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HISTOIRE DU SAPIN DE NOËL

par Enid BLYTON

TOUT près de la cheminée se dresse le sapin de Noël. On allume ses bougies et les enfants se rassemblent au pied de l'arbre. Sylvie, la plus grande, prend un beau livre de contes et commence à lire à haute voix ... Des animaux qui parlent, des jouets qui partent à l'aventure, des enfants débrouillards et drôles, tout un monde prend forme et vie sous les branches où étincellent boules et cheveux d'ange. Ah! Comme elles sont belles, les histoires du sapin de Noël!

HISTOIRE DU SAPIN DE NOËL par Enid BLYTON TOUT près de la cheminée se dresse le

Ce livre porte le label MINIROSE, c'est-à-dire qu'il intéresse les enfants dès qu'ils savent lire, et qu'il peut aussi bien leur être lu à haute voix.

DU MÊME AUTEUR

dans la même série

dans la Bibliothèque Rose

1. Bonjour les Amis !

  • 2. Histoire de la lune bleue

  • 3. Histoires de la boite de couleurs

  • 4. Histoires de la cabane à outils

  • 5. Histoires de la maison de poupées

  • 6. Histoires de la pipe en terre

  • 7. Histoires de la ruche à miel

  • 8. Histoires de la veille Horloge

  • 9. Histoires des ciseaux d'argent

    • 10. Histoires des quatre Saisons

    • 11. Histoires des trois loups de mer

    • 12. Histoires du bout du banc

    • 13. Histoires du cheval à bascule

    • 14. Histoires du coffre à jouets

    • 15. Histoires du coin du feu

    • 16. Histoires du fauteuil à bascule

    • 17. Histoires du grenier de grand-mère

    • 18. Histoires du marchand de sable

    • 19. Histoires du sac à malices

  • 20. Histoires du sapin de noël

ENID BLYTON

HISTOIRE

DU

SAPIN DE NOEL

ILLUSTRATIONS DE PATRICE HARISPE

ENID BLYTON HISTOIRE DU SAPIN DE NOEL ILLUSTRATIONS DE PATRICE HARISPE HACHETTE 4

HACHETTE

TABLE

PROLOGUE

5

1.Le vieil âne gris

7

2. Ne le dites à personne

19

3.Le gouter de père Patapouf

34

4.Le beau collier de grand-mère

48

5. Mistigri, vaillant capitaine

61

6.La clé du cacatoès

76

7.Les lunettes de Sophie

86

8.Le mouchoir de Nicolas

94

9. Une excursion au bord de la mer

110

HISTOIRE DU SAPIN DE NOEL

PROLOGUE

Dépouillé de ses jouets et de ses bonbons 9 le sapin de Noël se dresse toujours dans un coin de la salle de séjour. Il est encore vert et sent bon la forêt. Son étoile reste à son sommet, trop haute pour que des petites mains avides aient pu s'en emparer, et quelques ampoules électriques permettent encore de l'illuminer. Ce sont les enfants gui ont demandé qu'il reste là, bien que Noël soit passé depuis plusieurs jours. Il y a là une joyeuse bande, tous les enfants de la Camille réunis pour les vacances : Alain, Stéphanie, Nathalie, Bruno, Armelle, Nicolas, Sylvie, Gilles. Et c'est leur grand plaisir, quand la nuit tombe, de s'asseoir au pied de l 9 arbre pour lire un beau livre d'histoires, un des cadeaux de Noël les plus appréciés. C'est Sylvie, l’aînée, qui fait la lecture, si savante que les mots les plus difficiles ne rembarrassent pas* Et les enfants écoutent avec- ravissement les aventures d'autres enfants qui parfois portent leurs noms. Ils apprennent que leurs jouets Raniment quand leurs petits maîtres dorment ou sont absents et que les animaux parlent entre eux. Tout un monde secret leur est ainsi révélé.

CHAPITRE PREMIER Le vieil âne gris Grison, le vieil âne gris, appartenait au fermier Barnabé et

CHAPITRE PREMIER

Le vieil âne gris

Grison, le vieil âne gris, appartenait au fermier Barnabé et toujours, depuis qu'il était un petit ânon vif et turbulent, il avait vécu dans sa ferme. Cela faisait de longues, longues années. De bonne heure, tons les matins, le fermier lui mettait sur le dos des courroies auxquelles il attachait deux bidons de lait. Puis Barnabé et Prison allaient de porte en

porte dans le village. Le fermier tirait la sonnette, une ménagère accourait et tendait une cruche où Barnabé versait un ou deux litres de lait, selon ce qu'on lui demandait. Mais voilà que maintenant Grison se faisait vieux. C'était avec peine qu'il tirait la charrette remplie de choux, de pommes, de corbeilles d'œufs, de mottes de beurre que le fermier conduisait à la ville les jours de marché. Ce qu'il délestait le plus c'était de transporter sur son dos Onésime, le voisin de Barnabé, qui rempruntait de temps en temps quand il avait à faire une course un peu longue. La charrette était lourde, Onésime aussi ... Les bidons pesaient beaucoup moins, aussi Grison aimait-il bien mieux faire sa tournée de lait avec son maître. Mais son dos était vieux et fatigué et il ne pouvait s'empêcher de protester dans son langage, c'est-à-dire par de timides hi-han, lorsque le fermier sortait la charrette du hangar. Sa tristesse redoublait quand Margot, la femme de Barnabé, apparaissait drapée dans son beau

châle noir. Elle était si grosse, Margot, la femme du fermier ! Le marché se trouvait très loin. L'été, la chaleur brûlait l'échiné de Grison et l'hiver la neige le glaçait. Quelquefois Grison arc-bouté sur ses quatre pattes, refusait d'avancer. Alors le fermier se mettait en colère. « Allons, Grison, obéis, criait-il. Si tu n'es plus bon à rien, je serai obligé de te vendre. — Il est vieux, fit remarquer un jour Toinette, la jeune servante. Il est plus âgé que moi qui ai déjà dix-sept ans. — S'il ne peut plus travailler, il faudra que je le vende pour en acheter un autre, déclara le fermier. Onésime m'a offert de m'en débarrasser. Il n'a pas de charrette à tirer, lui !» En entendant ces paroles, Grison eut un frisson. Il aimait la ferme où il avait vécu toute sa vie, il aimait son maître bien que Barnabé fût souvent impatient et coléreux. Il ne voulait pas appartenir à Onésime. Son ami Fido, le chien d'Onésime, lui avait

confié que son maître était avare et dur. « Si tu voyais la pâtée qu'il me

confié que son maître était avare et dur. « Si tu voyais la pâtée qu'il me donne ! Un

peu de pain trempé dans l'eau. Pas un brin de viande sur les os qu'il me jette ! Et jamais une caresse. »

Non,

Grison

n'avait

aucune

envie

d'appartenir à Onésime ! Un matin, le fermier eut si mal au dos qu'il ne put se lever. «Aïe ! Aïe ! Aïe ! Que j'ai mal ! Il faut que je reste au lit, annonça-t-il à sa femme. Je me suis trop fatigué hier en bêchant le

carré de pommes de terre. J'ai besoin de quelques jours de repos. Et la tournée du

carré de pommes de terre. J'ai besoin de quelques jours de repos. Et la tournée du lait ? se lamenta la grosse Margot. Que feront les gens s'ils n'ont pas de lait à mettre dans leur café ? J'ai trop de travail pour y aller moi-même, et Toinette doit distribuer le grain aux poules et conduire les vaches au pâturage. Le lait sera perdu, gémit le fermier. Nous n'avons personne à envoyer. Onésime lui- même ne connaît pas nos clients. » A la grande surprise de Grisou, on ne vint

pas le chercher ce matin-là pour la tournée du lait. Toinette, qui ignorait que Barnabé était malade, avait fixé les bidons au dos de Grison et celui-ci attendait devant la barrière l'arrivée de son maître. Comme il ne venait pas, Grison comprit que quelque chose d'anormal se passait. Après quelque hésitation, il décida de partir seul. Pourquoi ne ferait-il pas la tournée ? Ne connaissait-il pas tous les clients ? Et tous connaissaient Grison. Ils seraient contents de prendre le lait, même en l'absence du fermier. Et aucun n'oublierait de payer, pensa le vieil âne gris. Il trotta donc jusqu'au village et, pour commencer, il s'arrêta devant la maison de Mme Blanche. Il frappa très fort le sol avec son sabot. La petite Suzon l'aperçut par la fenêtre et avertit sa mère. «C'est Grison avec les bidons de lait. Tout seul! Qu'il est intelligent ! Viens vite, maman!» La mère ouvrit la porte, son pot à lait à la main.

« Hi-han ! » dit Grison, ce qui signifiait : « Servez-vous ! »

Mme

Blanche

remplit

son

pot

et

mit

quelques pièces de monnaie dans le petit sac que Grison portait au cou. L'âne repartit et s'arrêta devant une autre porte. Cette fois, il eut beau taper du pied, personne ne vint. Grison avait vu son maître sonner pour appeler ses clients. Il prit le cordon de sonnette entre ses dents et tira. Drelin ! Drelin ! M. Philibert ouvrit la porte et lui aussi fut surpris de voir Grison tout seul.

« Hi-han ! » dit Grison, ce qui signifiait : « Servez-vous ! » Mme Blanche
« Hi-han ! » dit poliment l'âne en guise de bonjour. M. Philibert se servit, paya,

« Hi-han ! » dit poliment l'âne en guise de bonjour. M. Philibert se servit, paya, et le vieil âne reprit sa route. Plusieurs enfants s'étaient rassemblés autour de lui, tous connaissaient Grison et l'admiraient de faire tout seul la tournée du lait. « Qu'il est malin ! s'écriaient-ils en caressant le vieux dos un peu pelé. Chez qui vas-tu maintenant, Grison ? » Grison suivait son chemin sans la moindre hésitation. Il allait chez Mme Lucie. Il frappa

très fort du pied. La vieille femme arriva avec son pot à lait. « Grison est seul, expliquèrent les enfants. Il connaît les clients de son maître.

-

J'ai

toujours

dit

que

c'était

le

plus

intelligent des ânes ! » déclara la vieille femme. Elle prit le lait dont elle avait besoin, mit l'argent dans le sac. Puis elle donna à Grison une grosse carotte d'un beau jaune. « Hi-han ! » dit-il pour la remercier, et il s'éloigna en croquant la succulente carotte. Grison servit tous les clients de son maître et, quand il eut fini sa tournée, les bidons étaient vides et le sac plein de pièces de monnaie. Il avait reçu une autre carotte et deux morceaux de sucre. Il trotta allègrement jusqu'à la ferme et s'approcha de la porte de la cuisine afin que la grosse Margot pût le débarrasser des bidons. Mais Margot et Toinette s'étaient aperçues de la disparition de Grison. Elles l'avaient cherché partout sans le trouver, et

en l'apprenant, le fermier colère.

s'était

mis

en

«

II

s'est

promené

dans les champs

et

sûrement

il

a renversé

le

lait

!

» gémissait

Barnabé. Mais un hi-han sonore retentit. Margot

l'entendit et courut ouvrir la porte.

Elle

s'aperçut que les bidons étaient vides et le sac

plein. Elle avait peine à en croire ses yeux. Elle détacha les bidons, caressa Grison, lui donna un croûton de pain et monta à la chambre de son mari avec le sac rebondi.

