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<a href=Carlo M. Cipolla Sources d'énergie et histoire de l'humanité In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 16e année, N. 3, 1961. pp. 521-534. Citer ce document / Cite this document : Cipolla Carlo M. Sources d'énergie et histoire de l'humanité. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 16e année, N. 3, 1961. pp. 521-534. doi : 10.3406/ahess.1961.420740 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1961_num_16_3_420740 " id="pdf-obj-0-2" src="pdf-obj-0-2.jpg">

Sources d'énergie et histoire de l'humanité

In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 16e année, N. 3, 1961. pp. 521-534.

Citer ce document / Cite this document :

Cipolla Carlo M. Sources d'énergie et histoire de l'humanité. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 16e année, N. 3, 1961. pp. 521-534.

<a href=Carlo M. Cipolla Sources d'énergie et histoire de l'humanité In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 16e année, N. 3, 1961. pp. 521-534. Citer ce document / Cite this document : Cipolla Carlo M. Sources d'énergie et histoire de l'humanité. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 16e année, N. 3, 1961. pp. 521-534. doi : 10.3406/ahess.1961.420740 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1961_num_16_3_420740 " id="pdf-obj-0-20" src="pdf-obj-0-20.jpg">

DÉBATS ET

COMBATS

et

Sources

d'énergie

Histoire

de

l'Humanité

périls,

Est-il

de cette

voulu

problèmes

attirer

un

esquisse

permis

résumé

l'attention

économiques

à est

rapide

un fort historien

simple

dedes l'histoire

duhistoriens

passé, préoccupent entière

trop

: que

simple,

sur

de présenter,

undepeut-être,

aspect

l'humanité

la ?

depuis àdemais

ses

longtemps

vie dessein

risques

nous

Le

avons

leset

écono

mique fondamental et certainement trop négligé 1.

La vie,

les

activités de l'homme dépendent des sources

d'énergie

dont il dispose.

Faute

d'énergie, pas

de

vie,

pas

d'activités

créatrices.

Certes l'énergie n'est pas le seul facteur en jeu : l'eau, certaines matières

premières, le sol fertile, les possibilités de communication, l'existence

d'un climat supportable, voire un milieu social et culturel dynamique

et favorable —

ce

sont

là d'autres

éléments, et tous essentiels. Mais

les disponibilités d'énergie représentent la base nécessaire à l'organisa

tionde la matière et à tout développement de l'histoire des hommes.

Ceci dit, je voudrais démontrer rapidement que l'utilisation des diff

érentes

formes

d'énergie représente, en fait, le fil conducteur d'une

his

toire matérielle de l'Humanité et que les deux grands tournants de cette

longue histoire, la Révolution Néolithique (que j'appellerais plutôt

agricole) et la Révolution Industrielle, sont mieux expliqués et définis

par ce nouvel aperçu.

Tout ce que l'homme consomme est de l'énergie transformée : énergie

chimique, les hydrates de carbone, protéines, matières grasses indispen

sablesà sa vie physiologique. Dépense d'énergie encore, le chauffage,

l'éclairage, les transports, la fabrication de produits manufacturés, le

fonctionnement des machines.

Pour tenir compte des différentes formes d'énergie, le choix s'impose

1. Pour une

première

orientation, W.

Ostwald, Energetische Grundlagen der

Kulturwissenschaft, Clipaig, 1909 ; E. W. Zimmermann, World Ressources and Indust

ries,New York, 1951, chap. 5 ; F. Cottrell, Energy and Society, New York-Toronto-

Londres, 1955 ; Europe's

Growing Needs of Energy,

  • H. Thirring, Energy for Man, Bloomington, 1958.

О. Е. С. Е., Paris, 1956, p. 13 ;

521

ANNALES

d'une commune mesure qui permettra les comparaisons nécessaires, ce

qui ne va pas sans difficultés. Ainsi la

calorie, équivalent de la quantité

de chaleur nécessaire pour augmenter d'un centigrade la température

d'un litre d'eau distillée, est utilisable, bien que la transformation des

différentes valeurs énergétiques en équivalents caloriques, dans une unité

de

mesure unique, s'effectue seulement de façon très approximative,

avec une large marge d'erreur 1.

Soit donc, la calorie, unité de mesure. L'être humain peut s'alimenter

— c'est-à-dire se maintenir en vie et travailler — à condition de dispo

ser,sous forme de protéines, d'hydrates de carbone et matières grasses,

d'une quantité de calories qui oscille entre 2 000 et 3 900 par jour, selon

son âge, son poids, son sexe, sa profession, et enfin le climat dans lequel

il

vit.

