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Un manège

nommé désir

Une pièce cinématographique


de

Claudie Caro et Gérard Foucher

Contact : lightblueproductions@orange.fr
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VIDÉO : GÉNÉRIQUE

SÉQUENCE 0 / SCÈNE 0 - EXT. JOUR – HÔPITAL


La façade d'un hôpital.

Début générique.

Une ambulance arrive et entre dans la cour.

DANIEL, l'Ambulancier, est au volant. Il porte une blouse blanche. On aperçoit le


Malade, son client, sur le siège passager à l'avant. L'ambulance se gare.

Daniel descend et va ouvrir la porte au Malade, qui descend et entre dans le hall de
l'hôpital.

Daniel reste à attendre... Il sort un paquet de cigarettes de sa poche. Vide. Il regarde


l'entrée, où vient de disparaître son client, se dirige vers un autre ambulancier qui
attend près de son véhicule, lui adresse quelques mots, et s'éloigne, sortant de
l'enceinte de l'hôpital.

Fin générique.

Fondu au noir.

PLATEAU : SCÈNE 0

Pendant la séquence qui précède, on aperçoit sur le plateau CASSIOPÉE, La Fille


de Joie, qui fait les cent pas. Elle porte un petit haut sexy, une mini-jupe et des
talons aiguilles...

NOIR

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VIDÉO : AVANT SCÈNE 1

SÉQUENCE 1 / SCÈNE 1 - EXT. JOUR – PLACE RONDE


LE NARRATEUR, en manteau et en écharpe, se promène près d'une place ronde...
Il marche tranquillement en s'adressant à la caméra...
LE NARRATEUR
Et moi, qu'est-ce que je suis dans cette histoire ?... "Un
manège nommé désir"... L'auteur, le compère ?... Un
passant ?... Je suis... Enfin, je suis n'importe lequel d'entre
vous. Je suis l'incarnation de votre désir... de votre désir de tout
connaître. Les hommes ne connaissent jamais qu'une partie de
la réalité. Et pourquoi ? Parce qu'ils ne voient qu'un seul aspect
des choses. Moi, je les vois tous, parce que je "vois"... en rond.
Et cela me permet d'être partout à la fois... partout... Mais où
sommes-nous ici ? Au théâtre ?... Au cinéma ?... On ne sait
plus... Dans une rue... Ah !... Nous sommes à Paris... Voici le
soleil. Le printemps. (Il pose son manteau et son écharpe)...
Vous sentez bien au parfum de l'air qu'il va être question
d'amour, n'est-ce pas... de désir... Pour que le désir commence
son manège, que manque-t-il ? ... Une valse... Voici la valse.

On entend la musique de la Valse qui commence...


LE NARRATEUR
La valse tourne... La ronde tourne... et le manège du désir peut
tourner aussi...
Tournent, tournent mes personnages,
La terre tourne jour et nuit.
L'eau de pluie se change en nuages,
Et les nuages retombent en pluie.
Femmes honnêtes, grisettes tendres,
Aristocrates, ou bien soldats,
Quand l'amour vient les surprendre,
Tournent, dansent d'un même pas.
Maintenant le manège s'élance,
C'est l'heure calme où meurt le jour...
Regardez, la fille s'avance...
Voici la ronde de l'amour...
Ti, la li la, li la, la ronde... l'amour.
CASSIOPÉE entre dans le champ...

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CASSIOPÉE
Tu viens, beau blond ?
LE NARRATEUR
Ah, non... non... Il y a erreur, Madame.
CASSIOPÉE
Madame ? Tu te fous de moi ?
LE NARRATEUR
Moi... je ne me fous de personne.
CASSIOPÉE
Alors, tu viens ou pas ?
LA NARRATEUR
Je ne suis pas dans le jeu.
CASSIOPÉE
Le jeu ?
LE NARRATEUR
Je surveille le manège. Vous comprenez ? Et c'est par vous
qu'il va commencer... Alors placez-vous là, au coin de la rue,
voulez-vous ?...

Elle se met en place...


LE NARRATEUR
… Alors, que souhaiteriez-vous ?
CASSIOPÉE
Un homme, un homme gentil, et qui m'aimerait rien que pour
moi...
LE NARRATEUR
Certainement... Bonne situation ?
CASSIOPÉE
Oui, tant qu'à faire...
LA NARRATEUR
Attendez là quelques instants. Il va arriver... Bonsoir, Madame.
CASSIOPÉE
Bonsoir.

Elle attend, appuyée au coin du mur...

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PLATEAU : SCÈNE 1
LA FILLE DE JOIE ET L'AMBULANCIER

CASSIOPÉE sur scène, dans la même position...

Elle attend son "client".

DANIEL, l'Ambulancier, entre... Il porte sa blouse blanche.

Il passe devant Cassiopée... Il est en train d'ouvrir un paquet de cigarettes.

Il sort une cigarette qu'il porte à sa bouche pour l'allumer avec son briquet Zippo.
CASSIOPÉE
Tu viens, beau blond ?

Il se retourne et la regarde, puis reprend sa marche sans répondre.

Elle le rappelle.
CASSIOPÉE
Tu veux pas venir ?

Il s'arrête.
DANIEL
C'est moi le beau blond ?...
CASSIOPÉE
Qui veux-tu que ce soit ?... J'habite tout près... Viens te
réchauffer... Le printemps est frais en ce moment.
DANIEL
J'ai pas le temps... j'ai un malade qui m'attend.
CASSIOPÉE
T'es docteur ?
DANIEL
Non, ambulancier.
CASSIOPÉE
C'est déjà pas mal.
DANIEL
Il passe une radio, et après, faut que je le raccompagne chez
lui.

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CASSIOPÉE
Il en a peut-être pour longtemps.
Il la regarde, indécis.
CASSIOPÉE
Allez viens... je t'emmène.
DANIEL
Laisse, j'ai pas d'argent.

Il va pour partir...
CASSIOPÉE
Mais j'ai pas besoin d'argent.
DANIEL
(se retournant vers elle)
T'as pas besoin d'argent ? T'es la fille à Rothschild ?
CASSIOPÉE
Non, mais c'est les touristes qui casquent. Pour un gars comme
toi, c'est gratuit.
DANIEL
Gratuit ?
CASSIOPÉE
Oui.
DANIEL
Aah... ça doit être toi dont Michel m'a parlé...
CASSIOPÉE
Michel... je connais pas de Michel.

Il la regarde du coin de l'oeil.


DANIEL
T'es nouvelle c'est ça ?
CASSIOPÉE
Oui...
DANIEL
Et alors, ça te plaît ?
CASSIOPÉE
Ça pourrait arriver...

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Un temps. Il hésite encore... puis se décide.
DANIEL
Bon, ben on y va, mais en vitesse. Allez, dépêche-toi.

Il se met à marcher. Elle le suit.


CASSIOPÉE
Ah, t'es pressé maintenant que c'est à l'oeil...
(Elle ralentit... lui aussi...)
... Embrasse-moi quand même... c'est meilleur avec un peu de
tendresse.
DANIEL
(repartant en avant)
Allez, allez... on n'est pas là pour jardiner.

Ils se remettent à marcher...


CASSIOPÉE
Ça fait longtemps que t'es ambulancier ?
DANIEL
Je vais pas te raconter ma vie maintenant, non ?...
CASSIOPÉE
Moi ce que je voudrais, ce que je voudrais vraiment, c'est
quelqu'un pour la vie...
DANIEL
Oui...
CASSIOPÉE
Quelqu'un qui ait de l'ambition...
DANIEL
Oui... Bon, c'est loin chez toi ?
CASSIOPÉE
Oh, c'est à dix minutes en marchant bien.

Il s'arrête net.
DANIEL
Tu m'as dit tout près !
CASSIOPÉE
Mais c'est pas loin quand on se plaît.

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DANIEL
Tu me plais bien mais c'est loin quand même.

Il repart dans le sens opposé. Elle le rappelle.


CASSIOPÉE
On n'a qu'à prendre ton ambulance !

Il s'arrête et se retourne vers elle.


DANIEL
T'es folle, c'est pas possible !
CASSIOPÉE
On se mettra sur la civière !
DANIEL
Non, non, non ! Règle numéro 1 chez un ambulancier "jamais
dans l'ambulance" ! Allez tant pis, ce sera pour une autre fois.

Il tourne les talons. Elle le rattrape.


CASSIOPÉE
Prends au moins mon téléphone !
DANIEL
Oui c'est ça, donne-moi ton numéro.

Il sort son portable de sa poche.


CASSIOPÉE
Oh et puis non, tu m'appelleras pas... Écoute, puisque c'est trop
loin chez moi, viens par là...

Elle le prend par la main et l'entraîne vers les quais. Ils marchent...

Ils traversent un passage dérobé...


DANIEL
T'en connais, des drôles de trucs.
CASSIOPÉE
On sera tranquille, il passe jamais personne...

… des coins sombres...


DANIEL
Où est-ce qu'on est ?
CASSIOPÉE
T'inquiète.

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Ils arrivent près de l'eau...
DANIEL
Ça me plaît pas trop, par ici.
CASSIOPÉE
Moi ça me plaît partout. Attention à la flotte !... Y'a pas pied par
ici... c'est le coin des suicidés.
DANIEL
T'es une petite marrante, toi dis-donc !

… ils se retrouvent sur le quai, au bord du fleuve...


CASSIOPÉE
On va trouver un banc, là-bas.
DANIEL
On n'a pas besoin d'un banc. On n'est pas à Versailles.

Il s'arrête et la plaque contre un mur.


CASSIOPÉE
Attends !... Maintenant embrasse-moi...

Ils s'embrassent... Moment de tendresse magique...


CASSIOPÉE
Le premier baiser... C'est ce que je préfère....
DANIEL
Bon allez, allez, ça suffit pour les préliminaires....

Il commence à lui relever sa jupe et à faire son affaire...


CASSIOPÉE
Ah, c'est un homme comme toi qu'il me faudrait !
DANIEL
Je suis trop possessif, ça marcherait pas.
CASSIOPÉE
Tu crois ça ?
DANIEL
J'aime pas partager.
CASSIOPÉE
Je suis prête à tout, tu sais...

* * *

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VIDÉO : INTERMÈDE SCÈNE 1

SÉQUENCE 2 / SCÈNE 1 - EXT. JOUR – COUR HÔPITAL


Dans la cour d'un hôpital, une ambulance... dans laquelle Le NARRATEUR joue le
malade. Il a fini ses radios... Il attend...

* * *

PLATEAU : SUITE SCÈNE 1

Daniel referme son pantalon. Cassiopée se rajuste, se frotte l'arrière de la tête...


CASSIOPÉE
On aurait été mieux chez moi, quand même.
DANIEL
Bof, tu sais, contre un mur, sur une civière, dans un lit, c'est
kif-kif bourricot tout ça. Bon allez, salut. Faut que j'y aille.

Il commence à partir.
CASSIOPÉE
Mais cavale pas comme ça !...
DANIEL
Je t'ai dit, j'ai du taf, moi.

Elle attend quelque chose... Il revient vers elle, il l'embrasse.


CASSIOPÉE
Dis-moi au moins comment tu t'appelles !
DANIEL
Qu'est-ce que ça changerait ?

Un temps.
DANIEL
… Daniel.
CASSIOPÉE
Moi c'est Cassiopée.
DANIEL
Cassiopée !... Comme les étoiles...

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CASSIOPÉE
Oui.
DANIEL
Ben dis-donc.
CASSIOPÉE
T'as pas une cigarette au moins, pour se dire au revoir ?

Il lui glisse deux ou trois cigarettes dans le décolleté et en prend une pour lui.
CASSIOPÉE
À la prochaine ?
DANIEL
Ouais, à la prochaine, qui sait...

Il sort en allumant sa cigarette... Elle reste là.


NOIR

VIDÉO : FINAL SCÈNE 1

SÉQUENCE 3 / SCÈNE 1 - EXT. JOUR – COUR HÔPITAL


Daniel marche tout en tirant sur la cigarette qu'il vient d'allumer...
Dans l'ambulance, le Narrateur, qui joue le malade...
Daniel arrive, et s'installe au volant avec un regard plein d'excuses...
LE NARRATEUR
Une minute de plus, et le manège s'arrêtait... je partais tout
seul... Dépêchez-vous... on m'attend pour la suite...
DANIEL
Qu'est-ce que vous dites ?
LE NARRATEUR
Et vous aussi, n'est-ce pas ?... Vous êtes de sortie ce soir...
DANIEL
Comment vous le savez ?
LE NARRATEUR
Dépêchez-vous, mon ami... En route !...

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PLATEAU : SCÈNE 2
L'AMBULANCIER ET LA BONNE À TOUT FAIRE

À l'extérieur d'une discothèque... On entend la musique qui vient de la boîte...

DANIEL et MARIE, la Bonne à tout Faire, entrent en riant, un peu éméchés...

Daniel a enlevé sa blouse. Il porte un jean et une chemise blanche, et Marie une
robe légère et des bottes.
DANIEL
Allez, tu me refais voir ?

Elle essaye de lui apprendre une chorégraphie. Ils dansent ensemble.


MARIE
On voit rien ici. On retourne danser ?
DANIEL
T'inquiète pas, je suis avec toi...
MARIE
Justement.

Il s'approche d'elle, charmeur. Il la prend dans ses bras.


MARIE
Pourquoi tu me serres comme ça ? On n'est plus en train de
danser.
DANIEL
Excuse-moi...
MARIE
Tu te souviens comment je m'appelle ?
DANIEL
Oui, bien sûr… Marlène...
MARIE
Non, Marlène, c'est pas moi. Marlène c'est la grande brune
avec les gros seins.
DANIEL
Marie ! Oui, Marie ! Excuse-moi, Marie. C'était toi la plus belle
ce soir, tu sais...
MARIE
Tu les a donc toutes tâtées ?

