Pour un sourire …

Cher Inconnu,
Savais-tu que quand une maman est arrêtée, qu'elle a son bébé dans les bras, ou que son enfant est à l'école, on
lui arrache son bébé et on se dépêche de l'emmener le plus vite possible, ou on va chercher tout simplement l'enfant à
l'école pour qu'il se retrouve dans un foyer ou dans une famille d'accueil, sans qu’il puisse récupérer quelconques affaires
chez lui.
Quand on est bébé on a besoin de son doudou. Et même quand on est plus âgé, quand on se retrouve du jour au
lendemain dans un endroit inconnu, coupé de tout le monde, sans rien pour nous rappeler notre chez soi, ou ceux qu'on
aime c'est très dur.
Alors il y a un atelier, animé par une infirmière (Sandrine BOULANGER) qui s'appelle l'atelier Art thérapie.
Cet atelier fait de sorte que la maman fabrique des objets : cela va d’une petite couverture, une peluche, ou autres,
qu’elle imprégnera de son odeur pour les plus jeunes. Pour les plus âgés, ça peut être des sweet-shirt ou des peluches,
jouets, etc.
C’est là que l’on intervient !
Nous avons besoin tout le temps de :
-

Tissus (Gros et petits morceaux !)
Pelotes de Laine
Boutons, fermetures éclairs, aiguilles (à coudre et pour le crocher), élastiques, fils à broder, fil simple.
Rembourrage (vraiment utile !)
Papier CANSON, colle, paillettes etc.. enfin tout ce qui peut servir à bricoler !

Il n’y a pas de petits dons! Nous prenons tout ! Une pelote de laine, quelques boutons, quelques feuilles de
CANSON, etc. et il n’y a pas non plus de grand dons que nous refuserions (y’a beaucoup de place!)
Chez vous, ou chez votre tante éloignée, dans le placard, il y a une pelote de laine, un morceau de tissu, qui
prend de la place dont on ne sait que faire, alors nous on sait quoi en faire ! Et avec votre pelote de laine, peut
être qu’un petit retrouvera un doudou et un peu de paix en un moment ou il en a vraiment besoin, ou votre
papier CANSON viendra faire une belle carte qui, puisqu’elle vient de maman, pourra réconforter un enfant et
domestiquera les ombres de la nuit sur ces murs inconnus de la nouvelle chambre.
Tout cela, si même on ne souhaite pas aider des personnes détenues, en estimant que l’on a aucune raison de
s’arrêter sur eux puisque, s’ils y sont, c’est qu’ils « l’ont mérité », les enfants eux sont non coupables. Mais pour
ceux qui n’aiment pas juger, je ne parlerais pas pour les femmes, mais je vous laisserais découvrir leur
témoignage :
« Je vous remercie pour tous les dons que vous nous avez fait parvenir à l’atelier crochet et art plastique. En ce
qui me concerne, je n’avais jamais fait de crochet de ma vie. En vérité, je ne comprenais pas trop la démarche
d’en faire, surtout ici, en prison. Je me suis mise sans trop de conviction au début et petit à petit ça m’a fait du
bien, ça m’a détendu et m’a aidé a avoir de l’estime pour moi, à m’exprimer, à avoir du plaisir, à être plus
créative, à mieux gérer le temps qui est long en prison : C’est aussi une des 2 seules activités qui sont tolérées
en cellule : 1ère, les cours et 2ème, le crochet.
Certaines filles décorent leur cellules avec des napperons, d’autres font des pulls et des gilets grâce à vos
pelotes de laine, ou encore quelques unes se font des jupes, des pantalons, des habits, des sacs, avec les tissus
que vous avez récolté pour nous. C’est fantastique je vous assure, il faut voir ça en promenade ; quand je les
regarde, je revois les tissus que vous nous avez apportés. J’ai comme l’impression d’assister à un défilé,
chacune y mettant son style.
Moi je fabrique des jouets pour mon fils, et je peux vous dire que je suis la première étonnée : avec pas grandchose on déplace des montagnes. Il faut voir ce que je fais. A chaque rencontre avec mon enfant il vient avec
dans sa tête une maquette et me demande de lui fabriquer : des peluches, un château, un pull avec des
dinosaures. Et quand il repart au foyer, je trouve que ça l’aide à surmonter cette épreuve avec un peu de moi
dans ses petits bras fiers et heureux. J’ai toujours un petit cadeau pour lui qui l’attend fait plein d’amour. Je
tenais beaucoup à faire cette carte pour témoigner que c’est important pour moi ce geste que vous faites. Je me
dis que tout ça c’est possible grâce à votre générosité. De vous à moi, j’aimerais vous dire merci. Ce mot
semble fade parce que je voudrais qu’il soit à la hauteur, donc il faudrait le multiplier par 10, 100, 1000, …
pour que ce mot exprime ma gratitude…
Encore une fois,  merci. »

Après leur témoignage j’aimerais vous dire que cet atelier est un des seuls et rares havres de paix des détenus.
C’est l’atelier qui englobe toutes les personnes et peut être ceux qui en ont le plus besoin. Car si les cours
touchent une catégorie de personnes ou l’aumônerie touche une autre catégorie de personnes, cet atelier touche
l’ensemble des femmes celles qui vont bien comme elles qui vont moins bien.
Ce moins bien parfois se manifeste par des comportements difficiles, alors elles ne sont pas acceptées ailleurs,
alors que la bas, de façon générale, toutes les femmes y trouvent leur compte et s’y épanouissent. Elles ne sont
pas obligées de parler français pour être là (contrairement aux cours) ni être pratiquantes (culte), elles ne sont
même pas obligées de parler (psy).
J’aimerais apporter aussi le témoignage d’une femme : Elle me rencontre et me dit « Merci beaucoup! Voilà
quelques années que j’ai oublié ce que c’était que d’être une femme et grâce à toi je viens de m’en rappeler et
de me faire ce plaisir. » Je lui ai donc demandé ce que j’ai pu faire pour cela. Elle me répondit « dans les
affaires que tu as ramassé, j’ai trouvé un morceau de dentelle et je me suis faite des soutiens-gorge en dentelle
et cela m’a fait un grand bien. Quand j’étais dehors, je faisais toujours attention à mes dessous mais depuis que
je suis rentrée en prison, je n’ai plus eu l’occasion de me pencher sur la question. »
Alors cher inconnu, si tu peux toucher un mot au gens autour de toi et faire avancer les choses, eh bien le
sourire de ces enfants sera à toi.

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