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Isolation thermique à température ambiante. Applications

par Catherine LANGLAIS

et

Ingénieur civil des mines Directrice générale, Saint-Gobain Recherche Ancien Chef de service à ISOVER Saint-Gobain Centre de recherches industrielles de Rantigny

Sorïn KLARSFELD

Docteur de l’Université de Paris Ancien chef de laboratoire à Saint-Gobain Recherche

1.

Isolation par l’extérieur

C 3 373 — 2

2.

Isolation dynamique

3

2.1

Principe

3

2.2

Systèmes perméodynamiques

3

2.3

Systèmes pariétodynamiques

4

3.

Isolation translucide

5

3.1

Principe

5

3.1.1 Structure

5

3.1.2 Fonctionnement

5

3.2

Matériaux utilisés. Performances du système

6

3.3

Résultats expérimentaux

6

4.

Isolants réfléchissants

7

4.1

Films réfléchissants

7

4.2

Matériaux minces à base de films réfléchissants

8

Pour en savoir plus

Doc. C 3 374

L es exemples d’applications spécifiques choisis se rapportent au domaine du bâtiment. La déperdition thermique à travers une paroi (élément de

séparation) dépend :

— de la résistance thermique de l’isolant mis en œuvre ;

— de la technique d’isolation utilisée, en relation avec les conditions d’appli-

cations, qui peut être très différente d’un cas à l’autre (isolation statique ou dyna- mique, positionnement par rapport aux ponts thermiques, etc.).

Les applications mentionnées tiendront compte, à titre d’exemple, du second aspect.

Pour les « Notations et symboles », on se reportera à l’article [C 3 370].

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite. ©Techniques de l’Ingénieur

C 3 373 1

ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. APPLICATIONS

1. Isolation par l’extérieur

L’isolation par l’extérieur concerne les murs de façade des bâtiments neufs ou en réhabilitation. Le principe de ce système d’isolation (figure 1) présente plusieurs avantages :

— il permet d’assurer la continuité de l’isolation et de diminuer

ou d’annuler les perditions à travers les ponts thermiques dus à la structure de résistance des bâtiments, aux liaisons façade-plancher ;

— il permet d’augmenter l’inertie thermique du bâtiment d’où

une meilleure récupération des apports solaires et une améliora- tion du confort d’été et d’hiver ;

— il augmente la durabilité des façades en les protégeant des

variations de températures et des effets de l’eau (pluie, gel, condensation, etc.).

L’ensemble des déperditions thermiques ramené à la somme des surfaces intérieures d’une paroi opaque est exprimé par le coeffi- cient de transmission surfacique global de la paroi :

U g

avec U (W · m 2 · K 1 )

Ψ

= ----------------------------------------

UA +

A

(1)

coefficient de transmission surfacique,

Ψ (W · m 1 · K 1 )

coefficient de transmission linéique,

A (m 2 )

surface intérieure,

(m)

longueur de la liaison.

Les déperditions par les liaisons entre ouvrages (pourtour de baies) sont intégrées au calcul sous forme de déperditions linéi- ques.

Compte tenu des modes constructifs courants, les calculs ont montré que, pour une structure de paroi donnée et pour une même épaisseur d’isolant, les déperditions sont plus fortes en isolation

intérieure qu’en isolation extérieure. La figure 2 présente la varia-

avec

tion du coefficient de transmission surfacique global U l’épaisseur de l’isolant pour les deux cas. On remarque que :

— dans le cas de l’isolation intérieure, l’incidence des

g

est

déperditions linéiques (

d’autant plus importante que l’épaisseur de l’isolant croît (faisant

Ψ

----------

A

= 0,44

sur la figure 2) sur

U g

UA

-----------

A

)

;

diminuer

— dans le cas de l’isolation extérieure, l’épaisseur de l’isolant a peu d’influence sur les déperditions linéiques ;

donné, l’épaisseur d’un même

isolant est différente suivant le mode d’isolation et est plus faible pour une isolation extérieure ; on peut considérer en moyenne

