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Introduction générale :

Les relations sociales : définition et perspective d'études

1. Définition des relations sociales

La discipline intitulée « relation sociale » renvoie à celle intitulée « relation industrielle » et


« relation professionnelle ».
Les « relations industrielles » désignent dans le monde du travail, l'ensemble des relations qui
s'établissent entre 3 catégories d'acteurs : les pouvoirs publics, les salariés et leur représentants et
enfin les employeurs et leurs organisations. L'objet des relations industrielles est l'élaboration des
règles qui structurent ces relations. On trouve 2 types de règles : des règles de procédures qui
permettent de définir si l'on fonctionne sur la base de négociations, de définir les modalités de
représentations des salariés ; des règles de contenu qui fixent les niveaux de salaire, la durée du
temps de travail, la modalité de l'emploi, etc etc...
– Etudier les relations industrielles, c'est avant tout étudier des processus de négociations qui
produisent des règles, on est loin d'une perspective de marchandages au coup par coup. Ces
processus de négociations se caractérisent par des rapports de pouvoir qui évoluent dans le
temps et dans l'espace en fonction des ressources dont disposent les acteurs concernés. Les
syndicats de travailleurs n'ont plus les mêmes ressources aujourd'hui qu'il y a 1 siècle,
comme le patronat.
– Quelle que soit la forme de ces relations, ces 3 types d'acteurs sont contraints de coopérer.
– Les relations industrielles sont issues de l'anglais « industrial relations », expression qui est
apparue la première fois aux E.-U. en 1912 et utilisée en 1926 de façon courante.
L'expression française de relation professionnelle est plus utilisée par les universitaires français car
elle permet de rendre compte des volontés de prendre une attention particulières aux institutions.
Elle a dominé en France et est encore utilisée par les universitaires. Elle permet de souligner la
place de l'Etat, des organisations syndicales et des organisations d'employeurs dans la régulation du
marché du travail en France : le paritarisme. Les universitaires commencent à avoir recours à de
nouvelles expressions, car les relations ont évolué. Les Britanniques parlent de « Employment
relations ». Elles veulent mettre en valeur l'ensemble des relations qui existent entre les acteurs
sociaux du monde du travail, qu'il s'agisse de relations institutionnalisées comme le paritarisme ou
plus informelle au sein d'une entreprise ou d'un site. L'expression « relation sociale » est plus
fréquemment employée par les acteurs. Pour Michel Allemand, les relations sociales sont les
intéractions ou encore l'ensemble des pratiques et des règles d'une entreprise, d'une branche
professionnelle, d'une région ou d'un pays qui structurent les rapports entre les salariés et leurs
représentants, les employeurs et leurs représentants, l'Etat et les pouvoirs publics et éventuellement
des tiers intervenant, les consultants. Ces rapports peuvent être individuels ou collectifs, ils peuvent
être par ailleurs soit directement le fait des acteurs, soit s'enraciner dans des coutumes, soit enfin
donner lieu à la production de règles.

