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DESEQUILIBRES ET POLITIQUES

ECONOMIQUES ET SOCIALES EN
ECONOMIE OUVERTE

CHAPITRE 11 : LE
CHOMAGE.
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
1.Le chômage : origine du concept.
 1.1. « L’invention du chômage ».
• Comme l’ont montré des travaux désormais classiques tel
celui de Robert Salais, Nicolas Baverez et Bénédicte
Reynaud dans L’invention du chômage (1999), le
chômage est une construction historique et sociale qui
évolue au gré des représentations du travail et du non
travail.
• Jacques Freyssinet dans Le chômage (2004), montre que
la catégorie chômage ne peut naître que dans des
formes d’organisation sociale, caractérisées par la
généralisation du salariat comme forme dominante de
travail rémunéré.
• L’apparition du chômage suppose selon lui que soient
réunies plusieurs conditions :
- Une coupure doit exister entre temps de travail social,
destiné à procurer un revenu, et temps de travail privé
ou domestique.
- L’apparition du chômage suppose que le travail social soit
l’objet d’un échange marchand, c’est-à-dire que le
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
1.Le chômage : origine du concept.
 1.2. L’apparition d’une catégorie « statistique » de
chômeur.
• Dans le recensement de 1896, on trouve pour la première fois
une série de questions permettant d’isoler les chômeurs.
• L’identification du chômage en tant que « statut social » est
progressive. Elle suppose notamment l’apparition d’institutions
spécialisées, bureaux de placement ou mécanismes
d’assurance-chômage, qui créent un intérêt à se déclarer
comme chômeur.
- En France, l’UNEDIC (Union Nationale pour l’Emploi Dans
l’Industrie et le Commerce) est créée en 1958. Cet organisme
versait les allocations-chômage mais le repérage statistique
des chômeurs était du ressort de l’ANPE (Agence Nationale
pour l’emploi), créée en 1967.
- Depuis le 1e janvier 2009, l’ANPE et l’UNEDIC disparaissent pour
donner naissance à un organisme commun, le pôle-emploi
financé à 30% par l’Etat et à 70% par l’assurance-chômage.
L’ANPE perd son monopole en matière de placement. Elle sera
mise en concurrence par des acteurs privés et des agences
d’intérim qui participeront au service public de l’emploi
(gratuité du service) avec les collectivités territoriales.
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
2. L’évaluation du chômage.
 2.1. Deux mesures distinctes du chômage.
 2.1.1. La mesure à partir des critères du BIT.

• La définition du chômage est fondée sur trois critères. Un


individu est chômeur si au cours de la période de référence (en
général la semaine qui précède l’enquête) est « sans
travail », « disponible pour travailler » et « à la
recherche d’un travail ». 
• Pour éviter des divergences trop grandes, les pays de l’Union
Européenne se sont accordés depuis longtemps sur une
interprétation commune de cette définition du BIT.
• En France, l’INSEE recense le chômage conformément aux critères
du BIT à l’occasion de l’Enquête emploi réalisée depuis 1950.
• Depuis 2007, elle a fait un effort d’harmonisation avec les
recommandations d’Eurostat, l’institut de statistique de la
Commission Européenne.
 Désormais, le simple renouvellement de l’inscription
auprès de l’ANPE n’est plus considérée comme un critère
suffisant de recherche active d’emploi et cette
interprétation plus restrictive (et plus conforme aux pratiques
européennes) aboutit à faire baisser le chômage de 0,7 points
selon l’INSEE.
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
2. L’évaluation du chômage.
 2.1.2. Les demandeurs d’emploi de fin de
mois (DEFM) de l’ANPE.
• Les demandes d’emploi enregistrées dans les
fichiers de l’ANPE recensent les personnes
inscrites à la fin d’un mois donné : les DEFM
(demandes d’emploi en fin de mois).
• Dans beaucoup de pays, l’écart entre le
nombre de chômeurs « au sens du BIT »
(établi à partir de données d’enquête) et le
nombre de demandeurs d’emploi
enregistrés (données administratives) peut
être important, dans un sens ou dans l’autre.
Ainsi, en 2000, le nombre de chômeurs BIT
était supérieur d’environ 40% au nombre de
demandeurs d’emploi inscrits en Espagne,
mais inférieur de près de 20% en Suède et
25% en Allemagne.
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
2. L’évaluation du chômage.
 2.2.Le « halo du chômage »
• On observe depuis quelques années
des frontières plus floues entre
emploi, chômage et inactivité
qui amènent à parler d’un « halo »
autour du chômage et de l’emploi.
• Les « cercles » ou
le « halo du chômage »

de Jacques Freyssinet.


