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Meissonier, Jean-Louis-Ernest. Jean-Louis-Ernest Meissonier, ses souvenirs, ses entretiens [rédigés par Mme Meissonier],
Meissonier, Jean-Louis-Ernest. Jean-Louis-Ernest Meissonier, ses souvenirs, ses entretiens [rédigés par Mme Meissonier],

Meissonier, Jean-Louis-Ernest. Jean-Louis-Ernest Meissonier, ses souvenirs, ses entretiens [rédigés par Mme Meissonier], précédés d'une étude sur sa vie et son oeuvre, par M. O. Gréard. 1897.

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MEISSONIER

79,

LE

PARIS

MEISSONIER

SES SOUVENIRS.

SES ENTRETIENS

Cet ouvrage

a

été cotnposé

et

tiré

par EDOUARD CRÉTÉ, à Corbeil.

Les illustrations

typographiques

ont

été gravées

par DUCOURTIOUX, HUILLARD, BERG et SGAP.

Les

planches'

par

Les planches

en

.couleurs

DRAEGER

en taille

et

ont

été

LESIEUR.

douce

ont

imprimées

été

gravées

par DUCOURTIOUX, HUILLARD et FILLON.

par

Elles

WITTMANN,

ont

été

imprimées

CHASSEPOT

et

GENT-GROS.

LA

VIE

MEISSONIER

ET L'OEUVRE

DE

D'APRÈS SES ENTRETIENS

ET AU LANIS.

souvenirs

accumulés,

MEISSONIER A CHEVAL.

MEISSONIER

disait

aller

à l'Institut

demander

ta clef

un

jour

des

Jeunes

« Je

de leur

écriture,

devrais

Aveugles

parce

que,

se

ne pouvant

dans

passe,

souvenir.

Je

plus

l'insomnie,

ne pourrais,

des

heures

à la

lumière

guère

ne

moi

pas

depuis

garder

dans

au

l'ombre

longtemps

vol

j'aurais

dormir-

à

méditer,

ma

nLUii

à

me

sans

mais

ce

je

fatigue,

écrire

qui

me

je

ainsi

regrette

se

presse

figure

des

de

en

que

volu-

mes.

même

» Et

un

Je champ

autre

de

jour,

ses

restreignant

pensées:

«

Ah!

lui-

les

avec

une

bonne

grâce

mêlée

de

2

MEISSONIER

tristesse,

de raisins entassés,

combien

C'est

c'est comme

les grappes au pressoir.

qu'un

vécue

La cuve déborde

dont on n'exprime

peu de vin. La vie

au fond du verre!

il en reste peu de réellement

vécu » que

ce « réellement

recueillies

je voudrais

tirer

des notes

fidèle, la main

familières

de l'amie

Il n'y

de sa bouche par une main

sa seconde femme.

suivie,

qui est devenue

faut chercher

ni une biographie

ni une appré-

ciation raisonnée

sur lui-même

de son œuvre.

C'est simplement

d'un homme

qui, dans son atelier,

le témoignage

à son chevalet,

»

en promenade

Marly,

Hollande,

cheval

par les

bois de Saint-Germain

à Rome,

et de

en

en voyage à Antibes,

en Suisse,

au

à Venise,

à Florence,

sortir

d'une exposition,

d'un musée,

d'une séance de l'Institut;

circonstance et l'impression

suivant la

les

approfondit, du moment

ni de plus libre.

effleure,

traite

les sujets les plus divers.

Mais, rapprochés

Rien de moins didactique uns des autres, ces entretiens

graves et piquants,

dications,

apparaît,

et de ses sentiments.