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DANIEL
En dansant on se rend compte, on peut comparer.
MARIE
Oui, tu l'as bien comparée, la blonde avec la figure de travers...
DANIEL
Tu crois ?
MARIE
Oui. Même que je me disais...
DANIEL
Quoi donc ?
MARIE
Je me disais : c'est drôle qu'il aime bien danser avec une fille
qui a la figure de travers.
DANIEL
C'est l'amie d'un de mes copains.
MARIE
Le blond qui a une moustache en croc ?
DANIEL
Non, le brun qui a la voix cassée.
MARIE
Ça ne veut rien dire.
DANIEL
Bah si, la copine d'un ami, pour moi c'est sacré, tu ne me
connais pas. Si on allait par là ?

Il l'entraîne plus loin... La musique s'éloigne...


MARIE
Non, c'est trop noir. Il fait trop noir par ici. J'ai peur.
DANIEL
Faut pas avoir peur, je suis là... Et puis on peut faire ce qu'on
veut dans le noir... (Il chante) "Qui craint le grand méchant loup,
méchant loup, grand loup noir ?"...
MARIE
Où tu m'emmènes... ?
DANIEL
Par ici, mademoiselle...

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MARIE
Attention Daniel, j'ai failli tomber.
DANIEL
Tu as retenu mon nom ?

Un temps.
MARIE
... Allume quelque chose. On n'y voit rien.
DANIEL
Voilà, ici on sera bien dans l'herbe, regarde.

Il allume son briquet Zippo et le pose par terre. Ils s'asseyent. Il recommence à la
caresser.
MARIE
Non...
DANIEL
Qu'est-ce qu'il y a ? Je te plais pas ?
MARIE
Si... justement. Tu me plais trop.
DANIEL
C'est normal...
MARIE
Pfff...

Un temps.
DANIEL
Alors, pourquoi tu veux pas ?
MARIE
Parce que.
DANIEL
Vous, les filles vous dites toujours parce que... ça veut rien dire
parce que...
MARIE
Ça veut dire parce que.
DANIEL
Parce que c'est vendredi ?... Parce qu'on vient juste de se
rencontrer ?

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MARIE
Juste parce que.

Un temps.
MARIE
Est-ce que c'est moi que tu préfères ?
DANIEL
Mais oui, regarde, puisque je suis là, avec toi.
MARIE
Non, mais est-ce que je te plais vraiment ?
DANIEL
Oui.

Elle le scrute un instant, dubitative, puis...


MARIE
Non, vous dites toujours ça, mais c'est même pas vrai.
DANIEL
Et vous, vous dites toujours non !...

Un temps. Petit malaise.


DANIEL
Tu veux retourner danser ?
MARIE
Non.
DANIEL
Ah, tu vois !

Il a réussi à la faire sourire. Elle se détend un peu.


MARIE
Pourquoi tu crois que je dis non ?
DANIEL
Je sais pas...
MARIE
A cause du risque, voilà pourquoi... pourquoi je prendrais un
risque avec toi ? C'est ça la raison, on sait jamais... Je prendrai
le risque seulement si...
DANIEL
Si quoi ?

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MARIE
Si c'est important. Si je prends un risque c'est que c'est du
sérieux.

Il la prend dans ses bras. Ils s'embrassent mais elle se détourne.


MARIE
Alors ?
DANIEL
C'est du sérieux, ouais....
MARIE
C'est vrai, c'est vraiment du sérieux ?
DANIEL
Mmm...

Il éteint le briquet.
MARIE
Non, je vois plus ton visage.
DANIEL
Bof, c'est pas le visage qui compte.
MARIE
Daniel, s'il te plaît... fais attention.
DANIEL
T'inquiète pas. Fais-moi confiance... fais-moi confiance...
MARIE
D'accord... je te fais confiance.
Ils s'allongent dans l'herbe.

* * *
Un moment après...

Il est déjà debout, il se rajuste. Elle est encore assise.


DANIEL
C'était bon ?
MARIE
Tu es vraiment un Grand Méchant Loup.
DANIEL
Oui. C'est vrai.

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MARIE
Daniel ?...
DANIEL
Quoi ? Quoi, Daniel ?
MARIE
Tu joues avec moi ou tu es sérieux ?
DANIEL
Ben, j'étais sérieux, là, tu as bien vu...
MARIE
Non je veux dire, vraiment... Je te plais vraiment ?
DANIEL
Bah oui, je viens de te le prouver, non ?

Elle se relève, brosse sa robe...


MARIE
Tu peux me dire que tu m'aimes ?
DANIEL
Tu veux pas qu'on retourne danser plutôt ?
MARIE
Non, je dois partir, je travaille demain.
DANIEL
Mais c'est samedi demain, tu travailles le samedi ?...
MARIE
Oui...
DANIEL
Qu'est-ce que tu fais ?
MARIE
Je suis bonne à tout faire... chez des gens...
DANIEL
Et ils sont gentils ?
MARIE
Non, ils arrêtent pas de m'engueuler...

Un temps. Musique au loin... un slow...


DANIEL
Tu veux que je te raccompagne ? Il est tard.

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MARIE
Non, c'est pas la peine.
DANIEL
On fait quand même un dernier petit slow, d'accord? C'est pas
très cool de se séparer comme ça, tu trouves pas, Marie ?
MARIE
D'accord, Daniel.

Ils dansent.
DANIEL
J'adore ce morceau. Pas toi ?
MARIE
Mmmh...
DANIEL
Tu re-veux une petite bière ?
MARIE
Non, je dois rentrer.
DANIEL
Attends-moi là, je vais nous chercher une petite bière,
d'accord ? On peut rester là, on est bien.
MARIE
Dépêche-toi alors.
DANIEL
Je reviens tout de suite. Tu restes là hein ? Tu m'attends ? Je
reviens.
MARIE
Je reste là.

Il sort. Elle reste là. Elle s'assied en tailleur.

NOIR

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VIDÉO (+PLATEAU) : FINAL SCÈNE 2

SÉQUENCE 1 / SCÈNE 2 - EXT. NUIT – DEVANT BOÎTE DE NUIT


MARIE est toujours assise sur la scène, dans la même position...

Depuis l'écran, le NARRATEUR s'adresse à elle et, muni de sa canne, lui "frappe"
doucement sur l'épaule...
LE NARRATEUR
(à l'écran)
Mademoiselle ?
MARIE
(sur la scène)
Non merci, je ne danse plus...
LE NARRATEUR
Pardon, mais, ce n'est pas cela...
MARIE
(le regardant)
Je ne vous connais pas. Qui êtes-vous ?
LE NARRATEUR
Personne... C'est à dire n'importe qui...
MARIE
Que voulez-vous ?
LE NARRATEUR
Vous inviter à faire une petite promenade...
MARIE
Non merci. J'attends quelqu'un.
LE NARRATEUR
Il ne viendra plus. Il a quitté le manège...
MARIE
Ah ?
LE NARRATEUR
Oh, je sais...

Il lui tend la main pour l'aider à se relever... Marie sur scène tend la main à l'image
sur l'écran puis disparaît (noir plateau). ... Marie est maintenant à l'écran, en train de
se relever... Le Narrateur lui prend le bras... et ils commencent à marcher. (La suite
est entièrement en vidéo.)

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VIDÉO : SUITE FINAL SCÈNE 2
MARIE
Mais il faut que je rentre...
LE NARRATEUR
Je sais... Malheureusement vos patrons actuels ne vous
méritent pas... d'ailleurs ils vont se séparer de vous...
MARIE
Qu'est-ce que je vais faire alors ?
LE NARRATEUR
Tout ira bien, faites-moi confiance... Je sais que d'ici deux mois,
le sort sera très gentil pour vous... Vous allez retrouver du
travail... chez un monsieur très bien... un écrivain.

Ils traversent un parc...


MARIE
Où m'avez-vous emmenée ? Où sommes-nous ?
LE NARRATEUR
Nous sommes en train de faire une petite promenade... dans le
temps...
MARIE
Deux mois, c'est long...
LE NARRATEUR
Mais non, vous y êtes déjà. Regardez vous-même.

Fondu enchaîné... changement de saison... changement de costume pour Marie...


MARIE
C'est vrai !...
LE NARRATEUR
Mais oui...

Ils approchent d'un bel immeuble...


LE NARRATEUR
Et voilà... nous y sommes... entrez... allez. Votre nouveau
patron vous attend. Allez-y. C'est au troisième.
MARIE
Mais vous êtes sûr ?

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LE NARRATEUR
Mais oui.
MARIE
Vraiment ?
LE NARRATEUR
Mais oui je suis sûr. Allez, courage.
MARIE
Vous n'allez pas me laisser seule.
LE NARRATEUR
Si mademoiselle, il le faut. Mais ne craignez rien...

Elle entre dans l'immeuble...


LE NARRATEUR
Tournent, tournent, mes personnages,
C'est lui qui t'aime maintenant,
Mais ton coeur, peut-être volage,
Préférera un autre amant...
La, la, la, la, la, la... Un autre amant...

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PLATEAU : SCÈNE 3
LA BONNE À TOUT FAIRE ET L'ÉCRIVAIN

Le salon d'un appartement bourgeois.

ALFRED, l'Écrivain, pantalon et chemise en lin clair, petites lunettes sur le nez, est à
demi allongé dans son canapé. Il lit en prenant des notes.
ALFRED
Marie ?...

Un temps... MARIE entre. Elle porte une petite jupe noire, un tablier blanc et un joli
chemisier bleu transparent.
MARIE
Vous m'avez appelée, monsieur Alfred ?

Il tourne mollement la tête.


ALFRED
Oui, Marie... Oui, je vous ai appelée... oui. Qu'est-ce que je
voulais vous demander ?... Ah oui, voudriez-vous baisser les
stores, s'il vous plaît ?... Oui, comme ça, il fera moins chaud.
MARIE
Vous avez bien du courage de travailler par un si beau temps.
ALFRED
Et vous, qu'est-ce que vous faisiez ?
MARIE
J'écrivais.
ALFRED
À qui donc ?
MARIE
Un homme que j'ai rencontré à une soirée...
ALFRED
Marie...
MARIE
Oui, monsieur Alfred.
ALFRED
Vous pourriez m'apporter un verre d'eau, s'il vous plaît ?...
MARIE
Oui.

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ALFRED
Marie ?
MARIE
Oui ?
ALFRED
Laissez-la couler, qu'elle soit bien fraîche.

Elle va chercher un verre d'eau. Il se ré-installe pour lire...

Elle revient avec le verre d'eau.


ALFRED
Ah ! Merci... Attention... vous tremblez... Quelle heure peut-il
être ?
MARIE
Près de cinq heures...
ALFRED
Ah déjà... C'est bien, merci.

Elle va pour sortir...


ALFRED
Marie ?
MARIE
Oui, monsieur Alfred ?
ALFRED
Quelqu'un a sonné tout à l'heure, non ?
MARIE
Quand ça ?
ALFRED
Tout à l'heure, ou ce matin je ne sais plus. Je perds la notion du
temps...
MARIE
Vous attendiez quelqu'un ?
ALFRED
Oui, un ami.
MARIE
Le petit monsieur qui est venu hier ?
ALFRED
Oui... Quelle heure est-il ?

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MARIE
Cinq heures moins le quart.
ALFRED
Il devait revenir aujourd'hui... Mais il est toujours en retard...
Marie ?
MARIE
Oui, monsieur Alfred ?
ALFRED
Venez... plus près... encore... Ah, je croyais...
MARIE
Oui ?
ALFRED
Votre chemisier...
MARIE
Qu'est-ce qu'il a mon chemisier ? Il ne vous plaît pas ?
ALFRED
Oh si, si... Il est... bleu, n'est-ce pas ?
MARIE
Oui.
ALFRED
Il est très... très bleu...
MARIE
Oui, c'est un chemisier bleu...
ALFRED
C'est vrai... vous vous habillez très bien, Marie.
MARIE
Merci.
ALFRED
(lui prenant la main)
Et votre peau... elle est...
MARIE
Oui ?
ALFRED
... dorée... n'est-ce pas ?
MARIE
Oui.

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Il lui embrasse la main, le bras...
ALFRED
... et douce, si douce...
MARIE
Vous me flattez, monsieur Alfred...

Elle soupire...
ALFRED
Je vous ai fait mal ?
MARIE
Oh non... mais... si votre ami arrive...
ALFRED
Il ne viendra plus maintenant...
MARIE
Fermez au moins les volets...
ALFRED
La lumière vous gêne ?
MARIE
Non, mais, si on nous voyait...
ALFRED
Vous êtes timide ?
MARIE
Oui... je suis timide...
ALFRED
Vous n'avez aucune raison d'être timide avec moi... Ni avec
personne d'ailleurs... quand on est belle comme vous l'êtes...
Il la caresse...
MARIE
Oh...
ALFRED
Laissez-vous faire, Marie, je vous connais vous savez... Je
vous ai déjà vue un soir... Vous aviez laissé la porte de votre
chambre entrouverte, et vous étiez...
MARIE
C'est vrai ?
ALFRED
Oui... vous étiez... si belle... et j'ai vu... j'ai vu...

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Il lui embrasse le ventre, la poitrine...
MARIE
Oh, vraiment...
ALFRED
J'ai vu... bien des choses... Oh, comme vous sentez bon...
Il commence à la déshabiller...
MARIE
Mais si on sonne à la porte, si votre ami vient...
ALFRED
Il ne viendra pas.
MARIE
Oui, mais si il vient...
ALFRED
On le laissera sonner... on le laissera sonner.
Elle se laisse tomber avec lui sur le canapé...

* * *

VIDÉO : INTERMÈDE SCÈNE 3

SÉQUENCE 1 / SCÈNE 3 - EXT. JOUR – IMMEUBLE


En bas de l'immeuble, dans le hall d'entrée.

Le NARRATEUR est le concierge. Il voit arriver le PETIT MONSIEUR...


LE NARRATEUR
Où allez-vous, monsieur ?
LE PETIT MONSIEUR
Au troisième...
LE NARRATEUR
Vous venez voir monsieur Alfred ?
LE PETIT MONSIEUR
Oui, en effet...
LE NARRATEUR
Je regrette, monsieur, il n'est pas visible en ce moment.