I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
2. L’évaluation du chômage.
• En moyenne en 2007, 770 000 inactifs de 15 à
64 ans souhaitent travailler, mais ne sont pas
comptés comme chômeurs au sens du BIT soit
parce qu’ils ne recherchent pas « activement » un
travail, soit parce qu’ils ne sont pas disponibles
immédiatement pour travailler, cela représente
26,8% des personnes sans emploi.
• Le sous-emploi mesure principalement le
nombre de personnes à temps partiel
souhaitant travailler plus d’heures et étant
prêtes à le faire. On parle de « temps partiel
subi ». Le sous-emploi concernait en 2007 environ
5,5% d’actifs occupés en France, dans leur immense
majorité en temps partiel subi. Plus du trois quarts
de ces personnes étaient des femmes.
• Le taux de flexion du chômage qui mesure le
rapport entre le nombre de chômeurs en moins et le
nombre d’emplois créés indique que la reprise des
créations d’emploi pousse les personnes inactives à
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
2. L’évaluation du chômage.
 2.3.Durée du chômage et inégalités face au
chômage.
• Les inégalités face au chômage sont importantes, en fonction du sexe (les
femmes sont plus exposées que les hommes), de l’âge (les 15-24 ans
sont plus exposés que les classes d’âge intermédiaires) et du niveau de
formation (les actifs sans qualification sont plus exposés au chômage
que les diplômés) .
• Certains actifs courent un risque élevé de connaître au chômage, mais ils
en sortent rapidement : on parle de forte vulnérabilité (probabilité
pour un actif occupé de connaître le chômage). Ces actifs sont surtout
des jeunes touchés par un chômage récurrent de courte durée. On parle
de chômage récurrent.
• A l’inverse, certaines personnes sont moins menacées de devenir chômeur,
mais le restent longtemps une fois leur emploi perdu : on parle
d’inemployabilité (probabilité pour un chômeur de trouver un emploi).
Ce sont principalement des actifs âgés qui connaissent d’importantes
difficultés de reclassement. En outre, par un effet de « file d’attente »,
leur situation s’aggrave avec la durée du chômage. On parle dans ce
cas de chômage d’exclusion. Ainsi, si le taux de chômage de longue
durée atteint 40% de l’ensemble des chômeurs, il affecte plus de 60%
des chômeurs de 50 ans et plus en 2007.
• Les différences nationales sont ici importantes puisque que le chômage
de longue durée touche environ 20% des chômeurs au Japon et 10%
aux Etats-Unis en 2007. Ainsi, pour les personnes âgées de 25 à 60 ans,
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
2. L’évaluation du chômage.
• Jacques Freyssinet dans Le chômage (2004) distingue
quatre formes principales de chômage :
- Le chômage d’insertion : il concerne les nouveaux
entrants sur le marché du travail.
- Le chômage de conversion : il touche des travailleurs
d’âge intermédiaire, qui ont perdu un emploi jusqu’alors
stable, à la suite d’un licenciement, mais qui sont
relativement employables. C’est une forme traditionnelle
de chômage des années 1960 jusqu’au début des
années 1970, pour laquelle a été conçu le système
d’indemnisation du chômage.
- Le chômage récurrentdésigne l’alternance emploi
précaire / chômage. Ce type de chômage qui touche des
jeunes récemment sorti du système éducatif, des
femmes en reprise d’active, mais il touche aussi de plus
en plus des travailleurs âgés, obligés d’accepter des
emplois précaires.
- Le chômage d’exclusion : il regroupe des personnes dont
la probabilité de retour à l’emploi est très faible.
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
2. L’évaluation du chômage.
• On observe un allongement de la durée moyenne du
chômage qui illustre bien le caractère structurel de
celui-ci (par rapport aux formes plus frictionnelles du
chômage qui dominaient avant les années 1970). Dans
ce contexte, le chômage a des conséquences en termes
de cohésion sociale puisqu’il peut entraîner un
affaiblissement de l’intégration des individus.
• Serge Paugam parlera de « disqualification
sociale »dans un ouvrage du même nom de 2000 pour
rendre compte du processus d’entrée dans une situation
de pauvreté. Celui-ci comporte trois phases : la
première est une phase de fragilisation, la seconde
correspond à une dépendance vis-à-vis des travailleurs
sociaux et enfin la troisième est celle de la rupture des
liens sociaux. L’exclusion sociale apparaît donc comme
un processus ayant plusieurs causes, qui cumulent leurs
effets.
• Robert Castel dans Métamorphoses de la question sociale,
chronique du salariat (1995) décrira pour sa part la
dynamique de « désaffiliation » qui conduit à une
double rupture d’intégration : celle relative à l’emploi et
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
3.Niveau, caractéristiques du chômage et
spécificités nationales.
 3.1.Les grandes caractéristiques de
l’évolution du chômage en France et dans
les pays développés.
• Dans Le travail en France (1997), Claude Thélot et Olivier
Marchand observent qu’un début du XXe siècle, le taux de
chômage français se situait autour de 2 % de la population
active, il progresse dans les années 1910, puis connait une
nouvelle accélération dans les années 1930 (4,5% en 1936)
et surtout à partir de 1974 (plus d’un million de chômeurs
en 1976, deux millions en 1982, trois millions en 1997).
• La progression du chômage débute non pas après le
choc pétrolier de 1973 mais dès la fin des années 60
alors que la croissance est encore soutenue.
• Depuis le milieu des années 1990 et jusqu’en 2007, la
tendance est toutefois plutôt à la baisse, en particulier
aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne mais aussi dans des
pays d’Europe comme l’Irlande et l’Espagne. Elle est plus
tardive et limitée dans les pays d’Europe continentale. Le
chômage passera enfin au dessous de 8% en octobre 2007
en France.
I ) LE CHOMAGE : CONCEPT, MESURE ET
EVOLUTIONS.
3.Niveau, caractéristiques du chômage et
spécificités nationales.
 3.2. Des spécificités nationales.
• En dépit de tendances communes, répondant le plus souvent à
des ralentissements de la croissance affectant l’ensemble des
pays développés, l’évolution du chômage reste très variable au
sein ces pays, en dépit d’une réduction des écarts au début des
années 2000.
• Les comparaisons des taux de chômage masquent en effet une
hétérogénéité des marchés du travail qui reflètent une
histoire sociale distincte et des spécificités institutionnelles
entre les nations.
• Les différences de performances entre modèles nationaux ont été
soulignées par Gosta Esping-Andersen (The Social Foundations
of Postindustrial Economies.1999). Celui-ci établit un lien entre
les trois types d’Etat social qu’il distingue et l’accès à l’emploi
des différents groupes sociodémographiques.
• Le taux d’emploi illustre aussi les différences fortes que l’on peut
observer entre pays.
• Des différentes conséquentes se retrouvent aussi sur le taux
d’activité des femmes.
• Le niveau de diplôme et l’âge restent dans tous les pays un
critère discriminant.
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
1.Fluctuations conjoncturelles et chômage.