Mais cette quantité d'énergie ne suffit pas. S'alimenter n'est pas

tout. Au-delà de ce minimum vital, une grande quantité

de calories est

encore requise pour la satisfaction d'autres besoins plus ou moins essent

iels avec lesquels on ne saurait cependant trop transiger. Récemment,

un calcul

du besoin moyen en calories,

par

an

et par homme,

a donné

les résultats suivants, sous les réserves 2 :

Tableau I

CONSOMMATION PAR AN ET PAR HOMME

AU POINT DE VUE ÉNERGÉTIQUE Calories nécessaires Besoin par an Aliments 2 000-3 100 cal. par
AU POINT DE VUE ÉNERGÉTIQUE
Calories nécessaires
Besoin
par an
Aliments
2 000-3 100 cal. par jour
8.0-10.7
X 105
Fibres
3-10 kilos par an
1.2-5
X 10*
Combustibles
100-5 000 kilos de charbon
équivalent par an
7.2-36
X 10e
Electricité
200-2 000 kwhr. par an
1.7-17
X 105
Matériaux de
construction
.
200-2 000 kilos par an
négligeable
Fer
20-200 kilos par an
3.4-34
X 10*
Métaux non
reux
5-50 kilos par an
3.7-37
X 10*
Papiers
et
duits similaires
10-50 kilos par an
4.20
X 10*
Total
1-4
X Ю7
1.
Pour cet article, nous
nous sommes fondés sur les équivalences
suivantes :
860 calories (Kcal) environ = 1 Kilowatt /heure (Kwh) ;
1 Kwh =
103 Watts /heure
(Wh) ; 1 megawatt /heure (mWh) = 1 000 KWh = 106 Wh.
2. R.
L. Meier,
Science and Economie Development, New York-Londres, 1956,
p.
10.
522

SOURCES D'ÉNERGIE

De tels calculs sont évidemment très approximatifs. L'auteur de notre

tableau se donne d'ailleurs un champ de variation large entre une limite

basse et

une limite

haute.

Le

schéma n'est donc qu'une

esquisse.

Dans les sociétés primitives, l'homme a consommé beaucoup moins de

calories que n'en indique le minimum signalé ci-dessus ; de leur côté

les

sociétés industrialisées les plus avancées

ont tendance

à

dépasser les

limites de consommation énergétique que propose l'hypothèse la plus

large.

En fait, ces

chiffres donnent, au plus, une idée

approchée des n

iveaux

moyens d'énergie qu'exigent nos sociétés civilisées.

La quantité d'énergie qui est en réserve dans l'univers est pratique

mentinfinie. Pour l'homme, le gros problème est de contrôler cette éner

giepuis de la transformer économiquement dans

des formes utiles,

au

moment

même où il en a besoin.

D'où le rôle des convertisseurs.

Que

le

lecteur me pardonne ce mot. J'aurais pu dire machine, mais le terme eût

prêté à confusion. J'appelle convertisseur un « objet » qui recueille telle

ou telle forme

d'énergie et la

transforme en une autre forme,

du type

requis et au moment voulu : une machine à vapeur par exemple

est un

convertisseur transformant une forme brute d'énergie — le charbon — en

une énergie mécanique utile. Bien entendu, toute transformation d'éner

gieentraîne des consommations et des pertes, l'énergie utile obtenue est

toujours moindre que l'énergie employée au départ. Le rendement

technique d'un convertisseur s'établit d'après le rapport arithmétique

entre énergie employée et énergie utile produite. Bien souvent, plusieurs

transformations successives sont nécessaires, et les pertes s'ajoutent

les unes aux autres x. Par exemple, dans le cas du charbon (énergie ch

imique)

transformé en vapeur,

qui

est ensuite transformé en énergie

électrique, qui est enfin transformée par exemple en énergie mécanique.

Une

suite de transformations de ce type entraîne des pertes globales de

l'ordre de 80 % de l'énergie utilisée à l'origine.

Or, plantes et animaux sont des convertisseurs naturels. Les plantes,

par le processus de photosynthèse, transforment l'énergie solaire en

énergie chimique. L'homme peut utiliser cette énergie accumulée — les

hydrates de carbones et les protéines végétales — en consommant les

plantes. Ou bien, brûlant les plantes, il se servira de cette énergie sous

forme thermique. Les animaux au travail sont des convertisseurs trans

formant

l'énergie chimique — les hydrates de carbone et protéines

des

fourrages — en énergie mécanique ; consommés à leur tour comme

viande

de boucherie,

les animaux servent alors à transformer les four

rages

en énergie chimique — protéines et graisse animale — ayant pour

l'homme une plus haute valeur nutritive.

Plantes et animaux impliquent eux aussi, comme tous les convertis

seurs,des pertes d'énergie. Une partie de l'énergie employée, est, en effet,

1.

Etude sur la structure et les tendances de V économie énergétique, C. E. C. A.

523

ANNALES

consommée par les plantes

et les

animaux pour leur vie même.

Quant

aux animaux

de trait, leur travail comporte

une forte perte d'énergie

sous forme de chaleur.

Bref, l'homme mange-t-il une plante ? Il utilise une quantité d'énergie

qui n'est qu'une fraction seulement de l'énergie solaire employée par cette

même plante x. S'il mange de la viande, il utilisera à son profit une quant

ité d'énergie représentant une fraction seulement de celle que l'animal

a absorbée à partir des plantes dont il s'est nourri. Autrement dit, lorsque

l'homme consomme de l'énergie sous forme de protéines animales, il

consomme un produit grevé d'une perte cumulative en raison des taux

de rendement des deux convertisseurs successivement employés 2. Voilà

la raison pour laquelle une quantité donnée de calories coûte moins cher

sous forme d'hydrates de carbone que sous forme de protéines animales 3,

une

des raisons

moins de viande

aussi pour laquelle

les peuples pauvres consomment

que les peuples

riches.

