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Numéro 20 iv Decembre 1883 LES GRIMACES LeVeau de satin le Veau d'or Depuis trois ou quale mois, dans toute la presse, au sujet du Thédtre: Italien qui renait, curieux phénix, des cendres de Bal- -lande, ce n’est qu'un seul et méme cri: « Enfin nous allons done revoir les belles soirées, 'lés élégantes soirées, les aristocra- tiques soirées d'autrefois! Enfin, nous allons done posséder un théatre pour la noblesse, et nous pourrons contempler, d’un seul coup de lorgnette, ce qui nous reste de nos beaux noms historiques, la haule sociélé fran- gaise! Enfin, nous allons élre transporlés au temps des Bou/fons, si amourcusement dé- crils par Balzac, le temps ott les marquises d’Espard, les duchesses de Langeais el de Mautfrigneuse, les vicomlesses de Beau- séant, les marquises de Chaulieu et de Van- denexse, et toutes, toutes les grandes dames on 6talaient dans les loges leur beaut triom- phante ef leurs couronnes & fleurons de diamant » ‘Les reporters ne tarissaient pas d'anec- doles novell et de souvenirs ancien. ls dissient tous, avec flerlé, ces pauvres diables dont Ia plupart n’ont ni chemise au torps ni chausselles au pied: « Abt le ‘Thédlre Ialien, c’élait comme un salon ob ele., ele. » Blau sortir d'une brasseri és obilsavaient mangé,sur un bout de ile de bitre, une misérable chou- route garnie, ily sen allaient accuser vio- Temment Mf. de Soube i un abominable. crime de Itso-blégance, ef inatallaat des bureaux de banque, Id’ ob fivaitchanté Robin M* d'Blincelle — que Diow g brodait sur ce riche thme des vari Tenthousinsme le plus immodéré alternait avec la pamoizon [a plus extasiée. On se senlail flor dire Frangais en regardant les éalonnes jémerveils que os noble parisignne polissait chaque soir dar Te Figoro, Cait Ie renouvea de l'espr frangais, de la poliesse francaise, des pla sins frangate, Nous allions enfin respirer parfum perdu des anciennes cours. I n'y Manquerait qu'un roi a perruque et & s0- Wil d'or poor que lb Theitre Nalien reeym- LBS ORIMACES or ‘mencat les splendeurs des ballets de Ver- sailles. Et elle chantait, chantait, chantait de sa voix chaque jour plus vibrante, le réveil de nos délicalesses et de nos galan- ‘comme ces représentations allaient tre magnifiques et glorieuses! $ Sans le vouloir le Figaro a joué un vilain tour a la vicomlesse d'Etincelle. Pauyre jicomlesse! vous avez dd faire une bien islocralique grimace en lisant dans 12 supplément du Figaro les noms des abonnés du Théatre Italien, dont le malin journal donnait la liste, sans doule en guise de conelusion & vos articles. A cos noms, ma pauire veomleso, es noms barbares et sauvages °Egypliens, de Gees, d'Allemands, comme sont d0 or- cher vos oreilles délicates! Nous cherchions la noblesse du Gotha, el c'est la noblesse du Golgotha que nous avons trouvée. Vous avez bien lu, n’est-ce pas? Les Petrocochino, les Sévastepulo, les Nicolopulo, lea Rodoeo- nachi, les Clado, lex Eknayan, les, Catla les Vlaslo, les Castro, les Porphirio et to Jes noms des Juifs Mlemagne et des Su Orient. Apeine sidanscelteliste entre des monceaux de Grecs el des enlassements de Rothschild, d'Bphrussi, de Gunzbiourg, de ais LES ORIMACES Stern et de Bamberger, se dissimulaient dement des oma raul, des Laroche- foucauld, des Vogub, das Lo Vaelto, dee Mural, mais sipeu ot ae fisanlsi polls, polis qu'on ne les apercevalt pas. El vous Eppetice cela la nobles. francaise, Pe flee rangi, salaga fore ort Is Stauvaio odeur ie Inaynagogue et les veux folents du Ghelto! Pauvre vicombosse! vous ved dt bien plourert be Celt liste est curious» ot navrant _ eonatitue un document qui sera trts pré- {feax pour les historiens qui voudront plus {ard Foconsiiluer Thisloire de. la sociclé parisioune en 1883. Bile en dit plus elle Toute, dane soa lconisme de nomenclature, Sur I'lat de cosmopolitisme décadent ob ow sommes, que te nombroux volumes ‘ldo theses, Btn ois, de Chioles, de Lévantins, de Saxons. @Africains, de Tures, d’Australiens et de ‘Juifs, des représentants de Loules les natio~ palités, & Fexeeplion de la nationalité fran~ aise. » ee LES ORIMACES aie & Mais il faut so maler & la joie commune ot se féliciter, cart "heure ot « aristocra- lie francaise » remportait sur le Théatre alien, une victoire si fort chantéo par les reporters, peul-étre sur les rives du Fleuye Rouge, Famiral Courbet et nos braves pelts soldats étaient-ils massacrés par des hordes, de sauvages, et peul-tire le tleuve maudit charriail-if leurs cadavres nulilés,aheure ‘ou M= Mackay, vélue de satin, brodée de Neurs d'or, illiminée de diamants brillant ainsi que des phares et do perles grosses faulant! que des boulets de canon, se d6- ployait, au rebord de sa loge, comme lo rapeau ‘de Télogagce franyaice a jamais reconguise. ‘Aw prix de combien de hontes, au prix do combien do dosnsros, au prit do eo bon de sang vers: de nos enfants, do.nos enfants sorts dos enlrailes div hirdes dela more Patric, ne_paievions-nous pas Io aise et la erte de contempler ces belles femmes dlrangires sans verlus et sans amour, quifontuotre mode, et ces finan pli, qui font notre po Te Veau de sain tle Vout d'or inne. Minanas ter déceunbre 4183