Vous êtes sur la page 1sur 7

Lorsque notre vieux poste de télévision est tombé en panne, il y a dix ans de

cela, nous nous sommes demandés Roméo et moi si nous souhaitions vraiment en acheter
un autre. Serait-il possible de vivre sans la télé ? Nous ressentions confusément que la
présence de ce media chez nous au lieu d’être un moyen de liberté était une source
d’aliénation. En effet, même si nous ne regardions pas très souvent le petit écran, combien
de fois ne nous étions-nous pas endormi devant notre écran le soir, déçus, mécontents de
nous-mêmes, avec la pénible impression de nous être fait avoir ?

Nous avons alors décidé d’un commun accord, mais non sans hésitations, de supprimer le
poste et de voir ce qui se passait pour nous.

Au tout début, nous avons éprouvé un sentiment de vide et de frustration avec une pénible
sensation de ne pas savoir quoi faire à la maison après le repas du soir, les jours de fatigue,
de découragement et de morosité…comme sans doute lors d’un sevrage d’une drogue
quelconque ! Puis notre créativité personnelle, par la force des choses, s’est
progressivement accrue : Roméo s’est lancé avec encore plus de force dans sa passion
préférée, la photo en labo et la gravure et moi j’ai commencé à écrire un livre…

Aujourd’hui nous sommes satisfaits de ne plus avoir cette facilité chez nous pour combler
artificiellement notre angoisse existentielle ! L’expérience est réussie… Nous pouvons
vivre sans la télé ! Nous avons me semble-t-il gagné en liberté.

C’est alors que me reviennent en mémoire l’analyse du philosophe de la Vie, Michel


Henry - Juliette 16 - qui, dans son livre La Barbarie (Grasset 1987) soulignait déjà : «
Qu’est donc la télévision en tant que pratique ? Ce comportement en lequel, incapable de
demeurer et de reposer en soi, de se suffire à soi-même et de se satisfaire de soi, de son
activité propre, la vie se jette hors de soi afin de se défaire de soi et de se fuir soi même. Si
le système technicien en général manifeste une telle finalité, celle-ci acquiert avec les
médias sa forme d’expression la plus extrême : la télévision est la vérité de la technique,
elle est la pratique par excellence de la barbarie. »

Plus récemment, à ce propos, l’écrivain Guy Scarpetta écrit dans le Monde Diplomatique de
Février 2006 dans un article sur Pasolini - Roméo 26 - : « Le tiers-monde commence lui
aussi à se mouler dans la pseudo-universalité de l’Occident technicien et consommateur ; à
commencer par le tiers-monde interne à l’Italie (le Mezzogiorno) ; le « Centre » en
particulier grâce à ce terrifiant instrument d’homologation et de normalisation qu’est la
télévision (qui devient pour Pasolini l’ennemi principal dont il prône la « destruction »)
impose un modèle unique, exclusif, c’est dit-il, le « nivellement brutalement totalitaire du
monde », « l’ordre dégradant de la horde ». En somme, ce que le fascisme historique avait
échoué à réaliser, le nouveau pouvoir conjugué du marché et des médias l’opère en douceur
(dans la servitude volontaire) : « un véritable génocide culturel » où le peuple disparaît
dans une masse indifférenciée de consommateurs soumis et aliénés. »

Partager et découvrir





11 février 2006 Publié Non classé | Lien permanent | Alerter

Commentaires

1. Bonsoir Juliette,

C’est le règne de la quantité sur la qualité. La télévision pourrait être un fabuleuse


outil de formation et d’émancipation pour apprendre, découvrir, comprendre…
Mais comme toute technique la télévision est neutre, c’est l’homme qui en fait
quelque chose d’utile ou de détestable.
Les choix humains se portent assez naturellement vers ce qui est facile, c’est notre
grande faiblesse.
La recherche spirituelle devrait être l’antidote.
Marc

Rédigé par : Marc (Intuitions et poèsies) | le 12 février 2006 à 20:16 | Alerter

2. Oui, Marc la recherche spirituelle est l’antidote.


Il n’est pas possible de percevoir nos aliénations, si l’on adhère sans critiques et
sans recul aux conditionnements du monde…Cette recherche spirituelle peut
prendre différentes formes et n’est pas l’apanage de telle ou telle religion ou
philosophie.
Elle prend naissance au plus intime du coeur de l’homme pour nous éclairer dans les
choses de la vie les plus quotidiennes… amitiés, Juliette