L'homme est aussi un convertisseur d'énergie ; il consomme de l'énergie

chimique sous forme d'hydrates de carbone, de protéines, de matières

grasses ; il produit de l'énergie utilisable sous forme d'énergie nerveuse

et mécanique. L'esclavage est une forme institutionalisée de l'exploita

tionde l'homme dans sa qualité même de convertisseur produisant de

l'énergie mécanique. Et calculé en ces termes, l'homme a un taux de re

ndement

oscillant en moyenne entre 10 et 25 %,

suivant le genre

de tra

vail,

la vitesse à laquelle le travail est accompli, le degré de spécialisa

tiondu travailleur *.

Pour une meilleure compréhension de l'histoire générale de l'util

isation énergétique, il convient donc de classer les différents convertisseurs

dont l'homme se sert en deux grandes catégories : les convertisseurs

biologiques — l'homme même, les plantes, les animaux — et les conver

tisseurs

artificiels — machines à vapeurs, moteurs à explosion, centrales

hydro-électriques, installations atomiques, etc ..

1. Cf. l'intéressant Revenue and

expenditure account for

a leaf, de Brown

et

Escombe cité et commenté par C. Alsberg, Chemistry and the Theory of Population,

Stanford, California, 1948, p. 130-132.

2. Il a été calculé par exemple que pour obtenir une quantité donnée de calories

grâce aux élevages bovins, il faut une étendue de terrain dix fois plus grande que celle

nécessaire pour obtenir la même quantité de calories par la culture du maïs.

3.

Cf. M. K. Bennett. The World's Food, New York, 1954, notamment le chapitre 8

concernant les « Food-Price Relationships at Retail Level ».

4. Cf. M. Pyke, Industrial Nutrition, Londres,

human motor, Londres, 1920, pp. 186-198.

1950,

p.

27 ; et

J.

Amar,

The

524

SOURCES D'ÉNERGIE

Ce cadre admis, si l'on observe l'humanité depuis ses débuts jusqu'au

jourd'hui,

son histoire apparaît foncièrement répartie en trois grandes

périodes, de longueurs fort différentes.

Depuis l'apparition de l'homme,

c'est-à-dire,

depuis

un

million

d'années environ, et pendant

des centaines

de

millénaires, les

seuls

convertisseurs que l'homme

ait connus

et employés,

ont été ceux que la

nature lui offrait spontanément, c'est-à-dire les convertisseurs biolo

giques

:

plantes, animaux,

hommes.

Il s'en servit

de façon parasitaire.

Les « hommes de la pierre ancienne » ne connurent ni l'agriculture, ni

l'élevage ; chasseurs, pêcheurs, ramasseurs de fruits, de baies, d'herbes

sauvages, à l'occasion aussi cannibales, ne connaissant pas les moyens de

produire l'énergie, ils s'efforçaient d'en saisir ou d'en capturer, à la manière

des animaux de proie x. Cette manière d'opérer ne livrait à l'homme que

de faibles disponibilités — et, d'une façon dangereuse, discontinue.

Durant toute cette interminable première période, des développe

ments « culturels » — je veux dire techniques — ■ se produisirent assuré

ment. Mais la nature fondamentale du rapport homme-sources ďénergie

ne changea

pas.

Les progrès

techniques

des

«

hommes

de

la

pierre

ancienne » dans le travail de la pierre et du bois, la fabrication d'armes

ou de pièges, le perfectionnement de systèmes

de

chasse — tous ces pas

en avant ne concernaient après tout que l'efficience de l'homme animal

de proie. Ces dizaines de milliers de squelettes de chevaux, ce millier

de squelettes de mammouths trouvés respectivement à Solutré, en France

et à Predmost, en Tchécoslovaquie, constituent un terrible, un saisissant

témoignage de l'efficacité des grands chasseurs de l'ère paléolithique.

Donc pendant toute cette période première de son histoire, l'homme

demeura essentiellement un parasite. Ses possibilités restèrent limitées

par la quantité existante

de ces convertisseurs biologiques d'énergie ;

négative sur ces ressources éner

l'homme avait, en fait, une influence

gétiques.

Plus il était efficace, plus il les détruisait.

Chaque

pement » contenait en soi les germes d'une auto- destruction.

«

dévelop

La

première

grande révolution, la révolution néolithique,

de l'agriculture

et

de l'élevage 2.

est

représentée par la découverte

Préhis-

1. Parmi les nombreux ouvrages

sur ce

sujet, cf.

les travaux

désormais

clas

siques

de J. G. D. Clark, Prehistorie Europe : The Economie Basis,

Londres, 1952,

et H. Breuil-R. Lantier, Les Hommes de la pierre ancienne, Paris, 1959.

2. Sur la révolution néolithique et sa véritable signification de grande révolution

technologique augmentant la disponibilité d'énergie de l'humanité, voir V. Gordon

Childe dans ses différents ouvrages : Man makes Himself, New York,

1955 ; What

happened in History, Harmondsworth, 1957 ; The Dawn of European Civilisation,

New York, 1958 : The Prehistory of European Society, Harmondsworth, 1958.

525

Annales

(16e année, mai-juin

1961, n°

3)

8

ANNALES

toriens et anthropologues sont aujourd'hui d'accord pour admettre que

les premières expériences de domestication des plantes et des animaux

eurent lieu au Moyen-Orient aux environs des Xe et VIIe millénaires

avant

Jésus-Christ,

en Egypte

et

dans

la

région qui

correspond à peu

près à l'actuelle Palestine

et

au bassin

du

Tigre

et

de

l'Euphrate x.

