W. Vers

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 19 F IG . 1.7 : Interprétation de

FIG. 1.7 : Interprétation de la genèse des Rides prérifaines, d’après Bargach et al. (2004). A : Développement d’un pli décollé sur le Trias, associé à une faille aveugle, au-dessous de dépôts néogènes eux-mêmes déformés.- B : La faille inverse émerge en surface, une déformation en extension apparaît dans le compartiment chevau- ché.- C : Ces structures se localisent en bordure du bassin triasique, au-dessus des paléofailles du socle. FIG. 1.7 : Development model of the Prerif Ridges, after Bargach et al. (2004). A : Folding of the Mesozoic- Neogene series detached on the Triassic evaporites with development of a blind fault.- B : The fault breaches at the surface, some extensional deformation appears in the footwall.- C : The Ridges structures developed at the border of a Triassic basin over the paleofault system.

the border of a Triassic basin over the paleofault system. F IG . 1.8 : Vue

FIG. 1.8 : Vue sur Moulay-Idriss depuis les ruines de Volubilis (regard vers l’est). La médina est perchée sur une écaille de calcaires liasiques de la ride du Dahar n’Sour, chevauchant vers le sud les grès bajociens du J. Zehroun. Cliché B. Maire. FIG. 1.8 : View of Moulay Idriss town from the Volubilis Roman ruins, looking eastward. The white medina is perched upon a sliver of Liassic limestones from the Dahar n’Sour Ridge thrust southward over the Bajocian sand- stones of the J. Zehroun (Courtesy B. Maire).

le nord, le regard embrasse un vaste paysage de collines marneuses, le domaine du Prérif (fig. 1.9A).

La coupe est la suivante, du SW au NE : marnes miocènes anté-nappe de l’avant-fosse, discordantes sur les Rides et basculées avec elles lors de leur plissement ; nappe préri- faine avec des argilites rouges salifères du Trias supérieur à sa base, puis des marnes grises du Crétacé et des marnes blanches à silex de l’Eocène; klippes de turbidites carbo- natées du Miocène inférieur et moyen de la nappe d’Ouez- zane (origine : Intrarif ou Mésorif) ; enfin, recouvrant l’ensemble, le Miocène marneux post-nappe (Tortonien supérieur-Messinien). La nappe prérifaine a été la première

nappe de charriage reconnue au Maroc (Gentil, 1912a, b, 1918). Distinguer les faciès dans le panorama marneux presque homogène est difficile. La cartographie géolo- gique d’un tel domaine se fait grâce au prélèvement de nombreux sacs de marnes, suivi de lavage et détermina- tion des associations de microfossiles et nannofossiles.

Route : Reprendre la route en direction de Fès. On des- cend dans le domaine marneux prérifain. Après 8 km, on laisse la route d’Ouezzane à gauche et continue vers Fès. On passe Nzala-des-Beni Ammar. A proximité de la borne Fès 28 km, on découvre en arrière plan au NE des masses rouges de Trias supérieur où s’érige un neck basaltique de

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 1.9 : La

FIG. 1.9 : La nappe prérifaine.- A : Vue sur le paysage marneux de la nappe depuis la ride du J. Telsfat, en regardant vers le NE.- B : Diapir salifère triasique (s) dans la vallée de l’oued Mellah, remontant des argiles rouges (a) et un neck de basalte (b). Le lit de l’oued est blanchi par le remaniement du sel. Au fond, les collines sont faites par les marnes crétacées et miocènes.

FIG. 1.9 : The Prerif Nappe.- A : Overview of the nappe from the J. Tselfat Ridge, looking NE-ward.- B : Upper Triassic diapir in the Oued Mellah valley : red beds (a), basalt neck (b) and salt diapir (s). The leached salt turns the oued Mellah white (“mellah” = salted, in Arabic). In the background, Cretaceous and Miocene marls.

même âge : c’est l’objet du prochain arrêt. La molasse anté-nappe affleure en bord de route entre les bornes Fès 25-24 km (montée). Relai hertzien ; la route redescend.

Tourner à gauche à la station électrique : on prend, en di- rection NW, la vieille route de Fès à Ouezzane. Cette route est coupée plus à l’ouest par un lac de barrage établi sur l’oued Mellah (« rivière salée », du fait que ce cours d’eau draine un bassin riche en affleurements de Trias évapori- tique). Noter que les affluents venant directement des col- lines de sel sont barrés avant d’atteindre la retenue principale, pour en diminuer la salinisation.

Au bout de 3, 5 km, prendre à droite (vers le nord) une piste assez large. Cette piste est empruntée par les camions porteurs de sel et gypse dont le site d’exploitation est situé près du neck basaltique vers lequel on se dirige. Rouler en- viron 3,5 km. A droite s’élèvent les crêtes calcaires d’Aï- cha Mouguetaya à pendage vertical, objet de l’arrêt 6.

Arrêt J1-5 : Diapir de l’oued Mellah ; argiles rouges salifères et basaltes du Trias-Lias GPS : 34°04’35”N ; 05°16’59”W ; alt. 280 m

S’arrêter en bord de piste, dès qu’on domine un panorama satisfaisant sur les affleurements triasiques (fig. 1.9B), avant de descendre dans l’oued. A gauche de la vallée, le

basalte forme un neck qui perce les argiles rouges tria- siques. Il s’agit d’une manifestation du magmatisme alca- lin de la « CAMP » (Central Atlantic Magmatic Province) accompagnant la rupture de la Pangée à la limite Trias- Lias. A droite, la masse d’évaporites (gypse, principale- ment, et halite) forme elle-même un diapir perçant les argilites rouges et les marnes de la nappe prérifaine, et même celles du Miocène post-nappe. La remontée diapi- rique est donc en partie post-nappe, contemporaine du plis- sement des Rides prérifaines. Cependant, elle a pu être active bien plus tôt, peut-être dès le Cénomano-Turonien (remaniements du Trias dans les marnes du Crétacé supé- rieur), puis au Miocène moyen (au-dessus des failles nor- males synsédimentaires de bordure de l’avant-fosse). Les masses diapiriques prérifaines peuvent être en outre dé- collées, puis plus ou moins transportées avec la nappe pré- rifaine elle-même. Le faciès du Trias est ici un faciès de mer confinée, semblable à celui du domaine atlasique. Ce faciès caractérise tout le Rif externe. On verra que le Trias des Zones internes est très différent.

Route : Retourner jusqu’à l’ancienne route de Fès, puis au carrefour avec la nouvelle route, et prendre la direction de Fès. Pendant ce trajet, on longe le flanc sud de la crête Aïcha Mouguetaya, dont on a noté plus haut que l’extré- mité ouest montre des pendages verticaux.

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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Arrêt J1-6 : Renversement des calcaires lacustres- palustres du Plio-Quaternaire GPS : 34°03’27”N ; 05°17’04”W

Se garer peu à l’est du carrefour cité, au pied d’un relai hert- zien, de façon à avoir une vue dégagée sur la crête calcaire. La barre calcaire qui domine la route est faite de calcaires la- custres-palustres du Saïss (Pliocène moyen- supérieur à Quaternaire inférieur). Ils enveloppent une structure anti- clinale à cœur de marnes miocènes, s’ennoyant vers l’ouest. Les pendages sont encore verticaux sous l’antenne du relai, mais ils se renversent peu à peu, en allant vers l’extrémité orientale de la barre (fig. 1.10). La barre est tordue en hélice par le chevauchement du Prérif, dirigé vers le SSE. Elle est recoupée par des failles transverses mineures qui semblent dériver de failles normales synsédimentaires (extension WNW-ESE), basculées et réactivées en décrochement. La déformation compressive très récente (Quaternaire, < 1,8 Ma) est intervenue sur des sédiments peu consolidés, comme en témoigne le boudinage des bancs.

III- Stratigraphie du Saïss

Les Calcaires du Saïss sont définis dans le plateau de Mek- nès. Ils recouvrent la formation des Sables fauves datée du

Ils recouvrent la formation des Sables fauves datée du F IG . 1.10 : Déformation des

FIG. 1.10 : Déformation des calcaires pliocènes dans la terminaison occidentale du Jbel Aïcha Mouguetaya, d’aprèsAhmamaou et Chalouan (1987), modifié.- 1 : marnes grises du Miocène supérieur ; 2 : lacune de visibilité ; 3 : grès et sables calcaires oncolithiques ; 4 :

conglomérats à galets de Mésozoïque ; 5 : calcaires lacustres/palustres ; 6 : marnes lacustres.

FIG. 1.10 : Deformation of the Pliocene limestones at the western termination of J. Aïcha Mouguetaya, after Ahmamou and Chalouan (1987), modified.

Pliocène moyen (Wernli, 1988). Les Sables fauves, qui ter- minent la série marneuse mio-pliocène de l’avant-fosse ri- faine ou Couloir sud-rifain se sont déposés sur une plate-forme continentale interne, en milieu marin très peu profond (galets taraudés ou encroûtés de Bryozoaires et balanes). Ils doivent leur marmorisation à leur émersion finale et au développement consécutif de paléosols (Bou- mir, 1990). Les Calcaires du Saïss sus-jacents sont des dé- pôts continentaux fluvio-lacustres/palustres, attribués au Pliocène moyen-supérieur par des restes de micromam- mifères (Jaeger, in Fassi, 1999). Ces dépôts continentaux sont affectés par une pédogenèse carbonatée, et présen- tent des indices d’assèchement (traces de racines, dessi- cation et nodulisation) qui caractérisent un environnement palustre (Plaziat, 1978 ; Freytet, 1984). Ils se terminent par des dépôts fluviatiles quaternaires (industrie lithique du Quaternaire moyen ; Ahmamou, 1987). Des déforma- tions synsédimentaires (séismites) ont été reconnues dans les sables fauves et les calcaires palustres superposés (Pla- ziat et Ahmamou, 1998).

Route : On rejoint la route Meknès-Fès (N6) à 7 km de Fès. Environ 1 km au-delà, prendre à gauche puis, 1,5 km plus loin, au niveau d’un hypermarché, tourner à gauche en direction de Trhatt. La route monte au travers d’une zone en pleine urbanisation, au pied sud du J. Trhatt. En haut de la montée, après un virage à droite, prendre une piste à gauche qui passe devant un dépôt d’explosifs.

Arrêt J1-7 : Conglomérats plio-quaternaires renversés, à galets impressionnés GPS : 34°03’56”N ; 05°02’29”W ; alt. 480 m

Se garer, soit au tout début de la piste, soit ~100 m après le dépôt militaire. On se trouve sur le flanc sud de l’anti- clinal du J. Trhatt, dans son enveloppe la plus jeune, constituée par des couches d’âge Pliocène supérieur-Qua- ternaire (fig. 1.11). Ces couches sont, ici, des conglomé- rats, tandis qu’au-delà vers l’est, ce sont des calcaires lacustres comme à l’arrêt 6.

Le J. Trhatt est l’une des Rides prérifaines les plus orien- tales, l’autre étant le J. Zalagh, encore plus à l’est (fig. 4). C’est un pli anticlinal E-W à cœur jurassique, déversé au sud, limité à ses deux extrémités par des décrochements conjugués. L’observation des galets permet de jalonner les étapes de cette déformation active (néotectonique). Les ga- lets calcaires (surtout jurassiques) sont « impressionnés », ils montrent des cupules de dissolution sur les points de contact entre galets (les plus petits galets, ou les plus sili- ceux, s’imprimant dans les autres), et par des dépôts cal- citiques striés sur les autres faces. Les cupules apparaissent sur les faces perpendiculaires à la contrainte compressive maximale. Or, l’étude des affleurements montre qu’il y a des cupules aussi bien sur les faces subhorizontales (cu-

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 1.11 : La

FIG. 1.11 : La ride du J. Trhatt, d’après Chalouan et al. (2006), modifié. (a) carte géologique ; (b) coupe N-S ; (c) galet avec cupules de dissolution et stries de friction ; (d) Détermination des directions de contrainte d’après les galets striés (la contrainte com- pressive maximum σ1 est très proche de l’axe moyen des cupules ou pit); (e) Idem, d’après les microfailles. Projection equi-aire, hémisphère inférieure ; n : nom- bre de mesures ; R : rapport axial.

FIG. 1.11 : J. Trhatt Ridge, after Chalouan et al. (2006), modified. (a) Geological map ; (b) N-trending cross-section ; (c) Palaeostress determination from striated pebbles (the mean pit axis is much close to the maximum compressive axis σ1 ; (e) Idem, after the mi- crofaults. Equal area projection, lower hemisphere ; n, number of measures ; R, axial ratio.

pules 1) que sur les faces sub-verticales (cupules 2). Inter- prétation : la couche conglomératique est d’abord compri- mée horizontalement alors qu’elle est encore peu inclinée, les cupules 1 se forment ; puis les conglomérats se verti- calisent, les galets avec leurs cupules 1 sont basculés, et les cupules 2 s’y impriment.

Autre leçon à tirer de ces observations : puisqu’une certaine surcharge est nécessaire pour le développement du phéno- mène de dissolution orientée (au moins 2 ou 3 km, assurant des températures de l’ordre de 100°C), il faut envisager que la ride anticlinale s’est formée sous la surcharge de la nappe prérifaine, érodée depuis (ceci est en accord avec les coupes du J. Zalagh montrées plus loin, fig. 2.2).

Route : Redescendre vers la route de Fès, et se diriger vers l’hôtel. Suivant l’heure et les arrangements possibles, on pren- dra un aperçu de la ville (fig. 1.12) avant ou après le repas.

La ville fut fondée par Idriss I vers 789, puis recentrée et développée par Idriss II à partir de 809. Elle connut un af- flux massif de Cordouans cultivés, musulmans et juifs, en 817, puis d’Arabes de Tunisie (Kairouanais). Elle s’entoure d’une muraille au XIème siècle, sous le prince almoravide Ibn Tachfin ; elle devint ensuite une grande ville religieuse sous les Almohades (12 ème -13 ème s.). Au 14 ème siècle, Fès at- teint 200 000 habitants et se double d’une ville neuve (Fès- Jdid) sous les Mérinides. Après une éclipse au 16 ème -17 ème s., lorsque les Saadiens lui préfèrent Marrakech, puis les premiers Alaouites, Meknès, elle reprend son rôle de capi- tale pour ne le quitter qu’en 1911, au profit de Rabat.

Résidence habituelle des sultans Alaouites au XIX ème siè- cle, Fès est la référence marocaine en matière de culture traditionnelle. Il suffit de citer sa mosquée Karaouiyne (où enseignèrent Maimonide, Ibn Khaldoun, Léon l’Afri- cain…) qui rayonnait sur tout le monde musulman. Fès est aussi une ville moderne qui ne cesse de grandir, grâce à sa position de carrefour de voies de communication et au voi- sinage de la riche région agricole du Saïss. L’eau, enfin, y abonde, tant celle de l’oued Fès (canalisé dans la ville elle-même en rameaux multiples) que celle des sources thermales voisines (Sidi Harazem, Moulay Yakoub…).

JJ22 :: FFèèss--AAll HHoocceeiimmaa vviiaa TTaaoouunnaattee,, KKeettaammaa ((227700 kkmm))

Itinéraire et thèmes (fig. 2.1A, B) : Coupe des Zones ex- ternes du Rif central ; Prérif externe, Prérif interne (« sofs »), synclinaux post-nappe (Taounate), fenêtres mé- sorifaines, Crétacé métamorphique de Ketama (Intrarif). Panoramas sur Al Hoceima et environs : nappes internes des Bokoyas, volcan du Ras Tarf, séismicité régionale.

Remarque : les routes suivies sont sinueuses, compter au moins 4h30 de conduite en voiture de tourisme, dont 2h45 de Fès à Ketama.

Route and themes (figs. 2.1A, B) : Cross-section of the Ex- ternal Zones ; External Prerif, Internal Prerif (“sofs”), post-nappe synclines (Taounate); Mesorif windows, In- trarif metamorphic unit of Ketama. Views on Al Hoceima and its region : Bokoyas Internal nappes ; Ras Tarf vol- cano, regional sismicity.

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 23 F IG . 1.12 : La vieille

FIG. 1.12 : La vieille ville de Fès vue depuis le Bordj sud (accès depuis la N6, à l’ouest du cimetière de Bab Ftouh ; GPS 34 02 50 N, 04 58 04 W). La médina s’est établie sur des pentes marneuses au confluent de trois oueds, dans une entaille du plateau du Saïss ouverte vers la grande vallée du Sebou.

FIG. 1.12 : View of the old Fes city from the Bordj South (access from N6 west of Bab Ftouh Cemetery). The medina grew on the marly slopes of three converging ouadis, in a notch of the Saiss Plateau offering a way to the large Oued Sebou Valley.

Caution : winding roads ! Allow at least 4h30 for driving with a tourist car (about 2h45 from Fes to Ketama, then 1h45 to Al Hoceima).

Route : On quitte la ville nouvelle de Fès en direction de Taza, Taounate. La route (N6) longe les murailles de la vieille ville (Fès El-Bali) en descendant vers la vallée de l’oued Sebou, largement ouverte dans les terrains mar- neux du Prérif (l’oued Sebou vient du Moyen Atlas ; vers l’aval, il traverse tout le Gharb pour rejoindre l’Atlan- tique près de Kenitra). Au bas de la descente, laisser la direction de Taza (N6) et prendre la route de Taounate, Ketama, Al Hoceima (N8). On franchit l’oued Sebou. Vers le NW se dresse le J. Zalagh, la plus orientale des Rides prérifaines. C’est un anticlinal de calcaires lia- siques faillés, décollés et redressés presque à la verticale sous la nappe prérifaine, puis mis en relief par l’érosion différentielle (fig. 2.2).

La route s’élève bientôt dans la nappe prérifaine (masses de Trias rouge), puis dans les marnes du Miocène post- nappe. Celles-ci sont couronnées par des sables marneux du Pliocène moyen, en barres faiblement inclinées domi- nant la route à l’est (J. Bou Rnim ; sur cette coupe, voir le vol. 4 des Nouveaux Guides, circuit 6). Un aquifère cor- respond à ces sables ; il alimente la source (« Aïn ») visi- ble près d’Aïn Kansera. Noter que ces sables marins sont les équivalents des sables fauves du Saïss, au sud de Fès et Meknès, en partie au moins continentaux.

FIG. 2.1 : Trajet de la journée J2 reporté sur la carte géologique du Maroc au 1/000000.- A : De Fès à Ketama.- B : De Ketama à Fès. Légende des couleurs et sym- boles : voir Annexe 1 en fin de volume.

FIG. 2.1 : J2 route and stops plotted on the Geological map of Morocco scale 1/1000 000.- A : From Fès to Ketama.- B : From Ketama to Al Hoceima. Legend :

see Appendix 1 at the end of this volume.

000.- A : From Fès to Ketama.- B : From Ketama to Al Hoceima. Legend :

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 2.1 : suite

FIG. 2.1 : suite

ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 2.1 : suite F IG .

FIG. 2.2 : Le J. Zalagh, au NE de Fès.- A : Panorama (cliché A. Charrière).- B : Carte (a) et coupe (b), d’après Chalouan et al. (2006). 1 : Trias ; 2 : Lias inférieur (dolomies) ; 3 : Lias moyen (calcaires) ; 4 : Lias supérieur-Bajocien (marnes et calcaires) ; 5 : Miocène supérieur (molasse) ; 6 : Miocène supérieur (marnes) ; 7 : Nappe prérifaine ; 8 : Qua- ternaire (brèches de pente) ; 9 : Quaternaire (sédiments) ; 10 : faille ; 11 : chevauchement ; 12 : anticlinal.

FIG. 2.2 : The J. Zalagh, NE of Fes city. A: Panorama (Photo by A. Charrière).- B : Map (a) and cross-section (b) after Chalouan et al. (2006).

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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A 23 km de Fès (borne Tissa 24 km) débute la descente vers l’oued Inaouene, puissant affluent du Sebou, qui draine l’ouest du massif de Tazekka. Son cours est barré plus en amont (embranchement vers le barrage Idriss I). La route longe l’oued Inaouene, puis le traverse pour lon- ger l’un de ses affluents de rive droite, l’oued Lebene. En second plan au NW, un sommet montre des bancs durs in- clinés, coiffant les marnes de la nappe prérifaine : c’est une klippe de la nappe d’Ouezzane (marnes éocènes et turbi- dites du Miocène inférieur-moyen), bien représentée dans toute la région (fig 2.1A, 2.3).

Traversée de l’oued Lebene (vers la borne Taounate 43 km). On baigne dans l’univers marneux de la nappe préri-

km). On baigne dans l’univers marneux de la nappe préri- F IG . 2.3 : Carte

FIG. 2.3 : Carte structurale et coupes dans le Rif central, de part et d’autre de la route Fès-Ketama. Extrait de la carte structurale du Rif au 1/500 000 (Suter, 1980b).- Lé- gende de la carte, du sud au nord : Pre/i : Prérif externe/interne, avec Trias diapi- rique (rose) et klippes de la nappe d’Ouezzane (brun) ; Mre/i : Mésorif externe/interne ; Sh : nappe des Senhadja (m : Miocène inf. chaotique) ; Kt : Unité de Ketama (Intrarif) ; Tge/i : Unité de Tanger externe, interne (Intrarif); Ml, Ts, Nd : nappes des Flyschs de Meloussa, du J. Tisirene, et du Numidien.- Légende des coupes, dans l’ordre chronologique : t : Trias (δ : dolérites) ; l : Lias ; jm/s/F :

Jurassique moyen/sup./ferrysch ; ci/m-s : Crétacé inf./sup. ; ei/m-g : Eocène inf./moyen-sup. à Oligocène ; mi/m/s : Miocène inf., moyen, sup.- Unités infra- Ketama associées aux Senhadja : BH : Bou Haddoud ; Ta : Taïnest.