« Ton vieil âne gris que tu croyais bon à

rien ! s'écria-t-elle. Il

a

fait

vendu le lait et il rapporte

la tournée, il l'argent. On n'a

a

jamais

vu

un âne

si

intelligent. Il vaut son

pesant d'or ! »

Le fermier

resta ébahi. Il

vida

le

sac

sur

son lit et compta les pièces de monnaie. Il y en avait plus que d'habitude.

«

Margot,

dit-il,

Grison

est

un

brave

animal.

Il

est

vieux,

il

ne

peut

plus tirer

la

charrette, mais c'est un fidèle serviteur. Pour

rien au monde, je ne le vendrais à
rien
au
monde,
je
ne
le
vendrais
à

Onésime! » Margot descendit et mit les bras autour du cou de Grison. «Tu resteras chez noua, lui promit-elle. Tu es le meilleur des ânes, ton maître en est persuadé. Hi-han ! » approuva Grison au comble du bonheur. A partir de ce jour, tous les matins, il fit seul la distribution du lait, et on l'aimait tant que le nombre de ses clients augmenta. Pour tirer la lourde charrette, le fermier

acheta un jeune cheval nommé Popaul avec qui Grison s'entend très bien; ils ont de longues conversations le soir, dans l'écurie. Les jours de marché, Popaul raconte tout ce qu'il a vu en ville. Grison est très vieux maintenant, il ne peut même plus porter les bidons de lait, mais le fermier a tenu sa promesse, il le garde chez lui. Grison passe ses journées dans le pré où les herbes ont si bon goût. Il est si heureux que parfois il gambade et se roule par terre, comme au temps lointain où il était un tout petit à non.

acheta un jeune cheval nommé Popaul avec qui Grison s'entend très bien; ils ont de longues
CHAPITRE II Ne le dites à personne G ILLES avait un costume neuf et des souliers

CHAPITRE II

Ne le dites à personne

GILLES

avait

un

costume

neuf

et

des

souliers neufs. Des souliers noirs et un costume bleu marine que sa mère, Mme

Dubois, venait d'acheter. Gilles était très fier

du

pantalon long qui

lui donnait

l'air d'un

jeune homme, bien qu'il n'eût que neuf ans. «

Quand pourrai-je le mettre pour la première

fois ? demanda

le

petit garçon à sa mère

en

sortant du magasin, le carton sous le bras.

— Demain, répondit-elle. C'est ta fête, ta marraine vient goûter et il faut que tu sois beau. » En effet, le lendemain après le déjeuner, Gilles se lava les mains avec soin et brossa ses cheveux. Puis il revêtit le costume neuf, il noua sa cravate, se chaussa de ses souliers neufs et se contempla à la glace, ravi de son élégance ! «Maman, me permets-tu de mettre ma montre aujourd'hui puisque c'est ma fête ? » demanda-t-il. Son oncle Jean lui avait donné pour Noël une montre en argent avec un bracelet de cuir. Elle était si belle que Gilles n'avait pas encore osé s'en servir. Mais c'était exactement ce qu'il fallait pour compléter le costume neuf. « II me semble que le bracelet ne ferme pas bien, fit remarquer sa mère. Je le porterai demain chez le bijoutier. Il vaudrait peut-être mieux que tu ne le mettes pas. Si tu allais perdre ta montre ! — Je ferai très attention, maman, pro-

mit Gilles. A quelle heure ma marraine

viendra-t-elle ? — A trois heures et demie. J'irai la chercher à la gare, ce n'est pas la peine que tu

viennes, car j'ai

des courses

à

faire avant

l'arrivée du train. En attendant, tu peux aller jusqu'à la plage, mais rentre avant quatre heures et ne te salis pas. — N'aie pas peur, maman, répondit Gilles. Je suis bien trop content d'avoir un si beau costume ! » Gilles habitait près de la mer et il aimait

voir les vagues se briser sur le sable. Il se promena gravement le long de la plage, en admirant de temps en temps sa belle montre d'argent. En temps ordinaire, il aimait patauger dans l'eau ou construire des châteaux forts qui ne tarderaient pas à s'écrouler. Il n'avait pas peur d'habitude de se mouiller et de se salir, mais ce jour-là n'était pas un jour comme les autres.

Malgré

le

beau

temps,

les

promeneurs

étaient rares. Seuls quelques enfants très jeunes jouaient au ballon. La marée qui était

haute commençait à se retirer. Au moment où Gilles passait, une petite fille de trois ans

haute commençait à se retirer. Au moment où Gilles passait, une petite fille de trois ans qui s'était aventurée un peu trop loin tomba et fut emportée par une vague. « Au secours ! crièrent les autres enfants affolés. Josette va se noyer ! Au secours ! » Gilles s'élança vers la petite fille qui cherchait à se relever sans y parvenir. Ballottée par les vagues, elle s'éloignait déjà du rivage. Les quelques personnes qui se promenaient sur la digue entendraient-elles à temps les appels ? Non, sans doute. Gilles savait nager, il avait même eu un

prix de natation. Il oublia son costume neuf, ses souliers neufs, sa belle montre. Sans réfléchir, il se jeta dans l'eau, atteignit la petite Josette, la saisit et la ramena vers le rivage. Ce n'était pas facile tant elle se débattait. Enfin ils furent tous deux sur la plage au milieu des autres enfants qui poussaient des cris. L'un d'eux remarqua que Gilles ruisselait. Il le connaissait car ils allaient tous deux à la même école. « Comment feras-tu pour te sécher, Gilles? demanda-t-il. - Ne le dis à personne », supplia Gilles qui se secouait à la manière d'un chien et enlevait sa veste pour la tordre. « C'est mon costume neuf. Que va dire maman ? Il faut que je me sèche avant son retour, » Attirés par les cris, les promeneurs de la digue avaient accouru ; ils s'empressaient autour de la petite fille. Gilles en profita pour s'esquiver. Un homme essaya de le retenir, Gilles se dégagea. « Ne le dites à personne», supplia-t-il, et il s'enfuit.

II entra dans le jardin par la petite porte de côté, car il n'était pas fier de lui. Le silence régnait. Sa mère était allée attendre marraine à la gare. Tant mieux! Une petite voisine, perchée sur une brouette, le vit par-dessus la haie de troènes. «Tu es tout mouillé! s'écria-t-elle. Ta maman te grondera. - Ne le dis à personne ! répéta Gilles. Je vais essayer de me sécher avant le retour de maman. » II entra dans la maison et monta en courant à sa chambre. Il enleva ses vêtements trempés, les tordit au-dessus du lavabo pour en faire tomber l'eau. Et soudain il sursauta. Le bracelet de cuir avait glissé de son poignet et il avait perdu sa belle montre en argent ! «Elle est tombée dans la mer pendant que je nageais, se dit-il. Quel malheur! J'étais si content d'avoir une montre ! » Mais Gilles n'avait pas le temps de s'apitoyer sur son triste sort. Il devait faire

sécher ses vêtements avant le retour de sa mère. Il enfila son peignoir de bain et descendit à la cuisine. Il étala son costume devant la cuisinière qui était allumée. Combien de temps faudrait-il pour le sécher ? Pourvu que ce ne soit pas trop long ! Sa mère alla attendre la marraine à la gare et, pour jouir du beau temps, toutes les deux firent un tour sur la digue. Des groupes y parlaient avec animation. Il n'était question que d'un courageux garçon qui s'était jeté à l'eau pour sauver une petite fille. Mais personne ne connaissait

sécher ses vêtements avant le retour de sa mère. Il enfila son peignoir de bain et
son nom. Les camarades de Josette le savaient, bien sûr, mais ils gardaient le silence puisque

son nom. Les camarades de Josette le savaient, bien sûr, mais ils gardaient le silence puisque Gilles les avait suppliés de ne rien dire. La mère et la marraine de Gilles se promenèrent sur la digue puis revinrent à la maison à l'heure du goûter. Que faisait Gilles? Son costume était presque sec et il l'avait remis, mais la veste

et le pantalon étaient chiffonnés. Ne pouvant enfiler ses souliers encore trempés, Gilles avait dû reprendre ses vieilles chaussures. Il ne ressemblait plus au petit garçon tiré à quatre épingles qui avait quitté la maison deux heures plus tôt, mais c'était le mieux qu'il pouvait faire. Il espérait, sans trop y croire, que sa mère ne s'apercevrait de rien. Marraine fut contente de le revoir et le trouva grandi. Mais Mme Dubois, dès le premier regard, fut consternée. Comment

et le pantalon étaient chiffonnés. Ne pouvant enfiler ses souliers encore trempés, Gilles avait dû reprendre
Gilles avait-il pu salir ainsi et chiffonner son beau costume neuf ? Qu'il était peu soigneux

Gilles avait-il pu salir ainsi et chiffonner son beau costume neuf ? Qu'il était peu soigneux ! Gilles lut son mécontentement sur son visage et eut envie de pleurer. Pourtant elle attendait pour le gronder qu'ils fussent seuls. « Fais voir à ta marraine la belle montre que ton oncle Jean t’a donnée, proposa-t-elle. Pendant ce temps, je vais préparer le chocolat,» Pauvre Gilles ! Il devint tout rouge et ne sut que dire. « Je l'ai perdue, avoua-t-il à sa marraine,

Ce n'est pas je l'ai perdue cet après midi. Ce n'est pas ma faute !» Marraine s'étonna de l'attitude de II était si rouge, il avait l'air si malheureux et son costume était si froissé ! Pour le mettre à son aise, elle lui raconta la promenade sur la digue. «Figure-toi, Gilles, dit-elle, que tout le monde parlait d'un garçon courageux qui s'est jeté à la BOBT pour sauver une petite fille en danger de se noyer. — Oh ! murmura Gilles en rougissant de plus belle. — Un vrai petit héros î reprit marraine, Les parents de la petite fille voudraient bien le remercier, mais personne ne sait son nom. Il s'est enfui tout de suite. Je me demande pourquoi. — Oh !» répéta Gilles, maintenant rouge comme une écrevisse. Il aurait voulu pouvoir se cacher dans un trou de souris. Sa mère qui le regardait Rapprocha soudain de lui, téta va veste et la trouva humide.

«Gilles! s'écria-t-elle. C'est toi qui t'es jeté

à l'eau pour sauver la petite fille, n'est-ce pas ? - Oui, maman, avoua Gilles au

supplice. J'ai oublié

que

je

portais mon

costume neuf. Je n'ai pensé qu'à la petite fille.

Et j'ai perdu ma

belle montre. J'ai

tant

de

chagrin. Mais les autres enfants étaient trop petits pour savoir nager. J'étais bien obligé

d'aller au secours de Josette. J'ai

mis mon

costume devant le feu, il n'est pas encore tout à fait sec.

  • - Oh ! Gilles ! » murmura sa mère.

Et elle le serra dans ses bras à l'étouffer.

«

Ton

costume,

ta

montre,

quelle

importance

ont-ils

?

Tu

as

sauvé

une petite

fille ! Je suis fière de

toi,

et

ton papa

sera

heureux d'avoir un garçon si courageux ! » Gilles fut surpris et content. Il enleva son

costume humide et remit son pull-over et sa culotte de tous les jours. Après le bon goûter

que sa mère

avait préparé en l'honneur de

marraine, il se sentit heureux et consolé.

Au milieu se dressait une pièce montée à quatre étages. 31

Au milieu se dressait une pièce montée à quatre étages.