La

révolution néolithique partit de cette zone, puis se répandit à travers le

monde entier. Il semble même que cette diffusion fut facilitée du fait

que cette découverte se répéta indépendamment chez différents groupes

humains du globe 2.

Après cette révolution, la vie matérielle de l'homme demeurait cepen

dant toujours presque exclusivement dépendante des convertisseurs bio

logiques.

Mais l'homme apprit

à

en

produire,

donc

à

en augmenter la

quantité.

Ainsi

était ouverte la première brèche

dans le « bottleneck »,

dans cet empoisonnant obstacle à tout accès vers des niveaux de vie

différents de celui des animaux. Du jour où l'homme devint agriculteur

ou éleveur — ou les deux à la fois — son contrôle sur le monde extérieur

s'affermit ; de destructeur, il devint producteur-destructeur

:

à

ce

moment-là, une première civilisation technicienne commença.

 

Cette nouvelle phase,

agro-pastorale, ne commença donc pas

au

même instant pour tous les peuples. Vers l'an

5000,

elle est en Afrique

septentrionale et dans l'Europe danubienne, méditerranéenne et occi

dentale

3

;

entre le

Ve

et

IIIe

millénaire la voilà arrivée dans l'Inde

et

en

Chine 4 ;

entre

le IVe et IIe

millénaire av. J.-C, elle se manifeste en

Amérique du Sud et en Amérique Centrale 5. Mais dans certaines parties

de l'Amérique

du Nord,

elle n'était pas encore faite au temps

de Cook.

 

Pour les Eskimos et certaines tribus africaines, elle n'était pas commenc

éeau début du XXe siècle. Cependant on peut dire qu'en 2000 av. J.-C,

1.

F. E. Zetjner, « The Radiocarbon Age of Jericho », dans Antiquity, 120 (1956),

pp. 195-1957 ; R. J. Braidwood, Primitive Man, Chicago, 1957 ; R. J. Braidwood,

« Jericho and its setting in Near Eastern History », dans Antiquity, 122 (1957), pp. 73-

81 ; K. M.

Kenyon, « Reply to Professor Braidwood », dans Antiquity, 122 (1957),

pp. 82-84 ; K. M. Kenyon, « Earliest Jericho », dans Antiquity, 33 (1959), p. 7.

2.

Les anthropologues et les archéologues américains sont aujourd'hui presque

tous d'accord sur le fait que l'agriculture eut une origine autonome dans le continent

américain. Certains estiment même que la découverte autonome de l'agriculture eut

un autre centre d'irradiation dans les zones des moussons en Asie sud-orientale.

3.

Dans l'ensemble, cf. : V. Gordon Childe, The Prehistory of European Society,

cité, chapitres 2 et 3; S. Piggott, The Neolithic Cultures of the British Isles, Cambridge,

1954 ; J. Iversen

« Land

Occupation in Danmark's Stone Age » dans Danmarks,

GeolisUe Undersgelo'se, 66 (1941), II, Kaekke ; L. R. Nougier, Les Civilisations Cam-

pigniennes en Europe Occidentale, Le Mans, 1950 ; G. Bailloud, Les Civilisations néo

lithiques de la France dans leur contexte européen, Paris, 1955 ; F. Zeuner, Dating the

Past, cité, pp. 72-109.

4.

W. A. Fairservis, « Excavations in the Quetta Valley, West Pakistan », dans

Anthropological Papers of the American Museum of Natural History, volume 45, par-

tie 2, New York, 1956, p. 356 ; С W. Bishop, « The Neolithic Age in Northern China »,

dans Antiquity, 7 (1933), pp. 389-404.

5.

J. B. Bird : «Pre-ceramic Cultures in Chicama and Viru», dans American Antiq

uity, 13, 4e partie, II (1948), p. 28 et A.L. Kroeber, «Summary and Interpretation»,

dans «A reappraisal of Peruvian Archaelogy » édité par W. C. Bennett, dans Amer

ican Antiquity, 13, 4e partie, II (1948), p. 119.

526

SOURCES D'ÉNERGIE

la plus grande partie de l'Humanité avait atteint ce stade agro-pastoral

et devait y demeurer jusqu'à l'époque moderne, jusqu'à la Révolution

Industrielle.

Au cours des siècles de cette seconde phase, des progrès innombrables

furent faits, d'innombrables innovations techniques apparurent ; mais,

presque toutes visèrent à augmenter le taux de rendement technique des

convertisseurs biologiques. Ainsi les améliorations qualitatives des plantes

et des animaux, grâce aux hybridations, aux sélections et à leur acclima

tationaux différents climats et terrains. Dans ce même groupe d'inno

vations se placent toutes les découvertes et améliorations des différentes

techniques d'irrigation, de rotation des cultures ou de fertilisation des

terres. L'invention d'outils spéciaux, comme la houe, la charrue et tant

d'autres, contribua non moins à l'amélioration des rendements. Le façon

nage des métaux doit être considéré dans la même perspective. La cons

truction de charrues en fer, qui ouvrirent les terrains « durs » à la culture

(par exemple, en Grèce) x, permit l'extension de la production aux régions

jusqu'alors trop pénibles à labourer. Dans l'utilisation des animaux de

trait, l'invention de la roue,

dès les Sumériens a, est bien la première

d'une série d'importantes innovations. L'histoire de l'adaptation du fer

à cheval et des améliorations consécutives des techniques de l'attelage

est depuis longtemps familière aux lecteurs des Annales A Inutile de répé

terici ce qui a déjà été écrit 4. Mieux vaut insister sur le fait que toutes

ces inventions furent aussi autant d'étapes dans l'amélioration du taux

de rendement des convertisseurs biologiques. En somme, pendant des

siècles et des siècles, l'humanité fut occupée essentiellement à perfec

tionner

la découverte fondamentale de la révolution néolithique.

