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Archives de pédiatrie "" (2005) """-"""
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Mémoire original

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Les traumatismes du doigt chez l’enfant : les erreurs à éviter

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Finger trauma in children: errors to be avoided

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F. Fitoussi *, G.-F. Penneçot

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Service d’orthopédie infantile, hôpital Robert-Debré, 48, boulevard Sérurier, 75019 Paris, France

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Reçu le 23 août 2004 ; accepté le 12 octobre 2004

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9 Résumé

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Deux types de traumatismes digitaux sont souvent rencontrés : chez le jeune enfant, il s’agit le plus souvent d’un écrasement distal par une
porte. En cas de désinsertion unguéale ou de plaie, l’enfant devra être adressé aux urgences d’un hôpital afin de bénéficier du traitement
chirurgical adéquat, l’absence d’un traitement correct pouvant être responsable de séquelles. Chez l’enfant plus âgé, le traumatisme est
généralement indirect au cours d’une activité sportive ou d’un jeu. La radiographie objective souvent une fracture de phalange de type
décollement épiphysaire. Le traitement est le plus souvent orthopédique : simple immobilisation en cas de fracture non déplacée, réduction
puis immobilisation en cas de fracture déplacée.
© 2005 Publié par Elsevier SAS.

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17 Abstract

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Two types of digital trauma are often met: in the young child, it is generally about a fingertip crushing by a door. In the event a of nail bed
wound, the child will have to be addressed for a surgical treatment, the absence of a correct treatment being able to be responsible for
after-effect. In the older child, the trauma is generally indirect during a sports activity or a game. Radiography often shows a fracture of
phalanx epiphysal plate. The treatment is generally orthopaedic: simple immobilization if the fracture is not displaced, reduction and immobilization in the event of displaced fracture.
© 2005 Publié par Elsevier SAS.

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24 Mots clés : Doigt ; Ongle ; Fracture ; Enfant

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25 Keywords: Finger; Nail; Fracture; Children
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La main de l’enfant est très souvent exposée aux traumatismes et cela pour plusieurs raisons : la curiosité de l’enfant
pour le monde qui l’entoure et qu’il découvre, l’ignorance du
risque et des dangers, même à domicile, ce dernier constituant d’ailleurs le lieu le plus fréquent des accidents de la
main de l’enfant, suivi des terrains de jeux et de l’école.
Les traumatismes de la main et des doigts représentent la
première cause de consultation aux urgences traumatologiques pédiatriques. Plus fréquents chez le garçon que chez la
fille, deux types de traumatismes sont retrouvés :

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27 1. Introduction

* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : franck.fitoussi@rdb.ap-hop-paris.fr (F. Fitoussi).
0929-693X/$ - see front matter © 2005 Publié par Elsevier SAS.
doi:10.1016/j.arcped.2004.10.028

• les traumatismes par écrasement de la dernière phalange :
ils touchent surtout les petits enfants lors d’un accident à
domicile. Leur traitement est souvent chirurgical ;
• les fractures des doigts concernent les enfants plus grands
lors des activités sportives. Leur traitement est le plus souvent orthopédique.

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2. les traumatismes par écrasement de la dernière
phalange ou « doigt de porte » [1,2]

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2.1. Généralités

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Il s’agit le plus souvent d’un écrasement distal de la troi- 47
sième phalange (P3) des doigts longs ou de la deuxième pha- 48
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lange (P2) du pouce. L’ongle et les tissus avoisinants sont le
plus souvent atteints. L’ongle, qui a perdu chez l’homme le
rôle défensif de la griffe de l’animal, possède un rôle cosmétique et social important. Par ailleurs, en exerçant une contrepression, il joue un rôle dans la sensibilité tactile épicritique
pulpaire [1]. Toute lésion traumatique unguéale peut donc
aboutir, en absence de traitement adéquat, à des séquelles plus
ou moins sévères.

57 2.2. Épidémiologie

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• il existe une plaie nette du lit unguéal avec un ongle
désinséré : l’enfant est adressé aux urgences après avoir
réalisé un pansement antiseptique simple (compresses stériles imbibées de Bétadine® ou de Septéal®, bande peu
serrée). L’ongle est généralement retiré pour permettre le
bilan lésionnel précis (Fig. 2) ; en présence d’une fracture
ouverte, le foyer de fracture est accessible par la plaie du
lit de l’ongle et est nettoyé, le lit de l’ongle suturé (Fig. 3)
et l’ongle remis en place pour servir de protection (Fig. 4) ;
• face à un simple hématome sous-unguéal, le pédiatre
pourra simplement prescrire des antalgiques et réaliser un

67 2.4. Étiologies

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Les étiologies sont représentées par les portes : domicile,
69 voitures, fenêtres, placards, ... mais aussi tiroirs, chaînes de
70 vélo, chaises pliantes, etc.