épars, tour à tour élevés et aimables,

sincères, offrent un ensemble

d'in-

où l'homme

de ses idées

le maître,

dans le cadre journalier

toujours

de confidences,

presque

vivant et naturel,

EAU-FORTE ORIGINALE DE MEISSONIER.

les sentiments

LES ANNÉES

DE JEUNESSE

ON enfance

laborieuse

avait

été

et difficile.

attristée,

C'est

le

sa

trait

jeunesse

commun

de

aux

la

élevés

ticulier

caractère1

nourrir

son

artistes

famille

d'eux-mêmes.

pour

sans

les

qui,

la

n'ayant

direction

pas

et

au

l'appui,

L'épreuve

Meissomer

qu'elle

sources

eut

ceci

se

de

trempa

devaient

foyer

sont

par-

son

se

âme

et

son

talent.

De

bonne

heure

il

qui

fut

Si

tout

ger

un

perles,

tendre

au

dans

fond,

comme

le

certaines

s'y rattachaient

et un

vaillant.

l'autrefois

de

son

existence,

où

sa

pensée

aimait

plon-

pêcheur

dates

demeurèrent

pour

s'étaient

chercher

perdues

toujours

vivaces.

les

».

MEISSONIER

Il

adorait

sa

mère.

en

avait

conservé,

c'était

esprit

une

distingué,

d'une

aimant

physionomie

les

arts,

qui

aimable

avait

suivi

et

les

fine,

leçons

d'un

de

décide

pour

négliger

que

la

bien

jeune

ans,

de

tout

boite

de

son

père.

ne

se

défit

et peignait

jamais

de

avec

agrément

!a

petite

table

sur

où il

porcelaine.

l'avait

vue

travailler.

C' est

sur

ce

guéridon

le

dessin

souvent,

la

des

sans

simple

devoirs

mère,

qui

devait

reste,

plus

touchée

Car

elle

couleurs,

où,

le

des

serra

vingt

trouva,

doute

mine

de

ut

portrait

Il

qu'elle

LI

de son

dans

avait

fait

charmant

fils.

un

Il

éclair

à

la

de

prescience

gloire

d' études

stitution

magne

vait

la

maternelle,

iuturc?

Une

d'un

chef

du

lycée

huitième

huit

ni

d'une

ans

en

d'une

1l

sa

note

d'in-

Charle-

sui-

ne

con-

(I),

il avait

ni

témoignait

duite,

force

classât

en orthographe

bien

haut:

qui

mais

le

la

colonise

d'observations

tait

Ernest

a

vue

dune

essentiels

mourir

l'année

premiers

mots

gravure

On

suivante,

de

peut

la

un

nous

por-

goût

fait

croire

à vingt-

note

que

précieusement

le bulletin

dans

ans

jauni

plus

par

tard,

le

quand

temps.

il

De

perdit

cette

la mairie

LES ANNÉ-ES

DE JEUNESSE

5

mort prématurée

qu'aucun

il avait gardé un souvenir; douloureux

ne devait effacer:

succès, aucun bonheur

et doux,

« C'est

au-

21 février, l'anniversaire

de ma naissance,

disait-il le

jourd'hui

jour

où il entrait

dans sa soixante-dixième

année (n88q.). Qu'il

y a longtemps

ma mère m'a mis au monde,

J'.ai voulu,

ce matin,

qu'à l'heure peut-être

où

ma première

pensée fût pour elle.

Chère mère,

combien

de fois mes yeux se sont emplis

de larmes

INSTITUTION

dirigée par Mr. ISIDORE GUILLET,

Successeur de Mr. LEPITRE au Marais.

N°. 9,

'Rue St.-Louis,

M.

NOTES

CONDUITE.

HEBDOMADAIRES

Classe de

du

14Juin 1823

TRAVAIL.

LEÇONS.

PLACE

Observations.

à ton souvenir!

par ton absence,

Hélas!

je t'ai si peu connue,

par le besoin

que je sentais

que c'est presque de toi, que je t'ai

aimée », ajoutait-il

avec une délicatesse

touchante.

« Si souvent

je me suis

Il n'avait

venir,

bénédiction

lui

dit que rien oublié

ce devait

être si bon d'avoir

funèbre

de la nuit

où son

une mère-! »

père les fit

et son

qu'elle

au chevet

de la mourante,

ni de la

qu'il

frère, leur donna

« de ses mains

blanches

connaissait

si bien,

surtout

celle qui avait un signe ».