Et

tous ces perfectionnements représentaient un accroissement de la quant

itéd'énergie utile disponible.

La découverte et la propagation de quelques convertisseurs artificiels,

tels le moulin à vent, le moulin à eau, le bateau à voile, constituèrent

pourtant une exception importante.

  • 1. Cf. les intéressantes remarques de F. M. Heichelheim, « Man's Role in Chan

ging the Face of the Earth » dans Classical Antiquity dans Hyklos, 9 (1956), p. 326.

En ce qui concerne l'invention, la diffusion et les conséquences économiques du tra

vail du fer, cf. aussi C. D. Forde, Habitat, Economy and Society, Londres, 1953,

pp. 384-388.

  • 2. C. L. Woolley,. The Sumerians, Oxford, 1929, pp. 39 et 50.
    3. R. Lefebvre des Noettes, l 'Attelage et le cheval de selle à travers les âges,

écono

Paris, 1931 ; M. Bloch, « Les Inventions médiévales », dans Annales ďhistoire

miques

M. Heichelheim, Man's Role in

et sociale, 7 (1935), pp. 634-643 ; A. G. Hatjdricourt, « De l'origine de l'atte

White

in the Middle Age », Speculum, 15 (1940), pp. 141-159 ;

Changing the Face of the Earth,

cité, p. 325 ;

lagemoderne », dans Annales d'histoire économique et sociale, 8 (1936), pp. 515-522.

4. Sur ce sujet,

voir d'ailleurs aussi les travaux plus

к Technology and Inventions
F.

récents

de L. T.

  • B. Gille, « Les développements technologiques en Europe de 1100 à 1400 », Cahiers

d'histoire mondiale, 3 (1956) ; A. Bupford, « Heavy Transformation in Classical Anti

quity », The Economie History Rewiev, 13 (1960), p. 1-18.

527

ANNALES

Les moulins — à eau ou à vent — ont, sans doute, été découverts en

Asie,

mais

à

une

époque

encore non déterminée.

En Europe, le moulin

à

eau

était en place

dès l'Antiquité

classique x.

Mais

il

ne

fut diffusé,

comme du reste le moulin à vent, que très tard, en plein Moyen Age occi

dental

2.

Pour le

bateau

à

voile,

un premier témoignage

est daté

des

environs de l'an 3500 av. J.-C. 3. A partir de cette date, des témoignages

toujours plus nombreux signalent une diffusion rapide du bateau à voile,

pour ainsi dire sur toutes les mers du monde.

 

Ces

trois «

machines » permirent à l'homme de capter de nouvelles

sources

d'énergie. Le bateau

à voile, notamment, apporta

une contri

bution

décisive au développement économique des sociétés anciennes.

Ce n'est pas

un hasard,

en

effet, si toutes

les grandes

civilisations

pré

industrielles

se sont développées autour de mers aisément navigables.

Ceci dit, l'importance du bateau à voile, des moulins à eau ou à vent,

ne

doit

pas

être surestimée. Des raisons techniques ou géophysiques

évidentes limitèrent l'usage des moulins, tandis que des raisons

niques

tech

ou militaires limitèrent aussi l'usage et l'efficacité de la naviga

tionà voile 4. Dans l'ensemble, la découverte de ces convertisseurs arti

ficiels

5

ne

réussit pas

à changer la structure

énergétique fondamentale

des sociétés pré-industrielles. Cette structure continua à avoir les carac

téristiques

suivantes : 1° faible disponibilité en énergie pro capite.

Dans

une société pré-industrielle, sauf cas tout à fait exceptionnels, la dispo

nibilité

moyenne d'énergie devait être au-dessous de 10 000 calories par

homme

et

par

jour — peut-être

au-dessous

de

15 000

calories6 — •;

2° cette disponibilité était issue en général de convertisseurs biologiques.

On ne peut pas être très loin de la vérité en affirmant que plus de 80 %

des

disponibilités énergétiques étaient dérivées

de

ces

moyens 7 ; 3° les

besoins physiologiques élémentaires des populations absorbaient la plu

part

des disponibilités énergétiques, pour la plupart employées sous

forme de nourriture et de chauffage.

Faut-il

préciser

que

la

dépendance presque

exclusive

de

«

ma

chines

» biologiques présente deux gros inconvénients ? le taux très bas

1. M. Bloch, « Avènement et conquêtes du moulin à eau», dans Annales d'histoire

économique et sociale, 7 (1935), pp. 538-563 ; L. A. Mokitz, Grain mills and Flour in

classical antiquity, Oxford, 1958.

2.

Review,

11

3.

pp. 220-230.

4.

5.

changée.

6.

 

pitre

7.

2.

