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L'ENFANCE DOLLAR

ROMAN POLICIER
Michel Marteau

DEPOSE
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Comment dire?
Je m'baladais sur l'avenue, le coeur ouvert à l'inconnu, j'avais envie de
dire bonjour à n'importe qui, n'importe qui et ce fut toi; mon ami Pol. Et je
hurle de tous mes poumons : "Pol, Pol, Pol!"
Il se retourne, effaré comme un homme que l'on surprend.
- Hein? Qu'est-ce que tu fais là, bandit?
- Je profite du soleil, et toi?
- Ben, rien. A part ça, toujours du mauvais coté de la barrière?
- Toujours, et toi, toujours la photo?
- Toujours.
- Bon.
Ca fait bien deux ans que l'on ne s'est vus, Pol et moi. Pour concrétiser
nos retrouvailles, nous décidons d'aller nous poser un moment à la terrasse
du café le plus proche.
Nous nous sommes connus à l'occasion de conférences sur l'image
cinématographique vaguement animées par un semi-pro, à l'âge où toutes
les espérances sont encore permises et où l'on cherche par tous les moyens
à accrocher ses rêves. Pol et moi élaborions des plans de carrière
échevelés et passions des nuits à débattre du sens du mot "Art", de la mise
en scène du dernier Spielberg et de celle du premier Méliès, de la lumière
d'Autant en emporte le vent comparée aux images dont nous abreuvait la
télé, toujours allumée dans un coin de la pièce. Enfin, on se tenait au
courant des séries "Z" d'horreur découvertes par bonheur et des prouesses
de la nana qui nous avait tous excités lors de la dernière soirée "films de
cul" organisée chez untel ou untel.
Vingt ans plus tard, le constat est plutôt amer. De petits démarrages
prometteurs en grands espoirs anéantis, Pol bosse comme laborantin à
l'A.F.P (ndla: Agence France-Presse), quant à moi je gagne ma vie à
surveiller les apparts de vacanciers qui ont réussi (cf La truculence du bon
gros) et je m'occupe des quelques histoires d'adultère que l'on veut bien
me confier.
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Dans les 80's, Pol et moi appartenions à la génération du "No Future" et


de ce point de vue, on peut dire que des dernières souches d'adolescents
révoltés, c'est la seule qui ait vraiment réussi à mettre en pratique son mot
d'ordre. En 68, ceux d'alors voulaient : "sous les pavés, la plage". Ils ont
bétonné les plages et me filent maintenant leurs résidences en surveillance.
Le "Flower Power" des 70's, plus pacifiste, a réussi à se glisser gentiment
dans les rouages qu'il fustigeait et à la mettre bien profond, avec paix et
amour, aux idées d'utopie philanthropique qu'ils faisaient semblant de
croire. Au moins, la génération suivante, la mienne, a atteint son but,
même si ce n'est pas vraiment celui qu'elle espérait. On criait : "No
Future!" et on a eu "No Future". En toute fierté malsaine, on vérifie même
encore aujourd'hui la réussite du slogan qui s'est transformé en "No
Present". Pour preuve, et sans parano, il me semble entendre plus souvent,
par la vitre entrouverte des berlines haut de gamme, se déverser des
rythmes style Hôtel California que Never mind the bollocks. Et à voir les
banlieues et leurs capuches ovidées, on constate que les pseudo-poètes
mercantiles, leaders niqueurs d'opinions d'aujourd'hui, tout comme leurs
prédécesseurs, flirtent hypocritement avec l'inoxydable naïveté
adolescente en motivant les bandes de "casseurs de blancs", chalands
potentiels de produits artistiques pré formatés, tout en vomissant leur rage
qui bien sagement s'arrête aux pare-chocs chromés de leurs limousines
alignées dans des boxes gardiennés.
Après avoir remémorés quelques souvenirs, péroré sur la libération du
Tibet opportunément attisée par les JO de Beijing, entériné la libération de
Bétancourt, jugé la libération des 35 heures et discuté de l'honnêteté d'un
article de Libération, nous nous séparons avec la promesse de nous revoir
plus régulièrement.
Sans même laisser le temps d'arriver jusqu'au métro, le café produit son
effet. Il me faut trouver des toilettes illico-presto. Le plus proche tabac
fera l'affaire. Un paquet de Pall-Mall filtres me sert de sésame (un bon
alibi pour reprendre "sans le faire exprès" mes bonnes vieilles habitudes
tabagiques), etc...
En fait, si je suis dans le quartier c'est pour filer un zozo dont la femme
jalouse m'a payé pour suivre son mari qui, croit-elle, aurait une liaison
extra-conjugale. Une affaire de moeurs toute classique; tranquille en
somme. Une petite histoire qui ne devrait pas me mener plus loin que la
fin de la semaine car depuis trois jours que je file le lièvre, il semble avoir
déjà trempé le boudoir deux fois et cela avec deux nanas différentes. Une
blonde puis une brune; tant qu'à faire! Monsieur aime les contrastes. Je ne
devrais donc pas avoir trop de difficultés pour prendre une série de photos
compromettantes et ainsi permettre à ma cliente de s'assurer du bien-fondé
de sa jalousie. Mais pour l'instant, je n'ai pas encore réussi à le saisir dans
une situation indélicate. Il va donc me falloir insister un peu.
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Jeudi, treize heures.