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Le mécanisme est le plus souvent un traumatisme direct
65 par écrasement entre deux objets rigides exerçant un mouve66 ment de cisaillement.

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63 2.3. Mécanisme

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71 2.5. Anatomie pathologique

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Du point de vue anatomique, l’ongle repose sur un tissu
très spécialisé appelé « lit de l’ongle ». Sa progression est
guidée par deux replis cutanés latéraux formant des rails. Le
revêtement cutané du pourtour de l’ongle, ou paronychium,
lui est fortement adhérent et représente une barrière efficace
contre l’infection. Le lit de l’ongle est adhérent à la phalange
et comporte une partie matricielle correspondant à la lunule.
Toute lésion passant par cette zone fertile pourra être responsable d’une anomalie de la repousse unguéale (ongle strié,
fendu, décollé ou incurvé en « verre de montre »).
Au cours d’un écrasement distal, toutes les structures anatomiques peuvent être intéressées par le traumatisme [3,4] :
• l’ongle est souvent désinséré du paronychium avec hématome sous-unguéal (Fig. 1) ;
• le lit de l’ongle peut être le siège d’une plaie (Fig. 2) ;
• la pulpe peut présenter une plaie ou une perte de substance ;
• le squelette de la dernière phalange peut être le siège d’une
fracture : dans ce cas, l’association avec une désinsertion
unguéale et une plaie du lit de l’ongle entraîne une communication entre le foyer de fracture et l’extérieur, nécessitant la mise sous antibiotiques en urgence.

Fig. 2. Ablation de l’ongle sous anesthésie permettant le bilan lésionnel.

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Fig. 1. Désinsertion de l’ongle avec hématome sous-unguéal.

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Ces traumatismes distaux sont les plus fréquents (3,5 %
de l’ensemble des accidents domestiques) et touchent surtout
les petits enfants de moins de cinq ans. À titre d’exemple,
50 enfants sont opérés tous les mois à l’hôpital Robert-Debré
pour ce type de traumatisme.

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94 2.6. Traitement
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L’erreur à ne pas commettre est de sous-estimer la gravité
96 potentielle de ces lésions [4]. Deux cas de figure se présen97 tent habituellement :

Fig. 3. Suture du lit unguéal au fil résorbable fin.

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3. Les fractures des phalanges

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Les fractures de la main de l’enfant (phalanges ou métacarpiens) sont rares avant l’âge de huit ans [6]. Leur fréquence augmente à partir de cet âge avec un pic aux alentours de treize ans, âge où beaucoup d’enfants commencent à
intégrer les activités sportives organisées. Dans le cadre des
fractures par décollement épiphysaire, la fracture type SalterHarris II (Fig. 6) est la plus fréquente (10 à 40 %), et 70 % de
ces fractures surviennent au niveau de la première phalange
(P1).

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pansement alcoolisé pour 24 heures. Il faut prévenir les
parents que l’ongle finira par tomber après la repousse d’un
nouvel ongle, ce qui met en général trois ou quatre semaines.
Si l’hématome est sous-tension et s’étend à plus de 50 %
du lit unguéal, une radiographie devra être réalisée et l’hématome pourra être évacué par « trombonisation », ce qui aura
un effet antalgique immédiat. Un trombone chauffé par une
flamme pourra de façon indolore percer l’ongle afin d’évacuer la collection, cela ne pouvant se faire que dans les 48 premières heures. Si l’ongle est décollé du paronychium ++
(Fig. 1), il faudra impérativement adresser l’enfant aux
urgences d’un hôpital afin de réaliser le traitement adéquat,
consistant en une ablation de l’ongle afin de faire le bilan
sous-jacent. En effet, l’absence ou l’insuffisance de traitement dans ce cas peut aboutir à une surinfection de l’hématome, voire à une ostéite en cas de fracture associée méconnue.