FIG. 2.3 : Structural map and cross-sections across the Central Rif, west and east of the Fes-Ketama road, after Carte structurale du Rif, 1/500 000 (Suter, 1980b).

faine. La progression d’un matériel aussi peu compétent sur les marnes de l’avant-fosse s’est faite nécessairement par écroulement gravitaire du prisme tectonique formé au

front des zones internes, le plan de charriage étant en pente vers le sud (vers l’avant-fosse). C’est pourquoi cette nappe

a pu être assimilée à un gigantesque olistostrome.

A 34 km de Taounate, carrefour vers Tissa (à l’est) et son

diapir salifère. La route traverse des éléments de la nappe

d’Ouezzane, comportant des marnes blanches à silex (« fa- ciès suessonien » de l’Eocène). Environ 6 km plus loin, noter au NW un village perché sur une klippe de la nappe de Ouezzane.

Oulad Daoud, à ~15 km de Taounate : passé le col (378 m), on découvre vers le nord un paysage de crêtes calcaires, les

« sofs » à armature de calcaires jurassiques, caractéristiques du Prérif interne.

Arrêt J2-1 : Ecaille mésozoïque (« sof ») d’Aïn Aïcha, Prérif interne GPS : 34°27’06”N ; 04°42’45”W

Se garer près de la borne Taounate 13 km. On découvre un large panorama sur les « sofs » (arêtes rocheuses) d’Aïn Aïcha, dégagés de leur enveloppe marneuse par l’oued Ouerrha (fig. 2.4). Ils font partie d’un alignement E-W de masses rocheuses kilométriques, de nature surtout calcaire (Lias, Bajocien, Tithonique), avec des termes turbiditiques (« ferrysch » du Callovo-Oxfordien). Ces masses sont sou- vent associées, à leur base, à des argiles évaporitiques du Trias, tandis que vers le haut, leur série peut inclure des ter- rains marneux, d’âge Crétacé à Miocène moyen. Leur posi- tion prête à discussion : écailles peu déplacées, et/ou klippes issues du nord du Mésorif ? On y revient après le arrêt 2. Quoi qu’il en soit, la présence de dépôts marins d’âge Ju- rassique supérieur-Néocomien dans ces unités contraste avec l’absence de tels dépôts dans le domaine atlasique : ces unités appartiennent à la paléomarge téthysienne.

Le style tectonique du Prérif externe est encore ici, pour l’essentiel, celui d’une chaîne de plis et chevauchements

épidermiques (thin skinned), décollés d’un socle à peine raccourci. L’analyse de la discordance progressive du Mio- cène sur le Mésozoïque et la présence d’olistolites dans le Miocène au sud du sof (fig. 2.5) suggèrent que celui-ci re- présente un pli de propagation de faille, contemporain de

la sédimentation (Tejera de Leon et al., 1995). On verra

que ce style change dans le Prérif interne et le Mésorif.

IV- Stratigraphie des sofs ; la paléomarge proximale inversée

Le Jurassique supérieur comporte deux formations super- posées, qui se retrouvent, plus au nord, dans le Mésorif :

le « ferrysch » callovo-oxfordien, série de turbidites fines argilo-gréseuses, et les calciturbidites et calcaires péla-

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 2.4 : Le

FIG. 2.4 : Le sof d’Aïn Aïcha vu du sud.- A : Partie orientale, montrant le Miocène prérifain (m4a) ; au loin, le sommet pyramidal est constitué par les conglomérats de base du flanc nord du synclinal post-nappe de Taounate.- B : Partie occidentale, montrant les calcaires jurassiques (j1, Bajocien ; j2 Bathonien), le ferrysch du Bathonien-Malm (j3-5) et les calcaires marneux du Crétacé inf. (n1-4), ainsi qu’un lambeau de Miocène inférieur de la nappe d’Ouezzane (m1-2).

FIG. 2.4 : The Ain Aicha « sof » as seen from the south.-A : Western part ; in the background, the pyramidal summit is made up by the Miocene conglomerates of the north flank of the Taounate post-nappe syncline.- B : Eastern part.

of the Taounate post-nappe syncline.- B : Eastern part. F IG . 2.5 : Coupe des

FIG. 2.5 : Coupe des synclinaux post-nappe du Moyen Ouerrha et des anticlinaux de Taounate (Mésorif externe) et d’Aïn Aïcha (Prérif interne), selon Tejera de Leon et al. (1995, 1996).

FIG. 2.5 : Cross-section of the Middle Ouerrha post-nappe synclines and intervening anticlines of Taounate (External Mésorif) and Ain Aicha (Internal Prerif) after Tejera de Leon et al. (1995, 1996).

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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giques du Tithonique-Berriasien. Ceux-ci passent en conti- nuité à des marno-calcaires à Aptychus et ammonites py- riteuses du Néocomien, puis viennent de nouvelles turbidites argilo-gréseuses d’âge Albien-Aptien.

A l’échelle régionale, on note des variations importantes entre les divers sofs, suggérant qu’ils correspondaient à divers blocs basculés de la paléomarge (Ben Yaïch et al., 1991, Favre, 1992). La tectonique en extension est parti- culièrement active du Lias moyen (Carixien) au Jurassique moyen (voir ci-après, Mésorif). Les failles inverses limitant les sofs dérivent donc, au moins pour partie, de l’inver- sion d’anciennes failles normales.

Route : La route recoupe le sof puissant d’Aïn Aïcha, puis franchit l’oued Ouerrha. La ville de Taounate apparaît bientôt au NE, à côté d’un synclinal perché de Néogène post-nappe.

Arrêt J2-2 : Synclinal post-nappe de Taounate et aperçu sur le Mésorif GPS : 34°31’05”N ; 04°39’05”W

Se garer en contrebas de la ville, près du panneau « Taou- nate » et limitation de vitesse. Le panorama montre, à droite de l’agglomération, un relief fait d’une épaisse barre de conglomérats, base du flanc nord du synclinal de Miocène post-nappe (Tortonien supérieur et Messinien) de Taounate.

Les conglomérats s’appuient sur les marno-calcaires du Cré- tacé mésorifain, sur lesquels est bâtie Taounate, tandis que le flanc sud du synclinal repose sur la nappe prérifaine et le sof d’AïnAïcha. L’analyse des profils sismiques a permis de suggérer que la sédimentation s’est faite dans un système d’hémigrabens (présence de stratifications en éventail, fig. 2.6), liés probablement à l’écroulement gravitaire du prisme orogénique (Samaka et al., 1997). L’extension multidirec- tionnelle a pu s’accompagner de compression transverse au front du prisme en cours d’écroulement. L’inversion des pa- léofailles normales et le plissement du bassin date de la fin du Messinien-début du Pliocène.

V- Le Miocène post-nappe, le couloir sud-rifain et la crise messinienne

La sédimentation post-nappe a commencé ici après une période d'érosion des nappes, dont le toit émergeait contrairement à ce qui prévalait plus à l’ouest (Gharb). On observe la transgression de calcarénites congloméra- tiques et de lumachelles du Tortonien supérieur sur le Mé- sozoïque mésorifain ou prérifain. Au-dessus de ces niveaux de base, les faciès évoluent vers des dépôts de pente sous- marine (coulées de conglomérats à matrice argilo-sa- bleuse), puis vers des dépôts hémipélagiques de marnes sableuses d’âge Messinien (Samaka et al., 1997).

La communication entre Atlantique et Méditerranée via le

La communication entre Atlantique et Méditerranée via le F IG . 2.6 : Profil sismique longitudinal

FIG. 2.6 : Profil sismique longitudinal dans le bassin de Taounate (en haut) et interprétation en hémigraben inversé (en bas), d’après Michard et al. (1996) et Samaka et al. (1997). Les réflecteurs figurés correspon- dent au toit du Mésozoïque et aux couches du Miocène supérieur. Les chiffres entre parenthèse renvoient aux profils croisés pris en compte.

FIG. 2.6 : Longitudinal seismic profile across the Taounate Basin (above), and its interpretation in terms of inverted hemigrabens (below), after Michard et al. (1996) and Samaka et al. (1997). The reflectors shown correspond to the top of the Mesozoic and overlying Upper Miocene deposits. Numbers in parentheses refer to the available cross profiles.

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

couloir sud-rifain existait au début du Tortonien supérieur (dépôts anté-nappe), puis elle a été interrompue par la mise en place des nappes du Rif central et oriental : c’est l’origine de la première crise de salinité en Méditerranée, vers 6,3- 5,6 Ma (Rouchy & Caruso, 2006). La communication a pu se rétablir de manière épisodique et restreinte pendant le Messinien (présence sporadique d’organismes marins), sug- gérant une continuité temporaire entre les bassins du Rif cen- tral et du Rif oriental (Boudinar, Nador). La communication E-W est à nouveau interrompue au Messinien supérieur (5,6- 5,4 Ma), en relation avec le plissement qui déforme les bas- sins post-nappes. Elle est rétablie brusquement à 5,3 Ma, au début du Pliocène (Zancléen), via le détroit de Gibraltar, tan- dis que se poursuit le plissement du Prérif.

Route : A l’entrée de Taounate, affleurement des conglo- mérats post-nappe. Après la ville, la route redescend assez fortement, mais les affleurements appartiennent le plus sou- vent au Miocène post-nappe (conglomérats, marnes grises).

A ~4 km de Taounate, la route serpente sur une crête N-S,

dominant à droite la vallée de l’oued Sra (ou, plus en amont, oued Ketama). Vers la droite, grâce à l’ouverture que four- nit la vallée du Moyen Ouerrha, on aperçoit, au NE, le mas-

sif du J. Tifelouest (figs. 2.3, 2.7) qui appartient au Mésorif

le plus interne et, vers le SE, le massif des Senhadja (J.

Keil), charrié sur le Mésorif externe. Ce sont les seuls aper- çus accessibles sur le Mésorif le long de cet itinéraire.

A

9 km de Taounate (70 km de Ketama), on laisse à droite

la

route de Tahar Souk (ville située entre le J. Tifelouest et

les Senhadja). Peu après, la route commence à monter et on entre dans l’Intrarif (unité de Ketama). Les schistes ar- doisiers du Crétacé supérieur affleurent le long de la route, que l’on poursuit sur 4 à 5 km, jusqu’à l’arrêt suivant.

VI- Le Mésorif et les nappes rifaines

Le Mésorif est caractérisé, dans le Rif central, par des fe- nêtres anticlinales à matériel Miocène inférieur-moyen (Tamda, J. Kouine) recouvertes par deux ensembles d’uni- tés chevauchantes, les unes inférieures, d’origine infra-Ke-

chevauchantes, les unes inférieures, d’origine infra-Ke- F IG . 2.7 : A : Deux coupes dans

FIG. 2.7 : A : Deux coupes dans le J. Tifelouest, d’après Favre (1992), modifié. Age des dépôts tertiaires d’après Durand-Delga, in Cha- louan et al. (2008). Deux écailles superposées, décollées sur le Trias salifère et affectées par une schistosité S 1, sont déformées par un pli conique coffré associé à un clivage en éventail S 2 . Ce pli affecte également le complexe chaotique oligo-miocène, premier terrain non affecté par la schistosité S 1 .- B : Reconstitution de la paléomarge rifaine sur la transversale du J. Tifelouest au Jurassique moyen- supérieur, d’après Favre (1992), modifié.

FIG. 2.7 : A : Two sections across the J. Tifelouest massif, after Favre (1992), modified. Age of Cenozoic formations after Durand- Delga, in Chalouan et al. (2008). Two stacked slabs detached on the Triassic evaporites and affected by S 1 foliation are folded by a con- ical fold linked to a fanned cleavage S 2 . This fold also affects the Oligocene-Miocene chaotic complex, which is the oldest post-S 2 formation.- B : Restoration of the Rif paleomargin in the Tifelouest area during the Late Jurassic, after Favre (1992), modified.

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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tama, les autres supérieures, d’origine supra-Ketama. Parmi les unités d’origine infra-Ketama, certaines sont en- racinées sous la puissante unité intrarifaine de Ketama et sont rangées dans le Mésorif interne (cas du Tifelouest-Ta- fraout à l’est de Taounate, et de Rhafsai à l’ouest) ; d’autres sont charriées et plus ou moins réduites à l’état de klippes et olistostromes sur le Miocène inférieur-moyen des Fenê- tres (nappe des Senhadja au sens large, avec les klippes de Taïneste, Merzouk et Azrou Akchar plus à l’est, vers Aknoul ; voir carte du Rif, vol. 1, fig. 18). Les unités d’origine supra- Ketama sont superposées aux précédentes et comportent, à la base, des éléments intrarifains décollés du toit de l’unité de Ketama (nappe d’Aknoul), et au sommet, dans le Rif oriental, des restes de la nappe du Flysch numidien.

Les variations de faciès du Mésozoïque entre le Prérif in- terne et le Mésorif interne-Intrarif permettent de suggérer une restauration de la paléomarge africaine (fig. 2.7B). La série syn-rift comprend le Lias et le Dogger. La série post- rift débute avec le ferrysch du Malm, suivi par les calcaires pélagiques du Tithonique. Elle se poursuit par des faciès marno-pélitiques profonds du Crétacé où s’intercalent des turbidites silico-clastiques (Barrémien sup.-Vraconien), puis par des calcaires en plaquettes et des marnes du Paléocène- Eocène moyen, qui se chargent en blocs anguleux de Mé- sozoïque à leur partie supérieure (Eocène moyen- supérieur ?). Toute cette série est affectée par un clivage à faible pendage indiquant un cisaillement et glissement couche à couche à vergence sud. Les duplex ainsi déformés (foliation S 1 ) sont recouverts en discordance par des conglomérats chaotiques de l’Oligocène supérieur (?) à Nummulites et Lépidocyclines, remaniant les terrains foliés, puis, après une nouvelle discordance, par des marnes gréseuses à olistostromes du Miocène inférieur-moyen (Favre, 1992). Le plissement de l’ensemble s’accom- pagne de la formation d’un clivage de dissolution dans les terrains miocènes et de crénulation (S 2 ) dans les ter- rains mésozoïques à éocènes (fig. 2.7A).

La nappe des Senhadja a été la première nappe décou- verte dans la chaîne rifaine elle-même (J.Marçais, 1936- 1938), après la mise en évidence du charriage prérifain sur l’avant-pays (Gentil, 1912). Le dispositif est clair (fig. 2.3) : des terrains mésozoïques et paléozoïques reposent sur des couches du Miocène inférieur qui apparaissent en fenêtres anticlinales. Il ne s’agit pas d’une nappe massive, mais d’un ensemble de klippes kilométriques et de blocs hectométriques reposant sur, ou inclus dans le complexe chaotique par lequel se termine le Miocène des Fenêtres (Favre, 1992). Le terme de « mélange » (Vidal, 1977) est ici particulièrement adapté. Le matériel de cet ensemble disloqué est de même type que celui des unités enracinées, sauf qu’il s’y ajoute des éléments de socle paléozoïque :

quartzites et schistes carbonifères. On envisage donc un

chevauchement de l’Intrarif (Ketama) sur le Mésorif par le biais d’une faille affectant le socle lui-même. Le style tecto- nique devient « thick-skinned ». L’ampleur du chevauche- ment est sans doute du même ordre que celle du décrochement du Nekor, soit 50 à 80 km, dans l’interpréta- tion de Michard et al. (2007) présentée dans ce volume, cir- cuit C9. La structure du Mésorif se complique, et le métamorphisme gagne en intensité, en passant dans le Rif oriental (région des Temsamane), de l’autre côté du décro- chement du Nekor (figs. 1.2, 2.1B).

Arrêt J2-3 : Crétacé supérieur anchimétamorphique de la zone intrarifaine GPS : 34°35’56”N ; 04°36’45”W ; alt. 450 m

Cet arrêt est situé à ~13-14 km au nord de Taounate, soit en- viron 500 m après la borne Alhuceima 173 km. Stationner près d’une borne GPS (en forme de pyramide blanche). Les affleurements schisteux sombres appartiennent au Crétacé supérieur de l’Intrarif, représentés sur les cartes tantôt comme « « couverture décollée de l’unité de Ketama, tan- tôt comme « unité de Tanger », ce qui est équivalent. Ils montrent un débit en plaquettes lié à un clivage schisteux encore peu pénétratif, à pendage faible (fig. 2.8). Noter la présence de veines calcitiques syntectoniques, qui révèlent un métamorphisme débutant (anchimétamorphisme). Il s’agit du même épisode de métamorphisme que celui du Ti- felouest. On va voir son degré augmenter en pénétrant dans les niveaux plus profonds de l’unité de Ketama plus au nord.

Route : La route continue de sinuer sur la crête N-S en rive droite (ouest) de l’oued Sra = Ketama. Les villages sont perchés sur les sommets, type d’habitat classique tout

perchés sur les sommets, type d’habitat classique tout F IG . 2.8 : Clivage schisteux peu

FIG. 2.8 : Clivage schisteux peu pénétratif dans les métapélites du Crétacé supérieur en bor- dure sud de l’unité de Ketama. La présence de lentille de calcite et quartz d’exsolution in- dique un début de métamorphisme.

FIG. 2.8 : Incipient cleavage in the Upper Cretaceous pelites of the southern Ketama Unit. The occurrence of exsolution calcite-quartz veins reveals that of an incipient recrystalliza- tion (anchimetamorphism).

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

autour de la Méditerranée. Les lits gréseux deviennent de plus en plus abondants dans les schistes: on passe à des ni- veaux de la fin du Crétacé inférieur. La schistosité devient de plus en plus évidente.

Arrêt J2-4 : Crétacé inférieur métamorphique de l’Intrarif, schistosité de flanc inverse GPS : 34°45’53”N, 04°39’32”W ; alt. 930 m

Stopper à environ 46 km de Ketama (33 km de Taounate), à l’entrée d’une piste qui prend vers la gauche (vers l’ouest) et traverse la ligne de crête, tandis que la route elle-même continue sur le flanc est de la montagne. Le talus de la route montre des schistes ardoisiers à lits de grès fins et de microquartzites manganésifères, attribuables à l’Albien-Cénomanien (fig. 2.9A). La stratification S 0 est inclinée de 30° à 50° au NE, avec quelques microplis ci- saillés. La schistosité de plan axial est inclinée seulement de 20° à l’est : on est donc dans un flanc inverse de pli cou- ché, déversé vers le SW. Le débit en crayons est très net (fig. 2.9B), orienté N140E : c’est la direction de l’axe du pli couché majeur.

Le métamorphisme de l’unité de Ketama n’a pas été cali- bré avec précision du point de vue P-T. C’est un faciès schiste vert de bas degré (conditions de l’ordre de 3 kbar, 250°C), correspondant à un enfouissement vers 9 km de profondeur. La surcharge a pu être fournie par des duplex de Crétacé intrarifain, mais aussi par les nappes du Flysch Maurétanien, préservées en klippes peu à l’ouest (J. Outka). Ce métamorphisme est encore mal daté, les me- sures K-Ar donnant des résultats non significatifs du fait du degré faible du métamorphisme et de la richesse en micas détritiques. Les traces de fission sur apatite (Azdi- moussa et al., 1998) indiquent un refroidissement post-mé- tamorphique à environ 14 Ma (Miocène moyen), ce qui est

en bon accord avec la phase d’extension à l’origine de la sédimentation chaotique et des mélanges mésorifains sous les unités Senhadja. Cependant, l’âge du métamorphisme est calé stratigraphiquement grâce aux données sur le Ti- felouest : la phase principale de métamorphisme, associée à la foliation à faible pendage, est d’âge Eocène supérieur- Oligocène à Miocène très inférieur, tandis que la phase tar- dive, associée aux plis droits et à la schistosité de crénulation, est d’âge Miocène moyen-supérieur.

VII- Le métamorphisme intra- et mésorifain Les âges qu’on vient de citer pour le métamorphisme Ke- tama-Tifelouest correspondent remarquablement aux data- tions 39 Ar- 40 Ar obtenues dans des unités des Temsamane nord, affectées d’un métamorphisme MP-HT à chloritoïde (vol. 1, fig. 25), à savoir : des âges reliques vers 20-23 Ma, et des âges-plateau vers 15-13 Ma (Negro et al., 2006). De fait, les Temsamane nord peuvent être interprétées comme un prisme d’unités mésorifaines, recouvertes à l’Eocène su- périeur-Oligocène par des unités intrarifaines et par les Flyschs. L’accident du Nekor aurait à la fois un jeu décro- chant sénestre, bien marqué dans la structure des Temsa- mane nord (Frizon de Lamotte, 1985), et affectant aussi le prisme orogénique superposé, et un jeu vertical effondrant le côté occidental. Ces deux mouvements concourent, dans ce schéma, au décalage sénestre du front de l’unité de Ke- tama. Des écailles de serpentinites et schistes verts, trans- gressés par des calcaires et pélites métamorphiques, d’âge probable jurassico-crétacé, se retrouvent dans la zone de contact Intrarif-Temsamane nord (Beni Malek, fig. 1.2A et vol. 1, fig. 23 ; Michard et al., 1992 ; Elazzab et al., 1997). Ainsi aurait-on, entre Intrarif et Mésorif, une suture mineure à l’intérieur de la marge africaine (vol. 1, fig. 27). Vers l’Est, cette suture intra-marge se repère au cap des Trois-Fourches (Melilla) et jusqu’en Oranie (Michard et al., 2007).