Chose extraordinaire, personne ne Pavait grondé pour avoir sali son costume neuf et perdu sa montre

Chose extraordinaire, personne ne Pavait grondé pour avoir sali son costume neuf et perdu sa montre ! De plus, le lendemain à l'école, il fit figure de héros. Le maître le félicita, ses camarades l'applaudirent. Et les parents de la petite Josette ? Ils lui apportèrent une montre en or avec un bracelet de cuir qui fermait bien et ne glisserait pas de son poignet. Gilles était fou de joie. Des garçons de son âge qu'il connaissait, aucun ne possédait de montre en or ! «Tu l'as bien méritée, affirmèrent son père et sa mère.

— Je ne voulais rien dire, expliqua Gilles, à cause de mon costume neuf. A présent tout le monde connaît mon secret et, au lieu de me gronder, on me félicite. » Gilles m'a montré son bracelet-montre, Jamais je n'en ai vu d'aussi beau !

CHAPITRE III Le Gouter du Père patapouf DE SON VRAI NOM , le père Patapouf s'appelait

CHAPITRE III

Le Gouter du Père patapouf

DE

SON

VRAI

NOM,

le

père

Patapouf

s'appelait Boniface, mais on l'avait surnommé Patapouf parce qu'il était gros, lourd, maladroit. Il ne s'en vexait pas. C'était le meilleur homme du monde et il avait pour plus grand plaisir d'inviter ses amis à de magnifiques goûters. Et jamais personne ne refusait l'invitation. Il couvrait sa table d'une quantité de

bonnes choses à manger et il inventait les jeux les plus amusants qu'on puisse imaginer. Mais

bonnes choses à manger et il inventait les jeux les plus amusants qu'on puisse imaginer. Mais Patapouf se montrait difficile sur le choix de ses invités. Il ne voulait chez lui que des gens bien élevés, des gens qui disaient toujours la vérité, des gens qui ne se jetaient pas sur les gâteaux comme des gloutons. Si quelqu'un n'assistait pas à un de ses goûters, tout le monde savait qu'il avait de gros défauts. Un jour, Casimir, un garnement du village

qui ne pensait qu'à jouer de mauvais tours, descendait la rue comme un fou. En coup de vent, il tourna le coin. Boum ! Il se heurta si violemment à Patapouf que tous les deux tombèrent à la renverse. Patapouf s'assit dans une flaque d'eau. Casimir se tapa la tête contre un mur. «Pourquoi m'as-tu bousculé? demanda Patapouf en colère. — Ça alors ! C'est un peu fort ! dit Casimir

qui ne pensait qu'à jouer de mauvais tours, descendait la rue comme un fou. En coup

méchamment. C'est

vous

qui m'avez

heurté. — Tu ne peux donc pas regarder où tu marches ? hurla Patapouf. —

Je regardais, mais vous vous êtes jeté sur moi sans crier gare, répliqua le mauvais garnement. — Ne dis pas de bêtises, riposta Patapouf en s'épongeant avec son mouchoir. -— Je ne dis que la vérité ! — Non î Si !

— — Non. Je ne t'inviterai pas au goûter

que je vais donner.

-— J'irai quand même et je mangerai vos meilleurs gâteaux ! déclara Casimir. —

Je te dis que non !

Je vous dis que si !

— — Allons,

circulez ! ordonna Flip, le

gendarme du village. Plus de querelle ! Ne

voyez-vous pas que vous bloquez le pas- Patapouf et Casimir furent donc obligés de poursuivre leur route. Patapouf était

bien décidé à ne pas inviter Casimir. Casimir était bien décidé à assister au goûter et

bien décidé à ne pas inviter Casimir. Casimir était bien décidé à assister au goûter et à se régaler aux dépens de Patapouf, Patapouf envoya ses invitations. Figurez-vous que cette fois il invitait tous les habitants du village, à l'exception de Casimir, bien entendu. Celui-ci déclarait à qui voulait l'entendre que cela lui était bien égal, mais, rusé comme un renard, il avait déjà dressé son plan. Ce serait un beau goûter ! Patapouf avait acheté des disques nouveaux. On chanterait et on danserait. Il avait disposé sur la table

quatre grands plats, le premier contenant des gâteaux au chocolat, le second des choux à la crème, le troisième des éclairs au café, le quatrième d'énormes meringues blanches. Au

milieu, se dressait une pièce montée à quatre étages avec tout en haut un lapin en sucre rosé. Les gens avaient sorti des armoires les vêtements des dimanches. Seul Casimir garda son vieux pull-over et son pantalon rapiécé. Mais il n'en paraissait pas chagriné. Il allait et venait comme d'habitude en fredonnant ou en sifflant. On eût dit à le voir que les bons goûters n'avaient aucun attrait pour lui.

A

quatre

heures,

vieillards, hommes,

femmes et enfants se dirigèrent vers l'habitation de Patapouf. Deux personnes seulement ne se joignirent pas aux autres :

Casimir, bien entendu, et Flip le gendarme qui avait à garder les maisons désertes ; le bruit du goûter de Patapouf s'était répandu au loin et des voleurs pourraient profiter de l'occasion.

Patapouf fit jouer un de

ses nouveaux

disques. Ses invités «e mirent à chanter et à danser. Quel vacarme! Tous étaient contents et s'en donnaient à cœur joie. Au fond de la pièce, ils avaient admiré la table mise, les grands plats de gâteaux au chocolat, de choux

à la crème? d'éclairs au café, et surtout le lapin qui décorait la pièce montée. Jamais fête n'avait été aussi réussie. Au moment où les danseurs commençaient à avoir faim et pensaient qu'il était temps de mettre fin aux danses pour se régaler des bonnes choses préparées par le maître de maison, on frappa à la porte. Pan ! Pan !

« Qui donc

peut venir ? » demanda

Patapouf étonné. Il ouvrit et vit un gendarme en uniforme bleu, le casque sur la tête, l'air sévère. «Bonsoir, Flip, s'écria Patapouf de plus en plus surpris. Que désirez - vous ? — Vous rendez-vous compte du tapage que vous faites ? interrogea Flip d'une voix bourrue.

Noua dansons et nous chantons, c'est — tout, répondit Patapouf. Nous ne faisons pas beaucoup de

Noua dansons et nous chantons, c'est

— tout, répondit Patapouf. Nous ne faisons pas

beaucoup de bruit- Flip. Moi je dis que si, insista Flip. Je vous entendais de l'autre bout du village. Dans la maison, vous ne vous en rendez pas compte, mais d'ici c'est assourdissant. Si vous continuez, personne ne pourra dormir.

—- Mais personne n'a

envie de dormir,

protesta Patapouf. Tout le monde est chez moi.

— Ne discutez pas, trancha le gendarme d'une voix si irritée que Patapouf sursauta.

Je

vous

dis

que

du dehors

le

bruit est

assourdissant. — Je vais sortir pour me

rendre

compte », proposa Patapouf, et il se retourna

pour appeler ses invités. «Le gendarme prétend que nous faisons trop de tapage et

qu'on nous entend jusqu'au bout du village. Je vais sortir pour voir s'il dît vrai.

— Venez tous,

ordonna le

gendarme.

Venez écouter! Allons, dépêchez-vous de sortir ! » Flip entra dans la maison et poussa tout le monde dehors. Il ferma la porte et enleva son casque. Et ce n'était pas Flip. C'était ce garnement dé Casimir déguisé en gendarme pour jouer un mauvais tour à Patapouf. Il vida les plats de gâteaux dans son casque et dans un sac qu'il avait apporté, et prit le lapin en sucre rosé qui ornait la pièce montée. Puis il s'esquiva par la porte de la cuisine, traversa le potager et retourna chez lui en courant. Après tout, il avait pris part au goûter! Dehors les invités se rassemblèrent et

tendirent l'oreille pour entendre le vacarme dont se plaignait le gendarme. Ils écoutèrent pendant cinq bonnes minutes. «Je n'entends absolument rien, déclara Mathieu le pâtissier qui avait vendu les gâteaux et la pièce montée. — Pas le moindre bruit, renchérit Biaise, l'épicier. — Nous nous amusons bien sagement, fit remarquer Patapouf. Le gendarme ne sait pas ce qu'il dit. On pourrait croire qu'il n'y a personne dans la maison. — Mais il n'y a personne ! s'écria Gustave, le maître d'école, en éclatant de rire.

tendirent l'oreille pour entendre le vacarme dont se plaignait le gendarme. Ils écoutèrent pendant cinq bonnes
Plus personne, excepté Flip. Noua sommes tous sortis pour entendre le bruit que nous faisions à

Plus personne, excepté Flip. Noua sommes tous sortis pour entendre le bruit que nous faisions à l'intérieur. Ah ! Ah ! Ah ! » Tous s'esclaffèrent. C'était si drôle ! Ils étaient sortis pour entendre le vacarme qu'ils faisaient à l'intérieur. Quelle sottise ! « Rentrons, proposa Patapouf. Nous dirons à ce niais de gendarme que nous n'avons rien entendu. »

Ils rentrèrent donc

mais où était Flip ? Nulle

... part. Et où étaient les délicieux gâteaux qui remplissaient tout à l'heure les plats ? I1& avaient disparu. Et le beau lapin en guère rosé ? Il ne décorait plus la pièce montée. La porte de la cuisine était grande ouverte !

«Ce n'était pas Flip, c'était Casimir! s'écria soudain Patapouf. Oui, c'était lui ! Je pensais bien que je ne reconnaissais pas la voix de Flip. Il est venu à mon goûter comme il l'avait affirmé. Il a pris les gâteaux et mon beau lapin en sucre rosé ! — Et parce que nous avons été assez stupides pour obéir à ses ordres et quitter la maison afin d'écouter le bruit que nous faisions à l'intérieur ! gémit Biaise. Je vais courir chez lui, je lui dirai que nous avons découvert ce mauvais tour qu'il nous a joué — c'était vraiment très drôle, vous savez —, je lui dirai qu'il peut goûter avec nous s'il rapporte les gâteaux et le lapin en sucre rosé. —- C'est cela, approuva Patapouf. Il est trop malin pour moi. J'aime mieux l'avoir pour ami que pour ennemi. Qui sait ce qu'il inventerait encore ! » Biaise courut vers la maisonnette de Casimir. Casimir avait sur ses genoux le casque plein de gâteaux et se régalait d'un éclair au café.

«Arrête! cria Biaise. Je viens t'inviter à notre goûter. Tu nous as fait une farce très drôle. Mais le pauvre Patapouf se désespère de n'avoir plus de gâteaux à nous offrir! Et il était si fier de son lapin en sucre rosé ! — Bon, répondit Casimir en se levant. J'irai et je rapporterai tout ce que j'ai pris.» Casimir retourna donc chez Patapouf avec Biaise. Les autres l'accueillirent en riant, le traitèrent de mauvais garnement. Patapouf déclara qu'il lui pardonnait si Casimir promettait de ne plus faire de farces à personne. On remit un disque sur le tourne-disques, on plaça le lapin rosé tout en haut de la pièce montée et on attaqua les gâteaux. «C'était un magnifique goûter, dit Casimir en prenant congé de Patapouf. Dommage que les meringues aient été un peu écrasées. — A qui la faute, chenapan ? » répliqua Patapouf en riant.

Et depuis, Casimir ne joue plus de mauvais tour et Patapouf l'invite à tous ses goûters.

