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a i i i 8 : ? Molécules du souvenir ‘ ;O indes magnétiques 4 Techniques de sommei i ! | Lépidémie i de fausses phobies : | Nabilla : pourquoi ; Iles stars sabotent tout i La psychologie des tire-au-flanc n°67 - Bimestriel janvier -février 2015 F Méditations Mindfulness ee guidées Initiation four les ados | : € seroech ¢ eboeck ys s \aptingcradone qu ringunesysune 2 Qsseurios ernie snes Dsstrten amie ger (Bamens probes de ‘une porte d entrée partite che oe pre «uid par oppor a ore quoiien 25 € «9782804176297 Un tie CD pour vous aider da \ore pique cela mincfuness au 3 2014925 € «9782808179045 Se sentir bien Deichadl ecu lapleine conscience malgré la maladie Vivre sa maternité sete moses len pleine conscience vyotre alliée face oe a be. on ¢ Sa ey Rd ceroece »y a6 peragens 2 ee ea eee aa ; Tenge | prone wean Foe ~ ere eee reese ¢ age roma de sorppoprero.;.lomgumisedirementrengite. Weineventsrenestrtacuiiiss, 5 cous fune ve boukvesse parla: Lomindunessvouscide a lever Se aeiemminree te ; STRMSES TSE: onsapepesonme vers atay apeconmsen7 eat oalaaaie pecan acy portagées avec ie bebe. uxcuestonsquasovolo conn: 2014+ 21 €+ 9782804188962" ‘ct es oo 8 dalonpey es com élences néoessares pour fore foe, 2015 +26 € 9782804190880 + 201421 €+9782804188368 Cerveau 2, Psycho www.cerveauetpsycho.fr Pour la Sclence 8 rue Férou, 75278 Paris cedex 06 ‘Standard:Tal. O1 55 42 84 00 Directrice des redactions: Cle Leste Cerveau & Psycho eteenilCerven & Paycho FRcacour en chet adj Seaver Ber Rédacrice en chet adjinte: Sree Shan scale Pour la Senco ection ae Smictersince ere te Der set Set coe oe feos Speen b pemeatecertttig seen pane fc neo oa aptamer ences sans re secrarenteactsnac er eam. Ont également partiipé a ce numéro: uetarstsinze prin ee ae nero cesarean {GLguilovin@poutlascence. tt) secant Seria no ‘Soxsnmenare Se emia Siriaas ae SE Een tte Taree cousins Sh tacos be a Tote See ee newt net tie eri tes ee ead amaze Seamer at cers ae Renamer reese ens se limn meaner fides tucra beep eco iseateerneres naan eae to, iamuptatnetiectit ieee Set te ete cepa pices bret Efe eee eee SEER Eee geceinerane mene Beene acters Soi erescermne pas doit de copie (20, re des Grands-Augustins - 75005 Paris) © Cerveau & Psycho - n°67 janvier-févrler 2015, Editorial ‘Sébastien BOHLER Une mémoire sur mesure «0 temps! suspends ton vol...» Lamartine espérait figer l'instant pour mieux goater Jebonheut. Proust, plus tard, 'évertuera a ressusciter les heures, les plus douces par les reviviscences de limaginaire et le pou- voir des mots. Comment retenir nos souvenirs, les graver dans ‘un marbre impérissable, les enfermer dans un fiacon pour les respirer loisir? Avec les progrés des neurosciences, la nature méme du souvenir évolue. Comment Proust accueillerait-il idée qu'un souvenir est activation d'un groupe de neurones dans notre cerveau? Peut-étre avec intérét, Mais P'idée que ce souvenir puisse étre réactivé par des impulsions laser provoquant le ral- JTumage desdits neurones? Car c'est de cela quill s'agit. Les expérimentations en laboratoire montrent qu'un souvenir peut étre réactivé sur commande cher des souris par une technique appelée « optogénétique », en ciblant les neurones concernés. Quiils peuvent étre aussi effacés, voire que des souvenirs totalement fictfs peuvent dre créés de toutes piéces. Alors, sile souvenir ‘est matidre, ne pourrait-on pas le consolider, voir le modeler? Le futur est parmi nous : déja des dormeurs voient leur mé- moire augmenter aprés des séances d'impulsions électriques (ou de simples sons) qui renforcent ces processus de plasticité neuronale. Des pilules gomment les souvenirs désagréables de patients traumatisés, ct d'autres xsauvegardents des saveurs [passées, étrange écho chimique a la madeleine de Proust. Une ‘mémoire sur mesure, voila Phorizon qui se profile. Est-ce souhaitable? Le dilemme n’est pas nouveau! Platon considérait comme un crime d’oublier quoi que ce fit. ‘Nietzsche érigea, quant 3 lui, Poubli en vertu supréme sans Jaquelle aucune action n’était possible, En fait, nous avons. simplement de nouveaux instruments entre les mains, Gene sont pas les premiers. 'écrt est passé par la bien avant, autre support de mémorisation que les Grecs téprouvaient parfois, cn glorifiant la pureté de la mémoire sans support (Platon, encore...) Pour élaborer les réponses ensemble, une étape est nécessaire: s'informer au sujet de ces avancées. Nous cespérons y contribuer & notre maniére. Cerveau Q, Psycho n°67 janvier-février 2015 Une meilleure memoire ? Oo teendew / Stance 38 Mémoriser, amp! effacer: une mémoire sur mesure Des techniques cérébrales récentes aident a ancrer plus profondément Tos connaissances, Robert Jaffard 44 Vers le contréle des souvenirs En manipulant les neurones, les scienti- fiques créent de faux souvenirs & volonté. Pierre Marie Lledo 52 Anatomie de l’amnésie Des lésions du cerveau rendent impossible tout nouveau stockage d’informations. Felipe de Brigard 57 Il est temps d’enseigner la mémoire a I’école Les lycéens gagneraient & apprendre la mémoire comme la biologie ou les maths. Alain Lieury et Philipp Schnepel Regard sur l’actualité 10 Evasion fiscale: un désastre pour Nos cerveaux Les cas récents d’évasion fiscale sapent le desir des citoyens de payer leurs impéts. Nicolas Baumard Cinéma: Décryptage psychologique 20 Une nouvelle amie: les dessous du travestissement Se travestr révele parfois des désirs secrets, tel est le message de ce film de Frangois Ozon. Serge Tsseron Psychologie 26 Stars : du paradis a l'enfer Pourquoi certaines stars supposées heureuses sabordent-elles leur destin? fric Corbobesse Psychologie au quotidien 30 La psycholor des tire-au-flanc Dans tout groupe de travail, ily a des tire-au- flanc. Comment les remettre au travail ? Nicolas Guéguen Neurosciences 60 Pourquoi la musique nous fait vibrer Le cerveau humain est cablé pour convertir les sons en émotions. Hervé Platel et Sébastien Bohler @ Corveau & Psycho - n'67 janvier -févrler 2015 ly Psychiatrie 66 Peur ou phobie: ou est la limite ? ‘Comment distinguer une peur « saine » d'une phobie ? Des crittres précis permettent de faire la difference, Pascal de Sutter Psychologie 72 Le double effet @ Quel est l'effet des smileys et émoticdnes sur nos émotions quotidiennes ? T.Ganster,S Eimler, S. Winter et N. Kramer Neu 76 Sexe: les médicaments qui gachent la féte ‘Comment les antidépresseurs, la pilule ou les neuroleptiques modifient notre désir sexuel. Patrick Barriot jence & Santé Psyc 84 « Je n’existe pas ! »: quand on se croit mort Peut-on se croire décédé ? Un roman et des patients neurologiques I’attestent. Sebastian Dieguez nopathologie des héro: © Cerveau & Psycho - n°67 janvier-févrler 2015, | Editorial 1 V'actualité des sciences cognitives 4 * La crise de la quarantaine, une quéte de sens ? Pourquoi votre enfant est le plus beau * Verifier ses mails moins souvent réduirait le stress Et bien d'autres sujets. Leeil du Psy Pour sauver la planéte, devenez végetariens! 14 Christophe André Point de vue Trois millions de tablettes a I’école: et aprés ? 17 Edouard Gentaz Psychologie... animale Les requins pensent-ils? 90 Georges Chapouthier ‘Vrai ou faux? « occasion fait le larron » 92 Anne Charlet-Debray Analyses de livres 94 Tribune des lecteurs 95 Neuro-BD 96 ce numéro camper un encat Sabemnonart Caress & Pach boc terlatiahs du itogs Un sro Phiesophe Mogens ty rer Eeont ‘Solomons so pots sro to do con aban fond arn ngconent Cerveau 2, Psycho Restez connectés ! 300 000 FANS ! Merci 4 tous Ba ert acu oie | tame cae parsceces o fe fashant cove. té ‘actual Psychologie La crise de la quarantaine, une quéte de sens? On n’échappe pas aux bilans. Ai-je atteintles objectifs que je m étais fixés ? Suis-je heureux? Ma vie a-t sens? Ces questionnements surgissent aux 8ges « ronds »: 30, 40, 50, 60 ans, Les décennies appellent & se pencher sur son passé et son futur Croyance populaire ou réalité tan- gible ? Sur un panel de plusieurs cen- ‘anes de milirs de personnes inscrites ‘sur divers réseaux sociaux dans plus de 100 pays, Adam Alter et Hal Hershfield, psychologues aux Universités de New York et de Californie, ont mesuré les effets concrets de ces crises décen- rales. lis ont demandé aux sondés avec quelle fréquence ils s_interrogeaient sur le sens de leur vie et sur leurs objectifs Les personnes dont dg se termine par un 9 (29, 39, 49 ou 59 ans) sont de loin les pls conceréet paces questonne- ments exstentils, Ala velle des caps crigues les questionnements ferent, Dans cette remise en question, cer tains concluent quils ont raté leur mariage et quil est temps de redonner ln sens a leur existence en boulever- sant tout. Sur plus de huit millions de profils hommes fréquentant des sites Internet de rencontre extraconjugale, les psychologues ont constaté que ceux dont age se termine parun 9 sont sur- représentés de prés de 20 pourcent. Diautres dressent un constat c'échec radical: les fichiers du COC américain (€quivalent de notre INSERM) révélent que ceux qui abordent une nouvelle décennie se svicident plus que les autres. Enfin, la quéte de sens peut déboucher surun désirde repousserlavellesse: sur ‘500 marathoniens répertoriés surun site spécialsé, es psychologues ont décou- vert que coux dont '3ge se termine par lun 9y sont surrepresentées de 48 pour cent (24 coureurs sur 500 autlieu de 50), Ouéte de sens, changement de direc- tion, bouleversement sentimental ou nouvelles résolutions: les statistiques montrent que létre humain associe & certains caps de la ie des angoisses et des questionnements profonds. Pour- § quoiattendre quun « 9> frappe a notre porte ? Se poser ces questions jour "@@] 4 apres jour est sans doute plus exigeant, ENS mais plus profitable 3 long terme. in Aer et Heshfald «People sarc for meaning witen they approach a evr decode © ronologeal ages, m PAS 8 porare © Corveau & Peyeno - 167 Janvier -fevrtor 2015 Education Sébastien BOHLER Pourquoi votre enfant est le plus beau Pour ses parents, fenfant est tou: jours le bien le plus précieux. Mais il est parfois aussi le plus beau, le plus intelligent, e plus doue et le plus vif et. [aliste peut étre longue. Sans pour autant que Fenfant corresponde & ces qualités supputées. Des psy: chologues néerlandais ont mesuré "écart entre a vision idéalisée des parents etl réaiite Eddie Brummelman et ses col- legues de {Université o'Utrecht ‘aux Pays-8as ont mis au point ‘un questionnaire dit « de sures- timation parentale », en consta- tant gue de nombreux parents portent aux nues des enfants au demeurant tout & fait nor maux. Les parents les plus Gestion du stress <« surestimants » apparaissent, 2 la lumiere de ces travaux, les plus narcis- siques. Evidemment: si je suis extra- ‘ordinaire, mon enfant doit tre aussi Mais inflation de ego ne s' pas la: ces parents sont réellement Convaincus que leur rejeton a un OL plus élevé que celui mesure réellement. lis estiment quil dot se distinguer des autres et ne parient que de lui en public. Le risque pour fenfant est de ‘tomber un jour de son piécestal fet de ne pas supporter 'échec. A inverse, ont découvert les Psuchologues, des parents qui cconférent& leur enfant un sou- tien et une confiance sans fille, méme dans réchec, le protegent contre ies atteintes a sa propre image et aident & traverser les <épreuves plus en douceur, E.Brummelran etal, in es Soc Py, 8 parate Vérifier ses mails moins souvent réduirait le stress En moyenne, un