(Melilla) et jusqu’en Oranie (Michard et al., 2007). F IG . 2.9 : Clivage ardoisier (schistosité

FIG. 2.9 : Clivage ardoisier (schistosité de flux) de flanc inverse dans les shales à lits de microquartzites manganésifères (A) attribuables à l’Albo-Cénomanien, dans l’unité de Ketama. L’intersection schistosité-stratification détermine un débit en crayons, bien visible sur le cliché (B). Métamorphisme schiste vert de bas degré.

FIG. 2.9 : Foliation in the metapelites with Mn-rich microquartzites of the reverse limb of an overturned fold (A), and associated pencil structures (B) in the Albian- Cenomanian series of the Ketama Unit. Low-grade greenschist metamorphism.

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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Route : On continue vers le nord sur quelques kilomètres jusqu’à Souk-el-Had-Ikaouen, village accroché sur la rive droite (occidentale) de l’oued Ketama. Le souk offre de nombreuses possibilités de restauration. Quelques kilomè- tres plus au nord, la stratification est presque horizontale, tandis que la schistosité pend régulièrement au NE : on passe dans un flanc normal majeur. Les veines de quartz lai- teux se multiplient, en même temps que l’importance des bancs quartzitiques. Vers la borne kilométriqueAl Hoceima 131, dans le talus de la route, une charnière E-W est dessi- née par un banc métrique de quartzite, au sein des métapé- lites. Environ 3 km plus loin, on atteint un petit tunnel :

l’arrêt 5 est juste au nord.

Arrêt J2-5 : Turbidites silicoclastiques et plis de l’unité de Ketama GPS : 34°48’59”N ; 04°38’30”W ; 1275 m

Stopper à la sortie amont du tunnel. Le tunnel traverse le dressant (flanc raide) d’un pli hectométrique déversé au sud, et dessiné par un gros banc de quartzite interstratifié dans des métapélites : c’est un faciès typique de l’unité de Ketama.

L’entaille de l’oued Ketama montre un grand pli en che- vron, prolongation possible de la charnière du tunnel. Des plis à plan axial à fort pendage sont visibles au loin (fig. 2.10). Ce sont des plis de phase 2, replissant la schisto- sité synmétamorphique précoce à faible pendage. La série détritique plissée est datée du Barrémien-Albien. Elle suc- cède à des termes pélagiques du Tithonique et du Crétacé inférieur (calcaires micritiques, marnes à conglomérats intraformationnels). Le milieu de dépôt est profond jusqu’au Crétacé supérieur (microquartzites manganési- fères, black shales), mais il reste relativement proximal (cf. importance des bancs sableux turbiditiques). C’est un

faciès latéral des flyschs maghrébins, déposé sur le talus de la paléomarge africaine.

Route : Remarquer, environ 1 km plus loin, dans les af- fleurements de bord de route, des bancs de microquartzites noirs boudinés, avec des veines de quartz blanc entre chaque boudin (boudinage précoce lié à la phase synfo- liaire, puisque ces bancs sont plissés). On traverse encore un souk montagnard (Tleta Ketama). Dans la forêt, des cè- dres se mêlent de plus en plus aux chênes. Encore quelques kilomètres de montée et on atteint Ketama.

L’agglomération s’est développée à l’intersection de la route qu’on vient de suivre (R 505, « Route de l’Unité », par ré- férence à la réunion de la zone espagnole et de la zone fran- çaise lors de l’indépendance du Maroc) et de la Route des Crêtes (N2, Nador-Tanger). Les constructions profitent d’une zone de replat perchée à 1500 m d’altitude sur la ligne de partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée. Des sommets de plus de 2000 m existent à l’ouest et au SE (J. Ti- dirhine, 2450 m, point culminant du Rif). Vers le nord, les oueds, très encaissés, rejoignent la mer en moins de 30 km. Vers le sud, les eaux de l’oued Ketama-Sra rejoignent l’oued Ouerrha après 80 km, puis l’oued Sebou après une centaine de kilomètres supplémentaires : la dissymétrie de la chaîne est extrême. La haute surface de Ketama, tapissée de dépôts plio-villafranchiens et profondément disséquée, semble un héritage morphologique du Miocène terminal, époque où les produits de l’érosion de la chaîne remontaient très haut sur son versant sud (Miocène post-nappe).

Prendre la Route des Crêtes vers la droite, en direction d’Al Hoceima (fig. 2.1B). On roule sur la surface mio-plio- cène pendant 3 km, puis rentre dans la formation quartzo- pélitique de Ketama.

puis rentre dans la formation quartzo- pélitique de Ketama. F IG . 2.10 : Plis droits

FIG. 2.10 : Plis droits affectant les bancs quartzitiques de l’Unité de Ketama, à l’est de la Route de l’Unité. Ces plis sont postérieurs à la phase de plis couchés synschisteux (cliché précédent).

FIG. 2.10 : Major folding of the quartzite layers of the Ketama Unit, east of the Route de l’Unité. These up- right folds postdate the recumbent folding phase (fig. 2.9).

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

Arrêt J2-6 : Turbidites et structures de l’unité de Ketama (arrêt optionnel) GPS : 34°55’08”N ; 04°30’50”W ; 1510 m

L’arrêt proposé est situé 5 km à l’est de Ketama, dans un

virage serré précédant un tunnel (arrêt également possible

au nord du tunnel). Il offre la possibilité d’observations

complémentaires dans de beaux affleurements sur le flanc

oriental d’un ravin orienté vers la Méditerranée. Le faciès

de dépôt est un « pré-flysch » moins grossier qu’à l’arrêt

5. Les barres quartzitiques épaisses qui arment le massif du Tidirhine plus au sud sont absentes ici.

Remarque : suivant l’heure, on pourra sauter cet arrêt (et le reporter éventuellement à la journée J3) afin d’arriver assez

tôt à Al Hoceima, où les arrêts prévus demandent 1h30 au

moins de bon éclairage. De Ketama àAl Hoceima (115 km

de route sinueuse) compter 2 h en voiture de tourisme).

Route : On progresse en zigzag de 4 à 5 km vers l’ENE en montant jusque vers 1600 m. On atteint ainsi la zone de contact entre l’Unité de Ketama (barre quartzitiques orien- tées E-W visibles au sud) et les Flyschs maghrébins superpo- sés au nord. Les affleurements sont médiocres (calcschistes crétacés de la Nappe de Melloussa et/ou de l’Unité deTanger- Ketama ; cf. fig. 2.1B). Les pentes au ESE de la route sont drainées vers la Méditerranée par des tributaires de l’oued Rhis dont l’embouchure se situe dans la baie d’Al Hoceima.

On franchit sans arrêt l’Unité de Ouareg, objet de l’arrêt J3-1, après 15 km de route sinueuse. Il est plus intéressant d’étudier cet arrêt (Bab Raouda, GPS 34 57 49 N, 04 24 30

W à 04 24 02 W, après un grand V ouvert vers le sud) du-

rant la matinée de la journée J3 pour des raisons d’horaire et d’homogénéité des sujets abordés. Il s’agit en effet d’une écaille de terrains jurassiques pélagiques issue de la base stratigraphique du Flysch du Tisirene, qui sera lui-même étudié au pied du J. Tisirene pendant la journée J3. Le re-

port de cet arrêt à J3 permet de mieux profiter des beaux paysages géologiques d’Al Hoceima.

De Bab Raouda à Targuist, la route descend en serpentant dans le flysch du Tisirene. Celui-ci sera plutôt étudié du- rant la journée J3 au pied du J. Tisirene lui-même. La ville de Targuist est bâtie vers 1000 m d’altitude dans la vallée de l’oued Rhis, sur des dépôts plio-villafranchiens (terrasse de 70 m). Il est possible d’éviter le centre ville par le nord. De Targuist à Ajdir (65 km), la N2 suit la direction géné- rale NE de l’Oued Rhis, mais en restant en altitude.

Les affleurements (médiocres) correspondent d’abord (sur environ 15 km) à la nappe de Chouamat (= Melloussa dans le Rif occidental). C’est une nappe de flysch sous-jacente à celle du Tisirene, et d’origine plus méridionale dans le bassin de la Téthys maghrébine (« flyschs massyliens » d’Algérie). Elle comporte un flysch albo-aptien, contem- porain de celui du Tisirene mais de granulométrie plus fine, ainsi que des termes du Crétacé supérieur à domi- nante pélitique. Leur zone de dépôt se situait entre celle du flysch maurétanien du Tisiren et l’Intrarif. Son contact avec l’unité de Ketama est indistinct le long du trajet suivi.

La route s’élève à nouveau, entre dans les flysch du Tisirene qui arment les crêtes et passe sur le versant nord des mon- tagnes (panorama) à environ 20 km de Targuist. On roule en- suite pendant près de 40 km en se maintenant près de la ligne de crête entre la vallée du Rhis au sud et les oueds descendant directement au nord, en traversant les chaînons calcaires des Bokkoyas en bord de mer. Le tracé de la route est proche du bord d’érosion de la nappe du Tisirene, tantôt dans les flyschs de cette nappe, tantôt dans ceux de la nappe de Chouamat (fig. 2.1B). Remarquer sur cette figure la présence de plu- sieurs fenêtres de Chouamat sous Tisirene (notamment à Beni Abdallah où passe la N2), indiquant un pendage faible vers le nord de leur contact de charriage (fig 2.11).

faible vers le nord de leur contact de charriage (fig 2.11). F IG . 2.11 :

FIG. 2.11 : Coupe schématique dans le NE du Rif central, d’après Suter (1980b). Unités structurales, du nord au S : Gh : Ghomarides ; Ci/e : Dorsale calcaire interne/externe ; ZF : Permo-Trias « Federico » ( ?) ; Pd : Prédorsalien ; Ts : Tisirene ; Ml : Meloussa-Chouamat ; Kt : Ketama ; Mri/e : Mésorif interne/ex- terne ; AN : Accident du Nekor ; Ak1 : Aknoul inf. ; SI : synclinaux néogènes internes. Ages stratigraphiques comme fig. 2.3.

FIG. 2.11 : Schematic cross-sections in the north-eastern Central Rif, after Suter (1980b).

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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A5 km de l’agglomération d’Aït Youssef-ou-Ali (carrefour d’Ajdir), une unité à dominante argileuse vient recouvrir la

nappe du Tisirene. C’est le « Prédorsalien », ici représenté par la « semelle tertiaire des Bokkoyas » (le Mésozoïque prédorsalien sera présenté au cours de la journée J3). Cette formation inclut des blocs calcaires (visibles ça et là dans les pentes des collines) issus de la Dorsale par écroulement

et glissement sous-marin (olistolites). On a reconnu deux

étapes de mise en place d’olistostromes, i) l’Oligocène su-

périeur, avec une alimentation à partir de la Dorsale externe ;

et ii) le Burdigalien, où c’est la Dorsale interne qui alimente

les olistostromes (Mourier et al., 1982). Entre les deux sé- quences se déposent des marnes d’âge Aquitanien compor- tant des intercalations gréseuses à faciès numidien.

A Ajdir, à proximité de la côte, le Prédorsalien est forte-

ment raviné (ajdir signifie « ravin » en berbère). Au grand carrefour d’Aït Youssef-ou-Ali prendre à droite si on choi-

sit l’arrêt 7 classique, ou à gauche vers Al Hoceima (P5211) si on privilégie l’arrêt 7 « grand angle ».

Arrêt J2-7 : Baie d’Al Hoceima (panorama) :

structure et sismicité GPS : 35°11’53”N ; 03°53’46”W ; alt.30 m

Deux arrêts sont possibles, soit l’arrêt classique, d’accès rapide (cordonnées ci-dessus), soit un arrêt « grand angle » (GPS : 35°13’25”N, 03°56’16”W ; alt. 350 m), accessible

par une petite route (3 km de montée). L’arrêt classique est

à 2 km du carrefour d’Aït Youssef-ou-Ali, depuis le haut

de la route conduisant au Club Med à partir du carrefour

N2-N16. L’autre arrêt se situe au pied du relai hertzien au sud d’Al Hoceima (prendre la direction d’Izemmouren, puis à gauche 400 m plus loin).

Le panorama classique (fig. 2.12A) montre la partie sud- est de la baie. Le panorama « grand angle » montre le bord occidental de la baie et le site d’Al Hoceima, vus en enfi- lade. Le site de la ville est illustré en vue frontale (comme on le voit de la mer) par la figure 2.12B.

Dans le fond de la baie arrivent deux oueds, le Rhis et le Nekor, le plus important (fig. 2.1B). Le « peñon » d’Al Hoceima (îlot occupé par une forteresse espagnole) est constitué par les calcaires du Trias-Lias de la Dorsale in- terne (« Ci » sur la fig. 2.1B), ensemble de nappes à ma- tériel calcaire dominant issu de la marge septentrionale de la Téthys maghrébine, et plus précisément de sa plateforme carbonatée proximale (voir colonnes stratigraphiques, vol. 1., fig. 19). En direction du nord, on voit des îlots ana- logues au peñon et les falaises de la Dorsale interne qui cachent le reste du site d’Al Hoceima. Noter que le cap qui ferme la baie au nord de la ville (cf. fig. 2.14B) est consti- tué de calcaires de la Dorsale externe, à faciès de plate- forme distale : la tectonique de charriage a inversé la disposition initiale des domaines de la marge (jeu de saute- mouton). Le cap qui ferme la baie à l’est, le Ras Tarf (Cabo Quilatès) est un volcan andésitique du Miocène moyen. Il fait partie du volcanisme tardi-orogénique des Maghré- bides et de la mer d’Alboran (fig. 1.2B et vol. 1, fig. 26). Sous son apparence paisible, cette région touristique est aussi l’une des régions du Maroc à haut risque sismique.

aussi l’une des régions du Maroc à haut risque sismique. F IG . 2.12 : Panorama

FIG. 2.12 : Panorama de la baie d’Al Hoceima, partie sud. Au premier plan, le peñon d’Alhoceima ; à l’arrière plan, fermant la baie à l’est, le volcan miocène du Ras Tarf.

FIG. 2.12 : View of the Al Hoceima Bay, southern part. In the foreground, the Alhoceima “peñon”; in the background, the Ras Tarf Miocene volcano closes the bay to the east.

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

VIII- La séismicité d’Alhoceima

La baie correspond à un fossé d’effondrement N-S (fig. 2.13), résultat d’une extension E-W associée à une com- pression N-S, comme le décrochement sénestre NE-SW du Nekor. Il s’agit là de structures d’âge Miocène, et la faille du Nekor, qui ne montre pas trace d’activité sismique, est re- couverte par le Messinien du bassin de Boudinar. Par contre, la région d’Al Hoceima a connu une série de séismes historiques (depuis le 16 ème siècle), un séisme M 5,9 en 1994, et a été frappée par un séisme encore plus violent (M 6,3) le 24 février 2004. Ce dernier fut l’un des événements majeurs jamais relevés instrumentalement en Méditerranée occi- dentale. Il fut suivi d’un millier de répliques. Son épicentre se situait à 9 km au SW d’Al Hoceima, et son hypocentre à 10-14 km de profondeur. Le mécanisme au foyer suggère un jeu décrochant sénestre sur une faille subméridienne (N11°E, pentée 70°E ; fig. 2.13A), avec un axe de compres-

sion NW-SE. Cette direction de compression correspond à celle de la convergence des plaques Afrique-Iberia. Or les structures cosismiques observées en surface un mois après le séisme majeur sont essentiellement des fentes d’ouver- ture orientées N60 (fig. 2.14A). Galindo-Zaldivar et al. (2009) concluent donc a un découplage entre la déformation crustale sismogène et la déformation de surface, qui semble liée au soulèvement antiforme du relief (fig. 2.14B). Tahayt et al. (2009) proposent un jeu de failles croisées superfi- cielles (entre 0,5 et 3 km de profondeur), l’une N10E sénes- tre, l’autre N130E dextre avec des rejets horizontaux de l’ordre de 90 cm, sur la base de données satellitaires.

Route : A partir du carrefour d’Aït Youssef-ou-Ali, rouler 4,5 km sur la P 5211 ; on quitte rapidement les terrains ar- gileux (Prédorsalien) pour traverser une zone de collines calcaires (Dorsale).On atteint la ville d’Al Hoceima. Le centre ville est bâti sur un lambeau de nappe Ghomaride (Silurien et Dévonien de type Talembote ; voir journée J4)

(Silurien et Dévonien de type Talembote ; voir journée J4) F IG . 2.13 : Structure

FIG. 2.13 : Structure et séismicité de la région d’Al Hoceima, selon Galindo-Zaldivar et al. (2009).- A : Carte structurale montrant le système de failles néogènes, la répartition des épicentres liés au séisme de 1994 (points noirs) et au séisme de 2004 (cercles vides) et les mécanismes au foyer correspondants.- B : Coupe du graben néogène d’Al Hoceima, basée sur la profil gravimétrique obtenu sur la côte sud de la baie (localisation : voir carte A).

FIG. 2.13 : Structure and seismicity of the Al Hoceima area, after Galindo-Zaldivar et al. (2009).- A : Struc- tural map with location of the Neogene fault array, location of the 1994 and 2004 earthquake epicentres (black dots and white circles, respectively), and related focal mechanisms.

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 35 F IG . 2.14 : Interprétation du

FIG. 2.14 : Interprétation du séisme de février 2004, selon Galindo-Zaldivar et al. (2009).- A : Carte des structures cosismiques relevées un mois après le séisme. Les ouvertures (cracks) indiquent une extension N-S en surface, tandis que le méca- nisme au foyer indique une compression N-S.- B : Interprétation : découplage de la déformation dans la croûte supérieure, grâce à la stratification mécanique résul- tant de la tectonique de nappes du Miocène inférieur.

FIG. 2.14 : Interpretation of the feb. 2004 earthquake, after Galindo-Zaldivar et al. (2009).- A : Map of the cosismic structures observed one month after the event. The cracks point to a N-S extension whereas the focal mechanism suggests a N-S compression.- B : Interpretation: decoupling of the deformation in the upper crust is made possible by its mechanical stratification, which results from the Lower Miocene thrust tectonics.

posé sur les calcaires de la Dorsale (figs. 2.1B, 2.11B). Sous ces derniers apparaissent, i) une écaille de Permo- Trias légèrement métamorphique (comparable à certaines unités des Sebtides supérieures ou de la base de la Dorsale dans la vallée de l’oued Laou ; voir J4) et, ii) plus à l’ouest, une fenêtre de Prédorsalien. Les unités du domaine d’Al- boran (Ghomarides, Sebtides et Dorsale) charriées sur le Prédorsalien apparaissent ici tellement disloquées qu’on peut penser à une mise en place gravitaire au Miocène in-

férieur (cf. olistostromes dans le Prédorsalien).

Une fois au centre (place Mohamed V), tourner à gauche sur l’avenue qui mène à la corniche sur la côte nord des collines calcaires.

Arrêt J2-8 : Corniche d’Al Hoceima : panorama sur la côte des Bokoyas GPS : 35°15’12”N ; 03°56’ 52”W ; alt. 20 m

Là aussi, deux arrêts possibles suivant le temps disponible. Le plus simple (ccordonnées ci-dessus) est au tout début de la corniche. On bénéficie à cet endroit d’une vue en enfilade sur la côte des Bokkoyas. Les affleurements proches sont des terrains pélito-gréseux du Carbonifère inférieur de la nappe ghomaride. Ils sont superposés aux calcaires de la Dorsale externe, qui forment les caps et les sommets.

L’autre arrêt possible est à Cibadilla (GPS : 35 14 29 N, 03 58 07 W, alt. 135 m), que l’on atteint en suivant la route de corniche sur environ 3 km. Le dernier kilomètre corres- pond à une montée en lacets destinée à franchir un cap (calcaires dorsaliens sous schistes ghomarides). De ce point haut, avant la descente sur la zone balnéaire de Tala Youssef, on bénéficie d’un panorama remarquable sur la côte des Bokoyas (fig. 2.15).

Route : Retour à Al Hoceima. Si le temps le permet, une promenade sur la jetée permet d’avoir une bonne vue sur le site de la ville et sur le cap septentrional (Ras el Abid), constitué des carbonates de la Dorsale externe.

Du fait de son isolement, la région est restée longtemps le siège, au Moyen-Age, d’un royaume indépendant. Au début du XX ème siècle, ce fut le berceau de la résistance d’Abd el-Krim à la colonisation. Le développement du tou- risme et la construction, en cours, de la rocade méditer- ranéenne (route N16) ouvre de nouvelles perspectives.

ranéenne (route N16) ouvre de nouvelles perspectives. F IG . 2.15 : La côte des Bokoyas

FIG. 2.15 : La côte des Bokoyas vue depuis le “col” de la route de Tala Yousef (Ciba- dilla), en regardant vers le WSW. La station balnéaire (Tala Youssef) est bâtie sur les schistes paléozoïques des Ghomarides, qui reposent sur les calcaires de la Dorsale ex- terne formant les caps et les sommets.