• L’explication la plus intuitive du


chômage est celle du
ralentissement de la croissance
qui ne permet pas de créer
suffisamment d’emplois pour
compenser les pertes d’emplois
liées à la conjoncture
(licenciements, faillites) et pour
absorber la population active
entrant sur le marché du travail =>
principe de la « demande
effective » de Keynes : le
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
1.Fluctuations conjoncturelles et chômage.

 1.1. La demande comme


déterminant du chômage chez
Keynes.
• Pour John Maynard Keynes (1883-1946), le chômage est
avant tout un chômage involontaire.
• Pour Keynes, le marché ne conduit donc pas spontanément
à l’équilibre puisque l’offre et la demande de travail
résultent de variables différentes (l’offre de travail
dépend du salaire nominal et la demande de travail du
salaire réel).
• En définitive, le niveau de l’emploi n’est pas fixé sur le
marché du travail mais résulte du niveau global de
production lui-même dépendant du niveau de la
demande anticipée par les entreprises (demande
effective).
• Le chômage qui reflète la différence entre le niveau de
l’emploi et le nombre d’actifs est donc involontaire et il y
a peu de chance, en l’absence d’intervention de l’Etat,
que le volume de la production corresponde justement à
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
1.Fluctuations conjoncturelles et chômage.

 1.2. « Ecart de production » et chômage


conjoncturel.
• La demande effective détermine le PIB effectif, c’est-à-dire le
PIB effectivement réalisé dans l’année. Le PIB potentiel
désigne le niveau de PIB qui résulterait du « plein emploi »
des facteurs de production dans l’économie, travail et
capital, ou encore le niveau maximum de production de
biens et services qui peut être atteint sans créer de tensions
inflationnistes (résultant d’une pénurie des facteurs).
• « L’écart de production » (output gap) désigne la
différence entre PIB potentiel et effectif. Dès le début
des années 1960, l’économiste américain Arthur Okun
avait établi une relation stable entre l’évolution du chômage
et l’écart de production, c’est la « loi d’Okun ». Celles-ci
peut s’interpréter comme un lien à court-moyen terme
entre la variation du chômage et le taux de
croissance de l’économie : le niveau d’emploi
s’éloigne du niveau de plein emploi si la croissance
effective est inférieure à la croissance potentielle.
• Conformément à l’enseignement de Keynes, la politique
économique doit intervenir lorsque la demande effective
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
1.Fluctuations conjoncturelles et chômage.

 1.3.Les ajustements de l’emploi aux fluctuations de


l’activité de court terme : le cycle de productivité.
• Au niveau microéconomique des entreprises, les ajustements de
l’emploi aux fluctuations de l’activité économique ne sont pas
immédiats.
• Ces temps de décalage dans l’adaptation des effectifs
expliquent le cycle de productivité. Quand l’économie
ralentit, la productivité baisse dans un premier temps (on
produit moins avec le même nombre de travailleurs) et
inversement, elle augmente en cas de reprise économique, tant
que de nouvelles embauches n’ont pas eu lieu.
• Le cycle de productivité est d’autant moins marqué que la
vitesse d’ajustement de l’emploi à la conjoncture est
importante. Celle-ci mesure le degré de flexibilité
quantitative externe qui se définit comme la capacité
d’ajuster les effectifs employés à l’activité.
• Le cycle de productivité sera au contraire d’autant plus
marqué que les entreprises recourent notamment à
d’autres formes de flexibilité, dites « internes » : la
flexibilité quantitative interne (ajustement du nombre
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
2. Les analyses de la composante structurelle
du chômage.
 2.1. De la remise en cause des politiques
keynésienne au chômage naturel.
 2.1.1. La remise en cause des politiques
conjoncturelles de lutte contre le chômage.