équivalent (pour

λ = 0,04 W · m 1 · K 1 ), à 6 cm d’isolant extérieur correspondent 12

à 15 cm d’isolant intérieur.

que, pour obtenir un coefficient U

— pour obtenir un coefficient

U g

g

Les techniques d’isolation par l’extérieur peuvent se réduire à trois systèmes de base :

la

façade, puis recouvert d’un enduit armé propre au système ;

vêture (figure 3b ) : c’est un système comprenant un isolant

et une peau, manufacturés. L’ensemble est posé directement sur la façade ;

bardage rapporté (figure 3c ) : l’isolant se place contre la

façade en ménageant une lame d’air entre la peau extérieure et l’isolant.

— enduit sur l’isolant (figure

3a )

:

l’isolant est collé sur

Ponts thermiques a isolation intérieure
Ponts
thermiques
a
isolation intérieure
Pluie Maçonnerie à l’abri des chocs thermiques Soleil b isolation extérieure
Pluie
Maçonnerie à l’abri
des chocs thermiques
Soleil
b
isolation extérieure

Figure 1 – Principe d’une isolation intérieure et extérieure (d’après [62])

Mur de 3 m 2 ΣUA Σ Ψ U g = + A A 1,5
Mur de 3 m
2
ΣUA
Σ
Ψ
U g =
+
A
A
1,5
1 + 0,44
Isolation intérieure
0,6 + 0,44
1 + 0,12
1,0
0,43 + 0,44
0,33 + 0,44
0,27 + 0,44
0,6 + 0,06
0,5
Isolation extérieure
0,43 + 0,05
0,33 + 0,03 0,27 + 0,02
0
0
3
6
9
12
15
18
U g (W · m --2 · K --1 )

Épaisseur d'isolant (cm)

Isolation intérieure

Isolation extérieure :

: 1 cm plâtre + isolant d’épaisseur variable et λ 0,04 W · m --1 · K --1 même système d’isolation

Figure 2 – Variation du coefficient de transmission surfacique globale en fonction de l’épaisseur de l’isolant (béton de granulats courants sans baie) (d’après [62])

C 3 373 2

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ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. APPLICATIONS

a enduit sur isolant
a
enduit sur isolant
a enduit sur isolant b vêture c bardage rapporté avec isolant incorporé
b vêture
b
vêture
c
c

bardage rapporté avec isolant incorporé

Figure 3 – Application de l’isolation extérieure

2. Isolation dynamique

2.1 Principe

Face à l’impossibilité de réduire à zéro les pertes de chaleur par conduction en améliorant le matériau isolant, l’isolation dynami- que se propose de faire fonctionner la paroi comme un échangeur de chaleur. Les pertes de chaleur sont récupérées en préchauffant, par exemple, l’air de renouvellement venant de l’extérieur en le fai- sant circuler à l’intérieur des parois. On distingue deux types d’iso- lation dynamique.

Isolation perméodynamique : l’air circule à contre-courant du flux

de chaleur à travers l’isolant qui doit être un matériau poreux perméable :

— en circuit ouvert, en faisant intervenir l’air de renouvellement

(figure 4a ) ;

— en circuit fermé, dans ce cas, l’air circulant ne pénètre pas dans

le local et ne contribue pas au renouvellement de l’air (figure 4b ).

Isolation pariétodynamique : l’air de renouvellement circule dans

une paroi à une ou plusieurs lames d’air parallèles à ses faces (figure 5). Dans tous les cas, la circulation de l’air est naturelle ou forcée (à l’aide de ventilateurs), mais elle doit être réglable ou autoréglable.

2.2 Systèmes perméodynamiques

Le but est d’évaluer théoriquement le gain susceptible d’être apporté par l’isolation dynamique par rapport à une isolation statique [63] [64].