FIG. 2.15 : The Bokoya shoreline, looking WSW-ward from Cibadilla. The Tala Yousef seaside resort is built on the Ghomaride Paleozoic terranes, which overlies the Exter- nal Dorsale limestones that form the capes and the crest of the range.

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

JJ33 :: AAll HHoocceeiimmaa-- CChheeffcchhaaoouueennee ((223300 kkmm))

Itinéraire et thèmes (figs. 2.1B, 3.1) : Série pélagique ju-

rassique (Ouareg) à la base du Flysch du Tisirene. Turbidites renversées de l’Unité de Ketama. Série du Flysch au J. Tisi- rene. Phtanites du Crétacé supérieur (U. de Tanger). Faille

de Jebha et front de chevauchement de la Dorsale. Radiola-

rites du « Prédorsalien » (Unités Beni Derkoul). Olistostrome

du Tithonique-Berriasien dans la Dorsale externe (Chrafate).

Route and themes (figs. 2.1B, 3.1) : Jurassic pelagic se- quence at the bottom of the Tisirene Flysch (Ouareg Unit). Inverted turbidites of the Ketama Unit. Upper Cretaceous black cherts (Tangier U.). J. Tisirene turbidites. Jebha Fault and Dorsale Calcaire thrust front. “Prédorsalian” radio- larites of the Beni Derkoul units. Tithonian-Berriasian olis- tostromes of the External Dorsale (Chrafate).

Route: Après cette incursion vers le Rif oriental et pour reprendre la coupe du Rif jusqu’aux Zones internes les mieux exposées (Rif septentrional), il est nécessaire de re- venir à Ketama par le chemin suivi au cours de la journée J2. Ceci sera fait avec un seul arrêt géologique, à peu près à mi-parcours. Il est localisé sur la figure 2.1B.

Arrêt J3-1 : Unité basale jurassique des Flyschs du Tisirene (Unité d’Ouareg) GPS : 34°57’49”N ; 04°24’30”W ; alt. 1470 m

est l’un des rares témoins des termes les plus anciens du bas- sin océanique téthysien, ce qui explique qu’elle ait été étudiée en détail (El Kadiri et al., 1989 ; Olivier et al., 1996).

La série d’Ouareg (fig. 3.3) est caractérisée par des faciès pélagiques profonds : calciturbidites du Lias supérieur- Dogger inférieur, radiolarites du Dogger-Malm et micrites du Tithonique-Berriasien. Cette série est attribuable à la base stratigraphique initiale de la série turbiditique du Ti- sirene puisque les dépôts les plus récents de la première (Berriasien inférieur) sont juste antérieurs aux plus anciens de la deuxième (Berriasien supérieur) et de faciès compa- rable. La série d’Ouareg est semblable à celle qu’on ob- serve en klippe sédimentaire dans le domaine prédorsalien (arrêt 6), transition entre la Dorsale calcaire et les Flyschs. Ceci est en accord avec l’idée que le Flysch du Tisirene s’est déposé du côté nord de la Téthys maghrébine, en bor- dure de la paléomarge ibérique d’où provient le Domaine d’Alboran. L’ensemble Ouareg-Tisirene fait partie des « flyschs maurétaniens » définis en Algérie (cf. vol. 1).

Route: Rejoindre Ketama et continuer sur la Route des Crêtes vers Bab Berret, Chefchaouen (Chaouen). La route se tient au plus près de la ligne de crête afin d’éviter les glissements de terrain, tantôt en versant nord, tantôt en ver- sant S. On circule généralement sous le couvert de la cé- draie, que la pluviosité annuelle importante (près de 2 m) favorise singulièrement à ces altitudes (1600-1700 m).

L’arrêt 1 est localisé au lieu-dit Bab Raouda (fig. 3.2A), en-

L’arrêt 1 est localisé au lieu-dit Bab Raouda (fig. 3.2A), en-
viron 15 km à l’ouest de Targuist. Les affleurements de ra- diolarites signalent l’approche du

viron 15 km à l’ouest de Targuist. Les affleurements de ra- diolarites signalent l’approche du « col » que franchit la route avant de tourner vers l’E, et où il convient de se garer.Apar-

de là, il conviendra de marcher vers l’est sur environ 700

tir

m

pour observer les faciès les plus intéressants. La route re-

coupe ici en oblique une écaille de terrains jurassiques, l’unité d’Ouareg, à la base de

coupe ici en oblique une écaille de terrains jurassiques, l’unité d’Ouareg, à la base de la nappe du Flysch du Tisirene, d’âge Crétacé inférieur (fig. 3.2B). L’écaille qui affleure ici

Arrêt J3-2 : Albo-Aptien de Ketama : base de banc à figures sédimentaires GPS : 34°58’10”N ; 04°43’39”W ; alt. 1608 m

Stopper environ 20 km après Ketama, après un virage concave au nord, en pleine forêt de cèdres. L’affleurement borde la route au sud. De spectaculaires figures de base de banc (fig. 3.4) caractérisent une mise en place turbiditique (courants de densité fortement érosifs). La disposition de

banc (fig. 3.4) caractérisent une mise en place turbiditique (courants de densité fortement érosifs). La disposition
banc (fig. 3.4) caractérisent une mise en place turbiditique (courants de densité fortement érosifs). La disposition
(courants de densité fortement érosifs). La disposition de F IG . 3.1 : Trajet de la

FIG. 3.1 : Trajet de la journée J3, partie ouest, reporté sur la carte géologique du Maroc au 1/1 000 000. Pour la partie est, voir fig. 2.1B. Légende des couleurs et symboles : voir Annexe 1 en fin de volume.

FIG. 2.1 : J3 route (western part) plotted on the Geological map of Morocco scale 1/1 000 000. Eastern part of the route: see fig. 2.1B. Legend: see Appendix 1 at the end of this volume.

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 37 F IG . 3.2 : L’unité d’Ouareg,

FIG. 3.2 : L’unité d’Ouareg, d’après Olivier et al. (1996). A : Carte géologique simplifiée. B : Coupe correspondante.

FIG. 3.2 : Ouareg Unit, after Olivier et al. (1996). A : Simplified geological map.- B : Cross-section.

A : Simplified geological map.- B : Cross-section. F IG . 3.3 : Colonne stratigraphique de

FIG. 3.3 : Colonne stratigraphique de l’unité d’Ouareg, d’après Olivier et al. (1996). A : Calpionelles ; b : nanno- plancton ; c : foraminifères.

FIG. 3.3 : Stratigraphic column of the Ouareg Unit, after Olivier et al. (1996). a : calpionellids ; b : nannoplank- ton ; c : foraminifers.

ces structures sédimentaires atteste un renversement tecto- nique de la série. Le pendage du banc (50°N) fait supposer un flanc inverse court, dans une série cisaillée vers le sud pendant la phase I. En remettant le banc à l’endroit, on res- titue une orientation du courant turbide du sud vers le nord, en accord avec l’alimentation externe du bassin marginal.

Route : Quelques kilomètres plus loin l’altitude s’abaisse, et la cédraie disparaît, au profit d’une chênaie plus clair- semée. Au loin vers l’ouest, apparaît le sommet tabulaire du J. Tisirène. On laisse à droite le carrefour d’une petite route desservant El Had et Jebha sur la côte. Après une quinzaine de kilomètres supplémentaires, on atteint Bab Berred, situé à un col venteux (d’où son nom : « la passe du froid »). A l’entrée de Bab Berret, le Crétacé inférieur de Ketama plonge axialement sous le Crétacé supérieur de l’unité de Tanger (partiellement décollée), celle-ci étant à son tour recouverte par les nappes des Flyschs maghré- bins. Ces nappes sont représentées ici par, i) des lambeaux difficilement identifiables de la nappe des Béni Ider (séries du Crétacé supérieur-Tertiaire du domaine maurétanien, détachées du flysch du Tisirene), et ii) la nappe du flysch du Tisirene, dont c’est le lieu éponyme.

Traverser l’agglomération de Bab Berred (repérer le kilo- métrage). A peine au-delà, on est au pied sud du J. Tisi- rene, qui montre déjà un superbe empilement de strates épaisses, des turbidites du Crétacé inférieur. Continuer sur environ 4 km au-delà de Bab Berred.

Arrêt J3-3 : Flysch maurétanien du J. Tisirene GPS : 35°00’25”N ; 04°56’01”W ; alt. 1270 m

Se garer au pied d’une grande pyramide stratifiée et dénu- dée (le bas de la falaise est malheureusement transformé en décharge sauvage). C’est là qu’on observe le mieux la coupe du flysch du Tisirene (fig. 3.5A, B, coupe est). Les niveaux les plus anciens de la nappe, à faciès « pré-flysch » (fig. 3.5B, coupe ouest), s’observent 1,8 km plus loin (GPS : 35 00 31, 04 56 48).

Dans le membre supérieur de la formation du Tisirene (li- bellée 2a-e sur la figure), des alternances de bancs turbi- ditiques silicoclastiques et d’intervalles argilo-pélitiques, groupés par cycles hiérarchisés (sub-stages et stages, sys- tème turbiditique I de Mutti, 1992) sont empilées avec un faible pendage nord sur près de 1000 m d’épaisseur. C’est un exemple typique de flysch, avec des séquences de

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 3.4 : Méga-figures

FIG. 3.4 : Méga-figures de courant et de charge à la base d’un banc de turbidite sili- coclastique renversé (flanc inverse local) dans le flysch albo-aptien de Ketama. Regard vers le sud ; le banc pend de 50° vers le nord. Route des Crêtes à l’ouest de Ketama. FIG. 3.4 : Mega-flute and load casts at the bottom of a southward overturned sili- ciclastic turbidite in the Aptian-Albian Ketama series. The turbidite layer dips 50° to the North. Route des Crêtes, W of Ketama.

Bouma répétées, présentant des variations cycliques des proportions de matériel fin par rapport au matériel gros- sier turbiditique. Les âges déterminés par les Calpionelles, le nannoplancton et les pollens dans les niveaux fins vont du Berriasien supérieur-Valanginien (2a) au Barrémien- Albien inférieur (partie supérieure de 2e). Ces dépôts sont donc des équivalents latéraux de ceux de Ketama, mais ils présentent un faciès distal de domaine océanique.

Le membre inférieur de la formation (le pré-flysch 1) mon- tre des lits gréso-calcaires à débris d’Aptychus et des bancs de micrites à Calpionelles intercalés dans des pélites mar- neuses. Son âge va du Berriasien inférieur à la base au Ber- riasien moyen au sommet. La nappe du Tisirène comporte aussi des termes plus élevés, qui montent jusqu’à l’Albien supérieur, sous des faciès analogues, dans la coupe de Punta Cires (rive sud du détroit de Gibraltar ; voir J5). L’ensem- ble de la pile que l’on reconstitue entre les coupes du Tisi- rène et de Punta Cires atteint 1500 m (Durand-Delga et al., 1999). On retrouve les mêmes faciès, avec les mêmes âges, dans les flyschs du Monte Soro en Sicile et de Guerrouch enAlgérie. Ces dépôts sont entièrement décollés d’un subs- tratum de type océanique, dont ne portent témoignage que de rares écailles basales de basaltes en coussins d’âge Ju- rassique moyen-supérieur (Durand-Delga et al., 2000).

Route : Une fois dépassés les affleurements du pré- flysch, la route s’écarte de la masse du J. Tisirène pour entrer dans son soubassement intrarifain, l’unité de Tan- ger interne. En franchissant le méridien 05°W, on entre dans la feuille Bab Taza au 1/50 000 (1975), précieuse pour la suite, vu la complexité des zones abordées.

pour la suite, vu la complexité des zones abordées. Arrêt J3-4 : Ecailles de phtanites, turbidites

Arrêt J3-4 : Ecailles de phtanites, turbidites granoclassées à figures de courant GPS : 35°01’35”N ; 05°01’21”W ; alt. 1321 m

L’arrêt est à 10 km du précédent, juste avant une épingle de la route qui contourne une arête descendant vers le sud. Il est placé dans le Cénomanien de l’unité de Tanger interne, caractérisé par des argilites radiolaritiques riche en matière organique, les phtanites (fig. 3.6A), associées

FIG. 3.5 : Nappe du Tisirene.- A : Face sud du J. Tisirene, vue de la Route des Crêtes, 4 km à l’ouest de Bab Berred. Repères a-e : voir coupe, termes 2a-2e.- B :

Coupe de la formation du J. Tisirene, d’après Durand-Delga et al. (1999). F :

contact basal de la nappe ; 1 : Berriasien (pélites à lits gréso-calcaires à Aptychus, micrites à Calpionelles). 2a-b : Berriasien supérieur à Valanginien (faciès ana- logues aux précédents, premiers bancs gréseux épais). 2c : barre gréseuse en gros bancs. 2d : Hauterivien (pélites à bancs silteux et rares calcaires ; Calpionelles re- maniées, nannoflore). 2e: Hauterivien supérieur-Albien inférieur (grès en bancs atteignant 10 m de puissance ; interlits pélitiques à nannoflores).

FIG. 3.5 : Tisirene Nappe.- A : Southern face of J. Tisirene, as seen from Route des Crêtes, 4 km west of Bab Berred. a-e: see 2a-2e in cross-section.- B : Cross- section of the J. Tisirene Fm. after Durand-Delga et al. (1999). F : basal thrust of the nappe ; 1 : Berriasian (pelites with Calpionellid micrites and sandy lime- stones with Aptychus fragments) ; 2a-b : Upper Berriasian-Valanginian (similar facies with the first, thick sandstones layers); 2c : thick-layered sandstone bar ; 2d : Hauterivian (pelites with silt beds and scarce limestones; include reworked Calpionellids and pollens ; 2e : Upper Hauterivian-Lower Albian (sandstone bars up to 10 m thick; pelite intervals with palynologic associations.

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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à quelques marno-calcaires micritiques et à des turbidites gréso-calcaires à figures de courant (flute-casts) très nettes (fig. 3.6B). Cette partie interne de l’unité intrarifaine de Tanger est prise dans les charriages des Flyschs maghré- bins. Elle est chevauchée par la nappe du Tisirene (flysch Crétacé inférieur) et chevauche elle-même la nappe des Beni Ider (flysch gréso-micacé oligo-miocène), qui af- fleure au SW, en contre-bas de la route (fig. 3.1). La nappe des Beni-Ider inclut des termes du Crétacé supérieur-Eo- cène et n’est autre que la suite stratigraphique de la série du Tisirene (domaine interne ou maurétanien du bassin des flyschs), diverticulée et charriée jusque sur l’Intrarif (Tan- ger) en avant de la nappe du Tisirene. Le chevauchement de l’unité de Tanger interne sur le flysch Beni Ider est donc une structure hors séquence tardive. Coincée entre les deux nappes, l’unité de Tanger interne présente quelques cisail- lements mineurs entre phtanites et marno-calcaires.

La description qui précède est conforme à ce que repré- sente la carte au 1/50 000, feuille Bab Taza (1975). Par contre, la carte au millionième (1985) place tous les af- fleurements du grand virage dans le Beni Ider et représente

le Tisirene en contact direct avec le flysch tertiaire. Cette erreur de dessin est corrigée sur la figure 3.1.

Route : Moins d’un kilomètre plus loin, la route passe un col à peine marqué et commence à descendre en direction du nord. La Dorsale calcaire apparaît dans le paysage vers le NW.

Arrêt J3-5 : Panorama sur la Dorsale et la faille de Jebha GPS : 35°03’22”N ; 05°01’28”W ; alt. 1100 m

S’arrêter au début de la descente, dès que le paysage est dé- gagé vers le nord et le NW. Le panorama (fig. 3.7) montre au premier plan, vers la droite, le Crétacé supérieur (Tanger interne) étudié à l’arrêt précédant, et à gauche, le dos de la nappe de flysch tertiaire des Beni Ider, chevauché par le Tanger interne. A l’arrière plan, au-delà d’une faille NE- SW, la faille de Jebha, qui passe dans la zone de col, dé- bute le domaine de la Dorsale Calcaire dont les séries calcaro-dolomitiques du Trias-Lias donnent une succession de hauts sommets, tandis que les séries marno-gréseuses du Tertiaire donnent des combes et des pentes molles au front des écailles calcaires. Du fait de la faille de Jebha, le

des écailles calcaires. Du fait de la faille de Jebha, le F IG . 3.6 :

FIG. 3.6 : Affleurements de l’arrêt J3-4 (talus NW de la route).- A : Série à phtanite (chert noirs lités) du Cénomanien dans l’unité de Tanger interne.- B : Figures de courant dans le flysch Beni Ider (le courant turbide qui a déposé le banc sableux venait de la gauche).

FIG. 3.6 : Stop J3-4 outcrops (NW roadcut).- A : Cenomanian black cherts (phtanites) of the Internal Tangier Unit.- B : Flute casts in the Beni Ider Flysch (the loaded current was coming from the left).

Ider Flysch (the loaded current was coming from the left). F IG . 3.7 : Panorama

FIG. 3.7 : Panorama sur la Dorsale calcaire depuis la Route des Crêtes (arrêt 5). C’est la région où la Dorsale est coupée par la faille de Jebha (F), rampe latérale sénestre du chevauchement dorsalien de direction SW.

FIG. 3.7 : View of the Dorsale calcaire from the Route des Crêtes (stop 5). In this area, the Dorsale is truncated by the Jebha Fault (F), which is a SW-trending sinistral lateral ramp for the Dorsale thrust

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

domaine de la Dorsale s’interrompt brutalement ici et se trouve remplacé vers l’estpar la nappe du Tisirene.

IX- La faille de Jebha

La faille de Jebha (figs. 1.2A, 3.1) est comparable, en di- rection et rejet, à celle du Nekor (fig. 2.1B), mais à la dif- férence de celle-ci, elle affecte les zones internes, tandis que ses effets dans les zones externes restent discrets (Cha- louan et al., 2006). On sait que la Dorsale et l’ensemble du Bloc des Zones internes (Bloc d’Alboran) chevauchent les Flyschs et les Zones externes (cf. les coupes des Bokoyas, fig. 2.11 ; voir aussi les cluses de l’Oued Laou et de Té- touan, journée J4). Ainsi, le jeu principal de cette faille peut se comprendre comme une combinaison d’un jeu dé- crochant sénestre (rampe latérale du chevauchement des nappes internes) et d’un jeu normal à vergence NW (ef- fondrement du bloc d’Alboran par rapport aux Flyschs et aux unités externes). De fait, l’analyse microtectonique (Benmakhlouf et al., 2005) a montré que cette zone de faille porte la marque de plusieurs phases de tectonique cassante : la phase sénestre visible sur des cassures NE- SW à fort pendage est la plus ancienne (post-Burdigalien); elle est suivie par une phase d’extension (failles à faible pendages avec glissements vers le nord), elle-même suivie par une phase de décrochement dextre NE-SW. Cette der- nière phase semble liée à la convergence récente des plaques, orientée NNW-SSE depuis le Pliocène.

Route : On continue à descendre dans les marnes et pé- lites de l’unité de Tanger interne, puis la route devient

quasi horizontale (alt. ~1000 m). On laisse, à droite, une piste qui descend jusqu’à la côte (Bou Ahmed) par la val- lée de l’Oued Bouhia. Peu au-delà (600 m), on franchit la faille de Jebha, marquée par une écaille de flysch du Tisi- rène, large de quelque 300 m, coincée entre le Tanger in- terne et le Tertiaire dorsalien/prédorsalien. Le tracé cartographique de ce contact montre que la faille de Jebha est ici à pendage NW modéré, suggérant une continuité vers l’ouest avec le chevauchement frontal de la Dorsale. On entre immédiatement au-delà dans une écaille juras- sique, objet de l’arrêt suivant.

Arrêt J3-6 : Radiolarites ; panorama sur le Prédorsalien » (Beni Derkoul) et la Dorsale GPS : 35°04’18”N ; 05°03’21”W

Se garer à proximité d’affleurements rouges et verts aisé- ment repérables (fig. 3.8). Les roches visibles sur le talus de la route sont bien stratifiées, siliceuses ou calcaro-sili- ceuses et affectées de plis en chevrons serrés, déversés au sud, et de cisaillements. Ce sont des radiolarites tantôt pu- rement siliceuses, tantôt calcaires, rouge ou vertes suivant l’oxydation du fer qu’elles contiennent. Elles sont datées du Jurassique moyen et supérieur par leurs radiolaires (El Kadiri, 1984 ; De Wever et al., 1985). Elles sont associées à des calcaires pélagiques du Lias supérieur-Malm et, plus bas, à des calcaires massifs du Lias inférieur (en contre bas de la route). Cette série pélagique du Jurassique est ran- gée dans le domaine dit « Prédorsalien », séparant la Dor- sale des Flyschs maghrébins. La délimitation de ce domaine, l’interprétation des relations entre ses termes mé-

l’interprétation des relations entre ses termes mé- F IG . 3.8 : Radiolarites du Jurassique supérieur

FIG. 3.8 : Radiolarites du Jurassique supérieur de l’une des Unités de Beni Derkoul (« Prédorsalien »), affleurant en bordure de la Route des Crêtes (arrêt 6). Ces roches litées sont affectées de plis en chevrons déversés au SE et de failles inverses cataclastiques (à gauche).