Les principales problématiques

On retrouve ces problématiques dans le livre de A. Bevort et A. Jobert Sociologie du travail : les
relations professionnelles.
6 problématiques transversales :
les premiers travaux de relations industrielles datent de la fin du XIXème siècle. Les tous premiers
travaux sont de Webb, le syndicalisme. Les fondements de l'Etat-providence. Les pays capitalistes
ont connu des transformations au long du Xxème avec des remises en cause de l'Etat-providence.
De manière classique, les chercheurs de relations sociales abordaient 4 grands thèmes : le
mouvement syndical, la négociation collective, le rôle de l'Etat et les conflits du travail. Aujourd'hui
ces thématiques ont été infléchies dans de « nouveaux » problèmes, ils ont été inventés par les
acteur sociaux.
6 thèmes :
1) la crise et la recomposition des relations professionnelles
C'est une crise car l'essentiel des modèles de relations professionnelles datent de l'après-guerre et
des 30 Glorieuses, période de croissance. Ce contexte a profondément changé et une série d'auteur
en concluent que les modèles datant de cette époque sont en crise. La remise en cause du modèle
salarié à temps plein et à durée indéterminée en est un exemple. Cela remet en cause toute une série
de négociations signées après-guerre. Les politiques publiques de l'emploi, de gestion du chômage
et généralement les politiques sociales avec les retraites sont étudiées.
2) La légitimité de l'action syndicale
Depuis les années 80, on assiste très nettement à un affaiblissement du syndicalisme. Dans quelle
mesure les règles concernant la représentativité de ces structures permettent-elles encore une bonne
gestion des relations professionnelles ?
3) Le renouveau de l'entreprise
Depuis les années 80, l'entreprise tend à s'imposer comme un acteur central des relations
professionnelle. L'entreprise était mal vue mais maintenant elle est un lieu de créativité et
d'épanouissement. Cette image positive s'est accompagnée concrètement d'une prise de rôle au
niveau des relations professionnelles. Il y a un glissement de la négociation collective, des
structures paritaires ou des branches professionnelles vers elle-même. Il y a une décentralisation des
relations professionnelles. Les 35 heures s'est fait entre représentants des salariés, des patrons et de
l'Etat, cette première négociation a fait l'objet d'une loi pour toucher toutes les entreprises. Mais
après l'application de cette loi a été modifiée et la mise en place de négociations ont été
décentralisées au sein des entreprises. Ces relations ont conduit à de nouvelles notions du type de
gouvernance d'entreprises ou encore de responsabilités sociales de l'entreprise ne concernent plus le
fonctionnement interne de l'entreprise mais aussi la qualité de vie des travailleurs.
4) Les marchés du travaillaient
Traditionnellement, les chercheurs avaient pour objet la segmentation des marchés du travail, avec
les limites de la mobilités des travailleurs, la mise en place de règles propre à chaque marché du
travail. De nouveau processus sont interrogés : les discriminations, notamment à l'embauche et les
politiques d'emplois et de formation. C'est notamment le débat sur la flexisécurité avec la flexibilité
de l'emploi tout en assurant la sécurité des employés.
5) L'impact de la mondialisation
L'internationalisation de l'économie et le poids grandissant des entreprises multinationales. Quelles
sont les impacts de ces transformations sur les modèles nationaux de relations professionnelles ?
Ces modèles ont-ils tendance a convergé sous le règne de la mondialisation ? Si oui quel rôle joue
les organisations internationales dans ces processus de convergence ? Organisations que sont l'OIT
et les structures de représentation des employeurs et des employés à l'échelle européenne et
international. Les processus d'internationalisation est considéré comme un processus
d'homogénéisation des normes, règles et pratiques de la vie économique et politique. Néanmoins
dans le domaine du travail, il est impropre de parler de la mondialisation comme d'un processus
unifié et cohérent ayant pour seul conséquence une convergence des marchés du travail. La
mondialisation est bien davantage un assemblage de processus qui sont parfois convergents mais
souvent chaotiques et source au moins de désynchronisation et souvent de disjonction.
6) Le dialogue social
C'est l'ensemble des dispositifs au sein desquels se confrontent les intérêts des salariés et des
employeurs. Dispositifs de concertation, d'information, de concertation ou encore de négociation.
Ces dispositifs prennent place au sein des entreprises mais aussi au sein des structures paritaires.
Hall et Soskice discutent des capitalismes. Ils étudient les firmes, leurs stratégies qui sont
caractérisées par des problèmes de coordination avec d'autres acteurs et d'autres organisations. La
qualité des relations qu'une firme est capable d'établir à la fois de façon interne avec ses propres
employés et de façon externe avec un vaste ensemble d'acteurs qui incluent ses fournisseurs, ses
clients, ses collaborateurs, ses actionnaires, les syndicats, les associations patronales et l'Etat. En
étudiant ces firmes, ils en viennent à distinguer 2 types de capitalisme : les économies de marché
libéral qui se caractérisent par des stratégies relativement libres qui laissent une large place au
marché, pour eux l'exemple type est celui des Etats-Unis notamment parce que les relations
professionnelles sont peu formalisées. Ce modèle s'exprime par de très grandes *** et des
innovations radicales. Il se distingue des économies de marché coordonné qui se base sur la
formalisation de règles précises, et qui place l'entreprise au cœur de mécanismes complexes et
d'échanges non nécessairement marchands. Le modèle qui illustre le mieux ce type de variété de
capitalisme est l'Allemagne, notamment du fait que les entreprises doivent coordonner leurs actions
avec d'autres acteurs, les syndicats et les länder.
Schmidt étudie des modèles notamment en Europe. Il annonce que les auteurs précédent avaient une
vision simpliste car ils partent des entreprises alors que lui part des Etats. Les analyses des
précédents ne montrent pas les différents capitalismes. Lui en trouve 3 : le capitalisme de marché
qui correspond au premier modèle précédent (E.-U. Et R-U), le capitalisme dirigé représenté par
l'Allemagne, l'Autriche, la Suède et les Pays-Bas et enfin le capitalisme d'Etat comme la France et
l'Italie qui est maintenant devenu un capitalisme « soutenu » par l'Etat. En France et en Italie, l'Etat
a abandonné son leadership passé pour adopter un rôle d'incitateur plus orienté vers le marché. Cet
auteur souligne que la spécificité de l'Etat dans ces pays fait que celui-ci continue d'intervenir pour
protéger les salariés des entreprises mais a réduit ses parts dans les entreprises et donc son contrôle
par des opérations de privatisations et de dérégulation. Les firmes dans ces 2 pays sont donc plus
autonomes que dans le passé. Néanmoins dans ce modèle, l'actionnariat est plus concentré, les
actionnaires ont moins de poids qu'au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Mise en perspective historique des relations sociales