• A la fin des années 1950, l’économiste Phillips avait mis en
lumière une corrélation empirique négative entre le niveau du
chômage et le taux de croissance du salaire nominal, qui
pouvait trouver une explication évidente : quand le chômage
est faible, les entreprises ont plus de mal à recruter et ces
tensions poussent le salaire à la hausse. Au contraire, en
période de chômage élevé, le rapport de force n’est pas
favorable aux salariés, la modération salariale prévaut.
• Si l’on établit un lien direct entre le taux de croissance des salaires
nominaux et le taux d’inflation, il en découle une relation
négative entre taux de chômage et taux d’inflation. C’est la
courbe de Phillips = les politiques économiques arbitrent
entre inflation et chômage.
• C’est cet arbitrage que remettent en cause, à la fin des années
1960, Edmund Phelps et Milton Friedman : les politiques
keynésiennes de plein emploi ne limitent pas le chômage en
dessous d’un certain seuil et sont responsables de l’inflation.
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
2. Les analyses de la composante structurelle
du chômage.
 2.1.2. Le chômage naturel.
• Pour Milton Friedman, il existe un taux de chômage naturel, difficilement
compressible, qui résulte du chômage frictionnel et du chômage
volontaire.
• Lutter durablement contre le chômage naturel doit passer par des
mesures d’amélioration du marché du travail (telle
l’accentuation de la mobilité, la flexibilisation et l’incitation au
travail) et non par des mesures de soutien à la croissance.
• Deux indicateurs tentent d’évaluer le chômage naturel :
- Le NAWRU (non accelerating wages rate of unemployment) est le taux de
chômage qui, en pesant sur les salaires, permet que leur hausse ne
dépasse pas celle de la productivité du travail, assurant ainsi la stabilité
des coûts et donc des prix ;
- Le NAIRU (non accelerating inflation rate of unemployment) est le taux de
chômage qui, en pesant sur les salaires et donc sur les coûts de la
demande, n’accélère pas la hausse des prix.
• Les libéraux constatent que la hausse du chômage s’est traduite par celle
du taux de chômage naturel (effet d’hystérésis) pour plusieurs
raisons :
- L’investissement n’est pas assez profitable du fait de coûts salariaux
élevés ;
- Le système d’indemnisation du chômage allonge la période de recherche
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
2. Les analyses de la composante structurelle
du chômage.
 2.2. Chômage classique et chômage keynésien dans
la théorie du déséquilibre.
• La théorie des équilibres à prix fixes (Edmond Malinvaud, né en 1923 en
est le principal représentant français : Réexamen de la théorie du
chômage (1980).) montre que les politiques keynésiennes de lutte
contre le chômage ne fonctionnent pas systématiquement : tout
dépend de la nature du déséquilibre macroéconomique en cause.
• Dans cette approche, la rigidité des prix à la baisse dans le court
terme est la principale cause du chômage.
• Malinvaud observe alors que les différents états du marché du travail et du
marché des biens, deux formes de chômage coexistent :
- Le chômage keynésien : il se caractérise par une offre supérieure à la
demande sur le marché des biens et sur le marché des services et sur
le marché du travail. Dans ce cas, le chômage est dû à une insuffisance
de la demande de biens et de services qui dissuade les entreprises
d’embaucher => politique de relance pour augmenter les revenus et
accroitre la demande de biens et services.
- Le chômage classique : il se caractérise par une demande supérieure à
l’offre sur le marché des biens et des services et par une offre
supérieure à la demande sur le marché du travail (il y a rationnement
sur les deux marchés) => politique d’offre favorisant la baisse des
salaires permettant aux entreprises d’embaucher davantage et donc de
produire davantage pour réduire l’excès de demande sur le marché des
biens et services.
Marché du Offre > Offre <
travail Demande Demande