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LE PETIT MONSIEUR
Comment le savez-vous ?
LE NARRATEUR
Il n'est pas là, monsieur.
LE PETIT MONSIEUR
Mais, vous vous trompez, il m'attend, nous devons nous voir
aujourd'hui.
LE NARRATEUR
Il a dû changer d'avis, monsieur.
LE PETIT MONSIEUR
Mais non, il m'a appelé hier pour me dire...
LE NARRATEUR
Croyez-vous ?
LE PETIT MONSIEUR
Mais d'abord, qui êtes-vous ?
LE NARRATEUR
Vous ne pouvez pas me connaître, je suis tout nouveau.
LE PETIT MONSIEUR
Tout nouveau.
LE NARRATEUR
Oui, et je vous affirme, monsieur, qu'il n'y a personne là-haut.
LE PETIT MONSIEUR
Bizarre...
LE NARRATEUR
D'ailleurs, vous pourrez le voir en sortant, les volets sont
sûrement fermés.
LE PETIT MONSIEUR
Eh bien merci. Vous m'évitez de monter trois étages pour rien.
LE NARRATEUR
Ne me remerciez pas, monsieur, c'est pour qu'il continue à
tourner.
LE PETIT MONSIEUR
À tourner ?... Qui ça ?
LE NARRATEUR
Le manège, monsieur.

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LE PETIT MONSIEUR
Ah oui, le manège. ... Le Manège?
LE NARRATEUR
Oui, monsieur...

Le petit monsieur s'éloigne en secouant la tête...

* * *

PLATEAU : SUITE SCÈNE 3

Alfred se relève rapidement en se rhabillant... et Marie aussi.


ALFRED
Je suis sûr qu'on a sonné ! Ah, je suis sûr qu'on a sonné.
MARIE
Je n'ai rien entendu.
ALFRED
Vous pouvez aller voir ?
Elle va à la porte, ouvre, et regarde dans l'escalier.
ALFRED
Alors ?
MARIE
Alors rien. Il n'y a personne. Il n'est sûrement pas venu.
ALFRED
Ah ! Ben ça... ça c'est parfait ! Ah, je vais faire un tour ! J'ai
envie de marcher, de respirer... Ah, j'ai vingt ans de moins !
Il enfile sa veste, met un chapeau, se dirige vers la porte...
MARIE
Bonne promenade, monsieur Alfred.
ALFRED
Si mon ami vient, vous lui direz que je ne suis pas là. Je vais à
mon bureau.
MARIE
Bien, monsieur Alfred.
Il hésite un instant avant d'ouvrir la porte.

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ALFRED
… Vous ne m'en voulez pas ?
MARIE
Oh non. Vous, je suis sûre de vous revoir.
ALFRED
Évidemment, pourquoi dites-vous ça ?
MARIE
Pour rien...
ALFRED
À ce soir !
MARIE
À ce soir, monsieur Alfred.
Il sort. Elle reste là.

NOIR

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VIDÉO : AVANT SCÈNE 4

SÉQUENCE 1 / SCÈNE 4 - EXT. JOUR – ROND-POINT


Le NARRATEUR est au volant d'une voiture... il est maintenant chauffeur de
maître...
LE NARRATEUR
Quelques jours ont passé
Alfred a rajeuni.
Et une ancienne amie
Il a bien rappelée.
Elle a même accepté...
Mais les choses ont changé.
Maintenant c'est un fait,
C'est une femme mariée.

Le Narrateur voit au loin ALFRED qui l'attend. Le Narrateur gare la voiture devant
Alfred, descend et ouvre la portière arrière pour le faire monter...

La voiture repart...
LE NARRATEUR
Où allons-nous monsieur ?
ALFRED
(à l'arrière de la voiture)
Acheter des fleurs.
LE NARRATEUR
Comme autrefois, monsieur ?
ALFRED
... Oui.

Après quelques instants de trajet, la voiture se gare devant un magasin de fleurs.


Alfred descend.

La voiture repart, et se met à tourner en rond sur un rond-point, tandis que Le


NARRATEUR chante...
LE NARRATEUR
Tournent, tournent,
Mes personnages,
Le terre tourne jour et nuit
L'eau de pluie se change en nuages,

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Et les nuages retombent en pluie...
PLATEAU : SCÈNE 4
L'ÉCRIVAIN ET LA FEMME MARIÉE

Un bureau.

ALFRED entre avec ses fleurs, les dépose dans un vase, vérifie que tout est bien en
ordre pour l'arrivée de la personne qu'il attend...

On frappe. Il va à la porte et ouvre. EMMA entre, essoufflée... Elle porte un trench,


un foulard autour du cou, un chapeau, des gants, des lunettes noires... On dirait une
star incognito.
ALFRED
Emma, vous êtes venue !...
EMMA
Vite, fermez la porte !
ALFRED
On vous a suivie ?
EMMA
(ôtant ses lunettes)
J'espère que non, j'ai changé trois fois de taxi. C'est une folie,
mon coeur bat.
ALFRED
Quel bonheur de vous revoir... Venez vous asseoir.
EMMA
Quelle heure est-il ?
ALFRED
Six heures moins le quart. Vous n'êtes pas en retard.
EMMA
(jetant un regard autour d'elle)
C'est là que vous travaillez ?
ALFRED
Oui.
EMMA
C'est confortable.
ALFRED
Oui, n'est-ce pas, c'est...

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EMMA
Oui c'est... c'est intime.
ALFRED
Oui...
EMMA
Vous y venez souvent ?
ALFRED
Oui, enfin, de temps en temps.
EMMA
Ah.
ALFRED
Oui. Vous... vous ne voulez pas vous asseoir ?
EMMA
Oui, j'ai les jambes coupées, c'est l'émotion.

Elle s'assied...
ALFRED
Enlevez votre foulard, ça vous fera du bien.
EMMA
Vous croyez ?

Elle enlève son foulard et le lui donne.


ALFRED
Oui... et puis vos gants...
EMMA
Les deux ?
ALFRED
Les deux.

Il lui ôte ses gants...


ALFRED
Un...
EMMA
Un.
ALFRED
Deux.
EMMA
Deux...

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ALFRED
Enlevez votre chapeau aussi, ça vous fera du bien.
EMMA
Vous croyez ?
ALFRED
Oui, oui.

Il lui ôte son chapeau.

Il va déposer ses affaires sur un guéridon et revient vers elle... il la regarde...


ALFRED
Ah, ce que vous êtes belle. Je ne sais pas comment vous
faites, vous êtes de plus en plus belle.
EMMA
Alfred, donnez-moi quelque chose à boire... Donnez-moi un
verre d'eau.
ALFRED
Vous voulez un verre d'eau ?
EMMA
J'ai soif.
ALFRED
Vous ne préfériez pas du... parce que j'ai du...
EMMA
N'importe... ce que vous voulez...
Il va lui chercher un verre d'eau.
ALFRED
Tenez.
Il lui tend le verre et s'agenouille près d'elle.
EMMA
Vous êtes gentil.
(Un temps)
Vous m'aimez toujours ?
ALFRED
J'espère que vous n'en doutez pas.
EMMA
Alors, vous allez me le prouver. Vous allez me laisser partir.

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ALFRED
Oh, Emma !
EMMA
J'ai fait ce que vous m'aviez demandé. Je suis venue.
ALFRED
Oh !

Un temps.
EMMA
Au revoir.
ALFRED
Oh, Emma ne me torturez pas.
EMMA
Les cinq minutes sont passées.
ALFRED
Pas cinq minutes, cinq secondes à peine.
EMMA
Quelle heure est-il ?
ALFRED
Je ne sais pas.
Elle prend le poignet d'Alfred et regarde l'heure à sa montre.
EMMA
Six heures moins cinq. Je devrais être chez... chez ma soeur...
depuis longtemps.
ALFRED
Oh, votre soeur peut attendre enfin...
EMMA
Oh, Alfred, Alfred pourquoi vous ai-je écouté ?
ALFRED
Emma, Emma, j'ai... j'ai beaucoup pensé à vous. Je sais que
vous êtes malheureuse...
Il lui prend les mains...
EMMA
Oh oui...
ALFRED
Oui. La vie est tellement médiocre...
EMMA
Oui.

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Il la câline pudiquement...
ALFRED
… et si vide aussi.
EMMA
Oui.
ALFRED
Et puis si courte...
EMMA
Oui.
ALFRED
Si affreusement courte...
EMMA
Oui...
ALFRED
Le seul bonheur qu'on puisse avoir c'est de retrouver sur sa
route quelqu'un qu'on aime.
EMMA
Celui qui m'aurait prédit ça il y a huit jours !
ALFRED
C'est avant-hier que vous m'avez... promis...
EMMA
Quand vous m'avez appelée avant-hier vous m'avez tourné la
tête, mais hier j'ai réfléchi et j'ai décidé de ne pas venir. Je vous
ai écrit une longue lettre.
ALFRED
Je ne l'ai pas reçue vous savez...
EMMA
Je l'ai déchirée. J'aurais dû vous l'envoyer... Oh Alfred, adieu. Il
vaut mieux ne plus nous voir...

Un temps.
EMMA
Qu'est-ce qu'il y a là-bas derrière cette porte ?
ALFRED
Euh, c'est une pièce...
EMMA
Oui, mais quel genre de pièce ?

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ALFRED
Euh, c'est un bureau. C'est un autre bureau.
EMMA
Vous avez deux bureaux ?
ALFRED
Oui, oui... Oh, c'est un grand appartement vous savez.
EMMA
Mmm... Alfred, je vais vous poser une question.
ALFRED
Oui.
EMMA
Vous me jurez de répondre la vérité ?
ALFRED
Oui.
EMMA
Est-ce qu'il est déjà venu d'autres femmes ici ?
ALFRED
Mais enfin Emma, cette maison est construite depuis plus de
cinquante ans...
EMMA
Ce n'est pas ce que je vous demande, vous m'avez très bien
comprise.
ALFRED
Vous voulez dire... Mais oh, jamais... vous pensez... jamais. Je
vous ai expliqué que...
EMMA
En somme vous me recevez dans votre bureau...
ALFRED
Oui, quel mal y a-t-il ?

Elle décide de s'en aller.


EMMA
Aucun, aucun... Mes gants... Un, deux....

Elle va vers la porte... Il se précipite pour la retenir... Il la prend dans ses bras...
EMMA
Alfred, oh Alfred.....
Ils s'embrassent passionnément...

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Un long temps...
EMMA
Alfred, qu'est-ce que vous faites de moi... Quelle heure est-il ?
ALFRED
Je ne sais plus.
EMMA
Je croyais qu'il était plus tard.
ALFRED
Euh, je voulais vous dire, la pièce à côté c'est...
EMMA
Allez, allez... Déshabillez-moi...
Elle enlève son trench... se retrouve en robe.

Alfred commence à faire glisser la fermeture éclair dans son dos...


EMMA
Oh, Emma, Emma ! Vous m'en donnez des émotions !

On entend le début de la Valse... la fermeture coince au milieu...


EMMA
Attendez, je vais le faire...
(Elle enlève sa robe et se retrouve en combinaison
légère)
… Mon dieu, il fait froid ici.
ALFRED
(la prenant dans ses bras)
Ça va se réchauffer assez vite.
EMMA
Ça, ça dépend de vous...
ALFRED

La Valse ralentit...
EMMA
Venez Alfred, venez...

Elle l'entraîne dans la chambre. Ils sortent. La Valse ralentit...

* * *

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VIDÉO : PREMIER INTERMÈDE SCÈNE 4

SÉQUENCE 2 / SCÈNE 4 - EXT. JOUR – ROND-POINT


Le NARRATEUR, en chauffeur de maître, dans la voiture, vient d'entendre la Valse
ralentir sur son lecteur CD. Il essaie de triturer les boutons... La Valse reprend... puis
se bloque définitivement.

* * *

PLATEAU : SUITE SCÈNE 4

Emma et Alfred sont dans le lit tous les deux. Elle est allongée. Il est assis.
EMMA
Ne te tourmente pas mon chéri.
ALFRED
Oh, j'en étais sûr... J'ai été comme fou toute la journée...
EMMA

ALFRED
Je ne comprends pas. Pourtant je peux t'assurer que...
EMMA
Ah ?
ALFRED
Ah oui, j'ai quelques rides mais normalement... enfin... tu
comprends ce que je veux dire...
EMMA
Oui...
ALFRED
Tu... tu as lu Stendhal ?
EMMA
Stendhal ?
ALFRED
Oui, le livre de Stendhal : l'amour... "De l'amour".
EMMA
Non.

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ALFRED
Eh bien, il y a là quelque chose de très caractéristique.
EMMA
Ah oui ?
ALFRED
Oui, ce sont des... officiers de cavalerie... qui se racontent leurs
aventures amoureuses et... tu me suis ?
EMMA
Oui, oui... leurs aventures amoureuses. Et alors ?
ALFRED
Et alors... ils disent tous que c'est avec la femme qu'ils ont
désiré le plus... qu'il leur est arrivé... enfin... la même chose
qu'à moi... C'est très... très très caractéristique...
EMMA
Très... très...
ALFRED
Sauf un ! Sauf un : il y en a un qui prétend que ça ne lui est
jamais arrivé. Ha...
EMMA
"Qui prétend"... C'était peut-être vrai.
ALFRED
Ben non justement, Stendhal montre bien que c'était un
prétentieux, un menteur.
EMMA
Je vois. ... Je ne vois pas pourquoi il n'y en aurait pas un tout
de même...
ALFRED
Attends ! Tu ne connais pas le plus merveilleux de l'histoire.
Imagine-toi qu'un des officiers... de cavalerie... raconte qu'il a
passé, avec cette femme que, vraiment, il désirait... trois nuits...
ou même six... Je ne me souviens plus très bien...
EMMA
Ça doit être trois...
ALFRED
Pourquoi dis-tu ça ? Tu ne sais pas ce que je vais dire.
EMMA
Non, mais... tout de même... ça doit être trois.

