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v PARTOUT ET NULLE PART? 1. La PHILOSOPHIE ET LE < DEHORS >. uo ouvrage collestif sur es philovophes reprise peut paraitre innocente. t pas sans scrupules ; elle met en cause Mi ire de V'histoire de la philosophie, et méme sure le déve- probléme, Nous ne pouvons donc pas avoir Philosophi PARTOUT ET NULLE PART 155 vérité, et la philosophic risque de n’étre plus, dans notre ouvrage, qu'un catalogue de < points de vue > ou de « théo: intellectuels laissera au e vaine, ot chacun donne ms 4 leur début et » tans que, d’un univers ttre, une comparaison soit possible. Les mémes erté, savoir — n’ayant pas ici et la le méme sens, et faute d'un unique témoin qui les réduise au méme dénominateur, comment verrions-nous croitre & tra: vers les philosophes une seule philosophie ? Pour avoir égard 4 ce qu'ils ont cherché et pour parler eux dignement, ne faudraitil par au contrac preedee leurs doctrines comme les mo seule doctrine en marche, et lea sauver, méandres du Parménide cours des Méditations pouvaient étre sans perte réd un paragraphe du Systeme. En réalité, le Systéme commence en Ie foyer oi se concentrent Tes rayons de bien miroirs: il tomberait au degré zéro sicnes ile cessaient un seul moment de darder vers lui leurs mnscroissance du passé dit-il, est toute au présent cartes, Kant ne sont pas va, réeerve faite de ce qt sont pas révolus par les hégéliemne; ils restent ‘est que la mémoire de tout Hegel referme son systéme jes passées continuent d’y enfermé avee elles Pinquiétude, il de la contingence. Dire que le ee qui a précédé, c'est aussi dire cette vie, prononga ces paroles, bloc inentamable, borne 4 nisme, « philosophie bi change raison, és que nulle fr va Deseartes et of commencent ventaire d'une langue. Sous cette réserve, ce ventaire ; réserve, ce qi te, crest bien Ja vie pe quien appelle Descartes et dont ses cenvres sont Ie sillage heurensement conservé. Ce qui fait que Descartes est précent, c'est que, environné de eir- 1. M. Gueroult. ee PARTOUT ET NULLE PART 161 constanees_aujourd’hui abolies, hanté des soucis et de ‘quelques illusions de eon temps, il a répondu 2 ces hasards 1i nous apprend a répondre anx nétres, bien qu’ils soient différents, et notre réponse différente aussi. ‘On n’entre pas au Panthéon des philosophes pour s’étre appliqué woir que des pensées éternelles, et Paccent é jamais ci longtemps que quand V'autear interpelle Les philosophies du passé ne survivent pas dans leur esprit seulement, comme moments d’un sys- téme final. Leur accés 4 Vintemporel n’est pas I’ ee ‘au musée, Elles durent aveo leurs vérités et leurs folies, comme entreprises totales, on elles ne durent pas du tout. Hegel luiméme, cette téte qui a voulu contenir IEtre, vit anjourd’hui et nous donne & penser non seulement par ses profondeurs, mais aussi par ses manies et ses tics. I n'y 2 pas une philosophie qui contienne toutes les philosophies; la philosophie tout entiére est, 4 certains moments, en chacune. Pour reprendre le mot fameux, son centre est partout et ea circonférence nulle part. ‘Done la vérité, le tout, sont Id dés le début, — mais comme tache & accomplir, et ils ne cont done pas encore Th. Ce rapport singulier de Ia philocophie avec son passé éclaire en général sce rapports avec le dehors et, par exemple, avec histoire personnelle et sociale. Comme des doctrines passées, elle vit de tout ce qui advient au philosophe et & aon temps, mais elle le décentre ou elle le transporte dans Vordre des symboles et de Ia vérité proférée, de sorte qu’il n'y a pas plus de sens & juger de Poeuvre par la vie que de Ia vie par Pecuvre. ‘Nous n’avons histoire de l'indivi des constructions symboliques du philosophe, et ceux qui science philosophique a par principe les clefo de sociale et personnelle. Lal- ternative est imaginal Ja preuve en est que ceux qui défendent I'une de ces théses ont eubrepticement recours & Pautre. ‘On ne peut penser a remplacer étude interne des philo- sophies par une explication socio-historique qu’en se réfé- rant & une histoire dont on croit connaitre avec évidence le 162 SIGNES ‘sens et le cours. On suppose, par exemple, une certaine idée de < Thomme total » on un équilibre < naturel > de Thomme avec l'homme et de Vhomme avec Ja nature. Alors, ce «fcc historique étant donné, toute philosophic peut &tre présentée comme diversion, aliénation, ¥é Végard de cet avenir nécessaire, ou, au contrai étape et progres vers lui, Mais d’oit vient et que vaut directrice 7 “La question ne doit pas étre posée: la poser, c'est déja « résister > & une dialectique qui est dans Jes choses, c'est prendre parti contre elle. — Mais com- elle y est ? Par philosophic. Simple- ée en Processus. oppose & l'étude interne des philosophi Vexplication socio-historique, c'est toujours une ‘autre philosophic, cachée en elle. ‘On montre que Hegel a congu fait, parce qu'il avait sous les yeux it selon elle. Cette « explication » ne it son compte & Valiénation hégélienne et n’en ferait ide du capitalisme que si 'on pouvait montrer une i Thomme s‘objective sans s'aliéner. Une telle é n’était pour Marx qu'une idée, et, méme pour nous, Je moins qu’on puisse dire est quielle ‘n'est pas un fait, Ce quion oppose & Hegel, ce n'est pas un fait, c'est une idée du rapport de "homme et du tout soci is Ie nom explication objective, c'est toujours une pensée qui con- teste une autre pensée et la dénonce comme illusion. Si l'on répond quo T'idée marxiste, comme hypothése i éclaire V'histoire du capitalise avant et api passe sur le terrain des faits ot de la probabilité historique. dra, sur ce terrain, ¢ essayer > de la méme hégélienne de’ Valiénation, et voir, par exemple, n’aide pas & comprendre ets fondées sur V'idée marxiste. On exclut pr enquéte quand on déclare Hegel vivai in des faits et « Pex PARTOUT ET NULLE PART 163 philosophies qu’a de devenir philosophie elle- méme, et philosophie implicite. De ‘leur été, Jes philosophes les plus férus d'inté- rlorité manquent étrangement 4 leurs principes quand ile convoyuent a leur tribunal les cultures, les régimes, et les jugeat de Mextérieur, comme si Vintériorité cessait d’étre importante quand ce nest pas la leur. ‘Ainsi les partisans de la philosophie < pure » ot ceux do Vexplication socio-économirpie échangent sous nos yeux leurs roles et mous n’avons pas a entrer dans leur perpé- tuel débat, nous n’avons pas 4 prendre parti entre une fausse conception de < Vintérieur » et une fausse concep- tion de « Fextérieur 3. La philosophic est partout, méme dans les « faite > — et elle n'a nulle part de domaine ot elle soit préservée de la contagion de la vie. ‘Nous avons beaucoup 4 faire pour éliminer les mythes jumeaux de la philosophie pure et de histoire pure et pour retrouver leurs rapporte effectifs. Tl nous faudrait abord une théorie du concept ou de la significa i prenne V'idée philosophique comme elle est tée des imports historiques, et jamais réduc origines. Comme les nouvelles formes de la gram de la syntaxe, nées des débris d'un ancien systéme tique ou des hasards de Vhistoire générale, 6% Pourtant suivant une intention expressive qui un nouveau systéme, V'idée philovophique, née dans Je flux et le reflux de Phistoire personnelle et social ment ct un instrament. Comme diserininant dans un nou- veau type de ponsée ct dans un nouveau symbolisme, elle se constitue un champ d'application mune mesure avec ses origines etn que du dedans. Lorigine n'est pas un piché et pas davan- ite, et c'est ensemble dans sa maturité qui , selon les vues et les prises qu'il nous donne at qu’a « expliquer » une philoso- ique sert a montrer Vexcts de sa tances, ct comment, fait histo- juation de départ en moyen de comprendre d'autres. rique, Ja comprendre el 164 SIGNES qui n'est p: peychologiques ou sociaux, tantét s’en écarte, ou plu méme dimension. ces entités négatives ne peuvent servir & penser une société ow un homme existants. I faudrait surtout comprendre le dans lequel sont tant bien que mal installés, s'il paralyse ou vivre, et cela & tous égards, compte tenu, en psychanalyse, da métier et du travail aussi bien que de la vie sexuelle, et, en ce qui concerne le m: des rapports vécus aussi bien que des variables de économique, de la qualité humaine des rapports bien que de la production, des réles sociaux land aussi bien que des régulations officielles. Des comparai- cons de ce genre, si elles peuvent fonder une tun choix, ne donnent pas une série génétique e rapport d'une formation historique & une aut ions, le type d’équilibre ire, d’une immi- homme est récon- . est bien Th de force dans histoire qui Lhistoire humaine de maniére 4 marquer un jour, ct sur tous ses eadrans 4 Ja fois, Ie plein midi de Videntité, Le progrés de Phistoire PARTOUT ET NULLE PART 165, socio-économique, et jusqu’a ses révolutions, ne sont pas tant un passage & la société homogéne ou sans classes que la recherche, et ne se curmonte jamais dane la négation pure — et le concept philosophique qui ne rompt Jiens avec le monde, les rapports sont aussi étroita qu’on voudra, non qu'un méme sens sane équivoque habite le rationnel et le réel, comme Hegel et Marx, de différentes