employé de bureau vérifie ses emails 13 fois par jour. Dans le monde, ce sont 183 milliards de mails quis'échangent quotidienne- ment, Quel est leffet de ce trafic sur 10s cerveaux? ‘Des psychologues canadiens ont étudié impact des innombrables séances de verification detail, aux- quelle se livent les employes, surleur bien-etre et lour état de stress. Pour cela ils ont demandé 8 142 employes de se limiter & trois séances de véri- fication email par jour pendant une semaine Des questionnaires de stress leur étaient cistribués avant et apres cette période de régime électronique, En répondant a des questions telles que ‘« Aujourd'hui, aver-vous eu souvent impression de ne pas vous en sortir avec toutes les taches que vous aviez a faire », ou « Avez-vous ressenti de Ténervement ou de la colere face & des situations que vous ne maitrisiez as », les employes ont alors livré un message clair: le niveau de stress a fortement diminué aprés la semaine abstinence. De maniére concomi- tante, les employes étaient plus pro ducts et satisaits de leur travail Le stress du mail résuitersit de plu- sieurs effets: dune part, le sentiment de ne plus savoir ott donner de la téte, autre part la difficulté de refocaliser ‘son attention sur le travail en cours apres en avoir été temporairement dis- trait (ce quiallonge le temps de réalisa- © Cerveau & Peycho - n°67 Janvier-févrter 2015, tion de fa tache interrompue) et enfin le ralentissement dans la progression des téches de la journée qui se conclut effectivement par un sentiment de retard global. Face au stress numérique, une hygiéne siimpose. La limitation des séances de mail s'apparente & une ragle de conduite alimentaire: éviter de grignoter et se ménager des temps dédiés 8 cette activité. Sans som- brer dans la boulimie, car des cycles addiction sont possibles : quand on a pris du retard dans son travail, pour- quoi ne pas se distraire en consultant ses mails? K. Kushiev et €.W, Dunn in computers in Human Behav, vol 3p 220-228 2015. Santé Parler une deuxiéme langue retarderait la maladie d’ Alzheimer Un répit de cing ans avant apparition des premiers symptémes, tel est 'avan- ‘tage procuré par le fait de parler une deu- xidme langue. A l'Université de Gand, en Belgique, des neurologues ont examiné 173 malades ¢'Alzheimer, dont 69 bilingues et 65 monolingues. lis ont constaté que Jes monolingues sont atteints en moyenne a Tage de 71 ans, les bilingues n’étant atteints a qu’a 26 ans. Le bilinguisme contribuerait a la « réserve cognitive », tun capital de neurones et de connexions synaptiques constitué dans 'enfance, qui offrirait une protection contre les matadies neurodégénératives:: lorsque les neurones meurent a cause de microlésions comme celles observées dans la maladie d'Alzhei- mer, la réserve initiale permet de retarder la masse critique & partir de laquelle se manifestent les premiers signes du déctin mnésique et cognitf. Le bilinguisme apporte une réserve cognitive de premier pian car il fait fonc- tionner deux réseaux de langage et mobi- lise deux systémes de sens ainsi que deux « mémoires » du monde. Détall frappant, cette étude vient de Belgique, un pays tirallé par les rivalités linguistiques et qui aurait tout & gagner d'une culture bilingue dont elle détient les ingrédients. Selon les épidémiclogistes spécialistes de la mala- die d’Alzheimer, un gain dune année sur apparition de la maladie se traduirait au niveau mondial par une baisse de 11,8 mil- lions de cas dans le monde, et un gain de deux ans entrainerait une baisse de 22,8 millions. A quand une culture multi- lingue a récole ? E.Woumans et al, «Biinguaism delays clinical marifestation of Alshsinar’sdscase>, in Biingua~ Tsm* Language and Cognition, a pasie Psychologie sociale Le pouvoir modifie le ton de la voix Selon une étude des Universités Columbia et de San Diego, le fait cacce- der 8 un statut de pouvoir plus élevé modifiers la voix en la rendant plus aiguiet plus puissant et en réduisant se5 variations de hauteur, Sei Jin Ko et sse5 collegues ont réalisé des enregis- ‘rements vocaux d'étudiants placés dans des positions de dominance ou de soumission, par des jeux ce réles. ‘Dans ces eux, une partie des étudiants devait imaginer se rendre une négo- ciation en position de force, en ayant {a meilleur offre, les informations cru- ales et un statut élevé au sein de leur corporation. Une autre partie des étu: diants devaient au contraire imaginer détenir peu de moyens de pression, diinformations ou de statut social Les chercheurs ont alors constaté ‘que la voix des personnes placées en position de domination avait change. Plus aigués et puissantes, elles pré- ‘sentaient plus de variations de volume [éclats de voix), mais de moindres fluctuations de hauteur (plus mono- ccordes]. Chez les individus en condi tion « soumise », le ton dela voixavait © Corveau & Peyeno- baissé: plus grave, elle état aussi plus moduiée et plus discrete, li serait done possible, d'aprés ces résultats, deretracer historique récent diune personne dans ses ascensions ou reculs higrarchiques au sein d'une entreprise ou dune organisation. Fait notable, Fentourage note ces variations et s'appuie dessus pour « jauger » Un collegue comme plus ou moins influent. S.J. Ko etal, «The sound of pov, in Piycholagical Science, 8 paratire 167 Janvier -fevrtor 2015 En Bref Cherchez la femme Acquoisertle sens de forietaton? Ase repérer dans un siperrarha retro le chemin de maison. Ou forgone n home, 4trower une fernme, sion en cro des chercheurs de TUnversé de Utah En tucant le sens ce forientation dhommes de dete ribs ce Nami son cons que ceux ayant un mele sens de forertation ascent pus derfars qe les autres Ie se ‘place sur de pus ongues dances font. de pis nombreuses conquttes férinines Dans Mrypothtce oct fet aura cou chez nos ances, favatage reproductiprocuré par unbon ses de forteration aura ori a dfixon des ines sourtendant ete facut Savi Soviet selon cette nterpréation seri 1. Tepooranté din hore dassuer sa descendarce,Une des raisons pour lesquelles certains hommes se sentent mal 8 fae lorsqs dofert demander leur chemin dans rue? Flirter avec des sucettes Voila une méthode de séduction eu commune. Des psychologues {de Indiana Fassurent: proposer un bonbon ou une sucette lors dun flirt augmentera vos chances. Ils ont fait visionner par 142 étudiants des profs lutilsateurs de sites de rencontre. Les étudiants devaient & chaque fois indiquer sils étaient intéressés par le profl présenté. La mowté dentre ‘eux pouvaient manger des friandises ‘ou boire des sodes suerés en méme temps, Ceurcci ont donné en moyenne tune note de 5,3 sur 7 aux pages visionnées alors que les étudiants privés de bonbon attribuaient une ote moyenne de 4,5. Une différence ‘oui peut payer Lexalication? Le sucre activerait inconsciemment des concepts és & la douceur et & la suavité, qui seraiont transférés sur les partenaires éventuels. Ne dit-on pas de Iétre aimé quil est ‘doux comme le micl? Reste a prouver Ihypothése scientfiquement (© Corveau & Psyeno - 167 Janvior-févrtor 2015 Bien cornmuniquer Quand on se comprend, les cerveaux se synchronisent Que se passe-til lorsque « le courant passe » entre deux per- sonnes? Elles se comprennent naturellement, mais sans pouvoir expliquer pourquoi. Leurs cerveaux se synchronisent. Cest ce quiont découvert des neuroscientifiques de [Université de Nimégue aux Pays-Bas. Une zone dy cerveaus le sillon temporal supérieur drot, produit une act- \ité qui luctue au cours de féchange, mais ces fluctuations se super- Conn / htc om posent lorsque échange est fécond. Chacun ale sentiment de savoir ce que Fautre veut dire, méme siles mots sont imprécis. Le sillon temporal supérieur droit a une capacité particuliére celle de deviner es représentations mentales d autruia partir de multiples éléments tels que les postures, ls intonation le sens des mats ou la gestuelle. Au cours de 'échange, sice processus dinférence fonc- tionne, chacun peut adopter les mémes représentations mentales ue son vis-a-vis afin de faire progresser 'échange. Les reorésen- tations mentales étant partagées, leur interprétation par le sillon temporal supérieur se déroule en paralléle dans le temps, ce quise traduit para synchronisation observée en IRM. Les moments de grande complicté pourraient fonctionner de la ‘meme maniére, Le silon temporal supérieur fonctionnant &partirde paroles mais aussi de regards oude gestes, il peut suffre de res peu dde mats pour créer ce sentiment. Cest ce que confient certains amis qui « rvont pas besoin de mots » pour se comprendre. A la synchro- nisetion du silon temporal supérieur pourrait en outre sajauter une synchronisation émotionneli fasantintervenir d'autres régions du cerveau régulant nos affects. | Stolk et a, «Cerebral coherence between communicators marks the emer (gence of mesning», in PNAS, 8 paraire Couple Les conjoints qui aident a réussir En couple, on cherche "amour, fa sta- bilité, [a complicité, la famille... parfois fa réussite. Si ce dernier abjectif vous préoccupe, sachez que d'aprés des psychologues du Missouri, la réussite professionnelle d'une personne serait corrélée 8 cortains traits de personnalité de son conjoint. Il sagit plus précisément dun trait de personnalité que on nomme « esprit consciencieux > et qui compte parmi les cing grandes dimensions de fa personna: lite 6tudiées en psychologi. Wregroupe ia faculté dorganisation, de planifcation, de méticulosité, de iabilité et de ponctualté. Pourquoi réussit-on mieux profession- nellement avec un conjoint « conscien- cieux »? Lexplication avancée est la suivante: les conjoints consciencieux prennent spontanément a leur charge quantité de taches domestiques ou administratives, soulageant leur parte- naire de ces contingences et leur assu- rant ainsi une assise confortable pour se consacrer® leur carrie. Par chance, lesprit consciencieux est sans doute une des dimensions les plus faciles a jauger. Une personne toujours a Theure, au bureau bien rangé, dont les rendez-vous sont planifiés des semaines 8 avance, qui ne remet jamais une tache pénible 8 demain et géreles rendez-vous avec flegme, sera votre candidat(e) idéal(e). Mais attention: obsession fest peutétre pas loin et pourrait transformer hymen en cauchemar. En Bref. Précisons quill ne s'agit que de sta- tistiques. Trouver un canjoint organisé § nioffrira donc pas Ia garantie absolue dune réussite professionnelle ~ilfaudra malgré tout y mettre du sien, Enfin, il © faudra expliquer 8 votre promis(e) que ‘vous 'avez repéré{e) pour ses extraordl- we naires qualités organisation. Un roman- tisme consommé. sone an tego a i an Jihadistes fusionnels exede des jeunes vers les foyers du jad ne touche pas que la France: les pays du Maghreb sont largement touchés et queique 2000 Marcacains ont ainsi rejoint les rangs doivent étre parallélement déve- F loppés dans les écoles supérieures # du professorat et de l'éducation 4 afin de continuer & familiariser les nouveaux enseignants aux apports taux limites des nouvelles techno logies dans leurs enseignements. ‘Ace jour, aucun communiqué ala &t adressé en ce sens aux ensei- gnants ni A leurs formateurs, aux parents ni aux éleves, Si nous arri- vons ala rentrée de 2016 avec une commande de matéri! électronique « brut » sans que le terrain ait été préparé, Vinitiative pourrait alors donner du grain i moudre, par son échec, 4 tous ceux qui entendaient la condamnerdansTeuf, Edouard Gentaz ‘est professeur de psychologic Bibliographic Jolly etal, Evalucion des ‘tats Sentcinements avec loblate toctle dosings & faveriser Méeriore de lettres cursives chez des enfon's de fours préponaoie in Reve STCEE ol. 26, 2013, FAmadiou et A. Tricot, ‘Apprencte ave: le mangos, Inyo of rls, Retz, 2014 E.Gentaz, Lo Main, le cerveau of le toucher, Dunod, 2009. 