Échangeur Intérieur Matériau poreux Air neuf ou rejeté a système ouvert b système fermé
Échangeur
Intérieur
Matériau
poreux
Air neuf
ou rejeté
a
système ouvert
b
système fermé

Figure 4 – Principe de l’isolation perméodynamique

Air neuf

Air neuf Parois imperméables a paroi à une seule lame d’air b p a r o
Air neuf Parois imperméables a paroi à une seule lame d’air b p a r o

Parois

imperméables

a
a

paroi à une seule lame d’air

b
b

paroi à deux lames dair

Figure 5 – Principe de l’isolation pariétodynamique

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ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. APPLICATIONS

En faisant abstraction des apports solaires, la puissance de chauffage d’une habitation utilisant une isolation statique, Π S , résulte :

— des pertes par transmission à travers les parois opaques

ren

— des pertes par renouvellement d’air ;

S

t ;

— des pertes par les surfaces vitrées et les ponts thermiques

(pertes irrécupérables)

Π

irc

S

=

:

S

t

+

ren

+

irc

(2)

Par rapport à ces trois types de pertes thermiques, une construction peut être caractérisée par le triplet (p, q, r) où :

p

q

r

=

S

t

Π S

= irc

=

ren

Π

S

Π

S

(3)

(4)

(5)

avec p + q + r = 1.

Les besoins en puissance de chauffage pour les systèmes d’iso- lations perméodynamiques ouverts, Π d , et fermés, Πd , s’expriment respectivement par :

avec

avec

vent

inj

Πd

Π

d

=

d

t

+

ren

irc

++

vent

puissance des ventilateurs,

(6)

=

t

d

+

ren

irc

++

vent

inj

(7)

puissance récupérée et réinjectée par le dispositif échangeur d’efficacité η

E

.

Les efficacités des systèmes ouverts et fermés sont données par les rapports :

η

η

=

=

1

1

Π

d

– ----------

Π

S

– ----------- Πd

Π

S

(8)

(9)

Sur les figures 6 et 7, les efficacités η et ηdes deux types de systèmes sont représentés en fonction du nombre de Péclet de filtration :

Pe*

) g vd

= ----------------------------

(

ρc

p

λ

avec v vitesse de filtration de l’air à travers l’isolant, liée à sa per- méabilité K et la perte de charge p, par la loi de Darcy.

Pour le système ouvert, la courbe η = f (Pe*) met en évidence l’existence d’un maximum [64] [65]. Le gain que l’on peut atteindre

se situe autour de 23 %, ce qui est obtenu pour le triplet : p = 0,35, q = 0, r = 0,65 et Pe* = 1,86 (soit une vitesse de filtration d’environ

2 m · h 1

conductivité thermique λ 0,04 W · m 1 · K 1 ). Cette vitesse de fil- tration ne nécessite qu’une faible différence de pression à travers l’isolant en tenant compte de sa perméabilité à l’air.

Dans le cas du système fermé, l’efficacité générale ηest para- métrée en p seulement et en η E . Pour l’échangeur idéal, η E 1, ηtend vers p, ce qui revient à dire que l’on annule toutes les pertes par conduction.

pour un isolant fibreux de 10 cm d’épaisseur ayant une

η

0,2

0,1

0

Efficacité limite (q = 0) 23 % rr == 0,650,65 p = 0,35 r =
Efficacité limite
(q = 0)
23 %
rr == 0,650,65
p = 0,35
r = 0,5
q = 0,15
p = 0,5
p = 0,5
r = 0,5
p = 0,25
q = 0,1
q = 0,1
r = 0,4
r = 0,4
q = 0,25
r = 0,5
0
1
2
Pe*
Figure 6 – Efficacité de l’isolation perméodynamique en système ouvert (d’après [64]) η E =
Figure 6 – Efficacité de l’isolation perméodynamique
en système ouvert (d’après [64])
η E = 1
η
p = 0,5
0,4
η E = 1
p = 0,35
0,3
η E = 0,9
p = 0,5
0,2
η E = 0,9
p = 0,35
0,1
η E = 0,8
p
= 0,35
0
0
1
2
3
Pe*

