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INQUIETUDES AU RWANDA

BRAECKMAN,COLETTE

Samedi 15 janvier 1994

Inquiétudes au Rwanda

Si un certain soulagement était perceptible au Burundi, au Rwanda en revanche la tension


monte: le gouvernement de transition à base élargie, incluant donc des membres du Front
patriotique, n'est toujours pas formé. L'opposition dénonce les actes d'intimidation commis par les
Interahamwe, des milices proches du MRND, l'ancien parti unique qui, le week-end dernier, ont
dressé des barricades dans Kigali. Le représentant spécial de l'ONU a déclaré que ces
manifestations illégales bafouaient toutes les consignes de sécurité de la zone de consignation
d'armes de Kigali. Il a cependant salué la discipline de la population, qui a refusé de se laisser
entraîner dans l'escalade de la violence.

À Bruxelles, le Comité pour le respect des droits de l'homme et la démocratie au Rwanda


dénonce le fait que le MRND et le président de la République, qui sont cependant signataires des
accords d'Arusha, n'ont pas condamné les désordres et les violences et il dénonce les tentatives
d'obstruction de l'accord de paix. Le comité rappelle aussi des exactions de plus en plus
fréquentes qui ont lieu dans les régions sensibles de Ruhengeri et Gisenyi, dans le Bugesera et à
Gitarama, et il exprime son inquiétude à propos des conditions dans lesquelles des centaines de
familles réfugiées en Ouganda rentrent aujourd'hui au pays.

Espérant se réinstaller et bénéficier d'une aide humanitaire au même titre que les déplacés de
guerre ou les réfugiés du Burundi, des centaines de réfugiés quittent l'Ouganda: quelque 4.000
personnes seraient déjà parvenues dans les localités de Mabare, Kaborogota et Tabagwe en
provenance du sud-ouest de l'Ouganda. Ils affirment fuir une situation matérielle devenue
intenable ainsi que des actes d'hostilité suscités par des politiciens ougandais locaux, qui
préparent les élections législatives de février prochain en poussant les réfugiés au départ. Le
blocage politique actuel aggrave le malaise d'un pays qui doit aussi accueillir 350.000 réfugiés du
Burundi, supporter le poids de 900.000 déplacés du Nord et faire face à des risques de famine
dus à la sécheresse.

C. B.