167 Janvier -fevrtor 2015 SoM nevi AU leeds ve nte dS) ear & Psycho Le cerveau mélomane Un psy au cinéma Emmanuel Bigand (4c) Serge Tsseron > 7 ars touch 7} Vous aver aims tel fim tout un chacunetsuscite ouvous favez détesté ? de multiples émotons Un psy | Yous cherchez des arguments Le cerveau | cequerosat moins PSY | cans iescéarocu eeu des Mélomane | cest!2 puissance de AU CINEMA | a teurs...Mais sinotre relation lamusique,Puissance sur | au cinéma nous part dabord wees | Jes capacités cogntves et de nous fe nos peurs, de nos rves, de nos bassesses, de nos grandeurs...? Le psychiatre Serge Tisseron nous livre ses critiques psychologiques des films quiont feta une. intellectueles de ceuxqui en écouten souvent ou qui lapratiquent;mais aussi JU) esr traps cher certains sujts etn Maux d’artistes Ce que cachent les oeuvres Leste ompés Sebastian Dieguer ‘Des anomalies du cervecu aux comportements étranges . pe mS 4 Patrick Verstichel i Lewis Carroll ? Pourquoi Ravel 1'a-vil jamais couché par écrit laprttion de son cee opera? ie foie incent Van Gogh au suicide ? Lenevropsychologue Sébastien Be Vezuer nous devas lens cachés entre artet maladie de moitié de son assiette et ne se v2.4 es E esprit, ‘Autant de cas étranges, zm a cdécryptés par le médecin La femme qui, des heures clurant,shabille dela main droite et se déshabille Immédiatement dela main gauche; le marié qui sendort Pendant a cérémonie; Phornme qui ne mange que la clinicin Patrick Vertchel, qui nous éclaire sure fonction: nement de notre cerveau. FLASHEZ ceoncove 4 Paces Deut oer Cm ACT MAAC tt eR iy Cinéma: décryptage psychologique Une nouvelle amie: ‘Serge TISSERON vest psychiatre, ‘ec psychanalyse, aye ‘chercheur associé [HOR & lUniversicé Paris i Denis Diderot. Paris sev sergetiseroncom 20 Le dernier film de Francois Ozon met en scéne un homme qui adopte progressivement des habits de femme et une femme qui renonce aux attributs féminins. Mais qu’est-ce que le travestissement ? vec Potiche, le réalisateur Frangois Ozon mettait en seéne une femme passive et soumise qui se transformait soudain en gestionnaire avi- sée et sauvait Fenteeprise que son mari avait abandonnée, Dans son tout dernier film, Une nouvelle amie, cest & une tout autre forme de métamorphose qu'il nous convie, Ou plutot a deux métamorphoses paralléles. La premiére est celle de David, incarné & Pécran par Romain Duris, Aprés la mort de sa fernme Laura (Isild Le Besco), il découvre le plaisir de s’habiller en femme, d’abord avec les vétements de la défunte, puis avec ceux quiil sachéte lui-eméme, Lautre meétamorphose est celle de Claire, Pamie enfance de Laura, incarnée par Anais Demoustier, D’abord révulsée par les trans- formations de David, elle éprouve bientot our Tui une fascination grandissante qui la conduit a transformer son propre rapport asa férninité ' Porter des habits de * Le deuil incomplet sfune mere, ou Ven vie de la faire revivre par le souvenir, est parfois en cause. femme ou se maquil= ler lorsqu'on est un hhomene : quel sir rrecouvre ce geste ? © Corveau & Peyeno- En Bref De ces deux métamorphoses paralléles, le spectateur retiendra évidemment la plus spectaculaire, celle d'un homme qui applique a son propre corps les artifices que notre culture considére comme les apanages de la féminité: talons hauts, rouge a lévres, perruque blonde, robe moulante rose, gaine, bas en denteles... Mais la métamorphose la plus importante est celle de Claire, Qu’est-ce que la féminité? Le comportement de David est désigné sous le nom de « travestissement ». Il consiste a porter les vétements associés parla culture aun autre sexe - ou plutot genre sion consi- dére que le mot « sexe » désigne seulement le sexe biologique. Le travestissement peut etre occasionnel ou habituel: dans le cas de David, ila d'abord été exceptionnel avant de devenir une fagon de vivre son corps a tout instant. Il Saccompagne parfois de compor- tements qu'une culture, a un moment donné, * Leflm meten ' Pour une femme, renoncer & ses scéne ces différentes autributs peut écre _possibliés dans lun moyen de vivre un jeu de miroirs sonhomosexualité. stimulant. 167 Janvier -fevrtor 2015 ATISANON ANN Cinéma: décryptage psychologique associe aun des deux sexes, comme la fagon de parler, de marcher ou encore de se passer Ja main dans les cheveux, Dans Une nouvelle ‘amie, David en acquiert tout au long du film et cela fait partie de sa métamorphose. Enfin, le travestissement peut Saccompagner, mais pas forcément, du désir de changer de sexe anatomique ce n‘est pas le cas de David qui ne manifeste a aucun moment le souhait de se faire opérer. Revenons a sa métamorphose, Elle est si impressionnante qu’on est tenté, méme sans tre psy, de lui chercher une explica- tion psychologique. Ozon y répond de deux Le maquillage fagons successives. D’abord, Claire suggere nest quun élément que la mre de David aurait pu désirer une du travestisement fille. « Non, répond David, elle était irés entamé par David ——_contente davoir un gargon. » La seconde apréslamort desa explication est esquissée lorsque Claire ques- femme Laura tionne David sur ce que son psychothéra~ ppeute pense de son comportement. Et David de répondee: « Il m’a dit: “Chacun organise son deuil comme i le peut” » Mais de quel deuil Sagit-il? Lameilleure amie de calle-i Claire, appré- ce ce changement. car elle éprowait un sir homosexuel Luna. ‘i pourtars Deuil et travestissement Freud, qui a longuement parlé du deuil ne ['a jamais mis en lien avec le travesti sement. En revanche, ilen a parlé a propos du fétichisme, avec lequel le travestissement a (© Corveau & Peyeno - est parfois confondu. Le fétichiste, en régle générale un homme, est attaché 2 une pitce de vétement féminin, le plus souvent les chaussures, les bas, le jarretelles ou la culotte, ce qui lui permettrait de fixer sa ‘mémoire sur ce qu'il aurait vu, petit gargon, juste avant de découvrir le sexe féminin, qui Paurait effrayé parce qui pensait y trouver ‘un organe semblable au sien. Le fétichisme témoignerait alors dela difficulté a accepter la réalité de Panatomie féminine — le deuil de la croyance que la mére ait un pénis. IL est difficile aujourd'hui d’apprécier quelle valeur pouvait avoir cette explication dans Je monde extrémement puritain dans lequel vivait Freud, tant nos repéres ont changé. Depuis Freud, la psychanalyse a évolué, et plusieurs auteurs ont souligné que les deuils difficiles peuvent entrainer des compor- tements de travestissement qui n’ont rien a voir avec la croyance en un quelconque << pénis maternel ». Le deul seul y contribue, lorsqu'il s'agit dela perte de quelqu'un de particuligrement cher et d'irremplagable, Ala recherche de la mére David a gardé les robes de sa mere, comme signe dun attachement a elle par- dela la mort. Il confie 8 un moment 2 Claire quill s habillait en ferme avant de rencon- trer Laura: était-ce avec les robes de sa mire? Il explique aussi qu'il avait cessé de le faire pendant le temps oit il vivait avec Laura, dont la féminité le comblait. La mort de Laura a-t-elle réactivé cher David le deuil jamais fait de sa propre méte? De ce point de vue, il manque dans le film d’Ozon une troisitme hypothése possible a son compor- tement. On pourrait la formuler de la fagon suivante & David: « Ta mére a da beaucoup Tadorer et tu le lui rends bien. » Parfois, & éfaut de pouvoir garder pres de soi un étre cher, on le fait exister en shabillant comme lui, ou, de fagon moins spectaculaire, en adoptant ses fagons de parler, un tic qui lui tait associé, ou sa maniére de se coiffer. Quand on a un mort « dans la peau », invest pas rare qu’on lui préte parfois la sienne, ‘comme une manitre de lui redonner vie. lest tr8s difficile de faire le tri de ces trois hypotheses et de comprendre dans chaque situation les raisons d'un traves: tissement. Mais la question a finalement 167 Janvier -fevrtor 2015 peu d’importance, car la transformation de David n'est que le prétexte thédtralisé d’une autre bien plus discrete : celle de Claire. Si elle n’en parle jamais, elle a vit et Pagit. A nous de comprendire comment. Un désir homosexuel affleurant Le film débute par un long flash-back ot Claire, enfant, est subjuguée par Laura, puis porte un regard mitigé surla rencontre de celle-ci et de David. On la voit ensuite le jour de leur mariage, jalouse autant qu’heu- reuse, puis découvrant avec envie la grossesse de Laura. Enfin, le jour de Penterrement de cette dernitre, elle prononce une oraison fundbre passionnelle ala défunte. Bref, siun personnage a un deuil a faire aprés la mort, ce Laura, cst bien elle. C’est sans doute ce qui explique qu'elle accepte si facilement ‘que David prenne peu & peu Vapparence de la défunte en mettant ses robes, ses chaus- sures et une perruque blonde qui évoque la isparue, Mais le film va beaucoup plus loin dans ce rapprochement. Claire accepte en ffet de partir en week-end avec David qui ‘veut profiter de ce temps pour lui expliquer la signification de sa métamorphose. La nuit, seule dans son lit - celui dans lequel Laura dormait avant son mariage - elle réve que quelqu'un entre dans sa chambre, et chacun pense bien entendw a David, Une main retire entement les draps et commence ala désha- biller, puis un corps sallonge pres delle, et lorsqurelle se retourne, ce n'est pas David qui apparait, mais Laura, blotie contre elle. Ozon ze pouyait nous montrer plus clairement que Claire est habitée par son désir pour Laura. Le fait encore & un autre moment. Claire imagine une possible relation homosexuelle entre David et son mari Gilles (campé par Tout homme porte en lui une part de féminité qu’il peut soit déléguer a une compagne, soit conserver en Vextériorisant a sa maniére. ear Outen (© Corveat & Psycho - n’67 Janvier -février 2015 Une nouvelle amie Raphaél Personnaz). Pour s’en assurer, elle va les épier dans les vestiaires aprés un match de tennis. Elle les découvre enlacés, probablement en train de faire l'amour... avant que le spectateur réalise qu’il assiste une scéne qui se déroule dans la tate de Claire, La réalité est en effet bien différente: Jes deux amis rient ensemble sous la douche comme deux collégiens. Le message, l& encore, est sans ambiguité, Claire est telle- ‘ment préoccupée par Tamour homosexuel qu'elle porte a Laura, qu'elle a imaginé Péquivalent entre David et Gilles. Petits glissements entre genres La métamorphose de Claire s’annonce par trois petits changements dans les rOles ‘raditionnellement dévolus a un homme et une femme, Au début du film, elle semble tre ce qu'on peut appeler une fille sans histoires vivant simplement avec un gentil mari. Mais trés vite, Ozon montre que les rOles ne sont pas si bien distribués. Gilles Jui mitonne des petits plats en mettant un tablier de cuisinitre qu'il garde pendant le repas. Puis, alors qu une séquence précé- dente avait montrée peu motivée par la sexualité, cédant sans enthousiasme aux propositions de son mari, tout change brutalement, C'est soudain elle qui prend Je dessus en chevauchant Gilles. Et non les clés du travestissement La blondeur de Laura (au second plan) ressuscitera aprés sa mort travers les perruques de David. Cette chevelure rappelant a