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3.1. Généralités

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d’amputation très distale, soit en un lambeau d’avancement
pulpaire en cas d’amputation plus proximale exposant la phalange. Si l’amputation passe à la base de la dernière phalange, une réimplantation doit être tentée.
En pratique, face à une amputation, il faut faire un pansement légèrement compressif, ce qui permet d’arrêter le saignement. Le fragment amputé doit être mis au sec dans un
sac plastique étiqueté au nom du malade et posé sur de la
glace. Le patient doit alors être adressé rapidement à un centre d’urgences main.

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Fig. 4. Suture et réinsertion de l’ongle.

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127 2.7. Cas particulier : les amputations distales des doigts
128 (Fig. 5)

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Quelques principes généraux sont à connaître lorsqu’on
prend en charge une fracture de la main de l’enfant :
• les capacités de remodelage des cals vicieux sont importantes chez l’enfant. Elles sont d’autant plus grandes que
la distance entre le foyer de fracture et la plaque épiphysaire est courte, que l’enfant est jeune et que le déplacement résiduel s’effectue dans un plan qui correspond à l’un
des plans physiologiques de fonctionnement de l’articulation ;
• il n’y a aucune tendance à la correction spontanée des cals
vicieux en rotation +++ ;

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Fig. 5. Amputation trans P3 par porte de maison.

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3.2. Principes généraux

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Ces amputations sont classées selon le niveau [5]. Le trai130 tement consiste, soit en une cicatrisation dirigée en cas

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Fig. 6. Fracture décollement épiphysaire de base de P1.

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Les traumatismes des doigts chez l’enfant sont le plus souvent bénins. Raideurs digitales, pseudarthroses, algodystrophies sont des complications inexistantes chez l’enfant,
contrairement à l’adulte. Les écrasements des doigts par des
portes sont les lésions les plus fréquentes du jeune enfant. En
dehors du simple hématome sous-unguéal qui pourra être
traité par des soins locaux, le pédiatre devra adresser ces
enfants à un chirurgien en cas de décollement de l’ongle même
minime, afin de ne pas passer à côté d’une lésion plus importante du lit unguéal et de prévenir les risques infectieux. Quant
aux traumatismes des phalanges, ils devront faire l’objet d’un
examen radiographique et d’un suivi spécialisé.

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4. Conclusion

Références

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175 3.2.1. Deux types de lésions sont souvent rencontrés
176 • Les fractures de la base de P1 d’un doigt long (Fig. 6). Il
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s’agit le plus souvent d’une fracture de type décollement
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du cartilage de croissance de la base de la première pha179
lange. Le deuxième ou le cinquième doigt est le plus sou180
vent atteint lors d’un mécanisme indirect d’écartement bru181
tal du doigt.
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Le traitement est le plus souvent orthopédique :
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C en absence de déplacement, une simple attelle est mise
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en place pour un mois. Une radiographie de contrôle à
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une semaine sera réalisée afin de vérifier l’absence de
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déplacement secondaire ;
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C en cas de déplacement, une réduction est effectuée, le
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plus souvent aux urgences sous protoxyde d’azote et
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antalgiques. Une immobilisation d’un mois est ensuite
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mise en place ;
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C l’arrêt du sport est de six semaines.
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Dans de rares cas, la fracture est instable lors de la réduc193
tion ou bien est articulaire : le traitement est alors chi194
rurgical par réduction et brochage.
195 • Les fractures de la plaque palmaire. Il s’agit d’une lésion
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très fréquente lors de la pratique de certains sports (basket197
ball, volley-ball, handball). Le mécanisme est une hyper
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extension brutale de l’articulation interphalangienne proxi199
male (IPP) lors de la réception d’un ballon. L’enfant se
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présente avec une impotence modérée, un gonflement arti-

culaire, une mobilité active de l’IPP possible mais douloureuse. La radiographie objective un petit fragment osseux
sur le versant palmaire de l’articulation. Le traitement
consiste en une simple immobilisation légère en syndactylie pour 15 jours. En effet, une immobilisation plus stricte
et plus longue risque d’aboutir à une raideur définitive
de l’articulation.

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• aucun cal vicieux intra-articulaire ne peut être remodelé
sous l’effet de la croissance ++++ ;
• les délais de consolidation sont raccourcis par rapport à
l’adulte ;
• les raideurs digitales et pseudarthroses sont exceptionnelles chez l’enfant ;
• chez l’enfant, les ligaments et leur zone d’insertion osseuse
sont plus résistants que la plaque épiphysaire correspondante. Lors d’un traumatisme, on observera plus souvent
une fracture-décollement épiphysaire qu’une entorse ou
une luxation.

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