FIG. 3.8 : Upper Jurassic radiolarites from one of the “Predorsalian” Beni Derkoul Units, crooping out in a road- cut of the Route des Crêtes (stop 6). These layered rocks are affected by chevron folds and cataclastic reverse fault (left) verging SE-ward.

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sozoïques et cénozoïques et sa signification paléogéogra- phique ont donné lieu à controverse, tant dans le Rif que dans l’ouest des Cordillères bétiques. Le secteur des « klippes de Chrafate », ou « Unités de Beni Derkoul » est l’un de ceux où le problème du Prédorsalien se présente le plus clairement.A partir de notre arrêt 6, en se postant dans le virage convexe 200 m à l’ouest des radiolarites ou en se déplaçant jusqu’au virage suivant, on bénéficie d’une vue d’ensemble sur le secteur (fig. 3.9A).

On observera d’abord la Dorsale, en s’aidant de la carte (fig. 3.10) et des colonnes stratigraphiques (fig. 3.11).Au NW, le J. Akroud est une klippe d’une unité de type « Dorsale in- terne » (présence du faciès calcaires blancs massifs dans le Lias inférieur = plateforme interne ou proximale; voir co- lonnes stratigraphiques. Cette klippe repose sur le Tertiaire de l’unité d’Ametrasse (marnes Eocène sup.-Oligocène, grès conglomératiques Oligo- Miocène), qui semblent re- présenter le toit des séries des J. Taloussisse-J. Kandizite (cachés ici par le premier plan mais observés depuis l’arrêt 5). Celle-ci appartient à la « Dorsale externe », d’après la présence de calcaires noirs à silex dans le Lias inférieur (pla- teforme externe). Noter la coulée à blocs descendant du J. Akroud sur Ametrasse (cf. arrêt 8).

Par-dessus la nappe du Kandizite-Ametrasse et la klippe du J. Akroud, on trouve la nappe du J. Lakraa, qui présente

également des faciès de type plateforme externe (distale). Si l’on admet une mise en place des unités dorsaliennes par charriage du NE au SW, la klippe du J. Akroud à faciès proximal représente peut-être une complication de la pa- léogéographie de la plateforme (une zone peu subsidente entre les deux zones profondes du J. Tissouka et du J. La- kraa). Inversement, on peut envisager une tectonique de charriage complexe amenant une redistribution des faciès paléogéographiques.

Vers le SE (en venant vers nous), la nappe du J. Lakraa se subdivise pour former l’unité du J. Bouhalla ou Bou Sli- mane, à laquelle appartient le J. Chrafate. Des failles nor- males affectent la pointe SE du J. Chrafate. L’une d’elles isole notamment le massif de la cote 1221 au sud d’Ame- trasse (voir arrêt 7).

Les unités attribuées au Prédorsalien se trouvent en contre- bas du J. Chrafate et de la cote 1221 (contact par faille nor- male à regard SE). Leur coupe (fig. 9B) est incertaine car elles s’étendent dans une zone d’affleurements disconti- nus (abondance de formations quaternaires colluviales). Cette zone comporte des marnes et grès tertiaires (sem- blables à ceux de la Dorsale et de même âge) et des unités mésozoïques empilées en écailles de faible épaisseur (100- 200 m). L’unité la plus haute et la plus au sud (El Krar) est renversée et écaillée. Vers le SE et le S, ces unités reposent

et écaillée. Vers le SE et le S, ces unités reposent F IG . 3.9 :

FIG. 3.9 : Panorama sur la Dorsale entre Jbel Chrafate et Ametrasse et les Unités de Beni Derkoul ou « Prédorsalien » (A) et coupe correspondante (B). La coupe est basée sur la carte géologique au 50.000ème, feuille Bab Taza (cf. fig. 3.10), sur les données d’Olivier (1990) et sur des observa- tions personnelles.

FIG. 3.9 : View of the Dorsale between J. Chrafate and Ametrasse and the “Predorsalian” Beni Derkoul Units (A), and related cross-section (B). The latter is based on the geological map, scale 1:50,000 (cf. fig. 3.10), the data from Olivier (1990) and personal observations.

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 3.10 : Carte

FIG. 3.10 : Carte géologique du secteur de Chrafate-Beni Derkoul ; extrait de la carte géologique au 50.000ème du Maroc, feuille Bab Taza (1975), mo- difié d’après la carte de détail d’Olivier (1990) et des observations personnelles. Légende : voir fig. 3.11.

FIG. 3.10 : Geological map of the Chrafate-Beni Derkoul area; excerpt of the Geological map of Morocco, scale 1:50,000, sheet Bab Taza (1975), modi- fied after the detail map by Olivier (1990) and personal observations. Legend : see fig. 3.11.

sur le Crétacé supérieur de Tanger, par l’intermédiaire d’écailles de flysch du Tisirene qui jalonnent la limite du Bloc d’Alboran.

Route : Sur environ 4 km, les virages suivants se situent dans les formations tertiaires prédorsaliennes et/ou dorsa- liennes jusqu’à l’arrêt 7, au pied du village d’Ametrasse (Sefliane sur certaines cartes).

Arrêt J3-7 : La Dorsale externe (nappe J. Lakraa- Bou Slimane) vue d’Ametrasse GPS : 35°05’10”N ; 05°04’50”W

Stopper immédiatement avant la coulée active descendant du J. Akroud et grimper de quelques dizaines de mètres jusqu’à avoir une bonne vue vers le SW. On observe la série de la Dorsale externe (nappe du J. Lakraa, unité du Bou Slimane) sur la face NE du massif de la cote 1221 (fig. 3.12). Les couches carbonatées formant falaise illus- trent bien les faciès « alpins » du Trias supérieur-Lias in- férieur du domaine rifain interne, contrastant avec les séries argilo-évaporitiques du Rif externe. Du Sinémurien au Lias supérieur, ces faciès de plateforme sont remplacés par des faciès de talus (calcaires à silex, brèches à silex).

Ceux-ci sont suivis de dépôts de plus en plus profonds et pélagiques : calcaires à « filaments » (tests de lamelli- branches pélagiques) du Dogger, radiolarites du Dogger- Malm, calcaires micritiques à Aptychus du Tithonique- Berriasien-Valanginien. Des brèches à blocs de radiolarites et ciment de calcaire à Aptychus sont bien développées en haut de cette coupe, sous la transgression des dépôts ter- tiaires discordants. Une faille normale à pendage NE sé- pare ce massif du Jbel Chrafate lui-même. Un système de failles normales mineures à pendage SE affecte les niveaux compétents formant falaise ; elles sont encore visibles dans les calcaires à silex, se perdent dans les radiolarites et pour- rait être scellées par les brèches de radiolarites à ciment de micrite à Aptychus. Il s’agirait en ce cas de failles d’ex- tension sous-marine profonde (talus océanique).

Arrêt J3-8 : Vue rapprochée de la coulée à blocs d’Ametrasse

Un arrêt rapide au pied des falaises de la cote 1221, en face de l’arrêt 7, permettra de prendre une vue des coulées boueuses à blocs descendant du J. Akroud sur les séries tertiaires d’Ametrasse (fig. 3.13). Il s’agit d’un phénomène de solifluxion typique, entraînant la progression rapide,

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 43 F IG . 3.11: Colonnes stratigraphiques de

FIG. 3.11: Colonnes stratigraphiques de la Dorsale calcaire, unités internes et externes, et des unités Beni Derkoul. Extrait de la carte géologique du Maroc, feuille Bab Taza (1975).

FIG. 3.11 : Stratigraphic columns of the Dorsale Calcaire (inter- nal and external units) and of the Beni Derkoul Units. From the Geological map of Morocco, scale 1:50,000, sheet Bab Taza

(1975).

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 3.12 : Extrémité

FIG. 3.12 : Extrémité SE de l’unité du J. Chrafate (Dorsale externe), vue depuis Ametrasse (arrêt 7). Les paléofailles découpant la barre hettangienne du premier plan sont scel- lées par les radiolarites et les brèches grossières (BGR) du Tithonique-Berriasien.

FIG. 3.12 : South-eastern tip of the J. Chrafate Unit (Exter- nal Dorsale), as viewed from Ametrasse (stop 7). The pale- ofaults that cut across the Hettangian slab in the foreground are sealed by the radiolarites and coarse Tithonian-Berri- asian breccias (BGR).

and coarse Tithonian-Berri- asian breccias (BGR). F IG . 3.13 : Coulée de solifluxion à blocs

FIG. 3.13 : Coulée de solifluxion à blocs descendant sur le village d’Ametrasse, vue depuis la route de Chrafate (arrêt 8). Noter le contraste entre les calcaires blancs du J. Akroud (Hettangien-Sinémurien de la Dorsale interne, en série ren- versée) et les alternances calcaro-dolomitiques du J. Bou Slimane (Rhétien, Dorsale externe)

FIG. 3.13 : Active muddy rock-glacier sliding down to the Ametrasse village, viewed from the Chrafate road (stop 8). The J. Akroud white limestones (Internal Dorsale, Hettan- gian-Sinemurian, inverted unit) contrast with the J. Bou Sli- mane greyish, alternating calcareous-dolomitic layers (Rhetian, External Dorsale).

mais non instantanée, sur une longue distance vers l’aval de blocs éboulés en altitude. Les derniers épisodes de pro- gression ayant menacé le village datent des années 70. Route : Une fois dépassées les dolomies de la base des fa- laises du massif de la cote 1221, la route sinue sur 3 km dans les unités de Beni Derkoul. Aucun arrêt n’y est prévu faute de temps.

Arrêt J3-9 : Brèches chaotiques de Chrafate (Tithonique-Berriasien) GPS : 35°03’56”N ; 05°06’30”W ; alt. 850 m Se garer aux cafés de Chrafate. Les brèches du Tithonique- Berriasien affleurent en bord de route à la sortie ouest du village, mais les conditions d’observation sont médiocres à cet endroit (danger de chutes de pierre, voitures, contexte géologique invisible). Il convient de grimper jusqu’à la cascade et au-delà (escalier, puis sentier sur 30-50 m de dénivellée) pour pouvoir admirer cette extraordinaire for-

mation chaotique posée sur la série liasique du J. Chrafate (fig. 3.14). Il s’agit de brèches hétérométriques (olistos- tromes) à énormes blocs (olistolites) de calcaires liasiques et de radiolarites dans un ciment radiolaritique et/ou de mi- crite à Aptychus (fig. 3.15). Les olistolites de calcaires à silex (Lias) dépassent 10x100 m de dimensions. La mise en place de telles formations sédimentaires implique des pentes raides (escarpements de failles) et des vallées sous- marines canalisant des coulées vaseuses à blocs. Les af- fleurements de Chrafate sont de qualité exceptionnelle par leur dimension et l’exposition parfaite de leur discordance basale. Noter que la lacune qui accompagne cette discor- dance (presque tout le Jurassique à l’extrémité est des af- fleurements) n’est due en aucun cas à une érosion aérienne. Elle s’est élaborée en conditions sous-marines profondes, probablement par la combinaison d’une faille de détache- ment (avec basculement du bloc supérieur) et de l’érosion par le courant vaseux à blocs.

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 45 F IG . 3.14: Coupe N-S du

FIG. 3.14: Coupe N-S du J. Chrafate montrant ses relations avec les brèches chaotiques du Tithonique-Berriasien à ciment pélagique affleurant aux cascades de Chrafate (arrêt 9).

FIG. 3.14: N-S cross-section of J. Chrafate showing its relationships with the Tithonian-Berriasian chaotic brec- cias with pelagic matrix, which outcrops at the Chrafat waterpours.

pelagic matrix, which outcrops at the Chrafat waterpours. F IG . 3.15 : Brèches chaotiques de

FIG. 3.15 : Brèches chaotiques de Chrafate ; vue prise au-dessus de la cascade de Chrafate, montrant les olistolites de calcaires à silex (Lias inf.-moyen) et de radiolarites (Dogger, Malm) remaniés dans la brèche.

FIG. 3.15 : Chrafate chaotic breccias. View from above the Chrafate waterfall showing the huge olistoliths of “Calcaires à silex” (Lower- Middle Liassic) and radiolarites (Dogger, Malm).

X- Interprétations du Prédorsalien des Beni Derkoul

Les interprétations successives du dispositif de Beni Der- koul (typique du Prédorsalien) ont été les suivantes. Pour Wildi et Nold (feuille Bab Taza au 1/50 000, 1975 ; cf. fig. 3.9) et Wildi et al. (1977), les unités méso-cénozoïques de Beni Derkoul ne sont que des fragments de la Dorsale ex- terne écaillés au-dessous et au front de celle-ci. Pour De Wever et al. (1985), les unités mésozoïques sont des olis- tolites de grande taille (klippes de Chrafate) resédimentés dans le Tertiaire prédorsalien. Enfin, pour Olivier (1990), les unités de Beni Derkoul sont des écailles issues d’un do- maine mésozoïque dit prédorsalien, intermédiaire entre la Dorsale externe et le bassin des flyschs.

En conclusion à notre traversée du secteur Beni Derkoul- Chrafate, on peut dégager les idées suivantes.

Premièrement, la stratigraphie du Mésozoïque « prédorsa- lien » diffère peu de celle du Mésozoïque de la Dorsale ex- terne, si ce n’est par l’absence des séries calcaro- dolomitiques (fig. 3.11). En particulier, les brèches et olis- tostromes du Tithonique-Berriasien abondent autant dans la Dorsale externe que dans les unités Beni Derkoul ; les coulées de ce type peuvent véhiculer des blocs provenant de la plateforme externe et interne jusqu’en bas de pente de la marge passive, ce qui explique la présence de blocs de cal- caires récifaux dans certaines brèches des Beni Derkoul.

Deuxièmement, relations des terrains mésozoïques et cé-

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nozoïques « sont difficiles à analyser » dans les unités Beni Derkoul (Olivier, 1990). On admettra avec cet auteur et avec ceux de la carte au 1/50000 (cf. fig. 3.9) la discor- dance du Tertiaire sur le Mésozoïque dans ces unités comme dans la Dorsale. Cette discordance enregistre un change- ment complet de la paléogéographie du domaine d’Alboran tout entier, en rapport avec l’évolution de sa structure pro- fonde (début probable de la subduction des Sebtides : voir journée J4). La Dorsale et les Ghomarides subissent à l’Eo- cène supérieur-Oligocène une contraction suivie d’une ex- tension et du dépôt de formations détritiques de plus en plus grossières, qui vont alimenter les turbidites des Beni Ider dans la partie nord du bassin des flyschs. La présence de bèches chaotiques dans ce flysch et dans les unités dorsa- liennes et prédorsaliennes témoignent de l’importance des pentes au front de l’arc orogénique des Zones internes. Il est possible que des paquets de strates appartenant à la Dorsale externe déformée se soient alors détachées sur des failles normales au toit des masses calcaro-dolomitiques, fournissant ainsi les futures écailles prédorsaliennes. La faille qui sépare le massif 1221 des unités Beni Derkoul pourrait être héritée de cette période. Le développement particulier des unités mésozoïques « prédorsaliennes » et leur déformation complexe (série renversée d’El Krar) sont probablement en rapport avec la situation de ce secteur sur le prolongement de la faille de Jebha, là où elle rejoint le front de chevauchement de la Dorsale.

Dans cette perspective, les unités Beni Derkoul ne représente

pas la véritable transition entre la marge passive du domaine d’Alboran et le bassin des flyschs. On remarquera d’ailleurs l’absence totale de faciès turbiditiques dans le Crétacé infé- rieur des Beni Derkoul. En cela (et aussi par l’absence de brèches tithoniques), la série Ouareg-Tisirene diffère pro- fondément des séries Beni Derkoul. Il est vraisemblable que la zone de transition a été engloutie dans la subduction de la croûte téthysienne sous l’arc des Zones internes.

Route : Compte tenu de l’heure, on se rendra sans arrêt jusqu’à Chaouen (Chefchaouen), terme de cette journée. Après Chrafate, la route s’écarte de la Dorsale et descend vers la vallée ouverte dans le Crétacé de l’unité de Tanger, en traversant quelques klippes de calcaire Jurassique « pré- dorsalien », puis de flysch du Tisirène et des Beni Ider. Le versant sud de la vallée est dominé par le J. Khizana (1726 m, nommé J. Tangaia sur le millionième, fig. 3.1). C’est une vaste klippe de flysch numidien posée sur une semelle de flyschs du Tisirene. Un équivalent sera étudié depuis Chaouen au début de la journée J4.

On atteint la ville de Bab Taza, bâtie au fond de la vallée. Environ 12 km au-delà, on atteint le grand carrefour où la route des Crêtes rejoint la route Meknès-Tétouan (N13). Prendre à droite vers Tétouan. 700 m plus loin, on trouve l’embranchement de la route qui monte à Chefchaouène (8 km), au pied même de la Dorsale (J. Tissouka, 2102 m

Chefchaouène (fig. 3.16) mérite assurément qu’on y flâne, en parcourant la médina au départ de la place El Majzen,

en parcourant la médina au départ de la place El Majzen, F IG . 3.16 :

FIG. 3.16 : Chefchaouen, la medina au pied des calcaires liasiques de la Dorsale externe, inclinés au sud. Les calcaires sont tronqués sur les marnes et grès du Prédorsalien juste au-dessus des maisons. La source (résurgence karstique) alimentant la ville est située dans le thalweg à droite. Cliché B. Michard FIG. 3.16 : Chefchaouen, the medina at the toe of the Liassic limestones of the External Dorsale, dipping southward. The limestones are truncated onto the Predorsalian marls immediately above the houses. The karstic spring, which display water to the city is located in the gully to the right. Photo B. Michard.

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ou de la place Uta 4 El Hammam. Ces places portent l’em- preinte du style andalou. La médina s’élève au-dessus d’elles en un dédale de ruelles, les unes en pente, les au- tres en paliers, bordées de maison chaulées jusqu’à hau- teur d’homme (en même temps, bien souvent, que la rue elle-même), en un blanc éclatant, ou bleuté, contrastant avec l’ocre des parties hautes. Chefchaouène a été fondée au 15 ème siècle autour d’un centre de résistance à l’occu- pation portugaise, là où les habitants pouvaient trouver refuge, le cas échéant, dans les hautes montagnes voisines. Elle jouera un rôle de bastion face à la poussée des Rois catholiques et accueillit de nombreux réfugiés andalous, puis d’autres musulmans chassés de Murcie ou de Cata- logne. La ville resta longtemps fermée aux Européens. Les Espagnols y firent leur entrée en 1920. La ville revint au royaume chérifien en 1956.

Il sera intéressant de visiter également la source abon- dante qui alimente la ville. Cette source (« Ras el Ma ») bien aménagée est une résurgence située au pied des re- liefs calcaires propices au développement d’un réseau karstique. L’eau surgit au niveau du contact avec les for- mations imperméables qui supportent la chaîne calcaire.

JJ44 :: CChheeffcchhaaoouueennee--TTééttoouuaann vviiaa OOuueedd LLaaoouu,, BBoouu AAhhmmeedd ((222200 kkmm))

Itinéraire et thèmes (fig. 4.1) : Front des Zones internes de Chefchaouen à l’oued Laou. Bassin néogène intramon- tane (Tirinesse). Nappes paléozoïques (Ghomarides) et nappes métamorphiques (Sebtides). Evolution métamor-

phique des schistes cristallophylliens sebtides. Péridotites mantéliques (Beni Bousera). Tectonique distensive tardi- orogénique (exhumation des Sebtides, ouverture du bas- sin d’Alboran).

Route and themes (fig. 4.1) : Internal Zone Front from Chechaouen to Oued Laou transect. Neogene intramontane basin (Tirinesse). “Nappes paléozoïques” (Ghomarides) and “Nappes métamorphiques” (Sebtides). Metamorphic evolution of the Sebtide schists. Mantle peridotites (Beni Bousera). Late orogenic extensional tectonics (Sebtide exhumation, Alboran Basin opening).

Remarque : Les routes empruntées le long des gorges des oueds Talembote-Laou et de la côte méditerranéenne sont sinueuses et étroites (état 2010). Il faut donc compter en- viron 5 h de route. En s’en tenant aux arrêts principaux, les péridotites peuvent être atteintes vers 16h, pour une ar- rivée à Tétouan vers 19-20h via la route côtière. L’obser- vation des granulites et péridotites le long de la plage (où les affleurements sont les plus propres) implique une marche d’environ 2h aller-retour. Les personnes plus par- ticulièrement concernées par la pétrologie des roches mé- tamorphiques prendront donc garde à ne pas s’attarder sur les premiers arrêts (arrêts 1 à 5).

Arrêt J4-1 : Panorama de Chefchaouen :

du Numidien à la Dorsale interne GPS : 35°11’6’’N ; 05°17’13’’W ; alt. 510 m

L’arrêt est situé à 2 km de Chaouen en direction de Té- touan, près d’une borne GPS. La vue est dégagée sur près

près d’une borne GPS. La vue est dégagée sur près F IG . 4.1 : Trajet

FIG. 4.1 : Trajet de la journée J4 reporté sur la carte géologique du Maroc au 1/1 000 000. Légende des couleurs et symboles : voir Annexe 1 en fin de volume.

