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Critique historique

1. Qu’est-ce qu’un événement historique ? Qu’est-ce qu’un héros de


l’histoire ?

- Les critères de choix des évènements : leur rapport avec le pouvoir, le degré de
médiatisation du personnage, la proximité géographique, les accidents de parcours, des
gens intéressants, identification affective ou l’exceptionnalité des faits.
- Le héros est celui qui se distingue par des actions extraordinaires qui doivent profiter au
bien-être commun et être non violentes. Des critères supplémentaires sont ajoutés en
fonction des communautés dans lesquelles on vit. Il est souvent anonyme mais tous les
groupes humains en ont besoin.
- Le banditisme social est une forme de révolte paysanne. Le bandit social est un paysan
hors-la-loi que le seigneur et non l’Etat considèrent comme un criminel mais qui demeure
à l’intérieur de la société paysanne qui voit en lui un justicier qu’il convient d’admirer,
d’aider. Leur nombre a toujours été modeste et il existe dans les régions reculées. Ils
veulent venger les injustices et rétablir l’ordre des choses (prendre aux riches pour
donner aux pauvres). Les bandits sont rarement des propriétaires, ils sont entre la
puberté et le mariage, se sont des hommes libres et ruinés. Il n’est pas criminel au départ
mais commence parce qu’il est victime d’une injustice. Il ne tue qu’en cas de légitime
défense ou par vengeance. Il meurt uniquement par trahison. Il est invisible et
invulnérable grâce à la magie. Une légende se crée rendant le héros immortel. Sa
carrière est courte. Le bandit doit choisir entre le statut de criminel ou celui de
révolutionnaire -> souvent des combats de libération nationale.
- Les principes scientifiques ne sont pas applicables à l’histoire. L’histoire est une
reconstruction du passé avec la signification actuelle. Les changements politiques sont
souvent suivis de changements dans l’histoire car celle-ci est un moyen de faire de la
politique. Il faut resituer les historiens dans leur contexte social, politique,…. Les experts
ne sont que des salariés au service d’intérêts économiques.

2. Loués soient nos seigneurs

L’histoire est déchirée entre exigence de la critique et nécessité d’inculquer une version
du passé. Le mot histoire a le sens d’enquête mais celui-ci est né du pouvoir politique et
économique et doit donc le servir. La plupart des civilisations ont besoin d’annales ou
chroniques exaltant leur prestige. Il n’y a pas de critères objectifs pour classer les
monstres et les héros. Le lien de l’histoire avec la politique entraîne la mise en place et
l’inculcation de certains clichés historiques parfois sans rapport avec la réalité. L’histoire
est celle des vainqueurs. Il existe de nombreux faux pour légitimer le pouvoir. Les
pouvoirs publics utilisent les lieux de mémoires.

3. Le rôle du hasard

Le hasard est défini comme un événement imprévu, imprévisible et qui n’obéit à aucune
logique ; un accident qui frappe. Un fait minime peut avoir de lourdes conséquences. La
préoccupation de l’historien est de voir comment les personnes qui ont rencontré le
hasard ont réagit. Un grand homme est celui qui incarne les tendances générales de son
pays ou milieu et les galvanise. Les décisions de ces grands hommes sont parfois le fruit
du hasard. Le hasard peut agir sur les masses. La démographie a longtemps été tributaire
des épidémies issues du hasard. Des évolutions fondamentales économiques ou sociales
peuvent être commentées par des faits politiques avec tous leurs hasards. Les traces
gardées du passé sont le fruit du hasard. Notre connaissance du passé est souvent due à
la survie d’un seul manuscrit. L’historien doit échapper à la tentation de vouloir jugé le
tout d’après la partie conservée. La transmission de la connaissance du passé a eu
parfois une incidence directe sur le déroulement des évènements.