Et ce n'était

là une fugitive à entretenir

d'anniversaire.

point

impression en lui ces sentiments.

année,

qui

c'est

Meissonier

Lyoii,

qu'il

le foyer de la bourgeoisie parisienne;

Né à

à Paris

se plaisait mais venu à Paris

dès sa troisième

du Marais,

fut élevé,

dans la région

a, été longtemps

et jusque dans son extrême

6

MEISSONIER

vieillesse

second

il

se

mariage,

plaisait

il fit

à

dans

revenir

le quartier

Ù son

une

berceau.

sorte

Après

son

marquant

 

chaque

étape

de

son

enfance

et

de

ses

affections

rue

des

au-

drlettes,

 

son

père,

fabricant

de

produits

chimiques,

 

avait

ses

magasins

 

ry

rue

des

sa

mère

était

morte

et

d'où

elle

avait

été

portée,

le

25

mars

1825,

à

l'église,

qui

est

tout

proche.

Il

saluait

avec

attendrissement

 

l'é-

troitte

cour

 

ou

elle

surveillait

 

ses

jeux,

les

fenêtres

de

l'apparte-

ment

du

troisième

étage

 

auxquelles,

 

son

doux

 

visage,

jaune,

ses

solives

faire

le

croquis.

moins

vif.

L'affection

 

C'est

 

de

ce

côté

M.

Meissonier

était,

 

savait

bien

qui

tournée,

pleine

plus

appelait,

sa

bel

tradition

renommés

jeunesse,

homme

sous

des

dan-

la

COUR

vieil

Lorsqu'il

DE LA MAISON

DE LA RUE

rentrait

du

escalier

avec.

«

J'en

veux

parle

de

est

pas

venus

voulait.

recherchée,

cavalier,

de

Vestris,

DES BLANCS-MANTEAUX

collège.,

ses

venir

balustres

un

père,

un

fort

le

jambe

partie

lyonnaise.

lorsqu'il

le

apparaissait

de

bois

saillantes.

n'en

 

jour,

disait-il,

l'accent

est

respect

domine.

à

sa

vocation.

homme

énergique,

 

élégante

en

fine

et

bien

de

parmi

ce

En

les

qu'on

son

exclue,

mais

les

obstacles

de

son

fils,

D'allure

la

il

faisait

la

société

il

qu'étaient

au

ce

de

et

témoignage

qu'il

mise

beau

Restauration,

danses

comptait

LES

ANNÉES

DE

JEUNESSE

7

seurs:

avec

dans

les

danses

paient

sur

les

regarder.

Il

le

goût

de

jouait

de

chantait

 

homme

Mais,

sirs

mondains

nant

à

l'art,

sonier

était

un

industriel,

entendait

 

commerciale.

 

La

mort

turée

de

sonier

eut

mier

effet

le

trouble

cation

du

Avant

de

on

chaises

ta

la

la

deux

salons

s'interrom-

ou

un

avait

montait.

musique,

flûte

romance.

des

pour

aussi

et

plai-

confi-

Meis-

et

M.

associer

si

Mme

pour

de

d'abord

ses

préma-

Meis-

pre-

 

porter

dans

l'édu-

jeuneErnest.

suivre

les

trois

quadrille

il

amis,

fanatiques

devant

lequel

comme

toutes

lui,

il

les

formait

autres

ESCALIER DE LAMAISON DE LA RUE DESBLANCS-MANTEAUX

cours du

temps interne sa

une pension de et

c'était sa peur d'enfant lorsque. pour rentrer le soir les jours

lycée Chariemagne,

il avait

été pendant

quelque

mère étant seul

déjà bien

malade — dans

fût resté,

souvenir qui en

de congé, il passai

noir et semé de fondrières ». Il fut question de l'y taire rentrer.