Ciaire (au premier pian) laferme quelle simait en secret. Cinéma: décryptage psychologique seulement elle le chevauche, mais elle ne se préoccupe pas plus du plaisir de celui- ci qu'un homme & sa besogne ne se préoc- cupe, hélas, bien souvent, du plaisir de sa compagne. Ft pour que l'inversion des r6les traditionnels soit bien marquée, Claire Steffondre sur le corps de son mari aprés sa jouissance en lui demandant, comme le fait souvent un homme un peu coupable de 1’avoir pensé qu’a lui: « Bst-ce que tu as joui? » David et Gilles Gilles répond que non: ila été aussi étonné homesexuels? par Ja jouissance de sa compagne qu'une Ceestce que Caire femme frigide peut 'etre par celle d'un siimagine en homme! les entendane rire ‘Troisitme renversement : Claire, qui ne se sous adouche. maquille pas et arbore des vétements stricts, Eile projeze en réaité découvre avec David les signes que notre culture associe & la féminité, Saisie soudain du désir de s'approprier les symboles de la féminité affichés par David, elle se maquille les yeux, se farde les levres et s'habille d'une robe sexy. Mais Claire abandonnera finale- ‘ment a David sa part feminine aprés avoir découverte a son contact. Dans une scéne, elle passe méme a David, plonge dans le son propre désir de vivre une relation homosexvele.. avec David travesti. Bibl phie D.Anzieu, coma aprés un accident, une robe de Laura LeMotpecu, Dunod, _quril aimait porter, tout en fredonnant la nowell édiion 19%5. chanson de Nicole Croisille Devenir femme. J.Bowlby, En autorisant David a adopter définitive- Pe perenetpete ment une apparence féminine, Claire se Tove obs 1. libre en méme temps de la nécessité de ‘ecu porter cette apparence. Deull et mélancolie, Les derniéres images montrent David et OCF Kil, PUF, 1988. Claire en couple. David reste-t-il Pélément 2 (© Corveau & Peyeno - ‘masculin du couple ou bien est-il devenu pour Claire une compagne ? Concernant David, Ozon ne répond pas. La femme dans I'homme Revenons a la seule problématique que ce film aborde clairement, celle du deuil que Claire ne parvient pas i faire de Laura. Lévolution de David n’est plus lue alors 2a lumitre de sa propre histoire, mais de celle de ces deux femmes. En se travestissant en. Laura tout en restant un homme, David permet a Claire de vivre a la fois avec Te mari de sa meilleure amie qu'elle lui envizt, et avecsa meilleure amie elle-méme dont elle était secrétement amoureuse. Mais il permet aussi A Laura, ressuscitée en sa personne, de vivre avec Claire. David rest finalement qu'un instrument entre les mains des deux femmes. Le spectateur croit quecest lui qui tient les rénes de Phistoire, mais il ne fait que concrétiser le désir de Claire. En cela, ‘Une nouvelle ate est un film sur la maniére dont le désir férminin se réalise & travers les métamorphoses d’un homme — et cst son aspect le plus subversit ‘Tout cela nous raméne au continent obscur de la féminité masculine, Tout enfant vit @abord une période intense attachement & sa mre qui laisse en lui une part de féminité quil devra ensuite apprendre a gérer. Sicest ‘un gargon, plusieurs éventualités soffrent a Ini La premiére est de déléguer cette part de Ini-méme a sa compagne et de vivre avec elle comme avec ce que l'on nomme justement << sampoitié Ia femme est alors chargé ’in- carner la féminité maternelle que "homme a précocement intériorisée et quila renoncé a ‘mettre en scEne sur son propre corps. Mais le gargon peut aussi refuser de délé- guer cette part de lui-méme a une femme, en. partie tout 2u moins. Cela peut aller jusqu’a Ini refuser une jouissance qu’ ‘ment sa part féminine lui envi. Enfin, une troisigme éventualité est quil décide dincarner sur son propre corps cette part féminine, C’est ce qui est mis en sctne dans Une nouvelle amie, Mais U'intérét du film est de nous montrer & quel point ce choix n'est jamais solitaire. II tient toujours compte des fantasmes et des a attentes de entourage proche, qui 67 Janvier -février 2015 participe a notre sexualité. apprendre a resister olivier houdé . Fes aN k s 7 ditlabo a Vécole: science et apprentissage Le PoMMTER |] du paradis a l’enfer eudi 6 novembre 2014, le destin de Nabillaesten train de basculer. Dans une chambre d’hotel, son compa- gnon, Thomas, git poignardé. La starlette est placée en garde & vue puis présentée aux juges avant d’étre incar- cérée, soupconnée d’avoir tenté dassassiner son amilors d'une soirée oi la drogue aurait joué les trouble-fete, Quelques jours plus tard, Thomas confirmera cette agression devant les juges. Qui est Nabilla? Pour tous, elle restera célebre par une phrase: « All, ion mais alld quoi? T'es une fille as pas de shampooing ? », devenue le symbole d'un vide mental assumé et synonyme de succes sur les émissions de téléréalité. Elle deviendra ensuite la vedette de sa propre émission de téléréalité, All6 Nabilla, Mais alors qurelle sombre dans une spirale de déchéance, ses fans et le grand nt de se poser une question: e a tééréait, Nabila devine célebre par un mot: elle tout détruit? Pourquoi des IB" «Alo 2». La gloie acquse rapidement pour célébrités qui ont tout ce qu'on peut désirer SIR), des fats futies est dévastatrce pour le psychisme. se comportent-elles de maniere désorganisée SNRY¥ sayy sve sav sivastsderocgads taseasdsapen 8186 STEM SD} et néfaste pour elles-mémes? 6 nourrie au biberon 4 i q 26 © Corveau & Peyeho - n°67 janvier -février 2015 A bien y regarder, meurtres, suicides, Fi(G5RBSBESS ruines et addictions ont fleuri dés les débuts Gu star system, comme la face noire du reve _€&¢ Peyehiaere, hollywoodien. Le livre Hollywood Babylon, Sueces garne du cinéaste Kenneth Anger, dressait d?s 1959 nalyeant les eportrait du couple inattendu formé par la transformations gloire et la déchéance. Beaucoup aiment a psychologiques penser que lacélébrité est un horizon de vie, des stars. mais ceux qui la connaissent décrivent tout autre chose: une condition trés particu- ligre avec sa part de douleur. Déja dans les années 1930, Greta Garbo disait tout le mal qu'elle pensait de sa position de star. La mort récente de Michael Jackson dans un état de délitement physique et psychique que peu imaginaient, ou les déclarations de Stromae qui souhaite faire ‘une pause pour préserver sa santé mentale, nous rappellent cette réalité Failles narcissiques Une alé de ces destins est le narcissisme, cet « amour de soi » qui constitue un fonde- ment de la personnalité, mais qui semble exacerbé chez les plus célebres. Ainsi, lors dune étude réalisée en 2006, 200 invites @une emission de radio américaine ont rempli des questionnaires psychologiques qui révélerent, chez ces stars, des scores plus Cgnnu A 20 ans, levés sur Péchelle du narcissisme que dans mort a 27, Ja population moyenne. Ft ce, out particu- Le chanteur Janis ligrement pour les célébritésféminines et les Joplin fasat partie de ‘vedettes de a teréalité. lac bande des 27 » De fait, des Penfance, les futures stars opin, Morrison, paraissent ainsi indépendantes, impossibles Hendrix, Cobain), tous morts 27 ans. a intimider, ne se fiant qu’a elles-memes et se moquant des obstacles. Mais, avec le succts, ce narcis- sisme va se transformer, enfler, se Iézarder et parfois imploser. Certains se brélent les ailes rapidement : Cest le club des 27 (Joplin, Morrison, Hendrix, Cobain, tous morts & 27 ans), pour d'autres la dégrada- tion de Pidentité est lente et nécessite la mise en place de facteurs de protection indivi- Guels et collectifs, sous peine de finir comme Elvis ou Michael Jackson. On note aussitot des événements marquants dans ces biographies. Des histoires tee © Cerveau & Peycho - 167 Janvior-févrtor 2015 oi les manques et les traumatismes laissent centrevoir que, pour certains, devenir cél@bre serait comme la réponse un drame initial. On sait qu'il y 2 maintes manitres pour le narcissisme @’étre abimé, mais deuils et abandons précoces apparaissent comme des événements de vie récurrents dans Venfance des stars. Désir d’étre aimé ‘Comme le disait Steve McQueen: « Ma vie a été bousillée dis le début, » Les destins de Charlie Chaplin ou de Marilyn Monroe sont peut-étre ceux que l'on évoque le plus fréquemment. Mls sont bouleversants: tons denx, élevés par une mére souftrant de troubles psychiatriques, connaissent Vorphelinat, les familles d'accueil... Leur ‘enfance semblait les prédestiner a la noir- ceur la plus profonde, pourtant ils seront deux soleils d’Hollywood. La liste est Jongue et éloquente: John Lennon et Paul McCartney, Madonna, Bono sont orphelins de mere. Johnny Hallyday, Eminem, Loana, ‘pour ne citer qu’eux, ont grandi sans pere. Un des mécanismes de cette persévérance a toute épreuve pour atteindre le succes serait un besoin farouche de séparation. Ce fait a été si bien documenté chez les écri- vains, les personnages historiques, les grands noms de a science et méme les personnalités politiques, que le psychiatre suisse André Haynal s'est posé la question de savoir si le monde r’était pas gouverné par les orphe- lins, La course a la célebrité refléterait done une quéte d’amour et de reconnaissance sans lesquelles on ne peut vivre. Le choc du succés Vient alors la montée vers la gloire qui se fait par brusques coups d’accélérateur. La jeune vedette est trés rapidement accaparée par les médias et le public qui la découvre. Les rendez-vous s'enchainent, on la réclame tout le temps et de plus en plus, Les soirées, les ‘concerts quand il s'agit de musiciens, les films quand il sagit d’acteurs, les émis- sions et les « soirées V.LP. » quand il s'agit de vedettes a Psychologie Stromae a dédaré ‘vouloir prendre de la distance avec le star system et se retirer ‘temporairement dela scéne pour « préserver sa sancé mentale». 28 de la téléréalité, se multiplient. exaltation et le manque de sommeil s'installent. « En1964, on aurait dit qu’on faisait entrer une semaine entiére dans chaque journée >, raconte George Harrison au sujet des debuts des Beatles. Plus les changements sont violents, plus Pidentité sera remaniée. Sur le plan psycho- logique, le début de la célébrité équivaut & tun bouleversement intérieur aussi profond qu'une seconde adolescence, Il se produit, alors une forme de dépersonnalisation: un sentiment de perte du sens de la réalité, aussi bien extérieure qu'intérieure. Sa propre image commence a se démultiplier. On voit son nom et sa photo dans des lieux inédits. Les images quittent les albums de famille it elles étaient confinées (et le patronyme délaisse les documents administratifs) pour s'étaler sur les murs des villes les €crans de ‘télévision et les magazines. Apparaissent alors les premiers moments de désorgani- sation dus aux remaniements pulsionnels et identitaires. Cet étourdissement, ou phase de flottement, laissera son empreinte, Par la suite, on va a la fois Paimer et la recher- cher a tout prix, par d’autres succes encore plus forts, par la vitesse, par la drogue ou le jeu mais aussi la subir dans des tourments ‘tenus secrets, La rencontre avec le public, le business, le succes, prennent parfois aspect d'un traumatisme psychologique, et ce, d'autant plus que la célébrité arrive au début d'une carriére, lorsqu’on n’a pas encore appris & se protéger... Pas sgrand-chose a faire, sinon se laisser porter par la tempéte. George Clooney résume cela en tune phrase: « Sijavais perce vite, je pense que j'en serais & ‘me shooter du crack dans les veines du cou. » On peut alors parler inflation narcissique. La notoriété fait qu’on ne refuse plus