Numérique au poing, j'attends sur un banc derrière deux scooters
cadenassés autour d'un arbre entre une poubelle et un abribus, que mon
étalon gagne-pain sorte de son bureau.
Sans retard, le voilà qui apparaît sur le trottoir, libéré de son boulot par
la pause déjeuner. Je lui emboîte le pas de loin tout en jouant le touriste
flâneur. Après quelques rues, il entre dans un café des plus classique. "va
chercher ta dulcinée mon coco, je t'attends de pied ferme". J'allume le
Sony. A peine le temps de vérifier l'appareil et le voilà qui sort du rade. Je
vise, cadre... merde, il est pas avec une femme. Un homme d'une
quarantaine d'années l'accompagne. Un coup pour rien, à moins que...
mais non, aucun signe d'homosexualité latente. Les deux hommes entrent
dans un bel immeuble Haussmannien tout proche, le même que celui des
jours précédents, avec ses deux copines de jeu. Monsieur aurait-il une
garçonnière à la Billy Wilder? Et si en fait il organisait tout simplement
des parties de Poker un peu limites? A moins que ce ne soient des
pouilleux déshabilleurs... Je remballe mon matériel et vais me jeter un
jambon-beurre.
Le reste de la journée me laisse largement le temps d'aller réanimer les
deux apparts en manque d'oxygène qui sont sous ma protection pendant
que leurs proprios jouent les crêpes sur des plages du bout du monde.

Vendredi treize heures.


Numérique au poing, j'attends sur un banc derrière deux scooters
cadenassés autour d'un arbre entre une poubelle et un abribus, que mon
étalon gagne-pain sorte de son bureau.
Sans retard, le voilà qui apparaît sur le trottoir, libéré de son boulot par
la pause déjeuner. Je lui emboîte le pas de loin tout en jouant le touriste
flâneur. Après quelques rues, il entre dans un café des plus classique. "va
chercher ta dulcinée mon coco, je t'attends de pied ferme". J'allume le
Sony. A peine le temps de vérifier l'appareil et le voilà qui sort du rade. Je
vise, cadre... merde, il est pas avec une femme. Un homme d'une
quarantaine d'années l'accompagne. Un coup pour rien, à moins que...
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mais non, aucun signe d'homosexualité latente. Les deux hommes entrent
dans le bel immeuble Haussmannien tout proche. Je remballe mon
matériel et vais me jeter un jambon-beurre.
Au lieu de mâchouiller bovinement accoudé au bar, je vais profiter du
soleil en déjeunant sur le banc face au théâtre des opérations. Après une
heure et demie, les deux comiques sortent de scène et se quittent par un
simple signe de main. Quelques pas derrière mon lièvre ne me mènent qu'à
l'entrée de l'imposante société immobilière qui l'emploie.
Le reste de la journée me laisse largement le temps d'aller réanimer les
deux apparts en manque d'oxygène qui sont sous ma protection pendant
que leurs proprios jouent les crêpes sur des plages du bout du monde.
Ce genre de journées sans saveur fait vaciller mon imagerie
fantasmatique qui en ce moment traîne plus ses guêtres vers le souvenir
fade d'une Manix que vers la vie pimentée d'un Mannix.