Il y a 3 périodes et 3 mouvements fondamentaux dans cette histoire.


1884 permet aux acteurs du mouvement ouvrier de se structurer.
1945 est la création de la Sécurité sociale et l'apogée de l'Etat-providence
1982-83 la rigueur et le tournant néolibéral

1789 à 1884 La domination de la doctrine libérale ou de la doctrine révolutionnaire.


De 1884 à 1945 avec une structuration du social, c'est la mise en place d'un modèle républicain pour
assurer la cohésion sociale.
De 1945 à nos jours, l'Etat-providence et ses remises en cause avec de 1944 à 1968, le compromis
fordiste, de 1968 à 1984, les premières failles du rapport salarial, du milieu des années 80 aux
années 2000, l'émergence d'un nouveau modèle de relation sociale avec une recomposition du rôle
de l'Etat et l'évolution des formes de gouvernement.

1ère période : 1789-1844 : la logique libérale, la doctrine libérale ou la conception


révolutionnaire de l'Etat.

Cette longue période est caractérisée par le sacre de la liberté et dans une moindre mesure de
l'égalité sans intervention sociale. Le libéralisme apparaît au XIXème siècle, en Allemagne et en
Italie et sa terre d'élection devient les Etats-Unis. Le libéralisme est une philosophie globale en voie
d'éclatement. Il y a des libéralismes. Le libéralisme politique selon laquelle la société doit être
fondée sur la liberté et trouvée sa justification dans la consécration de celle-ci. C'est une philosophie
sociale individualiste dans la mesure où elle fait passer l'individu avant les exigences collectives. Au
XIXème éclate donc en plusieurs libéralismes distincts :
– le libéralisme économique qui repose sur la richesse et la propriété, il s'oppose au dirigisme
d'Etat.
– Le libéralisme politique qui s'oppose au despotisme et il est donc le fondement doctrinal du
gouvernement représentatif et de la démocratie parlementaire.
– Le libéralisme intellectuel se caractérise par un esprit de tolérance et de conciliation.

Le point commun de toutes ces idéologies libérales est qu'elles expriment une méfiance à l'encontre
du pouvoir et tout particulièrement à l'encontre de l'Etat. Le libéralisme recouvre des idées
nombreuses, variées et éloignées.

La doctrine libérale postule que la société civile est conquise par les mécanismes de marché et donc
que la société civile produit un ordre naturel. Les intérêts individuels doivent à tout prix être
sauvegardés à l'équilibre. Les interventions sociales de l'État doivent être limitées. La société est
fondée avant-tout sur des relations entre individus libres, égaux et responsables. Le mode de
régulation qui domine est une régulation contractuelle. L'État ne doit surtout pas perturber ce
processus de négociations. Il doit favoriser leur développement et garantir leur existence. L'État va
légiférer, les décideurs vont voter la loi Le Chapelier qui va inscrire la liberté de travail dans le
droit. Elle va aussi interdire aux individus de se regrouper pour former des coalitions, les
corporations. L'État libéral mis en place après la Révolution refuse une société de corps. Il procède
à la suppression de tous les corps intermédiaires.
En 1898, une loi va reconnaître l'existence des chambres de commerce et entériner la perpétuation
de l'existence de ces corporations.
Seule la prévoyance individuelle est gage de protection face aux risques sociaux. La solution est
l'épargne. Les politiques de bienfaisance sont à l'endroit des individus qui ne peuvent pas travailler
comme les handicapés. C'est une transcription de la générosité catholique. Cette conception du rôle
de l'État doit orienter l'action des pouvoirs publics jusqu'à l'avènement de la IIIème République.

Le XIXème siècle est parcouru de révoltes. Au milieu de ce siècle, le pouvoir politique prend
conscience du fait qu'il n'arrive pas à rassembler la société autour de lui. Cet État libéral ne conduit
pas à un équilibre harmonieux. Déclarer les individus libres et égaux n'est pas suffisant. Il se
maintient et se développe une aliénation économique de la classe la plus pauvre, le prolétariat. Le
point d'orgue de cette prise de conscience est la Révolution de 1848.
A partir des années 1850, on se demande comment combler le vide entre État et individus.

