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of aden + nrvgnn! 28 féwrier, inédite.. ‘Lorsque, ) Liannée derniére, je m'en fus & Brages, une question municipele exfli- wrait La ville, Vous penser bien que c'est 1A une facon excessive et anti locale de parler et que, rien an sonde, hormis sa procession ancuelle du Saint-Sang, mt saurait enfidvrer Brages. Elle avait son aspect de rive coutusier ; ses canaux, le long desquels, dans leurs susires de deatelles, dorment les antiques merveilles de son art, dormafent sous un soleil pile, laré de plute. See tours, dane le ciel mystique, pansaienc, avec de la brine nacrée, les plaies s de leurs plerres, ‘et les carillons et lee cloches se répordatent d'un tout & l'autre de in ville, ainsi que des appels de veillears. Dans ses rues de silence, de renoncement et du paix tombale, Sovces figures de jadis, preeque fantimes, et, pour ainsi dire, vaporisées dans un recul d'histoire et de foi, il ne passait que du pared. Ce qu'il y a dtadairable et d"unique, dans Bruges, c'est qu'elle n'est pas morte, coat on se plait & le dire, mais que, parvenve & un peint de son histoire et de son art, elle a refusé de continver son évolution et de Cranchir cceme les autres villes, oublieuses de elles furent, le eeuil des sticles. Elle s'est endormis, bercée au bruit de plos on plus lointain de eon émouvante histoire, et mul ne L'a révelllge, et nul ne La réveillera désorsais. Si le temps a moisi ces tours, effrité ses pré- ecleuses facades, affaterd toite ouvragés et ses pignons fleorisa, il n'a rien pu contre son fee. Som Ame est telle qu's l'époqee ov, penchés our elle, Healing et Van Eyck en retractrent la Beauté dans un élan d"impériseable acur. Ruine vi-~ wace et reviviscente, #lle deseure presque intacte, malgré tout ce que La durée a pe introduire d'inharmonique & ce paced qu'elle est oi dévotement, si rolontal- rement restée. Les figures que nous rencoctroce, que nous frélons, et qei, elles~ tines, frBlent de leur glissenent cuaté toutes ces plerres, xardiennes des vieux souvenirs flarands, ne nous étomment pas. Graves, auatéres, pensives ou charmantesy nous Les avons wues, tout & l’hecre, parellles & leur Yee, dans la salle de 1h8- pital Saint-Jean, autour de la mireculeuse chisse de Sainte-lrsule, et dans Le petit musée af caine, aur les divines toiles de Van Eyck. Ce cont lee mfmes, on peu effacées, un pea décolordes, qui revienment par les rues, qui longent l'eas demeante des cansex, qui traversent la tristesse pactflante des béguinages, et qui, dana les fastueuses et terribles cathédrales, ombres d'un passé qui s'obstine A ftre du pased, s'agenouillent sur leur propre powssitre. Elles ne nous sexblent pas anachroniques, mais telles qu'elles doivent Btre, su contratre, vivantes monies, les toujours contemporaines de cette architecture de pritres, et les résignies de cette vie recluse qui, derriére 1'éeran ow le voile de dentelles, eomeille et oo dorlote, dans les intérieure, chastes come leurs corps, ct cu le eiécle ='ent pas entré. Ce qui détonne, dans cet ensemble, si tragiquement posthume, c'est moi-nine, s'est ma bite, ma fiavre, mon air d'étranger, ce sont mes précccupation que J ded ; et ee sont ces toeristes anglais qui projettent sur les nurs une ombre de caricature moderne ; et c'est cette fuite de bicyelett dtrange apparition qui semble venir du fond d'un siécle tris ancien et barbare. Alsat allaient ses réflexions en harmonie avec les tours, avec les cloches, avec lea visages, avec le ciel. Mais, ans les quartiers camercants, ox peu plus agitation changes le cours de cen penedes. J'appria que liruges était en- fiévede, On oty passicenait, ne dit-on, poor un grand projet qui davait re nouveler et faire revivre la face sorte de la ville. Or, & Bruges, la fagen de se passionner pour um projet quelconqe consiste & n'y pas mettre d'oppo- sition, & laisser aller les choses of elles reulent et come elles veulent. (Ca projet était de razener la mer dans la ville, et, avec le mer, les grands favires chargés de poullleries exotiques, le mouvenest, la vie, la richesse, les luttes sociales, Llardente concurrence du commerce, Quand ce quion appelle le mouvement revient dans une ville qu'il « quittée, c'est pour n'y apporter que du désastre, du sacrilege et la mort. Il lui faut des docks, des chen- tiers, dex usines, de larger boulevards, pour y édifier les hideux palais des banquiers et des armateurs, Alors, on éventre la ville, on enfonce la pioche dane cea plus wieux, dass sex plus {1lestres souvenirs, devenus des nonwaleure et qui tiennent trop de place inutilement ; on déolit tot ce qui fut sa gloire et tout ce qui est resté sa raison d'@tre, c'est-a-dire son ime elle-nime, Et puis, quacd le malheur est consomd ; quand la destrection est irrémédiable, la ville qui ne se recennalt plus, attend les promess vainexent. La mer est bien la, prisonniére dans ses canaux de pierre neuve, mais nul oavire n'en re- monte le cours. Les batesux, porteurs de fortunes, continent de passer au large, trés loin, trés vite, sens s'arr8ter. Il ne vient plus persemne, ef tout le monde est parti. Les docks sont vides le long des bassins déserts ; les usines fermées 4654, avant d'avoir été ouwertes. Et ce