Et depuis, Casimir ne joue plus de mauvais tour et Patapouf l'invite à tous ses goûters.
CHAPITRE IV Le beau collier de grand-mère G RAND - MÈRE , papa, maman, Florence et

CHAPITRE IV Le beau collier de grand-mère

GRAND-MÈRE, papa, maman, Florence et Stéphane passaient leurs vacances au bord de la mer. Le soleil brillait sur l'eau bleue. Quel délice de marcher sur le sable fin ! Grand-mère était très heureuse. Elle se plaisait à vivre avec ceux qu'elle aimait. Florence et Stéphane l'entouraient de prévenances, car c'était la vieille dame la plus

charmante que l'on puisse imaginer. Elle avait un grand sac d'où elle sortait sans cesse des bonbons, des gâteaux secs, des petits jouets ; elle était toujours prête à écouter les bavardages de ses petits-enfants, et, chaque fois qu'ils le lui demandaient, elle leur racontait des histoires amusantes ou évoquait ses souvenirs d'enfance. Grand-mère avait un beau collier qu'elle portait presque toujours à son cou. Des boules de cristal transparent alternaient avec des turquoises de la couleur des vagues. Sa mère le lui avait donné pour son vingtième anniversaire et elle y tenait beaucoup. Un jour, elle l'avait prêté à Florence qui avait le rôle de la princesse dans une pièce jouée à son école, et Florence s'était pavanée avec fierté. Et voilà que, pendant ces vacances, grand- mère perdit son collier. Elle ne pouvait imaginer quand et comment. Elle leva la main pour le tapoter, ainsi qu'elle le faisait souvent, et il n'était plus là. « Quel malheur ! s'écria-t-elle. J'ai perdu

mon collier ! Florence ! Stéphane ! Aidez- moi à chercher mon joli collier! » Florence et Stéphane cherchèrent partout dans la maison mais le collier restait introuvable. «Grand-mère, le fermoir à dû s'ouvrir et le collier s'est détaché pendant que nous nous promenions en barque ce matin, déclara Stéphane. Te rappelles-tu, j'ai entendu un petit plouf, j'ai cru que mon canif tombait dans l'eau, ce devait être ton collier puisque plus tard j'ai retrouvé mon canif au fond de ma poche. — S'il est au fond de la mer, je ne le reverrai plus, c'est fini, gémit la pauvre grand- mère. C'est un grand chagrin pour moi !» Grand-mère avait en effet l'air d'être très malheureuse. Florence et Stéphane partagèrent sa peine. Ils" savaient que c'est très pénible de perdre un objet auquel on tient. Un jour, Stéphane avait perdu un stylo bille bleu dont il était très fier et, une fois, Florence avait oublié dans un jardin public une

jolie poupée blonde. Tous les deux avaient été très affligés. Papa et maman apprirent avec tristesse la perte du collier. «Tu l'avais quand nous sommes montés dans la barque ce matin avec les enfants, fit remarquer maman. Je l'ai vu étinceler au soleil. Il a dû tomber quand tu t'es penchée pour regarder le banc de sardines. — C'est probable, approuva grand-mère. Je ne le retrouverai pas. Il faut que je m'habitue à cette idée. »

jolie poupée blonde. Tous les deux avaient été très affligés. Papa et maman apprirent avec tristesse

L'après-midi, les deux enfants avaient projeté d'aller goûter avec leur mère sur une plage voisine, dans une pâtisserie réputée pour ses glaces, tandis que leur père jouerait au golf et que grand-mère resterait à la maison pour faire sa correspondance. Mais ils n'eurent plus envie de se régaler de bonnes choses alors que leur grand-mère était si triste. «Remettons le goûter à demain, proposa Stéphane à Florence. Je sais ce que nous allons faire ; nous prendrons le grand filet et nous irons pêcher des crevettes pour grand-mère. Tu sais qu'elle les aime beaucoup. Nous les ferons cuire pour le dîner et, pendant un moment, elle oubliera la perte de son collier. — C'est une bonne idée, déclara Florence. Je vais chercher le filet. Je sais où il est. » Stéphane fit part de son projet à sa mère. Elle félicita ses enfants de leur gentillesse. « Si vous partez seuls, je pourrai tenir compagnie à votre grand-mère et les crevettes

lui

feront

sûrement

grand

plaisir. »

Florence et Stéphane s'en allèrent en emportant le filet. La marée montait. «Elle ramènera les crevettes, fit remarquer Stéphane. J'espère que nous en attraperons beaucoup. » Ils enlevèrent leurs sandales et descendirent au bord de l'eau. Les pêcheurs étaient nombreux. Ils choisirent un endroit plus

lui feront sûrement grand plaisir. » Florence et Stéphane s'en allèrent en emportant le filet. La
solitaire. Stéphane qui portait le filet le tendit à sa sœur. « Commence, Florence, dit-il. Je

solitaire. Stéphane qui portait le filet le tendit à sa sœur. « Commence, Florence, dit-il. Je tiendrai le panier. » Florence promena le filet dans l'eau. Des petites vagues dansaient autour de ses mollets, elles étaient chaudes et la chatouillaient gentiment comme si elles étaient contentes de jouer avec une petite fille. Florence promena le filet sur le sable. Qu'y trouverait-elle tout à l'heure ? « Regardons ! » s'écria Stéphane au bout d'un moment. Florence souleva le filet. « Oh ! Il est plein ! constata Stéphane

enchanté. Tu as attrapé beaucoup de crevettes, Florence. Elles voudraient bien retourner dans l'eau. Mettons-les dans le panier. » C'est ce qu'ils firent. Ils en comptèrent sept, si grosses qu'on aurait pu les prendre pour des langoustines. «A ton tour, Stéphane», dit Florence. Elle lui donna le filet et prit le panier. Stéphane poussa le filet sous l'eau. C'est très amusant la pêche aux crevettes. Il espérait en attraper autant que Florence. «Voyons ce que j'ai pris», annonça-t-il enfin. Il souleva le filet mais, chose presque incroyable, il n'y avait à l'intérieur qu'un tout petit crabe vert. Pas une seule crevette ! Quelle déception ! «Essaie encore, Stéphane», proposa Florence. Stéphane secoua la tête. «Non, dit-il, c'est ton tour, Florence, Tout à l'heure, je reprendrai le filet, » Florence fit un nouvel essai et, quand elle

souleva le filet, elle y trouva quatorze crevettes. Toutes très grosses. Elle pouvait à peine en croire ses yeux. «J'ai vraiment de la chance, fit-elle remarquer en mettant les crevettes dans le panier. A toi, Stéphane. » Pauvre Stéphane! Malgré ses efforts, il n'attrapa pas une seule crevette, pas même un crabe cette fois, seulement une touffe d'algues. Il en avait les larmes aux yeux. Quelle était la cause de son échec ? «Tu enfonces peut-être trop brusquement

souleva le filet, elle y trouva quatorze crevettes. Toutes très grosses. Elle pouvait à peine en

le

filet

dans le sable

et

tu

fais peur aux

crevettes qui se sauvent sans entrer dans le filet, expliqua Florence. C'est à moi, maintenant. Cette fois, je ne prendrai rien sans doute. »

Mais

la

chance

favorisait Florence cet

après-midi-là. Elle attrapa en tout quarante- trois crevettes, alors que le pauvre Stéphane ne pouvait en prendre une seule. Mais ce fut tout

de même lui qui eut la plus belle capture. Avant de retourner à la maison, il fit une dernière tentative. Quand il souleva le filet dans l'espoir de trouver une crevette à l'intérieur, il vit quelque chose qui étincelait. Que croyez-vous qu'il avait attrapé ? Devinez.

n'avait

attrapé le beau collier

de

grand-

mère. Qu'en pensez-vous ? La marée l'avait rapporté et il était à moitié enterré dans le sable au bord des vagues. Stéphane avait enfoncé son filet et le collier avait glissé dedans.

«Florence!

Florence!

Regarde,

j'ai

retrouvé le collier de grand-mère ! cria Stéphane au comble de la joie. Regarde ! —

retrouvé le collier de grand-mère ! cria

Stéphane au comble de la joie. Regarde !

— Stéphane ! Quel

bonheur ! Et quelle

surprise pour grand-mère, cria Florence à son tour. Vite ! Allons le montrer à maman,» Ils retournèrent en courant à la maison. Leur mère fut ravie. « Je sais ce que nous allons faire, déclara-t- elle. Je vais faire cuire les crevettes pour le dîner et je mettrai sur la table deux plats recouverts d'une serviette. L'un contiendra

les crevettes, l'autre le collier lavé et essuyé. Nous dirons à grand-mère que vous avez péché cet après-midi à son intention. Elle sera bien contente ! » A l'heure du dîner, deux plats couverts d'une serviette étaient sur la table. « J'ai attrapé ce qui est dans ce plat, expliqua Florence, et Stéphane a attrapé ce qu'il y a dans l'autre. » Grand-mère découvrit d'abord le premier plat. Il était plein de délicieuses crevettes roses. «Qu'elles sont grosses! s'écria-t-elle. Qu'y a-t-il dans l'autre plat ? » Elle enleva la serviette et, quand elle vit son beau collier de cristal et de turquoises, elle resta muette d'étonnement. «Mon collier! s'écria-t-elle enfin. Mon beau collier ! Enfants, où était-il ? » Ils racontèrent qu'ils avaient renoncé au goûter projeté pour pêcher des crevettes à son intention, Florence avait capturé un grand nombre de crevettes, Stéphane pas une seule, mais il avait retrouvé le collier.

«Vous êtes de gentils enfants, déclara grand-mère en les embrassant. Vous m'avez fait de belles surprises et maintenant je veux vous récompenser. Je vous achèterai les montres en argent que vous avez admirées hier dans la vitrine du bijoutier. — Oh ! grand-mère, grand-mère ! Quel bonheur que tu aies perdu ton collier ! s'écrièrent les enfants. Tu as un bon plat de crevettes et nous nous aurons des montres. — Et moi j'ai deux enfants très gentils, ajouta maman en souriant. Nous sommes donc tous très heureux.» Grand-mère fit mettre un fermoir neuf à son collier et elle l'a encore. C'est elle qui m'a chargé de vous raconter cette histoire. J'espère qu'elle vous a plu.

CHAPITRE V Mistigri, vaillant capitaine M ARC et Brigitte passaient toujours leurs vacances avec leurs parents

CHAPITRE V

Mistigri, vaillant capitaine

MARC et Brigitte passaient toujours leurs vacances avec leurs parents dans une villa au bord de la mer. Le matin, le bruit des vagues qui se brisaient sur le sable et les cris des mouettes les réveillaient. Cet été là, toute la famille était réunie. Il y avait même Jocko, l’épagneul mordoré, et Mistigri le petit chat tigré. Personne ne restait en ville. Jocko aimait beaucoup la mer et Mistigri se plaisait à jouer sur le sable.