Marché des biens

Offre > Demande Chômage keynésien Impossible

Offre < Demande Chômage classique Inflation contenue


II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
2. Les analyses de la composante structurelle
du chômage.
 2.3. Marché du travail et chômage d’équilibre.
 2.3.1. Le modèle WS-PS.
• Dans la continuité des travaux de M.Friedman, depuis les années 1980,
l’approche libérale du chômage structurel s’articule autour du modèle de
chômage d’équilibre.
• On appelle taux de chômage d’équilibre, le taux qui s’établit
durablement, quand les agents anticipent correctement l’inflation
et en l’absence de choc macroéconomique. Le chômage d’équilibre est
donc déterminé par des facteurs structurels, en rapport avec le
fonctionnement du marché du travail et aux spécificités de chaque
économie nationale. Il varie d’un pays à l’autre.
• Le modèle WS-PS a été proposé en 1991 par Richard Layard, Stephen
Nickell et Richard Jackman afin de rendre compte du taux de chômage
d’équilibre.
• La droite WS (wage schedule ou wage setting) décrit une relation
décroissante entre le taux de salaire réel et le taux de chômage.
Plus le taux de chômage est élevé plus le taux de salaire réel va se fixer à
un niveau faible. Plus le taux de chômage diminue, plus les salariés peuvent
imposer une hausse des salaires.
• La droite PS (price schedule ou price setting) décrit une relation
croissante entre le taux de salaire réel et le taux de chômage :
lorsque le salaire réel augmente, les employeurs enregistrent une
diminution de leur taux de marge (part de l’excédent brut d’exploitation
dans la valeur ajoutée). Ils sont désincités à embaucher et incités à
licencier ; le taux de chômage augmente.
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
2. Les analyses de la composante structurelle
du chômage.
 2.3.2. Rigidité des salaires et détermination
du niveau de l’emploi.
• La théorie des contrats implicites de Costas
Azariadis, les salariés et leur employeur s’engagent
sur « un contrat implicite » au sein de leur entreprise.
Ce contrat (non officiel) garantit aux salariés un
niveau de salaire supérieur au salaire d’équilibre en
cas de ralentissement de la croissance, mais permet
à l’entreprise de verser un salaire inférieur au salaire
d’équilibre lorsque l’activité reprend.
• La théorie du salaire d’efficience (modèle du « tire
au flanc ») J.Stiglitz complété notamment par
George Akerlof en 1984. Malgré l’excès d’offre de
travail, les salaires peuvent rationnellement ne pas
baisser. Les employeurs ont intérêt à ne pas diminuer
les salaires pour plusieurs raisons : un salaire élevé
incite les travailleurs à rester dans leur entreprise (ce
qui rentabilise les dépenses de formation et limite les
coûts du turn over) ; il attire les meilleurs candidats à
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
3.Chômage et rigidités du taux de salaire : le rôle
des institutions.