es, le pensaient, mais parce que le « réel > et le « rationnel » sont découpés dans la méme étoffe, qui ost istence historique des hommes, et que par elle le réel — h an re Meme & considérer un seul difiérences intérieures et c'est travers ces discordances quill faut retrouver son sens « total >. Le Descartes absolu i qui a vécu et écrit une fois pour si j'ai peine & retrouver son En voila assez, non certes pour définir In philosophie, 166 SICNES mais pour absoudre un ouvrage tel que celui-ci, le mélange loeophie, de Mhistoire et de anecdote, Ce désordre fe de Ia philosophie; elle trouve le moyen d'y faire par digression et retour au centre, Crest le {16 d'un paysage on d'un discours, oit tout est Hig indirectement par secréte ré ‘4 un centre d'in- térét on de perspective Comme PE taposition ou d’acctimt phies sont autant de lang: augmente & peine celle des phil ‘on demande 4 chacun, comme nous compte rendu « objectif », sa réaction devant un philosophe, peut-étre, & co comble de subjectivité, retrouve-t-on une sorte de convergence, et une parenté entre les questions que chacun de ces contempo- rains pose 4 son philosophe célébre, téte & téte. Ces problémes ne sont pas ne faut pas qu’ils le soient. par différence ou écart faut que nous retrouvions la difficulté de la penser 4 chaque moment de ce livre. Quand nous i par rapport & la pensée d les doctrines qui se traduisent ou bien ci Yon peut l’étendre A des tagesses, 4 des disciplines pa jusqu’a ce degré ou ce genre de conscience, et c'est sbléme du concept philosophique et de sa nature quo PARTOUT ET NULLE PART 167 ‘nous retrouverons. Chaque fois que nous nous risquerons & tracer des lignes de développement que les philosophes eux-mémes n'ont assur autour de thémes qui n’étaient pas expressément les leurs — en un mot, avec chaque partie de cet ouvrage, — nous demander jusqu’oi va notre de placer les philosophies passées dans un Je nétre, si nous pouvons 1 a retrouver Tunité indirecte, et Ie lecteur verra revenir Yimterrogation que nous venons de formuler on commen- gant: car elle n'est pas préface & la philosophie, elle est Ja philosophie méme. TL LOnenr er 1a pmosorme, sophie >? Estil poseible de TOceident a appelé de ce nor prise comme Vhorizon d'une s ni comme conquéte et possess Crest plutét un trésor épars dans tonte philosophi ne se sent pas chargée de pousser plus anciennes, ni méme d'opter entre elles, de les dépasser vraiment en formant une nouvelle idée ny est pas com- je de recherches, Hectuelle de tre. pas qu'il y ait Ta de P un monde magique oft rien n’est mortes persistent, et of celles qu'on cro} se mélangent. 168 STONES Cortes, il faut ici faire Ia part de notre ignorance : si nous voyions la pensée occidentale ausei cavaliérement et d’aussi mn, d'une trahison hypocrite, d'un qui ne se dirige pas. Pourtant, Jrient persiste ches des connais- it de "Inde: « Nous avons ans unité aucune, oi rien ie fagon tout & fait neuve, dépassé > non plus ne jungle inextricable de doctrines, > Un auteur changement involonta: ce sentiment & Pégard d seurs. M. Masson-Oursel trouve un raigonnement et des arguments iques. Mais, comparés aux écrits philosophiques oe TOceident, ils ne sont pas encore assez arti es philosophes chinois avaient sous forme d’aphorismes, d’apophtegmes ou est sans limites... Les bréves sentences des Entretiens de simplement des conelus dues... On peut réunir toutes les idées contenues dans le le meilleur ? Un moine de 1. Fong Yeou-Lan : Préci ene re de la philosophie chinotee, Pp. PARTOUT ET NULLE PART 169 Pécole houddhiste Tch’an ou Zen d'une période postérieure dit un jour: < Tout le monde dit que Kouo-Siang a écrit sur le Tchouang-Tseu; moi, je voudrai ‘chonang-Tseu qui a écrit un commentaire sur KouoSiang, » Certes, pendant les vingt derniers siécles de la philoso- phic occidentale, les thémes chrétiens demeurent. Et peut tre, encore une fois, fautil, comme on 'a dit’, étre dans une civilisation pour percevoir, sous V'apparence de la stax gnation, le mouvement et l'histoire. Pourtant il est difficile de mettre en comparaison la durée du christianisme en Oceident et celle du Confucianisme en Chine. Le christia- nisme qui persiste parmi nous n’est pas une philosophies c'est le récit et la méditation d'une expérience, dun ensemble d’événements énigmatiques qui, d’euxmémes, appelaient plusieurs élaborations philosophiques et n'ont ‘susciter des philosophies, méme quand un privilége était reconnu 4 Pune d’elles. Les themes chré tiens sont des ferments, non des reliques. Avons-nous rien de comparable au pullulement des apocryphes dans 1a tra- dition confucéenne, a Y'amalgame des themes dans Je néo- taoisme du mt sié ie é is entreprises folles de recensement inti Tiation auxquelles des générations de lettrés chinois se sont vouées, & cette orthodoxie philosophique qui durera depuis ‘Tchou-Hi (1130-1200) jusqu’a 1a suppression des examens i Yon entre dans le contenn des doctrines ae tr" philosophie exprime de homme avec le monde — aucune doctrine occidentale a-t-elle jamais enseigné une concordance aussi rigoureuse du microcosme et du macrocosme, fixé pour chaque chose et chaque homme, sans méme I’échappatoire du mépris stoicien, une place et un nom qui sont les leurs, défini Ia ¢ correction > comme vertu cardinale? On a le sentiment que les philosophes chinois n’entendent pas comme ceux dt mnt Vidée méme de comprendre ou de connaitre, qu'il ne se proposent pas la genése intellectuelle 1. G, hive Senacss. 170 SIGNES de Vobjet, quiils ne cherchent pas a le saisir, mais seule- ment 4 lévoquer dans sa perfection primordiale; et c'est i ils suggérent, c'est pourquoi on ne peut chez eux le comme et ce qui est commenti loppant et Venveloppé, le signifiant ct le signifié; c'est pourquoi, chez eux, le concept est tout autant allusion a Paphorisme que Paphorisme allusion au concept. Si cela est vrai, comment, dans cette ontologie et dans ce temps inarticulés, découvrir un profil, un devenir, une histoire ? Comment cerner apport de chaque philosophe, quand ils gravitent tous autour du méme monde immé& morial qu’ils ne cherchent pas & penser, mais seulement & rendre présent ? Le rapport du philosophe chinois avee le monde est une fascination et l'on ne peut y entri ou bien on s'initie — par le moyen de Thi coutumes, de le civilisation — et la philosophie chinoise devient alors une des euperstructures, sans vérité interne, de ce prodige historique. Ou bien il faut renoncer & com prendre. Comme tout ce que Thomme fabrique ow institue, Vinde et la Chine ont wi les ne mous Te donnent pas ne sont pas en pleine pos: session de ce qu’elles disent. Il leur manque, pour avoir des philosophies, de chercher a se saisir elles-mémes et tout Te resten Ces remarques, aujourd'hui banales, ne tranchent pour- tant pas Ia question, Elles nous viennent de Hegel. C'est Ini qui a inventé de « dépasser » Orient en le ¢ compre- nant 2; c'est Tui qui a opposé & VOrient T'idée occidentale de la vérité, celle du concept comme reprise totale du monde dans sa variété, ot a défini l’Orient comme un échee dans Ia méme entreprise. Tl vaut Ia peine de rappeler les termes de Ia condamnation avant de décider si nous pou- vons la prendre & notre compte. La pensée de V'Orient est bien, pour Hegel, philosophic, en ce sens que 'esprit y apprend & se dégager de l'appa- rence et de la vanité. Mais, comme beaucoup d'autres bizarreries du monde humain, comme les Pyramides, elle PARTOUT ET NULLE PART im ‘estsicdire que le philosophe y lit Pannonce de Pes est pas dana con état de conscience ou de pureté. Car Mesprit n'est pas encore esprit tant qu'il est séparé, posé au-dessus des apparences : cette pensée abstraite a pour contrepartie le foisonnement yparences non dominées. D'un cété donc, on a une intuition « qui ne voit rien >, une pensée « qui ne pense rien >, T'Un incorporel, la substance éternelle, calme, immense, un recueillement incomparable, le nom mystique jew, la syllabe om, indéfiniment murmuré — c'est-- onecience et Je vide. Et, d’autre part, une masse absurdes, des cérémonies saugrenues, des inven is, des énumé démesurées, une technique ‘ion et des sens dont on attend rte quoi, la di mn. des pensées d’autrui, la force sphant, Je courage du lion et Ja vitesse du vent. Chez irs — comme cher les cyniques de la Gréce et chez Jes moines mendiants du christianisme — on trouve une « profonde abstraction des rapports ex ais el provocante, voyante, pittoresque. Nulle part il n'y a ion, ou passage du dedans vers Ie dehors ct retour en soi du dehors. Linde ignore « Je rayonnement de la ce pressentiment de n'est que philosophie en elle distingue la barbaric ibérément de Tune & V’autre, de Ia culture et progresse di mais « une cultnre q son principe > et qui ne se développe pas au-de mn autre niveau que Inde, elle maintient le téte-d-téte immé- diat et paralysant de V'intérieur et de lextérieur, de Puni- versel ot d'une sagesse prosaique, et on Ia voit chercher le secret du monde dans une écaille de tortue, pratiquer un droit formaliste et sans critique morale. « Il ne viendra jamais 4 Tesprit d'un Européen de placer si prés de Pahs- traction les choses sensibles?. » La pensée glisse sans profit, de Tabstraction au sensible, et pendant ce temps ne devient pas, ne mirit pas. fre de ta Philosophie. 