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ALFRED
Enfin... Cet officier a passé avec cette femme que vraiment il
aimait... trois nuits... et ils n'ont fait que pleurer.
EMMA
Ils ont pleuré ?... Tous les deux ?...
ALFRED
Oui... de joie... de... du bonheur d'être ensemble... Tu ne
comprends pas ça toi ? Moi, je trouve ça tellement naturel,
quand on s'aime.
EMMA
Tu crois que tous les officiers de cavalerie sont comme ça ?
ALFRED
Non, évidemment.
EMMA
Ah bon ! Parce que sinon je vais éviter les officiers de
cavalerie... quoique... l'uniforme... la garde républicaine...
ALFRED
Ah, voilà... tu te moques de moi !
EMMA
Mais pas du tout.
ALFRED
Si, si, si, tu te moques de moi.
EMMA
Oh, mon chéri, ne t'énerve pas.
ALFRED
Mais ça m'énerve encore plus quand tu me dis ça.
EMMA
Mais tu vas te rendre malade.
ALFRED
De mieux en mieux !...
EMMA
C'est mignon tu sais... comme un petit oiseau qui boude.
ALFRED
Oui alors ça, c'est le bouquet.
EMMA
Je ne sais plus quoi dire.

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ALFRED
Alors taisons-nous. Ça fera symbolique.
EMMA
Alfred...
ALFRED
Oui...
EMMA
Mon petit Alfred... Quelle heure est-il ?
ALFRED
Ah, il y avait longtemps, tiens...
EMMA
Il faut que je m'en aille.
ALFRED
Emma, s'il te plaît.
EMMA
Je dois partir.
ALFRED
Encore cinq minutes, s'il te plaît.
EMMA
Bon d'accord. Mais seulement si tu me fais une promesse.
ALFRED
Quelle promesse ?
EMMA
Fais-moi confiance...
Elle le pousse légèrement jusqu'à ce qu'il se retrouve... allongé sur le dos...
ALFRED
Qu'est-ce que je dois faire ?
EMMA
Fais-moi confiance. Ne bouge pas.

Elle se penche sur lui... À l'écran, lancement Séquence 3 / Scène 4 (voir ci-dessous)
EMMA
Chut... si tu bouges, je m'en vais. Ne bouge pas. Ne bouge
pas...

* * *

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VIDÉO : DEUXIÈME INTERMÈDE SCÈNE 4

SÉQUENCE 3 / SCÈNE 4 - EXT. JOUR – ROND-POINT


Le NARRATEUR est toujours en train de triturer les boutons de son auto-radio, et
peu à peu, le son revient, la Valse reprend... Sourire soulagé du Narrateur... La
Valse enfle, tandis que sur le plateau...

* * *

PLATEAU : SUITE SCÈNE 4

… Emma et Alfred sont dans les bras l'un de l'autre, essouflés. Le bonheur total...

Emma regarde l'heure au poignet d'Alfred... et... !!!


EMMA
Huit heures... C'est épouvantable !...
Elle se lève et commence à chercher ses affaires.
EMMA
Je le savais, je le savais...
ALFRED
Tu savais quoi ?
EMMA
Ce soir, ce soir, je suis sûre que pour une fois, il va rentrer plus
tôt. Où sont mes chaussures ?
ALFRED
Ici.
EMMA
(se rhabillant précipitamment)
Tu ne comprends pas, c'est dramatique. Qu'est-ce que je vais
lui raconter ? Je sais pas mentir en plus.
ALFRED
(se relevant tranquillement)
Ben, il va falloir que tu t'y mettes.
EMMA
Et tout ça pour toi, pour un homme comme toi... allez
embrasse-moi.
Elle se remet du rouge à lèvres, se recoiffe...

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EMMA
Alfred ?
ALFRED
Oui.
EMMA
Nous au moins on n'a pas pleuré... !
Il sourit... il se rhabille tranquillement...
EMMA
Comment on va faire, si on se croise à une réception un jour ?
ALFRED
Comment ça, un jour ? On doit se voir demain au dîner de
l'Assemblée.
EMMA
Quel dîner ?
ALFRED
Le dîner où ton mari doit faire son discours... !
EMMA
J'irai pas. Tu es fou ? Je pourrai jamais.
ALFRED
Si, on se voit demain.
EMMA
C'est hors de question.
ALFRED
... Alors après-demain, ici, à six heures.
EMMA
Il y a des taxis dans ta rue ?
ALFRED
Bien sûr. … On est d'accord ? Après-demain, ici à six heures.
EMMA
Pas question.
ALFRED
...
EMMA
On en parlera demain. Au dîner.
ALFRED
Mon ange.

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Il vient vers elle et l'embrasse fougueusement...
EMMA
Attention à mes cheveux.
ALFRED
Demain, politique. Après-demain, amour !
EMMA
Au revoir.

Elle se dirige vers la porte.


ALFRED
Je voudrais juste savoir... Qu'est-ce que tu vas lui raconter ?
EMMA
Ne me demande pas. Surtout ne me demande rien.

Elle sort. Il reste là.

NOIR

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VIDÉO : AVANT SCÈNE 5

SÉQUENCE 1 / SCÈNE 5 - EXT. JOUR – RUE DE PARIS


EMMA hèle un taxi, qui s'arrête. Elle saute dans le taxi. C'est Le NARRATEUR qui
est au volant.
EMMA
Rue Grange Batelière, 17. Le plus vite possible, s'il vous plaît.
LE NARRATEUR
Tout de suite, Madame.

Le trajet en taxi... Emma est très anxieuse d'arriver chez elle avant son mari...
LE NARRATEUR
Tout ira bien Madame, ne vous inquiétez pas...

Réaction intriguée d'Emma...

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PLATEAU : SCÈNE 5
LA FEMME MARIÉE ET LE POLITICIEN

EMMA, en nuisette, est couchée, en train de lire. (Stendhal, "De l'Amour")

CHARLES, le Politicien, entre dans la chambre. Il porte un pantalon de costume noir


et des bretelles sur une chemise blanche. Il enlève ses lunettes et se frotte les yeux.
EMMA
Tu t'arrêtes déjà ?
CHARLES
Je suis épuisé...
EMMA
Tu ne t'arrêtes jamais avant une heure du matin, d'habitude...
CHARLES
J'ai terminé mon discours... Et puis, je me sentais seul...
EMMA
Ah oui ?
Il s'approche d'elle, lui referme gentiment son livre...
CHARLES
Arrête de lire... Tu vas te faire mal aux yeux...
Il s'assied près d'elle sur le lit.
CHARLES
... Ça fait un petit moment que je voulais te parler, Emma. … Te
remercier en fait.
EMMA
Me remercier ?
CHARLES
Oui. Je sais qu'il y a des moments où je suis proche de toi, et
des moments où... je le suis moins. Parfois, je dois prendre un
peu de recul. Je rentre dans ma caverne...
EMMA
Oui...
LUI
C'est à cause de mon travail.

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EMMA
Bien sûr.
CHARLES
Les heures irrégulières, les déplacements... mais d'un autre
côté, il y a une compensation.
EMMA
Qui est ?...
CHARLES
Ces moments où nous nous retrouvons. ... Je me souviens de
quelqu'un qui m'a dit un jour, il y a des années : un vrai mariage
est toujours en mouvement. Jamais immobile. À chaque
instant, ou bien on se rapproche, ou bien on s'éloigne.
EMMA
Et en ce moment ?
CHARLES
Oh, on se rapproche... Je me souviens de nous, au début...

Il s'installe plus confortablement sur le lit.


EMMA
Ah oui...
CHARLES
Comment c'était entre nous au début... Si on avait continué
comme ça, on serait devenus fous tous les deux.
EMMA
Tu crois ?
CHARLES
Bien sûr. Si on avait continué comme à Venise...
EMMA
Venise !
CHARLES
Oui. Mon dieu ! ... Si on avait continué comme ça pendant...
EMMA
Des mois !
CHARLES
Oui.
EMMA
Et pas des semaines ?

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CHARLES
Exactement. Je pense que nous aurions explosé en plein vol.
EMMA
Peut-être...
CHARLES
Je ne sais pas. J'ai vu tellement de mariages conçus au lit,
vécus au lit, et pour dire la vérité, finis au lit... et tout ça en
l'espace de quelques années...
EMMA
Oui...
CHARLES
Le lit le seul critère, la seule zone de contact, la seule chose qui
maintient tout ça en place...
EMMA
Oui...
CHARLES
Heureusement que pour nous, c'est différent.
EMMA
Oui.
CHARLES
Il faut être amis, vois-tu... amis tout autant qu'amants. ... Tu
sais ce qui est important pour moi ? Le plus important de tout ?
EMMA
Non.
CHARLES
Le sens de l'humour.
EMMA
Ah.
CHARLES
Si on peut rire ensemble, comme nous rions toi et moi...
EMMA
C'est vrai.
CHARLES
… là on a une base. On a du solide. Une femme avec qui on
peut rire.
EMMA
C'est ça que je suis pour toi ?

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CHARLES
Entre autres choses, oui.
EMMA
Tu viens te coucher ?
CHARLES
Oui.

Il se lève, sort dans la salle de bains tout en continuant à parler...


CHARLES (off)
... C'est très effrayant tu sais ce que je fais. Quand je regarde
en arrière... La libération des moeurs était une idée
merveilleuse... seulement voilà, on est là trente ans après et les
gouvernements doivent gérer les conséquences. La
désintégration sociale, les sans-abris, les cités qui se
désagrègent, les services sociaux qui n'en peuvent plus... J'ai
entendu parler d'une jeune femme l'autre jour... cinq enfants !...
de cinq pères différents ! Et elle se conduit comme si elle avait
tous les droits... et c'est à nous de prendre soin de ces enfants-
là !
(Il revient dans la chambre, en caleçon...)
Ah oui, c'est magnifique la liberté mais je me dis parfois qu'il
faudrait peut-être passer un permis pour être sur qu'on la
mérite.
EMMA
Et toi tu la mérites ?
... Il s'installe sous les draps à côté d'elle...
CHARLES
Oh, eh bien je pense que oui, probablement.
EMMA
... Ce qui est curieux c'est que tu m'en dises tellement peu sur
ton passé.
CHARLES
Moi ?
EMMA
Oui.
CHARLES
Ah bon ?
EMMA
Je veux dire à propos de ta propre liberté.
CHARLES
...

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EMMA
C'est curieux ça fait huit ans qu'on est ensemble et pendant
toutes ces années tu ne m'as jamais parlé de ta vie, avant.
CHARLES
Bien sûr que si...
EMMA
Non, mais je veux dire parler vraiment.
CHARLES
Tu connais tous les noms !...
EMMA
Oui bien sûr...
CHARLES
La liste. On a bien fait la liste ? Des personnes... dont j'ai été
proche.
EMMA
Oui, mais ton style de vie. Je ne sais presque rien.
CHARLES
Ce n'est pas le genre de vie auquel j'ai envie de penser. Je suis
tellement plus heureux maintenant.
EMMA
C'est vrai ?
CHARLES
Bien sûr... Mon dieu, toute cette confusion... toutes ces
incertitudes...
EMMA
Il y en avait donc tant que ça ?
CHARLES
Tu m'as déjà demandé tout ça, qu'est-ce que ça peut faire...
EMMA
Ça peut faire... je veux savoir... dis-moi...
CHARLES
Vraiment ? Est-ce que le passé est si important ?… Emma, tu
as vécu une vie très protégée... par rapport à moi en tous cas.
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il existe une certaine catégorie de
femmes...
EMMA
Ah ?
CHARLES
Bien sûr, tu sais bien de quoi je veux parler. Chacun sait bien
au fond de lui qu'il y a deux sortes de femmes.

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EMMA
Deux ?
CHARLES
Sauf qu'on n'en parle pas... Et je suis quelqu'un qui a passé de
nombreuses années de sa vie, trop nombreuses peut-être,
avec... une certaine catégorie de femmes.
EMMA
Et de quelle catégorie tu parles ?
CHARLES
Oh allons, est-ce que j'ai vraiment besoin de préciser ?... Le
genre de femme avec qui... on couche... enfin tu vois...
EMMA
Je vois.
CHARLES
C'est très bien quand on est jeune.
EMMA
Bien sûr.
CHARLES
Quand on est jeune c'est naturel, ça fait partie de la... de la
croissance... Mais ce n'est pas une vie. Ce n'est pas une vie
comme celle que nous avons. Avec des enfants.
EMMA
Je veux plus d'enfants...
CHARLES
Eh bien... très bien.
EMMA
Qu'est-il arrivé à ces femmes ?
CHARLES
Comment ça ?
EMMA
Tu as de leurs nouvelles ?
CHARLES
Bien sûr que non, ne sois pas ridicule, tu penses bien que
maintenant que je suis marié... Tu crois que je ne t'en aurais
pas parlé ?
EMMA
Ben....
CHARLES
Je te raconte tout !...

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EMMA
Tu as couché avec des femmes mariées ?
CHARLES
Comment ?
EMMA
Tu as déjà couché avec des femmes mariées ?
CHARLES
Emma, je n'ai jamais brisé aucun mariage.
EMMA
Ah...
CHARLES
Ce que tu dis là, c'est quelque chose de tout à fait différent, tu
m'excuseras, mais ça n'a rien à voir.
EMMA
Tu crois...
CHARLES
Bien entendu. C'est un principe de base. Chacun a le droit de
suivre ses propres... comment dirais-je... ses propres besoins,
ses propres désirs... mais personne n'a le droit de détruire le
bonheur des autres... Je n'ai pas raison ?
EMMA
Je ne sais pas.
CHARLES
Tu n'as pas l'air très sûr.
EMMA
Non...
CHARLES
Est-ce que ce serait parce que tu as des amies qui le font ?
Est-ce que certaines de tes amies couchent avec des hommes
mariés ?
EMMA
Je crois...
CHARLES
Et qu'est-ce qu'elles ressentent ?
EMMA
Je ne sais pas...
CHARLES
Comment peuvent-elles défendre ça ?