 3.1. Indemnisation du chômage et emploi.


 3.1.1. L’assurance-chômage cause du
chômage : les analyses de Jacques
Rueff.
• Jacques Rueff (1896-1978) dans son article de 1931,
« L’assurance-chômage : cause de chômage
permanent » estime que l’instauration d’une
assurance-chômage contribue à fausser le
mécanisme du marché en établissant un salaire
plancher.
• J.Rueff souligne un deuxième effet pervers à la mise
en place d’une assurance-chômage. Si on empêche
le travail d’être rémunéré à la productivité
marginale, alors le coût du facteur travail par
rapport au facteur capital est trop élevé et
l’entreprise aura intérêt à substituer du capital au
travail, ce qui risque d’aggraver encore le chômage.
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
3.Chômage et rigidités du taux de salaire : le rôle
des institutions.
 3.1.2. La théorie de la recherche d’emploi.
• La théorie de la recherche d’emploi (Job Search) se développe dans la
lignée des travaux de Becker qui introduit l’analyse des choix
intertemporelsentre formation et emploi. Elle est initiée par les
recherches de George J.Stigler (1911-1991), au début des années
1960, qui explique l’existence d’un chômage frictionnel sur le marché
du travail en introduisant la notion de « salaire de réservation » :
celle-ci va désigner le salaire en dessous duquel le chômeur refuse
l’emploi proposé. Son niveau dépend du niveau des allocations
chômage. Plus le salaire de réservation est élevé, plus longue sera la
recherche d’emploi et donc la durée du chômage.
• Plus le travailleur reste au chômage, plus le salaire qu’il pourra
obtenir sera élevé.
• Dans cette analyse, les principaux facteurs d’aggravation du chômage
(accroissement de la durée optimale de prospection) sont alors les
suivants :
- L’amélioration des modalités d’indemnisation du chômage, qui diminue le
coût de prospection et donc la durée du chômage ;
- L’anticipation par les agents économiques d’une élévation du niveau
général des salaires d’embauche.
• Cette hypothèse du chômage de prospection sera réinterprétée dans un
cadre plus keynésien par Edmund Phelps, qui considère que les
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
3.Chômage et rigidités du taux de salaire : le rôle
des institutions.
 3.2. Coût du travail et chômage : la détermination des
salaires.
 3.2.1. Controverse sur le lien salaire minimum / emploi.
 Selon Friedrich August Von Hayek (1899-1992), toute
intervention de l’Etat dans la sphère économique perturbe
le calcul rationnel de l’individu et limite sa liberté. Trop
d’Etat conduit à la « servitude » (La route de la servitude,
1946).
• L’idée selon laquelle un salaire minimum peut nuire à
l’emploi est donc ancienne et découle du modèle
standard. Elle a cependant été mise à mal par
l’expérience de certains pays industrialisés depuis le
début des années 1980. Ainsi, aux Etats-Unis, la forte baisse
du salaire minimum fédéral en termes réels de la fin des
années 1960 à la fin des années 1980 (1/3 de sa valeur entre
1968 et 1989) puis sa forte augmentation au début des années
1990 (+16% entre 1989 et 1991 en termes réels) ne semblent
avoir eu un impact significatif sur l’emploi.
• Il n’en demeure pas moins que le salaire minimum peut
alourdir le coût de l’embauche des moins qualifiés ou a
tendance à limiter la progression de leur salaire. Le coin fiscal
qui désigne la différence entre le coût du travail et le salaire
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
3.Chômage et rigidités du taux de salaire : le rôle
des institutions.
 3.2.2. Le rôle des négociations sur les salaires et sur la
législation du travail.
• La fixation d’un niveau de salaire réel au dessus de sa
valeur d’équilibre peut découler de l’action des
syndicats. Ceci semble avoir été le cas dans de nombreux
pays au cours des années 1970, donnant lieu à l’émergence
d’un « chômage classique ».
• La structure institutionnelle des négociations collectives
semble jouer un rôle important . Ainsi, le degré de
centralisation de la décision a un effet sur le niveau de
chômage 
• Le pouvoir de négociation des salariés disposant d’un
emploi peut donc freiner l’accès à l’emploi des
chômeurs.
- La théorie des « insiders / outsiders » développée par Assar
Lindbeck et Dennis Snower au début des années 1980,
souligne l’opposition entre les salariés déjà employés dans
l’entreprise (les insiders) et les chômeurs (les outsiders). Cette
théorie explique bien le chômage involontaire et l’hystérèse
du chômage 
- La « dualisation du marché du travail » développée par
Michael Piore et Pierre Doeringer au début des années
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
3.Chômage et rigidités du taux de salaire : le rôle
des institutions.