1. Hon = 2d. sted SIGNES Ne disons pas méme, ajoute Hegel, que la pensée orien- tale est religion; elle est aussi étrangere a Ja religion dans notre sens qu’ la philosophie, et pour les mémes raisons. La religis ident sup « subj Je monde. L’Occident a appris que pour esprit de se saisir et de sortir de soi, de se faire et de ce nier. La pensée orientale ne soupgonne pas méme i réalise; elle est hore des prises de mos catégorics, ni théisme, ni athéisme, ni religion, ni sophie. Brahma, Vichnou, Civa ne sont pas idus, ni le chiffre ct Yembléme de situations humaines fonda. mentales, et ce que inde raconte d’eux n’a pas la puis- sance de signification inépuisable des mythes grees ou des Paraboles chi . Ce sont presque des entités ou des thinois se flattent aa ‘est_pas plus gieuse, faute de connaitre le trav: ‘esprit au contact, du monde immédiat. La pensée de TOrient est done ori- ginale se livre @ nous que formes terminales de notre culture. ri de dane le ségion adele oe ayn oe ion et pas encore philosophic; elle est de Vesprit immédiat que nous avons su éviter. Ce que Hegel la dépasse en I'incorporant, comme pensée aber- au vrai devenir de lesprit. sont partout : quand on définit l'Ocei- dent par Tinvention de la science ou par celle du capi- talieme, est toujours de lui quion s'inspire; car le eapi- talisme’ ot Ia science ne peuvent définit une civilisation que quand on les comprend comme <« ascise dans le monde » ou ¢ travail du négatif », et Je reproche qu’on fait & POrient est toujours de les av Le problime est done en plei qui le dignité philosophique qu’en la t i tion du concept, Notre idée du savoir est taine approxi PARTOUT ET NULLE PART 173 si exigeante qu'elle met tout autre type de pensée dans Falternative de se soumettre comme premiére esquisse du concept, ou de se disqualifier comme irrationnelle. Or ce universel concret dont I’Orient s'est question est de savoir si nous pouvons, ‘comme Hegel, y prétendre. Si nous me V'avons pas offec- tivement, c'est toute notre évaluation des autres cultures qu'il faut revoir. 1c ropsend Je chemin de Hege garde son privilége 4 la philosophie occidentale, pas en vertu d'un droit qu’elle aurait, et comme possédait dans une évidence absolue les principes te toute culture possible — c'est au nom d'un fait, et pour igner une tiche. Huscerl a admis que toute pensée tie d'un ensemble historique ou d'un ¢ monde ; en principe done, elles sont toutes des < spécimens anthropologiques >, et aucune n’a de droits particuliers. Tl admet aussi que lites primitives jouent un xéle important dans Vexploration du « monde véeu >, en nous offrant des ions de ce monde sans lesquelles nous resterions englués dans nos préjugés et ne verrions vérité qui Talturce et done i ifs néoupérer comme moments Tune vérité totale. En fait, il y a eu ce retournement miraculeux ique sur elleméme, par lequel la rité et de sa intention qui Ja pensée occidentale est ce , il faut quielle en fasse la preuve en les « mondes vécus », qu’elle atteste par audeli des ¢ spécimens und die trans- Tes Eiudes Phi- 4 SIGNES anthropologiques >. L'idée de la philosophic comme youreuse > — ou comme savoir absolu — repa- mais désormais avec un point d'interrogation. it dans ses derniéres années : « La philosophic comme science rigoureuse, le réve est bien fini'. » Le philosophe ne peut plus, en conscience, se prévaloir d'une pensée absolument radicale, ni s‘arroger Ja possession intelleetuelle du monde et la rigueur du concept. Le contréle de soi et de toute chose reste sa tache, mais il nen a jamais fini avec elle, puisqu'il doit désormais Ia poursuivre & travers le champ dea phénoménes dont aucun @ priori formel ne Jui assure par avance la maitrise. Hnusserl Pavait compris : notre probléme philosophique est d’ouvrir Je concept sans Je détruire. Tl y a quelque chose d'irremplacable dans la pensée occidentale : Veffort de concevoir, la rigueur du concept restent exemplaires, méme s'ils n’épuisent jamais ce qui existe. Une culture ee juge au degré de sa transparence, a a conscience qu’elle a delleméme et des autres. A cet égard, VOccident (au sens large) reste systéme de réfé- rence: c'est Ini qui a inventé les moyens théoriques et pratiques d'une prise de conscience, qui a ouvert le che- min de la vérité, Mais cette possession de soi-méme et du vrai, que POcci- dent scul a prise pour théme, elle traverse pourtant les réves d'autres cultures, et, dans [Occident méme, elle n'est pas accomplice. Ce que nous avon: relations historiques de la Gréce et do I' sement, tout ce que nous avons découvert d'< occidental » dane Ja pensée orientale (uno sophistique, un scepticisme, les éléments de lectique, de logique) nous interdit de tracer une fronti@re géographique entre la philosophie ct Ja non-philosophie. La philosophie pure ou absolue, au nom de laquelle Hegel exclut l’Orient, elle exclut aussi une bonne part du passé occidental. Peut-étre méme, appliqué rigoureusement, le critére ne ferait-il grace qu’s Hegel. ) — der Traum ist PARTOUT ET NULLE PART 15 Et surtout, puisque, comme Husserl le a & justifier sa valeur d’< entéléchie historique » par de nouvelles créations, puisqu’il cst, Iui_au: historique, seulement promise & Ja tache onéreuse de com- prendre les autres, sa destinée méme est de réexaminer jusqu’a son idée de Ia vérité et du concept, et toutes les institutions — sciences, complexe d’Edipe — qui srsent, pour retrouver Ia source d quelle elles ont di leur longue prospérité. Par biais, les civilisations qui n’ont pas notre équipement phi Tosophique ou économique reprennent une valeur d’e seignement. Il ne s’agit pas d'aller chercher la vérité ou Je salut dans ce qui est en deca de la science ou de la conscience philosophique, ni de transporter tels quela dans notre philosophie des morceaux de mythologie; mais, en présence de ces variantes d’humanité dont nous sommes i loin, dacquérir le sens des problémes théoriques et pratiques avec lesquels nos institutions sont confrontées, de redéconvrir le champ nee oii elles sont nées et que leur long succés nous a fait oublier. La « puérilité > de V'Orient a quelque chose & nous apprendre, ne serait-ce que Vétroitesse de nos idées dadulte. Entre FOrient et TOceident, comme entre Yenfant et l'adulte, le rapport n’est pas celui de Vignorance au savoir, de la non-philos phie & Ja philosophic admet, de la part de toutes les ¢ prématurations ne se fera pas par ralliement simple ct subordination de Ja € non-philosophie > & la philosophie vraic. Elle existe déja dans les rapports latéraux de chaque culture avec les autres, dans les échos que lune éveille en Vautre. Tl faudrait appliquer au probléme de Puniversalité phi. Tosophique ce que Jes voyageurs nous racontent de lew rapports avee les civilisations étrangéres. Les photogr phies de Chine nous donnent le sentiment d'un unive impénétrable, si elles sarrétent au pittoresquo — c'est dire justement & notre découpage, & notre idée de la 176 SICNES Chine. Que, par contre, une photographie essaie simple- ment de saisir les Chinois en train de vivre ensemble, poradoxalement, ils ce mettent a vivre pour nous, et nous ‘es comprenons. Les doctrines mémes qui paraiscent rebelles au concept, si nous pouvions les saisir dans leur contexte historique et humain, nous y trouverions une yariante des rapports de homme avec Vétre qui nous éclairerait sur nousmémes, et comme une ‘universalité oblique. Les philosophies de l'Tnde et de la Chine ont cherché, plutét qu’ dominer Pexistence, a étre Pécho ou Je résonatour de notre rapport avec T'étre. La philosophie occidentale pent apprendre d’elles retrouver le rapport avec Vétre, Poption initisle dont elle est née, & mesurer Jes poseibilités que nous nous sommes fermées en devenant + occidentaux > et, peut-étre, & les rouvrir. Voila pourquoi nous ns faire paraitre Orient au musée des philosophes célébres, et pourquoi, ne pouvant Ini donner toute la place qu’exigerait une étude détaillée, uous avons préféré aux généralités quelques échantillons un peu précis, oft le lecteur discernera peut-tre la secréte, Ja sourde contribution de YOrient a la philosophic, TIL. Curisraxisme er putosopa, La confrontation avec le christianisme est ume des épreuves ott la philosophie révéle le mieux son essence. Non qu'il y ait, d'un cété, le christianisme unanime, et de autre, 1a philosophie unanime. Au contraire, ce qui était frappant dane Ja discussion fameuse qui eut 1 co sujet ily derriére Je diff tiene ou sur T'e3 autre débat plus profond sur la nature de Ia philosophic, et quiici Tes chrétiens n’étaient pas tous du méme cote, ni Tes non-chrétiens, ‘ilson et J, Maritain di ent que la philocophie n'est ¢ La notion de philosophie chrétienne. » Bulletin de la So= cidté frangaise de Philosophie. Séance dui mars 1031. PARTOUT ET NULLE PART aT Pas chrétienne dans son essence, qu'elle Pest seulement dans son état, par le mélange dens um méme temps et fina: hier, qui séparait la pl de notions et le christianisme comme révélation d'une histoire surnaturelle de Yhomme, et concluait, pour sa part, qu’aucune philosophie