grand- ‘chose a une oélébrité: Pargent arrive en quan- tité la sexualité est grandement facilitée pour ne citer que ces deux aspects. Ce syndrome de la « Ia grosse téte » a les conséquences peut-étre les plus visibles du grand public. Les limites commencent a tomber. Les stars © Corveau & Peyeno - sont malgré elles emportées par ce désir de puissance et de gloire qui conduit tout droit vers un ego mégalomaniaque: « Lorsque tu 5 César et que tout le monde te dit que tu es ‘merveilleux et qu'on te fait des tas de cadeaux et que tu peux avoir toutes es fills, il est trés Aifficile de sen détacher, de dire: “Bon, je ne veux pas étre le roi, je veux etre réel”», avoue John Lennon. Le syndrome de la « grosse téte » Ce sentiment de toute-puissance rend la frustration et Pattente de plus en plus diff- «ile. Paradoxalement, la star croit progresser ‘ais, cn réalite, elle est en pleine régression infantile, Elle devient ailleurs de plus en plus dépendante de son entourage. Les mani- festations de retards, de colére, de caprices et parfois de violence en découlent directement, Puis le rythme de solicitations élevé, une fois Pexaltation des débuts passée, va laisser place a un épuisement physique et psychique préoccupant, Comme pour le sportf de haut niveau, le recours & des produits dopants est tentant. C'est alors que peuvent Sinstaller les premiéres addictions, d'abord pour tenir le coup et garder le haut de Paffiche: les << uppers » (cocaine, amphétamines...), puis pour pouvoir enfin souifler et dormir: les « downers » (alcool, somniféres, héroine.. Car il faut suivre le rythme imposé par le show business ete public. Lintimité volée La presse people et les réseaux sociaux investissent une zone encore plus essentielle de 'intime en volant des moments photo- gtaphiques ou vidéo, de la sphere privée, jusqu‘au dévoilement du corps dans ce qu'il a de plus secret : nudité, amour, sex-tape, rumeurs de mort... La place de la photo- sgraphie renvoie a la crainte de la capture de image dans les sociétés primitives. Le reflet demeure le symbole du narcissisme et de Pidentité, Dans ces croyances ancestrales, Pimage d’une personne, son reflet dans le miroir, jusqu’aux peintures et photogra- phies, eprésentent son Ame, et sen emparer devient un vol de Pame. Et quand un maga- zine tire a 100.000 exemplaires et que ces photos sont affichées aussi grandes qu’un 167 Janvier -fevrtor 2015 terrain de tennis? Son image dans le miroir a permis 'enfant de se reconnaltre comme un tre entier, et en quelque sorte de ‘identifier a clle, Grace a son image, il unifie son corps ‘morcelé, dont il ne connait pas encore unite. La vedette se voit privée de cette image unifiée, car son image est donnée a tous, démultiplige et lui est volée. La tempéte de la célébrité vient troubler la surface de Peau et ‘arcisse voit son image explosée et exposée, Premier pas vers la dépossession de soi. La perte de l'intimité est une attaque des limites protectrices. Lintimité est une partie constituante de notre identité, un veritable écrin pour le psychisme. C'est une enve- ope protectrice trés précieuse pour existe. Pour preuve, adolescent en construction reste des heures enfermé dans la salle de bains, bien a Fabri des regards. A Pinverse, mettre 2 nu un étre humain est un acte de soumission et d’humi- liation utilisé par les gedliers de tous temps pour 6ter 'humanité de leur prisonnier. L'intimité est un écran qui s'est mis en place durant l'en- fance et qui protege du regard certes, mais aussi et surtout qui représente une barrigre psychique qui préserve des autres. Seul le nourrisson n'a pas de pudeur et il est vulné- rable et totalement & la merci de entourage affectif qui s'en occupe, Cest le principe de Secret Story: dévoiler ce qui est caché et les ‘vedettes de la téléréalité sont particuliére- ment exposées cette logique intrusive. Une dépossession de soi En devenant marchandise, la célébrité perd la richesse des multiples facettes de sa personnalité, Tel acteur me se réduit plus qu’a deux ou trois personnages qui lui ont apporté du succes, quand ce n’est pas a une tirade unique qui a fait la fortune du box- office. Tl chanteur est réduit a une chanson, voire a un refrain ou A trois notes de musique. Pour Nabilla, c'est a un seul mot: «Allo !», Cest plus qu'une mutilation: Cest une sévére amputation de Pidentité, Nous avons tous une identité multiple, faite d’une palette de couleurs bigarrées. Personne n'a envie d’étre réduit a un slogan, Les vedettes dela téléréalité sont particulit- rement exposées a ces pidges. D'abord parce quelles présentent des fragilités narcissiques © Cerveau & Peycho - dans les veines du cou. » George Clooney Stars : du paradis a I'enfer q qui aiguisent leur soif de visibilité sans prendre de précautions. Revanche sociale, revanche sur la vie... Ensuite parce qu’elles sont livées a lindustrie du divertissement et au public sans Vintermeédiaire d'une créativité artistique qui jouerait un role de protection. Elles se trouvent brutalement exposées a des millions de spectateurs, sans Pexpérience longue et parfois pénible de la « bohéme », ni préparation aux métiers du spectacle. Dremblée placées en téte de gondole comme des produits marchands trés lucratifs, elles risquent d’étre dépossédées delles-mémes. La confusion du privé et du public rend tout jewavec leur image bien difficile Nabilla et Thomas, couple de la télévi- sion, sortis de 'écran, paraissent multiplier les facteurs de risques. La fiction se méle au rel Ils semblent étre assignés a transformer leur vie en feuilleton télévisé et les voila tris- tement passé dans Esprits criminels. Quand Jes moyens de protection individuelle ne suffisent pas, il faut interroger les moyens de protection collective: entourage privé, professionnel, manager. Mais apres tout, qui sen soucie, D'autres seront la pour les, remplacer. . 167 Janvior-févrtor 2015 Bibliographic E. Corbobesse et 1. Muldwort, Succés dard, Foyard, 2011 M. Young et D. Pinsky, Nareissism and ‘Celebrity, in Journal of Research in Personaliy, vol. 40, p. 463, 2006. K. Anger, Babylon, Tristar, 2013, Hol 29 Nicolas Guéguen ‘est enseignant- chercheur ‘en psychologie sociale Université de ct dirige le Laboratoire ‘ergonomic des systires, traitement de information et ‘comportement (UESTIC) Vannes. 30 La psychologie Tire-au-flanc, parasites, fainéants, profiteurs... On les trouve dans n’importe quelle entreprise. Au point que les psychologues ont donné un nom au phénoméne: la « paresse sociale ». I ls planchent sur les moyens de remettre ces démotivés au travail. n 1961, John F. Kennedy, dans son discours d’investiture, lance cette phrase restée oélebre: « Ne demander. pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que ‘vous pouver faire pour votre pays. » Il vient de poser les termes d'une équation: dans quelles circonstances le groupe aide-t-IT'in- dividu ase surpasser, et quand tend-il plurdt a diminuer son engagement? Qu’est-ce qui distingue une personne qui sinvestit dans la collectivité, dune autre qui se contente en tirer parti? Des baisses de rendement La question se pose trés concrétement dans le cas suivant: Yves S., directeur @'un service de prospective dans une grande administration, aimerait que ses employes se motivent davantage pour leur tache, roposent des idées nouvelles et livrent des rapports de premiére utilité a sa branche industrielle. Il vient de fusionner trois équipes qui travaillaient initialement sur des dossiers distincts, pour profiter deffets de synergie et d’échanges d'information entre les individus. Quatre mois plus tard, il doit déchanter: le nombre de dossiers traités par individu a diminué de moitié. Sans le savoir, Yves S. vient d’étre confronté a un phénoméne que les psycho- Jogues appellent « paresse sociale ». Tout se passe comme si, le nombre croissant, l'im- plication de chacun allait diminuant. Cest paradoxal car on pourrait, au contraire, escompter un phénomene d'entraine- ment ou ’émulation.,. homme, apres tout, est un animal social qui se nourrit de la présence et de I'influence des autres. Las, dans certaines conditions, c'est 'inverse qui se produit. Un agronome observateur Le concept de paresse sociale date des années 1970. Auparavant, il portait le nom d’effet Ringelmann, du nom de Maximilien Ringelmann, agronome de la fin du XIX¢ sigcle qui se souciait de l'effi- cacité des attelages de beeufs, Or, avait-il constaté, plusieurs beeufs ensemble ne tirent pas micux la charrue que lorsqu’on addi- tionne leurs forces individuelles. Il repro- uisit alors son observation sur des équipes de tir & la corde, cette activité si courante alors dans les villages et les ftes folkloriques. Ringelmann observa que la performance individuelle des joueurs diminuait avec la taille de Péquipe. La force fournie par un © Corveau & Peyeno- 167 Janvier -fevrtor 2015 individu seul diminuait franchement de moitié lorsqu'il sinsérait dans un groupe de huit personnes! Nous voila bien Join de adage: « Le tout est supérieur 2 la somme des parties. » Devant ce phénoméne, Ringelmann songea d’abord a une explication méca- nistique. La baisse de performance collec- tive résulterait selon lui d'une coordination imparfaite des individus. Il sinspira méme es travaux de Pépoque sur les moteurs mal couplés. Las, trois quarts de sidcle plus tard, le psychologue Alan G, Ingham, de !Univer- sité de Washingcon, et ses collegues établirent quiun biais psychologique était a 'eeuvre. Ils testérent effet Ringlemann dans une situa- tion oi un participant tirait ala corde avec En Bref * La c paresse sociale» est un phénoméne idendfié par les psychologues qui veut que chacun en fait moins quand ilesten groupe.. += Dis qu'une personne sat que son travall sera évalué collectiverent, lle reliche ses efforts * Des sertégiesciblées permettent de convert linertie du groupe on effet dynamisant. un groupe de un a cing faux équipiers qui faisaient semblant de tire. Ce faisant, seule la force du sujet était mesurée, et elle était infé- ricure celle qu'il déployait en Labsence de comparses Pire: la baisse était @'autant plus prononcée qu‘on ajoutait des tireurs. Pourquol se donner duu mal sima contribution rest pas reconnue? Les autres sen tireront de toute facon ral- Sonne le « paresseux social», © Cerveau & Peycho - 167 Janvior-févrtor 2015 Psychologie ‘au quotidien Vaincre la paresse sociale, est-ce possible? 1 groupe, la performance individuelle s’érode. Mais est-ce une fatalité ? Non, grace a six moyens daction. 1) Créer de Pimplication Si les individus ont impression que leur contribution A Fefort collect n'est pas valorisé, ils sont logiquement moins motivés. A inverse, si on leur annonce que leur performance individuelle sera également prise en compte, les choses changent...Le psychologue Rune Heigaard et ses collegues de "Université Agder en Norvége ont rmesuré la vitesse de coureurs de relais en les informant ue celle-ci serait mesurée, soic d'aprés la performance collective du groupe, soit la fos collectivement ct indi- vidvellement. Dans le second cas, les performances n’ont pas balssé. Ainsi, méme dans un travail collect, il est ‘toujours bon de faire savoir aux membres de équipe que leur contribution personnelle ne sera jamais gommée. 