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L’OPERETTE L’autre jour, au petit thédtre des Mathurins, j'assistais 4 la représentation do deux opérettes : la Fiancée du Scaphandrier et Au temps des Croisades. Toutes les deux, elles sont, comme on dit aux premigres, pour le poéme, de M. Franc- Nohain ; pour la musique, de M. Claude Terrasso. Et ce sont deux ceuvres délicieuses, d'une fantaisic trés vive ct originale, d'un esprit distingué et joli; et elles apportent, vraiment, 4 celte formo d'art, délaissée depuis qu'il n'y a plus personne pour la faire revivre, comme un rajeunissement de joie, comme un renouveau de vie pimpante et chan- “. tante... Je les signale aux directeurs de thédtre, 4 ces “pauvres directeurs de thédtre, dont la plupart ne savent plus ce qu’ils font ct ott ils vont, et qui -cherchent dans le tas cette chose introuvable et chimérique la pidce gaie, laquelle, généralement, 0 &S 292 DES ARTISTES vous renvoie du théatro chez vous, morno, gi- leux, ct tout mouctri, comme si vous vonicz do recovoir, sur le crane, cont coups de baton, ct * cent baquels d'eau glacée. La seconde de ces pisces, Au fermps des Croi- sades, a 616 inlerdite par la Censure. Mais rassu- roz-vous, on Ja jore toul de méme, grice aun artifice Iégal que lo Code n’avait pas prévu, car,cn somme, disons-lo, il n’avait pas prévu grand’chose, co pauvro Gode, ef pour pou que lon ail do Vingéniosilé el du savoir-fairo, on doit tou- jours so moquor de lui ot passer, sans la moindre.” écorchure, & travors los mailles du filet qu'il nous jetto... Enfin, la pide n’on est pas moins inter- dite, ot je medemande pourquoi avec stupéfaction, surtout lorsque je compare ce que l'on aulorise avec co guo l’on intordit... La pisces de M. Frances Nohain ost alerto, joveuse, nullement obsciue,. pas méme polissonne, d'une rico franche et lesto, ct savourcuse comme un vioux conte, comme un cotite de Balzac, d’ott elle ost tirée, d’ailleurs. Et si jo comprends que les méres bourgeoisos, capa- ragounées d'adultores cl de respectabilité, n’y con- duisent pas leurs fillos, qui peuvent tout faire ot ne doivent rion savoir, jo déclare que, hormis ces derniéres, fout Ie monde y prendraun plaisir déti- cioux of saus remords... Sans remords, parfailo- menl, 6 bon Tartuffo !... Elle n't rien do corrup- tort, colle piace, rion de salissant, je le jure, rien (qui puissé amener la rougeur au front des piros VorénetTre 293 -<"« salauds », qui sont, on général, les plus farouchos ** défensours do la vertu ot de la morale. Je me souviens —~ excusez ce souvenir person- nel — avoir rencontré quelques jours aprés fa publication d'un de mes dernicrs livres, un bon- homme, vieux déji el décoré !... Son mélier, - , dans la vie, consiste & fournir de couplets les -calés-concerts elles revues des houishouis exté- rieurs ct suburbains... Ah! c'est un beau moétior ! “Tout ce qu'il peul accumulor d’ordures, d'a)usions malpropres et, du roste, slupides, dans lespace de dix vers, c'est quelque chose d’inimaginablo... JI m’abordo, le sourcil froncd, la bouche pleine de mépris... Et il me dit sincbrement, car l'effrayant de ces personnages, c'est quils sont sincéres : — Mon cher, je ue sais sije dois vous serrer la main,.. Ah! non, mon cher !... Vraiment, votre dernier livre ? / —EBh bien, quoi ? Lo brave homme, d'un geste infiniment pu- dique, se voila la face avec un journal qwil Lonait fla main... ebilréponditl : — Comment... quoi?... Votre dernicr livre ! Ah! non! Si j'avais 616 le gouvernoment, jo lau- rais saisi... saisi... vous entendoz!... jo laurais brald... brilé 1... Je ne suis pas bégueule, _ moi... sapristi !.,. ob jo comprends les choses... et je moe vanted’étro un Gaulois... un vrai Gaulois! Mais, cu ? Ah! non... ah! non !... Soyons spiri- - tuels... C'est évident 1... Mais rospoctons-nous,