qui n'étatr que du somatl et du rfive, est devenu de la mort. Au Lieu des corillons qui, épan- daient sur ls wille leur mosique adrienne "une wélancolie oi pleine de charee dane le eilence recueilli, et si douce, de cette dowcecr des choses en allées, dont. l'harmonie ee refond, plus parfaite, dane le lointatn, l'on n'ententra plus que Laigre et strident sifflet d'un parrre petit [s.] qet, sur les eux so- Litatres et muettes d'gt les cygnes ont ful, s'épouncnnt & appeler teat le Jour quelque chose qui ne reviendra jenais ples. Bruges, ene des seules villes jusqu'ict préservées des atteintes du progréa des passions mawvalaes, et dee luttes barheres qu'apgorte avec Tut le Nogoce, » jaleux, hemteide, Breges, ville unique, oii le réve, chassé de partout, ponte péfugier dans les silencieuses merveilles de son merveillesx paceé, Bruges allait disparattre, elle susei | Et poorquoi ? Pour rien... Boer une erreur électorale, peut-dtre, pour une chimtre économique f. Je ne pouvais le creire. Je me disais, nalf x “Use ville comme Sreses n'ap- partient pas seulenent & un peuple, ot d elle-nfiee. Elle ert a tout le monde, et & quelque chose de plus fort et de plus mystériece que tout le monde, i som destin | Ce n'est pes us consedl municipal, ni un gowrernenent, af ne Société financidre qei peuvent en disposer, au gré de leur fantaisie, de leer mensonge, de leurs instincts aventereur et cupides I Ils n'oseront pas toucher & sa beauté imméoriale, Ils n'osercat pas faire que cette ville, dont ils ont la garde, salt dana quelques années une ville snonyee, comme les actres ; une ancfacture, us entrepSt, ene caserne | Je we trompais. Ile ont osé ! Ce qui n"éteit alors qu'un projet est devenu une réalité ; 11 sera denais en acconplissement. Des votes parlezentaires ont décidd ce meurtre ; des crédits fous ont été accordés pour ce pillage et pour cette com qelte, Leer importance proure que l'on fera largenent les choses et que les ploches s mangueront pas. Bruges n'a plee maintenant qv"’ mourir, elle qui doreatt, sf heursuee-t Mais elle revives de la vie pathétique des vieilles images et des views ta- Dlewax dane les Livres de M. Georges Rodenbech. M. Georges Rodesbach nen a pas derit prétenticusesent L"hérolque et eplendide histotre en compulsant des archives, en dépoulllant minutieusement des decuments souvent mensonrers et presque tou jours imetiles, Il a mlecx fait que de secower la poussitre des paperasses ; 11 © interrogé la poussitre qu'ont laissée successivement les slicles sur les vieilles Pierres, les vieux vitracx, lee vieux vieages. Il atest penché sur I"ime de 19 Bruges pour l'écouter parler, et 1'fime de Bruges, heureuse de cette filfale plété, Ist a livré eon secret, tout l"incospatable tréeor de son secret. Cul, ctent L"hee wise de Bruges, si bien confondue en 1"ine du poste, qu'on sent battre dans le Magne du silence, les View encloses, la Vocation, Bruges la Morte, le Musée de Mguines ; cteot I've de Bruges qui let apprit & voir toot ce qu'il y a d!invi- jle_et de pourtant vivant, et de pourtant douloureux, et de presque hunain, dans los vieuk meublés, les vieilles horloges, les vieilles verreries, et presque Gia Tea viel ee Sai worter, eépulcres de tant de reflets, et ot tant de y-tant-de voix-anciennés montent du foad et vous regardent et vous interrogent 1 Crest par elles qe'il connut ce que dirent les cloches, ot les priéres et les sanglote qu'elles égrément, du haut ¢es tours, aur la frémissantes et dolentes du silence ; par elle qu'{l est arrivé & transposer tant de nuances de formes, d'idées, de passions, de L'invisible dans 1'inani- E de L'insnimé dans hematin, de lthumain dans le divia, Et c'est toujours [Mime de Bruges qui esplit, qui fait frissonmer d'un si intense, d'un si pro- fond frissen toutes les pages de cet admirable Carillonmeer, que M. Georges went de dédier & notre culte ardent de toutes les beautée de | Bane ce décor d'une survie si pénétrante et d'une mort si éternelle, avec y style profond et clair comme l'eau et le ciel de Zélante, fin et blond comme chevenx des vierges de Henling, chantent come les nesses basses, dans ies jghepelies des biguines, H. Georges Rodenbach « contd le combat du sitcle et fei d'une passion supra-benaine et d'un amour terrestre, d'une de f de I"fmendes cloches. Et quélle dowceur vibrante et quel gharne pile, de la pileur féconde des Linder en cette Codelitre, qui semble pier, aimer et vivre dane une toile de Yan Eyck. a dit et je veux le répéter, car jamais, dans sucua Livre, je n'ai compris aussi intensément l'accord profond, le Lien é!ancur mys- Pique qui peut exieter entre une Bue individvelle et 1'fne d'une ville. Dans le Garillonneur, nous sentons Bruges revivre avec tous sex organes, tows see sen- Biments, tout eon pased scmptueux, tout son silence <"aujourd*hui, comme nous = la réveuse et terrible Cand, dans M. Maurice Meeterlinck, et come M . Verhaeren, c'est 1"Eescaut farouche, tumultueu, et ses plaines oi le vent. J'aise qos l'esprit d'un éerivain a'identifie avec L'esprit du ou il naguit, qu’il nous dise son sol, eon ciel, et ge qu'il y a de Lesquels il wécut. C'est par la permit euvre durable, qu'il éneut, 42 . ' = oeuvre eel meen meas, ot ge ix "Sy Rrcier (TAR