Près de la grande villa des parents de Marc et Brigitte, une maison plus petite avait été construite. Deux chats et un chien y habitaient avec leur maîtresse. Le chien, un lévrier gris, s'appelait Ricky, et les chats Noireau et Blanchette ; vous devinez donc quelle était leur couleur. Jocko, Mistigri, Ricky, Blanchette et Noireau étaient très bons amis. Mistigri, le bébé chat, s'amusait beaucoup avec eux. Comme il était très petit et très mignon, les quatre autres s'occupaient de lui et faisaient toutes ses volontés. Trop gâté, Mistigri devint capricieux et vaniteux/Marc et Brigitte le caressaient, l'admiraient et vantaient son intelligence. « Regarde comme il court après mon ballon ! s'écria Marc en voyant Mistigri jouer avec le ballon sur le sable. — Et tout à l'heure il s'amusait avec une touffe d'algues, ajouta Brigitte. Il était allé la chercher sur un rocher. On ne peut pas voir de petit chat plus malin ! » Mistigri se prit bientôt pour un prodige.

Il allait et venait le nez en l'air, sûr que Jocko et les autres n'étaient que ses humbles serviteurs. Il y avait pourtant une chose dont il était incapable. Il ne pouvait patauger et se baigner avec les enfants, comme le faisaient Jocko et Ricky ; il craignait l'eau. Pour rien au inonde, il n'aurait voulu mouiller le bout de ses jolies petites pattes. Un jour, Marc et Brigitte reçurent un cadeau, un beau voilier qu'ils descendirent sur la plage. Un jouet, oui, mais assez grand pour qu'un des deux chiens pût y entrer. Marc et Brigitte jouèrent toute la matinée, ils le firent naviguer tout en se baignant, et le voilier flottait gaiement sur les vagues. Quand ce fut l'heure de remonter à la villa pour déjeuner, ils le laissèrent au bord de l'eau. Les cinq animaux se réunirent autour du beau bateau. « Je ferais bien une croisière ! déclara Jocko. Quel habile capitaine je serais ! — Moi aussi ! s'écria Ricky en agitant la queue.

Les cinq animaux se réunirent autour du bateau. 64

Les cinq animaux se réunirent autour du bateau.

— C'est moi le meilleur capitaine,

affirma Mistigri. Marc et Brigitte disent que je suis le plus intelligent des petits chats. Je suis sûr que je pourrais conduire ce bateau beaucoup mieux que vous.

- Allons donc, Mistigri, petit

vaniteux

!

protesta Blanchette. Toi qui ne peux même pas te mouiller le bout des pattes. Tu ferais une drôle de tête en pleine mer ! — Je serais un excellent capitaine, répéta Mistigri vexé. Je sais ce qu'il faut faire. On tourne ce machin qu'on appelle

— C'est moi le meilleur capitaine, affirma Mistigri. Marc et Brigitte disent que je suis le

gouvernail et le bateau flotte sur l'eau* Marc l'a dit tout à l'heure. — Tu ne sais rien du tout, interrompit Ricky d'un ton méprisant. Tu te vantes, comme d'habitude. — Non ! » hurla Mistigri, les poils hérissés par la colère. Il sauta dans le bateau et posa sa patte sur le gouvernail. «Voilà, dit-il. On n'a qu'à tourner cela pour que le bateau vogue ! » Les autres se moquèrent de lui, sûrs que Mistigri ferait un piètre matelot. Ils s'éloignèrent. Mistigri, encore très fâché, s'allongea au fond du bateau pour jouir de la chaleur du soleil. Il ne jouerait pas avec ses camarades puisqu'ils n'étaient pas convaincus de sa supériorité. Tant pis pour eux, il jouerait seul ! Mistigri baissa les paupières pour protéger ses yeux du soleil. Il posa son nez sur ses pattes et s'endormit. La marée montait mais il n'entendit pas le bruit des vagues. L'eau glissa sous le voilier et le secoua un peu.

Mais Mistigri dormait profondément, il rêvait que Brigitte lui offrait une jatte pleine de crème. Jocko, Ricky, Noir eau et Blanchette se

demandaient où était Mistigri. Ils ne pouvaient pas le voir, couché au fond du bateau. Ils crurent qu'il était retourné à la maison.

«

Mistigri

devient

un

petit

chat

insupportable, déclara Jocko. Nous l'avons

trop gâté. — Qu'il est stupide de se prendre pour un bon capitaine, affirma Ricky, Tout le monde sait que les chats détestent l'eau. — Ne nous occupons plus de lui, conseilla Blanchette. C'est un petit vaniteux. Couchons-nous à l'ombre de ce rocher pour faire la sieste. J'ai sommeil.»

Tous

les

quatre

s'allongèrent et

s'endormirent. Ils étaient loin de l'eau et la mer ne les atteignait pas.

Mais

Mistigri

n'était

pas

en sûreté.

Maintenant la mer entourait le voilier. Dans

une minute, il flotterait. Une grosse vague

s'abattit sur la plage et, en se retirant, emporta le bateau. Il voguait magnifiquement. La plage

s'abattit sur la plage et, en se retirant, emporta le bateau. Il voguait magnifiquement. La plage ne fut plus qu'une étroite bande de sable. Le bateau s'éloigna, ballotté par les vagues. Réveillé en sursaut, Mistigri se demanda ce qui le berçait. Il se redressa et s'aperçut qu'il s'était endormi dans le bateau. Quand il regarda par-dessus bord, quelle surprise et quelle frayeur ! Il voguait en pleine mer ! De grosses vagues soulevaient le voilier. La plage était très loin.

« Miaou ! gémit Mistigri, Miaou ! Je suis en pleine mer ! J'ai peur ! Je vais me noyer! » Personne ne l'entendit dans le vacarme de la mer. Mistigri oublia qu'il s'était vanté d'être un excellent capitaine. Il oublia qu'il s'était vanté de pouvoir diriger le bateau. Il se cramponnait au mât et regardait avec des yeux effrayés les vagues vertes qui se succédaient. Marc et Brigitte se rappelèrent brusquement qu'ils avaient laissé leur bateau sur la plage. « La marée monte ! s'écria Marc consterné. Vite, Brigitte, allons voir si notre bateau ne risque rien ! » Ils coururent vers la plage et constatèrent que la marée était haute. Et très loin, sur les grandes vagues, flottait leur beau voilier. « Regarde ! s'écria Brigitte. Il est là-bas ! Il y a quelque chose dedans. Qu'est-ce que c'est, Marc ?» Marc plissa les yeux pour mieux voir. Puis il poussa un cri de surprise.

« C'est Mistigri, le petit chat ! Oui, c'est lui ! Regarde-le, Brigitte ! — Qu'il est intelligent ! déclara Brigitte qui croyait que Mistigri dirigeait le bateau. Je n'ai jamais vu un petit chat diriger un bateau ! Jocko, Ricky, venez voir Mistigri qui conduit notre voilier ! » Brusquement réveillés, Jocko, Ricky, Noireau et Blanchette accoururent pour voir ce qui se passait. Quand ils aperçurent Mistigri dans le bateau qui flottait sur l'eau, ils purent à peine en croire leurs yeux. « Le capitaine Mistigri conduit le bateau, expliqua Brigitte. Le capitaine Mistigri ! Qu'il est habile ! » Mais Ricky avait des doutes sur l'habileté de Mistigri. Il avait l'oreille fine, il entendait un « Miaou » et ce a Miaou » exprimait une grande frayeur. Ce n'était pas la voix triomphante d'un hardi capitaine, mais celle d'un chaton terrifié. « Je crois qu'il s'est endormi dans le bateau et que les vagues l'ont emporté, confia Ricky à Jocko»

— Cela lui apprendra à tant se vanter ! répliqua Jocko. — Quelle imprudence de s'endormir

— Cela lui apprendra à tant se vanter ! répliqua Jocko. — Quelle imprudence de s'endormir juste au moment où la marée montait, ajouta Ricky. — Pauvre petit ! Il a peur, soupira Blanchette qui, à la place de Mistigri, n'aurait pas été à son aise. — Ramène le bateau au rivage, Mistigri! cria Marc. Tu es allé assez loin. Reviens ! » Ramener le bateau ! Mistigri en aurait été bien incapable. Cramponné au mât, il avait mal au cœur et miaulait à fendre l'âme.

Ricky commençait à s'inquiéter. Certes, Mistigri méritait une bonne leçon, mais il était peut-être en danger. « Je vais aller le chercher », déclara Ricky, et il s'élança dans la mer. Il nagea vigoureusement malgré les vagues qui devenaient de plus en plus grosses, car maintenant le vent soufflait avec force. Il se dépêchait. Le ciel s'assombrissait, un orage allait éclater. Si le voilier sombrait, que deviendrait Mistigri ? Le bateau était de plus en plus loin. Le vent le poussait en avant. Les vagues le ballottaient comme un bouchon. Mistigri mourait de peur,

Ricky commençait à s'inquiéter. Certes, Mistigri méritait une bonne leçon, mais il était peut-être en danger.

à chaque instant il s'attendait à chavirer. Au moment où Ricky l'atteignait, une rafale de vent fouetta les vagues, le bateau s'inclina. Les voiles heurtèrent la mer et le voilier ne put se redresser. Le pauvre Mistigri fut projeté dans l'eau, il ne savait pas nager. Par bonheur, Ricky arrivait à temps. Il saisit le petit chat par la peau du cou, lui tint la tête hors de l'eau et nagea vers le rivage. Le bateau resta en mer sur le côté. Ricky posa Mistigri trempé jusqu'aux os sur le sable et se secoua, Mistigri miaulait lamentablement. Les autres l’entourèrent.

à chaque instant il s'attendait à chavirer. Au moment où Ricky l'atteignait, une rafale de vent

«Décidément,

tu

n'es

pas

un

bon

capitaine, fit remarquer Noireau. — Ne le gronde pas, protesta Blanchette, Mistigri a été suffisamment puni. Viens à la maison, Mistigri, tu te sécheras près du feu de la cuisine. » Marc et Brigitte regardèrent les cinq animaux qui remontaient en courant vers la villa. Puis Marc, en maillot de bain, entra dans l'eau pour essayer de reprendre son voilier. «Ce petit chat est stupide, constata-t-il. Mistigri a emmené mon bateau en pleine mer et n'a pas pu revenir au rivage. Tout a fini par un naufrage, II est beaucoup moins intelligent que nous l'imaginions ! » H se mit à la nage, saisit le bateau et alla faire sécher les voiles dans la cuisine. Mistigri était là, aussi près du feu qu'il le pouvait. « Bonjour, capitaine Mistigri, s'écria Marc. Tu n'es même pas un bon matelot. — Non, c'est simplement un petit chat très mignon et stupide», dit Brigitte.

Mistigri était tout penaud. Il regrettait de s'être vanté et redoutait les moqueries de ses camarades. Jocko, Ricky, Noireau et Blanchette eurent pitié de lui et ne se moquèrent pas trop. Mais si Mistigri donne le moindre signe de vanité, ils s'écrient: «Allons, capitaine Mistigri! Veux-tu faire une autre promenade en mer ?»

CHAPITRE VI La clé du cacatoès Le CACATOÈS mécanique, Jacquot, avait été donné pour Noël aux

CHAPITRE VI

La clé du cacatoès

Le CACATOÈS mécanique, Jacquot, avait été donné pour Noël aux enfants. Il habitait la chambre de Luc, de Serge et de Nadine avec

les

autres

jouets.

 

C'était

un

cacatoès

magnifique,

il

avait

des

ailes

rouges,

une

queue jaune, un corps vert. Quand on le

remontait avec une clé, il volait, pas très haut

mais

il volait, puis

il

se promenait

d'un air

majestueux en disant : « Cra cra era cra.»

Par malheur, le beau cacatoès était taquin.