2ème période : 1884 – 1945 : l'État assureur et organisateur des relations sociales

Les pouvoirs publics vont tenter de structurer les relations sociales. Le basculement à cette période
passe par l'émergence de la notion de solidarité.

a) La solidarité comme nouveau fondement de l'action de l'État

A la fin du XIXème, la notion de solidarité va permettre de légitimer l'intervention de l'État. La


France a connu la défaite face à la Prusse et la Commune. Il y a 3 groupes qui se partagent le
pouvoir :
– les libéraux et les conservateurs qui veulent tous limiter les interventions de l'État,
l'empiètement de l'État sur la société civile. Les libéraux le font au nom de la défense de
l'individu, les conservateurs au nom de la conservation des relations traditionnelles
– les marxistes et les socialistes qui sont quant à eux plutôt favorable à l'intervention de l'État.
Mais d'une façon jacobine pour imposer un ordre de société
– les républicains émergent et cherchent un nouveau fondement à l'intervention de l'État. Ils
vont s'appuyer sur des travaux de sciences sociales de Max Weber et Emile Durkheim.
Ces travaux vont permettre de trouver une réponse et une alternative aux perspectives marxistes et
libérales. Durkheim étudie les sociétés industrielles naissantes, constatant une densité
démographique de plus en plus forte, de ce fait cette société connait une division sociale du travail
de plus en plus importante. Cette division oriente et façonne la société. Elle change radicalement les
règles de fonctionnement de la société. Il compare la société d'Ancien Régime et la société
industrielle. Dans les société d'ancien régime, les liens entre les individus sont le résultat à des
institutions telles que la famille, etc etc... C'est la similitude des conditions de vie qui permet de
créer du lien social. Sous l'effet de la division du travail, dans la société industrielle, on observe une
spécialisation des tâches, les individus sont de plus en plus différenciés. C'est ce qui, à ses yeux,
explique que les relations entre les individus se trouvent bouleversées. On passe de solidarités
mécaniques à des solidarités organiques ou fonctionnelles. Le lien social n'est pas le contrat passé
entre des individus mais l'expression d'un fait social, c'est-à-dire l'expression de la division du
travail de plus en plus poussée.
Dans cette perspective, le rôle de l'État va être de maintenir les solidarités dans la société. Les
républicains ont ainsi un moyen de promouvoir le rôle de l'État mais le limite car l'État ne doit pas
perturber la société. Ce principe de solidarité va constituer peu à peu le fondement principal de
l'action de l'État. L'État va chercher à structurer le social. Il va paraître inévitable de reconnaître les
corps intermédiaires qui représentent le résultats des solidarités organiques.

b) La reconnaissance des corps intermédiaires

La diffusion des travaux d'Emile Durkheim va pousser les politiques à réguler le monde du travail
car il craint par dessus tout à la révolte des masses prolétariennes. Ils découvrent les conditions de la
classe ouvrière : ils travaillaient dans des manufactures et des fabriques et n'étaient ni sujets ni
acteurs de l'ordre économique ou politique. Leur but était la survie. La classe ouvrière est
dangereuse. Le mouvement ouvrier s'est organisé et à des capacités de mobilisations importantes
grâce à une très bonne organisation des ouvriers car il n'y a plus de divisions entre les ouvriers
professionnels et les prolétaires. L'État n'intervient pas sauf par quelques lois qui les protègent de
certains abus, pour éviter l'implosion sociale. A chaque entreprise correspond une spécificité sociale
et économique. Il y a une différenciation nette entre l'usine et la société. Le droit qui domine est le
droit de propriété.
A partir de 1870, les choses vont changer, le mouvement ouvrier s'organise et se structure pour
devenir un acteur collectif central de la société. Le pouvoir politique ne peut donc plus ignorer cette
classe qui l'effraie tant. Il doit prendre des mesures. C'est ce qui le conduit à accepter de reconnaître
des structures entre l'État et les individus pour essayer de consolider les liens sociaux. C'est donc le
vote de la loi de 1884 pour protéger la classe ouvrière pour reconnaître les syndicats et autoriser les
corporations. C'est une loi décisive car elle symbolise la fin du mythe selon lequel la société serait
composée d'individus libres et égaux.
La loi de 1884 ouvre des perspective importante de changements sous la pression d'un monde
ouvrier enfin organisé en association professionnelle. Ce mouvement ouvrier va notamment se
battre contre la spécificité de chaque entreprise, donc pour le vote et l'application de lois sociales
pour tous. En 1884, le modèle libéral de l'État explose dans toutes ses dimensions. L'État va
activement défendre la liberté et l'égalité des citoyens et va tout faire pour que la liberté et l'égalité
ne deviennent pas théorique mais effective. C'est à partir de ce moment là qu'il va se porter garant
du progrès social. C'est la perspective saint-simonienne de l'État. L'État devient le médiateur et le
catalyseur de la communauté nationale. Cette redéfinition du rôle de l'État est due à un contexte
particulier, on le doit à des politiques, des penseurs et une évolution technique, la statistique.