4. La manipulation du passé pour célébrer le pouvoir


- Pour célébrer le pouvoir et diffuser ses valeurs, les historiens se sont fréquemment
prêtés à des opérations historiographiques. L’histoire nationale est partout une histoire
mythique chargée de former une conscience patriotique, civique et soumise. L’amour de
la patrie se nourrit toujours de la haine de l’ennemi. Il existe une volonté de vouloir faire
passer un événement récent comme remontant à l’antiquité et donc d’une évidence et
banalité absurde.
- Ernest Lavisse est l’auteur de manuel d’histoire manichéen, la France est personnalisée.
Les actes répréhensibles sont imputés à la barbarie des temps éloignés ou à des
personnages maléfiques. Cette histoire est donc totalitaire, du pouvoir, selon la logique
du pouvoir. Les historiens de l’école méthodique de la fin du 19ème (Lavisse, Langlois,
Seignobos) composent, sous couvert de la science, une histoire idéologique au service de
la république officielle. L’école des Annales (Bloch, Febvre) prône une histoire globale qui
est une synthèse des éléments politiques, économiques, sociaux, religieux, culturels et
mentaux. L’histoire doit s’ouvrir et intégrer la géographie, la sociologie, la démographie,
la statistique,…. La nouvelle histoire (Duby, Le Goff, Le Roy Ladurie) ont fait entrer dans
l’histoire un débat avec elle-même et les autres sciences humaines.

5. L’historien

Les historiens se sont efforcés de replacer les évènements dans leur contexte
géographique, de comprendre leur antécédents, de détacher les meilleures sources
d’information. La vérification est d’autant plus difficile qu’on se trouve éloigné de
l’endroit où l’événement s’est déroulé.
- Hérodote : croit à l’immixtion des dieux dans les affaires humaines et méjuge les
témoignages.
- Thucydide : témoin des évènements qu’il raconte, les organise en une suite cohérente
mais rejette toute explication irrationnelle. Il préfère la vérité historique au mythe. Il voit
dans les batailles le triomphe de la tactique, de l’art de limiter le hasard, du
raisonnement juste.
- Xénophon : passe sous silence les évènements déplaisant pour les aristocrates, se
montre partial et abonde en digressions édifiantes.
- Polybe : s’appuie sur une documentation de première main, accorde plus d’importance
au pourquoi et au comment qu’à la finalité de l’acte. La finalité de l’histoire est
l’éducation politique et morale, en apprenant des souffrances des générations
antérieures.
- Strabon : laisse des informations sur la manière de ne pas écrire l’histoire à notre
époque.
- Plutarque : a tendance à s’identifier à ses personnages et tente de mettre en relief les
faits caractéristiques de la vie de ses sujets.
- Salluste : cherche à mêler l’impartialité et la rigueur du style. Parti pris pour les
démocrates. Il voulait faire revivre les évènements importants de l’histoire du peuple
romain.
- Tite-Live : utilise les anciennes annales pour faire revivre le passé romain dans un style
nouveau mais pas rigoureuse. Il idéalise des héros. Il a un but patriotique.
- Tacite : dramatise l’histoire par son style expressif, dense et concis. Il veut comprendre
les personnages car la psychologie est primordiale pour lui.
- Suétone : historien critique, il s’abstient de juger les faits qu’il relate.
Le christianisme amène Dieu dans l’histoire des êtres humains. (Eusèbe de Césarée)
Au Moyen-âge, les historiens incluent le merveilleux.
- Villehardouin : est partial mais les informations sur les mœurs sont issus des croisés.
- Joinville : témoignage hagiographique, il édifie les faits sans les comparer.
- Froissart : narre les grandes merveilles et faits d’arme pour inciter à les accomplir. Il
loue ses protecteurs.
- Commines : pèse les témoignages, cherche les causes, mais Dieu provoque certains
faits.
- Ibn Khaldun : reconnaît Dieu responsable de tout mais cherche les interactions, vérifier
les faits en les comparant. Il intègre les individus à leur collectivité. Il existe un cycle
(croissance, maturité, déclin) dans l’histoire.
- Leonardo Bruni : exclut le légendaire, le miraculeux. Son histoire est militaire et
politique.
Les historiens de la Renaissance sont soucieux des sources et de l’analyse philologique
des textes.
- Machiavel : s’intéresse aux problèmes sociaux et économiques, à la psychologie, et
concilie le rôle de Dieu et de l’homme dans l’histoire.
- Guichardin : est au service des papes et des historiens italiens.
A la Réforme, on critique les sources.
- Bolland : rassemble toutes les sources hagiographiques. Une école de critique des
sources sur la vie des saints du Moyen-âge.
- Mabillon : élabore les bases de la critique historique et les critères d’authenticité.
- Montesquieu : se préoccupe des facteurs économiques et sociaux. Des facteurs naturels
déterminent les comportements humains.
- Voltaire : l’histoire devient humaine. Il considère le sort de l’homme. Il vérifie
l’authenticité des sources et met en avant l’aspect démographique et économique de la
société. Il range les évènements. Il affirme la nécessité du doute.
Au 19ème siècle, des écoles se créent et le romantisme remet à la mode les histoires
emphatiques. On inaugure des séminaires d’histoire à la critique des sources. (Léopold
Von Ranke-Allemagne, Godefroid Kurth et Henri Pirenne-Belgique)
- Renan : étudie les langues sémitiques et l’histoire des religions. Il applique les principes
de la critique historique mais cherche le rationnel dans les miracles.
- Michelet : se laisse emporter par son imagination. Il a des idées libérales et
anticléricales.
- Karl Marx : apporte la lutte des classes dans l’histoire. L’économie représente
l’infrastructure de base et le social, le politique, le culturel et le religieux forment la
superstructure.
- Les historiens des Annales et de la Nouvelle histoire se sont débarrassés de la chronique
royale, ont rendu la parole aux masses. Le peuple est l’objet de l’histoire et non le sujet.
L’histoire a une histoire. Toute compréhension du passé est datée et se rattache à une
culture, à un système de représentations, à une certaine manière de concevoir le temps,
l’espace, l’origine. Pour les Etats modernes, histoire et nationalisme sont indissociables.
La politique étant le noyau de l’histoire, il faut distinguer le fait et la façon dont il est
parvenu jusqu’à nous.