Figure 7 – Efficacité de l’isolation perméodynamique en système fermé (d’après [64])

2.3 Systèmes pariétodynamiques

Dans le cas d’une paroi à une seule lame d’air (figure 5a ), l’effi- cacité du système s’exprime par la relation :

η

=

2

U 0

---------------

U U

i

e

γ

avec U 0 , U i et U e coefficients de transmission thermique respecti- vement de la paroi non ventilée, de sa partie intérieure et de sa partie extérieure.

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D

η U 0 0,25 0,20 3,0 2,5 2,0 0,15 1,5 0,10 1,0 0,05 0,5 0
η
U 0
0,25
0,20
3,0
2,5
2,0
0,15
1,5
0,10
1,0
0,05
0,5
0
0
0
1
2
35794
6
8
10
Q/A
Figure 8 – Efficacité de l’isolation pariétodynamique d’une paroi à une seule lame d’air (d’après
Figure 8 – Efficacité de l’isolation pariétodynamique d’une paroi
à une seule lame d’air (d’après [66])
Matériau isolant
thermophonique
double lame
Lisse
d’about
de dalle
Paroi
extérieure
Entrée d’air
neuf en façade
Flux de perte
de chaleur
Ventilateur
Échauffement
solaire
Air neuf
Plaque
de plâtre
(régulatrice

d’humidité)

Figure 9 – Isolation pariétodynamique réalisée d’après le procédé thermophonie (d’après [68])

γ coefficient compris entre 0 et 1, donné par des abaques [66] dépend :

la paroi

(m 3 · h 1 · m 2 ) ;

— du rapport

Q /A

du

débit entrant à la surface de

— de la somme U i + U e .

On suppose que la répartition de l’isolation de part et d’autre de la lame d’air est la même sur toute la surface de la paroi et que

l’épaisseur de la lame d’air est comprise entre 15 et 100 mm. Pour un système pour lequel la résistance thermique de sa partie exté- rieure R e est beaucoup plus petite que la résistance thermique de

sa partie intérieure R i (

), l’efficacité η en fonc-

tion de Q /A pour différentes valeurs de U 0 est représenté sur la

figure 8. L’efficacité du système est limitée à 0,25.

R e << R i

et

R e 0

ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. APPLICATIONS η 0,3 0,2 0,1 0 0 4 8 12
ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. APPLICATIONS
η
0,3
0,2
0,1
0
0
4
8
12
16
20
24
Q/A (m 3 · h --1 · m --2 )
mesures
modèle

Figure 10 – Efficacité du procédé d’isolation pariétodynamique thermophonie (d’après [67])

Plus récemment ont été étudiés du point de vue théorique et expérimental [68] les systèmes pariétodynamiques formés de parois à deux lames d’air (figure 5b ) et plus particulièrement le procédé thermophonie intégré dans une structure comme celle représentée sur la figure 9. L’air de ventilation mécanique contrôlée circule dans la double lame d’air de la façade (isolation extérieure) et récupère à la fois l’énergie du soleil et celle des déperditions du bâtiment. En circulant également au-dessous du plancher, il se réchauffe encore sur le compte de l’énergie thermique accumulée dans la dalle. Le procédé fait intervenir dans une grande mesure l’inertie thermique du bâtiment.

La modélisation du comportement thermique d’un mur à deux lames d’air à l’aide d’une méthode nodale appliquée par tranches de la paroi a permis de calculer l’efficacité du système en fonction du rapport Q /A (figure 10).

3. Isolation translucide

3.1 Principe

3.1.1 Structure

Le schéma de principe d’un système d’isolation translucide est représenté figure 11 . Le système est constitué :

— d’un mur lourd de façade, de capacité thermique élevée

(béton, briques, etc.), limité vers l’extérieur par une surface forte- ment absorbante (ε 1), ayant le rôle de capteur-accumulateur du système ;

— d’un isolant translucide protégé par un vitrage, vers l’exté- rieur du système ;

— d’une lame d’air.