comme philosophie ne peut étre chrétienne. Par contre, quand sant & Pascal et & Malebranche, réservait la por d'une philosophie qui constate Ia discordance de I tence et de Tidée, et done sa propre insuffisance, duise par 1a au christianisme comme interpré homme et du monde existants, il n'était pas M, Blondel, pour qui la phie était Ia pensée s’aper- cevant quielle me peut « boucler », repérant et palpant en nous et hors’ de nous une réalité dont Ja conscience philosophique n'est pas la souree, Passé un certain point de maturité, d'expérience ou de critique, ce qui sépare ou réunit es hommes n'est pas tant Ja lettre ou la formule finale de leurs convictions, mais plutét, chrétiens ou non, Ja maniére dont ils traitent leur propre dualité et orga: nisent en euximémes les rapports du notionnel et du réel. La vraie question, qui est au fond du débat sur la philo- sophie chrétienne, est celle du rapport de essence et de Yexistence, Admettrons-nous une essence de la philosophic, un savoir philos. est compromis dans Vhomme avee la vie (ici la vie religicuse) , mais reste cepen- ment et directement communicable, ire tout homme venant en ce monde, mus, au contraire, que la philosophic est radicale justement parce qu'elle ereuse, sous ce qui parait étre immédiatement communicable, sous les pensées dispo- nibles et la connaissance par idées, et révéle entre les hommes, comme entre Ies hommes et le monde, un lica qui est antérieur 3 iéalité, et qui la fonde ? Que cette question commande celle de la philoso, chréticnne, on le vérificrait en suivant dans ses détours Ia discussion de 1931, Les uns, ayant posé, dans Pordre des principes, des notions et du possible, Fautonomie de 118 SIGNES Ia philosophic ct celle de Ja religion, admettent, quand ils se tournent vers les faits ou vers Phistoi religicux en philosophie, que ce soit T'idée de création, celle de subjectivité infinie, ou celle de développement et histoire. I y a donc, malgré les eseences, échange entre Ja religion et Ia raison, ce qui repose en entier Ja question, puisque enfin, si ce qui est de foi peut donner 4 penser (@ moins que la foi ne soit ici que occasion d'une prise de conscience possible sans elle), il faut avouer que la foi dévoile certains cétés de Vétre, que Ia pensée, qui les ignore, ne ¢ boucle > pas, et que les « choses non vues > de la foi et Jes évidences de Ia raison ne se laissent pas délimiter comme deux domaines. Si, au contraire, avec E, Bréhier, on va droit & Vhistoire pour montrer quil n'y 4 pas eu de philosophie qui fat chrétienne, on n'y arrive quen rejetant comme étrangéres 4 la philosophie les notions d'origine chrétienne qui font obstacle, ou en leur cherchant 4 tout prix des antécédents hors ‘du christia- niame, ce qui prouve assez qu’on se référe ici & une histoire préparée et clivée selon V'idée de Timmanence philoso- phique. Ainsi, ou bien on pose une question de fait, mais, sur le terrain de Vhistoixe « pure », la philosophic ehré- tienne ne peut étre affirmée ou niée que d'une maniére toute nominale, et le prétendu jugement de fait ne sera eatégorique que s'il envelope tine conception de la phi- losophie. Ou bien on pose ouvertement la question en termes d'escences, ct alors tout est & recommencer quand on passe de la i Yordre des mixtes et des philosophies existantes. Dans les deux cas, on manque le probléme, qui n’existe que pour une pensée historico-systématique, capable de creuser au-dessous des essences, de faire le va-etevient entre elles et Jes faits, de contester Jes essences par les faits et les « faits > par les essences, et, en parti- culier, de mettre en question sa propre immanence. Pour cette pensée « ouverte », en un sens, Ia question, aussitét que posée, est résolue. Puisqu’elle ne tient pas cs < essences » telles quelles pour la mesure de toutes choses, puisqu’elle ne croit pas tant & des essences qu’a des necuds de significations qui seront défaits et refaits autrement dans PARTOUT ET NULLE PART 179 un nouveau réseau ‘lu savoir ot de Vexpéricnce, ot ne subsis: teront que comme son passé, on ne voit pas au nom de quoi cette pensée en porte-afaux refuserait le nom de philoso- phie a des modes d’expression indirects ou imaginatifs, ct le réserverait aux doctrines du Verbe intemy parablement plus érendue, deux-la, tout ce qui s’est depuis vingt siécles. Comment éter au chri les attribuer et sans lieu re, de subjectivité, — cest Ie rapport de ce mental ou matrice de culture, avec le eln 1¢ effcctivement véeu et pra- tiqué dans une foi positive. C'est autre chose de trouver tun sens et un mérite historique immense au christianisme et de Vassumer & titre personnel. Dire oui au christianisme comme fait de culture ou de civilisation, c'est dire oui & saint Thomas, mais aussi a saint Augustin, et 4 Occam, et & Nicolas de Cuse, et 4 Pascal et & Malebranche, et cet assentiment ne nous coiite pas une once de Ja peine que chacun deux a da prendre pour étre sans défaillance lui- méme. Les luttes qu’ils ont soutenues, quelquefois dans la solitude et jusqu’s la mort, la conscience philosophique et historique Jes transmue dans Punivers bienveillant de Ja culture. Mais justement parce qu’il les comprend tous, Ie philosophe ou Vhistorien n'est pas Pun d’eux. L’historien donne dailleurs Ia méme attention ot les mémes égards infinis 4 un tesson de poterie, a des réveries informes, & des rituels absurdes. Il ne agit pour Iui que de savoir de quoi le monde est fait et de quoi Thomme est capable, non de se faire braler pour cette proposition ou égorger é. Le christianisme dont notre philosophie est pleine, cest, pour le philosophe, Je plus frappant embléme du dépassement de soi par oi. Pour Jui-méme le christianisme n'est pas un symbole, il est Ia vérité. En 180 SIGNES tun sens, Ia tension est plus grande (parce que la distance est moindre) entre Je philocophe qui comprend tout a titre interrogation humaine, et Ia pratique étroite et profonde < comprend », qu’entre un ratio- (ui prétendait expliquer le monde et une foi qui jit & ses yeux que non-sens. Il y a done de nouveau conflit entre philosophie et christianieme, mais c'est un confit que nous retrouvons a Tintérieur ‘du monde chrétien et de chaque chrétien ‘comme conflit du christianisme « compris > et du chris tianisme véeu, de Vuniversel et de Yoption. A I'intérieur de Ja philosophic aussi, quand elle se heurte au mani- chéisme de Vengagement. Le rapport complexe de la philo- sophie et du christianisme ne se découvrirait que si Yon ‘mettait en comparaison un christianisme et une philoso- phie intérieurement travaillés par la méme contradiction. La « paix thomiste > et la « paix cartésienne », la coexistence innocente de la philosophie et du el pris comme denx ordres positifs ou deux v masquent encore le secret conflit de chacun ave lui-méme et avee Vautre et les rapports tourmentée qui en résultent. Si Ia philosophie est une activité qui se suffit, qui com- mence et s'achéve avec Vappréhension du concept, et Ia foi un assentiment aux choses non ynes et données a eroire par les textes révélés, la différence entre elles est trop profonde pour qu'il puisse méme y avoir conflit, I y aura conflit quand Vadéquation rationnelle se donnera comme exhaustive. Mais si seulement Ja philosophie reconnait, au- dela des possibles dont elle est juge, un ordre du monde actuel dont Ie détail releve de Vexpérience, et si Yon prend Te donné comme une expérience surnaturclle, il n'y a pas de rivalité entre la foi et la raison, Le secret de leur accord est dane la pensée infinie, Ia méme quand elle concoit les possibles ct quand elle eréc le monde actuel. Nous n’avons pas aceds a tout ce qu’elle pense ot ses décrets ne nous sont connus que par leurs effets, Nous sommes done hors d'état de comprendre Tunité de Ja raison et de la foi. Ce qui est sir, c'est qu'elle se fait en Dieu. La raison et la foi sont ainsi dans un état d’équilibre indifférent. PARTOUT ET NULLE PART 181 Descartes, aprés avoir naturelle, acceptor iculté une autre lumiére, comme si, dés qu'il y en a deux, Pune des deux an moins ne devenait pas relative obscurité, Mais la difficulté n'est pas plus grande — et Pas autrement résulac — que celle d’admettre la distinc. tion que Tentendement f Tame et le corps, et par i il y a Tentendement, ‘ines ily Yentendement aidé de Vimagination et que nows connaissons par Pusage d sommes cet homme, et les deux or ont un seul parce que le méme Diew est garant des essences et fondement de notre existence. Notre dualité se refléte et se dépasse en Iui comme celle de son entendement et de sa volonté, Nous ne sommes pas chargés de comprendre comment. La transparence absolue de Dien nous donne I'assurance du fait, et nous pouvons, nous devons, quant nous, respecter la différence des ordres et vivre en paix sur les deux plans. Pourtant ce concordat est instable. Si vraiment Phomme est enté sur Jes deux ordres, leur connexion se fait aussi , et il doit en savoir quelque chose. Ses rapports philosophiques avec Dieu et ses rapports religicux doivent Stre de méme type. Il faut que la philosophie et la religion symbolisent, Telle est, 2 notre sens, Ia signification de la Philosophie de Malebranche. Lyhomme