FIG. 4.1 : J4 route plotted on the Geological map of Morocco scale 1/1 000 000. Legend : see Appendix 1 at the end of this volume.

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de 360°. Vers l’est, on voit les dernières maisons de Chaouen dominées par la Dorsale calcaire externe. Celle- ci est représentée par une nappe supérieure (nappe du J. Tissouka, Ce3, fig. 4.1), dont le front est constitué par les Calcaires à silex en pendage SE. En se tournant vers le nord, on retrouve le prolongement du front de la Dorsale, entaillé par la cluse de l’oued Laou (fig. 4.2A), mais ici il s’agit d’unités de la Dorsale interne (Ci1 er Ci2, nappe d’El Babat, massif du J. Kelti), qui reposent sur des unités de la Dorsale externe où dominent les terrains tertiaires (CA sur la fig. 4.1). Sur la coupe de l’Oued Laou comme à Chaouen, la Dorsale repose sur le Crétacé supérieur de Tanger (CS, dans lequel s’ouvre la haute vallée de l’oued Laou, où passe la N13) par l’intermédiaire d’écailles de Prédorsalien ( ?) et de Flysch du Tisiren.

Les nappes des Flyschs se développent plus au NW au front de la Dorsale, du fait d’un ennoyage axial qui fait disparaître le Crétacé de Tanger jusqu’aux abords de cette dernière ville. Le Flysch Beni Ider est visible dans des af- fleurements proches, au fond de la vallée, près d’un lac de barrage à demi comblé par les alluvions. Vers l’ouest et le SW, cette nappe est remplacée par une nappe plus externe, dite du Numidien, qui constitue toute une chaîne de direc- tion NNW-SSE se terminant par le J. Soukna (fig. 4.2B). Celui-ci montre des barres gréseuses épaisses à pendage

nord, tronquées à leur base. Il est charrié sur le Crétacé su- périeur argileux de l’unité de Tanger, par l’intermédiaire d’une semelle à matériel Crétacé emprunté à la nappe de Melloussa (le « flysch vert-olive » des auteurs, équivalent du flysch de Chouamat du Rif central). Le flysch numi- dien (voir journée J5) est d’âge Aquitanien, encadré par les argilites ferrugineuses infra-numidiennes (faciès à Tu- botomaculum, Eocène terminal à Oligocène supérieur) et par les pélites brun tabac supra-numidiennes à lits de si- lexites et tuffites du Burdigalien inférieur. Il formait la par- tie supérieure de la série des flyschs de Chouamat et Melloussa (flyschs massyliens de la nomenclature algé- rienne), déposés dans la partie sud du bassin téthysien.

Route : Poursuivre la descente vers la vallée. La route ser- pente dans les marnes et pélites du Crétacé supérieur de l’unité de Tanger. Remarquer la présence d’intercalations calcaires (micrites pélagiques à foraminifères plancto- niques) qui abondent dans l’intervalle Campanien-Maas- trichtien. Rejoindre la route N13 en rive gauche de l’oued Laou et prendre à droite vers Tétouan. Au bout de 4 km, tourner à droite pour rejoindre les gorges de l’oued Laou en contournant la retenue du barrage Ali Thilat (appelé aussi Talembote). On continue à rouler en rive gauche de l’oued Laou pour arriver au niveau d’un rocher calcaire (cote 353) qui marque l’entrée des gorges.

calcaire (cote 353) qui marque l’entrée des gorges. F IG . 4.2 : Panorama depuis la

FIG. 4.2 : Panorama depuis la sortie NW de Chefchaouen (arrêt 1), vers l’entrée des gorges de l’oued Laou au nord (A) et vers les nappes de flysch du J. Soukna au sud (B).

FIG. 4.2: Panorama from the northwestern exit of Chachaouen (stop 1) looking northward to the entrance of the oued Laou gorges (A), and southward to the Flysch nappes of J. Soukna (B).

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Arrêt J4-2 : Panorama sur la cluse de l’oued Laou (gorges de Talembote) GPS : 35°15’ 27’’N ; 05° 16’ 23’’ W ; alt. 289 m

S’arrêter avant la descente vers l’oued Laou, en face d’une entrée de carrière. Le panorama vers le N-NE (fig. 4.3) mon- tre, en vue frontale, le contact entre les Zones internes et les Zones externes. La Dorsale calcaire chevauche les nappes des Flyschs (collines de flysch du Tisirene) posées elles- mêmes sur le Crétacé supérieur intra-rifain de Tanger (cf. carte structurale, fig. 4.4). En outre, à l’est de l’oued Laou, ressort une falaise calcaire qui mime les reliefs de la Dor- sale, mais correspond à une klippe paléozoïque ghomaride. C’est la nappe de Talembote (Chalouan, 1986), superposée à la Dorsale (sauf dans sa partie SW : voir arrêt 3) par l’in- termédiaire d’autres unités ghomarides. Il s’agit de calcaires récifaux à Favosites (Givétien), formant une dalle épaisse charriée sur le flysch carbonifère de la nappe Beni Hozmar. Celle-ci repose à son tour sur une autre nappe ghomaride, dite de Koudiat Tiziane. Dans ces deux dernières nappes, le Dévonien moyen présente des faciès lités opposés au faciès récifal de la nappe supérieure. Le lambeau de Talembote se trouve conservé grâce au jeu d’une faille normale orientée ENE-WSW, qui court en partie dans la cluse de l'oued Laou en abaissant le compartiment oriental.

La semelle prédorsalienne, prise entre la Dorsale et le flysch Beni Ider, est dominée par les classiques « marnes bariolées » de l’Eocène supérieur-Oligocène moyen, terme qui se complète, dans plusieurs endroits, par les grès « nu- midoïdes », souvent légèrement micacés (cf. Grès aquita- niens de Béliounis, sur le détroit de Gibraltar). Les marnes bariolées emballent en certains endroits des blocs issus de la chaîne calcaire avoisinante (cf. Arrêt 3). On remarque que les unités constituant la Dorsale sont différentes au NW et au SE de la cluse du Laou : au NW dominent les unités de type Dorsale interne, au SE n’existent que des unités de type Dorsale externe. Cartographiquement (fig. 4.4), on observe que la nappe du J. Tazout (de type externe, distal, du point de vue des faciès liasiques) qui supporte les Ghomarides de Talembote s’étend au NW au-delà de

l’oued Laou, où elle est en position interne par rapport aux unités du J. Kelti, à faciès sédimentaire de type interne, proximal. Ce problème de nomenclature et ce qu’il recou- vre comme difficulté d’interprétation a été déjà évoqué (J3, arrêts 5 et 6). Les colonnes stratigraphiques typiques sont données dans le volume 1 et ci-dessus, figure 3.11.

XI- Définition des Ghomarides

Les Ghomarides (équivalent des Malaguides d’Andalou- sie) forment une pile de 4 nappes de faible épaisseur, ja- mais présentes toutes à la fois dans le même secteur des Zones internes. Dans la partie sud de la cluse de l’Oued Lao, les trois nappes supérieures sont seules présentes (Ta- lembote, Beni Hozmar, Koudiat Tizian), la nappe la plus basse (nappe d’Akaili) apparaît dans la partie nord. La pile repose en contact anormal tardif soit sur la Dorsale, au sud, soit sur les Sebtides, au nord (fig. 4.10 ci-après).

Ces nappes ghomarides offrent des échantillons assez su- perficiel du socle paléozoïque du domaine d’Alboran, le métamorphisme hercynien n’y dépasse pas le faciès schiste vert. Leur couverture mésozoïque (grès rouges continen- taux du Trias moyen ; calcaires de plateforme du Lias ; voir vol. 1) évoque un domaine proche de celui de la Dor- sale interne, mais encore plus proximal. La couverture ter- tiaire enregistre une évolution orogénique précoce (Serrano et al., 2006) : Eocène néritique discordant, Oligo-Miocène dit « post-nappe » (discordant sur les nappes ghomarides, mais affecté par la tectonique du Mio- cène moyen-supérieur) semblable à celui de la Dorsale.

Route : On commence la descente vers les gorges. La route recoupe des formations tertiaires et des cônes d’éboulis, puis descend pour traverser l’oued Laou sur un pont étroit couplé à un grand tuyau en U (conduisant l’eau du barrage vers l’usine hydro-électrique en contre-bas), puis on contourne un piton de Lias (klippe tectonique ou sédimen- taire ? voir arrêt 3) avant de traverser le village de Ta- rhzoute.Apartir de ce village, on roule dans des formations gréso-argileuses que la carte géologique (feuille Talembote, 1975) attribue au Prédorsalien (fig. 4.5). Peu au-delà du

1975) attribue au Prédorsalien (fig. 4.5). Peu au-delà du F IG . 4.3 : Panorama sur

FIG. 4.3 : Panorama sur l’entrée des gorges de l’Oued Laou et la klippe ghomaride de Talembote (arrêt 2). FIG. 4.3 : View of the entrance of the Oued Laou gorges and the Talembote Ghomaride klippe (stop 2).

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 4.4 : Carte

FIG. 4.4 : Carte structurale de la région de l’Oued Laou, d’après le schéma structural au 1/200 000 de la feuille Talem- bote au 1/50 000 (cadre rouge), avec localisation des arrêts. Lambeau paléozoïque de Talembote d’après Chalouan (1986). Failles du bassin pliocène de Tirinesse d’après Saji et Chalouan (1995). Unités tectoniques (du SW au NE) : BT : Tanger externe ; BI : Beni Ider ; TI : Tanger interne ; ST : Nappe de Melloussa ; TS : N. du Tisiren ; PD : Prédorsalien ; Ce/i :

Dorsale calcaire externe/interne ; Im : Unité d’Imourassine.- Ghomarides : AK : Akaili ; KT : Koudiat Tizian ; BH : Beni Hozmar ; TA : Talembote.- Sebtides : ξ : Micaschistes du Filali ; BM : Beni Mezala sud (Souk-el-Had) ; BA : Boquete Anjera sud ; TZ : Tizgarine. P : Pliocène.

FIG. 4.4 : Structural map of the Oued laou area based on the structural sketch 1/200 000 of the geological map of Mo- rocco1/50 000, sheet Talembote (red quadrangle) with location of the stops. Paleozoic Talembote massif after Chalouan (1986). Faults of the Tirinesse basin after Saji and Chalouan (1995).

« col » (360 m), tourner à gauche (on laisse, à droite, la piste de Talembote) vers la descente en lacets sur la rive gauche de l’oued Talembote, affluent de l’oued Laou.

Arrêt J4-3 : Formations tertiaires de Tarhzoute- oued Talembote GPS : 35°16’51”N ; 05°13’52”W

Se garer dans la première épingle à cheveu au milieu des lacets et descendre la coupe à pied. Suivant l’interpréta- tion de la feuille Talembote (1975), il s‘agi t, dans l’épin- gle et au-dessus d’elle, de Prédorsalien supportant une klippe de Dorsale (unité de Taghzoute), et au-dessous de l’épingle, de la couverture tertiaire de la nappe des Béni

Hozmar. Selon El Kadiri et al. (2006), on aurait une série unique, couverture des Ghomarides et de la Dorsale sous- jacente (fig. 4.5, coupes), avec trois termes comportant chacun des blocs métriques à hectométriques (olistos- tromes I à III) : Oligocène terminal-Aquitanien, transition Aquitanien-Burdigalien, et Burdigalien inférieur. Les blocs sont principalement de trois types, i) calcaires massifs de type « couverture des Ghomarides » préservant le couple calcaires blancs liasiques/calcaires blancs éocènes ; ii) cal- caires jurassiques de type Dorsale interne (couple calcaires blancs – calcaires à silex), et iii) calcaires zébrés dévo- niens, issus apparemment de la barre de Talembote.

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 51 F IG . 4.5 : Les formations

FIG. 4.5 : Les formations oligo-miocènes de Tarhzoute (Oued Talembote).- A : Carte géologique, extrait de la feuille Talembote au 1/50000 (1975), avec localisation de la route et des coupes. BH, etc., comme fig. 4.4.- d : Dévonien ; h : Carbonifère inf. ; t6AC, tlCB, eg : voir fig. 3.11.- gmGC : grès et conglomérats de Tarhzoute, Oligocène-Mio- cène inf. ?- C1, C2 : coupes selon El Kadiri et al. (2001). 1 : socle paléozoïque ; 2 :

Trias ; 3 : mélange chaotique avec galets de basalte, granite, calcaire à nummulites (Fm. La Harania), Eocène-Oligocène ; 4 : Marnes jaunes à blocs de calcaires dévoniens (Fm. Ciudad Granada), Oligocène sup.-Aquitanien) ; 5 : Pélites à blocs de type ghomaride, grès fins et pélites brun-tabac (Fm. Viñuela), Burdigalien inf. ; 6: Pélites brun-tabac à blocs divers, passant à : 7 : mélange de Tahrzoute (Fm. Sidi Abdeslam), Burdigalien ; 8 : Calcaires blancs de type Dorsale interne ; 9 : Flysch Tisiren et domaine externe.

FIG. 4.5 : Oligo-Miocene Tarhzoute formations (Oued Talembote).- A: Geological map, excerpt from the sheet Talembote 1/50 000 (1975), and location of the road and cross- sections. Abbreviations as for fig. 4.4. – d : Devonian ; h : Lower Carboniferous.; t6AC, tlCB, eg : see fig. 3.11.- gmGC : Tarhzoute sandstones and conglomerates, Oligocene- Lower Miocene ? - C1, C2 : cross-sections after El Kadiri et al. (2001). 1 : Palaeozoic basement ; 2 : Triassic ; 3 : chaotic mélange including basalt, granite and nummulite- rich pebbles (La Harania Fm), Eocene-Oligocene ; 4 : yellow marls with Devonian limestone blocks (Ciudad Granada Fm), Upper Oligocene.-Aquitanian) ; 5 : Pelites with Ghomaride-type blocks, fine-grained sandstones and tobacco-brown pelites (Viñuela Fm), lower Burdigalian ; 6: Tobacco-brown pelites with various blocks, pass- ing up to: 7 : Tahrzoute mélange (Sidi Abdeslam Fm), Burdigalian ; 8 : Internal Dor- sale-type white massive limestones. ; 9 : Tisiren Flysch and External Domain.

Route : La route descend en rive gauche de l’oued Talem- bote. Des affleurements rouges appartiennent au Trias de couverture du Carbonifère Beni Hozmar. On atteint l’usine électrique à la confluence avec l’oued Laou. Elle traverse l’oued Talembote en se maintenant en rive droite de l’oued Laou. On longe une falaise calcaire ; c’est une unité ratta- chée à la Dorsale interne (ci2b, fig. 4.4 ; tlCB, fig. 4.5) coincée le long de la faille limitant le Paléozoïque de Ta- lembote. Puis la route quitte les gorges de l'oued Laou et remonte vers le NE sur le Paléozoïque (Cabonifère de la nappe Beni Hozmar). Des affleurements de Trias gréseux rouge signalent la limite entre la nappe Beni Hozmar et la nappe paléozoïque sous-jacente (Koudiat Tiziane). La route redescend pour traverser un affluent du Laou (assif Es Sarem) puis remonte en sinuant sur la limite Dorsale- nappe paléozoïque. Au col (340 m) près d’Ibouharane on atteint les calcaires conglomératiques du Pliocène qui mar- quent la base des dépôts du bassin de Tirinesse.

Arrêt J4-4 : Bassin intramontane néogène de Tirinesse GPS : 35°19’11”N ; 05°11’13”W ; alt. 300 m

L’arrêt, situé à 2,5 km des premiers affleurements néo- gènes, permet d’avoir une bonne vue d’ensemble sur le bassin et son cadre montagneux (fig. 4.4). Pour l’essentiel, le bassin est un fossé NE-SW encadré par des failles nor- males à pendage opposé (figs. 4.6, 4.7). Le graben est asy- métrique, la faille du bord occidental est plus fortement pentée que l’autre et les formations néogènes proches d’elle sont plus riches en brèches que du côté oriental. Les couches néogènes sont légèrement basculées au SE, sug- gérant que la faille du bord SE est listrique.

L’ouverture de ce fossé est fini-miocène, puisque les failles normales qui le bordent recoupent la surface topo- graphique « pontienne » (Messinien) encore bien visible sur la bordure SE du bassin. Le remplissage consiste en dépôts d'âge Pliocène inférieur (et probablement du som- met du Messinien ; Rakic-El Bied & Bonaduce, 1991). Certaines failles ouvertes sont remplies par des dépôts fins (marnes jaunes) du Pliocène. Cet épisode de distension est d'une grande importance dans l'histoire de la chaîne rifaine, puisqu'il a contribué : i) à l'effondrement des bassins cô- tiers du Rif interne qui ont été remplis par des dépôts ma- rins pliocènes (e.g. oued Laou, rio Martil près de Tétouan), et ii) à l'ouverture du détroit de Gibraltar.

Au NE, le bassin néogène est fermé par un lambeau des nappes de Talembote (nappe Koudiat Tiziane). Ce lambeau de recouvrement repose, à l’est et au nord de Tirinesse, sur les unités carbonatées de la nappe du Jbel Tazoute (Dorsale externe), mais au NE (côté caché à la vue), il flotte sur une unité épaisse de Trias gréso-conglomératique rouge légè- rement métamorphique, rapportée aux Sebtides supé- rieures (unité de Tizgarine, ou Federico supérieure).

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 4.6 : Panorama

FIG. 4.6 : Panorama du fossé de Tirinesse, pris depuis son bord NW (arrêt 4). Demi-flèches : rejet de la faille pliocène du bord SE (voir carte fig. 4.5).

FIG. 4.6 : Panoramic view of the Tirinesse rift basin, taken from its northwestern border (stop 4) : half arrows: southeastern border fault (see map fig.4.5)

: half arrows: southeastern border fault (see map fig.4.5) F IG . 4.7 : Données structurales

FIG. 4.7 : Données structurales sur le fossé de Tirinesse (Saji et Chalouan, 1995).- A : Coupe de la bordure NW. a : calcaires et dolomies du Rhétien ; b : brèches syn- sédimentaires ; c : argiles et sables pliocènes ; d : fentes à remplissage pliocène.- B :

Champ de contrainte pliocène déduit des mesures des plans striés sur deux sites du fossé (à gauche : failles longitudinales ; à droite : failles transverses).

FIG. 4.7: Structural data for the Tirinesse rift (Saji & Chalouan, 1995).- A: Cross- section of the NW border. a: Rhaetian limestones and dolomites; b: synsedimentary breccias, c: Pliocene clays and sands; d: Pliocene-filled fissures.- B: Pliocene stress field inferred from measurements of striated fault planes in two sites (left: longitu- dinal faults; right: transverse faults).

Route : La route serpente en descendant vers le NE, lon- geant le flanc NW du bassin de Tirinesse avec, à droite, des marnes du Pliocène profondément découpées par l'érosion (bad lands). La route prend ensuite la direction du Nord. Elle recoupe la série carbonatée de la nappe d'lmourassine. Du côté NE, on voit s'insérer entre les dépôts carbonatés et le Paléozoïque qui occupe le haut du versant, les terrains rouges de l’unité Federico de Tizgarine. On atteint l'oued Laou que l'on traverse et que l'on suit sur la rive gauche

toujours dans l'unité d'lmourassine. La vallée se rétrécit, ce qui a permis d’établir un petit barrage de prise d'eau.

Arrêt J4-5 : Le front des Sebtides (unité Tizgarine) vu depuis l’oued Laou GPS : 35°22’08’’N, 05°10’44’’W L’arrêt se situe dans le tournant dominant la prise d'eau de l'oued Laou (fig. 4.8). Le but de cet arrêt est d'observer la superposition tectonique, au-dessus de la Dorsale calcaire, d’une unité des Sebtides supérieure, dite nappe Federico supérieure (F3, fig. 4.1) ou unité de Tizgarine (TZ, fig. 4.4). L’unité de Tizgarine est la moins métamorphique des uni- tés Federico. Elle montre de bas en haut des pélites et grès rouge lie-de-vin attribués au Permien supérieur, puis des quartzites attribués au Trias inférieur et enfin des dolomies massives d’âge Trias moyen-supérieur, datées par des algues (Dasycladacées du genre Gyroporella, rencontrées dans l’unité des Béni Mezala au nord de Tétouan). Cette unité se superpose à la Dorsale calcaire par l’intermédiaire d’un contact à faible pendage vers le NE (visible sur le ver- sant droit de l’oued Laou). Ce contact tronque obliquement la pile des nappes de la Dorsale. En effet, la nappe de Tiz- garine repose ici sur les dolomies triasiques de l’unité d’Imourrassine, constituée de dolomies massives de teinte sombre du Trias moyen-supérieur, ayant des affinités stra- tigraphiques avec la Dorsale calcaire interne. Ces dolomies sont affectées par un métamorphisme épizonal très faible. Par contre, une dizaine de kilomètres plus au sud, la même unité de Tizgarine repose sur la nappe du J. Tazoute, élé- ment typique de la Dorsale dite « externe » (fig. 4.4).