L’isolant translucide, de faible masse volumique, est caractérisé par deux propriétés importantes :

— un facteur de transmission du rayonnement solaire (total

hémisphérique)

T

élevée (> 50 %) ;

— une conductance thermique Λ IT faible.

3.1.2 Fonctionnement

En période ensoleillée, la température de la surface extérieure du mur s’élève au-dessus de la température intérieure du bâtiment

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C 3 373 5

D

D

D

D

D

ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. APPLICATIONS

Mur lourd

capteur-accumulateur Surface absorbante (ε 1) T e T i Extérieur Intérieur Vitrage Lame de protection
capteur-accumulateur
Surface
absorbante
(ε 1)
T e
T i
Extérieur
Intérieur
Vitrage
Lame
de protection
d’air

Isolant

translucide

Figure 11 – Principe d’un système d’isolation translucide (d’après [70])

( T i ) ce qui se traduit par un flux thermique surfacique entrant q gratuit (par convention, on considère le flux thermique surfacique sortant comme positif, noté q + , et le flux surfacique entrant comme négatif, noté q . Ils correspondent respectivement aux pertes et gains d’énergie du système).

Pendant la période de nuit , les gains d’énergie sont conservés grâce à l’isolation extérieure et à la capacité thermique élevée du mur.

Un espace libre (lame d’air) peut être laissé entre le mur et l’iso- lant translucide. Le rôle de cet espace est :

— de permettre l’introduction des moyens de contrôle du flux de rayonnement solaire incident : des stores ou surfaces réfléchissants d’orientation variable, etc. ;

— d’utiliser la couche d’air mise en mouvement par convection

naturelle ou forcée (à l’aide de ventilateurs) pour mieux répartir la

chaleur stockée dans les murs (par effet de transfert pariétodyna- mique) à l’intérieur du bâtiment.

Le maintien de la température extérieure du mur (surface absor- bante) a un niveau moyen journalier élevé favorise le maintien d’un gain important de chaleur (| q | > | q + |) sur l’ensemble de la journée. Quantitativement, ce gain dépend de nombreux paramètres : le climat de la région, l’orientation de la maison, etc.

L’ensemble de ce système d’isolation représente une extension améliorée du mur de type trombe , basé sur l’effet de serre et l’uti- lisation des apports solaires indirects (chauffage solaire passif).

3.2 Matériaux utilisés. Performances du système

On peut associer au système une conductance thermique équi- valente Λ * exprimée par la relation :

q sol Λ IT Λ M Λ* = = ----------- ------------------------- – ---------------- ηq ∆T
q
sol
Λ IT Λ M
Λ*
= =
-----------
-------------------------
– ---------------- ηq ∆T
(10)
+ Λ M
∆T
Λ IT
avec
q = ( Σ | q + |) – ( Σ | q – |)
bilan thermique surfacique moyen sur
une période de temps donnée,

Λ

Λ

M

IT

(W · m 2 · K 1 ) conductance thermique du mur,

(W · m 2 · K 1 ) conductance thermique de l’isolant translucide,

η 0,6 0,4 0,2 0 0 1 2 3 4 Λ M (W · m
η
0,6
0,4
0,2
0
0
1
2
3
4
Λ M (W · m --2 · K --1 )
Aérogel monolitique sous vide
Aérogel monolitique
Triple vitrage
Structure nid d’abeille en polycarbonate
Calcul de η d'après les valeurs T
et Λ IT du tableau 16
D

Figure 12 – Rendement d’un système d’isolation translucide

en fonction de la conductance du mur (d’après [69])

T = T i T e

q sol

différence

températures rieure T e ,

(W · m 2 )

solaire incidente.

de

température

intérieures

T i

de

flux

densité

entre

et

les

exté-

d’énergie

La relation (10) contient deux termes : le premier exprime les pertes thermiques par conduction q + en absence de rayonnement solaire, le deuxième le gain d’énergie par apport solaire q . Si le gain d’énergie est supérieur aux pertes Λ * < 0.