Il avait pour plus grand plaisir de jouer de' mauvais tours à ses camarades, en particulier de voler les objets qui leur appartenaient. C'est ainsi qu'il s'empara du ruban rosé de la poupée Bleuette et elle le chercha sans

pouvoir le

retrouver. Devinez où il l'avait

caché ? H l'avait enfoncé dans le robinet du

lavabo. Quand la maman des enfants tourna le

robinet, l'eau ne coula pas. Elle fiât surprise et contrariée.

Il

prit

les souliers

du polichinelle. Le

polichinelle les avait enlevés parce qu'ils

étaient un peu étroits et qu'il aimait

mieux

courir nu-pieds sur

le tapis.

Mais

quand il

voulut remettre les souliers, ils avaient disparu.

« C'est

Jacquot

qui

les

a

volés, dît la

souris mécanique. Je l'ai vu. Il les a jetés par la

fenêtre !» Le polichinelle fut donc obligé de descendre le long de la vigne-vierge et de chercher ses souliers à tâtons dans la platebande.

bande. Je vous laisse à penser qu'il n'était pas content. , Tous réprimandaient le cacatoès mais il se contentait de secouer la tête. «Cra cra ! s'écriait-il. Attendez que j'aie trouvé une bonne cachette. Alors vous ne retrouverez pas vos affaires si facilement. » Et un jour le cacatoès trouva une magnifique cachette. Vous ne devineriez jamais ce que c'était. C'était la tirelire placée sur la cheminée, un gros chat en faïence jaune avec une grande fente dans le dos pour y glisser les pièces de monnaie. Il ramassa un bouton tombé de la tunique du soldat, le jeta dans la fente du chat où il tomba avec un petit cliquetis. Puis Jacquot se mit en quête d'autre chose et découvrit une des oreilles du petit mouton Belin. Cette oreille qui tenait mal s'était détachée et avait roulé sous une chaise. Le cacatoès la fourra dans la tirelire, Belin fut bien malheureux sans son oreille et la chercha partout mais en vain. La poupée Rosette avait posé sa jolie

broche bleue sur la table de la maison de poupée. Plouf! La broche alla rejoindre le bouton du soldat et l'oreille du mouton. Le soir de la fête que les jouets organisèrent pendant que les enfants étaient aux sports d'hiver, Rosette ne put épingler sa broche sur sa robe de dentelle* Elle en pleura de chagrin. Mais Jacquot ne s'en tint pas là. Quelle joie pour lui de mettre la patte sur l'œil dé verre de Martin l'ours en peluche, Martin avait deux beaux yeux en verre, ronds et

broche bleue sur la table de la maison de poupée. Plouf! La broche alla rejoindre le

brillants. L'un d'eux se décollait souvent. Martin prenait alors le tube de colle de Serge et le malheur était vite réparé. Une nuit, Martin eut envie de faire des cabrioles. De peur de perdre son œil, il l'enleva et l’enferma avec soin dans le sucrier du service à café de Nadine. Toujours sur le qui-vive, Jacquot le vit. Clac ! L'œil tomba dans la tirelire. Quel vacarme quand l'ours s'aperçut de la disparition de son œil ! « C'est cet horrible cacatoès qui l'a pris, j'en suis sûr, cria Martin. Il n'y a que lui pour jouer de si mauvais tours ! »

brillants. L'un d'eux se décollait souvent. Martin prenait alors le tube de colle de Serge et
Ses camarades se rassemblèrent autour du cacatoès. «Où est l'œil de Martin? demandèrent-ils. — Où est

Ses camarades se rassemblèrent autour du cacatoès. «Où est l'œil de Martin? demandèrent-ils. — Où est la broche de Rosette ? — Où est l'oreille de Belin ? — Où est le bouton du soldat ? — A un endroit où vous ne les trouverez jamais ! répondit Jacquot très content de lui. Ils sont dans la tirelire. Vous ne pourrez pas les reprendre. »

Les jouets furent consternés. Dans la tirelire ? Il fallait la casser pour retrouver les objets volés. Et que diraient alors Luc, Serge et Nadine ? Impossible de recourir à un tel moyen ! « Méchant cacatoès ! » s'écrièrent-ils. Jacquot rejeta la tête en arrière et il éclata de rire. La colère des jouets F amusait. Pendant qu'il riait, sa clé qui était attachée à son cou tomba brusquement à terre. Prompt comme l'éclair, le polichinelle la ramassa. Il courut vers la chaise la plus proche, y grimpa et escalada le dossier. De là il sauta sur la cheminée, se précipita vers la tirelire et jeta la clé du cacatoès dans la fente au milieu du dos du chat. Pan ! Tous les autres le regardaient. Le cacatoès poussa un cri de frayeur. « Cra-cra ! Qu'as-tu fait de ma clé ? Je ne pourrai plus bouger, on ne pourra plus me remonter. Je ne pourrai plus ni marcher, ni voler, ni becqueter le grain. Horrible polichinelle ! — Tu le méritais, crièrent tous les jouets.

Puisque

tu

mets

tout

ce

qui

nous

appartient dans la tirelire, pourquoi ta clé ne

rejoindrait-elle pas le bouton du

soldat, la

broche de Rosette, l'oreille de Belin, l'œil de

Martin ? Tu ne pourras plus bouger ? C'est bien fait pour toi ! »

En

effet,

il

n'y

avait

plus

de

clé pour

remonter le cacatoès et il était obligé de rester immobile dans son coin à regarder les autres. Quel malheur pour lui d ? avoir trouvé une si bonne cachette !

Puisque tu mets tout ce qui nous appartient dans la tirelire, pourquoi ta clé ne rejoindrait-elle

Quand la fête de leur mère approcha, Luc, Serge et Nadine voulurent casser leur tirelire afin de prendre l'argent qu'elle contenait . Après une longue discussion, ils avaient décidé d'acheter une belle écharpe en soie verte qu'ils avaient vue dans une vitrine. Ils jetèrent par terre le chat de faïence. Quelle surprise de découvrir dans les débris, parmi les pièces de monnaie, tant d'objets extraordinaires ! « Qui donc les a mis là ?» se demandèrent-

ils,

Mais personne ne connaissait la réponse. Le cacatoès rentra en possession de sa clé, l'ours de son œil, Rosette de sa broche, le mouton de son oreille, le soldat de son bouton. « N'oublie pas, cacatoès ! » dit l'ours en peluche, et, comme Serge avait recollé son œil de verre, il foudroya du regard Jacquot tout penaud. «Nous remettrons ta clé dans la tirelire neuve si tu continues à voler ce qui nous appartient. Profite de la leçon. » Et maintenant le cacatoès est le plus gentil

des oiseaux. Il était si malheureux, sans sa clé, d'être condamné à l'immobilité ! Il ne volera plus rien. Rosette peut oublier sa broche bleue sur une chaise, Bleuette son ruban rosé, Belin son oreille et Martin son œil. Il n'y touchera plus.

CHAPITRE VII Les lunettes de Sophie S OPHIE avait de belles lunettes qui tenaient ^très bien

CHAPITRE VII

Les lunettes de Sophie

SOPHIE

avait

de

belles lunettes qui

tenaient ^très bien sur son petit nez retroussé et lui donnaient un air de vieille dame respectable. Leurs verres étaient carrés au lieu d'être ronds et la monture d'un vert éclatant. Sophie avait l'impression d'être un personnage important lorsqu'elle portait ses lunettes. En réalité, elle n'en avait pas besoin, car elle jouissait d'une excellente

vue, mais, quand elle avait aperçu dans un magasin ces lunettes vertes aux verres carrés, elle avait eu le coup de foudre et les avait achetées. Un jour Sophie alla passer l'après-midi avec ses amies. Elle mit son manteau neuf et n'eut garde d'oublier ses lunettes. Il pleuvait à torrents, Sophie ouvrit donc son parapluie et partit eu pataugeant dans les flaques d'eau. Ses amies s'étaient réunies pour préparer la layette d'un bébé qui allait naître dans la famille de l'une d'elles. Il y avait là Laurence, Armelle, Fanny qui était très blonde, Jeannette qui était très brune, Florence et Pamela. Sophie se réjouit de les revoir. « Elles vont admirer mes belles lunettes », pensa-t-elle. Elle s'assit devant la grande table chargée de pelotes de laine, de rouleaux de percale et de fine batiste, de dentelles, de ciseaux, de bobines de fil. Elle posa près d'elle son parapluie bleu imprimé de fleurs rouges.

Sophie sortit de son sac son étui à lunettes et l'ouvrit. Elle mit ses belles lunettes vertes sur son nez retroussé et jeta un coup d'œil autour d'elle pour voir si on les remarquait. «Tiens, Sophie! s'écria Laurence avec un sourire qui creusait deux fossettes sur ses joues rosés, Depuis quand portes-tu des lunettes ? Tes yeux sont aussi bons que les miens. — Et quelle drôle de forme elles ont ! renchérit Jeannette. — Elles m'ont coûté très cher, déclara Sophie vexée. Et elles sont à la dernière mode. Ton collier, Laurence, est beaucoup plus bizarre que mes lunettes. Il doit avoir au moins cinquante ans. — Allons, allons ! s'interposa Armelle, ne nous querellons pas. Je suis sûre, Sophie, que grâce à tes lunettes tu vas coudre merveilleusement bien. » Sophie assujettit ses lunettes sur son nez. Elle prit une petite chemise pour y coudre de la dentelle.

«Elles sont jalouses parce que j'ai

de

si

belles lunettes ! pensa-t-elle. Tant pis pour elles ! » Mais Sophie s'aperçut vite qu'elle voyait beaucoup mieux sans ses lunettes neuves. Elles n'étaient pas faites pour ses yeux et la gênaient beaucoup. Quel ennui ! Sophie clignait des paupières, et ses yeux pleuraient. Pour rien au monde, elle n'aurait enlevé les lunettes ! A quoi bon les avoir achetées si elle ne s'en servait pas ? Elle avait beaucoup

«Elles sont jalouses parce que j'ai de si belles lunettes ! pensa-t-elle. Tant pis pour elles

de peine à coudre, elle faisait de grands points, et la jolie dentelle était toute de travers autour de la petite chemise. Quand les amies eurent cousu et bavardé pendant deux heures, elles eurent faim. La mère de Fanny, chez qui toutes s'étaient réunies, servit le goûter. Sophie saisit ce prétexte pour poser ses lunettes près d'elle. Elle aimait voir ce qu'elle mangeait. Les brioches étaient délicieuses, trempées dans le chocolat. Elle se régala ensuite d'une tarte aux framboises, d'un éclair au café et d'une meringue. Elle but une seconde tasse de chocolat. Elle était très heureuse, riait et plaisantait avec les autres. Après le goûter, Sophie eut envie de remettre ses lunettes et elle les chercha, mais les lunettes avaient disparu ! «Je les ai posées là !» s'écria Sophie, et elle chercha partout sur la table, mais ses lunettes n'y étaient pas. Elle regarda dans la boîte de fils. Elle regarda parmi les ciseaux. Elle déroula un rouleau de percale, mais ses chères lunettes n'étaient nulle part.

«Qui me les a prises ? cria Sophie. Elles ont disparu. Il me les faut, je

«Qui me les a prises ? cria Sophie. Elles ont

disparu. Il me

les

faut,

je

ne

peux pas coudre

sans lunettes. — Je ne les ai pas vues, affirma Florence.