ne peut pas étre d'une part « automate spirituel », de Pautre le sujet reli- gicux qui recoit la lumiére surnaturelle. Dans son enten- dement, on retrouve les structures et Jes discontinuités de Ia vie religieuse. L’entendement est, dans l'ordre naturel, tune sorte de contemplation, il est vision en Dieu. Méme dans ordre du savoir, nous ne sommes pas & nous-mémes notre Iumiére, ni la source de nos idées. Nous sommes notre ame, mais nous n’en avons pas Tidée; nous n’avons avec elle que Je contact ohscur du sentiment. Tout ce qu'il peut y avoir de lumiére et d’étre intentionnel ca nous vient de notre pa jeu; nous n’avons pas la puissance de concevoir, toute notre initiative dans la connaissance est d'adresser — c'est ce qu'on appelle ¢ attention > — une ¢ priére naturelle » au Verbe qui s'est eculement obligé ation i 182 SIGNES & Texaucer toujours. Ce qui est métre, c'est cette invo- cation, et 16 ye des événements connaissants qui en résultent — dans les termes de Malebranche, la € perception », le « sentiment ». Ce qui est nétre encore, est cette pression actuelle et plus vive de I'étendue intel: ligible sur notre ame, qui fait que nous croyons voir le monde : en fait, nous ne voyons pas le monde en soi, cette apparence est notre ignorance de nous-mémes, de notre ame, de la genése de ses modalités, et tout ce qwil y a de vrai dans Vexpérience que nous avons du monde, c'est Ja certitude de principe d'un monde actuel et existant par- dela ce que nous voyons, dépendamment duqué nous fait voir ce que nous voyons. La moindre perception sen- sible est donc une « révélation naturelle ». La conn sanee naturelle est partagée entre T'idée et 1a perception, vie religieuse entre la Inmiére de la vie mystique et le clair-obseur des textes révélés, Ce qui permet de dire qu'elle est naturelle, c'est seulement lois, et que Dieu, en d'autres terme: des volontés générales. Encore 1 Si la connaissance naturelle est tissue de rapports religieux, Je surnaturel imite en retour la nature. On peut esquiccer une sorte de dynamique de la Grace, entrevoir des lois, un Ordre selon lesquels le plus souvent le Verbe incarné et la religion les mémes structures iques de la lumiére et du sentiment, de Vidéal et du |. Les concepts de la philosophie naturelle envahissent Ja théologie, les concepts religieux envahissent I sophie naturelle. On ne se borne plus a évoquer Vinfini, incompréhensible pour nous, oi s‘unificraient des ordres pour nous distincts. Les articulations de la nature ne tiennent que par Paction de Dieu; presque toutes les inter- ventions de la Grace sassujettissent & des régles. Diew comme cause est requis par chaque idée que nous pensons, et Diew comme Iumiére manifeste dans presque toutes ses volontés. Jamais on n’a été plus prés du programme augus- PARTOUT FT NULLE PART 183 tinien: « La vraie religion ost Ja vr son tour, la vraie philosophie est 1a vrai et de la philosophi dont il n'y a rien re la formule de ce toires, raison et foi De méme et inver- ntrent en rivalité, qui sont & tous, le qui n'ont été enseignées d'abord qu’s quelques-uns, entre le Verbe éternel et Ie Verbe incarné, entre Ie Dieu que nous voyons dés que nous ouvrons Jes yeux et le Dieu des Sacrements et de PEglise, qu'il faut gagner et mériter par Ja vie surna- turelle, entre Architecte que Yon devine dans ses ceuvres, et le Dicu d'amour qui n'est atteint que dans l’aveuglement du sacrifice, la communauté des catégories souligne la discordance. C'est cette discordance méme prendre pour théme si l'on veut fai tienne; c'est en elle qu'il faudr de Ia foi et de Ia raison. En quoi on ripciaatath eit those de la lumidre ration- dans un unique univers de pensée, s'il étend a la mn la positivité de Penten- dement, if annonce aussi étre ration- nel des renversements religieux; il y introduit la pensée paradoxale Pane folie qui est sagesse, d'un scandale qui est paix, d'un don qui est gain. Entre philosophic et religion, quel serait alors le rap- port ? Maurice Blondel 6 « La philosophie creuse en elle et devant elle un vide préparé non pas seulement pour ses découvertes ultérieures ot sur con propre te mais pour des lumiéres et des apports dont elle n'est pas elleméme et ne peut devenir Vorigine réelle. » La philo- ie révéle des manques, un étre décentré, 'attente d'un dépassement; elle prépare, sans les nécessiter et sans les les options positives. Elle est le négatif d'un non pas un vide quelconque, mais le manque 184 SIGNES went de co que Ja foi apportera, ct non pas foi masquée, mais la prétnisse univertellement constatable d'une foi qui reste iibre. On ne passe de Pane a Pautre ni par prolongement ni par simple adjonetion, mais par un ren- Versement que a philosophic motive sans l'accomp! Le probléme estil résolu ? Ou platat ne renait-il pas a Ja suture de la philosophie négative et de la foi posi Si, comme Blondel le voulait, la philosophie est univer- selle et autonome, comment laisteraitelle & une décision absolue la responsabilité des conclusions? Co qu'elle en pointillé, en termes notionnels, dans la paix n’a son sens plein que dans Tirréparable et Ja partialité Pane vie. de ce passage méme, com- ment ne voudrait-elle pas étre témoin ? Comment demeure- rait-elle dans le négatif et abandonnerait-lle le positif & lune instance absolument autre ? Il faut qu’elle-méme recon- naisse dans un certain plein ce qu’elle dessinait par avance en creux, et dans la pratique au moins quelque chose de ce qui a été vu par Ia théorle. Le rapport de la philosophie au christianisme ne peut tre le rapport simple de la néga- i interrogation 4 Vaffirmation : Finter- son négatif, justement parce que chacun a en Ini-méme som ire quils sont capables de passer I'am dans Vautre ls jouent perpétuellement dans histoire Je réle des fréres ennemis. Est-ce pour toujours ? Entre le philosophe et le chrétien (qu'il e'agisse de deux hommes ou de ces deux hommes que chaque chrétien sent en lui), y aura+t.il jamais un véritable échange ? Cela ne serait possible, & notre sens, que si le chrétien, réserve faite des sources ultimes de son inspiration, dont il juge seul, acceptait sans restriction la tiche de médiation 4 laquelle Ja philosophic ne peut renoncer sans se supprimer. I] va sans dire que ces lignes n’engagent que leur signataire, et non pas les colla- borateurs chrétiens qui ont bien voulu Ini donner leur concours. Ce serait mal le reconnaitre que de créer Ia moindre équivoque entre leur sentiment et Ie sien. Aussi ne donnet-il pas ceci comme une introduction & leur pene PARTOUT ET NULLE PART 185 sée, Ce sont it des réflexions et des questions qu'il inscrit, pour Jes lour soumettre, en marge de leurs textes. Ces textes cux-mémes, et ici nous serons sans doute una- nimes, nous donnent un vif sentiment de la diversité des recherches chrétiennes. Ils rappellent que le christiani a nourri plus d’une philosophic, de quelque privilege que Tune d’elles soit revétue, que par principe il ne comporte pas d’exp! philosophique unique et exhaustive, et qu’en ce IV. Le GRAND RATIONALISME, Ii fandrait appeler <« petit rationalisme » celui qu'on profescait ou qu'on discutait en 1900, et qui était Vexpli- cation de PEtre par la science. Tl suppo: Science déja faite dans les choses, que Ja ecicr rejoindrait au jour de son achévement, et qui ne nous Jaisserait plus rien & demander, toute question sensée ayant recu sa réponse. 1 nous est bien difficile de revivre cet état de la pensée, pourtant si proche. clest un fait qu’on a révé d’an moment oft ayant enfermé dans un réseau de relations « la to iu réel >, et comme en repos, ou irer les conséquences d'un savoir défiv sar quelque application des mémes prin- jers soubresauts de Vimprévisible. Ce ¢ rationalisme » nous parait plein de mythes : mythe des lois de la nature situées vagnement & michemin des normes et des faits, et selon lesquelles, pensait-on, ce monde pourtant aveugle west construit; mythe de Pexplication scientifique, comme si la connaissance des relations, méme étendue 2 tout Vobservable, pouvait un jour traneformer ‘en une proposition identique et qui va de soi existence méme du monde. A ceuxla, ajouter tous les mythes annexes qui proliféraient aux limites de Ia science, par exemple autour des notions de vie et de mort. C’était Je temps o4 Yon se demandait avec enthousiasme ou avec 186 SIGNES angoisse ei homme pourrait créer de Ja vie au laboratoire, et oit Jes orateurs rationalistes parlaient volontiers du « néant », autre et plus calme milieu de vie, qu’ils se flattaient de « rejoindre », aprés celle-ci, comme on rejoint une destinée supra-sensible, Mais on ne pencait pas céder 4 une mythologie. On eroyait parler au nom de la raison. La raison se confondait avec la connaissance des conditions ou des causes : partout oi un conditionnement était dévoilé, on pensait avoir fait taire toute question, résolu Je probléme de essence avec celui de Vorigine, ramené le fait sous Pobédience de La question entre science et métaphysique était de savoir si le monde est un seul grand Processus a un seul « axiome générateur », dont il plus, & la fin des temps, qu'a répéter la formule, ou s'il y a, par exemple au point oft surgit la vie, des