XII- Définition des Sebtides

Les Sebtides sont, avec la Dorsale et les Ghomarides, le troisième ensemble de nappes du Rif interne (Domaine d’Alboran). Il est caractérisé par le développement du mé- tamorphisme alpin. C’est l’équivalent des Alpujarrides des Cordillères bétiques. La présence de paragenèses de haute pression, basse température (HP-BT) dans les terrains permo-triasiques des unités sebtides supérieures au nord

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 53 F IG . 4. 8 : Panorama

FIG. 4.8 : Panorama sur le front des Sebtides au-dessus de la Dorsale calcaire interne, vu depuis la prise d’eau sur l’Oued Laou (arrêt 5). FIG. 4.8 : Panoramic view of the Sebtide front overlying the Internal Dorsale Calcaire, taken from the Oued Laou water facilities.

de la chaîne (Beni Mezala, voir journée J5) indique que les Sebtides ont été impliquées dans une zone de subduction. Les Sebtides inférieures comportent des micaschistes et gneiss polymétamorphiques (métamorphisme hercynien et alpin, tous deux de haut degré) et une écaille de péridotites mantelliques (Beni Bousera). Le métamorphisme alpin y atteint les conditions de la fusion partielle pendant l’exhu- mation. L’âge du métamorphisme alpin et de l’exhumation des unités sebtides est discuté à propos des arrêts 7 à 9.

Le contact Sebtides/Dorsale est interprété comme un char- riage post-métamorphique d’âge Miocène inférieur, dirigé vers les zones externes, ayant rejoué en extension (faille normale à faible pendage, détachement à vergence in- terne) pendant la phase d’extension responsable de l’ou- verture du bassin d’Alboran, en même temps que le contact des Ghomarides sur les Sebtides. On remarque que la série stratigraphique des Sebtides est complémentaire, vers le bas, de la série stratigraphique dorsalienne. Ceci est à la base de l’hypothèse selon laquelle les unités de la Dorsale pourraient représenter la couverture décollée d’un socle sebtide, et ayant échappé à la subduction. Une autre hy- pothèse rapproche plutôt la Dorsale des Ghomarides, dont certaines nappes (K. Tiziane) n’ont pas de couverture pos- térieure au Trias moyen.

Route : On reprend la route vers le nord, en roulant sur les sables marins du Pliocène. 3 km au nord de l’arrêt précé- dent, on passe à côté d’affleurements rouges au bord de l’oued Laou : ce sont des grès permo-triasiques de l’unité de Tizgarine, près du village éponyme. On aura l’occasion d’en échantillonner dans le nord (Beni Mezala) au cours

de la journée J4. Dans les collines de l’autre côté de l’oued, on voit les terrains rouges remplacés par des terrains gris. Immédiatement au sud du village de Tizgarine, il s’agit du Dévono-Carbonifère de la nappe de Tizgarine (base strati- graphique du Permien, mais en série renversée). Par contre, plus au nord, les schistes grisâtres culminant à plus de 500 m appartiennent à la nappe ghomaride inférieure, ou nappe d’Akaili, objet de l’arrêt suivant. La carte (fig. 4.4) montre bien le chevauchement de la nappe Ghomaride sur les unités Federico (TZ, BA, BM). Un peu plus loin, au- delà d’un souk hebdomadaire (le samedi, souk-es Sebt) et avant d’arriver à l’agglomération d’Oued Laou, on tourne à droite sur la route de Bou Ahmed et Jebha. Traversée de l’oued Laou et de sa plaine fertile. La route contourne en- suite des reliefs de schistes grisâtres, puis longe la mer sur 2 km jusqu’à Tizgane-Ka Asrass (conserverie de poisson, retaurants) avant de grimper dans ces schistes.

Arrêt J4-6 : Phyllades de l’Ordovico-Silurien ; le métamorphisme hercynien GPS : 35°24’22’’N ; 05° 03’17’’W ; alt. 50 m

On peut s’arrêter dans les premiers affleurements au début de la route de corniche. Là affleurent des schistes phylla- diques appartenant à la nappe inférieure des Ghomaride (Gh1, fig. 4.1) ou nappe d’Akaili (AK, fig. 4.4). De l’au- tre côté de l’oued Laou, des graptolites du Silurien ont été récoltés. Ici, un âge Ordovicien est vraisemblable (abon- dance de couches gréseuses, affleurements de métacon- glomérats à galets de quartz étirés à proximité). Le sommet de la montagne dominant Ka Asrass est fait de calcaires à tentaculites du Dévonien de la même nappe.

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

On peut observer sur l’affleurement des plis isoclinaux cou- chés d’axe N40E, accompagnés d’une schistosité de plan axial portant une linéation d’étirement N40 (fig. 4.9). Cette structuration est typique de la phase hercyniene majeure (phase éovarisque fini-dévonienne) dans toutes les nappes ghomarides (Chalouan & Michard, 1990). Elle se différen- cie bien des linéations associées au métamorphisme alpin, orientées nord à NNW. Néanmoins, cette partie profonde de la nappe Aakaili a subi un réchauffement d’âge alpin à en juger, i) par les âges K-Ar de 25-30 Ma obtenus dans ce secteur (fig. 4.10), comparables aux âges mesurés dans les Sebtides (voir plus loin, fig. 4.12) ; et ii) par les mesures de températures > 500°C déduites de la spectrométrie Raman sur la matière organique (fig. 4.10).

Route : On poursuit la route de corniche sur environ 2500 m, au travers d’affleurements du même matériel.

Arrêt J4-7 : Faille d’extension à faible pendage du cap de Zaouia GPS : 35°23’59’’N, 05°01’58’’W ; alt. 150 m

L’arrêt est situé dans le grand virage concave qui épouse la racine du cap de Zaouia (fig. 4.4), à 800 m au SW du relai hertzien bâti sur le cap. On peut observer ici le contact des quartzophyllades d'Aakaïli (base des Ghomarides) avec les micaschistes du Filali, partie supérieure de la nappe des Seb- tides inférieures. Le contact (schistes sur schistes, donc dif- ficile à voir) est situé en face d’un poteau électrique double.

La foliation des phyllades ghomarides a un pendage de 30 à 50° vers le SE et montre une linéation d’étirement (zones abritées) orientée N40, associée à des plis isoclinaux de même direction axiale (cf. arrêt 6). Les micaschistes des Sebtides sont plus métamorphiques que les phyllades gho- marides. Ils montrent une foliation à pendage général de 20

à 30° vers le NW et une linéation d’étirement N160. De rares minéraux en baguettes noires de staurotide apparais- sent dans cette foliation. Le contact entre les deux litholo- gies est une faille cataclastique matérialisée par une brèche tectonique imprégnée de minéralisations de malachite et d'azurite (fig. 4.11). La cartographie (fig. 4.4) montre que cette faille est inclinée de 30° vers le NW, les micaschistes se développant au SE dans tout le secteur Steha-Bou Ahmed tandis que les phyllades se cantonnent au NW.

XIII- Age du métamorphisme alpin : pic de pression, pic thermique, extension

Pour interpréter le contact de Zaouia, il faut prendre en compte les données P-T-t sur les nappes en contact. Les quartzophyllades des Ghomarides sont dans le faciès des schistes verts, avec faible développement de la biotite. Les micaschistes des Sebtides sont dans le faciès amphibolite (développement de staurotide±grenat). Le métamorphisme affectant les phyllades ghomarides est principalement va- risque (phase hercynienne, puisqu’au toit des Ghomarides, le Trias continental n’est pas métamorphique), même s’il a été accentué ici lors des événements alpins (fig. 4.10 : ré- chauffement alpin à T>500°C vers 25 Ma dans ce secteur, diminuant vers le haut de la nappe). Le métamorphisme des micaschistes Filali est principalement alpin, d’après les âges isotopiques entre 20-25 Ma qu’on mesure dans toute l’unité des Sebtides (fig. 4.12), même s’il existait déjà une fabrique varisque dans ce matériel. Ainsi, la faille de Zaouia apparaît comme une faille soustractive (faille normale à pendage fai- ble) ayant contribué à l’exhumation des Sebtides (phase tar- dive, d’âge oligo-miocène d’après les âges isotopiques). Cette interprétation rend compte de la suppression des uni- tés Federico (Sebtides supérieures) entre Ghomarides et Seb- tides inférieures dans ce secteur. L’extension responsable de

inférieures dans ce secteur. L’extension responsable de F IG . 4.9 : Les plis varisques dans

FIG. 4.9 : Les plis varisques dans le Paléozoïque de la nappe Akaili. A gauche : pli éovarisque de phase 2 (regard au SSW, le crayon donne l’échelle). A droite : carte structurale et stéréogramme (hémisphère supérieure, canevas de Wulff) pour le secteur indiqué (Chalouan & Michard, 1990).

FIG. 4.9 : Variscan folds in the Akaili Palaeozoic nappe. Left: Eovariscan fold “P2” (looking SSW-ward; pencil for scale). Right : Structural map and stereogram (upper hemisphere, Wulff net) in the area (Chalouan & Michard, 1990).

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 55 F IG . 4.10 : Variation de

FIG. 4.10 : Variation de l’âge K-Ar des phyllites extraites des Ghomarides (Chalouan et Michard, 1990), et tem- pérature maximum enregistrée par la matière organique dans les mêmes roches (méthode Raman ; Negro et al., 2006). Toute la nappe Akaili a été réchauffée à l’Oligocène, les âges varisques y sont effacés ou très perturbés.

FIG. 4.10 : Variation of the K/Ar phyllite ages from the Ghomarides nappes (Chalouan & Michard, 1990), and maximum temperatures recorded by the organic matter in the same rocks (Raman method, Negro et al., 2006). The whole Akaili nappe was reheated during the Oligocene, which erased or strongly disturbed the Variscan age record.

cette faille soustractive est également responsable, dès le Miocène inférieur, de l’ouverture du bassin d’Alboran.

Route : Une fois passé le cap Zaouia et ses antennes, la route descend par une suite de virages jusqu’à la petite val- lée de Targha (Tarerha, Targa), ouverte dans les mica- schistes du Filali.

Arrêt J4-8 : Les micaschistes des Rochers de Targha GPS : 35°23’37’’N ; 05°00’31’’W

Se

garer près du rocher de plusieurs mètres de haut situé 500

m

après la traversée de l’oued (la route passe entre ce rocher

et

la falaise). D’autres rochers s’érigent sur la plage de Tar-

gha à l’embouchure de l’oued. Les micaschistes qui les constituent montrent une structure complexe (fig. 4.13A, B)

que l’on peut observer suivant toutes les orientations sou- haitables (parallèles ou perpendiculaires aux axes de la dé- formation finie). Ils montrent quelques intercalations de roches basiques et d’abondantes lentilles et veines de quartz de plusieurs générations. Dans les micaschistes, l’associa- tion minérale caractéristique est à biotite, muscovite, grenat, staurotide ± disthène, plagioclase et quartz. L’andalousite a cristallisé lors de l’exhumation (phase HT-BP). Les veines de quartz en contiennent de grands cristaux roses, tandis que les cristaux sont chargés d’impuretés charbonneuses dans la roche elle-même (fig. 4.13C, D).

Du point de vue structural, la foliation principale (S 2 , déjà complexe au microscope et soulignée par des veines de quartz très aplaties) est affectée par des plis serrés à plan

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 4.11 : La

FIG. 4.11 : La faille de détachement de Zaouia, vue dans le talus de la route côtière (re- gard vers le sud). Son jeu le plus tardif en faille « froide » cataclastique est manifeste, mais n’exclut pas un début d’activité en conditions de haute température. Dimensions du carnet : 15x21 cm.

FIG. 4.11 : The Zaouia detachment fault as seen along the coastal road (looking south- ward). The late cataclastic character is obvious, but does not exclude a previous activ- ity under high-temperature conditions. Notebook size 15x21 cm.

under high-temperature conditions. Notebook size 15x21 cm. F IG . 4.12 : Datation isotopique multi méthode

FIG. 4.12 : Datation isotopique multi méthode du métamorphisme alpin dans le massif Beni Bousera et son enveloppe (Sebtides). Ellipses : âges K-Ar sur biotite (bi) ou mica blanc (wm) mesurés par R. Montigny (in Michard, 1991). Autres méthodes : a) Kumar et al., 1996 ; b) Blichert-Toft et al., 1999 ; c) Sánchez-Rodriguez & Gebauer, 2000 ; d) Montel et al., 2000 ; e) Polvé, 1983 ; f) Platt et al., 2003 (références in Chalouan et al., 2008) ; g) Rossetti et al., 2010. Mo (arm)/(interst) : monazite blindée/interstitielle.

FIG. 4.12 : Multi-method isotopic dating of the Alpine metamorphism in the Beni Bousera massif and its envelope (Sebtides). Ellipses: K/Ar ages from biotite (bi) or white mica (wm) measured by R. Montigny (in Michard et al., 1991). Other dates : a) Kumar et al., 1996 ; b) Blichert-Toft et al., 1999 ; c) Sánchez-Rodriguez & Gebauer, 2000 ; d) :

Montel et al., 2000 ; e) Polvé, 1983 ; f) : Platt et al., 2003 (references in Chalouan et al., 2008) ; g) Rossetti et al., 2010. Mo (arm)/(interst) : armoured/interstitial monazite.

axial subvertical (P 3 , fig. 4.12A) d'axe NW, en relation avec la formation de l’antiforme Beni Bousera. La folia- tion porte une linéation d'étirement NW, parallèle aux axes des plis P 3 et marquée par l'orientation préférentielle des micas et/ou de l'andalousite ou par les ombres abritées au- tour des grenats (fig. 4.13B). Cette linéation correspond à

un cisaillement synmétamorphique à vergence NW (fig. 4.13E, F), que l’on retrouve dans l’ensemble des Sebtides.

Route : La route vers le SE longe d’abord le pied des fa- laises taillées dans les micaschistes, puis s’élève et domine bientôt la mer de 100 à 150 m, avant de redescendre vers la vallée relativement large (2,5 km) de l’oued Tihissasse. Tout ce trajet se fait dans les micaschistes du Filali. L’ana- lyse pétrographique a permis d’y reconnaître trois zones de degré métamorphique croissant du NW au SE (fig. 4.14), les rochers de Targha se situant dans la zone médiane. Re- marquer que cette zonation traduit essentiellement une élé- vation de T vers la profondeur (apparition de la sillimanite à Steha), la pression restant de l’ordre de 7-8 kbar.

Arrêt J4-9 : Panorama de Steha : le massif des Beni Bousera et son enveloppe GPS 35° 21’ 06’’N, 04° 58’ 07’’ W

Se garer avant la fin de la descente, dans un grand virage convexe dominant l’agglomération de Steha, à une altitude de 60 m environ, d’où on découvre un vaste panorama (fig. 4.15). A nos pieds, la vallée de l’oued Tihissasse est occu- pée par des alluvions quaternaires recouvrant des sables jaunes marins du Pliocène. C’est un ancien estuaire, comme celui de l’oued Laou, surcreusé probablement lors de la crise messinienne ayant abaissée le niveau de la Mé- diterranée (Loget & Van den Driessche, 2006).

Au-delà, le panorama englobe le massif des péridotites des Beni Bousera et son enveloppe métamorphique, jusqu’au sommet du Filali (1100 m ; sanctuaire de Sidi Ahmed El- Filali). La partie la plus intéressante est au NE : là affleurent les péridotites des Beni Bousera depuis les sommets (envi- ron 800 m d’altitude) jusqu’à la mer (falaises sombres). Elles sont enveloppées par une carapace métamorphique de haut degré (faciès granulite), les kinzigites, plus claires dans le paysage et qui forment avec les péridotites l’unité des Beni Bousera. Par-dessus débute l’unité du Filali, avec d’abord des gneiss (reliefs de couleur claire au-dessus de BouAhmed, sommet du Filali, et rochers de Steha, arrêt 10), puis les micaschistes qu’on vient de traverser. Les pérido- tites et leur enveloppe forment une structure anticlinale tardi-métamorphique dont le côté NE est effondré : une faille normale de plus de 1000 m de rejet descend jusqu’au niveau de la mer les unités ghomarides (Ras Araben).

Route : Progresser de 600 m en descente et tourner à gauche vers le centre de Steha. Au centre, tourner à gauche vers l’extrémité nord de l’agglomération.

Arrêt J4-10 : Gneiss et migmatites à sillimanite de Steha GPS : 35°21’02’’N ; 04°57’47’’W

Se garer au bout de la rue, près de l’extrémité nord de la plage. Les rochers en bord de plage montrent des faciès

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 57 F IG . 4.13 : Micaschistes des
CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 57 F IG . 4.13 : Micaschistes des

FIG. 4.13 : Micaschistes des rochers de Targha (unité du Filali).- A : Plis P3 observés sur une face verticale ; ils déforment la foliation prin- cipale (S2) et une veine de quartz intrafoliaire précoce. Z : direction d’aplatissement maxi- mum ; Y : direction intermédiaire.- B : Linéa- tion d’étirement maximum X matérialisée par les ombres abritées sur les grenats dans le plan

de foliation XY.- C : Gerbes de cristaux d’an-

dalousite aplatis dans la foliation.- D : Anda- lousite-gemme dans une veine quartzeuse tardi-métamorphique.- E : Grenat hélicite four- nissant un critère cinématique (haut vers le NW) au microscope.- F : Autre critère cinéma-

tique : un mica en poisson, indiquant le même sens de cisaillement tardi-métamorphique. (C,

D : extrait de Saddiqi, 1995).

FIG. 4.13 : Mica-schists of the Filali unit at Taghra.- A : F3 folds observed on a vertical surface; they affect the main foliation (S2) and an early, intrafolial quartz vein. Z : direction of maximum flattening ; Y : mean strain direc- tion.- B : Stretching lineation X shown by pres- sure shadows on garnet within XY foliation.- C: Bundle of synkinematic andalusite crystals lying in the foliation plane.- D : Andalusite-gem in a late- metamorphic quartz vein.- E : He- licitic garnet yielding a kinematic marker (top- to-the-NW).- F : Mica-fish, another kinematic marker pointing to the same late-metamorphic shear sense. (C and D from Saddiqi, 1995).

FIG. 4.14 : Les Sebtides méridionales.- A :

Carte des unités et zones de métamorphisme.- B : Conditions d’équilibration des diverses uni- tés et zones distinguées, d’après Bouybaouene (1993), Saddiqi (1995), Michard et al. (2006), Negro et al. (2006).

FIG. 4.14 : Southern Sebtides.- A : Structural map and metamorphic zones.- B : Equilibration P-T conditions of the varied units and zones, after Bouybaouene (1993), Saddiqi (1995), Michard et al. (2006), Negro et al. (2006).

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 4.15 : Le

FIG. 4.15 : Le massif des Beni Bousera depuis la route au-dessus de Steha (photographie de 2003). gn : gneiss du Filali ; k : kinzigites (granulites) ; ub :

ultrabasites (péridotites, etc.) ; F : faille de Ras Araben, effondrant les nappes ghomarides contre les péridotites. * Emplacement du cliché fig. 4.20.

FIG. 4.15 : Beni Bousera Massif as seen from the road overhanging Steha village (picture taken in 2003). gn: Filali gneiss; k: kinzigites (granulites); ub : ultrabasites (peridotites, etc.) ; F : Ras Araben fault collapsing the Ghomaride nappes against the peridotites.

gneissiques de haute température à biotite, feldspath po- tassique et sillimanite. La superposition de plis aux char- nières arrondies et à plan axiaux variables (figs. 4.16A, B), et la séparation d’un leucosome quartzo-feldspathique à cordiérite et d’un mélanosome résiduel biotitique montrent que la fusion partielle a affecté ces roches. La fraîcheur des cristaux de sillimanite (figs. 4.17A, B) s’accorde avec un métamorphisme HT d’âge alpin (cf. âges K-Ar biotite à 20-21 Ma, fig. 4.12). Cependant, ces roches étaient déjà métamorphiques avant l’orogenèse alpine et faisaient par- tie du socle hercynien, sous le Permien des Sebtides supé- rieures (Federico). De fait, des roches analogues des Cordillères bétiques (gneiss de Torrox) ont fourni des zir- cons dont le cœur a été daté par U-Pb à 285±5 Ma. Der- nièrement, Rossetti et al. (2010) ont montré, sur la base de datations U-Pb laser-ICPMS zircon ou monazite complé- tées par des datations 40 Ar- 39 Ar, que la mise en place de granite est intervenue durant deux périodes dans les gneiss du Filali (coupe de Mter, du côté est des Beni Bousera), d’une part vers 300 Ma (événement hercynien), et d’autre part vers 22 Ma (pic thermique alpin). Route : Revenir sur la route et tourner à gauche. Sur 4 km, la route remonte la vallée pour aller franchir l’oued Tihis- sasse au souk de Bou Ahmed, puis elle repart vers la mer. Deux options sont possibles pour observer les kinzigites et les péridotites : i) se garer près du nouveau port et faire une marche le long de la plage de galets et les falaises (1km minimum, avec quelques passages délicats entre les blocs; 1 h A-R sans compter le temps nécessaire aux observa- tions) ; ou ii) continuer la route qui tourne à droite avant le port pour remonter au-dessus des falaises, d’abord dans les gneiss, puis dans les kinzigites et les péridotites (une demi-

heure). Les affleurements sont de meilleure qualité en bord de mer, soit en place, soit sur les blocs éboulés et polis par la mer.