6. Critique externe

- Autrefois essentiel, le texte a été supplanté par d’autres. Tout est document pour
l’historien mais ceux-ci sont périssables et seuls certains nous arrivent. Il est essentiel
d’identifier le nom de l’auteur, son âge, sa nationalité, son parti, son sexe.
- Départager le vrai du faux est un gros problème. Les documents apocryphes (faux)
peuvent être postérieurs à l’époque ou authentiques par leur date mais faux par leur
contenu. L’enquête se fonde sur le témoignage pour la recherche de la vérité. Il faut
peser le degré de confiance accordable à chacun d’eux car seul le témoignage exact est
l’exception. Les faux peuvent être recopiés d’un texte authentique, accommodés à partir
de vrais textes, entièrement faux, ou enrichis de fausses signatures. La datation par
Carbone 14 peut être niée à cause d’absence de précautions scientifiques, des résultats
qui ne plaisent pas ou malgré les nouvelles méthodes, un doute persiste. Les faux
fascinent les historiens car les détecter est une manière de réaffirmer que l’histoire est
autre chose. Les motifs des faussaires sont le plaisir de tromper, l’ambition littéraire ou
sociale, la volonté de vouloir justifier un pouvoir ou une croyance. Les préoccupations
constantes du faussaire sont d’imaginer comment le document se serait présenté à
l’époque où il aurait été composé et ce que le temps en aurait fait. Les faux réconfortent
les idéaux nationaux. La question du vrai et du faux n’est pas toujours aisée à trancher.
Cette question n’est pas pertinente du point de vue de la pensée politique et de la
critique des œuvres d’art.
- La date est fonction du calendrier qui est révisé à plusieurs reprises au cours des temps.
Mais d’autres éléments que la date permettent de dater un document : la stratigraphie, le
carbone 14, l’uranium-thorium, la dendrochronologie pour les arbres, la
thermoluminescence pour l’étude de la lumière émises sous chaleur.
- Il faut localiser les faits, les noms de lieux et voir à quelles localités actuelles ils
correspondent. La localisation est essentielle car elle nous renseigne sur la crédibilité des
documents. Le lieu informe sur le lien avec certains évènements. La langue du texte,
l’accent d’un témoignage sont utile pour situer le lieu.
- Il convient de reconstituer le cheminement du document et voir s’il n’a pas subi de
modification postérieurement à son élaboration. Et voir quelle est la part de mise en
scène.