Iacunes, des discontinnités oft Yon puisee loger la puie. sance antagoniste de l'esprit. Chaque conquéte du déter- mii une défaite du sens métaphysique, dont la exigeait la <« faillite de a scienc Si ce rationalismea est pour nous était, défiguré, méconnaissabl icile & penser, un héritage, et la tradition qui peu & ie fossile d'un grand rationa- 1¢ d'une ontologie vivante, siécle 1, et dont il ne restait, isme de 1900, que quelques formes exté- qui avait déja dans le ration rieures, Le xvut* siécle est ce moment privilégié ot Ia connaise sance de Ja nature et la métaphysique ont cra trouver un fondement commun. I] a eréé Ia science de la nature et n'a pourtant pas fait de Yobjet de science le canon de Yontologie. Tl admet qu'une philosophie surplombe la science, sans étre pour elle une rivale. L’objet de science PARTOUT RT NULLE PART 187 est un aspect on un degré de I'Etre; il est justifié a sa place, peut-étre méme est-ce par lui que nous apprenons & con- naitre Ie pouvoir de la raison. Mais ce pouvoir ne s'épuise pas en lui, De différentes facons, Descartes, iz, Malebranche, sous la chaine des relations ¢: . reconnaissent un autre type détre, qui la soustend sans Ja rompre. L’Etre n'est pas rabattu en entier ou aplati sur le plan de "Etre extérieur. I y a aussi Pétre du sujet ou de V'ame, et Vétre de ces idées, et les relations des idées entre elles, le rapport interne de vér est aussi grand que Vautre, ou plutst que, si strict que soit le lien des faits ext pas Tun qui rend raison derniére de Vautre ensemble a un « intérieur > que leur li jie universel, Ia philosophie du xvn" siécle ne cesse, at de les poser. Comment comprendre que Vesprit agisse sur le corps et le corps sur lesprit, et méme le corps sur le corps, ou esprit sur autre esprit ou sur Iuianéme, puisque enfin, si rigoureuse que soit la connexion des choses jéres on nous et hors de nous, aucune d’elles n'est, jamais & tous égards cause suffisante de ce qui sort d’elle ? D'ou vient Ia cohésion du tout? Chacun des cartésiens In congoit tout autrement. Mais, chez tous, les étres et les rapports extérieurs s’offrent & une inspection de leurs pré- misses profondes. La philosophic n'est ni étouffée par eux, ni astreinte, pour se faire place, & contester leur eolidité. Cet accord extraordinaire de Vextérieur et de Vintérieur niest possible que par la médiation d'un infini posirif, ou infini wuisque toute restriction 2 un cert genre d'infinité serait un germe de négation). C’est en que communiquent ou que se soudent l'une sur V'autre Fexistence effective des choses partes extra partes et Péten- due pensée par nous qui, au contraire, est continue et infinie. S'il y a, au centre et comme au noyau de PEtre, un infiniment infini, tout étre partiel directement ou indi- rectement le présuppose, et en retour y est récllement ou éminemment contenu, Tout ce que nous pouvons avoir de rapports avec T'Etre doit y étre simultanément fondé. stGnRs lement nous a menés en cause par lui. les notions vives et confuses que I nous donnent des choses existantes. Si divers que Gtre ces deux genres de connaissance, il faut q une seule origine, et que méme Je monde sen: continu, partiel et mutilé, se comprenne finalemont, & part de notre organisation corporelle, comme eas parti icures dont est fait Fespace intel ée de Vinfini positif est done le secret du grand r: nalisme, et il ne durera qu’autant qu'elle restera en vigueur. Descartes avait entrevu dans un éclair la possibilité d'une pensée ng it sprit comme un étre qui un souffle, ni aucune chose Inianéme en Vabsence de toute mesuré du regard ce pouvoir de i, disait-il, me comporte pas de dans homme comme en Dieu, ct infini de négation, puisque, dans une liberté qui est de ne pas faire aussi bien que de faire, la position ne pourra jamais étre que négation niée. Crest par li que Descartes est plus moderne que les cartésiens, i les philosophies de la subjectivité et du : wrest la, chez Iui, qu'un début, et il dépacce la négativité sans retour quand ill énonce enfin que T'idée de Tinfini précéde en lui celle du fini, et que toute pensée négative est une ombre dans cette lumiére. Quelles que soient leurs différences par ailleurs, les cartésiens seront sur ce point unanimes. Malebranche dira cent fois que le néaut ¢ n'a pas de propriétés > on ¢ n'est pas visible >, et quill n'y a done rien & dire de ce rien. Leibniz se demandera pourquoi ily a « quelque chose plutét que rien >, il posera un instant le néant en regard de I'Etre, mais ce reeul en deca de Etre, cette évocation d’un néant possible est, pour lui, comme une preuve par V'absurde; ce n'est que le fond, le minimum dombre nécessaire pour faire parattre la. pro. ion souveraine de VEtre par Iui-méme. Enfin, la deter. mination qui « est négation » de Spinoza, comprise plus tard dans le sens d'une puissance déterminante du négatif, ne peut étre chez Iui qu’une maniére de souligner I'mma, existante, et qui demem itude positive. I] avai PARTOUT ET NULLE PART 189 ence des choses déterminées a Ia substance égale a elle- wéme et positive, Jamais, dans Ia Philosophie et de i ae métaphysi Texclure, Méme ceux de nos contemporains qui se disent et qui sont cartésiens donnent au négatif une toute autre fonction philosophique, et c'est pourquoi ils ne eauraient retrouver Téquilibre du xvi sidcle, Descartes dis: Dieu est congu par nous, non compris, et ce non exprimait jon en nous et un défaut. Le moderne cartésien + ‘infini est absence autant que présence, ce qui trer le négatif, ct Yhomme comme témoin, dans Ja définition de Dieu. Léon Brunschvicg admettait tout de Spinoza, sauf Vordre descendant de 'Ethique : le premier livre, disaiteil, n'est pas plus premier que le cinguidme; TEthique doit se lie en cercle, et Dieu prémppose Thomme comme Fhomme présuppose Dieu. C'est peut-étre la, clest t du cartésianisme « sa vérité >, Mais une vérité quil n’a pas Iui-méme possédée. Il y a une maniére innocente de penser ini, qui a fait le grand rationalisme et que rien ne nous fera retrouver. Qu’on ne voie pas de nostalgic dans ces mots. Sinon celle, paresseuse, d'un temps oft Tunivers mental n’était échiré, et ott le méme homme pouvait, cans conces- se vouer & Ia philosophie, & la science (et, souhaitait, théologic). Mais cette paix, cette indivision ne pouvaient durer qu’autant qu’on rostai entrée des trois chemins, Ce qui nous sépare du xvir siecle, ce n'est pas une décadence, c'est un progrés de conscience et Wexpérience. Les siécles suivants ont appris que l'accord de nos pensées évidentes et du monde existant n'est pas si immédiat, qu'il n’est jamais sans appel, que nos évidences ne peuvent jamais sc flatter de régir dans la suite tout le développement da savoir, que les conséquences refluent sur les € principes >, quill faut nous préparer & refondre ne sobtiont pas par composition en allant 1. P. Angw Descartes. La Aéconverte métaphgsique de Chomme chez 190 SIGNES du simple au complexe et de lessence aux propriétés, que ous ne pouvons ni ne pourrons nous installer au centre des étres physiques et méme mathématiques, qu'il faut specter en tatonnant, du dehors, les aborder par pro- obliques, les interroger comme des personnes. La conviction méme de saisir dans l'évidence intéricure les principes selon lesquels un entendement infini a congu ou congoit le monde, qui avait soutenu entreprise des cartésiens et avait paru longtemps justifiée par les progres de la science cartésienne, un moment est venu ott elle la wulant_ du savoir pour dev menace d'une nouvelle scolastique. Il fallait bien aloi mnir sur les principes, les ramener au rang d’« idéal ions >, justifiées tant qu’elles animent la recherche, jualifiées quand elles la paralysent; apprendre & mesu- Ter notre pensée sur cette existence qui, devait dire Kant, n’est_pas un prédicat, remonter, pour le dépasser, aux origines du cartésianisme, eréateur qui avait de pensée féconde, mais qui avait & pseudo-cartésianieme des mes, et exigeait désormais Iniméme d’étre recommencé. Il a fallu apprendre Thisto- ricité du savoir, cet étrange mouvement par lequel la pen- jennes en les inté- sa verm dans le sée abandonne et sauve ses formules, grant comme cas particuli A une pensée plus compréhensive et plus le, qui ne peut se décréter exhaustive, Cet air d'improvisation et de provisoire, cette allure un peu hagarde des recherches modernes, que ce soit en science ou en philosophic, ou en littérature ou dans les arts, c'est le prix qu'il faut payer pour acquérit une conscience plus mire de nos rapports avec I'Etre. Le xvr siécle a cra & accord immédiat de la science avec la métaphysique, et par ailleurs, avec Ia religion. Et, en cela, il est bien loin de nous. La pensée métaphysique, depuis cinquante ans, cherche son chemin hors de la coor. dination physico-mathématique du monde, et son réle envers Ia science parait étre de nous éveiller au « fond non-relationnel »1 que Ia science pense et ne pense pas. 1. dean Wait. PARTOUT ET NULLE PART vant, Ia pensée dans le méme sens, ce qui la met en consonance, mais aussi en rivalité, avec la métaphysique < athée », L’« athéisme > aujourd'hui ne prétend pas, comme celui de 1900, expli- quer le monde « sans