c) L'essor de la technique assurantielle

L'État républicain, au nom de la solidarité, étant le champ de ses interventions, notamment dans la
société civile. Elle prend la forme d'un vaste mouvement législatif dans des domaines variés,
notamment dans la sphère du travail avec les conditions de travail, la protection du travailleur. Ces
lois servent aussi des sphères hors-travail sur la famille, l'hygiène, la santé, l'éducation. Un nouveau
droit né : le droit social. C'est l'application pratique des théories de la solidarité. Ce nouveau droit
social s'appuie sur une nouvelle technique, assurantielle, qui va s'infiltrer partout où il existe des
failles, des risques, où il y a un flou des responsabilités face à ces risques par rapport à la personne
qui doit prendre la responsabilité de ces risques. Les risques en société sont des risques sociaux qui
s'imposent et non individuels. Il y a un vaste mouvement de normalisation de règles, dans les
domaines de l'hygiène, des conditions de travail et de la sécurité. Cette technique assurantielle
s'oppose à la source du pouvoir patronal. Elle va accompagner et favoriser le taylorisme, une
rationalité commune à toutes les entreprises. Cette technique va entrainer une focalisation des
négociations entre patron et travailleurs sur les salaires. Les ouvriers vont dénoncer la logique de
profits des patrons et revendiquer plus de protection des travailleurs en opposition avec la logique
de rendement des entreprises. Cette logique d'assurance favorise la plus grande mobilité des
travailleurs. Elle va permettre la structuration de 2 acteurs collectifs et leur pérennisation avec d'un
côté le mouvement ouvrier et de l'autre le mouvement patronal. Ils sont porteurs de 2 rationalités
concurrentes, social pour le premier et économique pour le second. Entre ces 2 acteurs, l'État est
finalement chargé d'articuler le social et l'économique et de concilier ces 2 acteurs opposés. L'État
va être appelé par toutes les parties en conflit pour jouer le rôle de médiateur
Les conventions de Matignon mettent en place la légitimisation des conventions collectives.

3) 1945 – aujourd'hui ? : Apogée de l'État-providence, tournant néo-libéral et recompositions


des relations sociales.

En 1945, le keynésianisme permet l'avènement de l'État-providence. C'est le triomphe de


l'interventionnisme étatique dans tous les domaines (économique, social et culturel). La période de
reconstruction va faire décoller ce système qui va s'épanouir dans une société de croissance et de
quasi plein-emploi pendant les 30 Glorieuses.
De la Libération à Mai-68, se met en place un compromis fordien. C'est un accord tacite selon
lequel en échange d'un salaire relativement élevé est indexé sur la productivité du travail, les
salariés sont tenus de se plier aux méthodes de production de masse, créatrice d'efficacité et de
biens de productivité. Il y a la généralisation de 2 types de salaires, le salaire direct payé au salarié
et un salaire qui ira dans une caisse pour servir lors des aléas de l'existence.
Les 30 Glorieuses marquent les années d'épanouissement de l'État-providence avec
l'interventionnisme grandissant et l'augmentation des dépenses publiques (26,5% du PIB en 1938 à
50,5% en 1973). L'Etat-providence est associé à la croissance, il est le garant du progrès. C'est
l'économie concertée qui tente de concilier marché et intervention de l'État. Ce système atteit ses
limites et il est remis en cause. La contestation devient radicale dans les années 70, la crise
économique jette l'incertitude, au début des années 80, il y a un grand tournant avec la mise en
place d'une politique de rigueur. Le néo-libéral est un changement profond qui dépasse le cadre de
la France, on revient à des perspectives plus libérales, ce n'est pas uniquement une adaptation à des
contraintes objectives et extérieures. C'est un vrai changement en terme de représentation de l'État,
ce ne sont plus les mêmes économistes qui conseillent les gouverneurs. La nature des régulations du
travail se transforme en terme de doctrine, c'est à partir des années 80 seulement que l'entreprise
devient positive.