Le rendement du système est :

η

A

= ---------------------------------

T

Λ

M

Λ M

+

Λ IT

(11)

facteur d’absorption (totale hémisphérique) de la surface extérieure du mur,

facteur de transmission (totale hémisphérique) de l’isolant.

Dans le tableau 1 sont indiqués les rendements η en fonction de

et Λ IT de différents types de matériaux translucides ; à titre de

comparaison, les rendements d’isolants transparents de type vitrage sont également donnés. Les rendements η sont calculés

pour un même mur et une même surface extérieure absorbante.

D’après la relation (11), on remarque que η croît avec l’augmenta- tion de Λ M et la diminution de Λ IT ce qui met en évidence l’effica- cité des superisolants translucides aérogels ainsi que l’intérêt de l’application de ce procédé d’isolation à des maisons anciennes mal isolées ayant des murs épais de capacité thermique élevée. La figure 12 montre l’influence de ces deux paramètres Λ IT et Λ M (en

compris

entre 1 et 2 W · m 2 · K 1 , le rendement du système est particuliè-

rement intéressant.

(0)

abscisse). Pour des bâtiments anciens mal isolés, avec Λ

avec

A

T

T

M

3.3 Résultats expérimentaux

La figure 13 représente la variation moyenne hebdomadaire de Λ* en fonction du rapport entre le flux solaire q sol et la différence de température T ( T e variable, T i constant). Les valeurs expéri- mentales sont déterminées à partir des mesures de densité de flux

C 3 373 6

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ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. APPLICATIONS

Tableau 1 – Performances de matériaux translucides [69]

 

Type de matériau

 

T

D

IT

(%)

(W · m 2 · K 1 )

(%)

Simple vitrage

 

90

6,0

12

Double vitrage séparé par une couche d’air de 16 mm

 

76

2,8

18

Double vitrage séparé par une couche d’argon de 14 mm (dépôt à base d’argent)

56

1,3

22

Triple vitrage (2 × 8 mm) (dépôt à base d’argent)

 

44

0,7

23

Structure capillaire en polycarbonate (= 30 mm ; d = 100 mm)

62

0,8

31

Structure nid d’abeille en polycarbonate (= 3,5 mm ; d = 100 mm)

71

0,9

34

Aérogel monolithique (d = 20 mm)

> 69

0,7

37

Aérogel monolithique (d = 20 mm, sous vide)

> 69

0,5

40

Aérogel granulaire (d = 20 mm)

> 44

1,0

20

Pour le calcul de η, on a pris Λ M = 1 W · m 2 · K 1 ;

A

D

= 0,9

.

1 0 6/93 7/93 52/92 4/93 5/93 --1 9/93 53/92 51/92 --2 1/93 η 3/93
1
0
6/93
7/93
52/92
4/93
5/93
--1
9/93
53/92
51/92
--2
1/93
η
3/93
5/93
= 0,5
--3
2/93
--4
10/93
--5
0
2
4
6
8
10
12
14
16
18
q sol /(T i
-- T e )
Λ* (W · m --2 · K --1 )

Résultats expérimentaux (moyennes mensuelles) Résultats de calcul16 18 q sol /(T i -- T e ) Λ* (W · m --2 ·

Les calculs sont effectués pour η = 0,5 et Λ IT Λ M / (Λ IT + Λ M ) 0,51 W

·

m --2 · K --1

Figure 13 – Conductance thermique équivalente du système d’isolation en fonction du rapport de la densité de flux d’énergie solaire à la différence de température (d’après [69])

thermique effectuées sur la face intérieure du mur, ce qui permet le calcul de la différence |q + | – |q | et de T en fonction du temps à l’aide des enregistrements de q, T i , T e .