Rédigé par : juliette | le 13 février 2006 à 11:11 | Alerter


3. Il me semble qu’à quelques décennies de distance, les analyses de la télévision que
vous rappelez méritent un nouvel examen. Je vois deux choses : une première
critique de l’objet en tant que nouvelle forme technique de divertissement, de
violation consentie de l’intimité du foyer familial, de régulation horaire des
activités, par exemple. Cette dénonciation date des débuts même de la télévision.
Une seconde critique doit porter maintenant sur le fond : ce que nous donne à voir le
“petit écran” devenu bien grand. Et, là de nouvelles critiques se font jour.
L’introduction de la publicité commerciale est certainement l’un des premiers
inconvénients que nous avons du subir. Uniquement lié à lui, la recherche éperdue
d’audience conduit à une égalisation par le bas qui anéantit définitivement la
mission formatrice et éducative de ce bel instrument, à l’exception notable de cette
magnifique réalisation franco-allemande qu’est arte. Il n’est qu’à observer la
différence de qualité des programmes de toutes les autres chaînes entre les heures de
grande écoute et les autres… Mais l’arrivée de la TNT et de chaînes non soumises à
tous ces impératifs ouvre peut être une fenêtre : Chaîne Parlementaire, par
exemple…

Rédigé par : mb | le 16 février 2006 à 09:01 | Alerter

4. Merci, cher mb pour ce commentaire plus nuancé sur la TV qui tient compte de
certaines évolutions. Si j’ai eu envie d’écrire une note portant à polémique à ce sujet
c’est pour engager un dialogue avec des personnes ayant réfléchi à la question. Il
n’est pas dit que nous nous passerons toujours de ce média, car bien sûr cela dépend
surtout de la façon dont on l’utilise…
amitiés, Juliette

Rédigé par : juliette | le 16 février 2006 à 09:45 | Alerter

5. Je n’ai plus de télévision depuis trois ans et je suis aussi bien informé des réalités.
Conseil à ceux qui veulent ne plus payer la taxe :Lettre recommandée , téléphone
sont inefficaces. Il faut recourir au médiateur de la république en préfecture ou peut
etre ailleurs

Rédigé par : Anonyme | le 18 février 2006 à 15:30 | Alerter

6. Je découvre ce texte et ses commentaires après plusieurs jours d’absence, et les


trouve très intéressants.

Un autre aspect me semble à souligner : l’adaptation mentale à une situation, et ses


conséquences physiques, sont assez particulières en ce qui concerne la télévision ;
de plus, elles s’inscrivent dans des spécificités qui deviennent celles de toute notre
civilisation.
C’est d’abord une domination des informations visuelles et sonores, une
sollicitation des sens visuel et auditif, en concurrence de tout autre.
Ensuite, cela demande une certaine “attention”, qui a pour effet de fixer celle-ci au
détriment d’autres sources d’intérêt, de solliciter l’adaptation végétative à une
certaine vigilance (on n’est pas encore dans le sommeil, et il reste des transmissions
d’informations infra-conscientes). Enfin,la posture doit être adaptée, apparemment
relâchée, mais pas complètement.

L’attention est ainsi, une fois de plus, focalisée sur autre chose que soi.

Comme dans tout le reste de notre vie quotidienne.

Et là, la légitimité de cette “extra-stase” mériterait d’être contrôlée.


Toute autre qu’une “extase”, ou une “enstase” (ou “instase”), car passive
(relativement) mais qui, contrairement à l’une ou l’autre tradition extatique, n’est
pas une voie d’appropriation de soi-même au-delà (et en-deça) de soi.

Réalité cependant, sur laquelle les commentaires précédents ont apporté beaucoup
d’éclairages, c’est avant tout une “vie par procuration”.

Cette “vie par procuration” mériterait peut-être d’être mesurée par comparaison à
des vies peut-être inexisantes de nombre de nos ancêtres trop fatigués pour encore
se retrouver soi-même (comme avec ses proches). Je ne suis pas certain que la
situation soit plus grave qu’auparavant. Mais je ne crois pas qu’elle soit forcément
meilleure.

Pour ne pas “jeter le bébé avec l’eau du bain”, ne négligeons pas l’intérêt informatif
de toute situation, dont celles de programmes télévisés. Mais comme toujours, par
rapport à quelles exigences personnelles choisissons-nous de chercher et recevoir
quelles informations ?
Ici, l’apparente passivité est très facilement une forme d’”aliénation” … pour
introduire le texte suivant du blog !

Rédigé par : JB | le 25 février 2006 à 08:06 | Alerter

7. pensez-vous que la télévision soit un moyen de développer l’intelligence ou plutô^t


de la brider?