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EMMA
Je ne pense pas qu'elles aient besoin de défendre quoi que ce
soit...
CHARLES
Comment peuvent-elles vivre avec tous ces mensonges, ces
tromperies... Rien qu'au niveau de l'organisation... être là où il
faut à des heures qui ne collent pas, le danger, le stress... et
pourquoi ? Pour quoi ? Juste un petit moment de bonheur, un
tout petit moment de...
EMMA
... de plaisir.
CHARLES
De pl... Oh... de vertige...
EMMA
... de vertige...
CHARLES
... de vertige.
EMMA
Hmm... Tu es sûr que cela ne t'est jamais arrivé à toi ?... Dis-
moi...
CHARLES
Bon, si je te le dis tu ne le prendras pas mal ?
EMMA
Vas-y...
CHARLES
Oui. Une femme que j'ai connu quand j'étais jeune.
EMMA
Elle était mariée ?
CHARLES
Oui.
EMMA
Combien de temps ça a duré ?
CHARLES
Assez longtemps.
EMMA
Je vois.
CHARLES
Plusieurs mois...
EMMA
Tu l'aimais beaucoup ?

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CHARLES
Oui... Pour autant qu'on puisse aimer un mensonge.
EMMA
Et où est-elle aujourd'hui ?
CHARLES
Oh...
EMMA
Non dis-moi...
CHARLES
Tu veux vraiment que je te le dise ?
EMMA
Oui.
CHARLES
Elle est morte. Malheureuse, très malheureuse... dans des
circonstances malheureuses... Elle est morte dans un terrible
chaos d'alcool et d'obsession... Et pour être honnête je savais
que ça arriverait, elle avait quelque chose de tragique, quelque
chose qui n'allait pas et c'est ça qui l'a englouti, voilà pourquoi
elle est tombée si bas...
EMMA
Comment elle s'appelait ?
CHARLES
Françoise.
EMMA
Françoise ?
CHARLES
Mais je n'ai vraiment connu l'amour qu'une seule fois. Et c'est
avec toi. ... Laisse-moi t'embrasser.

Ils s'embrassent tendrement...


EMMA
Charles...
CHARLES
Je me sens tellement en sécurité dans tes bras, tellement
heureux...
EMMA
C'est vrai ?

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CHARLES
Si seulement je t'avais rencontré quand j'étais plus jeune, je
n'aurais jamais eu besoin de connaître qui que ce soit... Tu es
une femme très belle tu sais, très belle...

ll la prend dans ses bras...

* * *

Plus tard... Ils sont toujours couchés. Elle est tendrement installée dans ses bras.
EMMA
Tu sais à quoi je pense ?
CHARLES
Non.
EMMA
À Venise.
CHARLES
Ah oui...
EMMA
À notre première nuit ensemble.
CHARLES
Oui...
Un temps. Elle semble perdue dans ses pensées...
CHARLES
Qu'est-ce qu'il y a ?... … Dis-moi ?
EMMA
Si toutes nos nuits pouvaient être comme ça, si tu pouvais
toujours m'aimer comme ça...
CHARLES
Oui... Ce qui est merveilleux avec le mariage c'est qu'il y aura
toujours du temps pour tout. Je veux dire... tout le monde n'a
pas Venise, même en souvenir...
EMMA
Non.
CHARLES
Bonne nuit ma chérie.
EMMA
Bonne nuit...
Il éteint.

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VIDÉO : AVANT SCÈNE 6

SÉQUENCE 1 / SCÈNE 6 - EXT. JOUR – DEVANT HÔTEL


... Le NARRATEUR est devant l'entrée d'un grand hôtel, il porte la livrée de
réceptionniste.

Une "voiture de place" se gare devant l'entrée. Le Narrateur ouvre la portière...


CHARLES descend, suivi de JESSICA, la Danseuse, talons hauts et court vêtue...

Le Narrateur accompagne Charles et Jessica jusqu'à l'entrée de l'hôtel, puis jette un


regard complice à la caméra...

Charles et Jessica disparaissent dans le hall...

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PLATEAU : SCÈNE 6
LE POLITICIEN ET LA DANSEUSE

Une chambre d'hôtel.

CHARLES, en costume cravate, col ouvert, est installé dans un canapé.

JESSICA, la Danseuse, danse devant lui, un verre à la main.


CHARLES
Tu veux encore un peu de champagne ?
JESSICA
Oh oui.

Il remplit son verre.


JESSICA
... Qu'est-ce que tu dois penser de moi ?
CHARLES
Pourquoi ?
JESSICA
De t'avoir suivi, comme ça, tout de suite, dans un hôtel...
CHARLES
Je ne pense rien.
Il essaye de l'attraper par la main mais elle se dégage d'une pirouette.
JESSICA
Hééé...
CHARLES
Le coup de foudre, ça peut arriver...
JESSICA
Ouais...
CHARLES
On aurait pu aller faire un tour d'abord... ça aurait peut-être été
plus respectable.

Il se lève et l'embrasse.
CHARLES
Tes lèvres ont le goût de vanille.

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JESSICA
Elles sont douces, c'est tout... très douces...
CHARLES
Comment tu le sais ?
JESSICA
T'es pas le premier à me le dire.
CHARLES
Vraiment ? D'autres hommes t'ont déjà dit ça ?
JESSICA
Quelques-uns.
CHARLES
Combien ?
JESSICA
Je te le dirai pas.

Il va se rasseoir. Elle continue à danser.


CHARLES
Je veux savoir. C'est important.
JESSICA
Devine.
CHARLES
Cinquante.
JESSICA
Cinquante ! Pourquoi pas cinq cents ! Cinquante...
CHARLES
Je te demande pardon. J'essayais juste de deviner.
JESSICA
Mais tu as mal deviné.
CHARLES
Cinq ?
JESSICA
Je suis pas une débutante quand même...
CHARLES
Tu es vraiment très fine, ma chérie.

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JESSICA
Quand on est danseuse, il faut être mince et musclée ça fait
partie du métier.
CHARLES
Et qu'en pense ton petit ami ? Tu dois bien avoir un petit ami ?
JESSICA
Pourquoi tu veux savoir ? Qu'est ce que ça peut te faire ?
CHARLES
C'est très simple, je te trouve très attirante et...
JESSICA
Et quoi ?
CHARLES
… Je voudrais savoir... quel genre de personne tu fréquentes...
JESSICA
Je n'ai pas d'ami. Ni petit, ni grand.
CHARLES
Non ?
JESSICA
Je te jure.
CHARLES
Tu ne vas pas me faire croire... enfin que...
JESSICA
Il y a six mois qu'il m'a quitté.
CHARLES
Ah. Et qui était-ce ?
JESSICA
Un naze, sinon il serait resté. (Un temps) … Il te ressemblait un
peu justement...
CHARLES
Quoi ?... Ah, tu veux dire que c'est pour ça que tu m'as suivi ?
JESSICA
Tu as la même façon de parler que lui, et le même regard
aussi...
CHARLES
Ah, oui. Et... qu'est-ce qu'il faisait dans la vie ?
JESSICA
Hein ?

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CHARLES
Qu'est-ce qu'il faisait dans la vie ?
JESSICA
Dans la vie !...
CHARLES
Ah ! Ces yeux que tu as !
JESSICA
Il est temps que je rentre. Qu'est-ce qu'elle va dire ma mère ?...
CHARLES
Tu habites avec ta mère ?
JESSICA
Évidemment, j'habite avec ma mère. Ça t'étonne ?
CHARLES
… Toi aussi, tu me rappelles quelqu'un...
JESSICA
Ah, oui ?
CHARLES
… ma jeunesse.
JESSICA
Tu ne m'as jamais dit comment tu t'appelles...
CHARLES
… Charles.
Elle rit.
JESSICA
Tu t'appelles vraiment Charles ?
CHARLES
Oui, pourquoi ? (Un temps) … Et toi ?
JESSICA
Jessica...
CHARLES

JESSICA
Il est vide mon verre.
CHARLES
Attends... attends... il doit en rester un petit peu.
Il se lève et lui verse la dernière goutte de champagne. Elle enlève ses chaussures...

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JESSICA
Un petit peu.
CHARLES
Oui... un petit peu !...
Il la serre de près, et ça n'a pas l'air de lui déplaire...
JESSICA
Quel âge tu as ?
CHARLES
Cela n'a aucun intérêt... Mais toi ? Dix-huit ?
JESSICA
Non. Dix-neuf.
CHARLES
Ah !... Tout de même.
JESSICA
Et toi ? Trente ?
CHARLES
Oui, enfin, à peu de chose près !
JESSICA
Il devait y avoir quelque chose dans ce champagne... J'ai la
tête qui tourne.
CHARLES
Accroche-toi à moi... ça va ?
Il l'embrasse... Ils se laissent glisser vers le sol...
JESSICA
Qu'est-ce que tu fais ?
CHARLES
Je t'adore.
JESSICA
Tu m'adores ?
CHARLES
Je t'adore.
Il relève sa jupe... Noir...

* * *

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VIDÉO : INTERMÈDE SCÈNE 6

SÉQUENCE 2 / SCÈNE 6 - INT. JOUR – HALL HÔTEL


... Dans le hall de l'hôtel. Le NARRATEUR, en réceptionniste, travaille derrière le
guichet d'accueil... Il lève les yeux pour voir arriver... Charles, qui s'approche du
comptoir...
LE NARRATEUR
Voilà votre note, monsieur.
CHARLES
Oui, merci.

Pendant le dialogue qui suit, Charles tend sa carte de crédit au Narrateur, qui la
prend, etc...
CHARLES
Dites-moi, vous l'avez vue, la petite ?...
LE NARRATEUR
Oui, j'ai remarqué la demoiselle quand vous êtes arrivé,
monsieur Charles.
CHARLES
Vous la connaissez ?
LE NARRATEUR
Non, c'est la première fois que je la vois.
CHARLES
Au fond, je me demande ce que c'est... Après tout, je n'en sais
rien... Je me suis emballé... C'est idiot.
LE NARRATEUR
Monsieur ne devrait pas avoir à le regretter.
CHARLES
Oui, vous croyez ?
LE NARRATEUR
J'ai l'habitude...

Charles sort de sa poche un billet, qu'il laisse en pourboire au Narrateur.


LE NARRATEUR
Merci, Monsieur.
CHARLES
Bonne nuit.

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Charles s'éloigne dans le hall...

* * *

PLATEAU : SUITE SCÈNE 6

... Charles frappe à la porte de la chambre... Il entre.

Jessica est encore allongée sur le sol, elle vient de se réveiller...


CHARLES
Tu es prête ?
JESSICA
Ah, ce champagne, qu'est-ce qu'il m'a fait faire ! Je fais jamais
ça...

Elle s'assied...
CHARLES
Mais oui, évidemment...
JESSICA
Je suis pas comme ça d'habitude... je couche pas avec des
inconnus...
CHARLES
Je ne suis pas un inconnu... je te plais, voilà tout.
JESSICA
Oui, mais tu as mis quelque chose dans ce champagne, c'est
pas possible...
CHARLES
Qu'est-ce que tu vas chercher là, voyons... quand deux...
personnes se plaisent... on n'a pas besoin de mettre de la
drogue dans le champagne pour... Je t'assure que...
JESSICA
Non, mais rassure-toi... je disais ça pour la forme. Au fond, j'ai
un peu honte, c'est tout.
CHARLES
Et pourquoi ? Puisque je te rappelle ton petit ami.
JESSICA
Oui, bien sûr...

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Elle se lève, remet ses chaussures, commence à ramasser ses affaires...
CHARLES
Au fait, tu ne m'as toujours pas dit ce qu'il faisait.
JESSICA
T'es encore avec ça ?...
CHARLES
Non, c'est juste pour savoir.
JESSICA
Il est flic. ... Mon sac... mes gants...

Il a l'air troublé.
JESSICA
Ça va ?
CHARLES
Oui... très bien... … Écoute, justement, je voudrais te proposer
quelque chose...
JESSICA
Ah oui, quoi ?
CHARLES
… Eh bien, j'espérais qu'on puisse se revoir... pas ici... dans un
appartement que je pourrais te trouver...
JESSICA
Tu es marié ?...
CHARLES
Pourquoi tu me demandes ça ?
JESSICA
Juste une impression...
CHARLES
Ça t'ennuierait ?
JESSICA
Tu fais quoi comme métier ?
CHARLES
Politique. Je parle au nom de mon pays.
JESSICA
Hmm...

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CHARLES
... Ça t'ennuierait, s'il s'avérait que je suis un homme marié ?
JESSICA
Ça devrait ?
CHARLES
… aider un homme à tromper sa femme...
JESSICA
Je suis sûre qu'elle te trompe aussi.
CHARLES
Ha ha, alors là...
JESSICA
Tu as l'air bien sûr de toi...
CHARLES
Ce n'est pas du tout à l'ordre du jour.
JESSICA
Ah ? Si elle est comme les femmes que je connais, tu sais...
CHARLES
Tu n'y connais rien. Tu n'y connais absolument rien. Tu sais
pas de quoi tu parles !
JESSICA
Ah ? Tu vois que tu es marié...
CHARLES
Que je soies marié ou pas, il est clair que tu n'y connais rien...
Je vis dans un monde... complètement différent du tien.
JESSICA
Je savais pas que tu étais marié... je te demandais ça comme
ça... c'est bon...
CHARLES
C'est pas grave... Bon écoute... j'ai très envie qu'on se revoie...
JESSICA
C'est vrai ?
CHARLES
Oui. Mais pour moi, ce n'est pas facile... si on trouve un
arrangement... avec ma situation, je ne pourrai pas te
surveiller...

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JESSICA
Je ne pense pas que tu pourrais de toute façon...
CHARLES
Je ne serai pas là tout le temps... Comprends-moi bien, je ne te
parle pas de fidélité... mais par la force des choses, je dois être
prudent... mais au-delà de ça, c'est d'autre chose que je parle...
le monde tel qu'il est, tel qu'il est devenu... pour être franc, je
parle de... de santé. Tu me comprends ?
JESSICA
Ah.
CHARLES
Donc, je pourrais nous trouver quelque chose de bien... dans
un quartier sympathique... où tu pourrais habiter... si tu
souhaites prendre ton indépendance.
JESSICA
Peut-être...
CHARLES
On y serait tranquille...
JESSICA
On verra... Tu me ramènes ?
CHARLES
Oui. Bien sûr.

Ils sortent...

