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UN CHEVALIER DU ROI PruLiPPe LE BEL, LE ROI DE FER Dessin de Eduardo Coelho, texte de Jean Ollivier Dessin de Raymond Poivet, texte de Roger Lécureux PAR KUBILA HISTOIRE DE FRANCE BANDES DESSINEES LAROUSSE 200 LIDEAL CHEVALERESQUE “Mieux vaut étre mort que couard appelé” : galvanisé par une maxime bien frappée, le chevalier sélance au combat. Car il garde les regles du corps dont il fait partie, la chevalerie, et les respecte : courage, loyauté, fidélité a lEglise et a son suzerain, respect de la femme, défense de la veuve et de lorphelin Ainsi, la société féodale fut-elle modelée, du XII° au XIV° siécle, par fesprit de la chevalerie, qui fut un idéal plus qu'une institution ou un code de vie. Le jour de son adoubement, le jeune noble jugé digne dentrer au sein de lOrdre recoit !épée a deux tranchants : avec l'un, lui est-il recommandé, il frappera le riche qui opprime le pauvre; avec lautre, il punira le fort qui per sécute le faible. Son parrain lui chausse les éperons : “désormais le chevalier doit étre aussi docile a !éperon de la volonté divine que son cheval sera docile aux coups de ces éperons matériels” Et, dégradation supréme, on coupera “prés du talon” les éperons de qui trahira son serment. Ainsi, fera-ton encore au temps de saint Louis, pour rejeter loin du groupe l'homme devenu indigne de monter a cheval, indigne de Vétat de chevalier. Mairit trouvére chanta les vertus chevaleresques, celles de Renaud de Tor, par exemple, resté, jusqu’a la mort, fidéle a son idéal : “Renaud de Tor, le baron, est descendu de son cheval, frappé au corps par quatre dards tranchants. Quand il se vit mort, quelle douleur, quelle colére! Il tire une demiére fois son épée, passe le bras dans son écu et tous ceux qu'il atteint périssent. Mais le sang de ses plaies coule trop abondamment... Alors, il sadresse au Seigneur et a ses Vertus ; Glorieux Pere, qui fus et seras toujours, prends pitié de mon ame, car le corps est perdu’. La France eut, au XIII" siecle, son “roi-chevalier”, saint Louis. Courtoisie, pres- tance, courage, sagesse, crainte de Dieu, toutes vertus chevaleresques, se trouvent incarnées chez ce souverain qu'anime un idéal de justice et de paix. Comme Philippe Auguste et Philippe le Hardi, Louis IX tient le preux Roland en considérable estime : le paladin nétait-il pas depuis trois siécles lexemple de tout chevalier? Mais, quinze ans aprés la mort de saint Louis, Philippe le Bel parait bien étranger a [univers de la chevalerie. Politique habile, esprit réaliste et retors, il se veut souverain au-dessus de tout. Pour cela, tous les moyens sont bons. Le Bel frappe d'impét le clerge, n’hésite pas a s'emparer de la personne du Pape, falsifie la monnaie, sattaque a !Ordre, immensément riche, des Templiers dont il fait arréter le grand maitre et les dignitaires, bientot envoyés au bacher. En évoquant le personnage de Philippe, le Roi de fer, on songe a ce Raoul de Cambrai, héros terrible d'une de nos plus anciennes chansons de gestes, criant a ses hommes d'armes “Vous planterez ma tente au milieu de l'église, Vous ferez mon lit devant lautel. Vous lacherez mes faucons sur le crucifix dor...” Nous sommes loin du premier commandement auquel devait obéir tout bon chevalier, qu'il fat roi ou modeste seigneur : Essanplir la loi Deu, accompli la loi de Dieu. © 1977, Société des Périodiques Larousse. 17, rue du Montpamasse, 75006 Paris. Dépdt legal : 2° trimestre 197.

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