Dieu »: il prétend que le monde est inexplicable, et le rationalisme de 1900 est & ses yeux une théologie sécul i les eartésiens revenaient parmi iple surprise de trouver une philo- ologie qui ont pour théme favori la contingence radicale du monde, et qui, en cela méme, sont rivales. Notre situation philosophique est tout opposée A celle du grand rationalisme. Et pourtant, il reste grand pour nous et il est proche de nous en ceei quil est Lintermédiaire obligé vere les. philo- sophies qui Ie récusent, parce qu’elles le récusent au nom de la méme exigence qui I'a animé. Au moment méme ot il eréait la seience de Ja nature, il a, du méme mouvement, montré qu’elle n’était pas la mesure de Tétre et porté & son plus haut point Ia conscience du probleme ontologique. En cela, il n'est pas passé. Comme lui, nous cherchons, non pas A restreindre ou & discréditer les initiatives de la science, mais & la situer comme systéme intentionnel dans Je champ total de nos rapports avec Etre, et si le passage 4 Vinfiniment infini ne nous parait pas étre Ia solution, c'est seulement que nous reprenons plus radicalement la tache dont ce siecle intrépide avait ern s’acquitter pour toujours. V. Découverts pr ta sussecriviré, Quoi de commun & ces philosophies éparpillées sur trois sideles, que nous groupons sous Venseigne de la subjec- tivité ? Il y a le Moi que Montaigne aimait plus que tout, et que Pascal hafssait, celui dont on tient registre jour par jour, dont on note les audaces, les fuites, les intermit- tences, les retours, que l'on met a Vessai ou & Tépreuve comme un inconnu, I y a le Je qui pense de Descartes et de Pascal encore, celui qui ne se rejoint qu'un instant, 192 SIGNES mais alors il est tout dans son apparence, il est tout ce qu'il pense atre et rien d'autre, ouvert & tout, jamais fixé, yutre mystére que cette transparence méme. Il y a Ja série subjective des philosophes anglais, les idées qui se eonnaissent elles-mémes dans un contact muet, et comme Par une propriété naturelle, Il y a le moi de Rousseau, abime de culpabilité et innocence, qui organise Iuiméme Je ¢ complot » od il se sent pris, et pourtant revendique & bon droit, devant cette destinée, son incorruptible bonté. Ty a Je sujet transcendental des kantiens, aussi proche et plas proche du monde que de Tintimité psychologique, qui les contemple l'une et autre aprés les avoir construits, et pourtant so sait aussi ’« habitant > du monde. Il y a Je sujet de Biran qui ne se sait pas seulement dans le mon mais qui y est, et ne pourrait pas méme étre suje wavait un corps 4 mouvoir. Il y a enfin la subjectivité au sens de Kierkegaard, qui n’est plus une région de l’étre, mais Ia seule maniére fondamentale de se rapporter a Yétre, ce qui fait que nous sommes quelque chose au Ticu de survoler toutes choses dans une pensée « objective >, qui, finalement, ne pense vraiment rien. Pourquoi faire de ces « subjectivités » discordantes les moments d’une seule déconverte ? Et pourquoi < découverte »? Fautil done croire que Ja subj it 1a avant Tes philosophes, exactement telle quills devaient ensuite la comprendre? Une fois survenue Ia réflexion, une fois prononeé le « je pense », la pensée d’étre est si bien devenne notre étre que, si nous essayous dexprimer ce qui I'a préeédée, tout notre effort ne va qu’a proposer um cogito préréflexif. Mais qu’est-ce que ce contact de soi avec soi avant qu’il ne soit révélé ? Est-ce autre chose qu'un autre exemple de I’ sion rétrospective ? La connaissance qu’on en prend n'est- elle vraiment que retour & ce qui se savait déja & travers notre vie? Mais je ne me savais pas en propres termes. Qu’estce donc que ce sentiment de soi qui ne se posséde as et ne coincide pas encore avec soi? On a dit qu'ster do la subjectivité Ia conscicnee, c’était Ini retirer Vétre, qu'un amour inconscient n'est rien, puisque aimer c'est voir quelqu’un, des actions, des gestes, un visage, un corps PARTOUT Ey NULLE PART 193 comme aimables. Mais le cogito avant la réflexion, le senti- Ou bien donc la conscience ignore ses origines, ou, si elle lle me peut que se projeter en elles. de « découverte », irréfléchi, cHl2 Va La subjectivité n’at- tendait pas les philosophes comme I’Am attendait dans les brumes de Océan ses explorateure, Ils Yont construite, faite, et de plus dune maniére. Et ce quills ont fait est peut-étre a défaire. Heidegger pense quills ont perdu Pétre du jour oi ils Yont fondé sur la conscience de soi. ‘Nous ne renongons pourtant pas a parler d'une < décou- verte > de la « subjectivité >. Ces difficultés nous obligent seulement a dire dans quel sens. La parenté des philosophies de la subjectivité est évi- dente dabord dés qu’on les place en regard des autres, Quelles que soient leurs discordances, les modernes ont cn commun Fidée que V'étre de Vame ou Vétre-sujet n’est pas ‘un étre moindre, qu'il est peut-étre la forme absolue de Vatre, et c'est ce que veut marquer notre titre. Bien des éléments dune philosophie du sujet étaient présents dans Ja philosophie grecque : elle a parlé de I'« homme mesure de toutes choses >; ellle a reconnu dans lame le singulier pouvoir d'ignorer ce quelle sait avec la pr e savoir ce quelle ignore, une incompréhensible capacité erreur, liée & sa capacité de vérité, un rapport avec le non-étre aussi eseentiel en elle que son rapport avec T'étre. Elle a, par ailleurs, congu (Aristote Ia place au sommet du monde) une ponaée qui n'est pensée que de soi, et une liberté radicale, pardela tous les degrés de notre puis sance, Elle a done connu la subjectivité comme nuit et comme lumiére. Mais il reste que V'étre du sujet ou de Tame n'est jamais pour les Grecs Ia forme canonique de Yétre, que jamais pour eux le négatif v’est au centre de Ja philosoph shargé de faire paraitre, d’asumer, de transformer le posi te ‘Au contraire, de Montaigne & Kant et an-deli, c'est du méme étre-sujet qu'il est question, La discordance des phi- 194 stenzs losophies tient & ce que la subjectivité n'est pas cho: substance; mais Textrémité du particulier comme de T'uni- versel, & ce qu'elle est Protée. Lee philosophies suivent tant bien que mal ses métamorphoses, et sous leurs divergences, c'est cette dialeetique qui se cache. Il n'y a, au fond, que deux idées de la subj :eelle de la sal té vide, déliée, universelle, et celle de la subjectivité pleine, enlisée Je monde, et c'est la méme idée, comme on le voit chez Sartre, l'idée du néant qui < vient au monde », qui boit le monde, qui a besoin du monde pour étre quoi que ce soit, méme néant, et qui, dans le sacrifice qu'il fait de Ini-méme a Vétre, reste étranger au monde. Et certes, ceci n'est pas une découverte au sens oft Ton a découvert Amérique ou méme le potassium. C’en est une cependant, en ce sens que, une fois introduite en Philosophie, la pensée du subjectif ne se l Méme si Ja philosophic V'élimine enfin, elle ne sera plus jamais co qu'elle fut avant cette pensée. Le vrai, tout construit qu'il soit (et Amérique aussi est une construc- tion, devenue simplement inévitable par Tinfinité des témoignages), devient ensuite aussi solide qu'un fait, et Ia pensée du subjectif est un de ces solides que Ia philosophie dovra digérer. Ou encore, disons qu'une fois « infectéo > Par certaines pensées, elle ne peut plus les annuler; il faut quelle en guérisse en inventant mieux. Le philosophe méme qui aujourd'hui regrette Parménide et voudrait nous rendre nos rapports avee Etre tels quiils ont é&é avant la conscience de soi, doit justement a la conscience de soi son sens et son got de lontologic primordiale. La subjec- tivité eat une de ces pensées en deci desquelles on ne revient pas, méme et surtout si on les dépasee. VI. Existence er piaLecrique, On connait le malaise de V'éerivain quand il Ini ost demandé de faire Vhistoire de ses pensées. Le malaise est & peine moindre quand il faut que nous résumions nos ‘contemporains eélébres. Nous ne ponvons pas les dégager PARTOUT BY NULLE PART 195, de ce que nous avons appris en les Hisant, ni des « milicux > qui ont accueilli leurs livres et les ont faits célébres. {1 faudrait deviner ce qui compte, maintenant que cette rumeur s’est tue, ce qui comptera demain poar les nouveaux lecteurs, s'il y en. a, pour ces étrangers qui vont venir, se saisir des mémes livres, et en faire autre ch ya peut-étre une phrase, écrite un jour dans le silence du XVI? arrondissement, dans le silence picux d”: dans le silence académique de Fribourg ou dans le fracas de la rae de Rennes, ou & Naples ou au Vésinct, que les premiers lecteurs ont < brilée » comme une station inutile, et & laquelle ceux de demsin vont s'arréter: um nouveau Bergson, un nouveau Blondel, un nouveau Husser], un nourel Alain, un nouveau Croce, que nous ne pouvons pas imaginer. Ce serait distribuer nos évidences et nos ques: tions, nos pleins ect nos vides comme ils seront distribués dans nos neveux, ce serait nous faire autres nous-mémes, et toute I'e objectivi w monde ne va pas jusque-la. En désignant comme csser s le demi-sitcle passé, les thémes de I'existence et de Ia dialectique, nous disons pentétre ce qu'une génération a In dans sa philosophic, non pas sans doute ce que Ia suivante y lira, et encore