Heureusement son père avait ami.

seur, devenu qui consentit

par « Je bois des Champs-

tout

à Grenoble, un profes- de la Faculté des sciences,

dans la suite doyen

à recevoir l'enfant et à lui faire suivre les classes

du collège. Après un voyage de quatre jours et de trois nuits

s

M.

MEISSONIERPÈRE

passer

au

ligence

emparée

premiers

le

moins

au

milieu

fond

arrivé

les

riot,

il

un

bras

de

une

du

qui

n'éprouva

sentiment

temps

ne

l'intérieur

de

clam

Il

Lyon.

M.

l'attendaient.

lui

de

plus

de

un

son

que

tomba

et

M.me

son

amer.

son

furent

di-

s'était

pere

dans

Fer-

Jamais

Les

isolement

séjour

guère

de

ses

se

Il

nouveaux,

nouveaux,

cama-

n'avoir

seuls

M.

pas

peut-être

Joisir

le

poursuivait

mais

comme

eux

qui

grand

ne

l'ont

joueur

géomètre

de

ses

ce

rades,

refuse

pas

de

eu

trictrac

avant

tout

mathématiques

jusqu'en promenade. « une lois M.me Ferriot ne l'avait caressé

ni embrassé

elle n'avait réchauffé d'une pa-

role tendre son pauvre

et

Ils étaient bons pourtant l'un

et l'autre.

pas une seule fois

cœur

affame d'affection.

les Ferriot.

et il les

perdu

de

sentent

et

seule

aimait bien. Plus tard, en effet.

au cours de sa jeunesse, c'est avec reconnaissance, avec joie. qu'il retournera a Saint-Ismier

une modeste campagne qu'ils

possédaient

noble et qu'ils habitaient l'été—

aux portes de Gre-

ta

et

famille

et

tout

de

homme

presque

le

violon,

prix

d'austère

humilié

dont

il

ses

ceux-là

heures

devoir,

vï MEISSONIERMÈRE

de

à

peindre,

la

1

le

petite

jardin

fique

cyprès

goureusement

tard

encore,

vieillesse,

sorte

de

portraits,

ses

vieux

Le

mal

tout

d'

abord

lu

le

laisse

entendre.

ans.

son

et,

«

le

dansiesanaires

par

maison,

qui

qui

il

piété

palis

hotes.

plus

père

du

LES

une

en

éclaire

journée

«

avec

lui

qui

sur

dans

sourit.

le

retouchera

filiale

par

s'enlève

ciel

son

le

si

pays,

vivement

le

fort.

Au

rappela

entrer

»,

dont

comme

bout

il

en

par

l'État

le

ANNÉES

le

riante.

la

devant.

pure

magni-

si

extrême

les

avec

temps,

1

souffert,

de

Paris

deux

avait

il

deux

l'employa,

vi-

une

de

le

DE

JEUNESSE

«

«pour

lettres

L'intervention

 

1

était

le

sauva

d'Alcide

futur

 

grand

mies,

et

futur

médie-

tisme.

battait

nier

dévorait

de

Vigny,

tine,

qui

venir

des

commencer

sur

le

»,

grand

d'un

pension

Musée duRouen.

à

copier

client,

les

en

le

encore,

que

registre.

dont

une

fois.

C'est

Meissonier

 

prit

Fauvel.

le

des

épidé-

 

le

Tbierry,

de

la

(a)-

Le e

roman-

cachette

Alfred

Hugo,

Lamar-

Au

sou-

sensations

médecin

d'Edouard

administrateur

Française

Victor

son

en

l'enivraient.

premières

10

MEISSONIER

de cet enthousiasme

Thiais,

sacrés

en plein idéal.

était jointe, l'image

de la petite-église

de

où son âme flottait

dans les rêves, en

les vitraux

écoutant les chants

« Je nageais,

point

dit-il,

d'ail-

la

de J'orgue et en regardant

»

Les grandes émotions

du dehors

encore

ne le laissaient

leurs indifférent.

révolution

dans une institution

Juillet,

Il était

en pension, a raconté

lorsqu'éclata

de i83o. Émile Augier

lui aussi,

de

à

qu'interne,

du lycée Henri

avec Got,

les journées

de chambrée,

IV, pendant

il s'amusait

son camarade

compter

les coups

de canon, paisiblement.