NOIR

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PLATEAU : SCÈNE 7
LA DANSEUSE ET LE POÈTE

Un studio style atelier d'artiste.

JESSICA et VICTOR, le Poète, entrent. Jessica porte un manteau sur sa mini-robe,


et Victor porte un pantalon noir, un pull-over coloré, un grand manteau et une
écharpe rouge.
VICTOR
Alors ça te plaît ?
JESSICA
C'est beau... mais on n'y voit rien.
VICTOR
N'aie crainte, tes yeux vont s'habituer... Tes si beaux yeux...

Il lui embrasse les paupières...


JESSICA
Mes si beaux yeux ne vont pas avoir le temps de s'habituer, tu
sais. Je ne peux pas rester longtemps.

Il enlève son manteau et lui enlève le sien...


VICTOR
Allumons les chandelles, veux-tu ?... J'ai eu une coupure il y a
quelques années et puis, je me suis dit : "Pourquoi revenir à
l'électricité ?"... Les bougies donnent une ombre magique,
non ?

Il allume un chandelier et lui désigne le sofa.


VICTOR
Assieds-toi là, mets-toi à l'aise... tu peux même dormir un peu
si tu veux.
JESSICA
Je suis pas fatiguée... Tu me la chantes ta chanson ?
VICTOR
Oui...
JESSICA
Elle est vraiment de toi ?

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VICTOR
Oui, enfin...
JESSICA
Je croyais que tu étais écrivain.
VICTOR
Oui, bien sûr, je le suis aussi. Dramaturge, écrivain,
compositeur... Poète en un mot, poïètès ! Je fais, je crée, je
produis !...
JESSICA
C'est pour ça que tu as un super ordinateur ?
VICTOR
Oui, mais je ne m'en sers pas. Pour moi le grattement de la
plume sur le papier est tout-puissant.
JESSICA
Hmm... Bon, tu me la chantes cette chanson de toi ?
VICTOR
De moi ? Est-elle de moi ? De qui est-elle ? Est-ce que l'acte
d'écriture a de l'importance ? L'œuvre existe, voilà tout. C'est
l'œuvre qui compte, pas l'écrivain... Ça va tu es bien, c'est
confortable ?
JESSICA
Tu me la chantes ou pas ?
VICTOR
Tout de suite. Elle s'intitule "De l'amour".

CHANSON

Elle applaudit.
JESSICA
C'est bien.
VICTOR
Merci.
JESSICA
Non vraiment c'est bien !... Tu écris quel genre de trucs
exactement ?

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VICTOR
Tu n'as jamais entendu parler de moi ? Tu ne sais pas qui je
suis ?
JESSICA
Non.
VICTOR
C'est merveilleux...
JESSICA
Pourquoi ?
VICTOR
Mais enfin c'est extraordinaire, j'adore... Vraiment tu ne m'as
pas reconnu ?
JESSICA
Non.
VICTOR
C'est fou... … J'écris quel genre de trucs... Oui, c'est une
question intéressante, après tout... Beaucoup de gens se
posent la question, d'ailleurs... L'œuvre n'est pas aisée à mettre
en boîte.
JESSICA
Ah.
VICTOR
L'œuvre a gagné des prix.
JESSICA
L'œuvre ?
VICTOR
Oui, enfin... j'ai gagné des prix.
JESSICA
Il me fait mal, mon soutien-gorge.
VICTOR
Eh bien, enlève-le, enlève tout ce que tu veux ! Cela ne me
dérange pas !
JESSICA
Merci.

Elle ôte son soutien-gorge en gardant sa robe.

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VICTOR
Bien entendu on me colle des étiquettes, comme si je faisais
partie d'un mouvement, on me dit post-moderne... oui, je sais,
ça ne veut rien dire, c'est une idée de journaliste... Comment
savoir ?... Je parcours un océan immense et inconnu... Comme
un noyé en sursis, je nage, je rame... avec un peu de chance je
fais quelques vagues, mais au bout du compte je n'ai aucun
contrôle sur la marée... Nous courons après des sirènes, mais
les sirènes même n'existent pas, ô vacuité des phénomènes !...
Qu'est-ce que je viens de dire ?
JESSICA
Quoi ?
VICTOR
Qu'est-ce que je viens de dire là tout de suite ?
JESSICA
Quelque chose à propos de noyés, de sirènes...
VICTOR
Oui c'est ça. Quoi d'autre ?
JESSICA
... Les sirènes même n'existent pas...
VICTOR
Les sirènes, oui, c'est bon ça...
(Il saisit un bloc et se met à écrire.)
… Nous courons après des sirènes... Les sirènes même
n'existent pas... Tu veux quelque chose à boire ?
JESSICA
J'aimerais mieux quelque chose à manger, j'ai faim. C'est pas
parce que je suis danseuse que je mange rien.
VICTOR
C'est intéressant... Où habites-tu ?
JESSICA
J'ai un appartement à Montmartre.
VICTOR
À Montmartre, vraiment ?
JESSICA
Oui... c'est quelqu'un qui l'a trouvé pour moi...

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VICTOR
Tu rougis. Il fait sombre mais je vois bien que tu rougis...
Parle-moi de toi, tu m'intéresses... As-tu déjà été
amoureuse ?... Non, ne me dis rien laisse-moi deviner... Et il te
manque n'est-ce pas ?... Oh, j'aime, j'aime... Dis autre chose,
parle encore... Nous allons partir, tu veux bien ? Es-tu déjà
allée dans les Himalayas ?
JESSICA
Non.
VICTOR
Allons au Népal, allons au Bouthan !... Il y a des monastères, tu
imagines, construits au flanc des falaises, je t'attirerai au bord
d'un belvédère et nous baiserons comme des moines
défroqués ! Nous nous aimerons d'une simplicité grandiose !...
JESSICA
J'aimerais bien comprendre de quoi tu parles, ça a l'air bien.
VICTOR
Je veux vivre avec toi, je veux que tu remplisses ma vie, je
veux tout !...
(Il commence à la caresser)
… ton magnifique petit paletot, ton cotillon de petite fille, et ta
culotte si douce, diaphane comme un pétale d'orchidée, fragile
comme une aile de bombyx...
JESSICA
Quoi ?
VICTOR
Je suis célèbre pour mon vocabulaire démesuré, mon
vocabulaire incommensurable, l'immensité joyeuse et
dithyrambique de mon glossaire personnel. Les grands mots,
mon oeuvre déborde de grands mots, ma braguette explose
sous la pulsation des grands mots... Nous irons au Bouthan,
mon amour !
JESSICA
Où ça ?
VICTOR
Je te vénère, nom de Dieu, je te vénère mon enfant.

Il la culbute sur le tapis...

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* * *

Plus tard...

Ils sont allongés par terre...


VICTOR
C'était merveilleux...

Il se met debout...
JESSICA
Oh, Victor...
VICTOR
Et maintenant, seulement maintenant, je vais te dire mon nom...
Je suis Victor Palevski.
JESSICA
Palevski ?
VICTOR
Ah, je savais bien que tu avais deviné, ça se voyait.
JESSICA
J'ai rien deviné, rien du tout, j'ai jamais entendu parler de toi.
VICTOR
Sérieusement ? Tu ne vas donc jamais au théâtre ?
JESSICA
Ma tante m'a emmené une fois voir Le Roi Lion.
VICTOR
Non, j'ai dit au théâtre.
JESSICA
On m'a jamais invité.
VICTOR
Eh bien, moi je t'inviterai.
JESSICA
Super ! Mais j'aime que les trucs marrants...
VICTOR
Tu veux dire les comédies ?

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JESSICA
... ou les trucs qui font peur.
VICTOR
Comment est-ce possible ? Tu n'as jamais assisté à une vrai
pièce ? Une pièce sérieuse ?
JESSICA
Pour quoi faire ?
VICTOR
Pas même une pièce de moi ?... Laisse-moi te regarder... Je ne
t'ai pas regardé depuis que nous avons fait l'amour.

Il approche le chandelier allumé au-dessus d'elle.


JESSICA
Donne-moi la couverture.
VICTOR
Pas tout de suite... Tu es si belle, tu es ce que j'attendais,
l'innocence nue et totalement naturelle.
JESSICA
Aïe ! Tu me fais couler de la cire, ça brûle !
VICTOR
Pardon... Vraiment, tu ne savais pas que j'étais Victor
Palevski ?
JESSICA
Je t'ai dit, je n'avais jamais entendu parler de toi.
VICTOR
Ah, la célébrité !... la célébrité... Parfait ! Oublie que je suis
dramaturge. Tiens, je serai... manutentionnaire, employé de
banque, si tu veux.
JESSICA
Je suis complètement paumée là, de quoi tu parles ?
VICTOR
De notre futur !
JESSICA
Mais quel futur ?
VICTOR
Partons veux-tu ? Peux-tu prendre quelques semaines ?

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JESSICA
Mais non, je peux pas.
VICTOR
Partons vivre dans les bois ! Dans les profondeurs de la forêt !
C'est ça que j'ai toujours désiré, tout quitter... Et puis un jour,
nous nous regarderons bien en face... et nous nous dirons
adieu.
JESSICA
Adieu, pourquoi ? Pourquoi on se dirait adieu ?
VICTOR
Parce que tu es trop éternelle pour moi.
JESSICA
(se relevant)
J'ai froid, prends-moi dans tes bras.
VICTOR
Il est temps de te rhabiller...
(Il lui met la couverture sur les épaules et la prend
dans ses bras)
Dis-moi, crois-tu que tu es heureuse ?
JESSICA
En ce moment ?
VICTOR
En général.
JESSICA
Je ne suis pas malheureuse.
VICTOR
Je ne te parle pas des choses ou des hommes, ma question
c'est : Te sens-tu vivante ? Te sens-tu vraiment vivante ?

Elle laisse tomber la couverture de ses épaules et enfile sa robe.


JESSICA
T'as pas un peigne s'il te plaît ?
VICTOR
Si...
(Il sort un peigne de sa poche et le lui donne)
Tu es... prodigieuse.

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JESSICA
Merci.

Elle se coiffe, se remaquille un peu... remet son manteau.


VICTOR
Le soir tombe... Nous allons manger ?

Il se rhabille...
JESSICA
Faudra faire vite.
VICTOR
Je te trouverai un billet pour ma pièce.
JESSICA
D'accord.
VICTOR
C'est complet bien entendu, mais je t'en trouverai un.
JESSICA
Je suis prête.
VICTOR
Je te regarde et je me dis : si seulement la vie pouvait être
comme ça toujours...
(Il s'efface pour la laisser sortir)
... Après vous...

Ils sortent.

NOIR

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VIDÉO : AVANT SCÈNE 8

SÉQUENCE 1 / SCÈNE 8 - INT. NUIT – THÉÂTRE


EVA, l'Actrice, sur la scène d'un grand théâtre, salue son public... Elle porte une
grande robe à crinoline.
C'est une ovation debout...
Le rideau se ferme... Eva regagne les coulisses, où VICTOR l'attend... Il porte un
pantalon en velours côtelé, une chemise épaisse et son écharpe rouge. Il a son
manteau sur le bras.
VICTOR
Pourquoi as-tu coupé la dernière réplique ?
EVA
Quelle réplique ?
VICTOR
Toujours la même...
EVA
Parce que je ne la sens pas. "Nous nous aimerons d'une
simplicité grandiose !" Ça ne se dit pas dans la vie !...
VICTOR
Ah ?... Tu crois ?

Elle entre dans sa loge et ferme la porte, le laissant dehors.

Ils parlent à travers la porte.


VICTOR
Dépêche-toi, tu sais que c'est ce soir que nous allons...
EVA
Non, vas-y seul. Je ne viens pas.

Il ouvre la porte. Elle le fusille du regard.


VICTOR
Mais enfin, ça fait six mois que tu me fais attendre, Eva ! Je
deviens fou !...
EVA
Laisse-moi un instant. Quand je serai habillée, je verrai plus
clair.

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VICTOR
(fermant la porte...)
Plus clair !

...

… Eva et Victor sont installés à l'arrière d'une voiture. Eva porte un manteau de
fourrure. Le Narrateur est au volant.

Victor essaie de prendre la main d'Eva, elle la retire.


VICTOR
Pourquoi joues-tu avec moi ? Tu es le talent, la beauté, la vie...
EVA
Parce que je suis comédienne.
VICTOR
Tu ne peux pas oublier un instant le théâtre ?
EVA
Pourquoi l'oublier ? Tu écris des pièces de théâtre, je joue des
pièces de théâtre. Sans le théâtre, que serions-nous ?
VICTOR
Un homme et une femme.

Un temps. Le NARRATEUR les observe discrètement dans son rétroviseur.


VICTOR
Tu ne m'aimes plus ?
EVA
Et toi ?

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PLATEAU : SCÈNE 8
LE POÈTE ET LA COMÉDIENNE

EVA entre, suivie de VICTOR, qui porte les bagages.

Elle allume la lumière... Il pose les sacs. Eva enlève son manteau, elle porte une
jupe fluide et une paire de bottes d'équitation.
VICTOR
Non, attends...
EVA
Qu'y a-t-il ?
VICTOR
Pas tout de suite...
(Il éteint la lumière)
Regarde. Il fait clair, c'est merveilleux.

Un magnifique clair de lune inonde la pièce.

Elle avance vers la fenêtre et se met à genoux les mains jointes.


VICTOR
Qu'as-tu ?
EVA
...
VICTOR
Qu'est-ce que tu fais ?
EVA
Tu ne vois pas ? Je prie.
VICTOR
Tu crois en Dieu ?
EVA
Certainement, je ne suis pas une misérable païenne, moi.
VICTOR
Ah, bon.
EVA
Agenouille-toi près de moi, infidèle. Tu peux prier aussi, cela ne
fera pas pâlir l'auréole de ta gloire...

Il s'agenouille près d'elle et essaye de l'embrasser. Elle le repousse.