Dans la plupart des cas Λ* < 0, ce qui met en évidence l’impor- tance de l’apport gratuit d’énergie solaire qui compense et dépasse les pertes par conduction.

4. Isolants réfléchissants

4.1 Films réfléchissants

Pour augmenter l’efficacité des systèmes isolants, on préconise quelquefois l’utilisation de films réfléchissants, de basse émissivité (ε 0, 1), comme revêtement de surface des parois ou des isolants.

À l’interface paroi-air, les transferts de chaleur par convection naturelle et rayonnement s’expriment par la relation :

avec

q = q q = ( cv + r = 4 σ T 3 ⁄
q
= q
q
=
(
cv +
r
=
4 σ T
3 ⁄
h r

h

cv

+

h

r

)

1

-------

ε

E

+

1

-------

ε

p

S

1

(

T 1

T A

)

(12)

(13)

surface de la paroi, coefficient de transfert thermique surfacique de convection, coefficient de transfert thermique surfacique de rayonnement,

température de la paroi, température de l’air,

T = (T 1 + T A )/2, facteur d’émission (total hémisphérique) de la paroi ou du revêtement, facteur d’émission des surfaces environnantes,

T 1

S

h

h

cv

r

T A

ε

ε

p

E

σ constante de Stefan-Boltzmann.

D’après la relation (13), on voit qu’un revêtement de basse émis-

sivité (

résistance thermique superficielle de rayonnement R r = 1/h r .

En affectant au cas de la paroi sans film réfléchissant l’indice 1 et à celui avec film réfléchissant l’indice 2 (et en posant h j = h cvj + h rj ; j = 1,2 et h cvj étant supposé identique pour les deux cas), le gain dû à l’augmentation des résistances superficielles est

exprimé par

a pour effet de diminuer h r et donc d’augmenter la

ε

p

<< 1)

δr

1

1

=

--------

h

2

--------

h

1

.

Un calcul simple conduit à exprimer δr par la relation :

δr

=

δh

---------

r

h

r

1

1

---

f

δh r – --------- h r 1

f

----------- (14)

h r 1

par rapport aux transferts totaux à la surface de la paroi, avec :

f

=

h

r

1

⁄ (

h

r

1

+

h

cv

)
1

désigne la fraction des transferts radiatifs

δh r

---------

h r 1

=

1

--------------------

2

--------- 1

ε

p 1

– --------------------------------------

1

---------- + ---------- – 1

1

1

ε

p 1

ε

p 2

2

----------

ε

p 1

1

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ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. APPLICATIONS

0,6 0,4 0,2 0 0 0,2 0,4 0,6 0,8 Facteur f δr (m 2 ·
0,6
0,4
0,2
0
0
0,2
0,4
0,6
0,8
Facteur f
δr (m 2 · K · W --1 )

Film réfléchissant côté intérieur, visible Émissivité : trait plein : ε p2 = 0,1 trait pointillé : ε p2 = 0,2

Figure 14 – Augmentation de la résistance thermique superficielle avec le facteur f

Tableau 2 – Valeurs des coefficients de transfert thermique surfacique (d’après Th-U [17])

(0)

 

Paroi en contact avec :

   

Position de la paroi

— l’extérieur ; — un passage ouvert ; — un local ouvert.

1

1

1

1

 

--------

--------

-------- + --------

h 1

h 2

h 1

h

2

Paroi verticale ou faisant avec le plan horizontal un angle supérieur à 60

o

0,13

0,04

0,17

   
 
 

Paroi horizontale ou faisant avec le plan horizontal un angle égal ou inférieur à 60 o

       

— flux ascendant (toiture)

0,10

0,04

0,14

 
 
 

— flux descendant (plancher bas)

0,17

0,04

0,21

( toiture ) 0,10 0,04 0,14     — flux descendant ( plancher bas ) 0,17

La variation de δr en fonction de f est représentée pour deux

et

sur la figure 14 (pour les applications du bâtiment

valeurs du facteur d’émission du film réfléchissant,

ε p 2

ε

m

2

ε p 2 =

K

1

).