— Moi non plus, renchérit Pamela. — Je suppose que c'est Sophie qui les a, fit

remarquer Jeannette. As-tu regardé dans

te

poche, Sophie ? — Bien sûr, répondit Sophie. J'ai regardé partout. — Elles sont peut-être tombées à terre », dit Armelle. Toutes posèrent les ciseaux, les dés, les

aiguilles et se mirent à quatre pattes pour chercher les lunettes sous la table. Mais les

aiguilles et se mirent à quatre pattes pour chercher les lunettes sous la table. Mais les lunettes restaient introuvables. Quel mystère ! Sophie reprit l'étui vidé dans sa poche, mais les lunettes avaient disparu comme par enchantement. «Je ne peux penser qu'à une seule chose, déclara Sophie les lèvres serrées. — Laquelle ? demanda Armelle. — Je crois que Tune de vous a pris mes lunettes neuves, répondit Sophie. Je sais que vous en aviez envie. Qui me les a prises ?

Il faut

me

les

rendre tout de suite parce

qu'elles m'ont coûté très cher. —

Sophie !

Personne

ne

t'a

volé tes

lunettes! s'écria Jeannette. Elles

t'enlaidissent et sont ridicules. Elles ne sont pas ridicules, protesta

— Sophie. — Si ! affirma Laurence, — Non ! répliqua Sophie. Allons, allons, intervint Florence. On

— finira bien par les retrouver. Ouvrons nos

Il faut me les rendre tout de suite parce qu'elles m'ont coûté très cher. — Sophie

sacs à ouvrage pour voir si les lunettes ne seraient pas, par erreur, dans l'un d'eux » Chacune ouvrit son sac à ouvrage et en renversa le contenu sur la table. Des bobines de fil et de coton, des aiguilles, oui, mais pas de lunettes ! «Tu le vois, Sophie, nous ne les avons pas, déclara Jeannette. Continuons notre travail. Nous avons perdu assez de temps. — Je ne resterai pas une minute de plus ! cria Sophie saisie d'un accès de rage. L'une de vous a pris mes lunettes, mes belles lunettes vertes, je rentre chez moi et je ne reviendrai plus coudre avec vous. — Ne dis pas de bêtises, Sophie», implora Fanny. Mais Sophie ne voulut rien entendre. Elle ne resterait pas et ne coudrait pas sans ses lunettes. Elle décrocha son manteau dans le vestibule, l'enfila, le boutonna jusqu'au cou, mit ses gants, prit son parapluie et se dirigea vers la porte. «Voyons, Sophie, ne pars pas, supplia Jeannette. C'est stupide de ta part. Tu

retrouveras tes lunettes et tu regretteras de nous avoir accusées. — Je ne regretterai rien !

retrouveras tes lunettes et tu regretteras de nous avoir accusées. — Je ne regretterai rien ! » riposta Sophie qui tremblait de colère. Elle ouvrit la porte. Il pleuvait toujours ,à verse. Quel temps ! «Et j'espère que celle qui a pris mes lunettes sera punie!» cria Sophie. Avant de refermer la porte de la maison, elle ouvrit son parapluie et — le croirez- vous? — quelque chose roula par terre, quelque chose qui brillait et qui se cassa en mille petits morceaux, les belles lunettes vertes ! Elles avaient glissé de la table et elles

étaient tombées dans le parapluie que Sophie avait posé près d'elle. C'était le seul endroit où personne n'avait pensé à regarder. Quelle surprise pour tout le monde ! «Eh bien, Sophie, dit enfin Pamela., ton souhait s'est réalisé. Tu espérais que celle qui avait pris tes lunettes serait punie, c'est toi qui les avais et tu es punie puisqu'elles sont cassées. » Pauvre Sophie ! Elle avait honte d'elle, et, de ses belles lunettes, il ne restait plus que des morceaux de verre. Des larmes roulèrent sur ses joues. Jeannette lés vit, courut vers Sophie et la prit dans ses bras. «N'aie pas de chagrin, conseilla-t-elle, tu es plus jolie «ans lunettes, Sophie. Je suis sûre qu'elles te faisaient mal aux yeux, ils étaient tout rouges quand tu les as enlevées pour goûter. Ote vite ton manteau, reviens t'asseoir avec nous et reprends ton travail. » Sophie était si confuse qu'elle aurait préféré retourner chez elle, mais elle ne pouvait résister aux prières de ses amies. « Je vous demande pardon à toutes,

Quelque chose roula par terre,,, les belles lunettes vertes ! 97

Quelque chose roula par terre,,, les belles lunettes vertes !

murmura-t-elle.

J'ai

été

stupide

et

je

n'aurais pas dû me mettre en colère. »

 

Depuis,

quand

elle

passe

devant

un

magasin de lunettes, Sophie détourne la tête. Et elle ne se met plus en colère.

CHAPITRE VIII Le mouchoir de Nicolas MAMAN , dit Nicolas un matin, la maîtresse m'a ordonné

CHAPITRE VIII Le mouchoir de Nicolas

MAMAN, dit Nicolas un matin, la maîtresse m'a ordonné d'avoir toujours un mouchoir propre quand j'arrive à l'école. Bien sûr, approuva sa mère, Mme Simon. Tu sais où sont les mouchoirs dans le tiroir de la commode, n'est-ce pas, Nicolas ? Prends-en un tous les matins. »

Le lendemain matin, Nicolas se mit

en

route avec un mouchoir blanc comme la neige. Il en était si fier que, au lieu de le cacher dans sa poche, il le tint à la main. Il avait l'intention de le montrer à son institutrice dès qu'il arriverait à l'école. Mais il prit un raccourci à travers champs et dut escalader une barrière. Il posa son mouchoir avec soin tout en haut et il le laissa là.

« As-tu pensé à ton mouchoir aujourd'hui, Nicolas ? demanda Mlle Brun, l'institutrice. - Oui, mademoiselle», répondit Nicolas, mais le mouchoir n'était plus dans sa main et il n'était pas dans sa poche. « Je l'ai laissé sur la barrière », avoua-t-il tout penaud. Quand il quitta l'école, il chercha son mouchoir et le trouva par terre en lambeaux. Rosette, la vache, 1 'avait aperçu sur la barrière. Elle l'avait saisi entre ses dents et, constatant qu'il n'était pas bon à manger, l'avait craché. Maintenant ce n'était plus qu'un chiffon inutilisable.

L'après-midi, Nicolas sortit un autre mouchoir de son tiroir. «J'y ferai un nœud pour me rappeler

L'après-midi, Nicolas sortit un autre mouchoir de son tiroir. «J'y ferai un nœud pour me rappeler qu'il faut que je le tienne jusqu'à l'école », décida-t- il.

El fit donc un gros nœud dans le coin. Puis il partit. Il escalada la barrière sans encombre, son mouchoir à la main. Il continua son chemin en chantonnant. Soudain il vit un papillon et courut après lui. Le papillon se posa sur une belle marguerite blanche. Nicolas

jeta son mouchoir à terre et, sur la pointe des pieds, s'approcha de la marguerite. Il

jeta son mouchoir à terre et, sur la pointe des pieds, s'approcha de la marguerite. Il fit un bond, mais le papillon s'était déjà envolé dans les airs ! «Tant pis ! » dit Nicolas. Il continua son chemin vers l'école en abandonnant son mouchoir propre sur l'herbe. «Et ton mouchoir, Nicolas ? demanda la maîtresse. — Oh ! répondit fièrement Nicolas, j'ai fait un nœud à mon mouchoir pour ne pas oublier, mademoiselle. C'est très malin, n'est-ce pas ?

— Alors, montre-le-moi », demanda Mlle Brun. Bien entendu, Nicolas ne put le retrouver, D l'avait laissé Sur l'herbe, Mlle Brun fut très fâchée. «Tu es un étourdi, déclara-t-elle» Demain, n'oublie pas ton mouchoir. » Le lendemain matin, Nicolas prit un autre mouchoir dans le tiroir. Il n'avait pu retrouver celui qu'il avait laissé sur l'herbe, le vent l'avait emporté. «Cette fois-ci, il ne faut pas que je le perde, se promit Nicolas. Je le tiendrai dans ma main jusqu'à l'école.» Au moment où il partait, sa mère le rappela. «Nicolas, mets cette lettre dans la boîte, tu passes devant. Tu veux bien ? — Oh oui, maman!» répondit Nicolas qui était très complaisant. Mme Simon lui donna la lettre et il partit en courant. H se demandait s'il se rappellerait la fable qu'il avait apprise la veille. Sûrement Mlle Brun demanderait de la

réciter. Il marchait donc en murmurant :

« La cigale ayant chanté Tout fêté Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue.,.

II récitait le quatrième vers quand il arriva à la boîte aux lettres qui était rouge et se voyait de loin. Il s'en approcha en se réjouissant de savoir si. bien sa leçon. Mais savez-vous ce qu'il fit ? Il mit dans la boîte son mouchoir et non la lettre de sa mère ! Oh ! Nicolas, tu es vraiment incorrigible !

réciter. Il marchait donc en murmurant : « La cigale ayant chanté Tout fêté Se trouva

« Eh bien, Nicolas, dit l'institutrice quand

il entra dans la classe. J'espère que tu as ton mouchoir aujourd'hui !

-

Oui,

mademoiselle,

répondit

fièrement Nicolas. Je ne l'ai pas lâché aujourd'hui. Regardez ! »

II lui tendit la lettre de sa mère. Mlle Brun le regarda avec surprise.

«

Mais

c'est une

lettre, ce

n'est

pas

un

mouchoir, Nicolas ! s'écria-t-elle.

 

-

C'est

vrai !

gémit

Nicolas.

J'ai

mettre mon mouchoir dans la boîte à lettres.

Oui, c'est ce que j'ai fait.

« Eh bien, Nicolas, dit l'institutrice quand il entra dans la classe. J'espère que tu as

— Nicolas, je me mettrai bientôt en colère, avertit Mlle Brun. Cet après-midi, apporte un mouchoir propre. C'est la dernière fois que je te le dis. » Après le déjeuner, Nicolas prit un mouchoir propre dans son tiroir et le mit dans sa poche, sûr que là le mouchoir ne risquerait rien. Puis il partit pour l'école. Mais en chemin il tomba. Son genou, éraflé par un caillou, saigna et ses mains étaient pleines de houe. Il se servit de son mouchoir pour les essuyer. Après il étancha le sang de son genou. Puis il repartit. Mais ce n'était pas un jour de chance pour Nicolas. Il effleura un mur qui venait d'être peint, et son joli pull-over rouge fut taché de peinture bleue. De nouveau, le mouchoir fit son office et essuya la peinture bleue. Puis Nicolas arriva à l'école avec son mouchoir et le montra à Mlle Brun. « Nicolas ! Qu'est-ce que c'est que cet horrible chiffon tout sale ? demanda-t-elle. Ce n'est pas un mouchoir. Ne t'ai-je pas dit d'apporter un mouchoir propre ? Si tu

n'obéis pas demain matin, tu seras puni ! »

Quand il rentra chez lui, Nicolas pleura tout le long du chemin. Il raconta à sa mère ce qui s'était passé, elle le gronda. Et elle fut encore plus mécontente lorsqu'elle sut qu'il n'avait pas mis la lettre à la boîte ! «Nicolas, tu es l'enfant le plus étourdi que je connaisse ! s'écria-t-elle. Maintenant il faut que je te donne les mouchoirs de ton père. Tu as sali ou perdu tous ceux qui t'appartiennent. Et tu me rapportes ma lettre qui était si pressée. Je vais faire un nœud à chaque coin de ton mouchoir, cela le transformera en chapeau, tu le porteras jusqu'à l'école et tu ne pourras pas le perdre puis qu’il sera sur ta tête. »

Nicolas

fut

très

satisfait

de

cet

arrangement. Le mouchoir de son père était grand, à carreaux rouges et gris. Il se sentait très fier d'aller à l'école avec une si belle coiffure.