Samedi.
C'est le week-end pour mon mariolle. Logiquement, il va roucouler
comme si de rien n'était.
De mon coté, depuis qu'Hilde est rentrée en Allemagne après la fin de son
stage à la Ringstart (cf La truculence du bon gros), les amours sont au
point mort. Malgré ses difficultés à apprécier pleinement l'esprit
franchouillard de mes compatriotes, la douce teutone a demandé sa
mutation afin de se rapprocher de moi dans l'espoir à demi voilé que cette
vraie marque d'amour m'influencera pour aller tenter au plus vite une vie
commune outre-rhin. Comme elle ne doit arriver qu'en septembre,
VACANCES??????????????????????????????????????????? en attendant,
la journée va être bien trop longue pour mes tours de garde, d'autant que
l'un des propriétaires rentrant aujourd'hui de vacances, je n'ai plus
maintenant qu'un seul appartement sous mon aile protectrice.
Si le cinéma est un art, ça peut être aussi un passe-temps. Visionnage à
la Cinémathèque de Chaillot de Nuages flottants, un film japonais de
Naruse; mais la vraie ruse est celle qui est indiquée à l'entrée et dont je ne
me suis pas méfié. Il est inscrit sur une petite feuille griffonnée : "copie en
VO sous-titrée Mandarin". Et ce n'est qu'une fois la projection commencée
que je comprends l'ampleur des dégâts. Les sous-titres placés
verticalement dans ce qui ressemble à un dialecte du bout du monde
rendent le film plus original que la majorité des produits commerciaux
mais aussi beaucoup moins compréhensible pour mon modeste cerveau
européen.

Dimanche.
En pleine période de mysticisme asiatique, sans doute pour tenter de
retrouver la sérénité zen qui me manque, je vais à l'Utopia voir un autre
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film japonais, de Mizoguchi cette fois : Les coquelicots. A l'entrée, un


petit panonceau prévient : "copie abimée". Rien sur les sous-titres; ce ne
sont pas quelques rayures qui vont me faire reculer. La projection débute
mais ne laisse pas le temps de savourer l'éventuel coté Feng-Shui du
fauteuil de moleskine rouge et sale, une concentration de chaque instant
étant nécessaire à la bonne compréhension du carré lumineux. La copie est
tellement rayée que l'on pourrait croire que le film a été tourné sous des
averses bretonnes. La "pluie" est tellement violente que même le son en
devient inaudible. En cinéphile obsessionnel, je m'accroche jusqu'au bout.
La séance de torture masochiste terminée, je pousse le vice jusqu'à aller
me balader dans le quartier chinois du treizième arrondissement. Ici,
l'ambiance est moins déprimante qu'à saint-Michel pour le célibataire que
je suis, les jeunes couples asiatiques étant lingualement moins expressifs
que ceux du quartier latin. Après l'achat de quelques fruits exotiques,
pâtisseries au coco, diverses chinoiseries sucrées-salées et d'un nouveau
paquet de clopes, signe de ma rechute définitive, je décide d'aller
terminer mon intoxication suicidaire dans ma tanière.

Lundi.
Numérique au poing, j'attends derrière deux scooters que mon étalon
gagne-pain sorte de son bureau.
L'intermède semble vouloir se prolonger... Ce bureau idéalement situé
au coeur de la capitale, dans un immeuble au style industriel du début du
siècle, avec ses airs de construction à la Eiffel, permet une proximité
agréable avec les commodités d'un quartier animé, entre Champs-Elysées
et GeorgeV. Non dépourvu de charme, le bâtiment... ah, le voilà qui sort...
chiotte, c'est pas lui... Non dépourvu de charme, donc, le bâtiment semble
malgré tout assez... fais chier, j'en ai marre d'attendre. Un coup de fil à son
job me confirme qu'il est bien dans les locaux aujourd'hui mais qu'il est
parti déjeuner. A chacun sa cantine, je remballe mon matériel et vais me
jeter un jambon-beurre.
Le reste de la journée me laisse largement le temps d'aller réanimer les
deux apparts en manque d'oxygène qui sont sous ma protection pendant
que leurs proprios jouent les crêpes sur des plages du bout du monde.