0,1

= 0,2

p 1

=

ε

E

= 0,9

On remarque que :

;

T

= 20 o C ; donc

h r 1

5 W

— la variation de δr sera d’autant plus élevé que le transfert de

chaleur par convection sera plus faible, c’est-à-dire f plus grand (utilisation préférable à l’intérieur du bâtiment, à l’abri du vent) ;

: l’effet

du film réfléchissant est très vulnérable aux modifications, même

faibles, de

dues aux poussières, salissures, etc.

— la variation de δr est très sensible aux variations de ε

ε p 2

p

50 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 01234 5 Résistance thermique
50
45
40
35
30
25
20
15
10
5
0
01234
5
Résistance thermique de la paroi (m 2 · K · W --1 )
Gain relatif de résistance thermique δr/R (%)

Film réfléchissant côté intérieur, visible, d’émissivité ε p2 = 0,1

Figure 15 – Variation du gain relatif en fonction de la résistance thermique de la paroi

Si l’on s’en tient aux valeurs des coefficients de transfert ther- mique surfacique, d’après les règles Th-U (tableau 2), pour une

paroi verticale ou une toiture en hiver, f est compris entre 0,4 et 0,6

et δr est très faible, inférieur à 0,2 m 2 · K · W

bas avec flux thermique descendant, f 0,9 et le gain peut attein-

dre 0,6 m 2 · K · W 1 .

La contribution relative au film réfléchissant est représentée en fonction de la résistance thermique de la paroi sur laquelle il est

appliqué (figure 15). On peut remarquer que cette contribution

n’est réelle que pour des parois de résistance thermique faible, δr

inférieure à 1 m 2 · K · W 1 pour laquelle

. Pour un plancher

–1

-------

R

peut dépasser 10 %.

Il faut néanmoins mentionner l’intérêt d’appliquer un revêtement ou une peinture réfléchissante sur le toit, côté extérieur. Dans un tel cas, le rayonnement solaire sera largement réfléchi, évitant ainsi le chauffage du toit. Une telle solution peut permettre d’améliorer le confort d’été de l’habitat [71].

Souvent, l’intérêt des couches réfléchissantes dans l’amélioration des systèmes isolants a été exagéré dans le domaine des températu- res ambiantes par extrapolation de leurs performances dans d’autres cas particuliers (vase de Dewar, isolation sous vide, applica- tions à haute température, etc.) où le rayonnement est prépondérant.

4.2 Matériaux minces à base de films réfléchissants

La fabrication courante des films réfléchissants a favorisé l’appa- rition sur le marché de matériaux minces (3 à 4 mm et plus) pour isolation thermique. Ils sont constitués d’une succession de ces films séparés entre eux par des molletons en fibres textiles, des mousses ou encore des nappes de bulles d’air. Il s’agit d’un maté- riau de type multicouche placé dans de l’air à la pression atmos- phérique. La conductivité thermique de ces matériaux minces bénéficiant de l’effet d’épaisseur est de l’ordre de

0,033 W · m 1 · K 1 , ce qui permet de les classer parmi les isolants

λ 0,065 W

leur faible épaisseur conduit à des résistances thermiques très fai-

bles, à la limite voire inférieures à celles demandées à un isolant

2 K) . Leur résistance thermique peut être améliorée

). En revanche,

thermiques traditionnels (

m

1

K

1

( R 0,5 m

en les plaçant entre deux lames d’air, mais seulement en l’absence de convection naturelle ou forcée (ventilation). Toutefois, l’apport des lames d’air n’est pas suffisant pour atteindre des performances

d’isolation couramment utilisées [71] [72]. De plus, l’efficacité des lames d’air dépend fortement du facteur d’émission de surface de l’isolant, qui doit pouvoir rester faible dans le temps.

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