Arrêt J4-11 : Les kinzigites des Beni Bousera à Bou Ahmed GPS : 35°19’36’’N ; 04°56’07’’W

Si on a choisi la coupe côtière, les observations se feront sur les premiers rochers de la plage. Si on a choisi l’itinéraire routier, on s’arrêtera au « col » (alt. 90 m) surplombant la plage Chemaala-BouAhmed. Le relief que franchit la route correspond aux kinzigites, épaisses de 100 m environ et re- lativement résistante à l’altération. Autour du massif des Beni Bousera, l’épaisseur des kinzigites varie de 50 à 200 m.

Les kinzigites sont des gneiss alumineux catazonaux à gre- nat, sillimanite, biotite, cordiérite et graphite, définis à l’origine dans la Forêt-Noire (Allemagne). Ces roches montrent un litage très marqué, correspondant à un fort aplatissement (fig. 4.18A ; cf. au microscope la forme « en plaquette » des grains de quartz), et une grande richesse en grenat almandin (fig. 4.18B). Elles ont subi une fusion partielle, avec différentiation de lits quartzo-feldspathiques clairs (leucosome) et de lits sombres alumineux (mélano- some réfractaire), pendant leur déformation par aplatisse- ment et cisaillement (figs 4.18A, B).

XIV- Quelques précisions sur les granulites des Beni Bousera

L'assemblage minéralogique (fig. 4.19A) comporte quartz, feldspath alcalin, plagioclase, grenat almandin abondant, disthène, sillimanite, biotite, graphite, et accessoirement muscovite, rutile, zircon et tourmaline. On observe au mi-

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CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL 59 F IG . 4.16 : Gneiss à

FIG. 4.16 : Gneiss à sillimanite de l’unité du Filali.- A : Plis superposés dans un ro- cher de la plage de Steha (plis « P2 » couchés, plis « P3 » droits) ; noter la rupture, contemporaine de la fusion migmatitique, qui affecte le lit gneissique sombre vers la gauche (double flèche).- B : Détail des plis, montrant leur caractère syn-migma- titique ; le pli couché et les plis droits sont tous caractérisés par des charnières ar- rondies où les micas, vus au microscope, dessinent des arcs polygonaux. Noter le déversement variable des petits plis.

FIG. 4.16 : Sillimanite-bearing gneisses of the Filali unit.- A : Superimposed folds in a rock of the Steha beach (recumbent fold “P2”, upright fold “P3”); notice the faulting of the dark fine-grained bed (double arrow) coeval with the migmatitic melting event.- B : Syn-migmatitic folds all characterized by rounded hinges within which the micas (as seen under the microscope) outline polygonal arcs. Notice the changing vergence of the small folds.

croscope des réactions rétrogrades entre une paragenèse primaire de haute pression et une paragenèse secondaire de haute température, basse pression. Les grenats, souvent étirés ou boudinés, réagissent avec le feldspath potassique en donnant des symplectites à cordiérite, biotite, quartz (fig. 4.19B). Le disthène réagit avec le grenat pour donner des symplectites à cordiérite, spinelle, quartz (fig. 4.19C). La linéation d’étirement (ombres abritées sur les grenats) associée à ces réactions rétrogrades (donc à l’exhumation de l’unité Beni Bousera) est dirigée NW-SE, et les critères cinématiques indiquent généralement un mouvement du toit vers le NW, comme dans l’unité du Filali sus-jacente. Les conditions d’équilibration de ces roches au pic de pression sont estimées vers 13 kbar, 800°C (fig. 4.14B).

Cependant, 4 km au sud de notre arrêt (Ichendirene), les kinzigites (granulites acides) renferment un niveau lenti- culaire de granulite basique montrant un assemblage pri- maire à grenat magnésien (pyrope), pyroxène sodique (riche en jadéite), disthène, rutile, plagioclase, quartz, qui correspond à un pic métamorphique vers 16-20 kbar, 760- 820°C (Bouybaouene et al., 1998). Notons qu’on trouve également, en d’autres points de l’enveloppe granulitique, des marbres et brèches carbonatées, des leptynites et des pyroxénites quartziques.

Si le dernier pic thermique de ces roches est bien daté à 23-20 Ma par les diverses méthodes isotopiques (fig. 4.11), on doit garder à l’esprit qu’il s’agit de roches polyméta- morphiques. Des âges de l’ordre de 300 Ma ont été obte- nus par U-Pb sur des cœurs de zircons, ou sur des monazites blindées dans des grenats, ici et à Ronda. On a donc affaire à des roches crustales anciennes impliquées dans la subduction alpine.

Route : Dans le cas de la coupe pédestre le long de la plage, continuer la marche sur quelque 500 m jusqu’aux falaises vert sombre. Dans le cas de la coupe rapide le long de la route côtière, continuer jusqu’au premier ravin lais- sant apparaître des péridotites relativement fraîches. Le contact kinzigites/péridotites n’est observable sur aucun

contact kinzigites/péridotites n’est observable sur aucun F IG . 4.17 : Gneiss à sillimanite de Steha.-

FIG. 4.17 : Gneiss à sillimanite de Steha.- A : Macrophoto montrant les paquets de fibres de sillimanite couchés dans la foliation.- B : Microphoto d’un cristal de sillimanite (fibrolite). FIG. 4.17 : Sillimanite-bearing gneiss of Steha village.- A: Close view of bundles of sillimanite fibres resting on the foliation planes.- B : Microscope view of a sillimanite crystal (fibrolite).

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 4.18 : Les

FIG. 4.18 : Les granulites acides ou kinzigites de la plage de Bou Ahmed.- A : Boudinage d’un lit gneissique dans les lits riches en biotite (un stylo est visible en bas à droite).- B : Macrophoto d’un grenat avec ombre de pression et cisaillement synmétamorphique ; la direction d’aplatissement maximum est horizontale.- C : Granulites basiques (an- ciens filons ?) dans les granulites acides, aplaties et plissées ensemble.- D : Faille en extension synmétamorphique (noter la variation d’épaisseur de la couche quartzo-felds- pathique à grenat, et son injection dans la faille. (A, B : clichés O. Saddiqi ; C, D : clichés M. Bouybaouene).

FIG. 4.18 : The acid granulites or kinzigites of the Bou Ahmed beach.- A : Boudinage of a gneissic layer between biotite-rich layers (a pen is visible down to the right).- B :

Close view of a garnet with asymmetric, synmetamorphic pressure shadow ; the maximal flattening direction is horizontal.- C : Basic granulites (former sills ?) within the acid granulites, both flattened and folded together.- D: Synmetamorphic extensional fault; notice the variation of thickness of the garnet-bearing quartzo-feldspathic layer, and its injection within the fault. (A, B : photos by O. Saddiqi ; C, D : photos M. Bouybaouene)

(A, B : photos by O. Saddiqi ; C, D : photos M. Bouybaouene) F IG

FIG. 4.19 : Micrographie d’une granulite acide (kinzigite) des Beni Bousera (cliché M. Bouybaouene). Les symplectites dérivent des réactions rétrogrades avec déstabilisation de la paragenèse primaire à grenat (Grt), feldspath potassique (fK), plagioclase (Plg) pour donner cordiérite + biotite + quartz. Le disthène (Ky) est aussi entouré de symplec- tite. Noter le développement de sillimanite en gerbe.

FIG. 4.19 : Micrography of an acid granulite (kinzigite) from Beni Bousera (photo M. Bouybaouene). The symplectites derive from retrograde reactions with destabilization of the primary paragenesis garnet (Grt), potassic feldspar (fK), plagioclase (Plg), which resulted in cordierite+biotite+quartz. Disthene (Ky) is also surrounded by symplec- tite. Notice the growth of sillimanite bundles.

CIRCUIT C 8 : RIF CENTRAL ET OCCIDENTAL

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de ces deux trajets. Il n’affleure qu’en de rares endroits dans la montagne.

Arrêt J4-12 : Les péridotites des Beni Bousera

Le massif ultrabasique des Beni-Bousera affleure sur une superficie de 70 km 2 environ. Il affleure admirablement en bord de mer (fig. 4.20A). C’est, avec son homologue de Ronda (Cordillères bétiques), un des plus vastes massifs de péridotite infracontinentale au monde. Les roches sont essentiellement des lherzolites à spinelle, litées (lits et len- tilles de pyroxénites avec ou sans grenat) et foliées (struc- ture de tectonites ; fig. 4.20B), passant à des harzburgites et dunites à grenat vers le toit du massif (fig. 4.21A). La li- néation et les sens de cisaillement synmétamorphique sont cohérents avec ceux de l’encaissant crustal (fig. 4.21B).

XV- Structure et mise en place des péridotites

Les lherzolites du massif des Beni Bousera montrent un li- tage dû à la présence de couches lenticulaires minces (2-50 cm) de pyroxénites diverses (pyroxénites à bordure diffuse, pyroxénites à grenat à bords nets). La foliation est quasi pa- rallèle au litage et correspond localement au plan axial de

plis isoclinaux très aigus. Elle porte une linéation d’étire- ment (boudinage des grains de spinelle, aplatissement-élon- gation des orthopyroxènes) généralement nette. Ces structures tectoniques sont particulièrement marquées et ré-

gulières vers le toit du massif, où les péridotites évoluent vers des harzburgites à grenat (fig. 4.22A, B), suggérant une évo- lution métamorphique au contact de la croûte granulitique. Les péridotites à grenat (fig. 4.22C) sont probablement en rapport avec cette évolution métamorphique. La serpentini- sation du massif est intense sur sa limite NE, qui est une faille néogène (elle affaisse les Ghomarides, suggérant un âge égal

ou inférieur à celui du détachement de Zaouia).

Il ne faut pas se figurer ce massif de roches mantéliques et son homologue de Ronda comme des fenêtres montrant le manteau terrestre actuel (celui-ci est à 25 km de profon- deur sour le Rif interne, à 20 km sous le bassin d’Alboran) : ce sont des lames tectoniques charriées sur des unités crustales, les gneiss de Ceuta-Monte Hacho dans le Rif et

les gneiss et marbres de la nappe d’Ojen dans les Bétiques.

L’épaisseur de ces écailles mantéliques n’excède pas 2000

m (cf. coupe fig. 1.2B, conforme aux données gravimé-

triques sur les Beni Bousera). La croûte continentale au-

triques sur les Beni Bousera). La croûte continentale au- F IG . 4.20 : Les péridotites

FIG. 4.20 : Les péridotites infracontinentales des Beni Bousera.- A : Affleurement des lherzolites à spinelle à l’extrémité S de la plage de Bou Ahmed. Noter le rubanement à faible pendage SW (ligne en tirets). Cliché M. Bouybaouene.- B : Lit de pyroxénite déformé par un pli intra- foliaire dans un affleurement proche du toit du massif.- C : Dyke leucogranitique dans la lherzolite du cœur du massif.

FIG. 4.20 : Beni Bousera infracontinental peridotites.- A : The spinel-bearing lherzolite forms beautiful outcrops at the southern end of the Bou Ahmed beach. Notice the pervasive layered and foliated texture gently dipping towards the SW (dotted lines). Photo M. Bouybaouene.- B: Folded pyroxenite layer from an outcrop close to the top of the massif.- C : Leucogranite dyke from the core of the massif.

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5 F IG . 4.21 : A

FIG. 4.21 : A : Carte structurale du massif des Beni Bousera montrant la distribution des faciès pétrographiques et l’orientation des foliations.- B : Carte du massif montrant les linéations d’étirement et le sens de cisaillement associé (Saddiqi et al., 1988).

FIG. 4.21: A : Structural map of the Beni Bousera massif showing the distribution of the varied petrographic facies and the foliation setting.- B : Structural map of the massif showing the orientation of the stretching lineation and associated shearing sense (Saddiqi et al., 1988).

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dessus des péridotites Beni Bousera est représentée par les granulites (croûte inférieure résiduelle) et l’unité du Filali (croûte supérieure amincie). Son contact avec les granulites (kinzigites) peut donc être considéré comme un paléo-Moho continental exhumé et plus ou moins modifié, de ce fait (fig. 4.22D).

Comment ces roches mantéliques sont-elles parvenues jusqu’en surface ? La question a donné lieu à de nom- breuses discussions, sur la base des données minéralogiques (P-T), géochimiques, géochronologiques et tectoniques concernant les massifs des Beni Bousera et de Ronda (e.g. Michard et al., 1997 ; Tubia et al., 2004 ; Chalouan et al., 2008 et références citées). Un épisode ancien de cristalli- sation vers 140 km de profondeur (manteau asthénosphé- rique) est indiqué par la présence de pseudomorphoses de diamant en graphite. L’équilibration à la limite des condi- tions des faciès à spinelle et à grenat s’est faite dans un manteau lithosphérique aminci par le rifting téthysien (cf. vol. 1, fig. 27). Cette hypothèse est confortée par les âges SHRIMP mésozoïques obtenus sur les zircons des pérido- tites. Pendant l’orogenèse rifo-bétique, la remontée des roches mantéliques et des granulites associées résulterait de deux phénomènes (Tubia et al., 2004) : i) soulèvement par un diapir asthénosphérique dont l’indice serait la pré-

sence de lherzolite granulaire à plagioclase à la base du massif de Ronda (faciès absent dans les Beni Bousera) ; ii) écaillage de la croûte et du toit du manteau. Cette hypothèse soulève cependant des questions de chronologie, car l’ex- tension du domaine d’Alboran est postérieure à la formation des nappes. Le pic thermique est suivi par l’intrusion des dykes de leucogranites, aplites et pegmatites (Ronda, Beni Bousera ; fig. 4.20C) issues de la fusion partielle des écailles gneissiques sous-jacentes aux péridotites. Ces in- trusions sont datées à 19 Ma.

Route : Après cette « plongée » jusqu’au manteau, on fait demi-tour pour revenir à Oued Laou (35 km). Arrivé là, on prendra la route de Tétouan (47 km) qui serpente longue- ment dans la nappe d’Aakaïli (nappe inférieure ghomaride). On traversera d’abord les schistes phylladiques du Paléo- zoïque inférieur (cf. arrêt 6). Puis, entre Tamernoute, Ras Aakaili et Ras Timerzouga, on apercevra en bord de route les « Calcaires contournés » (Calizas alabeadas) du Dévo- nien (calcaires à Tentaculites, turbidites distales et phyl- lades, faciès lité déformé en plis couchés serrés ; même métamorphisme schiste vert que dans l’Ordovico-Silurien sous-jacent). Au-delà du Cap Mazari (brève coupe du Vi- séen supérieur anchimétamorphique de la nappe Aakaili) et jusqu’à Tétouan, la route reste sur le Pliocène, couvert en

Tétouan, la route reste sur le Pliocène, couvert en F IG . 4.22 : Péridotites de

FIG. 4.22 : Péridotites de Ronda et des Beni Bousera, données complémentaires.- A, B : Macrophoto (plan XY) et microphoto (plan XZ) des harzburgites du massif de Ronda (extrait de Tubia et al., 2004). Les mêmes faciès sont présents au toit du massif Beni Bousera. Opx : orthopyroxène (enstatite).- C :

Péridotite à grenat des Beni Bousera; échantillon près du toit du massif.- D : Contact des péridotites mantelliques (ub) avec leur enveloppe crustale gra- nulitique (k) à Amter ; le marteau donne l’échelle (C, D : clichés M. Bouybaouene).

FIG. 4.22 : Ronda and Beni Bousera peridotites, complementary data.- A, B : Close view (XY plane) and microphoto (XZ plane) of the Ronda harzburgites (from Tubia et al., 2004). Equivalent facies occur on top of the Beni Bousera massif. Opx : orthopyroxene (ensatite).- C : Garnet-bearing peridotites from Beni Bousera, close to the massif top.- D : Contact of the mantle peridotite (ub) with their crustal envelope (k) close to Amter village; hammer for scale C,D: photos M. Bouybaouene).

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NOUVEAUX GUIDES GÉOLOGIQUES ET MINIERS DU MAROC - VOLUME 5

général par des dépôts quaternaires. Les formations plio- cènes sont réparties dans un golfe qui entre profondément dans la cluse de Tétouan, jusqu'à une altitude de 200 m. La ville de Tétouan est bâtie sur d’imposants travertins qua- ternaires déposés au pied du massif carbonaté du Jbel Dersa (540 m ; Dorsale calcaire, chaînon du Haouz).

Tétouan est une ville qui se prête bien à une visite nocturne. La partie européenne, héritée de l’époque du XX ème siècle où le Rif était sous contrôle espagnol, est animée par une foule de promeneurs qui sacrifient à la tradition du paseo entre la Plaza Mayor et la place du Palais Royal. Quant à la médina, la nuit la rend plus mystérieuse encore.

La ville fut fondée au début du XIVème siècle comme place forte. Bientôt transformée en repaire de corsaires, elle est détruite par une escadre castillane en 1399. Un siècle plus tard, c’est l’arrivée massive des Andalous chas- sés de Granada par les Rois Catholiques qui rend à la ville son importance. Elle s’entoure alors de nouveaux remparts et va se développer par le commerce, avec un port actif à l’embouchure du Rio Martil. Au XIXème siècle, elle est en- levée par les Espagnols en 1860, puis redevient marocaine par rachat de l’indemnité de guerre exigée par l’Espagne.

Elle est à nouveau occupée par l’Espagne, avec la majo- rité du Rif, en 1913, jusqu’à l’Indépendance (1956). His- toire tourmentée d’une ville pour ainsi dire frontalière…

JJ55 :: TTééttoouuaann--TTaannggeerr vvii aa FFnniiddeeqq ((111100 kkmm))

Itinéraire et thèmes (fig. 5.1) : Charriage des Zones in- ternes : coupe de la cluse de Tetouan. Le rétrocharriage :

klippes du J. Zemzem et de Riffiene, renversement de la Dorsale du J. Haouz. Métamorphisme des Sebtides : mig- matites du Cabo Negro, unités permiennes et triasiques HP-BT des Beni Mezala. La couverture oligo-miocène des Zones internes à Fnideq. La faille (rampe) dextre du J. Fahs, le Groupe du J. Musa (« Tariquides ») et le Détroit de Gibraltar. Les flyschs maghrébins du Tangérois.

Route and themes (fig. 5.1) : Internal Zones thrusts : the Tetouan transect. Backthrust tectonics : J. Zemzem and Riffi- enne klippes, and J. Haouz backthrusting. Sebtide metamor- phism : Cabo Negro migmatites, HP-LT Permian and Triassic units of the Beni Mezala antiform. Oligocene- Miocene cover of the Internal Zones at Fnideq. Dextral ramp fault of J. Fahs. The J. Musa “Tariquides” and the Strait of Gibraltar. Maghrebian Flyschs of the Tangiers region.

of Gibraltar. Maghrebian Flyschs of the Tangiers region. F IG . 5.1 : Trajet de la

FIG. 5.1 : Trajet de la journée J5, reporté sur la carte géologique du Maroc au 1/1 000 000. Légende des couleurs et symboles : voir Annexe 1 en fin de volume. FIG. 5.1 : J5 route plotted on the Geological map of Morocco scale 1/1 000 000. Legend : see Appendix 1 at the end of this volume.

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Arrêt J5-1 : La cluse de Tétouan ; panorama depuis la ville

L’objectif est d’examiner le côté sud de la cluse de Tétouan depuis une altitude suffisante pour avoir une bonne vue sur les unités que la vallée du Rio Martil (oued Mhajrate) re- coupe en cluse. Trois points de vue peuvent être conseillés :

l’un se situe assez haut au pied du J. Dersa, sur une plate- forme près de l’ancienne caserne militaire. Pour l’attein- dre, il convient d’entrer en pleine ville pour escalader les ruelles qui mènent vers le site (coordonnées GPS : 35°34’ 40,4’’N ; 05°22’26,9’’W ; altitude 160 m). l’autre (GPS : 35° 34’08’’ N, 05°22’28’’W), très suffisant bien que moins élevé (70 m), est situé sur le boulevard en

corniche au-dessus des falaises de travertins, en dessous de la Plaza Mayor. Ce point de vue est d’accès aisé mais le sationnement y est délicat.

le dernier (GPS : 35°34'15,1''N ; 05°23'26,6"W), lui aussi très suffisant bien que moins élevé (35 m), se trouve à la sortie de Tétouan vers Tanger, au SW du Rond point et Place Hmama (« colombe »), sur l’avenue Al Hassan Ben Al Mehdi. Ce point de vue est d’accès très aisé et le sa- tionnement y est facile.

Le panorama (fig. 5.2A) offre une coupe naturelle de toute la Dorsale calcaire entre les nappes de socle des Ghoma- rides et les Zones Externes (Unité de Tanger) recouvertes de nappes de Flyschs discontinues. La coupe est exception-

de nappes de Flyschs discontinues. La coupe est exception- F IG . 5.2 : La cluse

FIG. 5.2 : La cluse de Tétouan.- A : Panorama du flanc sud, depuis le centre ville.- B : Coupe interprétative basée sur la carte géologique (C) au 1/50 000, feuille de Tétouan-Ras Mazari (1985). F