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Poèmes

I
Dans le royaume des morts, les pensées humaines construisent de singuliers
édifices. Je n'y voudrais point habiter pour tous les corps du monde ! Dieu créa le
labeur afin d'en modérer l'afflux. Les hommes courbés sur une tâche, et les mains
pleines d'éclis, n'ont plus le loisir de rver !us"u'aux tén#bres. Leurs désirs restent en
chantier comme des "uartiers de marbre rouge. $oute leur attention se concentre sur la
machine prte % les broyer dans un beau rythme, ou sur le papier dont la blancheur est
un désert % ensemencer. &ls nepensent plus, et dans la pureté de leur domaine, les âmes
des morts se font par !eu de grands saluts comme des arbres. 'ais arrive le dimanche,
et elles sentent avec horreur monter contre elles des murailles honteuses.

II
La silhouette énorme de l'église nous étreignait de toute la force de ses
arcades, et les rues menaient % une place rouge comme un coeur. (etite )nna*c+, le
reflet des lampes et du vent lacérait de signes mortels vos !oues pures. ,otre main
mourut la derni#re dans la brume, et la vie continua % se taire comme un chantier sous
la pluie.

III
-e soir !e n'entends "ue des paroles sans courbe et des pas. J'écrirais bien,
mais les mots engendrent les réalités "u'ils enclosent, et "u'on ne peut prévoir. Je ris"ue
% peine un trait "ue mon doigt sur la page étire, et peint en brume. D'ailleurs !e veille %
ce "u'il en peut surgir ! .'est/il pas affreux de savoir autour de nous un monde prt %
monter d'une parole ou d'une ombre 0 $out ce "ue !e peux faire au crépuscule est de
fermer la porte du placard et vérifier souvent la forme des meubles. 'algré moi dans la
nuit la flore torturée se l#ve1 et si !e ne parle "ue d'elle, c'est afin de ne pas accélérer
d'autres naissances...

André Rolland de Renéville.