 3.3. Le chômage d’inadéquation (mismatch)


reflet de facteurs institutionnels.
 Les créations d’emploi ne se traduisent pas
systématiquement par une réduction du chômage. Il y a
en effet des désajustements entre l’offre et la
demande de travail. L’ANPE estime ainsi que 200000
emplois ne sont pas pourvus en France (notamment dans
l’hôtellerie et le bâtiment).
 Plusieurs éléments peuvent expliquer ces écarts qui
tiennent à la faible mobilité des actifs, aux défaillances
de l’information sur les emplois disponibles, aux
décalages entre le profil des actifs (niveau d’étude ou de
qualification) et les évolutions des besoins du système
productif (profil des postes proposés), taux de flexion…
 Le problème de l’adéquation entre l’offre et la demande de
travail renvoie aux limites du processus
d’appariement dans un environnement où l’information
sur les emplois disponibles est imparfaite.
 Importance de l’adaptation des qualifications: Lord
William Beveridge (1879-1963) a ainsi établi une
relation entre le taux d’emplois vacants à un instant
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
4. Chômage et progrès technique.

4.1. Croissance, gains de productivité,


créations d’emploi.
• Le progrès technique se traduit par une substitution
du capital au travail en réduisant le coût relatif
du capital et en accroissant l’efficacité de chaque
travailleur. Cela induit une réduction de l’emploi.
• Par ailleurs, les gains de productivité réalisés par une
entreprise ou un secteur donné ne sont pas
nécessairement compensés par une augmentation
de la demande du produit. Dans ce cas, l’emploi
diminue.
• Au niveau macroéconomique, on ne constate pas que
le processus continu de progrès technique se soit
traduit par une baisse du niveau d’emploi =>
création de pouvoir d’achat pour les salariés (effet-
revenu) et / ou l’ensemble des consommateurs
(effet prix) = théorie du déversement d’Alfred
Sauvy.
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
4. Chômage et progrès technique.

 4.2. Une comparaison France- Etats-Unis.


• La France, comme la plupart des autres pays européens, a connu une
forte baisse des gains de productivité à partir du milieu des années
1970 suite au premier choc pétrolier.
• Si l’on compare la France avec les Etats-Unis, on s’aperçoit qu’au
cours des décennies 1970 et 1980, ce n’est pas une croissance
économique plus soutenue qui explique les meilleures
performances de l’économie américaine en termes de création
d’emploi => les gains de productivité ont été moins importants
aux Etats-Unis qu’en France. La croissance y a été « plus riche
en emploi ».
• Cela découle notamment de la forte création d’emplois peu qualifiés
et peu rémunérés dans les activités de service aux Etats-Unis.
Thomas Piketty, dans un article paru en 1999, « L’emploi dans
les services en France et aux Etats-Unis : une analyse structurelle
sur longue période » = le coût de travail élevé en France à freiné
les créations d’emploi dans les services.
• On observe toutefois que sur la période 1990-2007, la
croissance française est devenue plus riche en emplois,
avec un taux de croissance annuel moyen de l’emploi supérieur à
celui des trente glorieuses (0,9% contre 0,5%) malgré un taux de
croissance de l’économie nettement plus faible (1,9% contre 5,3%).
Cette période coïncide avec la mise en place de politiques de
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
4. Chômage et progrès technique.