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EVA
Débauché !...
(Elle se relève.)
Et sais-tu qui j'ai prié ?
VICTOR
(se relevant)
Dieu, je suppose.
EVA
Comment donc ! C'est toi que j'ai prié.
VICTOR
Alors pourquoi regardais-tu le ciel ?
EVA
(enlevant son manteau...)
... Où sommes-nous ? Réponds-moi, séducteur. Où m'as-tu
entraînée ?
VICTOR
Entraînée ! C'est toi qui as voulu venir ici.
EVA
Eh bien, tu trouves que j'ai eu tort ?
VICTOR
Certainement non. C'est délicieux, cette campagne, cette
solitude, le pays est admirable... Et dire que nous ne sommes
qu'à deux heures de Paris !...
EVA
Tu vois... Te rends-tu compte de ce que tu pourrais écrire ici, si
le hasard voulait que tu aies du talent ?
VICTOR
Tu étais déjà venu ici ?
EVA
Comment si j'y étais venue ? Mais j'y ai vécu pendant des
années !
VICTOR
Avec qui ?
EVA
Avec Franck naturellement !

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VICTOR
Ah bon ?
EVA
Je l'ai adoré cet homme !
VICTOR
Je sais, tu me l'as déjà dit.
EVA
Dis donc, je peux retourner à Paris si je t'ennuie !
VICTOR
M'ennuyer, toi ? Tu sais bien tout ce que tu es pour moi, tu es
tout un monde, tu es le divin, tu es le génie... Tiens, tu es la
Sainte Simplicité, oui... Tant que tu ne parles pas de Franck !
EVA
C'était une passade...
VICTOR
Je suis heureux que tu en conviennes.
EVA
Viens embrasse-moi... Là, on va se dire bonne nuit maintenant.
(Elle l'embrasse sur la joue)
Bonsoir, mon trésor.
VICTOR
Qu'est-ce que cela signifie ?
EVA
Que je vais me coucher tout simplement.
VICTOR
Oui, évidemment... mais... (tu m'as souhaité une bonne nuit, et
je commence à me demander où je vais la passer, la nuit.)
EVA
(l'interrompant)
Il doit bien y avoir des chambres disponibles dans cet hôtel.
VICTOR
Sans doute, mais les autres chambres n'ont aucun attrait pour
moi... Tu veux que j'allume la lumière ?
EVA
Oui.

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VICTOR
Quelle belle chambre ! On aime la chasse dans ce pays, des
images de chasse partout ! Ce serait intéressant de rester ici et
de connaître un peu la mentalité des habitants, non ? Que
savons-nous de tous ces gens-là !
EVA
Ne fais pas ta poire et passe-moi mon petit sac, là sur la table...
VICTOR
Voici, mon trésor adoré.

Elle tire de son sac une petite Madone et la pose sur la table de nuit.
VICTOR
Qu'est-ce que c'est que ça ?
EVA
C'est la Sainte Vierge !
VICTOR
Tu l'emportes toujours avec toi ?
EVA
C'est mon porte-bonheur. ... Et maintenant va-t-en, Victor.

Elle commence à se déshabiller...


VICTOR
Mais qu'est-ce que c'est que cette plaisanterie ? Tu ne veux
plus de moi ?
EVA
Non. Je veux que tu t'en ailles...

Un temps...
VICTOR
… Bon, adieu.
EVA
Où vas-tu ?
VICTOR
Je vais me promener sous ta fenêtre. J'adore ces promenades
nocturnes qui m'inspirent. J'y puise mes pensées les plus
sombres... Ce soir surtout, te sachant là, mon âme inassouvie
rampera jusqu'à toi, esclave docile de ton talent.

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EVA
Tu parles comme un imbécile !
VICTOR
La plupart des femmes diraient comme un poète...
EVA
Allons va-t-en ! Et ne tourne pas autour de la femme de
chambre, autant que possible...

Elle l'embrasse légèrement sur les lèvres. Il sort. Elle se déshabille... passe une
nuisette... elle regarde à la fenêtre... elle l'appelle.
EVA
Viens... Viens !

Elle va s'installer dans le lit.

Il entre.
EVA
Là, maintenant tu peux t'asseoir sur mon lit et me raconter
quelque chose.
VICTOR
Tu ne veux pas que je ferme la fenêtre ? Tu n'as pas froid ?
EVA
Non.

Il s'assied près d'elle sur le lit.


VICTOR
Qu'est-ce que tu veux que je te raconte ?
EVA
Dis-moi qui tu trompes en ce moment.
VICTOR
Personne, malheureusement.
EVA
Eh bien moi, je trompe quelqu'un.
VICTOR
Je m'en doute.
EVA
Et sais-tu qui est l'heureux élu ?

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VICTOR
Je n'en ai pas la moindre idée...
EVA
Voyons, devine !
VICTOR
... Ton producteur ?
EVA
Tu me prends pour qui ? Je ne suis pas une novice.
VICTOR
Ah, j'aurais cru.
EVA
Cherche encore.
VICTOR
Je ne sais pas... Ton partenaire ?... Benno ?
EVA
Benno ? Tu n'es pas au courant ? Benno vit avec son facteur !
VICTOR
Pas possible !
EVA
Allons, embrasse-moi !

Il la prend dans ses bras et commence à devenir pressant.


EVA
Mais qu'est-ce que tu fais ?
VICTOR
Ne t'effraie pas.

Elle le repousse.
EVA
Écoute, Victor, je vais te faire une proposition. Viens te coucher
près de moi.
VICTOR
C'est exactement ce que je voulais !
EVA
Dépêche-toi, vite !

Il se déshabille à toute allure.

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VICTOR
Je me précipite ! Si ça n'avait dépendu que de moi, il y a
longtemps...
(Il s'arrête soudainement)
Écoute !
EVA
Quoi ?
VICTOR
Les grillons qui chantent.
EVA
Tu perds la tête, il n'y a pas de grillons ici.
VICTOR
Tu ne les entends pas ?
EVA
Mais non, ce sont des grenouilles !...
VICTOR
Des grenouilles... ?
EVA
Bon alors, tu viens ?
VICTOR
Me voici.

Il saute dans le lit.


EVA
Là. Tu vas rester tranquille, bien gentiment... Chut, pas
bouger...
VICTOR
Mais pourquoi ?
EVA
Je peux te demander quelque chose ? Tu as l'intention de
devenir mon amant ?
VICTOR
Ah tiens, qu'est-ce qui te fait penser ça ?
EVA
Il y a beaucoup d'hommes qui rêvent de devenir mon amant, tu
sais...

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VICTOR
Oui mais là, je suis quand même dans le peloton de tête.
EVA
Eh bien, viens mon Grillon...

Elle lui ouvre les bras, il se blottit contre elle, enfin heureux.
EVA
… À partir de maintenant, je t'appellerai toujours Grillon.
VICTOR
Grillon, très bien !

Elle le regarde avec amour...


EVA
Alors ? Qui est-ce que je trompe ?
VICTOR
Je ne sais pas... Moi sans doute ?
EVA
Mais enfin... Tu te prends pour qui ?
VICTOR
Ou bien quelqu'un que tu n'as pas encore rencontré, que tu ne
connais pas encore...
EVA
Ta bêtise tient du prodige, mon grillon.
VICTOR
... quelqu'un qui est fait pour toi et que tu chercheras toujours...
parce que si tu cessais de le chercher, tu ne serais plus toi-
même...
EVA
Viens... Viens...

* * *

NOIR

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VIDÉO : AVANT SCÈNE 9

SÉQ. 1 / SC. 9 - INT. NUIT – THÉÂTRE


EVA sur scène, au moment des saluts...

Ovation debout...

Elle regarde les spectateurs ravis... parmi lesquels on remarque L'ARISTOCRATE,


costume gris perle, cravate... qui applaudit, tout sourire.

Eva traverse les coulisses et rejoint sa loge où elle entre en souriant...

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PLATEAU : SCÈNE 9
LA COMÉDIENNE ET L'ARISTOCRATE

Chez EVA, dans sa chambre...

L'ARISTOCRATE entre... costume gris perle, cravate, canne et chapeau...


EVA (off)
C'est vous, Comte ? Vous m'excusez un instant ?
L'ARISTOCRATE
Je vous en prie, Mademoiselle... C'est Madame votre mère qui
m'a autorisé à... Sinon, je ne me serais jamais permis de...
EVA (off)
Asseyez-vous, mon cher Comte.
L'ARISTOCRATE
Merci, Mademoiselle.

Il s'assied. EVA entre... elle porte un superbe déshabillé.


EVA
Bonjour...

Il se lève et lui fait un baise-main.


L'ARISTOCRATE
Je vous présente mes hommages. Vous avez joué...
EVA
Merci.
L'ARISTOCRATE
… comme un ange !
EVA
Oui, c'était un triomphe, en quelque sorte.
L'ARISTOCRATE
En quelque sorte ? Le public était en transe ! Et je ne parle pas
de moi...
EVA
Donnez-moi votre main...

Elle lui prend la main et l'embrasse.

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L'ARISTOCRATE
Mais, mademoiselle...
EVA
Ne craignez rien, mon cher comte, cela ne vous engage à rien.

Ils s'assoient, lui sur un siège, elle sur le lit.


L'ARISTOCRATE
Vous êtes une personne extraordinaire... Je dirais même...
énigmatique, et le mystère m'a toujours attiré. Ah, que de
temps, que de plaisir perdu !... Quand je pense que c'est
seulement hier que je vous ai vue jouer pour la première fois !
EVA
Hier seulement !
L'ARISTOCRATE
Que voulez-vous mademoiselle, ce n'est pas facile d'aller au
théâtre. Les encombrements... on ne sait pas quand dîner...
avant, après… Alors, le théâtre... vous comprenez...

Elle le regarde, troublante...


L'ARISTOCRATE
Vous êtes encore plus belle de près...
EVA
Vous permettez que je me recouche ?
L'ARISTOCRATE
Je vous en prie, Mademoiselle. … Pardon.

Il détourne la tête...

Elle s'installe confortablement dans son lit.


EVA
Qu'est-ce que nous disions ?
L'ARISTOCRATE
Qu'on ne sait pas quand dîner...
EVA
Ah ! Oui... Eh bien à l'avenir, vous dînerez plus tôt, ou plus
tard...
L'ARISTOCRATE
J'y avais déjà pensé. Je pourrais aussi ne pas dîner du tout.
Dîner n'est pas un plaisir.

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EVA
Et quels sont exactement les plaisirs que vous goûtez encore à
votre âge, jeune vieillard ?
L'ARISTOCRATE
C'est ce que je me suis souvent demandé avec mon ami le
comte Bobby.
EVA
Et l'amour ?
L'ARISTOCRATE
Ceux qui croient à l'amour trouvent toujours une femme pour
les aimer.
EVA
Croyez-vous que ce soit le bonheur ?
L'ARISTOCRATE
Le bonheur ? Pardon mademoiselle, mais le bonheur n'existe
pas. D'ailleurs, ce sont les choses dont on parle le plus qui
existent le moins.
EVA
Comme c'est vrai.
L'ARISTOCRATE
L'ivresse... la jouissance existent.
EVA
Oui.
L'ARISTOCRATE
Mettons que j'éprouve une jouissance... Bon, je sais que je
l'éprouve... ou encore que je suis ivre... bien... c'est un fait...
mais quand c'est passé, eh bien, c'est passé.
EVA
C'est passé.
L'ARISTOCRATE
Mais quand... comment dire... quand on ne jouit pas du
moment, quand on pense à l'avenir ou au passé, ah, alors c'est
lamentable. L'avenir est incertain, le passé est mélancolique... Il
ne nous reste plus que le présent... On ne sait plus très bien où
on en est... Vous voyez ce que je veux dire ?...

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EVA
Oui... Asseyez-vous plus près de moi.

Elle lui indique un siège plus près d'elle. Il se lève.


L'ARISTOCRATE
Où pourrais-je mettre mon chapeau...?

Elle lui indique le fauteuil qu'il vient de quitter. Il y dépose son chapeau.
L'ARISTOCRATE
Merci...

Il s'assied près d'elle, sa canne à la main.


EVA
Je savais que vous viendriez aujourd'hui. Je l'ai compris hier
soir au théâtre.
L'ARISTOCRATE
Hier soir ?
EVA
N'as-tu donc pas compris que je n'ai joué que pour toi ?
L'ARISTOCRATE
Vous m'avez vu dans la salle ?

Un temps.
EVA
Donne-moi ta canne.
L'ARISTOCRATE
Certainement.

Il se lève, lui donne sa canne et retourne s'asseoir.


EVA
Eh bien... Demande-moi quelque chose.
L'ARISTOCRATE
(Un temps. Il se lève...)
Je vous demande l'autorisation de revenir ce soir.
EVA
Non... Pourquoi remettre au soir ce qu'on peut faire le matin ?
L'ARISTOCRATE
C'est que... je vais vous dire... l'amour... le matin... non. Je vois
les choses autrement...

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EVA
Ah ?...
L'ARISTOCRATE
... S'il s'agissait de la première venue, cela n'aurait aucune
importance. Mais les femmes comme vous... non, traitez-moi
d'imbécile si vous voulez... mais les femmes comme vous... on
ne les prend pas au petit déjeuner. Et alors... voyez-vous...
alors...
EVA
Mon Dieu, que tu es mignon !
L'ARISTOCRATE
Vous comprenez ce que je veux dire, n'est-ce pas ? Je vois la
chose comme...
EVA
Comment vois-tu la chose ?
L'ARISTOCRATE
Eh bien... j'irai vous attendre avec ma voiture à la sortie des
artistes...
EVA
Oui...
L'ARISTOCRATE
Nous irons souper tous les deux...
EVA
Et puis ?...
L'ARISTOCRATE
Nous rentrerons...
EVA
Et alors ?
L'ARISTOCRATE
Et alors les choses suivront leur cours normal.
EVA
Viens plus près de moi... encore plus prêt... Tu ne trouves pas
qu'il fait chaud, ici ?

Elle lui tend la main et l'attire sur le lit tout près d'elle.
L'ARISTOCRATE
Oui, c'est exact.

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EVA
Dégrafe ça, vite...

Elle commence à lui déboutonner sa veste.