2) Responsabiliser les individus Pour responsabiliser les éléments d'un groupe, une solution est de les avertir que le groupe dans son ensemble sera pénalisé si leur performance indivi duelle est insuffisante. Les psychologues Jeffrey Miles de Université de Pittsburg en Pennsylvanie et Jerald Greenberg de "Université d'Etat de Ohio ont prévenu les membres d'un relais de natation qu'lls devratent faire une course supplémentaire si les résultats n’étaient pas a la hauteur. Les performances individuelles dans ces relas ont alors été supérieures aux performances des nageurs en courses solitaires. Pas question de tirer au flanc dans quand le risque est d'obliger tout le monde & retourner au travail! 3) Remanier les groupes Dans un groupe de travail récemment formé, le psychologue Stephen Worchel de Université de Hawai-Hilo a montré que la performance individuelle augmente, car les membres cherchent & donner une image positive deux-mémes, Avec le temps, la perfor- mance individuelles'étiole car, une fois intégrés et ayant acquis une réputation, les individus se lisseraient davan- tage aller: Conclusion: dés que paraissent les premiers signes de paresse sociale, sachez remanier les équipes. 4) Identifier les porteurs de valeurs Certaines personnes imprégnées d'éthique du travail semblent imperméables la paresse sociale. Diana Smre, de Université du Michigan, et Steven J. Karau, de 'Uni- versité de Illinois, ont mis au point des questionnaires La these du biais psychologique a ensuite &é confirmée par d'autres recherches. Ainsi, le psychologue américain Bibb Latané et ses collégues, de PUniversité d’Ftat de POhio a Columbus ont demandé a des étudiants de tier et d’applaudir le plus fort possible, sous prétexte de récupérer les enregistrements our une étude ultérieure. Les sujets testes, ouvaient étre en présence de quatre ou six autres personnes. Or, l'intensité sonore de leurs crs (et de leurs applaudissements) s'est révélée de moins en moins élevée a mesure que Ia taille du groupe augmentait. Ce serait le signe, disent-ils, que dans certaines circonstances les performances individuelles sérodent lorsque les individus se retrouvent dans un groupe dont les membres doivent accomplir la méme tache, méme lorsque celle-ci exige peu d’efforts cognitifs, comme est le cas lorsque nous crions ou applaudis- sons, De nombreuses autres études confir~ ‘meront que, contrairement 2 une vision stimulante du groupe social sur individu, la présence d autrui peut nous conduire a dimi- ‘mucr notre performance individvelle, La loi du moindre effort Dans le domaine du sport, la paresse sociale influe nettement sur les résultats. Les psychologues Jeffrey Miles, de PUni- « La motivation semble s’effondrer lorsque nous savons que la performance du groupe, et non la nétre, sera observée. » 2 versité Carnegie Mellon de Pittsburgh en Pennsylvanie et Jerald Greenberg, de PUniversité d’Etat de Ohio, ont calculé que, sur une méme distance en natation, la performance des nageurs est meilleure en © Corveau & Peyeno- 167 Janvier -fevrtor 2015 pour repérer les personnes pour qui le travail et 'acharnement sont des valeurs centrales, Dans des séances de brainstorming, elles Continuent & se montrer productves sans effet de paresse sociale. Ces personnes, une fois repérées, sont utiles dans les groupes de ‘taille importante. 5) Entourer les nareissiques Pascal Huguet et de ses collegues de Université Baise Pascal Clermont-Ferrand ont montré que les personnes persuadées avoir des qualités supérieures aux autres voient leur perfor= mance individuelle s'effondrer en situation de groupe, alors que ce lest pas le cas de celles qui stestiment « moyennes ». Les narcissiques gagneront donc a étre placés dans des groupes plus restreints. 6) Prendre en compte le contexte culturel Christopher Ealey, de l'Université Cornell & Ithaca dans Etat de Now York, a montré que des personnes issues de cultures Individualistes comme les Etats-Unis ont parfols tendance rela cher leurs efforts dans des tiches collectives, davantage que des Aléments Issus de cultures collectivistes comme la République populaire de Chine. Il peut alors se révéler utile de tenir compte des cultures d'origine des employés. Nombre de ieurs Force belle exercée ; 4 ‘ociole individuel qu’en relais. Des observations similaires ont été réalisées dans le domaine dela course a pied, Les efforts physiques ne sont pas es seuls concernés, Dés que l'on demande a des gens de résoudre des taches mentales, on S‘apergoit qu’ils sont moins productifs en groupe. Témoin, cette étude du psychologue ‘Adrian North de PUniversité de Leicester en Grande-Bretagne. Il demandait a des sujets répartis en groupes de trois ou huit de trouver le plus possible de mots conte- nant les lettres 1-0-N en quinze minutes. Et évidemment, il divisait la performance globale du groupe par le nombre d'indi- vyidus. Verdict: en groupe de trois, les gens ont trouvé chacun ld mots. En groupe de hit ils trouvérent sept mots par personne. La motivation émoussée Pourquoi devenons-nous socialement paresseux? Il semblerait que, sachant que nous allons travailler en groupe, notre motivation baisse inéluctablement. Des psychologues allemands, Jeanine Ohlert et Jens Kleinert, de l'Université de Cologne, ont démontré cette baisse de motiva- tion par un moyen ingénieux: ils ont dit & plusieurs sujets quis allaient devoir passer Perie de la poresse concn 4 cho TRRRA TAHIR union fait-elle la force? Pas toujours, révélent les expériences de tir la corde. La force exercée par chaque individu baisse a mesure que le nombre de joueurs augmente. Jus © Cerveau & Peycho - 167 Janvior-févrtor 2015 '50 % pour huittireurs, 33 Psychologie Ww quotidien paresse sociale sinftre méme dans la performance rtstique. Létude la plus représentative a porté sur les Beatles. Des psychologues américains ont constaté ‘que les chansons écrites personnellement par l'un ou Fautre des deux chanteurs phares du groupe, John Lennon ou Paul McCartney s’étaient mieux placées dans le classement des ventes du groupe que celles cosignées sous leurs deux noms. Cet effet apparait toutefois dans la période tardive du groupe, et non a leurs débuts. I ‘est probable que, le succs aidant, chacun ait souhalté se mettre en valeur individuellement alors que leffet de cohésion étai plus puissant aux premigre heures de Faventure. I semblerait aussi que leurs orientations dans la composition alent divergé, devenant moins compa- tubles et affectant la qualité des chansons co-écrites. Bibliographic ASteidie ‘etal, Freedom hom consrints: darkness ‘ond dim illumination promote creativity, in J. of Environmental ology, vol.35, p.67.80, 2013 P.Markey et aly ‘Seasonal varition in vere! keyword soarches: @ proxy assessment of sex ‘mating behaviors, ie Arh So Baio, .42(4), pp.51521, 2013. F.Bakini-Driss et al Uimpact dun échoirage addiionnel dans un point de vente aut ls reactions ‘comportementales du consommotour, in Diecton t Gestion, vol.228, pp.4149, 2008 K.Quinet et al, laminating crime: the impacto street fang on cl for Craton tevin vol. 22, pp.751.779,, 1998 34 un test effort collect, et d'autres quis, quills feraient l'objet d’un test individuel. Mais juste avant, ils leur ont proposé de se préparer mentalement en résolvant de petits exercices graphiques. Les deux psycholo- gues ont alors observé que les performances dans ces tests préalables étaient plus faibles lorsque les sujets croyaient devoir passer un test effort collectif. Les chercheurs quali- fient ce phénoméne de « pré-paresse », ou de paresse par anticipation. Le simple fait de savoir que la performance sera mesurée collectivement semble affaiblir implication et la motivation des sujets. Et le dynamisme du groupe? La notion de paresse sociale semble en totale contradiction avec l'idée selon laquelle Je travail en groupe stimulerait au contraire Ja performance individuelle, Heureusement, cela peut se produire aussi, et ce paradoxe est qu'apparent. La paresse sociale est en effet influencée par de nombreux facteurs individuels, culturels et situationnels. Or, est au manager de bien connaitre ces facteurs afin d'opter, selon les conditions, our des activités plutot individuelles ou plutot collectives. C'est & lui de eréer les conditions qui favorisent la performance individuelle méme dans des situations de groupes. En outre, le concept de paresse sociale est un terme générique pour décrire © Corveau & Peyeno- Paresse de groupe...de rock influence négative du groupe sur la perfor- ‘mance, mais cela ne signifie pas que les gens deviennent tous plus fainéants en groupe. Diautres facteurs doivent etre détaillés pour comprendre les situations au cas par cas. Par exemple, on sait que dans des groupes de salariés 02 l'on tente par brainstorming de trouver des idées nouvelles ou des solutions a des dysfonctionnements, les personnes de bas statut higrarchique hésitent a Sexprimer parce qu’elles ont peur du jugement, tandi que celles de haut statut hésitent a produire des idées controversées ou trop décalées, car elles ont une image sociale a défendre. Dans Jes deurx cas, on voit bien que dans ces groupes composés de ces deux types de personnes, la productivité de certains risque de baisser, ‘mais pas pour les mémes raisons. Par consé- quent, a compétence d’un bon gestionnaire Pequipe est de repérer les situations qui optimisent la productivité en optant, selon les circonstances, pour un management centré sur la performance individuelle ou sur la performance de groupe. A lui de mettre en ceuvre diverses stratégies pour faire éehee & la paresse sociale (voir l'encadré page...) En fin de compte, elles semblent assez natu- relles: méme en groupe, il ne faut jamais oublier de valoriser individu, Eviter de laisser les routines s'instller et tenir compte des différences de tempérament, car certaines personnes sont plus heureuses que d'autres de travailler pourla collectivité, 167 Janvier -fevrtor 2015 france A Dans I’ interet de la science mathieu | la téte au carré vidard | 14:05-15:00 Cerveau Q, Psycho BON DE OOS Q Oui, je commande des numéros de Cerveau & Psycho au tarif unitaire de 5,90€ dés le 2° acheté. Je reporte ci-dessous les references & 8 ciffres correspondent Jiindique mes coordonnées : ‘aux numéros commandés et au format souhalté Nom: Wr 216,95. a Adresse: Pre 5,90) Bre x 5,90) CP ville: ref x 5,90€ " Pays ee Serf erat Je choisis mon mode de réglement : Frais port «506 Francs 12¢ evanger) “=e {par cheque a ordre de Pour la Science Je commande la reliure Cerveau & Psycho Eeablet (capac 12) en frmat poset (20001908) par carte bancaire PRR os Seassigve oonrssn auricle We ee Numero | an ! Datedexpiration Soro slasore TOTAL A REGLER FLITE coaesestamie me Dossier Une meilleure memoire ? En 2009, des psychologues britanniques montrérent, au terme d'une vaste étude, que la réussite scolaire était lige aux capacités de mémoire et au niveau de connais- sance générale des éleves. La mémoire était en outre associée& F'ntelligence générale, a qui elle fournissait un, ‘matériau riche et coneret pour laborer des liens de sens. Globalement, une bonne mémoire semble représenter un gage de réussite, mais aussi de créativité et une protection contre le décin cognitit. Dans ce dossier, les spécialistes des neurosciences exposent les techniques les plus récentes pour stimuler son cerveau et ancrer plus profondément nos connaissances: stimulation sonore ou olfactive pendant le sommeil, recoursa 'éectromagnétisme, voire & certaines molé- cules qui tenforcent ou affaiblissent les connexions entre neurones. Pour quel enjeu? En 2013, une autre étude ‘menée aux Etats-Unis montrait que la perte des souvenirs constituait un facteur de souffrance pour les personnes atteintes de déctin