Moins flegmatique

que

son

futur

ami,

et déjà

sensible,

comme

,il devait

l'être

toute

Meissonier

étions, racontait-il,

entendions

nous prîmes la résolution

relever, aussitôt

les murs

sa vie, aux agitations

voulait

de la politique,

part

libéral

par instinct,

« Nous

nous

ou quatre, et de nous

aller prendre

à la bataille.

dans un étrange état d'effervescence;

de la fusillade.

A trois

au loin le bruit

de nous coucheur habillés

serait endormie,

que la maison

pour franchir

et courir

s'appro-

m'appliqua

bas du jardin Mais un lâcheur

qui donnait

nous trahit.

dans là campagne, Le maître d'étude

équipé,

à Paris.

cha de mon lit, leva

les draps,

me vit tout

une paire

de soufflets,

me mena

au cachot.

»

qui me brûla

de honte,

et, sans mot dire,

Au mois d'octobre

suivant, il retourna

à Grenoble.

les langues

Renonçant

son père avait décidé de lui faire apprendre

modernes,

aux études classiques,

la comptabilité,

tout ce qui pouvait

lents Ferriot

ancienne

guerre et de parlement, on s'occupait

sonier était entouré

decine, aux lettres;

la physique

et la chimie,

le préparer

au commerce,

et c'est aux excel-

qu'il l'avait

de nouveau

confié. Mais à Grenoble,

capitale de province

très fière de son passé,

peu de commerce.

au barreau,

ville de

Meis-

à la mé-

d'amis qui se destinaient

il ne voyait venir en répétition

chez M. Ferriot

que des jeunes gens qui se préparaient en sortir

gouvernement il souffrait

à entrer

dans les Écoles du

marins ou militaires;

être que commerçant,

pour

d'avouer

ingénieurs, ne devait

qu'il

LES

ANNÉES

DE JEUNESSE

alors surtout que. Je jour en jour. il entendait plus clairement

murmurer au dedans de lui le

aussi, je suis peintre!»

1

que lui restait-il de cette éducation a contre-

lecture

assez

peu

de

abondante,

mathématiques,

l'éveil

sur

en

toutes

convient,

les

choses

mais

une

de l'histoire.

la

connaissance

pratique

et

des

notions

élémentaires

 

et

autour

de

 

de

sensibilité,

nature,

montagnes

du

sortes

 

les

ruisseaux

les

cailloux

brillants,

de

aux

ailes

 

a

faire

soleil

de

la

le

d'amours

 

rare

alors

langue

anglaise

d'allemand,

idiabitude

de

voir

goût

de

l'observation

morale;

une

par-dessus

avec

les

tout

beaux

la

ciels

passion

et

les

de

la

belles

limpides

les

buissons

courant

le

long

d'épmes-vinettes

petites

sources

des

des

sentiers

sur

foisonnant

d

par

les

essaims

bleues

pour

connaissait,

bordées

les

les

voir

vallées

de

noir,

étinceler

et

les

qu'il

au.

crêtes.

12

1

MEISSONIER

de la combe

de Malaval

au Lautaret,

de Grenoble

à Briançon

Avec quel ravissement

couchant

On l'appelait

il.les explorait,

marchant

l'aventure,

sur le foin des granges,

le Montagnard.

à la grâce la vie rude

de Dieu!

et sau-

soupant

Il en aimait

vage, pleine de surprisses charmantes.

fixées dans son imagination

Certaines

comme un tableau.

scènes s'étaient

Celle-ci entre

bien d'autres, Par

Pentecôte,

d'un nimbe tout ce qu'il touche,

que je lui ai entendu

soirée

rappeler.

de juin,

où le soleil, à son déclin,

pendant

les congés de la comme

couronne

une splendide à l'heure

il.courait

les Alpes Dauphinoises, d'une

lorsqu'il

tête

les cheveux

flottants

et vêtu

sur les hanches

nue,

grande blouse,

pour marcher

se repo-

taillée à l'antique,

et dont il s'enveloppait

qu'il relevait

comme d'un manteau

sait.