7. Critique interne

Elle va analyser la crédibilité du document


- interpréter le contenu. Pour examiner le document, il faut replacer le message de
l’auteur dans son époque, son environnement géographique et son milieu. L’historien doit
aussi isoler le document des conventions pour en comprendre le sens.
- la compétence de l’auteur. Pour raconter un fait, celui-ci devrait en être le témoin
oculaire. Un bon témoignage doit être direct, complet, brut. Le témoignage porté
immédiatement après le fait rapporté est plus crédible que celui qui a été confronté à
d’autres. Les émotions et les manifestations de psychologie collective entravent les
capacités de jugements. Le témoin remplit instantanément les vides et ensuite
reconstruit sa réalité en insérant son témoignage à sa culture générale.
- contrôler la sincérité de l’auteur. Il faut contrôler si l’auteur n’énonce pas ce qu’il veut
faire passer pour la vérité. -> doute méthodique, douter jusqu’à possession d’éléments
qui affirment ou nient. Les mobiles du mensonge sont l’intérêt, la contrainte, la
sympathie ou l’antipathie idéologique, la mise de sa vanité dans des actes
répréhensibles, mensonge par conformisme (les formules de politesse des documents
sont des formules de convenance), pour plaire au public.
- s’efforcer de déceler l’exactitude des faits. Beaucoup de témoin se trompent de bonne
foi. Les causes d’erreurs sont les préjugés, les mythes, l’auteur ne reproduit pas
fidèlement ce qu’il a vécu, l’auteur ne se donne pas la peine d’aller observer le fait et se
fie à un événement qui doit se passer ou qui s’est produit, l’auteur affirme un fait qui n’a
pu être observé directement.
- contrôler le contenu des témoignages avec d’autres témoignages. Témoignage unique
est un témoignage nul. Si deux affirmations sont inconciliables, l’une est vraie et l’autre
est fausse. Si deux témoignages sont identiques dans les détails, ils sont copiés. Un
témoignage non vérifier peut amener une rumeur. Celle-ci est un fait historique.

8. Critique du témoignage

Jean Norton Cru a écrit des classiques de la critique des témoignages. L’histoire militaire
attribue aux soldats des sentiments surhumains (témoignage de ceux qui n’ont pas subi
de coup). Les véritables témoins de la guerre révèlent tout autre chose. Les documents
d’état-major permettent de concevoir l’ensemble et véhicule des légendes de l’attaque
offensive qui prévient la guerre. Le choc franc est infiniment rare. Les romanciers créent
des expressions fausses car ils s’inspirent de la tradition poétique. Tous les témoins
authentiques ont parlé de peur. La guerre n’est connaissable que par la peur.
- L’homme n’a pas le goût du risque et du combat. Le courage n’exclut jamais la peur.
Les mobiles du combattant sont l’honnêteté, l’habitude, la force des choses, la
résignation. La discipline reste au poste de commandement. Les combattants ont
rarement la haine de leur adversaire. Ils critiquent leurs supérieurs. Ils sont agacés par ce
qui s’écrit à l’arrière à propos de ce qu’ils vivent, entrainant un sentiment de solitude et
d’incompréhension. Ils sont déçus devant la réalité.
- Les déformations de ces témoignages sont la tradition apprise de la guerre, l’oubli,
l’incapacité de pouvoir exprimer l’inexprimable.
- Arthur Ponsonby ne nie pas les atrocités de la guerre mais s’attache à démontrer un
certain nombre de mensonges inventés pour exciter les passons populaires et assurer le
recrutement. Les 10 commandements de propagande de guerre.
- Les hommes d’état de chaque pays ne veulent pas la guerre. Le camp adverse est le
seul responsable de la guerre. Il faut personnifier l’ennemi. Les buts économiques et
géopolitiques doivent être masqués sous un idéal et avoir les traits d’une croisade
religieuse. Des récits d’atrocités perpétrées par l’ennemi doivent circuler et faire croire
qu’il est coutumier du fait ; c’est pourquoi, les services de propagande s’entourent
d’intellectuels et de littéraires réputés qui peuvent présenter les récits et créer l’émotion.
L’ennemi commence à utiliser des armes non autorisées. Nous subissons peu de perte
mais l’ennemi beaucoup. Les artistes et intellectuels soutiennent la cause. Les
ecclésiastiques donnent à une cause un caractère sacré et irréfutable ; utilisation du
vocabulaire religieux. Toute tentative de mettre en doute les récits des services de
propagande doit être condamnée sur l’heure comme un manque de patriotisme ou mieux
comme une trahison.
- La propagande de guerre est aussi bien à l’œuvre dans les conflits ouverts que dans des
situations de guerre froide ou économique. La distinction entre information et
propagande est difficile car le dérapage est fréquent. Les bilans exagérés sont des armes
de propagande.