M. Bloch, Avènement et conquête du moulin à eau, cité ; E. M. Carus Wilson,

« An Industrial Revolution of the Thirteenth Century», dans The Economic History

(1941), pp. 39-50 ; B. Gille, « Le moulin à eau, une révolution technique

médiévale », Techniques et Civilisations, 3 (1954), p. 1-15.

R. D. Barnett, « Early Shipping in the Near East», dans Antiquity, 32 (1958),

Jusqu'au xve siècle on employa, pour la navigation, le travail humain, et la voile

Dès l'antiquité la plus éloignée, on apprit à se servir du pétrole et des produits

Pour ces calculs,

K. M. Mather, The Scientific Revolution, London-New York, 1954.

fut utilisée d'une façon tout à fait complémentaire. Voir par exemple les galères

phéniciennes et romaines, les bateaux des Vikings, les galères méditerranéennes.

bitumineux pour l'éclairage et le chauffage. Mais il s'agit d'exemples isolés et di

scontinus, et dans l'ensemble là situation de l'économie mondiale n'en fut pas beaucoup

cf. mon prochain

livre

:

Economies and Population, cha

528

SOURCES D'ÉNERGIE

de rendement ; la limitation inévitable de la production en fonction de

la quantité de terres disponibles pour la culture et l'élevage. Tout le déve

loppement

économique des sociétés anciennes a été conditionné par ces

faits fondamentaux.

A tout cela la révolution industrielle apporte un changement décisif.

Les historiens discutent depuis longtemps à propos de la nature, la

signification, les limites chronologiques de cette révolution. Ils en discu

teront longtemps encore, et non sans raison. Chacun ne les verra-t-il pas

dans son optique ? Mais

il n'est

pas difficile d'admettre

que la révolu

tionindustrielle est essentiellement le processus qui, au système tradi

tionnel

de production fondé sur des convertisseurs biologiques, va subs

tituer

un système de production

fondé sur la mise en œuvre de nouvelles

sources d'énergie.

Les

origines de la révolution industrielle se perdent très loin

dans

le temps. Il faut mettre en cause le développement des sciences exactes

dès

la fin

du XVIe

siècle x, le développement

maritime,

commercial et

artisanal de l'Angleterre des premiers siècles de l'époque moderne, et le

progressif « shortage » de bois sur les Iles Britanniques depuis le xvie siè

cle 2. Mais, questions d'origines mises à part, c'est la découverte et l'adop

tionà une large échelle des processus de production d'un convertisseur

mécanique construit par James Watt et permettant la transformation

du charbon en énergie mécanique, qui marqua le véritable

début de la

révolution industrielle.

La machine à vapeur fut bientôt appliquée à la production textile,

à la production minière,

à l'industrie

des transports. A peine

lancé, le

mouvement cumulatif s'accéléra

de lui-même.

La disposition d'une

nouvelle énergie permit à l'homme des recherches, des installations nouv

elles, et des nouvelles découvertes. Après la machine à vapeur, les

moteurs électriques, la lampe à incandescence, le moteur à explosion, les

réacteurs atomiques, d'autres sans doute demain encore ...

L'homme peut

dès

lors, d'un moment

à l'autre,

utiliser de façon

intense et à une large échelle, pour la production d'énergie utile, des él

éments dont l'emploi auparavant était ou rare ou tout à fait nul. Le recours

nécessaire et presque exclusif aux convertisseurs biologiques a été sup

primé. Les disponibilités énergétiques de l'humanité augmentent de

façon inouïe. Les nouvelles sources d'énergie découvertes par la révolution

industrielle fournirent 1 079

millions

de kW/h

en

1860.

En

1900, elles

en donnèrent 6 089 millions et, en 1950, 20 556 (cf. Tableau II). Alors

que les sociétés d'autrefois disposaient

de moins

de

10.000 calories par

jour et par tête, au maximum, une société industrielle développée peut

disposer aujourd'hui

de

plus

de 100 000 calories

utiles par jour.

L'accroissement fabuleux des disponibilités énergétiques mon-

  • 1. J. U. Nef, La Naissance de la civilisation industrielle, Paris, 1954, chapitre 3.
    2. J. U. Nef,

op. cit., p. 44 et suivantes.

529

 NN ALES

diales — remarquablement supérieur à l'augmentation simultanée de

la

population mondiale — permit non seulement une expansion de la

consommation directe de l'énergie, mais aussi l'utilisation à une large

échelle de l'énergie dans les procédés productifs et l'augmentation pro

gressive

d'énergie disponible par unité de travail. La productivité du

travail humain augmenta proportionnellement et la production mond

iale de biens connut une phase pluri-séculaire d'étonnante expansion.

Le tableau n° III peut nous offrir une première idée, assez vague, du

rapport existant entre l'augmentation des disponibilités énergétiques

et l'expansion de la production mondiale. Le fort accroissement product

ifque montrent les trois dernières colonnes du tableau, aurait été tout

fait impossible si le « bottleneck » énergétique n'avait pas été rompu.