 4.3. Progrès technique et nature des emplois.


• Les pays industrialisés ont connu une vague importante d’innovations
techniques et organisationnelles partir des années 1970,. Ces
nouveaux processus de production exigent des travailleurs plus
qualifiés : le progrès technique aurait été « biaisé en
défaveur du travail peu qualifié » = dégradation de la
situation des travailleurs peu qualifiés.
• Dans les pays anglo-saxons, et en premier lieu les Etats-Unis, où le
marché du travail est très flexible, elle s’est traduite par une baisse
de leurs salaires (en termes relatifs ou absolus), entraînant une très
forte augmentation des inégalités.
• Dans les pays d’Europe continentale, et notamment en France, où
les salaires sont plus rigides à la baisse, la dégradation s’est
traduite par une augmentation du chômage relatif des moins
qualifiés. (cf texte célèbre de Paul Krugman « l’Europe sans
emploi, l’Amérique sans le sou ? » (1995)).
• L’ampleur du phénomène reste sujet à débat. Ex : étude de D.Goux
et Eric Maurin réalisée en 1997, pour la France le recours a
l’informatique augmente la proportion de cadres er de professions
intermédiaires dans l’emploi, mais d’autres innovations (robots,
machines à commande numérique, télésurveillance) tendent à la
diminuer.
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
5.Chômage et ouverture des économies.

5.1. Le rôle des « chocs » qui affectent l’économie.


• Les changements de niveau de chômage structurel


(d’équilibre) dépendent des chocs que subit l’économie.
Ces derniers renvoient à des modifications relativement
brutales de l’environnement économique qui amènent
les agents (ménages et entreprises) à changer leurs
comportements.
• Certains chocs affectent simplement le chômage
conjoncturel : c’est le cas d’un choc de demande.
• Un choc d’offre désigne un changement qui entraîne une
augmentation des coûts de production des entreprises et
donc (toutes choses égales par ailleurs), une baisse de
leur rentabilité, ce qui les amène à limiter leur offre de
biens et services.
• Un choc d’offre doit se traduire par une hausse du chômage
d’équilibre s’il n’est pas compensé par une baisse (ou
moindre hausse) du salaire réel.
• Une modification brutale de la politique économique peut
aussi engendrer un choc 
II) CAUSES ET ANALYSES DU CHOMAGE.
5.Chômage et ouverture des économies.

 5.2. Mondialisation et relocalisation des emplois.


• L’ouverture aux échanges se traduit par des effets directs sur
l’emploi du fait de la substitution d’importations à des produits
nationaux. Une étude parue en 2007 dans L’Economie françaisede
l’INSEE estime que les destructions annuelles d’emploi du fait des
échanges internationaux à environ 20 000 sur la période 2000-2004,
soit, chaque année, une perte équivalente à environ 0,13% de l’emploi
du secteur privé.
• Les importations de biens à moindre prix vont être en contrepartie
favorables au pouvoir d’achat des ménages qui vont reporter ce surcroît
de pouvoir d’achat vers d’autres produits, et notamment des services
produits nationalement.
• Les effets induits sur l’emploi proviennent également des
délocalisations d’entreprises. les délocalisations d’activité auraient
entraîné en moyenne 13000 suppressions d’emplois par an en France
entre 1995 et 1999 et de l’ordre de 15000 entre 2000 et 2003 ; Les
pertes annuelles équivaudraient ici à environ 0,1% de l’emploi du
secteur privé.
• Comme le progrès technique, l’ouverture à la concurrence internationale
n’affecte donc pas l’ensemble des secteurs et des travailleurs de la
même façon. La concurrence des pays à bas salaires s’exerce sur
les travailleurs peu qualifiés. Elle semble s’être accrue depuis la fin
des années 1990 comme en atteste l’augmentation de la part du
commerce interbranche après des années de baisse (le commerce