Mardi.
Numérique au poing, j'attends derrière deux scooters que mon étalon
gagne-pain sorte de son bureau.
Sans retard, le voilà qui apparaît sur le trottoir, libéré de son boulot par la
pause déjeuner. Je lui emboîte le pas de loin, tout en jouant le touriste
flâneur. Après quelques rues, il entre dans un bar-tabac des plus classique;
"va chercher ta dulcinée mon coco, je t'attends de pied ferme". J'arme le
Nikon. A peine le temps de régler l'appareil et le voilà qui sort du rade. Je
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vise, cadre...merde, il est pas avec une femme. L'homme d'une quarantaine
d'années l'accompagne. Toujours aucun signe d'homosexualité latente.
Arrivé à la porte de l'immeuble, l'homme va composer le code d'accès
mais ce coup-ci j'ai prévu. Placé de manière à pouvoir discerner les
touches du digicode, je cadre au 300 les doigts qui tapotent; 5A769, au
moins je n'aurai pas de mal à m'en souvenir. C'est drôle comme le hasard
s'acharne souvent à donner un sens aux choses les plus futiles. Une fois les
deux hommes entrés, je les suis de loin. Arrivé à la porte je tapote à mon
tour, "dziiing", ok le code fonctionne. Une cage d'escalier, personne,
l'ascenseur est partit, il monte, malheureusement aucun cadran n'indique
l'étage vers lequel il se dirige; on n'est pas dans un film américain. J'écoute
un instant mais la cage d'ascenseur quasi-hermétique et parfaitement
silencieuse grace aux normes de confort de notre belle époque, ne laisse
échapper aucun indice sur le palier d'arrivée. Je décide de monter dans les
étages pour trouver la solution de la devinette, mais après quelques
marches le bruit des portes coulissantes de l'ascenseur revenu au rez-de-
chaussée sonne le glas de ma recherche. Je redescends et croise une petite
mamie qui m'adresse un grand sourire sans doute pour cacher le malaise
que lui procure mon visage d'inconnu. Après un repérage dans l'arrière
cour au cas où un indice quelconque pourrait m'aiguiller sur l'étage à
choisir, je vais me jeter tranquillement un jambon-beurre, le reste de la
journée me laissant largement le temps d'aller réanimer le seul appart en
manque d'oxygène qui reste sous ma protection.

Mercredi.
"Dziiing"; entrée de la basse-cour. Mon lapin est aujourd'hui à nouveau
accompagné d'une poule, la brune. En vieux renard, je les ai devancés
dans la volière. Alors que mes deux insouciants bestiaux piapiatent dans le
hall d'entrée, je déboule de la cour pour me trouver juste derrière eux en
arrivant dans la cage d'escalier. Un peu surpris, les deux tourtereaux se
figent face à la porte de l'ascenseur, silencieux. La femme, grande à cause
de bottes aux talons insolents, élégante et plutôt sophistiquée porte de
longs cheveux épais et soyeux. De près, ils semblent encore plus noirs. La
proximité transforme cette chevelure en une toison profonde et
ensorcelante, propre à faire se parjurer n'importe quel homme honnête et
sain d'esprit. Son parfum, haut de gamme, lance de fines mailles odorantes
comme si, tel un chalutier, elle voulait tenter d'attraper les plus ou moins
gros poissons qui ne manquent sûrement pas de venir frétiller autour d'elle.
Son long manteau noir en peau lainée l'affine encore tout en dissimulant
malicieusement une chute de reins que j'imagine des plus réussies. Afin de
rester serein et garder les idées claires, je détourne le regard vers la nuque
fraîchement tondue de Roger, mon Casanova nourricier. La porte de
l'ascenseur s'ouvre sur la mamie de la veille qui aujourd'hui, habitude
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oblige, me souris et me lance même un confiant : "bonjour monsieur" que