Il était arrivé

torrent desséché.

sur le haut d'un

Des enfants jouaient

rocher

qui surplombait au fond du lit, cherchant

un

des cailloux

de la roche,

Tout à coup les enfants lèvent

polis par les eaux. Il était debout

se silhouettant

sur le ciel,

à la pointe

silencieux,

les yeux et, l'apercevant,

extrême

immobile.

s'enfuient

avec de grands cris d'épouvante.

village ? Meissonier

bout d'autel

aurait-il,

et de légende ?

à l'orée

Qu'allèrent-ils

raconter

au

de ce joli bois, son petit

Cependant,

M. Meissonier,

que la révolution

de

i83o avait

ruiné, travaillait énergiquement le moment de laisser prendre

les lettres de M. Ferriot,

faire. Au commencement

guiste, rue des Lombards,

qui portait pour enseigne

à refaire sa fortune.

Ce n'était pas

qui, d'après à ne rien

dro-

racine

à une vocation

ne lui semblait

qu'un prétexte de 1832, Meissonier était apprenti

dans la maisori Au Mortier

« Né pour être

le magasin,

Menier, en face de celle

homme,

excellait à préparer

d'or. Il n'a jamais pu voir

et être épi-

la caricature

cier » sans faire un amusant retour sur lui-même. Lui aussi, il

la

avait

de Gavarni

Il balayait

été épicier.

LES ANNÉES

DE JEUNESSE

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poix de Bourgogne, à ficeler les paquets, à dire à la pratique « Et avec ça ? » Sa distraction, à: ce 'moment, était de s'exercer

à tous les jeux de force et' d'adresse, .Quelques années plus

tard, quand il habitait l'île. Saint-Louis, agile, rigoureux, hardi

il battait la Seine à la gaffe, du pont

jusqu'à l'imprudence;

des Tournelles au pont Marie, sur de méchantes gàloubies qui faisaient eau de toute part, escaladait lés- tours de Notre-Dame,

cherchant l'Anankè de Victor Hugo; et risquait vingt fois, chaque dimanche, de se noyer ou de se rompre le cou. A Poissy, il cano-

tait et montait à cheval avec passion; il nageait remarquable- ment. C'était le fruit d'une éducation entreprise de bonne heure ef poursuivie sans relâche. Il était fier de ses muscles et ne se fâchait point, rue des Lombards, qu'on le félicitât de redresser

un tonneau de six cents -livres. Un autre sentiment le 'soutenait. Il voyait venir la lutte iilé-

viable,

à l'insu de tout le.mônde,

et il. s'aguerrissait. Il avait repris le crayon, le soir,

aussi résolu 'à suivre sa vocation

que son, père paraissait l'être à l'en détacher.

« Donne-moi

trois' cents francs, lui déclara-t-il

plus parler de rrioi que plus tard.

un jour, et tu n'entendras Mais que vas-tu faire?

Aller à 'Naples, je vivrai en' lazzarone et où je. trouverai bien quelque'peintre qui me prenne à son service. » Après avoir fait .la. sourde oreille, le père, à la fin, avait cohsénti à lui accorder le' délâi d'une semaine pour chercher un maître qui

garantît sbn' aptittide et se chargeât de son éducation:

Meissonier cherchait donc le témoignage en même temps que la

direction dont il avait besoin. Les huit jours étaient presque

écoulés,"et il n'avait trouvé personne. Un matin il prit son courage. à deux maints et s'en fut chez M. Delaroche, quil ne connaissait

que pàr .son renom. Delaroche travaillait à la

L'entretien

Mort de Jane Grey.

ne fut pas Jong