Tableau II

PRODUCTION MONDIALE

DE SOURCES COMMERCIALES D'ÉNERGIE

sence Gaz Nat. iehy- Energ bon Lignite Pétrole ANNÉE Total draul. naire (Equivalent électrique en millions
sence
Gaz
Nat.
iehy-
Energ
bon
Lignite
Pétrole
ANNÉE
Total
draul.
naire
(Equivalent électrique en millions de kW/H)
1860
1
057
15
1
6
1 079
■ — .
1870
1628
30
8
8
l!604
1950
Char
1880
2
511
58
43
11
2
623
1890
3
797
97
109
40
13
4
056
5 439
Es
1900
5
606
179
213
75
16
6
089
1910
8
453
271
467
162
34
9
387
1920
9
540
394
1 032
14
254
64
11298
1930
9
735
493
2 045
78
575
128
13
053
1940
10 904
798
3 037
83
867
193
15
882
11632
902
163
2 088
332
20 556
Sources : Besoins
du
monde en énergie en 1975 et en Van
2000
(Doc.

P/902) dans les Actes de la Conférence Internationale sur Vutilisation de

Vénergie atomique à des fins pacifiques, Genève 1956, pp. 27-28.

Sans la révolution énergétique, la révolution industrielle est incon

cevable.

530

SOURCES D'ÉNERGIE

Ces dernières décennies ont vu proliférer dans une mesure extraor

dinaire les études sur le développement économique. Tous les savants

que ce problème a occupés, admettent aujourd'hui la nécessité de distin

guernettement le développement économique caractérisant les sociétés

contemporaines du développement que les sociétés anciennes ou médiév

ales connurent à des époques différentes. L'usage indifférencié du mot

« développement » est dangereux et trompeur. Le « développement » des

sociétés industrielles est un phénomène substantiellement différent du

« développement » des sociétés pré-industrielles. Ce qui n'est certes pas

difficile à comprendre dans la perspective qui est la nôtre. Il est cependant

plus difficile de s'accorder sur les éléments essentiels qui déterminent

cette différence. S. Kuznets, qui fait autorité dans le monde pour tout

ce qui concerne les problèmes de développement comparé, a écrit tout

récemment

que l'élément différentiel des deux types

de

« développe

ment

» — 1' « ancien » et le « moderne » — est donné par le taux moyen

(sur une période longue) d'accroissement du revenu par tête. Le

déve

loppement

« moderne » est

caractérisé par les taux élevés. Le dévelop

pement «

ancien »

est caractérisé par contre par

des taux très

bas ou

même nuls.

En effet, d'après

S. Kuznets,

« in the more

distant past,

economic growth meant in many cases a sustained rise in total populat

ionand total product, but not in per

capita product » *.

Tableau III

Production mondiale Indice de la Energie Fer brut Acier production (milliards (millions (millions industrielle kW/H) de
Production mondiale
Indice
de
la
Energie
Fer brut
Acier
production
(milliards
(millions
(millions
industrielle
kW/H)
de tonnes
de tonnes)
mondiale
(1870 = 100)
1870
2
13
1
100
1900
6
44
31
310
1930
23
106
128
800
1950
21
130
170
1 700

Je ne crois pas que les cas de développement « ancien » avec un taux

d'accroissement

du revenu

par

tête

égal

à

zéro

aient

été si fréquents

que

S.

Kuznets paraît le croire.

En

tout cas,

malgré l'absence totale

1.

S. Kuznets, Six lectures on Economie Growth, Glencoe, III, 1959, p. 14.

531

ANNALES

í

de données qui permettent d'appuyer sur des chiffres précis toute afïir:

mation de ce

genre, je suis d'accord avec lui

sur le fait que le développe

ment de type « ancien » doit être, en général, considéré comme caractérisé

par des taux d'accroissement du revenu par tête remarquablement

plus bas

que

ceux par lesquels est caractérisé le développement «

mo

derne

». Mais je ne crois pas que l'entité quantitative des taux de déve

loppement

(même

si

cela

peut

servir à l'analyse

formelle des

phéno

mènes), représente l'élément essentiel entre les deux types de dévelop

pement. Elle est plutôt conséquence qu'élément premier de la différence.

Celle-ci consiste surtout dans

le fait

suivant : tandis

que le développe

ment

de type « pré-industriel » s'appuie surtout sur l'énergie

qui

peut

être captée par des convertisseurs biologiques, le développement de

type « industriel » s'appuie surtout sur l'énergie qui peut être captée

par des convertisseurs artificiels.

Si

cette définition est admise,

quelques réflexions en découleront

spontanément au sujet de certains aspects historiques de la révolution

industrielle en Angleterre. Plusieurs savants ont soutenu ces derniers

temps, contre le point

de vue traditionnel

qui fixait

les débuts

révolution industrielle vers la fin du XVIIIe siècle, la thèse d'un

de

la

phéno

mène graduel, dont le développement aurait commencé en Angleterre

dans la

première moitié du siècle. Mais

ce serait placer sous l'étiquette

de révolution industrielle des phénomènes dont la nature est très diffé

rente.

Le processus de développement anglais antérieur à 1780 constitue

un développement du type « ancien ». Il se manifesta dans les trois sec

teurs caractéristiques — agriculture, commerce extérieur, manufacture

textile — qui représentent les « leading sectors » typiques de tout déve

loppement

de type « ancien ». Les taux mêmes de développement de cette

période s'accordent mal avec l'idée que S. Kuznets a donnée des taux qui

caractérisent tout développement « moderne ».

La révolution industrielle n'est pas finie.

L'humanité est au début

d'un processus gigantesque de transformation. Hier la révolution indust

rielle

a

connu son

début en Angleterre ;

et

de là

s'est répandue

dans

d'autres pays et continents.