bien moins ce que les philosophes dont il s’agit ont eu conscience de dire. vaillé, méme ceux qui y tenaient le plus, a dépasser Je criticisme, et 4 dévoiler, au-dela des relations, ce que Brunschvieg appelait I’« incoordonnable > et que nous appelons Yexistence. Quand Bergson faisait de la percep. tion le mode fondamental de notre relation evee Pétre, audela d'elleméme, quand Alain décrivait la liberté x le cours du monde comme un nageur sur Yeau tet qui ost sa for au contact de quand Croce replagait re, quand Husserl pre~ mee charnelle de la de la tous cherchaient un passage entre le re vers le réel, tous désignaient comme possible et le née 196 SIGNES une dimension de recherche nouvelle notre jt et celle du monde. Car la philosophie de T pas seulement, comme le croirait un lecte qni sen tiendrait au qai met dans homme 1 qu'une conséquence frappante, et, sous ¥ avait, chez Sartre méme, comme on Ie voit iée autre, et A vrai dire anta- nest liberté qu’incorporée au monde, et comme travail accompli sur une situation de fait. Et dés lors, méme chez Sartre, exister m'est pas seule- ment un terme anthropologique : Vexistence dévoile, face a 1a liberté; toute une nouvelle figure du monde, le monde jesse et menace pour elle, Ie monde qui lui iéges, Ia séduit ou lui céde, ‘non plus le monde plat des objets de science kantiens, mais un paysage dobstacles et de chemins, enfin le monde que nous « exis- tons > et non pas sculement le théatre de notre connais- sance et de notre libre arbitre. Nous aurons plus de peine peut-étre & convaincre le lee- teur que le siécle, allant vers ‘existence, allait anssi vers la dialectique. Blondel, Alain en ont parlé, et Croce natu- rellement. Mais Bergson, Huscerl ? Il est assez conou qu'ils ont cherché Vintuition, et que, pour eux, la dialec- tique était la philosophie des raisonneurs, la philosophie aveugle et bavarde, ou, comme dit J. Beaulret, ¢ ventri- loque >. Relisant des manuserits ancions, Husser] éerivait quelquefois en marge : « Das habe ich angeschaut. » Quoi de:commun entre ces philosophes voués ce quiils voient, positifs, méthodiquement naifs, et le philosophe roué, qui crease toujours sous Vintuition pour y trouver l'autre intui- tion, et que chaque spectacle renvoie 4 Crest Vhistoire contemporaine de la dialectique et celle du renouveau hegelien qu'il faudrait évoquer pour répondre & ces questions. La di: ¢ que les contempor N. von Hartmann, 1. Lezistentialisme est un humanisme. PARTOUT ET NULLE PART 197 Tun secret ¥ penser, ‘connexion est celui qui n'avait choisir entre Ia logique et lanthropologie, qui fai ger la dialectique de 'expérience humaine, mais définiees rt Thomme comme por Logos, qui mettait au centre de la philosophie ces deux perspectives et le renversement qui transforme T'une en Pautre. Cette dia lectique-la et intuition ne sont pas seulement compatibles il y a um moment oi elles confluent. On peut euivre & travers le bergsonisme comme a travers la carriére de Husserl le travail qui peu a ion, change 1a notation po diates > en une pour parler de toutes choses sans de Ia gentse >, et lie, dans une unité vivante, les dimensions opposées d'un temps qui est finalement coextensif I’étre. Cet étre, entrevu & travers Jo bougé du temps, toujours visé par notre temporalité, par notre perception, par notre étro charnel, mais oi il ne peut étre question de ee transporter, parce que la distance supprimée Ini Sterait ca consistance d’étre, cet étre « des lointains », dis legger, toujours proposé & notre trans- cendanee, c'est T'idée dialectique de Vétre telle que la défi nissait le Parménide, au-dela de la multiplicité empirique des choses qui sont, et par prinef a travers elles, ‘ou nuit, Quant lectique, les modernes la retrouvent dés qu'il nt nous saisir dans notre rapport effectif au monde. Car ils rencontrent alors Ia premidre et la plas profonde des oppositions, la phase inaugurale et Jamais liquidée de a dialectique, la naissance de la par principe, se sépare et ne se sépare que irréfiéchi. La recherche de I'¢ immédiat > ou de la « chose méme », dis qu’elle est assez consciente, n'est pas Ie contraire de la ‘m Ja médiation n'est que la reconnaissance résolue d'un paradoxe que Tintuition, bon gré mal gré, subit: pour se poscéder, il faut commencer sortir de coi, pour voir le monde méme, il faut d’abord igner de lui. Si ces remarques sont justes, seul resterait hors de la & la face subjocti SIGNES anglo-saxons ¢ toutes les philos masqué est durab able, cette les autres, ne révéle-telle pas ordre Je champ apparemment transparent et d'un univers véou qui 'est de moins en moins, la pression du non-sens sur le sens n'aménera pas le positiviome logique & réviser ses critéres du clair et de Yobscur, par une démarche qui est, disait Platon, la démarche méme de la p! ? valeurs intervenait, il faudrait apprécier le positivieme Jogique comme la derniére et la plus énergique « résis- tance > & la philosophic concréte que, d'une maniére ou hut de ce sitcle n’a pas cessé de chercher. st pas une philosophic heu- périence, et, Yempirique, quelle ‘ontologique dont pourtant, qu’elle ne se limite pas restitue dans chaqcte expérience le itéricurerient marquée. ms, di naginer T'avenir de la philosophie, deux est qu'elle ne retrouvera jamais ~, avec ses concepts, les clefs de la nature ou de Vhistoire, et cest qu’elle ne renoncera pa: son radicalisme, 2 cette recherche des présupposés et fondements quia produit les grandes philosophies. Elle y renoncera d’autant moins que, pendant que les systémes perdaient leur crédit, Ies techniques se dépassaient elles-mémes ct relangaient la philosophie, Jamais, comme aujourd’h ifique n'a bouleversé sor ature n’a été aussi « philoso- phique > qu’ le, n'a autant réfléchi sur le lan- gage, sur Ja vérité, sur le sens de Vacte d’écrire. Jaraais, PARTOUT ET NULLE PART 199 ou sa tr ‘eonserval lution. seraient que cet iétude ne se dévore, et que le monde ne se détruise en faisant Pexpérience ‘de Iuiméme, on peut attendre beaucoup d’un temps qui ne croit plus & Ia philo- sophie triomphante, mai appel permanent Ja philosophic On demandera peut-stre ce qu'il reste de Ia philosophic quand elle a perdu ses droits I priori, au systéme ou Ta construction, quand elle ne surplombe plus Texpé- ce. Ten reste presque tout. Car le systéme, Vexpli- cation, la déduction n’ont jamais été Vessentiel. Ces arran- aient — et cachaient — un rapport avee spparence, le systéme 8 Puniversalité, ituer par rapport & Tete, et il suffit, pour phic dure, que ce rapport demeure probléme, pas pris comme allant de soi, que le téte-i-téte en sort, Ie juge, Vaccueille, le repousse, Je transforme et finalement Je quitte. C'est ee méme rapport qu'on tente aujour@hui de formuler directement, et de Ia philosophie se sent chez elle partout oft il a dire partout, aussi bien dane le témoignage d'un ignorant qui a aimé et véen comme ill a pu, dans les « trues » que Ia science invente, sans vergogne spéculative, pour tourner les problémes, dans les civilisations < barbares » dans les régions de notre vie qui officielle, que dans Ja littérature, dans Ia vie sophistiquée, ou dans les discussions sur la substance et I'attribut. L’hu- manité instituée se sent problématique et la vie la plus immédiate est devenue ¢ philosophique >. Nous ne pouvons concevoir un nouveau Leibniz, un nouveau Spinoza qui y entreraient aujourd'hui avee leur confiance fondamentale en sa rationalité. Les philosophes de demain n’auront pas 200 SIGNES a « ligne anaclastique », la < monade », le < conatus >, Ja < substance », les « attributs », Je « mode infini >, mais ils continueront d'apprendre dans Leibniz et dans comment les siéeles heureux ont pensé sphinx, et de répondre a lei ‘re, moins figurée et plus abrupte, aux énigmes multipliées qu'il leur propose. w LE PHILOSOPHE ET SON OMBRE La tradition est oubli des origines, disait le dernier Husserl. Justement si nous Jai devons beaucoup, nous sommes hors d'état de voir au juste ce qui est a Tui. A Végard d’un philosophe dont Ventreprise a éveillé tant Echos, et apparemment si loi du point of il se tenait lui-méme, toute commémoration est aussi trabicon, soit que nous lui fassions Yhommage trés superflu de nos pensées, comme pour leur trouver un garant auquel elles n’ont droit, — soit qu’au contraire, avec un respect qui n'est tance, nous Je réduisions trop strictement & ce qu'il a luiaméme voulu et dit. ces difficultés, qui sont celles e les « ego >, Husser] justement it bien, et ill ne nous laisse pas sans ressource en face d'’elles. Je m'emprante a autrui, je le fais de mes Propres pensées : ce n'est pas Ia un échec de la perception Wautrui, c'est la perception d’autrui, Nous ne Paccableri pas de nos commentaires importune, nous ne le réduiri ¢ qui de lui est objectivement attest Ta pour nous, non sans doute avee P'évi- dence frontale d'une chose, mais installé en travers de notre pensée, détenant en nous, comme autre nousmémes, une région qui n’est & nul autre que lui. Entre une histoire de Ia philosophie « objective >, qui mutilerait les grands philosophes de ce qu’ils ont donné & penser aux autres, et une méditation déguisée en dialogue, o& nous ferions les