L'ARISTOCRATE
Mais...
EVA
Il fait presque aussi noir que le soir. On peut presque imaginer
qu'il fait nuit. Et personne ne peut nous voir... que nous-mêmes.
Viens... viens...

Il se laisse aller sur le lit.

* * *

Il est debout, il referme sa veste, rajuste sa cravate...

Elle est assise dans son lit.


L'ARISTOCRATE
Tu es un vrai petit démon.
EVA
Qu'est-ce que cette expression ?
L'ARISTOCRATE
Enfin, je veux dire un ange...
EVA
Tu aurais dû être acteur. Ma parole, tu connais les femmes !
Sais-tu ce que je vais faire maintenant ?
L'ARISTOCRATE
Non.
EVA
Je vais te dire adieu pour la vie.
L'ARISTOCRATE
Et pourquoi ça ?
EVA
Tu es trop dangereux pour moi. Il y a de quoi affoler une
femme... Et tu es là devant moi, comme si rien ne s'était passé.

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L'ARISTOCRATE
Mais enfin...
EVA
Comte, je vous demande de vous souvenir que je viens de
vous appartenir.
L'ARISTOCRATE
Je ne l'oublierai jamais.
EVA
Et ce soir, alors ?
L'ARISTOCRATE
Comment ce soir ?
EVA
Eh bien, tu voulais m'attendre à la sortie des artistes...
L'ARISTOCRATE
Eh bien, disons... après-demain ?
EVA
Pourquoi après-demain ? Tu voulais aujourd'hui.
L'ARISTOCRATE
Euh... Cela n'aurait plus aucune signification philosophique.
EVA
Vieillard !

Elle se lève.
L'ARISTOCRATE
Tu ne me comprends pas... moralement parlant... en se plaçant
du point de vue de l'âme...
EVA
Je me fiche de ton âme... Moralement parlant, il faut
absolument que je te voie ce soir. J'ai deux mots à te dire à
propos de nos âmes.
L'ARISTOCRATE
Ah ! Bon, eh bien alors j'irai t'attendre à la sortie du théâtre.
EVA
(après un oui de la tête)
Pas du tout, tu m'attendras ici.

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L'ARISTOCRATE
Chez toi ?
EVA
Dans ma chambre.
L'ARISTOCRATE
Nous n'irons pas souper à l'Impérial ?
EVA
Non, cela n'aurait aucune signification philosophique.
L'ARISTOCRATE
C'est entendu. Il faut que je prenne congé... Je crois que pour
une visite de politesse, j'ai un peu... abusé.
EVA
Charmée, mon cher comte, d'avoir fait votre connaissance.

Il lui fait un baise-main.


L'ARISTOCRATE
Veuillez présenter mes hommages à Madame votre mère.

Il sort...

NOIR

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VIDÉO : FIN SCÈNE 9

SÉQUENCE 2 / SCÈNE 9 - INT. JOUR – APPARTEMENT D'EVA


L'ARISTOCRATE, sortant de la chambre d'Eva, croise le Majordome, qui n'est autre
que Le NARRATEUR...
L'ARISTOCRATE
Il me semble vous avoir déjà vu quelque part...
LE NARRATEUR
C'est possible, monsieur le Comte. Je me déplace beaucoup.
L'ARISTOCRATE
Il y a longtemps que vous servez ici ?
LE NARRATEUR
Je ne sers pas, monsieur le Comte. Je suis ici par amour de
l'art.
L'ARISTOCRATE
Ah ? Et de quel art ?
LE NARRATEUR
De l'amour.
L'ARISTOCRATE
Pardon ?
LE NARRATEUR
Par amour de l'art... de l'amour...
L'ARISTOCRATE
Très drôle... Au revoir...
LE NARRATEUR
Au revoir, monsieur le Comte.

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PLATEAU : SCÈNE 10
L'ARISTOCRATE ET LA FILLE DE JOIE

On devine CASSIOPÉE, La Fille de Joie, couchée dans son lit...

L'ARISTOCRATE est allongé par terre. Il se réveille... se frotte le visage pour


chasser le sommeil et les vapeurs d'alcool...
L'ARISTOCRATE
Oh, mon dieu... c'est la dernière fois... ... plus jamais ça...
qu'est-ce qui m'a pris ? Je m'étais pourtant juré. Oh, cette
vodka !...

Il se frotte les cheveux... Il a une gueule de bois terrible... Il regarde autour de lui
comme s'il ne savait pas où il est. Il s'assied pour essayer de rassembler ses esprits.
L'ARISTOCRATE
Alors... j'étais avec Bobby... il était... tard... et je devais aller à la
sortie des artistes... et puis... et puis... Non... ce qui est passé
est passé... … On ne sait plus où on en est...

Cassiopée se redresse dans son lit.


CASSIOPÉE
Bonjour mon joli... bien dormi ?
L'ARISTOCRATE
Hmm... Et vous ? Et toi ?
CASSIOPÉE
Hmm...
L'ARISTOCRATE
J'allais partir...

Elle lui tend la main comme pour une invitation à la rejoindre... mais il lui fait un
baise-main...

Un silence...

Il la regarde avec attention, comme s'il cherchait un visage dans sa mémoire...


CASSIOPÉE
Qu'est-ce que tu as à me regarder comme ça ?
L'ARISTOCRATE
Quel âge as-tu exactement ?

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CASSIOPÉE
Vingt-cinq ans.
L'ARISTOCRATE
Et ça fait longtemps que tu...
CASSIOPÉE
Un an.
L'ARISTOCRATE
Un an.

Il sort son portefeuille et en tire quelques billets qu'il dépose près d'elle...
L'ARISTOCRATE
Je dois partir.

Il ne bouge pas. Il la regarde...


L'ARISTOCRATE
Tu me rappelles quelqu'un.
CASSIOPÉE
Ah ?
L'ARISTOCRATE
Si tu n'étais pas... tu pourrais...
ELLE
Oui, c'est ce que Daniel me dit tout le temps.
L'ARISTOCRATE
Daniel ?
CASSIOPÉE
Un ami.
L'ARISTOCRATE
Ah oui ? Et que fait-il, Daniel ?
CASSIOPÉE
Ambulancier.
L'ARISTOCRATE
Ah.
CASSIOPÉE
On s'est rencontrés... au bord de l'eau... il y a un an.
L'ARISTOCRATE
Quand tu as commencé...

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CASSIOPÉE
Mm.
L'ARISTOCRATE
C'est ton...
CASSIOPÉE
Oh non ! Il veut m'épouser !
L'ARISTOCRATE
C'est bien. Et toi ?
CASSIOPÉE
Je sais pas... qui sait ?...

Elle le regarde... Un temps.


L'ARISTOCRATE
Je reviendrai peut-être..

Il va vers la porte.
CASSIOPÉE
Bon... je suis toujours à la maison... t'auras qu'à demander
Cassiopée...
L'ARISTOCRATE
Cassiopée...

Il se retourne...
CASSIOPÉE
Au revoir...

Il revient vers elle.


L'ARISTOCRATE
Ça y est, je sais qui tu me rappelles...
CASSIOPÉE
Ah !
L'ARISTOCRATE
C'est prodigieux... les mêmes yeux !... Je peux...?

Elle ferme les yeux... Il les lui embrasse...


CASSIOPÉE
(Un peu déçue...)
Allez, je veux dormir !

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Il repart vers la porte...
L'ARISTOCRATE
Dis-moi...
CASSIOPÉE
Hmm ?
L'ARISTOCRATE
Ça t'est déjà arrivé qu'un homme s'en aille, comme ça...
CASSIOPÉE
Tous les jours !
L'ARISTOCRATE
Non, je veux dire, sans que...
CASSIOPÉE
Ah non. Jamais.
L'ARISTOCRATE
Ça ne veut pas dire que tu ne me plais pas...
CASSIOPÉE
Oh, je sais... T'es pas du matin, voilà tout...
L'ARISTOCRATE
Mm... je sais...
CASSIOPÉE
Et puis d'ailleurs, je sais bien que je te plais ! Au revoir...
L'ARISTOCRATE
Au revoir...

Il est arrivé près de la porte. Il se retourne vers elle.


L'ARISTOCRATE
Comment sais-tu que tu me plais ?
CASSIOPÉE
Ben... cette nuit... je te plaisais bien...
L'ARISTOCRATE
Cette nuit... je ne suis pas tombé sur le tapis ?
CASSIOPÉE
Si, si, t'es tombé sur le tapis. Mais avec moi. Tu te rappelles
pas ?
L'ARISTOCRATE
Oui... Non...

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CASSIOPÉE
Tu t'es endormi.
L'ARISTOCRATE
Oui... sans doute...
CASSIOPÉE
T'en tenais vraiment une bonne !...
L'ARISTOCRATE
Oui.

Il reste à la regarder en silence...


CASSIOPÉE
Je lui ressemble plus que tout à l'heure ?
L'ARISTOCRATE
Moins. Moins que tout à l'heure... ... On ne sait plus où on en
est. Tu vois ce que je veux dire...
CASSIOPÉE
Oui.
L'ARISTOCRATE
Bonne nuit.
CASSIOPÉE
Non, bonjour.
L'ARISTOCRATE
Oui. Oui, bien sûr... Bonjour... Bonjour...

Il ouvre la porte et sort.

NOIR

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VIDÉO : FINAL

SÉQUENCE FINALE – EXT. JOUR – PLACE RONDE


En grand plan d'ensemble, on découvre, quelque part dans Paris, la place ronde de
la Séquence1 / Scène1... Un balayeur balaye. C'est le calme du petit matin...
On reconnaît CASSIOPÉE, dans son petit haut sexy et sa mini-jupe du début, qui fait
les cent pas, attendant le client... elle s'approche du balayeur, qui continue à balayer
en lui tournant le dos...
Elle repart faire les cent pas un peu plus loin, tandis qu'on entend le son d'une sirène
qui retentit faiblement au loin et se rapproche...
Un bruit de moteur... Une ambulance, gyrophare allumé, arrive sur la place et vient
se garer au bord du trottoir...
La portière s'ouvre et on reconnaît DANIEL, portant sa blouse blanche
d'ambulancier, qui descend, et fait quelques pas vers
Cassiopée, qui est en train de traverser la place en courant... Ils se rejoignent, il
l'accueille dans ses bras et ils s'embrassent longuement... la musique de la Valse se
lance... et ils se mettent à danser ensemble...
… Non loin d'eux, le balayeur, de dos, a cessé de balayer... il les regarde, et au
moment où l'on découvre son visage, on s'aperçoit qu'il est... Le NARRATEUR...
Cassiopée et Daniel rejoignent l'ambulance... Ils montent dedans, et, gyrophare et
sirène allumés, l'ambulance démarre et s'en va...
… Le Narrateur reste seul sur la place, et, tout en fredonnant le couplet qui suit,
nonchalant, il pose son balai, reprend son manteau et son écharpe là où il les avait
laissés Séquence1 / Scène1, et commence à partir...
LE NARRATEUR
Le manège du désir est éternel, mais notre histoire se termine...
C'est ainsi que finit la ronde
Tout comme moi vous l'avez vue
C'est l'histoire de tout le monde
Je ne vous en dirai pas plus...
… Et tandis que le Narrateur sort du champ et que la Valse continue...

Le Panneau FIN apparaît à l'écran.

FONDU AU NOIR

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102

PLATEAU :

1. SALUTS EN PERSONNAGES

PLEINS FEUX

Les deux comédiens sont en costumes de Daniel et Cassiopée. Ils se tiennent la


main... Il porte sa blouse blanche sur son jean et sa chemise blanche, et elle ses
talons aiguilles et un petit blouson blanc sur son petit haut et sa mini-jupe... Elle tient
contre son coeur... un bouquet de mariée !
Pendant les saluts... un personnage, de dos, arrive du fond du plateau en balayant...
Quand il se retourne, on découvre... l'acteur qui jouait Le Narrateur à l'écran, et qui
vient saluer lui aussi !...
Soudain, Cassiopée se retourne vers le fond de scène, et lance par dessus son
épaule son bouquet de mariée dans le public !... Puis, elle se remet de face, et, avec
un oeil complice vers Daniel, elle montre du doigt dans le public la personne qui a
attrapé le bouquet.

NOIR

PLEINS FEUX

2. SALUTS COMÉDIENS

Les comédiens saluent...

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103
TABLE DES MATIÈRES

Séquence 1 / Scène 1 - Ext. Jour – Place ronde 3


Scène 1 – La Fille de Joie et l'Ambulancier 5
Séquence 2 / Scène 1 - Ext. Jour – Cour Hôpital 10
Séquence 3 / Scène 1 - Ext. Jour – Cour Hôpital 11

Scène 2 – L'Ambulancier et la Bonne à Tout Faire 12


Séquence 1 / Scène 2 - Ext. Nuit – Devant Boîte de Nuit 19

Scène 3 – La Bonne à Tout Faire et l'Écrivain 22


Séquence 1 / Scène 3 - Ext. Jour – Immeuble 26

Séquence 1 / Scène 4 - Ext. Jour – Rond-point 30


Scène 4 – L'Écrivain et la Femme Mariée 31
Séquence 2 / Scène 4 - Ext. Jour – Rond-point 36
Séquence 3 / Scène 4 - Ext. Jour – Rond-point 42

Séquence 1 / Scène 5 - Ext. Jour – Rue de Paris 45


Scène 5 – La Femme Mariée et le Politicien 46

Séquence 1 / Scène 6 - Ext. Jour – Devant Hôtel 56


Scène 6 – Le Politicien et la Danseuse 57
Séquence 2 / Scène 6 - Int. Jour – Hall Hôtel 62

Scène 7 – La Danseuse et le Poète 67

Séquence 1 / Scène 8 – Int. Nuit – Théâtre 76


Scène 8 – Le Poète et la Comédienne 78

Séquence 1 / Scène 9 – Int. Nuit – Théâtre 86


Scène 9 – La Comédienne et l'Aristocrate 87
Séquence 2 / Scène 9 - Int. Jour – Appartement d'Eva 95

Scène 10 – L'Aristocrate et la Fille de Joie 96

Séquence Finale - Ext. Jour – Place Ronde 101

Saluts 102

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