cognitié, Depression, émotions néga- tives, anxiété, détresse psychologique accompagnent souvent la fuite des souvenirs. La mémoire est un capital dul faut entretenir, t cette fin de nouveaux outils voient le jour. Découvrons-les tout en préparant Favenir, et appuyons Pappel du psychologue Alain Lieury 8 enseigner les bases dela mémoire au lycée! ‘Sébastien Bohler Mémoriser, amplifier, effacer : une mémoire sur mesure Ej Vers le contréle des souvenirs bya Anatomie de |’amnésie (Cagenclow / Seem com Il est temps d’enseigner la mémoire a I’école © Cerveau & Peycho - n°67 Janvier-février 2014 a7 Mémoriser, amplifier, effacer: une mémoire sur mesure Mieux apprendre, consolider certains acquis et en alléger d‘autres - et pourquoi pas, éliminer ceux qui sont inutiles? Telle est la voie ouverte par les recherches sur notre cerveau. Molécules de |’oubli, substances mémorisantes ou stimulation Robert Jaffard est professeur émérite de neurosciences a [Université de Bordeaux. sonore font leur appari premitre vue, il parait bien ambitieux de vouloir contrd- ler la mémoire. Se concen- ‘rer pour bien apprendre ses legons, faire quelques exercices de mots croisés, wold ce qui vient & Pesprit orsquion parle de « mieux mémoriser ». ‘Quant & espérer qu'un moment particuliéxe- ‘ment précieux s'ancre plus efficacement dans ros souvenirs ou qu'une leson de piano soit ‘mieux assimilée, cela semble hors de portée. Notre inconscient ne déploie-til pas son alchimie en marge de notre volonté? Quant 4 imaginer ressusciter un jour des souvenirs ensevelis par la maladie d’Alzheimer. Prenons les problémes les uns aprés les autres. Les souvenirs ne sont pas forcément ‘ce que Pon pense. Si un mot devait les carac~ ‘ériser, ce serait « malléabilité», Les souve- nirs, loin d'etre gravés dans le marbre, sont faits d'une pate moll... si molle qu’on peut En Bref + Laplupare des souvenirs sont modifables & condition d'étre traités a un moment crucial * La régle fondamentale est qu peut étre réalisé pendant le sommeil ou par des indices appropri souvenir doit étre réactivé. Cola * Lorqu’un souvenir est réactivé il peut étre consolidé par des sons, des stimulations électriques ou des molécules neuroactives. * Leffacement de souvenirs par des médicaments est également possible. ition dans notre univers. méme y inscrire des faits qui n’ont jamais existé. C'est ce qu’a prouvé la psychologue américaine Elizabeth Loftus en amenant des gens comme vous et moi a croire qu'ls, avaient rencontré le lapin Bugs Bunny lors @une visite a Disneyland, uniquement en insérant une photo de ce personnage dans un dépliant du parc d’attractions quills devaient feulleter. Non seulement les lecteurs étaient persuadés avoir rencontré Je lapin, mais ils en avaient créé un souvenir aussi réel et évocateur que leurs véritables souvenirs d’enfance. Sila mémoire peut étre modifiée par des images, tout devient possible. D’ailleurs, les nouvelles connaissances sur le cerveau ouvrent Iz voie a des modifications du méme ordre, voire supérieures. Nous allons les passer en revue, en commencant par les découvertes sur notre sommeil qui ‘montrent que ce moment est le plus adapté aux interventions surla mémoire. Dormez, apprenez... Cest une des grandes découvertes de ces dernigres années: quand nous dormons, 1nos souvenirs sont accessibles et modifiables de Pextérieur. Tout simplement parce quils, sont réactivés par le cerveau qui les traite alors de diverses fagons, en les consolidant notamment quand ils ont une valeur affec- tive ou utiltaire particuligre. © Corveau & Peyeno- 167 Janvier -fevrtor 2015 Ce constat a émergé dans les années 1990, lorsque deux équipes américaines ont étudié, chez des rats endormis, le fonction- nement d'une zone clé du cerveau, sorte de porte d'entrée des souvenirs et aussi centre de traitement: Phippocampe. U'hippocampe est muni de neurones particuliers (dont la découverte a ét& récompensée cette année parle prix Nobel de médecine, voir Varticle age 56) qui mémorisent emplacement qu’a occupé animal au cours dela journée, Lors de ses déplacements, le rat photogra- phie en quelque sorte ses différentes posi- tions et active, pour chacune d’entre elles, ‘une combinaison bien précise des neurones de Phippocampe qu’on appelle « cellules de 167 Janvior-févrtor 2015 lieu ». Ces cellules gardent la mémoire de chaque lieu visité et construisent une carte mentale de environnement du rat. Or les chercheurs ont constaté que, pendant le sommeil, es mémes cellules de Tieu se réac- tivent, selon une séquence temporelle iden- tique a celle qui accompagnait les déplace- ments du rat lors de sa phase d’éveil. Tout se passe comme si’animal refaisait menta- Jement ses déplacements de la journée. Ces réactivations séquentielles sont bréves et « compressées > (15 3 20 fois plus rapides qu'au cours du parcours réel). Elles se produisent lorsque 'hippocampe entre et se ‘maintient de facon trés breve (moins d'une seconde) dans un état particulier pendant Dossier ‘Augmenter sa mémoire? Sans méme recourir& des implants, certaines molécues ou des sons dffusés pendant notre someil peuvent renforcer os apprentssages. 39 Dossier lequel ses neurones émettent des ondes de tres haute fréquence (plus de 100 hertz) appelées « vaguelettes cérébrales » (en anglais Sharp-Wave Ripples). Onl 'avere que ces réactivations peuvent étre sélectionnées (ciblées) par un expéri- ‘mentateur externe. C'est ce que révélent les résultats d’une expérience récente menée par les neurobiologistes Daniel Bendor et Matt Wilson du Massachusetts Institute of ‘Technology. Dans cette expérience, un rat est placé au centre d'un couloir rectiligne. A Pextrémité gauche du couloir se trowve une ‘premitre mangeoire oiil peut trouver de la nourriture si un son particulier (clochette) retentit. ATeutre bout, mais sur sa droite, une seconde mangeoire contient dela nourriture sium autre son (bip sonore) est mis. Ainsi, le rat apprend & associer un déplacement vers la gauche avec un tintement de clochette, et un déplacement vers la droite un bip sonore. Que se passe-t-il si l'on fait entendre au rat, pendant son sommeil, un son de clochette? On voit se réactiver ses cellules de lieu correspondant au déplacement vers Ja gauche. Et sion lui fait entendre un bip sonore, ce sont les neurones ayant mémo- risé le déplacement vers a droite du couloir, qui se réactivent. Il est donc possible de Renforcer un apprentissage au cours du sommell est possible en ‘enregstrant le rythme des ondes «lentes » produits parle cer. vveau. Un génératour envi ensuite des impulsions électriques de meme fréquence qui ampifien les condes et consolident |a mémorisation (a). LLapparell peut aussi émettre des sons de iméme fréquence qui produisert le méme effet (b) Enregictement du rythme cérébcal : aN \ v) aod —_ Stimulation dlactique «ea p b \ \ 2 ‘Stimulation sonoce «en phose » 40 S/d ff hase > Enrogictromont du ryhme oérébral Cm // © Corveau & Peyeno- i 2 3 réactiver le souvenir dun déplacement précis avec des indices sonores pendant le sommeil, Cette réactivation étant la base de la mémorisation, il devient possible de consolider le souvenir d'un déplacement & gauche ou a droite, a volonté. Ces manipulations ont été reproduites récemment sur des volontaires humains. Léquipe du neuroscientifique allemand Jan Born de Université de Tubingen a réussi pour la premiére fois 4 consolider des souvenirs chez des dormeurs en modu- Jant Vactivité de leur cerveau, d'abord par des stimulations magnétiques, puis par de simples sons. Les chercheurs se sont intéressés a un type d’ondes que notre cerveau émet pendant que nous dormons: les oscillations corticales (produites par la surface du cerveau) de basse fréquence. Ces ondes suivent un rythme dune oscil- lation par seconde environ et caracté- risent une phase du sommeil qualifiée de « sommeil lent ». L°équipe souhaitait montrer que ces oscillations ne représen- taient pas un épiphénoméne, mais avaient ‘un rdle déterminant dans la consolidation de la mémoire déclarative. Des sons ou des odeurs percus pendant notre sommeil peuvent renforcer le souvenir de nos faits et gestes. Pour cela, ils ont fait apprendre a des sujets une liste de paires de mots, puis les ont laissé s'endormit, Ils ont alors stimulé leur cerveau par des courants électriques, traversant leur boite cranienne et ayant pour effet d’augmenter la puissance et la quantité des ondes lentes émises naturel- lement (la fréquence de stimulation était de 0,75 hertz, un peu moins dune oscilla tion par seconde). Au réveil, les sujets ainsi stimulés avaient mieux mémorisé les paires demots. Cette manipulation a été reproduite et confirmée en 2013, non plus avec des stimulations électriques du cerveau, mais, avec de simples sons dont le battement était 167 Janvier -fevrtor 2015 Mémoriser, amplifier, effacer: une mémoire sur mesure généré par— et en phase avec ~ les ondes lentes enregistrées chez le sujet, au moyen une simple boucle de rétroaction (voir la figure page précédente). Apprendre le piano en dormant La diffusion de sons pendant le sommeil a ondes lentes peut aussi améliorer la mémoire procédurale, celle des gestes répétés par exemple dans l’apprentis- sage d'un instrument de musique. Ainsi, le neuroscientifique James Anthony et ses collégues de l'Université de P'Illinois ont réussi a faire apprendre de petits morceawx de piano a des débutants en leur repassant des enregistrements du morceau pendant leur sommeil. Les sujets devaient d’abord apprendre a exécuter le morceau sur un lavier, avant de faire une sieste, Pendant leur phase de sommeil a ondes lentes, les, expérimentateurs leur ont diffusé une version enregistrée de la méme musique. Lalegon de plano sera-elle bien apprise? Des neuros- ‘ertfiques ont mis ‘upoint une méthode pour difser des fragments de mélodies pendancle sommell ‘Au révei la mélodie ‘est mieux restituée. source: Net Newosc vo) 5,p. 1114 Vidéo consultable sur heplAwwwnaturecony ewrofjourals|Sin8/ edredin3152:S20v A leur réveil, ils ont examiné leur niveau de performance et ont constaté que les personnes ayant entendu la musique pendant leur sommeil avaient fait davantage de progrés que les autres. Correctement utilisés, des sons mais aussi des odeurs ancreraient un souvenir particulier pendant le sommeil. La méthode a été testée de la fagon suivante: des volontaires apprennent I'emplacement de 15 images sur une aire de jeu (comme au jeu Memory) en présence d’une odeur de rose... Aprés une nuit en présence de la miéme odeur, ils ont mieux appris que des personnes ayant dormi sans cette odeur ambiante, Vodeur a ainsi servi indice pour le cerveau qui a réactivé le souvenir des apprentissages et I'a consolide. 