je lui retourne en un sympathique : "bonjour madame". Cela semble avoir
rassuré mes canaris. Une fois entrés dans l'ascenseur, tournés face à moi,
ils semblent moins crispés; la femme me souris même lorsqu'elle me
demande l'étage où je me rends. Euh... elle m'a pris de cours, aller au
même étage qu'eux serait mal venu, plus haut me ferait louper l'entrée en
scène des zozios, trop bas risquerait au pire d'attirer des soupçons et au
mieux de me faire passer pour un impuissant des genoux. Allez, je vais
abattre mes cartes dans ce poker menteur à un seul joueur, le temps de
tourner ma langue dans ma bouche mais déjà Miss Monde appuie sur
7...ouf, j'irai donc au 6.
Regards croisés, gênés, premier, détournés, tiens elle a aussi de jolis
pieds, deuxième, il est bien rasé, avec des grands pieds, troisième, sourires
crispés, lèvres qui donnent envie de baisés, quatrième, gratter le nez, sans
se ridiculiser, voilà c'est fait, cinquième, presque arrivé, salut beauté, à
bientôt Roger, sixième, les portes s'ouvrent, "messieurs-dames", sur le
palier.
Sans bouger, j'écoute pour tenter de discerner un indice à l'ouverture de
la porte du septième ciel, mais rien de plus que le bruit de la porte qui se
referme et qui m'indique l'appartement de gauche du palier supérieur. Dès
que le couple est entré dans l'appartement, je gravis à pas de loup les
marches qui nous séparent encore. Devant la porte, aucun son n'est
audible. Je me tire.
Après une heure et demie d'attente, mon coco ressort seul, l'air léger
mais en retard pour retourner au turbin. Quand il a disparu de mon champ
de vision, je me lève du banc qui accueillait si durement mon joli popotin
pour aller pousser les investigations un peu plus loin voire même, si la
chance le permet, entrer en contact avec la corneille qui pourrait bien me
lâcher un indice sans le vouloir. 5A769, arrivé au 7ème, j'écoute, rien, je
sonne, on ouvre. Un homme plutôt distingué, la soixantaine maigre,
m'apparaît drapé dans un habit d'intérieur au style british qui lui donne un
air de demi-frère de David Niven. Pas de trace de la brune. De douces
effluves d'eau de toilette mixées à un fond de lait hydratant pour bébé
s'échappent par relents de l'atmosphère presque moite qui semble être sous
pression dans cet appartement. Deux fillettes passent en courant, prises
dans un jeu de fillettes, derrière mon portier qui commence à trouver le
temps un peu long; - Vous désirez? - me lance-t'il agacé. Impossible de
caser le speech préformaté destiné à mon égérie, oscillant entre
l'incroyable ressemblance des paliers d'étages, l'odeur féminine
omniprésente qui ne peut qu'aguicher les narines masculines et une bonne
part d'improvisation. Après m'être excusé pour l'erreur et après avoir
essuyé une sévère remontrance non-exprimée de vive-voix mais bien assez
expressive dans le regard bleu de mon David d'occasion, je me tire, la
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queue entre les jambes, honteux de m'être planté à ce point. Me serais-je