Mais

quand il

arriva

à

l'école,

il

avait

oublié qu'il avait le mouchoir sur sa tête ! Mlle

Brun lui demanda de montrer son

mouchoir propre, Nicolas fouilla dans ses poches. Bien sûr elles étaient vides. « Nicolas ! cria

mouchoir propre, Nicolas fouilla dans ses poches. Bien sûr elles étaient vides. « Nicolas ! cria Mlle Brun d'une voix irritée. Vas-tu me dire que tu l'as de nouveau oublié ? - Non, mademoiselle, protesta Nicolas. J'ai apporté un mouchoir cette fois, j'en suis certain. Mais où est-il ? Enlève ce que tu as sur la tête, entre dans la classe, va t'asseoir à ta place, ordonna Mlle Brun de plus en plus en colère. Ce soir, chez toi, tu copieras cent fois : « Je ne dois pas oublier mon mouchoir. »

Nicolas se décoiffa et quelle surprise quand il vit qu'il avait dans les mains le beau mouchoir à carreaux de son père. « Mademoiselle Brun, mademoiselle Brun, le voilà ! cria-t-il. Je le portais sur ma tête. Il est tout à fait propre. Regardez ! Tu es le petit garçon le plus sot de la terre ! déclara Mlle Brun. Pour cette fois, tu ne seras pas puni. A l'avenir, Nicolas, demande à ta maman d'épingler un mouchoir propre à ton pull-over tous les matins. Peut-être l'apporteras-tu à l'école sans le salir et sans le perdre ! » C'est ce que fait maintenant Nicolas. Mais aujourd'hui sa mère est absente, Nicolas a bien trouvé l'épingle de sûreté, mais il s'est trompé. Au lieu d'épingler à son pull-over un mouchoir, il a épingle la petit chemise blanche du bébé. Que dira Mlle Brun ?

CHAPITRE IX Une excursion au bord de la mer Un jour, le lutin Prosper passa la

CHAPITRE IX Une excursion au bord de la mer

Un jour, le lutin Prosper passa la tête à la fenêtre de la chambre des enfants. «Qui veut aller au bord de la mer cet après- midi ? » demanda-t-il. Les jouets sursautèrent. Ils étaient seuls dans la chambre. Michel et Criquette, à qui ils appartenaient, passaient la journée chez leur grand-mère. Les jouets s'ennuyaient.

Un après-midi au bord de la mer ! Quel plaisir ce serait ! « Comment irons-nous ? interrogea le lapin rosé qui s'appelait Jeannot. En autobus, répondit le lutin. Mon autobus. Je l'ai acheté hier. Je ne vous ferai rien payer puisque, l'autre jour, vous m'avez donné des bonbons. - Quel bonheur ! s'écria Mathurin, le matelot en bois. J'aimerais tant voir la mer. Je ne l'ai jamais vue. C'est vexant pour un matelot de ne pas savoir comment est la mer. Tu le sauras dans un moment, fit remarquer Prosper. Sautez par la fenêtre, j'ai la place pour tout le monde dans mon autobus. » Jeannot le lapin rosé, Mathurin le matelot, Coin-Coin le canard jaune, Rosette la poupée qui marchait, Fripon le chien noir. Martin l'ours en peluche sautèrent par la fenêtre et montèrent dans l'autobus qui les attendait dans l'allée du jardin. Le lutin se mit au volant. L'autobus démarra avec un

cahot qui envoya les jouets les uns sur les autres. Il faisait un temps magnifique pour aller au bord de la mer. Le lutin connaissait bien le chemin. Au bout de quelques minutes,

Mathurin poussa un grand cri. « La mer ! La mer ! — Allons donc, répliqua Prosper. Ce n'est qu'une mare. — Mais je vois des mouettes qui nagent, dit Rosette la poupée.

  • - Ce sont des canards ! corrigea Prosper.

  • - Coin-Coin ! » caqueta le canard jaune.

Mais ils étaient déjà loin de la mare. Mathurin n'osa plus rien dire jusqu'à la fin du trajet. Même lorsqu'ils arrivèrent au bord de la mer et qu'il la vit briller au soleil. Ce n'était peut-être qu'une mare ou une grande flaque d'eau. Tous descendirent de l'autobus et coururent vers la plage. « Je vais prendre un bain ! cria Coin-Coin. — J'aimerais faire une promenade en mer ! murmura Mathurin. Oh ! Il y a là-bas

bas un joli bateau qui a l'air d'être fait pour moi! » Le bateau appartenait à un petit garçon qui l'avait oublié sur le sable. Mathurin poussa le bateau dans l'eau, monta à bord et fut bientôt loin de la plage. Il se prenait pour un amiral. Jeannot le lapin rosé pensa qu'il aimerait creuser un terrier. Il en avait envie depuis si longtemps. C'est impossible d'en creuser un dans le parquet d'une chambre d'enfants ! Maintenant il pourrait s'en donner à cœur joie. Il se mit donc à creuser avec

bas un joli bateau qui a l'air d'être fait pour moi! » Le bateau appartenait à
ses pattes et envoya une averse de sable sur l'ours en peluche. « Fais attention, Jeannot

ses pattes et envoya une averse de sable sur l'ours en peluche. « Fais attention, Jeannot ! » cria Martin. Mais le lapin avait déjà disparu dans un trou et il n'entendit pas. « Je vais m'offrir une petite sieste, décida Martin. Que personne ne me réveille ! » II s'allongea et ferma les yeux. Bientôt il se mit à ronfler. Fripon eut une idée dont il fit part à Rosette. « Si nous le recouvrions de sable ! proposa-t-il. Il serait si surpris à son réveil de se voir transformé en ours de sable. » La poupée approuva et ils se mirent à jeter du sable sur Martin endormi. Ils recouvrirent

ses pattes, ils recouvrirent son ventre, ils recouvrirent ses bras, mais ils ne touchèrent pas à sa tête et bientôt on ne vit plus que le museau de Fours, ce qui faisait un très drôle d'effet ! «Je vais me promener, annonça Rosette. Je veux profiter de cette grande plage pour me dérouiller les jambes. Je ne peux pas aller très loin dans la chambre des enfants, il faut que je me contente de tourner en rond.» Elle s'éloigna et Fripon resta seul, «Mathurin est en mer, Coin-Coin nage, Jeannot creuse un terrier, Martin dort, Rosette se promène. Et moi, que vais-je faire ? Je vais chercher si je ne trouve pas un os quelque part», se dit le chien noir, et il partit. Deux ou trois heures plus tard, Prosper le lutin revint pour dire aux jouets qu'il était temps de retourner à la maison. Mais il ne vit personne. La plage semblait complètement déserte. Prosper fut contrarié. « Quels sots de disparaître au moment de

rentrer ! s’écria-t-il. Eh bien, il faut que je les attende. Je ne peux pas partir sans eux. » II chercha un endroit pour s'asseoir. H vit sur la plage une petite bosse qui pourrait lui servir de siège. En réalité,, c'était le ventre de l'ours recouvert de sable, niais Prosper ne le savait pas. Il s'assit au milieu:. L'ours s'éveilla en sursaut. «Grrr!» grogna-t-il, et il se redressa brusquement. Le lutin effrayé tomba à la renverse. L'ours se remit à grogner puis il reconnut Prosper, «Qu'est-ce qui t'a pris de t'asseoir sur mon ventre ? demanda-t-il avec mauvaise humeur. — Comment aurais-je su que c'était ton ventre puisque tu étais tout recouvert de sable? interrogea Prosper. — Je n'étais pas recouvert de sable», protesta Martin, car il ignorait ce qu'avaient fait la poupée et le chien. «Si. — Non.

Noua n'allons pas notis quereller

— pendant deux heures, déclara Prosper. Dis-moi plutôt où sont passés les autres. Il est temps de rentrer. — Déjà ? s'écria l'ours étonné. J'ai l'impression que nous venons d'arriver. —-' Ce n'était pas la peine de venir au bord de la mer pour dormir, fit remarquer Prosper. Enfin, chacun ses goûts ! Écoute, Martin, si nous ne partons pas bientôt, nous serons en retard. Les enfants seront rentrés dans leur chambre. J'ai bien envie de m'en aller tout seul. Vous vous débrouillerez comme vous pourrez.

Noua n'allons pas notis quereller — pendant deux heures, déclara Prosper. Dis-moi plutôt où sont passés

Oh

!

non,

ne

nous abandonne pas,

supplia Tours. Je vais rappeler les autres. J'ai dans ma poitrine un sifflet qui fait beaucoup de bruit.» Il se mit à siffler. Le son- était très aigu. Les jouets l'entendirent et comprirent que c'était le signal du départ. Le matelot ramena son bateau au rivage, sauta à terre, tira le bateau hors d'atteinte des vagues. Il se disait que la navigation n'avait plus de secrets pour lui.

Le canard jaune revint en coincouinant, ballotté par les flots. II secoua ses plumes et aspergea Prosper qui ne fut pas content.

— Oh ! non, ne nous abandonne pas, supplia Tours. Je vais rappeler les autres. J'ai

La poupée traversa la plage. Le chien revint, portant entre ses dents un os énorme qui était très dur et ne sentait pas bon. Les jouets le regardèrent avec dégoût. « Où est le lapin rosé ? demanda Prosper. Il ne manque plus que lui. » Les jouets gardèrent le silence. Sans le savoir, Prosper était debout à l'entrée du terrier creuse par Jeannot. Qu'allait-il se passer? Le lapin rosé avait entendu le signal. Il revint précipitamment. En sortant du trou, il bouscula Prosper qui tomba tout de son long. Les jouets rirent de bon cœur, mais Prosper était en colère. « D'abord je m'assieds sur un tas de sable qui est un ours, dit-il. Ensuite, je suis renversé par un lapin qui jaillit du fond de la terre. Montez dans l'autobus ! Dépêchez-vous ou je pars sans vous !» Les jouets se hâtèrent d'obéir. La plupart d'entre eux étaient fatigués, ils avaient sommeil, excepté l'ours qui avait dormi presque tout le temps. Ils entrèrent dans la chambre par la

fenêtre, remercièrent Prosper avec

effusion, et le lutin s'en alla dans son autobus qu'il cacha sous un buisson de lilas. Les jouets se glissèrent dans le placard et ne bougèrent plus. Quand Michel et Criquette revinrent à leur tour, ils furent étonnés de constater que la poupée et le matelot avaient bruni et que Martin et Jeannot avaient du sable dans leurs poils.

« Comme

s'ils étaient allés au bord de la

mer! fit remarquer Michel.

Ne

dis

pas

de

bêtises

!

» protesta

Criquette. Michel ne disait pas de bêtises. Les jouets avaient bien passé leur après-midi au bord de la mer.

Enid Blyton 121

Enid Blyton