Sa propagation a

été d'une rapidité sans

commune mesure avec celle de la révolution néolithique : celle-ci avait

demandé des millénaires, celle-là n'a eu besoin que de siècles. L'humanité

dans sa majorité est, encore à présent, plutôt employée à l'agriculture

et à l'élevage qu'à l'industrie. Mais cette situation évolue rapidement.

Les pays et les peuples dits sous-développés exigent leur part de l'Eldo

radoénergétique. Avec le capitalisme ou le communisme, peu importe,

chacun veut sa révolution industrielle.

Aussi bien, pendant que la révolution industrielle se propage rap

à

travers la planète entière,

on peut observer aujourd'hui les

idement

tendances dominantes suivantes :

532

SOURCES D'ÉNERGIE

gressive

1° L'augmentation de la population mondiale, l'amélioration pro

du standing de vie et l'industrialisation des pays sous-dévelop-

pés supposent un taux très important d'augmentation de la consommat

ionmondiale d'énergie. On produit de plus en plus, et on demande de

plus en plus d'énergie. Des évaluations (prudentes) font prévoir qu'à la

fin de notre siècle le besoin mondial d'énergie utile — entendez celle qui

sort des convertisseurs finaux — sera huit fois environ plus grand que

celui de

1950 К

 

La

première

 

partie

de la révolution industrielle s'est déroulée

dans le cadre de l'utilisation de sources d'énergie — le charbon, le pétrole,

la houille blanche

qui

existent en quantités limitées.

Les

opinions

divergent à

propos

des prévisions exactes

sur

ces

ressources 2. Aucun

doute, cependant : ces ressources ne dureront pas indéfiniment.

Par

conséquent, l'homme doit chercher, vaille que vaille, de nouveaux conver

tisseurs

plus compliqués et qui lui permettent de saisir d'autres sources

d'énergie plus « difficiles » à capter — l'énergie solaire, l'énergie

ato

mique,

c'est-à-dire, des sources d'énergie renouvelables, ou pratiquement

inépuisables.

 

3° Nous voyons donc se dessiner une quatrième phase dans l'histoire

économique de l'humanité (la « seconde Révolution Industrielle »). Les

nouvelles sources d'énergie sont, comme

on vient

de le

dire, plus

diffi

ciles

»

à capter, et seulement

grâce à

des efforts prodigieux, il sera

pos

sible

de contrôler cette énergie.

Comme le dit Sir Charles Galton Darwin

« it involves a great deal more to live on income than on the accumul

atecapital of geological ages ». Cette difficulté sera d'ailleurs compensée

en partie par l'accroissement du taux de rendement des convertisseurs.

Les premiers convertisseurs artificiels avaient logiquement un taux

de rendement très bas. Mais des progrès remarquables viennent d'être

accomplis jour après jour. La machine de Watt avait un taux de rende

ment technique inférieur à 5

%. Les turbines à vapeur modernes

atte

ignent

40 %. Les installations thermo-électriques avaient en moyenne

un rendement de 9 % environ vers 1900 ; aujourd'hui de 24 %.

1.

Besoins du monde en énergie en 1957 et en Van 2000 (Doc. /P. 902) Actes de la

conférence internationale sur V utilisation de l'énergie atomique à des fins pacifiques

Genève, 1956, pp.

16-17. On a dit dans le paragraphe précédent qu'en 1950 ont été

produits dans le monde environ 20 milliards et demi de kW/h, par des sources d'éner

gieinanimée. Deux tiers environ de ces 20 milliards et demi ont été perdus dans les

différents procédés de transformation et de transport et un tiers seulement, à savoir

environ 7 milliards, demeura en tant qu'énergie utile. On calcule qu'en l'an 2000, la

demande sera d'environ 80 milliards de kW/h en énergie utile. L'énergie qu'il fau

dra produire pour obtenir cette quantité d'énergie utile sera fonction du taux moyen

de rendement des convertisseurs employés dans l'an 2000.

2. Dans l'ensemble, cf.

P. C. Putnam,

Energy in the Future,

New York

1953 ;

E. Ayres et C. A. Scarlont, Energy Sources, New York- Toronto-Londres, 1952,

pp. 155-167 ;

A report to the President of the U.S.A. by the President's Material Policy

C. ;

1952,

H. Thirring,

Commission (Chairman W. S. Раьеу), Washington, D.

Energy for Alan, cité, p. 218 ; Energy Resources of the World, United States Dept. of

State, Public. 3428, Juin 1949.

533

ANNALES

ndement

II faut

aussi ajouter

que tout accroissement dans

le

taux

de re

des convertisseurs en usage

augmente en proportion la

life-

expectancy des réserves des combustibles fossiles.

L'énergie que l'homme a appris à contrôler est employée par lui non

seulement pour des buts productifs, mais aussi

pour des buts destruc

teurs.Plus élevées sont les disponibilités énergétiques, plus élevé sera le

pouvoir productif, mais aussi le pouvoir destructif de l'homme. Dans

une heure dramatique comme celle que nous vivons, les vicissitudes de

l'homme dans les rapports avec l'énergie nous rappellent le drame de

l'apprenti-sorcier. Et tout le monde se demande aujourd'hui quel sera le

destin de l'apprenti sorcier.

C.

M.

ClPOLLA.

Venise.

534