9. Le négationnisme

Paul Rassinier, père de l’école révisionniste, relève l’exagération dans les témoignages
des déportés. Il a ensuite évolué vers l’antisémitisme et la négation du génocide. Robert
Faurisson, promoteur du révisionnisme, défend ses idées avec brio, il est provocateur.
Ses adversaires lui font de la publicité.
- thèse négationniste : l’extermination des Juifs est un mythe. Mais ils négligent le
contexte, ils interprètent de manière intenable des textes, ils écartent des témoignages
qui vont à l’encontre de leur thèse ou les considèrent comme inventés, ils pratiquent un
raisonnement historique fondamentalement faux.
- les raisons du succès : le public a l’impression que les négationnistes révèlent des
vérités que le gouvernement veut cacher. Pour les historiens, le champ de recherche sur
les périodes contemporaines est limité. L’autorité veut imposer par tous les moyens une
vérité officielle. Psychologiquement et politiquement le négationnisme convient à certain.
- Jean-Claude Pressac, ayant eu accès aux archives d’Auschwitz saisis par les Soviétiques,
annihile les affabulations négationnistes. Les négationnistes obligent aujourd’hui les
historiens à plus de prudence face aux témoignages.

10. La photo

Le public accorde plus de crédit à l’image qu’aux personnes dans les journaux télévisés.
Après le choc de la découverte, l’image demande un temps de lecture suffisant pour lire
les éléments de l’image puis pour comprendre leur message. Les images n’ont un sens
qu’accompagnées d’un texte ou d’un commentaire qui les replace dans notre système
logique et nous renvoient une série d’images mentales. Les éléments hors cadre sont
essentiels.
La mise en scène de l’image donne un sens au message visuel global.
- Des axes symétriques peuvent décider de la hiérarchie à l’intérieur de l’image.
- L’alignement horizontal évoque le calme, la sérénité et l’éternité.
- L’alignement vertical évoque la vie et la puissance.
- L’alignement oblique évoque le mouvement, le déséquilibre et la peur.
- Le sens du mouvement de l’image suggère, par la montée, la victoire et par la descente,
la défaite.
- L’axe de prise de vue pris du haut paraît dominé tandis que pris du bas paraît
menaçant, victorieux.
- L’éclairage et les couleurs peuvent mettre en évidence un détail.
- Le cadrage (plan général, moyen, américain, rapproché, gros plan, très gros plan) nous
renseigne sur le rôle donné à un personnage ou un objet.
Les trucages courants sont la suppression sur les négatifs de personnages, les légendes
ou commentaires faux par ignorance ou gonflent l’importance du document, la
publication d’une photo authentique avec une légende sans rapport avec la situation, le
lieu et les personnages photographiés.
Des portraits pris en studio, on passe à des portraits de groupes homogènes. Avec les
instantanés, la foule fait son apparition, centrée sur des meneurs ou une personne
censée symboliser cette foule.
Les photos d’un même événement sont traitées en fonction du point de vue.

11. Les documents sonores

Des mêmes sons peuvent être perçus de manière très diverses. Les voix peuvent être
reconstituées.

12. Le film

Il faut distinguer le film à prétention documentaire et la fiction avouée. Georges Méliès,