Rédigé par : lise | le 05 mars 2006 à 16:16 | Alerter

8. Merci pour cette question de fond. Je pense quant à moi que c’est à chacun de
répondre à cette question,pour lui-même d’abord.
Globalement je pencherai pour un effet de bridage, ou de “formatage” de
l’intelligence (aux heures de grande écoute) qui reste souvent “passive” et
consommatrice plutôt que créative et critique.
Qu’en pensez-vous? Juliette

Rédigé par : juliette | le 06 mars 2006 à 14:23 | Alerter

9. ou sert mais ne penser vous donc pas que la television est un vrai dieu pour la
nuvelle generation

Rédigé par : Anonyme | le 26 mars 2006 à 23:31 | Alerter

10. Je pense que la télévision est vraiment importante. C’est l’un des moyens moderne
de communication. Moi je suis pour même s’il est vrai que je la regarde souvent par
ennui. La télévision permet de s’instruire et de ce cultiver.

Rédigé par : camille | le 29 mars 2006 à 13:45 | Alerter

11. je suis por la television parcequelle attaque l isolusion et elle mieux que les amis
vous la trouvee quand vous ete bessoin d elle

Qu’avez-vous contre la télévision ?


5 Commentaires envoyés
Restez connectés !

par Aron Moss


Question :

Mais qu’est-ce que les Juifs religieux ont contre la


télévision ? N’êtes-vous pas un peu coupés de la
réalité ? Comment savez-vous ce qui se passe dans
le monde sans une télévision chez vous ?

Réponse :

Je dirai que c’est plutôt l’inverse : c'est la télévision


qui vous déconnecte de la réalité. Quoi que vous
regardiez, que ce soit les nouvelles ou des
divertissements, vous ratez ce qui se passe dans le
monde réel. Les nouvelles sont une distorsion de ce
qui se passe dans la vie d’autres personnes, et les
divertissements sont une distraction de ce qui se
passe dans votre vie à vous. L’expression « télé
réalité » est un oxymoron.

Les journaux télévisés ne font que rapporter des


faits, n’est-ce pas ? Faux. Ils ne font que rapporter les faits qui sont captivants visuellement,
qui maintiendront l’audimat, conforteront les spectateurs dans leurs préjugés (sans parler
des directeurs de chaînes) et qui se caleront en petites séquences bien nettes – comme s’il
n’avait jamais existé une histoire trop compliquée pour être rapportée en trois minutes...

Mais ce ne sont pas seulement les nouvelles qui nous éloignent de la réalité. De même que
les journaux télévisés remplacent les faits par des opinions préfabriquées, les émissions de
divertissement remplacent la véritable interaction entre êtres humains par les fantasmes de
quelqu’un d’autre. Ceux qui passent des heures à suivre des feuilletons sont en train de
laisser s’envoler les journées de la vie de leurs propres famille et amis. Les drogués des
sitcoms ont oublié l’hilarité de la vie quotidienne. Et les fans scotchés à la « télé réalité »
sont aveugles à la réalité qui se déroule sous leur propre toit.

Se pourrait-il que la télévision soit une des causes principales de la crise relationnelle que
nous connaissons aujourd’hui ? Mis à part le temps perdu à faire face à la boîte, il y a un
effet plus profond que les médias exercent sur notre génération d’accrocs de la télé. Ainsi,
de nombreuses personnes se plaignent qu’elles ne trouvent personne à aimer. Combien de
fois entendons-nous « Je ne trouve pas la bonne personne... » ? Et bien, pour un ou une
téléphage – ou un couch potato comme on le dit si délicatement en anglais – il n’est pas
étonnant que personne ne puisse être « la bonne personne ». Qui peut se mesurer aux
personnages magnifiques, drôles, intéressants et piquants qui se pavanent à l’écran et
remplissent leurs esprits chaque soir ? Combien de personnes réelles connaissez-vous qui
correspondent à ce que la télévision considère comme séduisant ? Bien sûr, personne dans
le monde réel n’est à la hauteur.

Personnellement, je me sens plus connecté avec le monde réel sans télévision. Vous n’êtes
peut-être pas prêt à jeter la vôtre par la fenêtre. Mais au moins, assurez-vous que c’est vous
qui contrôlez la télévision et pas l’inverse. Faites attention à ne pas perdre sur le terrain des
relations réelles en favorisant des amis imaginaires. La vie n’a pas été conçue pour être
vécue seulement pendant les pauses publicitaires.