1s fszrrnire eo dormare ve price dope .que les neurosciences ont montré que nos souve- nirs sont en quelque sorte récapitulés pendant notre sommeil. Et que cette récapitulation peut étre orien- ‘tée et stimulée par des sons, voire des odeurs. Dans ses travaux, "équipe de Américain Ken Paller a ainsi demandé & des participants d apprendre 50 associa- tons entre Vimage d'un objet et sa position sur une table, avant de faire une sieste d'une heure. Chaque association tat « indicée » par un son représentati de objet: si le sujet devait apprendre emplacement de image d'un réveilsur le plan, on li fesaitentendre en fond sonore le tivtac d'un réveil. Ensuite, les chercheurs ont diffuse pendant la sieste 25 sons correspondant & 25 objets mémorisés (sur 50),avant de tester la mémoire de leurs © Cerveau & Peycho - 167 Janvior-févrtor 2015 Comment apprendre en dormant? participants Il s'est avéré que coux-ciavalont nettement rmieux mémorisé emplacement les 25 objets dont les sons avaient été difusés pendant la sieste. ‘Comment affermir ses connaissances apprises au cours de la journée? Lidée serait d'accompagner ces connaissances d'indices (sons, odeurs) qui seraient ensuite diffusés pendant le sommeil. Cette méthode ne serait toutefois pas optimisée, car il est difficile de prévoir exactement quand survient la phase de sommeil dit & « ondes lentes >, qui favorise la réca- itulation des apprentissages. Toutefois, certains ispostis voient le jour, qui permettent de détecter cette phase pour un utilisateur spécialiste. II faudra sans doute encore avtendre quelques années pour que leur commercialisation se généralise Dossier Dans toutes ces situations, le souvenir est réactivé pendant le sommeil, puis conso- lidé. Mais il se pourrait que l'inverse soit possible: apres avoir réactivé le souvenir, le détruire. Trois psychologues américains, James Misanin, Ralph Miller et Donald Lewis, ont en effet découvert, ds 1968, Une meilleure mémoire grace aux ondes « transcraniennes » ne technique récemment imaginée pour moduler lactiv du cerveau est la « stimulation magnétique transcranienne >: tun expérimentateur cible une zone du cerveau et y envoie, a ‘ravers la paroi du crane, des ondes électromagnétiques de haute fréquence produites par un électro-aimant. Ces impulsions élec- ‘romagnétiques stimulent les neurones, augmentant Vactivié de zones du cerveau préalablement choisies. Pionnier de cette méthode, le neuroscientfique Joel Voss de Université de Chicago procéde en trois temps: chez un sujet. ‘on repre d'abord avec précision, par IRM, emplacement précis de Thippocampe (porte entrée des souvenirs dans le cerveau. 4), et dune autre zone cérébrale qui lui est fortement connec- ‘tée, le cortex pariétal (b).Enfin, des ondes électromagnétiques de haute fréquence sont envoyées (c) sur le cortex pariétal aprés une séance d'apprentissage consistant & mémoriser des associations centre des noms et des visages. La mémoire des sujets est finalement testée:au terme de cing séances de 20 minutes de stimulation, le taux de mémorisation a augmenté de 20 8 25 pour cent. On observe aussi que la commu- nication entre "hippocampe et le cortex pariétal a augmenté. LLassociation de ces deux zones est considérée comme eructale pour Fenregistrement durable des souvenirs. Ains, le renforc ment de ce réseau par des stimulations magnétiques ouvriralt la vyoie & une mémoire « améliorée ». 180 “el Ws, Nerina. qu'un souvenir réactivé est temporaire- ‘meat instable, Pourquoi ne pas en profiter pour l'effacer? Nettoyer les souvenirs Des expériences sur des rats et des souris ont montré que c’était possible. Dans ces cexpériences, les scientifiques commencent par créer un souvenir chez un animal de laboratoire qui associe un son de clochette une douleur (un choc électrique modéré dans les pattes). Rapidement, l'animal se souvient d'avoir ressenti ce choc lorsque le son de la clochette retentissait. Le souvenir peut étre réactivé: en faisant tinter la lochette, le rat se fige de peur. En 2000, le neurobiologiste canadien Karim Nader a administré & ces animaux une molécule, un « inhibiteur de synthese protéique », pile au moment oi leur souvenir était réactivé. Ila alors constaté que le souvenir du choc électrique avait dispara, car les animaux ne se figeaient plus de peur cn entendant la clochette: ils avaient oublié association entre le son ct la douleur. Ce processus effacement est possible parce que les neurones qui codent le souvenir (dans une région du cerveau nommée «< amygdale », vor ci-dessous) voient leurs connexions temporairement fragilisées au ‘moment oi ils se réactivent. Si on empéche Jes neurones de fabriquer des protéines essen- tielles la reconsolidation des connexion, ces, dernires se déitent et le souvenir se perd. IL est aussi possible eaffaibir les souvenirs réac- tivés et déstabilises par la prise d'une molé- cule, le propranolol, gui bloque un certain type decommunication entre neurones. ‘Chez homme, cette approche a été testée en contexte clinique par une équipe cana- dienne, Des personnes ayant des souvenirs traumatiques (peur intense associée a un contexte particulier) voient leurs symptémes reculer lorsque la réactivation de ces souve- nits est associée a la prise de cette molécule. A.Vinverse, serait-il possible de renforcer pardes plules des souvenirs que ’on soubaite garder pour toujours? Aujour’hu, les scien- tifiques saccordent & penser que les souve- nirs sont gravés dans notre cerveau par des connexions entre neurones, connexions qui se trouvent renforcées lorsque nous mémo- risons un événement ou une connaissance. © Corveau & Peyeno- 167 Janvier -fevrtor 2015 Mémoriser, amplifier, effacer: une mémoire sur mesure Les neurobiologistes parlent de « modifica- tion de leffcacité synaptique » pour désigner ces renforcements des connexions (ou leur affaiblissement dans le cas d'un oubli). Siles mécanismes moléculaires qui induisent et stabilisent - consolident — ces changements sont bien connus, la question de leur perma- rence a été fréquemment soulevée. En effet, ‘comment expliquer que la mémoire se main- tienne alors que les molécules constitutives des connexions neuronales sont remplacées 1 Réseau de neurones fencodant un souvenit Come et dliminées en permanence? Sauvegarder une saveur? — Moléaile— Depuis une dizaine d’années de nombreux travaux ont abouti a Pidentification dune protéine enzymatique, la PKMC (PKM «< zéta »), qui assurerait le maintien des modi- fications defficacité synaptique qui sous- tendent la mémoire lors de sa formation, Le fait de bloquer Paction de cette molécule efface des souvenirs agés de quelques jours a plusicurs semaines, alors que le fait de la produire en excts ~ par manipulation géné- tique — les renforce et prolonge leur main- tien, De tels effets ont été démontrés chez des animaux comme Paplysie (un mollusque), la mouche drosophile,la souris et le rat etce sur ifférentes formes de mémoire ~ mémoire spatiale, mémoire de la peur, etc. ~ et, dans de nombreux cas, en modifiant spécifique- ment activité de la molécule dans diverses, parties du cerveau comme ’amygdale, Phip- pocampe, e striatum (impliqué dans la moti- ‘ation et la récompense) ou certaines régions de Pécorce eérébrale. Par exemple, léquipe de Yadin Duda de Pinstitut Weizmann, a révemment montré qu'un souvenir désagréable associé & la saveur d'une nourriture (que on peut créer en provoquant un malaise chez un animal ‘venant d’en consommer) pouvaitétre mani- ppulé plusicurs semaines aprés sa formation en agissant directement sur la partie du cerveaut ott le souvenir s'implante le cortex insulaie. Sion fait produire plus de PKMG au cerveau (en injectant des virus contenant le gne de cette protéine), le souvenir désagréable de ce godt devient plus vif et plus présent chez des sujetstestés, alors que inhibition de la molé- cule supprime ce souvenir. Une seule molécule sous-tendrait-elle le ‘maintien de toutes les mémoires ? Les choses, (© Corveau & Psyeno - 167 Janvior-févrtor 2015 i i ne sont certainement pas aussi simples. Récemment, deux équipes ont prouvé que des souris génétiquement modifiges pour ne pas exprimer la PKM@ n'ont aucun probleme pour former des mémoires persistantes...! Comme le soulignent les neurobiologistes canadiens Paul Frankland et Sheena Josselyn, deux éminents spécialistes de ces ques- tions, d'autres molécules compenseraient absence de la PKME, ce qui ne serait guere surprenant, quand on sait que les organises -vivants disposent souvent de plusieurs dispo- sits pouvant remplir des fonctions voisines. Ce rapide panorama des recherches sur les stratégies utilisées pour renforcer les souvenirs, les supprimer ou modifier leur contenu, révéle finalement leur plasticité et Pimportance d’un stade clé dans leur existence: leur consolidation qui a presque toujours liew lorsque le souvenir est réac~ tivé, et plus particuliérement au cours du sommeil, Les études sur la biochimie du cerveat nous ont aussi appris que plusieurs mécanismes enzymatiques permettent aux souvenirs d’étre consolidés, fragilisés ou pérennisés. Ce sont autant de leviers pour agir sur la mémoire. A nous de les utiliser a bon escient. . 3 Ingestion de la substanct les neurones ne peuvent pos réobiir leurs connexions, le souvenir ext oFacé, -Amygyle 2 Souvenir réactivé: les connexions sont fragiisées. Les substances ‘de Poublt cient les réseaux de neurones ‘lt sont stockés nos souvenirs (I). Le souvenir ant réactivé (2)les connexions rneuronales deviennent frags. La substan estalors admiise trée:ses propriéeés chimiques empéchent les connexions de se reconstituer (3). Bibliographie R. Jaffard, Amélo ration, effacemen', resiauration ot inser fon: manipulations cexpérimentaes de la mémoire, in Mémoire ‘et oubli Le Pommior 2014, D, Oudiette ot al, Uparading the sleeping brain with forgeled ‘memory reacivation, in TICS, vol. 17, pp. 142.149, 2013) Dossier Pierre Marie Lledo fest Directeur du Département des neurosciences & institut Pasteur, Directeur du laboratoire « Génes, Synapses et Cogni- tion » du CNRS et Chef unite « Perception et Mémoire » a institut Pasteur Vers le contréle des souvenirs Gommer le souvenir d'une rupture amoureuse, se créer rétrospectivement une enfance heureuse: tout cela devient envisageable grace aux nouvelles techniques issues des neurosciences. Sur des souris. Pour I’instant. °étaitil ya un peu plus de20 ans. Le film Total Recall venait de sortir sur les écrans et nous étions & la fois enthousiasmés et effrayés. Arnold Schwarze- negger y jouait le rble d’un homme croyant avoir épousé une belle blonde incarnée par Sharon Stone, et qui s'apercevait un jour que tout cela était complétement faux et ‘que ces souvenirs lui avaient été implantés dans le cerveau. ‘Comme tout cela parait loin! A 'époque, le spectateur pouvait se caler dans son fauteuil et se donner des frissons & peu de frais, en piochant avec insouciance dans une boite de pop-com. Car aprés tout, tout cela m’était-il pas de la science-fiction? Voire. En deux décennies, Pambiance a change. Est-ce vrai, ce qu’on dit & propos des expériences sur des souris dont on ‘manipule les souvenirs? Il parait que Pon peut aujourd’hui allumer ou éteindre les neurones comme avec une télécommande.. Total Recall ne serait-il qu'une sorte d'avant- goat de ce qui nous attend? a réalité est que nous sommes a 'abou- tissement d’un processus entamé il y a deux cent cinquante ans. Lorsque, pour la premiéze fois, on découvrit que le fonc- tionnement de notre cerveau reposait sur les lois de lélectricité. 11 a fallu presque trois sitcles pour qu’a Pélectricité s'ajoute le pouvoir extraordinaire de la lumitre et our que l'une et autre enfin réunies soient capables d interférer avec le fonctionnement de esprit. Lumiere, éectricité et neurones, © Corveau & Peyeno. comment tout cela s'assemble-t-il? Pour le comprendre, revenons aux tout débuts de cette épopée. L’épopée du neurone En 1781, l'Europe vit a Pheure du clas- sicisme. Mozart vient de composer son opéra Idoménée, roi de Créte, qui sera cree a Vopéra de Munich. A peu prés au méme ‘moment, dans les locaux de PUniversité de Bologne, un physicien et médecin, Luigi Galvani, découvre qu’une étincelle peut provoquer la contraction d'une cuisse de grenouille. Il vient de découvrir la notion