illusionniste, reconstitue en studio les grands évènements contemporains. Francis
Doublié présente des plans-bidons de l’affaire Dreyfus. La fiction révèle les intentions et
la mentalité de ceux qui l’ont tournée. Des éléments de la réalité peuvent donc être
repérés à travers des fictions comme à travers les pires montages d’actualités. Le cinéma
est intervenu dans la politique, notamment par le film de propagande. Au fil de la guerre,
le service cinématographique s’organise. Dans la première moitié du 20ème siècle, le
cinéma est considéré par les intellectuels comme une sorte d’attraction foraine
éventuellement utilisé comme tel. Les Soviétiques ont colonisé le cinéma, avec Staline,
comme moyen de propagande et d’éducation. Les fondus-enchaînés ont pour effet de
passer d’un plan à un autre où un plan s’évanouit progressivement, simultanément à
l’apparition graduelle du plan suivant. Au cinéma, les images peuvent être manipulées.
La censure politique s’est attachée aux textes. Le commentaire est essentiel pour donner
un sens à l’image mais a aussi sa valeur propre. Le cinéma américain des années de
guerre :
- Les films antinazis à grand succès où le peuple allemand est toujours dissocié du
régime, surévaluation de la volonté ainsi que de la capacité de résistance du peuple
allemand au nazisme, l’action a toujours lieu dans les villes petites et moyennes, le
fonctionnement de la terreur et son lien avec le système sont décrits du dedans, le
résultat du triomphe du nazisme est la rupture des rapports familiaux et des relations de
bon voisinage
- Les films antijaponais, peu nombreux mais à succès, ont pour thème qu’il n’y a pas
d’autres valeurs que celles défendues par la démocratie américaine.
- Les films réalisés pour justifier l’alliance avec les Soviétiques. La représentation de
l’URSS se limite à quelques scènes édifiantes qui portent sur la mécanisation de
l’agriculture, la transformation spectaculaire des tracteurs en char de combat et sur
l’émancipation sociale de la femme. Les bons sentiments forment toute l’armature de ce
film qui essaie en moins de deux heures de désarmer toute suspicion du régime stalinien.
- Les grands succès du box-office (Autant en emporte le vent)
L’analyse des films participe à l’analyse des sociétés. La plupart des documents filmés
sur lesquels les historiens peuvent travailler sont des films de propagande. Pour la guerre
de 14, les séquences de batailles sont toutes reconstituées. L’auteur a en effet été invité
à filmer certaines choses mais pas d’autres. Les historiens se méfient des images car
elles sont transformables, assemblables, truquables,…. La critique du document
d’actualité filmé doit distinguer :
- les documents d’origine utilisés pour le film. Si le film est entièrement constitué de films
d’actualités juxtaposés. Les auteurs de films de montage recherchent à côté de ces films
d’actualités, leurs chutes ou des documents non utilisés.
- les images ou témoignages rajoutés. Les témoignages et interviews se substituent au
commentaire. Le témoignage, sollicité comme vérité, prouve la thèse de l’auteur.
L’interview peut confronter un personnage du présent avec son propre passé.
- le montage par le réalisateur. Elle porte en elle son idéologie, consciente ou non.
Le réalisateur peut utiliser un montage récurrent, un montage répétitif, l’arrêt dur image
qui retient l’attention et laisse un espace pour la réflexion, l’utilisation des cartons qui
coupe le processus d’identification du spectateur aux images, la sonorisation et le mixage
mélangent et équilibrent les voix avec le bruitage, les musique et les silences.
1) La critique d’authenticité : Les critères pour voir si un document n’a pas été
reconstitué sont
- l’angle de la prise de vue. Dans une scène filmée avec une seule caméra, il n’est pas
possible d’avoir le champ et le contrechamp.
- la distance aux différentes images d’un même plan. Avant les années 50, il n’était pas
possible d’opérer en continuité, par zoom, le passage d’un plan éloigné à un gros plan, de
changer la profondeur de champs.
- le degré de lisibilité des images et d’éclairages. Les conditions de la prise de vue et
l’éclairage ne sauraient être uniformes.
- le degré d’intensité de l’action. Un document authentique comporte nécessairement des
temps morts
- le grain de la pellicule. Plus un document a des contrastes nets et clairs, plus il a de
chances d’être authentique.
2) La critique d’authentification. D’où vient le document filmé, qui l’a produit, quand et
où.
3) La critique analytique. L’analyse d’un document ne peut ignorer la source émettrice,
les conditions de la production, la fonction du document, sa fréquence, sa réception par
les spectateurs éventuels,…. Il n’y a pas de document politiquement neutre ou objectif.
Les mouvements de caméra significatifs :
- la caméra qui impose la vision particulière d’un personnage ou d’un objet.
- le travelling-avant représente ce que voit le personnage en marge.
- le mouvement de la caméra établissant un lien entre des éléments.
- le panoramique crée une attente.
- le travelling-arrière est descriptif.
- le zoom
Les raccords sont
- en coupure franche qui accentue l’action et crée une attente
- en fondu noir qui finit paisiblement l’action
- en fondu à l’image qui débute paisiblement une action
Tout dans le cinéma est truquage ; c’est pourquoi, l’analyse d’image est essentielle.