trompé de porte? D'étage? D'immeuble? Que nenni, taratata, non-non-non,
tralala, tut-tut-tut, pas du tout, il n'y a pas d'erreur, c'est bien là, mais alors
qui était ce type? Aurais-je à faire à des partouzeurs? Pas impossible. Les
autres jours passe encore mais le mercredi, comment font-ils ça sans attirer
l'attention des mômes? En tous cas David Niven n'est pas l'homme qui
accompagnait Roger l'autre jour.
Je me planque à nouveau devant la porte de l'immeuble en attendant la
sortie de scène de ma brunette adorée. La sortie des artistes étant la seule
de l'immeuble, je ne peux la louper, ni elle ni qui que ce soit. Vingt
minutes plus tard, la star du moment fait son apparition puis file d'un pas
léger mais néanmoins rapide vers une rue adjacente pour prendre sa
voiture; une Audi TT quattro. En bon spadassin, je me retrouve debout
tout seul comme un con au bord du trottoir, ne pouvant qu'admirer l'arrière
puissamment galbé de la voiture qui déjà s'en va au loin. Comme par
miracle, un taxi arrive pile-poil; je le hèle, l'emprunte, le guide : - suivez
cette voiture -, il démarre en trombe. Le chauffeur, asiatiquo-antillais
semble amusé par la situation, moins train-train que ses courses
habituelles. Il mène sa Mercédès comme un pur sang, nous faisant
rattraper la TT en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Après l'avoir
ralenti dans son entrain, pour éviter de perdre mon anonymat, nous nous
retrouvons à suivre ma jolie brunette un long moment au travers
d'avenues, de rues et de ruelles des 8ème, 17ème, 92 et 93. Nous roulons
une petite demi-heure avant que l'Audi ne se gare devant un pavillon de
banlieue tout ce qu'il y a de banal; carré avec des fenêtres, une porte
d'entrée et une porte de garage au milieu d'un jardinet au mauvais goût
prolétarien rarement démenti; comme aurait pu le dire ce bon monsieur de
Balzac dans sa cache de la banlieue populaire de l'époque, au milieu du
village de Passy, ses créanciers à ses trousses. Garé à proximité, j'observe
la femme qui descend de sa voiture, entre dans le pavillon en étant
accueillie par un homme qui semble être celui qui accompagnait Roger
l'autre jour. Il ne lui faut que quelques secondes pour ressortir, entraînant
avec elle une gamine d'à peine six ans en pleurs. Madame serait donc
maman? Et monsieur serait donc nounou? Va pour cette première version
des choses. Après avoir fait monter la gamine un peu brusquement dans sa
voiture, maman démarre en trombe, sans doute un peu énervée ou pour le
moins vexée d'être reçue par sa mouflette comme une vulgaire malpropre,
lui préférant la barbe rugueuse de sa nounou à la suave odeur de sa peau
maternelle. Pour terminer la filature, je décide de suivre la petite famille
jusque chez elle afin de voir où elle crèche. Bizarrement, notre nouveau
périple me semble long; pourquoi choisir une nounou si loin de chez soi?
C'est en voyant à nouveau les scintillements des Champs-Elysées que je
comprends la chose, nous sommes entrain de revenir chez David Niven.
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Aussitôt dit aussitôt fait, nous nous retrouvons trois minutes plus tard,
revenus à notre point de départ. Garée, en "warnings", La femme extirpe
rapidement la gamine du coupé et la traine, toujours en pleurs, à l'intérieur
de l'immeuble. Quelques instants après, la voici qui revient, un peu
speedée, monte en voiture et s'en va. Troisième poursuite, mais celle-ci
semble être la dernière. Il lui faut tout juste dix minutes pour regagner son
parking d'un immeuble cossu de l'avenue du Roule, dans la proche
banlieue encore peu atteinte par les méfaits des pensées croisées de
Lecorbusier et de Staline, à Neuilly. C'est justement là que j'ai pris mes
quartiers depuis que Véro a vendu "Noisette" et son arrière boutique
accueuillante (cf La truculence du bon gros). Un peu à l'écart des quartiers
haut de gamme, je me suis trouvé une petite loc dans une rue commerçante
de l'ancien quartier aux putes, si célèbre chez nos aïeux parisiens en quête
de sensations coquines. Je libère le taxi pour rentrer à pinces et réfléchir
un peu en flânant jusqu'au bois de boulogne tout proche, afin de humer
voluptueusement les premiers pollens allergènes de dame-nature.
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Jeudi.
Aujourd'hui il pleut.
Réglé comme un horloge, mon Roro sort de son boulot mais file
aujourd'hui directement chez David, seul. Je le suis de loin pour tenter de
capter un quelconque indice depuis la cage d'escalier. Bredouille je
ressors de l'immeuble et vais m'abriter dans la voiture pour manger au sec.
Quelques barres de régime et quelques canettes de milk-shakes protéinés
plus tard, je me prépare à une attente digestive tranquille, dans le calme de
l'intérieur feutré de la berline, bercé par le clapotis de la pluie sur la
carrosserie et les douces mélodies Jazzies doucement balancées par la FM
d'une onde radio parisienne. Une heure passe avant que Roger ne
réapparaisse, comme à son habitude, et ne retourne à son turbin. J'attends
un peu au cas où une miss sortirait à la suite mais c'est au contraire David
qui sort après quelques minutes.

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va sonner, rien, cris d'enfants, pas le droit d'ouvrir. Homo?

bouffe régime (notes) dans (voiture?)


Hilde, Neuilly (voir notes)
taxi+moto?(engueulade?)
chapitre suivant, blonde avec Roger chez David puis sort avec un gamin
qui dort, va pavillon.
Roger retrouve David pavillon (chapitre suivant) un appart en garde
(notes)
brune
Croise facteur exreme gauche = impression croiser Hitler jeune
monte en voiture et s'en va. Troisième poursuite, mais celle-ci semble être
la dernière. Il lui faut tout juste dix